- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion. J'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels, ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Pour cet épisode, j'ai la chance de discuter avec Lisa. Nous venons à l'instant de nous découvrir, mais peux-tu brièvement te présenter ?
- Speaker #1
Moi, je m'appelle Lisa, j'ai 27 ans. Je suis originaire de la région parisienne. Mon copain aussi d'ailleurs. On est arrivé dans le 49, donc là où on est installé il y a deux ans maintenant, enfin un an et demi. On est installé tous les deux en chèvre laitière et transformation à la ferme et la totalité en vente directe.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Alors maintenant que le contexte est posé, on va parler un petit peu de toi. Tu viens de la région parisienne. Est-ce que tu as grandi dans un milieu agricole ou pas du tout ?
- Speaker #1
Pas du tout. J'ai grandi en ville, pas du tout entourée d'animaux ni rien.
- Speaker #0
Est-ce que c'est quelque chose que tu souhaitais par la suite ou c'est un concours de circonstances ?
- Speaker #1
Les animaux, ça a toujours été une passion depuis que je suis petite. D'ailleurs, je voulais déjà élever des chèvres quand j'étais petite. Et puis quand on m'a demandé ce que je voulais faire plus tard, je savais que je voulais travailler dans l'élevage. C'était vraiment ça qui me passionnait. Et puis voilà, j'ai fait mes études et puis j'ai toujours été dedans en fait. C'était ça et pas autre chose.
- Speaker #0
Mais du coup, d'où ça t'est venu ? Comment tu l'expliques ? ce goût pour les animaux et les chèvres dans ta vie parisienne à l'époque ?
- Speaker #1
Quand j'étais petite, j'allais en vacances chez mon grand-père à la campagne. J'étais tellement bien là-bas. C'était cette vie-là que je voulais. Je trouvais ça tellement plus calme et plus sain, je dirais, que la ville. Et puis, je ne sais pas, je me sentais bien en contact des animaux. En fait, je savais qu'on pouvait en apprendre beaucoup. Et puis voilà, je ne sais pas comment expliquer le fait. C'était ça que je voulais.
- Speaker #0
Donc on comprend mieux avec cette histoire familiale. Quelles études as-tu fait et dans quel but ?
- Speaker #1
J'ai fait un bac STAV, option production animale, que j'ai fait dans le 77, donc en région parisienne, j'étais à l'internat. Et ensuite, je suis partie dans les Côtes d'Armor faire un BTS production animale en apprentissage, où j'ai travaillé en porcherie et en vache laitière.
- Speaker #0
Tu es désormais agricultrice et installée, comment ça s'est fait ? Comment est-ce que tu en es venue petit à petit là ? Quels ont été tes premiers boulots avant d'arriver à cette situation ?
- Speaker #1
J'ai travaillé plusieurs années en élevage de cochons parce que c'était ça qui me passionnait à ce moment-là. J'ai travaillé six ans dans un service de remplacement. Je baladais de ferme en ferme. J'ai vu énormément d'élevages, d'éleveurs aussi, et de manières de faire. Ça m'a beaucoup appris. Mais je ne voulais pas m'installer. Je voulais d'abord fonder une famille et profiter de la vie, on va dire, parce qu'avec tout ce que je voyais... en élevage dans les fermes, je ne voulais pas m'installer. Et puis un jour, j'ai décroché le boulot que je voulais, qui était technicienne conseil en élevage porcin. Sauf que j'ai été embauchée juste avant le Covid. Sur six mois de période d'essai, j'ai fait trois mois en télétravail, on va dire, chez moi, puisqu'on était confinés. À l'issue de ma période d'essai, ils ont décidé de ne pas me garder. Ça a été un énorme coup dur pour moi, parce que c'était vraiment le boulot que je voulais faire. À la suite de ça, je me suis retrouvée au chômage du jour au lendemain. Et après ça, je me suis dit que je ne voulais plus travailler en tant que salariée pour quelqu'un d'autre, que la prochaine fois que je rebosserais avec des animaux, ce serait à mon compte.
- Speaker #0
Là maintenant, tu travailles avec ton conjoint. Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés et comment est-ce que vous avez mené ce projet de vous installer ensemble ?
- Speaker #1
On s'est rencontrés quand on était au lycée. On avait 15 ans. Et voilà, on a fait notre... Petite vie d'ado tous les deux. Et puis ensuite, on s'est séparés quand moi, je suis partie pour faire mes études. Et puis, il y a quelques années, on peut, en cours de circonstances, on va dire, on s'est retrouvés. On a emménagé ensemble, on a acheté une maison. On a travaillé un peu chacun de notre côté, on va dire. Et puis, comme je disais, le Covid nous a vraiment fait réfléchir. Ce qui nous a poussé à nous installer aussi, c'est qu'on a eu notre fille. On a mis deux ans à l'avoir, donc ce n'était pas facile. Et quand notre fille est née, on s'est dit qu'il fallait absolument qu'on trouve une solution pour pouvoir être avec elle, tout en travaillant. C'est là qu'on s'est dit, peut-être que c'est le moment de s'installer aussi, parce que quand tu es installée à la ferme, tu peux garder ton enfant et travailler en même temps. C'est vraiment quand notre fille est née que... que ça s'est décidé.
- Speaker #0
Lors de tes premières expériences professionnelles, est-ce que tu as ressenti de la discrimination à être une fille investie dans le milieu agricole ?
- Speaker #1
Oui. Déjà, je venais de la région parisienne. Quand je suis arrivée en Bretagne, je n'avais jamais vu un élevage de vaches laitières classiques. En fait, je n'avais vraiment jamais vu d'élevage, on va dire. Et en plus, je venais de la région parisienne, donc j'avais une grosse étiquette sur le front et le nombre de personnes qui m'ont dit « retourne à Paris faire un CAP coiffure » parce que je galérais, parce que j'étais toute seule. J'ai quitté ma famille, mes amis, j'ai tout quitté pour pouvoir travailler dans ce milieu-là. Et en fait, beaucoup, beaucoup de gens ne m'ont pas du tout pris au sérieux. Et en plus, quand tu es une fille, c'est encore plus dur. Puis j'avais 17 ans à ce moment-là, c'était un peu galère.
- Speaker #0
Ok, je comprends bien. Maintenant, vous travaillez tous les deux sur l'exploitation. Quelles sont, toi, tes missions quotidiennes sur cette exploitation ?
- Speaker #1
Alors moi, je m'occupe du troupeau. Je gère tout ce qui tourne autour des chèvres, l'alimentation, la traite, les soins, un petit peu la fromagerie aussi. Et ensuite, je gère aussi tout ce qui est administratif, tous les papiers qui me prend un temps fou. Grosso modo, c'est ma partie.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais nous présenter brièvement une journée type ?
- Speaker #1
Le matin, on se lève à 4 heures. 4 ou 5 heures, ça dépend. Moi, je vais très rare. Donc, ça me prend à peu près une heure, une heure et demie. Ensuite, à 7h30, je vais à la maison pour réveiller ma fille pour aller à l'école. Je m'occupe d'elle et puis je l'emmène à l'école. Et quand je reviens à 9h, s'il y a des choses à faire à la ferme, bon là, on vient de s'installer, donc il y a beaucoup de bricolage, de rangement, de choses comme ça. Voilà, s'il y a du boulot à la ferme, je reste à la ferme. Sinon, je fais mes papiers le matin. Et puis après, si on a des rendez-vous, voilà, des choses sur le reste de la journée. Et ensuite, le soir, à 16h30, 17h à peu près, on se prépare et je traite de nouveau le soir. Et j'essaie d'avoir fini à 18h30 quand je peux. C'est mon objectif de rentrer à la maison à 18h30.
- Speaker #0
Pour avoir un peu ta fille aussi le soir, c'est ça ?
- Speaker #1
Voilà. Et puis, j'ai aussi du boulot à la maison, mine de rien.
- Speaker #0
On visualise un peu plus, du coup, votre vie à deux et votre exploitation. Maintenant que nous te connaissons un peu mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple et de famille. Il nous a présenté comment est-ce que tu as connu ton conjoint. Quels ont été tes premiers ressentis sur le fait que celui-ci voulait être agriculteur ? Est-ce qu'il t'en a parlé dès le début ? Est-ce que c'est venu plus tard ? Comment ça s'est fait ?
- Speaker #1
Dorian et moi, là-dessus, on se ressemble pas mal dans le sens où on sait depuis très longtemps qu'on n'est pas fait pour être salarié. On savait qu'on voulait s'installer à un moment donné, mais on ne savait pas quand. En fait, j'avais dit... que je voulais bien me mettre avec un agriculteur si moi aussi je suis agriculte. Je ne voulais pas ne pas être installée aussi. Je voulais qu'on fasse ça ensemble. Et de toute façon, pour lui, il était hors de question de travailler sans moi. C'est vraiment un projet à deux. Après, c'est vrai que ça s'est fait plus vite que ce qu'on pensait à la base quand on s'est mis ensemble. Mais voilà, c'est les opportunités aussi. Des craintes, oui, on en a toujours. À la base, on ne voulait pas de lait parce qu'on ne voulait pas la streinte traite. On voulait pouvoir être... plus libre. Donc à la base, on était partis pour s'installer en volaille de chair ou en brebis, viande. Sauf qu'on ne trouvait pas. En fait, on ne trouvait pas d'élevage en volaille surtout sur lequel on aurait pu tirer deux salaires. Et on savait qu'on voulait faire de la transformation et de la vente directe, ça c'était sûr. Donc du coup, on a élargi un petit peu et on a cherché en chèvre et en brebis laitière. Et puis voilà, on a trouvé en chèvre, mais on a toujours été sur la même longueur. Donc là-dessus... C'est vrai que c'est comme ça que ça marche.
- Speaker #0
Il y a une petite spécificité aussi que tu ne nous as peut-être pas précisé, sauf si je me trompe, c'est une ferme bio, c'est ça ? Ça, c'était un souhait de votre part ?
- Speaker #1
Alors, bio, pas forcément. Moi, ce que je voulais, c'était un élevage extensif. Je ne vois pas élever des animaux enfermés dans des bâtiments. Je voulais qu'ils sortent, qu'ils aient accès à l'extérieur, au pâturage, au soleil. Après, l'élevage qu'on a repris là était en bio, et du coup c'était plutôt bien parce qu'on a l'accès au pâturage tout autour de la ferme. Mais en soi, c'était surtout au niveau bien-être animal, moi, que je voulais m'installer dans un système comme ça.
- Speaker #0
Ok. Et tu parles donc de vente directe et de fromagerie. Qui gère cette partie-là ? Du coup, est-ce que c'est plus Dorian, toi ? Vous avez des salariés avec vous ?
- Speaker #1
Alors, on n'a pas de salariés. On aimerait bien, mais on n'a pas la trésorerie. On prend pas mal de petits stagiaires qui sont très efficaces et très enrichissants. Dorian gère toute la partie fromagerie et commercialisation. C'est lui qui fait les marchés. La plupart du temps, c'est lui qui gère la boutique aussi.
- Speaker #0
Ça marche. Est-ce que vous habitez sur l'exploitation ? Si oui, est-ce un choix ? Sinon, est-ce que c'est prévu pour plus tard ? Qu'est-ce que ça vous apporte sur votre vie de couple, de famille et d'organisation avec l'exploitation ?
- Speaker #1
Alors oui, on habite sur place, la ferme est collée à la maison. On a tout acheté dans sa globalité, les terres, la maison et les bâtiments d'élevage. Et oui, c'était vraiment un souhait. Avant, on habitait à 200 km d'ici. Donc, de toute façon, on n'aurait jamais pu garder notre maison et travailler sur la ferme. Enfin, ce n'était pas possible. Donc, on a tout vendu et on voulait absolument vivre sur la ferme. C'était vraiment un choix. Je ne me vois pas faire autrement. Je ne me vois vraiment pas prendre la voiture et partir le soir après le boulot et ne pas rester avec mes chèvres. C'était un choix rédhibitoire quand on cherchait une exploitation.
- Speaker #0
Là, tu parlais donc de votre organisation du coût professionnel. Est-ce que ça vous aide aussi pour peut-être vous occuper de la petite et pour mener une vie de famille aussi un peu plus sereinement ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, on ne fait pas vraiment la différence entre la ferme et la maison. C'est vraiment chez nous partout. La petite, elle fait des va-et-vient entre la maison et la ferme. C'est un peu comme un grand jardin pour elle. Et c'est vrai qu'elle a trois ans, mais elle est vraiment très autonome. Et bien souvent, elle fait sa petite vie pendant que nous, on travaille. C'est plutôt un confort au final. Elle a sa chambre, elle a ses jouets, elle a ses petites affaires. Et c'est clair que pour la vie de famille, nous, on trouve ça vraiment bien.
- Speaker #0
Je comprends que ça puisse faciliter un peu les choses. Ce n'est pas toujours évident pour certains ou certaines. Ça peut aider aussi sur différents aspects. Tu parlais de ta fille. Comment est-ce que tu as vécu l'arrivée de cet enfant et ce chamboulement dans votre vie lié à une période ? agricole peut être compliquée ou dense et à une organisation de travail à deux sur cette exploitation.
- Speaker #1
On a eu Théa bien avant de s'installer. Quand on est arrivée sur la ferme, elle avait 18 mois, donc elle était déjà quand même un peu plus grande, enfin c'était plus un nourrisson. Et ça l'a fait, c'est bien adapté. Il y a eu des jours où c'était vraiment speed parce qu'elle grandit et qu'il faut l'éduquer, donc il y a des jours où quand elle n'est pas d'accord, c'est assez compliqué. Mais non, ça l'a fait. Honnêtement, c'est un projet à deux, mais en fait, c'est aussi un projet à trois. Je veux dire, notre fille a fait partie vraiment à part entière de ce projet-là. Je ne dirais pas qu'elle a des décisions, mais presque en fait. Elle nous aide beaucoup et elle nous aide moralement aussi. Et oui, je ne me serais vraiment pas vue faire tout ça sans elle. C'est vraiment un projet familial.
- Speaker #0
Et comment se passe votre organisation familiale vis-à-vis d'elle au jour le jour ?
- Speaker #1
Elle est vraiment autonome, donc en fait le matin, voilà, elle fait sa petite vie toute seule, elle prend son petit déj, elle s'habille, et voilà, elle nous rejoint, ou alors on va la voir, et puis elle fait encore la sieste l'après-midi, donc voilà, elle nous laisse quand même pas mal de temps pour faire ce qu'on a à faire. En général, elle suit bien quand on a des galères ou des choses, soit elle vient avec nous, mais elle comprend en fait, elle arrive vraiment à s'adapter, elle comprend que c'est du vivant et qu'on ne peut pas toujours faire ce qu'on veut. Et puis de toute façon, quand tu grandis au contact des animaux comme ça, je pense que tu ne vois pas la vie de la même manière que quand tu grandis en ville comme moi par exemple, comme je n'ai pas du tout grandi entourée d'animaux. Je pense que tu ne vois pas les choses de la même manière et je pense qu'elle n'a vraiment pas la même vision que les autres enfants vu qu'elle n'a pas la même vie. Elle sait appréhender les choses différemment, elle sait quand c'est galère et elle sait vraiment s'adapter.
- Speaker #0
Et comment est-ce que tu définirais la relation entre ton conjoint et ta fille ?
- Speaker #1
Ils ont une relation incroyable tous les deux. Avec son père, ils ont une relation incroyable. Ils bricolent tous les deux, ils s'entendent super bien. C'est un papa poule. C'est un très bon papa.
- Speaker #0
Question un peu cliché et arriériste, mais bon, question tout de même. Est-ce que vous souhaiteriez qu'elle reprenne un jour ? Ou est-ce que vraiment vous laisserez faire les choses et vous verrez comment ça se passe ?
- Speaker #1
Qu'elle reprenne, pourquoi pas, j'ai envie de dire. Ce sera vraiment son choix. Honnêtement, moi, elle peut faire tout ce qu'elle veut du moment qu'elle est heureuse. Moi, tout ce que je veux, c'est qu'elle puisse vivre de sa passion. Il faut qu'elle fasse le métier qui l'a fait vibrer, il faut qu'elle fasse ce qu'elle a envie de faire, que ce soit les animaux ou pas. Nous, on se dit que si jamais on doit vendre, que ce soit à elle ou à quelqu'un d'autre, du moment qu'on a laissé une trace dans l'histoire et qu'au moins l'élevage continue, que ce soit notre fille ou quelqu'un d'autre, en soi, c'est pareil, parce que nous, on démarre de rien du tout, ce n'était pas une exploitation familiale.
- Speaker #0
et pourtant ça se fait bien elle fera ce qu'elle a envie je saurais pas anticiper ça je saurais pas dire elle est trop jeune pour l'instant oui bien sûr c'était plus pour la blague et le côté un peu des choses qu'on entendait avant et puis en plus c'est une fille la question me tentait trop non
- Speaker #1
mais après c'est vrai que oui j'aimerais bien mais en même temps c'est difficile donc il faut pas qu'elle le fasse toute seule et puis voilà faudra qu'elle voit à ce moment là qu'elle se sente pas obligée surtout je comprends Ah bah non, de toute façon, on ne l'obligera jamais à travailler dans les animaux si elle n'en a pas envie, ça c'est sûr.
- Speaker #0
Ça marche. Au niveau de votre couple, comment est-ce que vous trouvez vos moments de couple à côté de la ferme ? Est-ce que vous accordez des soirées, des restos, des week-ends à deux ?
- Speaker #1
Dorian et moi, on a une petite habitude le soir depuis des années maintenant, même bien avant de s'installer. Quand on couche la petite, on se pose tous les deux. Alors des fois, c'est une demi-heure, des fois, c'est un quart d'heure, des fois, c'est deux heures, ça dépend comment on est crevé. Mais on se pose, on boit un petit coup, on souffle de notre journée avant de manger le soir. On discute, on fait le point, parfois on écoute de la musique, parfois on fait un jeu. On a toujours fait ça, c'est le moment où on souffle. Et le moment où on se retrouve tous les deux, c'est très important pour nous. Partir en week-end, de vue qu'on est installé, on ne l'a pas fait. Mais après, on n'en ressent pas particulièrement le besoin. Mais par contre, dès qu'on peut laisser la petite et puis qu'il n'y a pas trop de boulot, dès qu'on peut sortir tous les deux, aller faire les magasins ou aller au resto, ça, dès qu'on peut, on le fait. Ça, c'est sûr.
- Speaker #0
Ça marche. Et travailler avec son conjoint, est-ce que de temps en temps, ça peut être source de conflits ou de difficultés à couper ? poupée aussi. Comment est-ce que toi, tu gères le fait d'être au quotidien et toute la journée avec lui ? Est-ce que vous arrivez à avoir aussi vos périodes et vos moments seuls ?
- Speaker #1
Moi, j'adore travailler avec Dorian et très heureuse de pouvoir être toujours avec lui. C'était vraiment ça que je voulais. Oui, il y a des fois c'est tendu parce que même si on est tout le temps sur la même longueur d'onde, il suffit qu'il y ait un petit peu de stress ou un petit peu de pression ou qu'il y en ait un de nous deux qui soit de mauvaise humeur et puis on n'est pas d'accord mais... On se dispute jamais, on se crie jamais dessus. On parle. Bon, moi, je parle surtout. Lui, beaucoup moins, vu que c'est un homme. Mais non, on arrive à avoir nos moments un peu solos tous les deux aussi. On a chacun nos petites passions à côté. Donc, du coup, ça permet de souffler aussi tout seul. Quand on a un problème, bah... En général, on n'en parle pas forcément sur le moment, mais par exemple, le spot du soir, là, parfois, c'est là aussi qu'on règle nos comptes calmement en disant « là, je n'ai pas trop aimé quand tu as dit ça » ou on essaie de s'expliquer un peu, mais toujours calmement. Dès qu'on est à chaud, en fait, on ne réagit pas parce qu'à chaud, des fois, tu dis des choses que tu ne penses pas et ce n'est pas comme ça qu'on fonctionne. Ok,
- Speaker #0
ça marche. Vous êtes installée dans cette région un peu tout seule, si j'ai bien compris. Est-ce que vous avez des amis ou de la famille autour de vous ? Est-ce que tu te sens parfois isolée ou plutôt bien entourée ?
- Speaker #1
C'est assez difficile à dire. J'ai ma mamie qui habite au bout de la rue. Elle est arrivée quand on s'est installée. Donc elle nous aide beaucoup. C'est un gros soutien moral. Et puis elle s'occupe de notre fille aussi quand des fois c'est vraiment trop dur. Elle prend le relais, donc c'est super chouette. Nos familles, nos parents, on a des très bonnes relations avec eux et ils nous soutiennent à 100%. Mais ils sont en région parisienne, donc on ne les voit pas si souvent que ça. Et quand on les voit, on profite à fond. Et au niveau des amis, on dit que quand on devient parent, ça fait un tri. Mais moi, je dis que quand on s'installe et qu'on monte son entreprise, qui plus est avec des animaux, le tri est encore plus gros. On a beaucoup de nos amis qui nous ont laissés tomber, qui nous avaient dit « on viendra vous voir » et puis au final, ils ne viennent pas et on n'a même pas de nouvelles. Après, c'est aussi difficile parce qu'on vient d'arriver dans une région qu'on ne connaît pas, où vraiment on ne connaissait personne. Là maintenant, ça va faire deux ans qu'on habite là, donc on commence à se faire des copains, des gens sur qui on peut compter, des gens du coin. Donc si on veut se voir à l'improviste, tout ça, c'est quand même plus facile. Et puis, il y a l'école, mine de rien. L'école, ça aide pour rencontrer du monde aussi. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. Pour finir cet échange toutes les deux, est-ce que toi, tu aurais un conseil à partager à une autre femme d'agriculteur qui nous écoute, installée ou non, avec son conjoint ?
- Speaker #1
Moi, je dirais que les jours où ce n'est pas facile, où on en a marre, où l'autre nous saoule, je dirais que ce qu'il faut, c'est vraiment penser à son couple en premier, penser à l'homme qu'on aime, penser à pourquoi pourquoi on l'aime et pourquoi on a voulu être avec lui. Et voilà, pour moi, c'est l'amour le plus important dans l'histoire. Et que s'il y a des jours où c'est vraiment trop difficile ou on ne s'entend pas ou des périodes, en fait, il faut penser à ce pourquoi on a fait tout ça à la base. Et nous, dans notre cas, toujours, c'est l'amour et le fait de vouloir être toujours ensemble, de ne plus être séparés comme quand on travaillait avant.
- Speaker #0
C'est une belle fin. Pour conclure, qu'est-ce qui, selon toi, t'épanouit chaque jour ? dans ta vie d'agricultrice et de femme d'agriculteur ? Parce qu'on met souvent en avant les difficultés, les contraintes. On en a discuté aujourd'hui, bien sûr, de s'installer, de travailler ensemble, etc. J'aime bien finir aussi l'échange sur une touche positive et sur ta joie, toi, d'avoir fait ces choix, d'avoir eu le courage de partir, de s'installer à deux.
- Speaker #1
Aujourd'hui, ce qui me rend le plus heureuse, c'est d'être mon propre patron, de pouvoir gérer moi-même mes horaires. mon emploi du temps, de ne plus avoir quelqu'un au-dessus de moi qui me dit ce que je dois faire et comment je dois le faire. Si je suis fatiguée ou si je suis malade ou si je suis de mauvaise humeur, je peux adapter, je peux m'organiser comme j'en ai envie. Ça, c'est vraiment ce qui me rend le plus heureuse. Si j'ai décidé que je décale la traite d'une demi-heure parce que je veux passer du temps avec ma fille, je peux le faire. Suite à de nombreuses années où ça a été très compliqué pour nous financièrement, où on n'avait pas toujours les moyens de s'acheter à manger, aujourd'hui On a toujours de bons produits dans notre assiette. Et ça, ça n'a pas de prix. Même si on a beaucoup de galères à côté, on a de quoi se nourrir, on a de quoi donner à manger à notre fille. Et rien que pour ça, je ne reviendrai jamais en arrière parce que j'aurai toujours, toujours à manger dans mon assiette avec le métier que je fais.
- Speaker #0
C'est super épanouissant. C'est un beau discours. Pour conclure cet échange, toutes les deux, merci beaucoup pour le temps que tu m'as accordé pour cet épisode du podcast.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie, ou au contraire sont bien différents de vos choix personnels et professionnels, n'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode. A bientôt !