- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, Ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion, j'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Pour cet épisode, j'ai la chance de discuter avec Camille. Nous venons de nous découvrir toutes les deux, mais peux-tu brièvement te présenter ?
- Speaker #1
Eh bien bonjour, merci pour ton accueil sur ce podcast pour commencer. Moi je suis Camille, j'habite la région toulousaine, j'ai 31 ans, j'ai deux enfants et je suis en couple avec un éleveur laitier dans la région toulousaine depuis maintenant 14 ans. On a un élevage de Beauvain-Lay, essentiellement Primorstein, donc on a 60 vaches laitières à la traite avec à peu près 170 hectares de culture autour. Moi, je suis aide familiale sur l'exploitation, donc j'y suis quand je trouve le temps, mais j'y suis très souvent. À côté, j'ai une entreprise de communication spécialisée dans le monde agricole. Donc, j'aide les agriculteurs, les entreprises agricoles, les professionnels du terroir, pour faire plus général, à développer leur com sur les réseaux sociaux avec une partie photo, vidéo, community management et logo. J'y étais aussi jusqu'à janvier 2025. technicienne en génétique bovina pour une entreprise américaine implantée en France. Donc je vendais tout ce qui était sperme de taureau, si on peut appeler ça comme ça, au terme péjoratif, des taureaux essentiellement nord-américains pour des éleveurs laitiers.
- Speaker #0
Moi je te suis notamment sur les réseaux, sur ton agence de com, et j'ai hâte que tu puisses nous raconter un peu plus sur ce sujet-là, entre autres. D'où viens-tu initialement et as-tu grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Alors initialement, je viens des Hautes-Pyrénées et non, je n'ai pas grandi dans le milieu agricole. Mes parents ne sont pas du tout agriculteurs, mais j'ai toujours vécu à la campagne. Mes parents sont chasseurs, pêcheurs. J'ai toujours vécu avec un poulailler à la maison. J'ai toujours vécu avec des grands-parents qui faisaient le cochon, la volaille, le pâté, la saucisse. Donc j'ai grandi dans cet univers-là. Donc ce qui fait qu'aujourd'hui, j'ai quand même des attaches dans ce domaine-là. malgré que dans ma famille, il n'y ait pas d'agriculteur, du moins ma famille proche. Pour en avoir discuté avec mon papa un jour, il me disait que mes arrière-arrière-grands-parents étaient agriculteurs. Donc comme quoi, c'est dans les gènes. Ça se retrouve du coup à moi aujourd'hui.
- Speaker #0
Donc ce n'est pas très loin et on comprend ton attrait pour ce milieu-là et pour la nature de manière générale. Tout à fait. Mais du coup, comment est-ce que tu t'es retrouvée entre guillemets ? Béni, dans ce monde agricole à l'heure actuelle, est-ce que tu souhaitais être en couple avec un agriculteur, t'installer toi seule par exemple ?
- Speaker #1
Alors moi, le projet, la toute première idée d'être dans l'agriculture, je voulais être avec des animaux. Et mon idée première, c'était d'avoir des chèvres. Et le problème étant que je n'ai pas d'exploitation, donc je m'étais dit pourquoi pas faire du salariat et m'installer dans un second temps plus tard. donc j'avais dit après la troisième je pars en lycée agricole et je fais mes études en fonction de ça pour ce qui est du fait d'être en couple avec un agriculteur non, je ne l'avais pas du tout imaginé mais forcément quand on va dans un lycée agricole la vie fait que on rencontre quand même des agriculteurs, fils d'agriculteur ça m'a mis Cyril sur ma route ça fait 14 ans maintenant qu'on est ensemble qu'on a eu deux enfants mais sinon non, c'était pas du tout dans mes plans d'être en couple avec un agriculteur la vie fait bien les choses quelque part il n'y a pas de hasard Mais c'est ma passion pour les animaux qui m'a menée à être là, dans le milieu agricole aujourd'hui. La terre, la nature, j'ai toujours aimé ça. Oui, je comprends.
- Speaker #0
C'est des choses qui arrivent. Je peux en témoigner, mais il m'arrive à peu près le même accident. C'est ça. Est-ce que tu as exercé des premiers métiers ? Tu nous le disais en tant que technicienne en génétique. Est-ce que tu avais fait d'autres choses avant ou des stages sur des exploitations ? Qu'est-ce que tu faisais comme mission et qu'est-ce que tu aimais dans ces premières expériences professionnelles ?
- Speaker #1
Alors si je recontextualise un peu, du coup, moi j'ai fait BTS AXE, donc tout ce qui est gestion, comptabilité et exploitation. J'avais fait un premier stage en chèvre, donc avec de la transformation au four magère. Et après j'ai fait un BTS production animale, où là j'étais en apprentissage. Donc j'ai fait deux ans dans une exploitation laitière, avec 75 vaches laitières à la traite, mais c'était un système robotisé. Donc, il y avait un robot de traite. Pendant ces deux ans-là, j'ai été élue meilleure apprentie de ma région dans ma catégorie. Ça me tient à cœur de le dire parce que je trouve qu'aujourd'hui, la femme est un peu mis en recul dans le monde agricole, même s'il y a des efforts faits et même si aujourd'hui, on casse un peu les codes. Mais c'est vrai qu'avoir eu ce prix-là, pour moi, ça a été une grande victoire de m'imposer dans un milieu d'hommes, parce qu'il faut dire ce qu'il y a à ce milieu d'hommes, et de me dire que je suis capable, autant qu'un homme, de réussir dans ce monde-là.
- Speaker #0
Sachant que tu n'en venais pas aussi, en plus.
- Speaker #1
Sachant que je n'en vais pas exactement. C'était une très grande victoire de dire et bien je ne suis pas du milieu mais je me débrouille aussi bien que quelqu'un qui en vient finalement. Donc après ce BTS, j'ai fait comme tous les étudiants, j'ai cherché du boulot. Dans un premier temps, j'ai fait des saisons. Donc j'ai fait les saisons dans une coopérative agricole pour la moisson des maïs. De là, en décembre 2014, j'ai trouvé un job un peu plus édentaire en tant que technicienne en alimentation du bétail, dans une spécialité ruminant. Donc j'ai bossé dans une entreprise. pendant quatre ans où je faisais de l'appui technique et du commerce sur l'alimentation. Et au bout de ces quatre ans, Covid étant, j'avais déjà prévu d'arrêter parce que je m'y retrouvais pas, parce que j'aimais beaucoup la technique mais je détestais le commerce en fait. L'aspect vente me fragilisait un peu entre guillemets. J'ai dit j'arrête. Covid est arrivé. Je sais pas si la vie a bien fait les choses mais ce côté là je pense pas. Mais du coup mon boulot s'étant arrêté, j'ai eu deux ans de off entre guillemets. où là, je me suis recentrée sur ce que je voulais vraiment faire. Je me suis mise à la ferme quasiment à 100%. Donc, elle est à droite, à gauche. J'ai eu ma fille, parce que mon fils est né en 2018 et ma fille est née en 2022. Donc, du coup, j'ai eu ma fille sur ces deux ans. Et au bout des deux ans, j'avais créé un compte Instagram lié à la ferme, donc à notre ferme, Agrimum Camille. Et au bout de ces deux ans, je me suis dit que j'avais pris plaisir à être sur les réseaux. Je me suis dit, mais pourquoi pas mettre mes services en création de contenu et en passion pour la photo. au service des agriculteurs. Du coup, de là, je me suis dit, je n'ai pas de base en marketing, en community management, même si je suis plutôt autodidacte sur ce côté-là. Je me suis formée à l'automne 2022, ça fait trois mois, avec une entreprise certifiante, avec un diplôme à la fin. Et du coup, en janvier 2023, j'ai créé Agricon, qui est là pour venir en aide aux professionnels du terroir. Je généralise parce que je touche l'agriculture, mais dans le terroir, on peut toucher plusieurs corps de métier. Je mets mes services en communication et en support de com. Merci. tout ça au service de ces métiers-là.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu trouves tes clients ? Est-ce que tu peux nous présenter, sans citer un client en particulier, une mission ou une tâche que tu as, par exemple, aimé faire ? Alors,
- Speaker #1
principalement, mes clients, je les trouve soit par le bouche à oreille, parce qu'ici, dans le sud-ouest où j'habite, du coup, j'ai une certaine, je n'aime pas ce mot-là, notoriété, parce que du coup, j'avais mon compte perso Insta qui m'a fait connaître. Et du coup, de là, avec Agricom, ça a été un tremplin et déjà, on me fait appel à mes services. Mais pour parler plus localement, j'ai bossé avec une exploitation pas loin de chez moi. Une grosse structure où il y a du bovin-viande, il y a des ovins-viande, il y a de la volaille, il y a un gros atelier d'engraissement, il y a pas mal de culture. Il y a un magasin à la ferme et du coup, ce client-là avait besoin de mon aide sur la création de contenu et surtout sur la partie photo pour présenter les produits, les filières de l'exploitation, la partie transfo avec les arbres fruitiers, notamment avec la transfo des fruits en jus. Elle voulait communiquer sur ça et en fait, elle a fait appel à moi avec de la vidéo et pour mettre en avant ses produits via la vidéo et la photo pour animer le magasin.
- Speaker #0
Juste pour revenir tout à l'heure sur ce que tu disais sur tes premières expériences, il y a une question que je pose souvent puisque tu parlais de la place de la femme dans l'agriculture et notamment du fait que tu ne venais pas de ce milieu-là. Est-ce que tu as ressenti de la discrimination à être une fille investie dans le milieu agricole et où ? du fait que tu ne venais pas de ce milieu-là en voulant t'y investir ?
- Speaker #1
Eh bien non, personnellement non. A mon grand étonnement d'ailleurs, en y réfléchissant, parce que quand j'ai commencé à travailler dans le milieu agricole, c'était en BTS pour mon apprentissage, et je me souviendrai toujours, la personne qui est devenue mon patron m'a dit que ça ne le gênait pas, que je ne vienne pas du milieu et que je sois une femme, parce que souvent, c'est les plus motivés, dans le sens où aujourd'hui, les jeunes qui sont déjà dans ce milieu-là, Ils savent donc, d'après lui, ils font preuve d'un peu moins de motivation, alors que ceux qui viennent de l'extérieur ont quelque chose, des choses à prouver, et du coup ils veulent montrer qu'ils savent, donc ils sont plus intéressés et plus motivés. Donc non, je n'ai jamais senti de différence par rapport à ça, si ce n'est peut-être par rapport aux anciennes générations. Une femme c'est une femme, un homme c'est un homme, une femme c'est à la cuisine, et un homme c'est au travail, dehors, choses physiques, mais c'était pas... méchant et j'ai pas senti de discrimination à proprement parler quoi ça m'a jamais alors est-ce que parce que j'ai un tempérament assez assez fort est-ce que j'ai toujours su un peu prouver et dire maintenant ça suffit je sais faire peut-être indirectement mais non j'en ai pas souffert des petites blagues oui à droite à gauche mais que je prenais avec un peu de recul et de la hauteur quoi.
- Speaker #0
Ouais ouais je comprends c'est intéressant le partage d'expérience de ton ancien patron que tu nous présentes j'avais pas cette vision là et je trouve ça super chouette aussi d'entendre ça.
- Speaker #1
C'est-à-dire que, comme tu dis, ça fait du bien d'entendre, parce que tu ne viens pas du milieu, que tu n'es pas capable. Oui,
- Speaker #0
c'est clair.
- Speaker #1
Alors qu'aujourd'hui, j'ai quasiment 14 ans d'expérience dans le domaine et je pense que je ne me déroule pas trop mal.
- Speaker #0
Oui, je comprends. Maintenant que tu travailles sur l'exploitation, quelles sont tes missions ?
- Speaker #1
Alors, elles sont diverses et variées parce que chaque jour est différent, mais principalement, j'aide un peu partout. Que ce soit à la traite, que ce soit au niveau des animaux, que ce soit dans les champs. Je ne suis pas trop fan des gros engins, mais quand il faut le faire, s'il faut le faire, je le fais. Mais sinon, oui, je suis assez multicasquette. Je suis assez partout. Mais principalement, oui, c'est au niveau des animaux, au vache, à la traite, tout ce qu'il y a à faire.
- Speaker #0
On en revient à tes premiers amours autour des animaux, comme tu nous le présentais aussi.
- Speaker #1
C'est ça, complètement. Et ma place est avec elle.
- Speaker #0
Alors maintenant que nous te connaissons mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple et de famille. Lorsque tu as connu ton conjoint, quels ont été tes premiers ressentis sur le fait que celui-ci souhaitait être agriculteur ? Est-ce que tu avais des excitations, des craintes ?
- Speaker #1
Dans un premier temps, non, parce que je pense qu'on a un peu la fougue de la jeunesse, où il me plaît, on est dans le mood. Et je pense que cette réflexion-là est venue quand notre relation a commencé à être sérieuse. Enfin, sérieuse. Elle l'était, mais bon, c'était plus volatile. On était jeunes, on voyait un week-end sur deux. Ce n'était pas du 100%. Et je pense que j'ai vraiment réalisé quand on a commencé à vivre ensemble. Donc, c'était trois, quatre ans après que nos études sont terminées, qu'on avait mon premier job et que lui, du coup, s'est installé en tant que salarié sur l'exploitation familiale, où je commençais à voir qu'on avait moins de temps, qu'il y avait toujours les heures de traite, qu'il n'y avait pas de vacances. c'est là que j'ai vraiment réalisé que oui oui C'est un job à temps plein. C'est tous les jours, c'est 365 jours sur 360. Mais ça m'a...
- Speaker #0
Et alors, est-ce que ça t'a fait peur ? Est-ce que ça te faisait aussi plaisir de partager encore plus ce quotidien avec lui et de le découvrir peut-être davantage ? Oui,
- Speaker #1
complètement. Mais là, j'ai vraiment été là dans le vif du sujet, à voir que c'est un métier difficile. Autant ça peut être un métier de passion et avec des choses merveilleuses à vivre, autant ça peut être dur. Ces personnes-là, elles ont du craindre. Non, ça ne m'a pas fait peur. Justement, ça m'a motivée à le soutenir encore plus.
- Speaker #0
Qu'est-ce que lui a pensé quand tu lui as dit que tu souhaitais être agricultrice avec lui sur l'exploitation ou du moins t'investir sur son exploitation ?
- Speaker #1
Il n'y a jamais eu aucun blocage. Et je pense que j'ai eu l'intelligence d'y aller petit à petit et de prouver que je ne suis pas là. Parce que bon, ça aussi, ça fait partie des grands débats. C'est un autre sujet. Aujourd'hui, des nanas qui profitent un peu de la situation. On a eu côtoyé autour de moi des nanas qui sont là pour l'argent. Je ne sais pas comment dire ça, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, c'est quand même un sujet qui est de plus en plus d'actualité, des nanas qui trouvent bon compte chez les agris. Donc moi, j'ai eu l'intelligence de dire, je fais les choses petit à petit, je montre que je suis investie. En retour, ils m'ont accueilli les bras ouverts et ils m'investissent. Même encore aujourd'hui, je suis dans les décisions. Quand il y a quelque chose à faire, on m'en parle. C'est hyper reconnaissant.
- Speaker #0
Et tu vas aussi, au-delà de juste s'intéresser à ce qu'il fait, tu veux en plus aider et partager ça encore plus avec lui. C'est vachement chouette.
- Speaker #1
Oui, complètement. Et puis, quand je dis qu'ils m'ont intégrée dans les décisions, c'est-à-dire qu'on m'a formée pour inséminer. Je rentre dans la boucle. Je suis aide familiale, mais c'est comme si j'étais une associée.
- Speaker #0
Je comprends bien. Ok. Et est-ce que vous habitez sur l'exploitation ? Est-ce que vous habitez à côté ? Est-ce que c'était un choix commun ou une fatalité, entre guillemets ?
- Speaker #1
Alors nous, on habite sur l'exploitation, donc je passe mon portail à 2 mètres de moi, je suis déjà dans le corps de ferme. Nous, on habite dans la ferme où à côté c'était ce qu'on avait convenu, on a eu l'opportunité de pouvoir vivre sur la ferme, parce qu'il y avait une petite bâtisse qu'on pouvait rénover, donc on a eu la chance de pouvoir le faire. Mais on s'était toujours dit de toute façon de ne vivre pas loin, si on pouvait, parce qu'avec les heures de traite, il était hors de question que Cyril fasse beaucoup de routes pour aller traire, parce qu'il y a des périodes où on fait beaucoup. plus d'heures. Par exemple, je pense à l'été, printemps-été, où les activités reprennent plein pot et la fatigue s'accumulant. Je ne voulais pas qu'ils prennent le risque de prendre la voiture pour rentrer dormir, nous voir. C'est vrai que c'est un confort que d'être sur place.
- Speaker #0
Est-ce que le fait de vivre sur l'exploitation, au-delà de l'aspect sécuritaire, des contraintes horaires, facilite votre vie de couple ou votre vie de famille ?
- Speaker #1
Je dirais que ça a été un peu compliqué au début pour moi, parce que du coup j'ai tout quitté pour venir vivre ici. Je suis à une heure et demie chez mes parents, étant très fusionnelle avec ma famille. Je l'ai eu un peu dur de me retrouver à vivre, parce que du coup on habite tous à côté. J'ai mes beaux-parents, la grand-mère à mon conjoint dans l'arrière-grand-mère de mes enfants. On est tous accolés. Au début, je l'ai eu un peu dur de ne pas avoir cette intimité-là. Mais j'ai pris beaucoup de hauteur en me disant que ce sont ces comme ça. Pas une fatalité, mais j'ai la chance d'avoir des beaux-parents qui ne sont pas du tout intrusifs. Donc ça déjà, c'est un bon point. Je sais que tout le monde n'est pas dans ce cas-là. Donc j'arrive à avoir cette intimité-là, cette solitude et cette tranquillité de dire je suis chez moi, même si on partage la même cour, je suis quand même chez moi. Après, il est vrai que des fois, quand on a des invités, tout le monde le sait. La voiture étant garée devant, on ne peut pas la nier. Aujourd'hui, je le vis bien, mieux qu'au début.
- Speaker #0
Le temps de te faire ta place et de créer une vraie relation peut-être aussi avec eux.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Mais je peux comprendre que ce soit un peu déstabilisant. C'est un sujet que j'aborde souvent avec des femmes d'agriculteurs et notamment celles qui habitent sur l'exploitation. Le sujet de la belle famille, parce que en fonction des tempéraments des unes et des autres, c'est un sujet qui peut être important, qui peut freiner ou faire peur aussi à s'installer avec un agriculteur.
- Speaker #1
Mais complètement. Complètement. Pour l'avoir discuté pas mal de fois avec des amis qui sont... beaucoup plus les agriculteurs qui sont installés. C'est vrai que quand on est avec un éleveur, il faut savoir faire des concessions. On sait ce qu'on prend. C'est pas qu'on n'a pas le choix, mais c'est comme ça. Cyril ne m'a jamais imposé de vivre ici. J'ai eu aussi le droit de la décision. Mais c'est vrai qu'il y a des choses où c'est pas négligeable, on est obligé d'y passer. Moi, surtout avec l'élevage, les heures de traite, c'est comme ça, c'est le dimanche. Mais je reste humaine et c'est difficile d'être tout seul. des fois la solitude pèse,
- Speaker #0
ça je ne le cache pas. Ça peut être du coup une contrainte, tout comme ça peut être aussi beaucoup d'avantages pour la vie familiale, pour donner un coup de main avec les enfants, créer une relation importante de proximité entre les grands-parents et les petits-enfants aussi. J'ai des nanas qui m'ont dit que leur belle famille était vraiment devenue leur famille, leur deuxième parent. Il y a des très belles relations aussi. Je pense que c'est important de le souligner.
- Speaker #1
Oui, je suis totalement d'accord avec toi et je rebondis là-dessus. Moi, ma belle famille, c'est ma famille. Aujourd'hui, je ne dis pas ma belle famille, c'est ma famille. Ma famille, c'est d'abord mon conjoint, mes enfants, et après mes parents, mes beaux-parents. Mes beaux-parents, aujourd'hui, m'ont apporté... C'est pour ça que je dis que la vie fait bien les choses, ils m'ont apporté un autre équilibre que ce que j'avais. Et aujourd'hui, le confort que j'ai de vie, c'est en partie avec ce qu'ils ont construit eux en premier, et ce qu'ils ont perpétué avec Cyril derrière qui a repris, et moi qui me suis raffinée à ça. Aujourd'hui, il ne faut pas le nier. Et puis avec mes enfants, j'ai une souplesse, quand j'ai besoin, ma belle-mère me garde la petite, le petit, les deux. J'ai une relation très aimante et très fusionnelle avec ma belle-femme, complètement.
- Speaker #0
Comme quoi, ça peut être un point un peu freinant, mais qui peut aussi être hyper positif.
- Speaker #1
Tout à fait. Il y a quand même de l'espoir. Après, ça dépend de chacun, ça dépend des mentalités, ça dépend des caractères. Je sais que tout le monde ne peut pas s'entendre.
- Speaker #0
Donc du coup, vous travaillez quand même ensemble sur l'exploitation. Est-ce que c'est facile au quotidien ? Comment est-ce que vous vous organisez à ce sujet ?
- Speaker #1
Alors non, ce n'est pas facile. Je serais menteuse de dire que c'est easy, mais non. pas du tout, c'est pas facile, parce qu'on est très complémentaires, mais on est très différents aussi. Je suis quelqu'un de très perfectionniste, Cyril aussi, et donc Cyril, c'est pas un manque de confiance envers moi, c'est qu'il est très perfectionniste et qu'il faut que ce soit fait à sa façon. Donc quand j'y suis, à la ferme, il a tendance à repasser derrière moi, dans le sens à voir, pas si le travail est fait, mais plutôt si c'est fait à sa façon. Il le faisait beaucoup plus au début, inconsciemment, donc je lui disais, et moi du coup, comme j'ai toujours été une personne qui manquait de confiance en elle... Je me disais, ce que je fais, ça ne va pas, ce n'est pas bien, il repasse derrière moi. Donc ça a fritté quelques fois. Pas méchamment, mais on se faisait quelques petites remarques. Mais du coup, maintenant, je sais comment il fonctionne et ça me fait plutôt rire. Je le prends avec d'autodérision. Je me permets, comme on dit chez nous, de l'allumer un peu. Il me dit, t'as vu, tu n'es pas passé derrière moi. C'est bizarre. Et aujourd'hui, on a cette relation qui est hyper fusionnelle et ça, c'est vraiment engageant dans le sens où quand lui doute de quelque chose, il sait qu'il peut compter sur moi et se reposer sur moi et on est assez complémentaires. Ou même me dire, t'as vu là, cette vache-là, elle a eu par exemple une fièvre de lait, qu'est-ce que tu ferais ? On a des soucis sur ça.
- Speaker #0
Tu parlais tout à l'heure de tes missions sur l'exhortation. Quelles sont les siennes ou celles que vous avez en commun ? Comment est-ce que vous dispatchez les différentes tâches agricoles ?
- Speaker #1
Donc lui, il est partout. Mais sur le repas du matin, alors le matin, c'est ses parents qui traitent, souvent. Il y est aussi, mais souvent, il soigne en même temps. Il va traire, il va soigner. Donc soigner, c'est alimenter, quoi. Faire le bol, mélangeur, il s'occupe des vaches. Et donc moi, le matin, en fait, je suis du coup avec mes enfants. Je m'occupe de mes enfants. Souvent c'est lui qui les amène. Et après, ils reviennent et là, ils continuent à pailler, à faire toutes les tâches quotidiennes récurrentes qu'on trouve toute l'année. Et après, au milieu de matinée, ils s'attaquent à faire des tâches au niveau de la saison. Soit c'est aller au champ, soit c'est aller sortir du fumier, du lisier. Mais c'est quand même assez similaire tous les jours, soit la traite et l'alimentation, c'est toujours pareil. Toi,
- Speaker #0
avec ta deuxième vie professionnelle, avec ce côté boîte de com' que tu as monté, comment est-ce que tu te dispatches ? Est-ce que tu le fais quand t'as un... temps libre sur l'exploitation ou est-ce que vraiment tu dissocies les deux dans ton organisation ?
- Speaker #1
J'essaye de dissocier. Jusqu'à maintenant, j'avais en plus le job de technicienne. C'était de la folie. Clairement, j'avais des journées et c'était pas possible. C'est pour ça que j'ai fait ce choix d'arrêter parce que je pouvais pas joindre les deux bouts. C'était pas possible parce qu'il y a des périodes, notamment l'été, où je prenais toutes mes congés l'été parce que forcément, c'est là où Cyril est le moins dispo pour les enfants et pour m'aider. Donc, je prends tous mes congés là. Et en fait, j'ai essayé de scinder parce que quand j'étais technicienne, j'étais à mi-temps. Parce que je ne peux pas être à 100%. J'avais la com et la ferme et les enfants. Donc, je travaillais trois jours par semaine. Et les deux autres jours, en fait, je dispatchais, ferme et com.
- Speaker #0
Tu parlais tout à l'heure de votre organisation vis-à-vis des enfants. Est-ce que tu as eu de l'aide au moment de l'arrivée des enfants dans des périodes agricoles compliquées ? Comment ça s'est passé pour toi ?
- Speaker #1
Alors quand j'ai eu Jules, je n'ai pas eu d'aide sur l'exploitation. Je me souviens, j'allais traire mon bidon, toucher le quai de traite. D'ailleurs, je me souviens toujours, la dernière vache, la dixième, je ne pouvais pas la brancher parce que je touchais partout. Et puis, il faut faire attention quand même, quand on est avec des animaux, de ne pas prendre un coup. Il faut être vigilant quand même. Je n'avais pas pris aucun extérieur, mais je n'y allais pas tout le temps et j'avais des temps de recours, donc c'était gérable. après au niveau du postpartum Quand Jules est né, Cyril est reparti au champ, il fallait préparer pour les Smith-Colza si je me souviens bien. Donc j'ai eu un baby blues terrible, terrible terrible. En plus l'accouchement c'était pas passé comme je l'avais prévu pour un premier. Tant que je redescends de tous ces étages, la descente a été compliquée parce que du coup je me suis retrouvée toute seule à la maison avec un bébé, donc la nouveauté. Un conjoint qui était au champ, qui était pas là la journée mais là le soir et il faisait tout son max pour être là. Je l'ai eu très très difficile, ça je le cache pas. Et après j'ai repris le boulot, donc j'ai dû laisser mon petit chez une nounou. Et là j'étais à plein temps en tant que salariée technicienne en alimentation du bétail pour Jules. Et après pour Lise, donc Lise est née au mois de mai, donc là ça perd des fouins chez nous. Il a été avec moi, donc il n'y avait pas eu de soucis quand on est rentré. En fait j'avais eu une préparation avant de me dire je veux pas revivre ce que j'ai vécu pour Jules, dans le sens où je veux pas avoir ce baby blues terrible. Je veux aller bien, je veux rentrer, être une maman pas au top, mais qui va bien. Qui vient d'avoir un bébé, qui a les hormones, qui travaille, mais qui ne pleure pas pour un oui, pour un non et qui est bien dans ses bottes. Donc pour Alice, je l'ai vécu complètement différemment. Avec la ferme, tout ça, c'était... Déjà, il faisait moins chaud parce que Julie, c'était canicule. C'était la période idéale. Avec la ferme, tout ça, j'ai trouvé une organisation. J'arrivais quand même à jongler avec le bébé, tout ça. Je ne suis pas toute seule, ils sont quand même trois sur les spots. Si je n'y étais pas, ce n'était pas très grave.
- Speaker #0
Quelle relation entretient Cyril et tes enfants ? Quel moment il arrive à leur consacrer ?
- Speaker #1
Tout le temps. Je ne sais pas comment l'expliquer. Les enfants sont très fusionnels avec leur papa. Je ne dirais pas malgré son travail, parce que c'est pour son travail. Parce qu'aujourd'hui, c'est un choix qu'il a fait d'être agriculteur, c'est sa vie. Je serais égoïste de lui dire « fais un choix » . Les enfants sont très fusionnels avec lui. Il leur accorde du temps, surtout le soir, quand ils rentrent, dans des périodes comme en ce moment, l'hiver. En fait, l'hiver, quand il ne fait pas beau, à part faire la traite et le soin de nos animaux, on ne peut pas faire grand-chose de plus, bricoler à droite à gauche. Donc c'est vrai que l'hiver, il est beaucoup plus présent, donc il rattrape l'été et le printemps. Et ça, ça lui tient à cœur. Jules fait du foot, il l'amène au foot, dès qu'il peut. Il assiste à tous les spectacles de l'école. Et ça, je le répète, c'est parce qu'il peut aussi, par rapport au fait que mes beaux-parents soient sur la ferme. Malgré que mon beau-père soit à la retraite, on s'est commencé à les retraiter. Ils n'arrêtent jamais vraiment. Ma belle-mère étant jeune, elle a 52 ans, elle est encore là, donc c'est grâce à eux, si aujourd'hui on peut partir une semaine en vacances avec nos enfants, si on peut avoir un dimanche par mois, ensemble, mes enfants ont un papa présent.
- Speaker #0
Comment est-ce que toi tu vis le fait que tes enfants grandissent et peut-être s'épanouissent aussi sur une exploitation agricole ? Est-ce que c'est quelque chose qui te tenait à cœur de le voir au quotidien ? Qu'est-ce que tu en penses de ça ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, je suis reconnaissante que mes enfants vivent dans un cadre comme on leur offre, c'est-à-dire auprès de la nature, on met les bottes, on va sauter dans les flaques. Je pense que ça, ça n'a pas de prix. Après, aujourd'hui, que mes enfants grandissent dans ce cadre-là, ça permet aussi qu'ils aient la... C'est dans tous les métiers mais la valeur du travail qu'on a rien sans rien. C'est vrai que du coup, pour le coup, Cyril en est la preuve. Moi aussi du coup, mais Cyril d'autant plus étant tout le temps dans la ferme. Leur montrer qu'aujourd'hui, papa, il fait ça pour qu'on ait un confort de vie tel qu'il est aujourd'hui. Après, au niveau de mes enfants, on ne force rien. C'est-à-dire qu'ils feront ce qu'ils ont envie de faire. On ne leur dit pas toujours, il y a une exploitation à pérenniser, il faut la reprendre. Ils sont petits, mais...
- Speaker #0
Je comprends et c'est des choses que j'entends pas mal. Ça revient pas mal ce sujet de ne plus mettre la pression de pérenniser une exploitation. Mais est-ce que tu penses que ça change vraiment les choses dans la mentalité des enfants, même si les tiens sont petits ? Est-ce que vraiment tu penses qu'ils s'ouvriront à tout autre sujet ou est-ce qu'à un moment donné ils garderont quand même en tête, il faut quand même qu'on reprenne ?
- Speaker #1
Je pense que le fait de leur laisser le libre arbitre, de leur dire faites ce que vous avez envie de faire, Ne leur met pas les menottes de dire « Attends, papa, il a une exploitation, si on ne la reprend pas, ça va foutre le camp. » Je pense plutôt que ça crée une ouverture d'esprit dans le sens où, s'ils veulent reprendre, ce sera d'eux-mêmes.
- Speaker #0
Ce sera vraiment un choix.
- Speaker #1
Ce sera un choix qui leur viendra d'eux-mêmes et de se dire « J'aime ça, je veux faire ça et c'est ce que j'ai décidé de faire. » Et pas « On me l'a imposé, si je ne le fais pas, papa m'en voudra ou maman m'en voudra. » Et il faut que je le fasse, sinon ça ne va pas tenir. Nous, on est plus dans cette démarche-là de « il faut que ce soit leur choix » . Même si je sais qu'au fond de nous, surtout Cyril, bien sûr qu'il aimerait que ses enfants reprennent, qu'importe si c'est des deux ou qu'un. Bien sûr qu'au fond de lui, il veut que l'exploitation soit pérenne et qu'elle reste de génération en génération, bien sûr. Mais aujourd'hui, il a ce respect-là de dire « vous ferez ce que vous voulez » .
- Speaker #0
Je comprends, ça marche. Tu parlais tout à l'heure de... temps accordé à tous les deux ou à votre vie de famille. Comment est-ce que vous vous accordez du temps de couple à côté de cette vie de famille et de cette vie agricole ? Ça,
- Speaker #1
c'est un grand débat, je pense. Alors, le temps de couple, effectivement, on en avait beaucoup plus avant les enfants. Et ça, je pense que c'est une généralité. Quand on a des enfants, on a beaucoup moins de temps à s'accorder, entre guillemets. Je pars toujours du principe que rien n'est acquis dans n'importe quel domaine, là notamment du coup en amour. Rien n'est acquis et je pense que la flamme, il faut l'égayer sans arrêt. Donc nous, on a mis un point d'honneur à un moment donné de dire stop. Il faut qu'on se retrouve, il faut qu'on égaye ça, il faut qu'on pimente ça. C'est tout le temps une remise en question, il ne faut pas s'oublier. Et nous, on n'aime pas le superflu. Moi, faire un McDo à la maison qu'avec Cyril, ça me va bien. C'est un moment qu'on aime, c'est quelque chose qui nous représente quelque part. On n'est pas très resto. Nous, le bon resto, c'est manger sur le pouce, prendre une baguette de pain avec du bon saucisson, du pâté, entre tous les deux, un bon coca frais ou une bonne bière. Ça, ça nous va appréhender les moments intimes, bien sûr. Ça, ça en fait partie également. Et ça, il faut veiller à ce que ça s'aperpétue et que ça continue, que ça soit pimenté. Parce que ça fait partie quand même, je pense, des piliers d'un couple. Et les moments à deux, comme je disais, nous, on n'aime pas le superflu. Et j'aime, voilà, on prend la bétailère, on va chercher... Je ne sais rien de vous, mais on n'est que tous les deux. Donc, ça nous permet de discuter, de faire plein de choses. Ça, c'est les moments à deux qu'on s'autorise.
- Speaker #0
C'est important, comme tu dis, de prendre soin de son couple à côté de sa vie de famille. Et puis, dans votre cas, de votre vie agricole commune aussi.
- Speaker #1
Tout à fait. Après, le choix aussi que le fait que j'ai toujours travaillé à l'extérieur et que pour l'instant, je ne veux pas m'installer, c'est parce qu'on est toujours parti. Parce que moi, j'aime avoir une vie extérieure. Parce que du coup, le soir, on aurait tendance à se raconter toujours la même chose. parce qu'on vit la même journée. C'est assez diversifié. Et Cyril arrive à couper... C'est quelqu'un qui arrive à couper. Le soir, il arrive, il a d'autres sujets que les vaches, même si j'adore ça et que c'est notre passion commune. Le travail à l'extérieur permet aussi que j'ai un revenu fixe. Parce que comme on le dit si bien, on ne sait pas de quoi la vie est faite demain. Et peut-être que dans 10 ans, il n'y aura plus les vaches pour avoir le lait. Donc, il faudra... Je joue la sécurité.
- Speaker #0
Quand on a les enfants aussi derrière, c'est des choix un peu différents. Complètement. Est-ce que vous partez en vacances sur les deux, tous les quatre. Est-ce que ça t'arrive parfois de partir sans lui, avec ou sans les enfants ?
- Speaker #1
Oui, on part en vacances, donc avec Cyril et les enfants en principe. On a une semaine avec lui, enfin tous les quatre en mois d'août, normalement. Fin juillet, début août, donc pareil, on peut partir, comme je disais, grâce à mes beaux-parents. Cette semaine, elle est à nous, elle est pour nous. Oui, je pars qu'avec mes enfants, très souvent, sans Cyril. Je vais dans ma famille, je vais me balader, à droite, à gauche. C'est plus souvent sans lui qu'avec lui. Et ce que je dis, ça peut être parfois difficile. Il y a eu des fois des événements familiaux de mon côté, des baptêmes, des choses comme ça, où la période étant qu'on ne pouvait pas y aller tous les cas, donc j'y allais qu'avec mes enfants. Ça, ça peut être parfois difficile, dans le sens où on arrive, on est toute seule, tout le monde est avec son conjoint. J'ai eu des petits coups de mou par rapport à ça, même encore, mais j'arrive à prendre un peu plus de hauteur, à me dire que c'est comme ça la vie que j'ai voulu. Et partir toute seule, oui.
- Speaker #0
Sans mes enfants, oui. Du coup, j'ai ma maman qui m'aide. Quand c'est organisé, elle vient, elle me les garde. Et si c'est un temps court, Cyril gère avec sa maman, ses parents. Oui, oui, je pars, d'autant plus que maintenant que j'ai l'entreprise de com' depuis deux ans. J'ai fait pas mal de déplacements en France, dans le Morbihan, dans l'Est. Oui, oui, j'ai pas mal bougé, donc je pars toute seule. Et c'est ce qui fait le plus grand bien aussi, de se retrouver en tant que femme aussi.
- Speaker #1
Si on ne le fait pas, on peut aussi se sentir encore plus. plus isolée et seule, à ne pas bouger, à devenir un peu...
- Speaker #0
Oui, complètement. Quand j'ai eu ma fille, je sortais de Covid en 2020. Elle est née en 2022, donc ça fait deux ans que je suis à la maison, à la ferme. Et du coup, c'est vrai que je l'ai bien vécue autant que je l'ai mal vécue, en fait. J'avais l'impression de ne servir qu'à faire le ménage, m'occuper des enfants et les amener à l'école et être à la ferme. Je n'avais aucun objectif dans mes journées. Je ne sais pas comment l'expliquer, j'avais l'impression que c'était routiné, c'était toujours la même chose. Je ne me sentais pas bien à ma peau, je ne faisais rien d'autre. Je ne voyais pas autre chose en fait.
- Speaker #1
Et pour casser aussi un peu tout ça, ce qui est important c'est aussi la vie sociale je pense. Est-ce que tu peux nous parler un peu de la vôtre ? Tu disais que ta famille était à une heure et demie, est-ce que vous avez des amis autour de vous ? Est-ce que vous voyez régulièrement du monde ?
- Speaker #0
Oui, complètement. Moi, j'ai une vie sociale. Cyril est un peu plus casanier. J'aime aussi être chez moi. Mais je suis quelqu'un de très pétillante et très sociable. J'adore recevoir, j'adore manger sur le pouce. Et je suis très dernière minute. Pour moi, les invitations de dernière minute, c'est les meilleurs. Donc souvent, oui, on a un groupe d'amis. Des garçons qu'on voit très souvent, qui sont agriculteurs aussi. J'ai des copines que je vois souvent. Oui, sur ça, on a des amis et on fait très souvent des choses.
- Speaker #1
Et dans le milieu agricole, il y a aussi des gens qui ne sont pas dans ce milieu-là ?
- Speaker #0
Qui ne sont pas dans ce milieu-là ? Très peu, finalement. Très peu, j'en ai plus moi de mon côté, parce que du coup, Cyril a toujours grandi dans ce milieu-là. C'est quand même essentiellement des amis de ce monde-là, oui.
- Speaker #1
Ok, et c'est pas, entre guillemets, oppressant de temps en temps, d'entendre que parler d'agriculture ? Est-ce que vous arrivez à discuter aussi un peu d'autres choses, à couper un peu de l'affaire quand vous voyez ?
- Speaker #0
Ah oui, on arrive à parler de sujets autres que l'agriculture. Après, quand ça me barbe un peu, je passe vite à autre chose et on parle d'autre chose. J'arrive à casser un peu le truc de dire qu'en agriculture, on en voit tous les jours. Maintenant, on parle d'autre chose. Mais surtout avec mes copines, finalement. Parce qu'après, avec les copains, on parle d'autre chose, mais c'est des sujets de garçons. Souvent, ça vient sur le sport. Mais non, franchement, sur ce côté-là, je n'en souffre pas. Enfin, ce n'est pas barbant. Quand on se voit, c'est bien.
- Speaker #1
Parce que c'est des sujets qui peuvent revenir aussi, de se dire, je me sens à part à des dîners, à des choses comme ça. Toi, tu partages aussi cette passion-là. Oui. C'est aussi un peu plus facile, si tu peux me le permettre, bien sûr. Mais c'est vrai que de temps en temps, de se dire, allez, on parle d'autres choses, on s'ouvre à d'autres sujets, c'est aussi, je pense, hyper intéressant et hyper stimulant.
- Speaker #0
complètement Complètement. Et je respecte complètement moi qui, même si je suis dans le milieu, des fois, je n'ai pas envie de parler d'agriculture. J'ai envie de parler de choses parce que j'adore le dessin, j'adore la couture, j'adore tout ce qui est fait main. Je suis une grande bricoleuse, j'adore rénover des meubles. Je suis très manuelle. Tout ça, ça fait partie aussi de l'équilibre du couple, que d'avoir aussi des passions autres que ça. Moi, j'ai tout ça. Je fais du sport. Cyril fait du foot et ça c'est des moments qu'on a besoin individuellement d'avoir pour se retrouver aussi face à soi-même et ouvrir la soupape. Des compressions !
- Speaker #1
Pour conclure de cet échange toutes les deux, est-ce que tu aurais un conseil à partager à une autre femme d'agriculteur qui nous écoute ?
- Speaker #0
C'est de ne pas s'oublier. De ne pas s'oublier et de ne pas attendre après les autres. De faire les choses pour soi, d'avancer pour soi et qui même me suivent. de ne pas attendre que les choses se fassent parce que souvent on attend, on attend et on passe à côté de plein de choses. La vie défile. Donc si j'avais un conseil à donner, c'est avancer pour soi, pour la famille, mais ne pas s'oublier surtout. Ne pas s'oublier et rester coquette, se faire plaisir, aller chez le coiffeur, faire plein de choses pour soi, se faire du bien et continuer à alimenter la flamme qui vous a unis dès le départ. Ça c'est essentiel. Parce que sinon, on se retrouve comme ces couples il y a des années maintenant, où quand on était ferme agriculteur, les couples ne tenaient pas. Ça, c'est une réalité. Combien j'en ai dans mon entourage qui ont divorcé, parce que la femme ou l'homme, peu importe, était mordu de travail et n'arrivait pas à lever la tête à un moment donné et dire « Attends, j'ai une vie à côté. » Il y a des gens qui m'aiment et qui sont là pour moi. Et je ne sais pas prendre les décisions de dire je lève le pied, je prends quelqu'un, service remplacement. Parce qu'aujourd'hui, il y a des moyens qui existent pour. Donc, de ne pas s'oublier et surtout de parler. Parler, parler, parler. Parce que ça, je pense que c'est la base d'un couple qui perdure.
- Speaker #1
Ça marche. Je comprends bien le message que tu veux faire passer et qui est super important. Enfin, j'ai un petit rituel cette année. À la fin de mes épisodes, maintenant, je pose toujours la dernière question. Selon toi, qu'est-ce qui t'épanouit chaque jour ? dans ta vie de femme d'agriculteur ?
- Speaker #0
Une qualité de vie, parce que j'adore la bonne cuisine, et cuisiner avec des produits de chez nous, notre lait, nos oeufs, ma viande, notre viande, ça pour moi, c'est fondamental. Et je dirais aussi qualité de vie, d'avoir mine de rien, mon conjoint avec moi tous les jours, parce que même s'il travaille beaucoup, il est quand même par là, il n'est pas loin.
- Speaker #1
Oui, vous arrivez à vous croiser toute la journée.
- Speaker #0
C'est ça. C'est ça. Et offrir ce cadre à mes enfants à la campagne.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour cet échange.
- Speaker #0
Merci à toi. Surtout d'avoir bien voulu écouter mon histoire. Merci. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec plaisir. D'autant que c'est drôle. Parce que c'est la première fois qu'il y a autant de propos qui font écho. Alors que c'est des explications très différentes entre celles de ton conjoint et de mon mari. Mais c'est drôle à quel point que ce soit en postpartum. sur le fait que t'es très manuelle, sur le fait que t'aimes manger de bons produits, de recevoir. Il y a énormément de choses qui font écho à mon histoire. Alors, je ne le fais pas pour ça, mais c'est vrai que ça fait aussi vraiment plaisir et du bien d'entendre tout ça.
- Speaker #0
Mais ton podcast est très bien parce que je trouve que ça réunit un peu toutes ces femmes qui, mine de rien, sont un peu seules aussi finalement. Je n'aime pas ce terme-là, mais on est quand même assez isolées, entre guillemets, dans le sens où... On n'a pas ce truc de partager entre nous notre quotidien, nos hauts, nos bas. Et c'est vrai que c'est essentiel de le faire parce que nos familles personnelles, surtout en n'étant pas du milieu, ne comprennent pas ce quotidien. Je ne sais pas comment l'expliquer. Ils ne sont pas avec nous. Moi, je sais que personnellement, ils ne sont pas avec moi tous les jours pour voir comment ça se passe. Ils se doutent, mais ils ne savent pas. Ils ne peuvent pas tout saisir.
- Speaker #1
Oui, oui. Parfois, ça peut être aussi dans des détails qu'on peut se reconnaître ou dans des petits conseils, dans des choses qui font du bien.
- Speaker #0
Les réunions de famille, les repas de famille où je viens seule, ils voient que je suis seule, mais ils ne se disent pas oui, parce que Cyril, à côté, il a un travail. Ou quand on parle de sujets d'autres, oui, j'ai fini à 10 heures, je suis fatiguée. Et puis quand on arrive, Cyril, il fait des heures à bloc. Mais c'est son choix. attention, toujours pareil mais C'est vrai que c'est des corps de métier où les gens ne se rendent pas compte que c'est toute l'année, tout le temps et qu'on ne décroche jamais. Et ça, je pense qu'il y a un gros travail à faire là-dessus, de démocratiser le fait de comprendre ce métier et comprendre ce que peut vivre la famille, que ce n'est pas toujours tout rose.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi surtout pour tout ça.
- Speaker #1
C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie, ou au contraire sont bien différents de vos choix personnels et professionnels, n'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode. A bientôt !