- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion. J'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels, ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Pour cet épisode, j'ai la chance de discuter avec une de mes meilleures amies, Joséphine. On se connaît très bien toutes les deux, mais peux-tu brièvement te présenter ?
- Speaker #1
En effet, on se connaît bien depuis de longues années déjà. Alors, je m'appelle Joséphine, j'ai 30 ans, je vis dans le Loir-et-Cher et je suis mariée aujourd'hui avec Baptiste, qui est agriculteur. Toutes les deux, on s'est rencontrées pendant nos études supérieures et c'est également là que j'ai rencontré mon mari, donc en première année d'études. Et donc cette année, ça fait 11 ans que l'on est ensemble et on est mariés depuis 5 ans. Mon mari Baptiste. et sur une exploitation agricole principalement céréalière. Et il y a depuis 4 à 5 ans un élevage au vin, donc avec des moutons, des petits moutons noirs, qui sont élevés en plein air exclusivement.
- Speaker #0
Ok. Maintenant que le contexte est posé, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement ? Où as-tu grandi ? Et est-ce que tu viens du milieu agricole ?
- Speaker #1
Alors moi, je viens de Picardie, dans l'Aisne plus exactement. J'ai grandi, j'ai effectué la première partie de ma... scolarité jusqu'à la primaire. Et ensuite, au collège-lycée, j'étais en internat sur Reims. Moi, je suis la dernière d'une famille de quatre. Et mes frères et sœurs sont passés par l'internat, donc je les ai suivis. Et le week-end, quand on rentrait, on était en campagne, mais une campagne relativement proche d'une petite ville. J'ai de la famille, en effet, mes grands-parents, qui étaient tous les deux issus d'une exploitation agricole, donc qui étaient tous les deux agriculteurs. L'un qui avait des vaches. et l'autre qui avait des moutons et qui était aussi également céréalier. Et mon papa a repris la gérance de l'exploitation agricole de l'un de mes grands-pères, du coup de son papa à lui, après la retraite de mon grand-père. Mais du coup, il n'y exerçait pas, il avait juste repris la gérance.
- Speaker #0
Ok. Après cet internat, quelles études as-tu fait et dans quel but initialement ?
- Speaker #1
Alors moi, du coup, j'ai fait une école d'ingénieur La Salle Beauvais. qui est une école qui a plusieurs spécialités, dont l'agro-santé, alimentation et santé. Donc moi, j'ai fait une spécialité ensuite qui était tournée vers l'industrie agroalimentaire. Et aujourd'hui, je travaille dans la qualité agroalimentaire dans une entreprise qui, pour le coup, est très agricole. Et ça fait un petit peu un lien, justement, avec Baptiste. Et puis pourquoi cette école ? Principalement, c'était vraiment un coup de cœur avec l'école. Et le côté agroalimentaire me tentait bien. Alors après, c'est vrai qu'en sortant du bac, j'avais des idées relativement floues. Donc c'est vraiment l'école qui m'a attirée plus qu'une idée de métier en tête.
- Speaker #0
Ok. Tu nous parlais un peu de ton travail actuel. Est-ce que tu peux nous présenter tes missions principales ? Aujourd'hui,
- Speaker #1
je suis dans une entreprise qui est spécialisée en production, conditionnement et commercialisation de condiments. On fait de l'ail, de l'oignon et de l'échalote en filet ou en sac. Et je suis dans le service Cali. Au niveau de l'usine de conditionnement, assez rapidement, mon travail, ça va être tourné autour du respect des cahiers des charges que l'on signe avec nos clients, qui sont principalement les clients de la grande distribution française, et aussi le respect de la réglementation, puisqu'on a par exemple des produits qui sont bio ou des produits qui sont zéro résidu de pesticides ou des cahiers des charges particuliers de clients. Et donc voilà, mon travail, c'est de veiller à ce que tout soit dans les normes.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu peux trouver facilement du travail dans ton secteur d'études ? activités près de la ferme ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, moi qui suis dans l'agro, pas si facilement que ça. Aujourd'hui, on habite donc à 25-30 minutes de Orléans. Et autour d'Orléans, en effet, on va avoir de l'industrie agroalimentaire, mais par contre, principalement des industries de viande. Et il y a aussi beaucoup d'entreprises en lien avec la cosmétique, avec lesquelles je n'ai jamais eu l'occasion encore de travailler. Mais c'est vrai qu'il n'y a pas tant d'entreprises que ça en en termes d'agroalimentaire. Après, si on est OK pour faire pas mal de routes, oui, il y en a. Mais si j'ai envie de me restreindre à un temps de trajet de 25 minutes de route, aller et retour max, en effet, autour de mon domicile, c'est assez restreint.
- Speaker #0
Est-ce que tu te verrais faire des sacrifices professionnels ou du moins changer un peu de voie ? Tu parlais de cosmétique, travailler, voilà, pourquoi pas, responsable qualité dans des entreprises qui s'éloignent un peu de ton domaine d'activité pour te rapprocher ou pas ?
- Speaker #1
Alors le sujet est un peu... petit peu d'actualité justement parce que je suis en gros questionnement par rapport à mon métier, à ma voie. J'aimerais bien essayer de changer de voie. Je ne suis pas encore du tout fixée sur ce que je souhaite faire. Je pense juste que j'aimerais bien vraiment changer de voie et quitter le côté qualité. Par contre, est-ce que je reste dans l'industrie agroalimentaire ou est-ce que je change du tout au tout en faisant un virage à 180 ou à 360 ? Je ne suis pas encore fixée. C'est justement le sujet actuel donc je ne peux pas trop te répondre en détail à ce sujet-là. mais en tout cas je suis pas du tout fermée à changer de voie
- Speaker #0
Et est-ce que dans ce questionnement, tu as des idées d'entrepreneuriat, de diversification agricole, ou te rapprocher de l'exploitation de Baptiste, ou pas spécialement ?
- Speaker #1
Alors, on a déjà parlé de choses ensemble, en effet. Aujourd'hui, un produit de transformation en lien avec la ferme, pas tant que ça, puisque pour la partie élevage, Baptiste fait déjà de la vente directe de caissettes d'agneaux. Cette partie-là, elle est déjà exploitée. monter un labo de transformation. Aujourd'hui, c'est quand même en lien avec la viande. Il y a beaucoup de restitutions, beaucoup de normes. Ce n'est pas forcément évident. Donc là, c'est un gros projet qui me semble un petit peu compliqué. En lien avec la partie céréale, pourquoi pas ? Mais en fait, on en a déjà parlé tous les deux en se disant qu'aujourd'hui, pour avoir quelque chose qui marche, il faudrait vraiment trouver une idée qui change. et qui n'a jamais encore été faite. Par exemple, faire de l'orge brassicole pour après faire de la bière, en soi, il y a déjà beaucoup de brasseries, il y a déjà beaucoup de monde. Faire des chips parce qu'on a des pommes de terre, il y en a énormément aussi. Donc en fait, pour le moment, l'idée n'est pas dans nos esprits, mais on n'est pas fermé, on a déjà pensé par exemple à monter une ferme pédagogique, ça manque cruellement, mais on y a pensé il y a quelques années, et aujourd'hui, le sujet n'est pas revenu encore sur le tas.
- Speaker #0
Ok. Comme faire des pâtes artisanales ou ce genre de choses qu'on voit se développer un peu partout.
- Speaker #1
Exactement, il y a déjà du monde qui le font bien et qui ont déjà pris les places. Il faudrait trouver une idée nouvelle, novatrice, originale. Au moment, on ne l'a pas.
- Speaker #0
Maintenant que nous te connaissons mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple et de famille. Tu nous as présenté comment tu as connu ton mari. Je suppose que quand nous vous êtes rencontrés, tu as parlé rapidement du fait qu'il était fils d'agriculteur et qu'il souhaitait être agriculteur. plus tard. Quels ont été tes premiers ressentis à ce sujet ? Est-ce que tu as ressenti des excitations, des craintes par rapport à ça ?
- Speaker #1
En fait, je pense que je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je n'y ai pas vraiment réfléchi. J'étais en première année d'études sur 5 ans. Pour le coup, au début, je n'y ai pas du tout pensé. Surtout qu'au début, on ne se voyait pas tout le temps, pas très facilement. Donc sincèrement, je n'y pensais pas vraiment. Ce qui est drôle, c'est que j'ai des amis de lycée qui m'avaient dit depuis toujours, de toute façon, toi... On sait que tu finiras avec un agriculteur et ça m'a toujours fait rire, mais ce n'est pas pour autant que ça avait fait son bout de chemin dans ma tête. Non, ça ne m'avait pas particulièrement fait peur ou excité ou quoi que ce soit, c'est juste qu'en fait, je n'y avais pas réfléchi. Par contre, après, une fois en face à la suite d'un emménagement avec Baptiste, là, je l'ai vécu différemment.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as pensé à ce moment-là ? Est-ce que tu t'es rendu compte de certaines contraintes, de certains bonheurs peut-être d'être à la campagne, de devoir s'épanouir, à s'installer, etc. ?
- Speaker #1
Dans un premier temps, c'était assez dur, j'ai envie de dire. parce qu'on était installés dans l'Eure-et-Loire dans les premiers temps. Donc on était installés autour de chez Baptiste et en lien aussi avec moi tous les différents travails que j'avais pu avoir l'occasion de trouver. Et donc ça voulait dire forcément à minima 3h, 3h30 de distance et de route avec là où habitaient mes parents. Et c'est vrai qu'avec mes parents, mes frères et sœurs, on était très famille. On aimait bien se voir très régulièrement. Et c'est vrai que ce côté distance, c'était pas forcément très facile parce qu'il fallait faire les trajets tout le temps. Et au début de notre relation, c'est vrai que Baptiste avait également une autre vie avant d'être agriculteur. Enfin, en même temps que ses débuts d'agriculteur, il avait une entreprise d'événementiel. Donc, il faisait beaucoup de sono pour des événements privés, mais également beaucoup de mariages. Et donc, c'est vrai qu'on ne se voyait pas beaucoup. Au début, c'était surtout ce côté où il avait son entreprise d'événementiel qui nous séparait pas mal. Et pas tant l'agricole. Aujourd'hui, comment je le vis ? Bah oui, forcément, il y a des moments un peu plus... compliqué puisqu'il y a quand même une charge de travail qui est hyper importante mais qui fluctue énormément en fonction des années, en fonction de l'avancement, de la construction, de l'exploitation. Quand les moutons sont arrivés aussi, pareil, ça a tout chamboulé. J'ai envie de dire qu'au quotidien, oui, il y a des moments qui sont en effet pas évidents, ça je le cache pas, c'est sûr et certain. Par contre, je le vois, il est passionné et donc ça c'est chouette et ça fait beaucoup de plaisir à voir. et de me dire que lui, il fait un métier qu'il passionne au quotidien, c'est génial. Et à côté de ça, j'ai beaucoup de chance parce qu'en fait, il met énormément de place dans sa vie par rapport à notre famille. A contrario, je pense que de beaucoup de femmes d'agriculteurs, son métier d'agriculteur, c'est pas le number one dans sa vie et sa vie de famille est énormément là. Et parfois, il fait des concessions dans le sens de mettre sa famille en avant, même si c'est au détriment du côté agricole. Donc ça, c'est hyper chouette.
- Speaker #0
Oui, et puis c'est super important pour ton épanouissement à toi aussi et d'avoir fait ce choix de le suivre dans sa région et dans ses choix professionnels. Alors moi, je le sais, donc je ne vais pas poser la question, mais vous n'habitez pas sur l'exploitation. Est-ce un choix ? Est-ce prévu pour plus tard ? Est-ce que vous êtes loin de l'exploitation ? Est-ce que vous rapprochez faciliterait votre vie de cours ?
- Speaker #1
On est exactement à 3 km de l'exploitation. S'installer sur l'exploitation, c'était quoi qu'il en soit pas vraiment envisageable puisque la maison de famille est la maison des grands-parents de Baptiste qui est actuellement en indivision dans sa famille au niveau de la génération de son papa et de ses tantes. Et donc, le fait de s'installer dans la maison, la question ne se posait pas. Par contre, quand on a décidé de se rapprocher de l'exploitation, on était très contents de ne pas y être. sur place parce que justement ça fait une coupure du moins ça c'est notre notre point de vue à nous je sais que d'autres points de vue qui est complètement différent mais nous le fait de se dire il ya même trois kilomètres en fait voilà quand il est à la maison il est à la maison il n'a pas la vue de la cour au travers des fenêtres de la cuisine il part pas en deux secondes en se disant j'ai oublié de faire ci ou de faire ça quand il est à la maison il est à la maison donc ça c'est chouette et il ya aussi l'avantagé de se dire et bah avec l'irrigation l'été quand il y a des activités à faire dans les champs tôt le matin tard le soir et bah c'est chouette parce qu'il est proche mais ça il était complètement d'accord avec moi de se dire que voilà ne pas être sur l'exploitation c'était quand je suis à la maison je suis à la maison et une fois de plus ça je le redis parce que c'est vrai que je trouve que c'est assez important et je trouve que moi j'ai de la chance de pouvoir le vivre c'est que pour lui c'était complètement ok et une fois de plus il met vraiment beaucoup sa famille en avant et en priorité par rapport au au travail. Et le jour où il y a absolument besoin d'aller travailler, il y va, bien évidemment.
- Speaker #0
C'est le bon compromis entre les contraintes de temps et de besoin de l'exploitation et puis passer du temps en famille et être là pour toi et votre fille en même temps.
- Speaker #1
Oui, exactement. Oui, c'est vrai que je ne l'ai pas dit, mais on a une petite fille de bientôt deux ans.
- Speaker #0
Est-ce que tu as toujours souhaité vivre à la campagne ? Est-ce que c'est une contrainte ou plus un bonheur pour toi ?
- Speaker #1
Alors, vivre à la campagne, quand j'étais petite, je vivais déjà à peu près à la... campagne, mais c'était pas non plus perdu en fin fond de campagne. Mais bon, on avait la chance d'avoir un grand jardin, donc voilà, j'étais souvent en extérieur. Être à la campagne, j'ai envie de dire, c'est agréable. On a la chance d'avoir un espace de vie qui est très agréable. Par contre, on a déjà aussi vécu en ville et c'était très chouette. On pouvait profiter de se dire, on va se faire un restaurant ou un cinéma en un claquement de doigts. Et ça, c'était aussi très sympa. Aujourd'hui, mon cadre de vie me va très bien, mais c'est vrai que parfois, la proximité avec des commerces...
- Speaker #0
On va revenir un tout petit peu sur l'exploitation de Baptiste. Est-ce qu'il travaille seul sur l'exploitation ? Et sinon, avec qui ?
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, oui, il est seul, mais plus pour très longtemps. Il a du coup son ancien salarié qui va revenir, et donc ça c'est une très bonne nouvelle, puisque là, il a une charge de travail qui est vraiment très importante, trop importante pour une seule et même personne, au vu de l'exploitation et d'une seconde exploitation qu'il a reprise l'année dernière. Il a fait le pari au début d'être tout seul et de voir comment il pouvait s'organiser en parallèle avec l'investissement dans du matériel qui peut être plus conséquent pour savoir si ça peut pallier à un salarié. Et non, là c'est vrai qu'il y a quelqu'un qui revient, son ancien salarié qu'il connaît très bien. C'est super parce que du coup ça va pouvoir l'alléger. Et une fois de plus, il en est aussi très content parce que ça va pouvoir lui redonner du temps pour pouvoir être à la maison avec nous, profiter de sa femme et de sa fille et de prendre le temps en famille. Donc ça, c'est super.
- Speaker #0
Ok, donc c'était une exploitation familiale depuis plusieurs générations. Est-ce que son papa travaille encore sur l'exploitation ? Et est-ce que ta belle famille est géographiquement proche ? Et si oui, puisque je sais que oui, quels sont tes rapports avec celle-ci ?
- Speaker #1
Du coup, son papa est à la retraite depuis déjà plusieurs années, et du coup, il ne travaille plus du tout sur l'exploit. De temps en temps, il peut venir donner un petit coup de main quand Baptiste lui demande, et qu'il est vraiment dans le rush. Mais sinon, il a complètement décroché. On est très exactement... à, je pense, 500 mètres à pied de chez mes beaux-parents. Aujourd'hui, moi, je le vis plutôt bien. Il n'y a pas de souci parce qu'on n'est pas collés. Et en fait, il nous laisse vraiment notre indépendance. Je peux remercier ma belle-maman, puisqu'elle-même a, elle me l'a déjà dit, un peu souffert de la trop grosse proximité avec sa belle-famille quand elle était jeune et quand elle est venue s'installer dans le Loire-et-Cher. Et du coup, elle n'a pas... pas particulièrement envie de le faire vivre à sa belle-fille. Et donc vraiment, on peut ne pas se voir pendant des semaines si on s'invite pas à dîner. Pour le coup, on a les avantages d'avoir les beaux-parents juste à côté et pas les inconvénients. Franchement, non. Moi, je le vis très bien, il n'y a pas de souci.
- Speaker #0
Vous avez donc une fille de bientôt deux ans. Comment est-ce que tu as vécu l'arrivée de cet enfant en lien avec des périodes agricoles peut-être compliquées ou denses ? Et quelle était l'implication de Baptiste au moment de ton postpartum ?
- Speaker #1
Notre petite fille, elle est arrivée un 11 novembre. Et donc, du coup, c'était une période super pour Bette. Parce qu'il n'était pas énormément pris dans les travaux des champs. Et donc, en fait, il a pu être très, très, très, très dispo. Donc ça, c'est hyper chouette. Et une fois de plus, avec la proximité de la ferme de... La maison, en fait, si parfois il avait besoin d'aller travailler, il pouvait y aller une matinée, deux heures et revenir. En fait, il pouvait déjeuner quasiment tout le temps avec moi, tous les midis. Il passait même parfois des demi-journées ou des journées complètes avec moi. Après l'arrivée de notre petite fille, au début, s'il y a des moments où j'étais un petit peu plus dans le down et je lui envoyais un message en disant « là, est-ce que tu penses que tu peux rentrer bientôt ? » Il pouvait rentrer hyper rapidement. Donc ça, c'est vraiment chouette. Je l'ai vraiment bien vécu et c'est tombé au bon moment. Après, je pense, quoi qu'il en soit, que même si c'était tombé à un moment plus compliqué, il aurait été présent parce que, justement, une fois de plus, et ça peut peut-être être un peu le sujet général de notre discussion, il met sa famille au centre. Il aurait su mettre de côté, trouver des solutions, faire appel à un entrepreneur pour venir l'aider dans les travaux, dans les champs, pour justement être là avec moi. Et avec notre petite fille, il sait faire énormément de concessions par rapport à la famille, par rapport à moi, à notre organisation familiale, à notre vie de couple aussi, à deux. Mais par contre, quand il me dit que là, non, il ne peut pas, il ne peut pas et il y va. Une fois de plus, j'ai de la chance. Je crois que je l'ai beaucoup dit.
- Speaker #0
C'est hyper important de le préciser. C'est des sujets qui ne sont pas toujours évidents en fonction de l'exploitation et puis des priorisations et des contraintes de chacun.
- Speaker #1
Dans le monde agricole, il y a une charge de travail qui est hyper importante et que parfois... Ça peut passer au-delà d'une vie de famille. Et c'est vrai que moi, j'ai la chance que ce ne soit pas le cas.
- Speaker #0
Comment se passe votre organisation familiale vis-à-vis de votre fille à l'heure actuelle ?
- Speaker #1
C'est rondement mené. On a pas mal de chance puisqu'on a une crèche qui se trouve dans le village, juste à côté, qui est très bien, et dans laquelle on amène notre petite fille le matin à 8h. Donc c'est la plupart du temps Baptiste qui la dépose, et moi qui vais la récupérer à 18h. Donc en fait, on est vraiment plutôt bien organisés. Donc lui, il s'en occupe le matin. et moi je m'en occupe le soir. Après on peut complètement inverser les rôles parce que parfois il a besoin d'aller travailler tôt le matin et que moi parfois aussi j'ai besoin de rester plus tard le soir ou deux fois par semaine on a les sports respectifs et donc en fait là on s'interchange et ça se passe très très bien, ça il n'y a pas de soucis.
- Speaker #0
Ok, donc tu disais que Baptiste prenait pas mal de temps pour sa famille, pour toi et sa fille. Quelle est la relation qu'il entretient avec Dauphine ?
- Speaker #1
Il adore sa petite fille, ça c'est sûr. Il est hyper content de pouvoir la voir grandir au quotidien. Il est hyper présent, très intentionné. Il joue beaucoup avec elle. Il est content d'être avec elle, de la faire manger, de lui donner le bain, d'aller jouer avec elle dans le jardin, de l'emmener en tracteur aussi de temps en temps. Parfois, quand c'est lui qui va la chercher à la crèche le soir, il ne rentre pas tout de suite. Ils vont faire un tour de parcelle. Il a une super relation avec elle. Donc ça, c'est super chouette à voir.
- Speaker #0
Ok, trop bien. Parlons un peu de vous deux. Comment est-ce que vous trouvez vos moments de couple à côté du travail à la ferme et de la vie de famille ?
- Speaker #1
Eh bien, justement, c'est un sujet d'actualité également, puisqu'on part en vacances tous les deux. On se fait une petite semaine tous les deux. Et c'est vrai qu'on n'a pas eu l'occasion de se faire des vacances que tous les deux depuis quand j'étais enceinte. On a eu l'occasion de faire des vacances en famille, des week-ends avec des copains, des amis. Mais tous les deux, non, ça fait un petit bout de temps. Mais en parallèle, quand même, on sait quand même... prendre du temps. On a aussi nos sports respectifs. L'année dernière, on faisait tous les jeudis soir un sport ensemble. On y allait tous les deux dans un club de course. Donc ça faisait quand même un truc ensemble. Même s'il y avait du monde dans le club, on était tous les deux. Et puis de temps en temps, parfois, mes beaux-parents, comme ils sont proches, ils peuvent nous prendre dauphine. Et donc on pouvait aller se faire un ciné ou un resto. Bon, après, ça reste très exceptionnel. La semaine passe à une vitesse folle et qu'on ne le fait pas très régulièrement. On essaye quand de garder encore des petits temps. on arrive à se dire voilà là on se voit mais on se voit pas On est dans la même maison, mais en fait, on ne fait que se croiser. Et ça, souvent, on arrive à l'identifier et à se le dire pour se dire « Ok, là, il faudrait peut-être qu'on se voit, qu'on se fasse un petit truc. » Puis souvent, on arrive à le concrétiser pas longtemps après, en fonction de notre organisation. On essaie de faire gaffe quand même.
- Speaker #0
Tu parlais de vacances. Est-ce que ça t'arrive de partir sans lui ? Est-ce que c'est ok ? Est-ce que tu souhaiterais avoir plus de vacances avec lui ? Est-ce que vous partez beaucoup dans l'année en vacances, ensemble ou en famille ?
- Speaker #1
Pour le coup, Baptiste, il aime bien se dire quand même qu'il se prend du temps. Je pense qu'il n'y a pas si longtemps que ça, on a fait le calcul. Il se prend, je pense, quasi 5 semaines, comme un salarié en fait. Après, on est assez adeptes de plutôt se faire pas mal de week-ends. Parfois, pourquoi pas des week-ends un peu rallongés, parce que prendre vraiment des grosses périodes de vacances, ce n'est pas si évident que ça. Je n'ai pas envie de dire que j'en souffre. Par contre, oui, c'est vrai que l'été, par exemple, ça m'arrive de partir sans lui. On arrive souvent fin juillet à faire une semaine ensemble. Par contre, août, lui, il est en pleine période où il doit semer des couverts, où il y a de l'irrigation. Il est à fond dans les champs, donc il n'est pas du tout dispo. Donc oui, moi, je suis partie, c'est vrai, sans lui cette année. Donc forcément, moi, je préfère quand il est là. Et puis en plus, je sais que cette année, il était sans moi, sans Dauphine et avec une charge de travail très importante. C'est vrai que j'aurais préféré qu'il soit avec moi ou que je sois avec lui. Après l'hiver, on aime bien quand même faire une semaine au ski. En plus, il est très, très, très ski. On arrive quand même à essayer de prendre des vacances.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Tu parlais de week-end en famille. Vous passez aussi pas mal des week-ends avec des amis. Comment est-ce que tu décrirais votre vie sociale ? Est-ce que tu te sens parfois isolée ou plutôt bien entourée ?
- Speaker #1
Parce que c'est un peu des deux. En fait, je me sens hyper bien entourée parce que j'ai un super groupe d'amis avec lesquels on se donne quand même relativement des nouvelles. On arrive quand même à se faire des événements assez réguliers dans l'année. Alors oui, forcément, il y a les événements type mariage, baptême, etc. qui peuvent nous aider à nous retrouver. Mais pas que, en fait. On arrive quand même assez régulièrement à se planifier des dates. Une fois qu'on en a passé une, on essaye souvent de retrouver une suivante. Donc ça, c'est chouette. Je me trouve bien entourée dans ce sens-là. Par contre, c'est vrai que géographiquement parlant, je suis assez éloignée de mon super groupe d'amis, dont tu es. Donc voilà, plus au nord de Paris. On n'est pas tout près. À côté de ça, on n'a pas peur de faire des kilomètres. et nos amis n'ont pas peur non plus de faire des kilomètres. On sait se retrouver et s'organiser pour se faire des week-ends. Donc oui, parfois, en effet, je me dis, c'est dommage, j'aimerais trop avoir mes super copains à côté de moi. Mais en parallèle, on est en train de se créer aussi un autre noyau sur place, chez nous, du coup, dans le Loiret-Cher. Et ça, c'est trop chouette. C'est de mieux en mieux, en fait.
- Speaker #0
Et dans vos copains sur place, parce que les autres, je les connais très bien, plutôt. Est-ce que c'est beaucoup des personnes du milieu agricole ? Ou est-ce que toi, c'est important aussi de fréquenter des personnes qui ne sont pas de ce milieu pour couper un peu, pour discuter d'autres choses que de céréales et de météo ?
- Speaker #1
Dans les amis du coin, on en a qui sont du milieu agricole. Et il y en a d'autres, justement, des nouveaux amis qu'on s'est fait il n'y a pas très longtemps et qui ne sont pas du tout du milieu agricole. Et c'est vrai que c'est hyper chouette, c'est hyper rafraîchissant. Mais en fait, pas tant. parce qu'ils ne sont pas du milieu agricole. C'est rafraîchissant plutôt parce qu'on s'est fait des amis à 30 balais. Et du coup, ça, c'est hyper chouette. Donc, en fait, tu démarres un peu de zéro et tu n'as pas tout l'historique d'avant, de quand tu étais jeune, depuis 10 ans. Et donc, ça, c'est vrai que c'est chouette. Mais pour Baptiste, il aime bien pouvoir être de temps en temps avec des gens, en effet, qui ne sont pas du milieu agricole et de ne pas parler tous les jours de « Où est-ce que tu en es dans tes champs ? Est-ce que tu as terminé ? » « Ah bah oui, il a plu je ne sais pas combien hier. » Et voilà. Après, bien évidemment, il n'en souffre pas et il est très content de pouvoir aussi prendre les nouvelles des copains à grilles régulièrement pour savoir, eux, comment ça se passe dans leur ferme et comment ça va au quotidien. Mais il est aussi content de pouvoir parler de complètement autre chose.
- Speaker #0
C'est marrant parce que du coup, je posais un peu la question pour toi parce que je sais que ça peut être un peu pesant pour la conjointe. Donc, c'est marrant que tu nous parles de la vie de Bat là-dessus et je trouve ça super chouette aussi.
- Speaker #1
C'est vrai que si moi, je me retrouve dans un dîner où ça ne parle qu'à grilles, j'avoue, je pense que je vais un peu me renfermer. parce que je ne saurais peut-être pas trop quoi dire ou j'aurais peur de dire des bêtises. Quoique, comme aujourd'hui, j'ai un métier qui est très en lien avec l'agri, je peux maintenant être plus intégrée aux conversations où on me pose plus facilement des questions et où ça va intéresser peut-être plus les gens qui sont très agris et qui aiment beaucoup en parler. Donc, ça peut aider. Mon métier aujourd'hui aide.
- Speaker #0
Oui, et puis ce n'est pas toujours évident. Oui, ça peut être des sujets un peu fermés et de prendre sa place et de dire... J'ai aussi peut-être des choses hyper intéressantes à raconter. C'est pas toujours évident.
- Speaker #1
Mais sincèrement, c'est pas hyper régulier que je me retrouve dans ce type de situation. Franchement, c'est assez rare.
- Speaker #0
Pour finir cet échange entre nous deux, est-ce que tu aurais un conseil à partager à une autre femme d'agriculteur qui nous écoute ?
- Speaker #1
Bah écoute, moi j'ai envie de dire que le fait de parler... C'est hyper important. Et de dire ses craintes. Moi, je partage assez régulièrement mes craintes à Baptiste, que ce soit sur sa surcharge de travail, sur les différents projets qu'il peut avoir, parce qu'il en a 15 000 en tête, ou même le côté dangereux du métier. Et je pense que le fait qu'on parle beaucoup, c'est ce qui fait qu'on le vit tous les deux très bien. Donc voilà, moi, c'est parler et rien garder pour soi, parce que ça n'aide pas.
- Speaker #0
Pour conclure, qu'est-ce qui, selon toi, T'épanouis chaque jour dans ta vie de femme d'agriculteur ?
- Speaker #1
C'est pas une question facile parce qu'en fait je me définis pas particulièrement comme femme d'agriculteur.
- Speaker #0
Dans le fait que tu sois mariée à un agriculteur, est-ce que t'as des petits plaisirs quotidiens ? Est-ce que t'as des choses où tu te dis ça c'est vraiment chouette ou là-dessus j'ai vraiment de la chance ? Un détail qui te fait te sentir hyper heureuse d'être femme d'agriculteur ?
- Speaker #1
C'est vrai que c'est un environnement qui est hyper chouette pour les enfants. on peut aller montrer les moutons, faire un tour de tracteur et c'est vrai que c'est un côté un peu qui émerveille les enfants donc oui c'est vrai que l'environnement est très chouette du fait d'être à la campagne on a un cadre de vie qui est très agréable il y a aussi quelque chose qui est assez sympa c'est qu'il est quand même à son compte donc parfois il y a une liberté dans l'emploi du temps qui peut être pratique et après ce qui m'épanouit j'ai envie de dire c'est surtout de le voir lui heureux dans ce qu'il fait parce qu'il fait un métier passion et qu'il est passionné, même si parfois, il y a des jours qui sont plus compliqués que d'autres, parce que c'est un métier qui n'est pas facile, mais il est passionné et ça, c'est chouette de le voir comme ça et c'est motivant, en fait, de le voir comme ça au quotidien. Et voilà, moi, ce qui me rend heureuse, c'est de le voir heureux.
- Speaker #0
Et bien, c'est une super conclusion pour notre échange de ce soir. C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie, ou au contraire sont bien différents de vos choix personnels et professionnels, n'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode. A bientôt !