- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au sein du podcast « Tout s'amène quand on s'aime » , celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite. D'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier, et portent une force incroyable. Moi c'est Marion, et avec ce podcast, j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leurs propos, ouvront des conseils, des échos à leur vie, prendront peut-être un peu de recul, ouvront du soutien, ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit, souvent dans l'ombre, au cœur des fermes. Ici, c'est de la good vibes, de la sororité, du partage, et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Aujourd'hui, je reçois Marie-Nic, en bien toujours de perconnaissance. et je suis ravie de partager ce moment avec toi. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Bonjour Marion, bonjour tout le monde. Oui, donc moi je suis Marie, j'ai 36 ans. Après une carrière de fonctionnaire territoriale, j'ai rejoint Gislain sur son exploitation en 2023 pour l'aider au quotidien suite à un départ de son salarié.
- Speaker #0
J'ai hâte que tu nous expliques un peu tout ça et ton changement professionnel. Avant de parler de votre installation, est-ce que tu peux nous parler un peu plus de la ferme ? Quelles sont les activités principales, le mode de production, la taille ?
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, l'exploitation, elle est en agriculture conventionnelle. Il a une SAU de 220 hectares et il est en élevage en race vache, donc blonde d'Aquitaine. Il a 90 mères. chaque année. C'était une exploitation laitière à la base. Il a arrêté le lait en 2022 par rapport à la création d'autres projets à côté. Et en fait, la race blonde d'Aquitaine est arrivée en 2016 lorsque Gislain s'est installé et qu'il a repris une exploitation voisine. Puisque comme on est en bord de mer, on est à un kilomètre du littoral, il y avait quand même beaucoup de parcelles sur la ferme familiale qui s'étaient transformées en maisons et qui du coup... ne lui permettait pas de vivre toute sa carrière en tant qu'agriculteur sur l'exploitation de ses parents. C'est pour ça qu'il a profité de son installation pour en reprendre une juste à côté.
- Speaker #0
Ok, d'accord. Bon, maintenant qu'on voit un petit peu mieux le décor, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement et as-tu grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Alors moi, je suis Vendéenne. J'ai grandi à 10 kilomètres de la ferme et d'Oué-Gislain. Je suis fille d'agriculteur et petite-fille d'agriculteur. Donc, c'est vraiment un milieu dans lequel... J'ai baigné et j'ai grandi toute ma vie, même si j'ai dit à mes parents, je crois, toute ma jeunesse et tout mon début d'adolescence, je ne me marierai jamais avec un agriculteur. Bon, manque de peau, je suis quand même rentrée en lycée agricole. Pour moi, mes études en plutôt eau et hydraulique, et c'est là où j'ai rencontré Gislain. Donc je savais très bien, lui il était en études agricoles, je savais très bien quel allait être son métier plus tard.
- Speaker #0
Comme quoi, tu vois, c'est drôle parce que c'est vraiment pas la première fois que j'ai ce discours de fille agriculteur. Donc, j'adore. C'est rigolo. Qu'est-ce qu'il faisait que tu disais ça à cette époque-là ?
- Speaker #1
Je pense que c'est le côté du métier vraiment très prenant. Enfin, que moi, je pense, de ma vision d'enfant, je voyais comme un métier très prenant où tu n'étais pas libre de partir. Moi, je suis partie avec mes parents, je suis partie deux fois en vacances sur toute notre enfance. On n'est partie que deux fois en vacances parce qu'il y avait le côté élevage, il y avait aussi un peu d'irrigation l'été. Et donc, on partait vraiment très, très peu. Donc, c'était vraiment ce côté très prenant. que je pense que je mettais vraiment en avant. De mes yeux d'enfant, je n'avais pas le côté plus liberté d'emploi du temps. Le fait d'être à son compte et d'avoir un métier aussi à l'extérieur, ça, je crois que je ne le voyais pas du tout comme ça pour moi.
- Speaker #0
Ok, je comprends mieux. Et du coup, toi, quel a été ton parcours professionnel ? Quelles études tu as fait ? Quelle formation ?
- Speaker #1
J'ai fait un bac agricole, un bac agronomie et environnement, puis après un BTS gestion et maîtrise de l'eau au niveau hydraulique. pour travailler dans l'eau potable. Donc l'eau potable, c'est celle qui arrive au robinet. Et donc suite à la fin de mes études, j'ai travaillé en tant que d'abord animatrice d'un programme de protection de l'environnement sur des captages d'eau potable, donc assez sensible, pour animer le territoire sur les mesures de protection possibles sur ces zones. Et ensuite, pendant dix ans, j'ai été fonctionnaire territoriale dans le service départemental d'eau de la Vendée.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc là, mon travail était plutôt sur ce qu'on appelle le patrimoine. Donc, c'est tous les appareils électromécaniques qui constituent le réseau, qui partent de l'usine d'eau potable jusqu'au compteur à l'entrée des maisons.
- Speaker #0
Ok, d'accord.
- Speaker #1
Qui permettent d'avoir l'eau.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce qui fait que tu as arrêté ce métier ?
- Speaker #1
Alors, je travaillais à 4... 40 kilomètres de notre maison et de l'exploitation. À la naissance de notre deuxième enfant, je suis passée à temps partiel avec un 80% pour avoir mon mercredi de disponible. On a aussi en parallèle de ça, c'est aussi qu'on avait ouvert sur la ferme que Gislain a reprise, on a créé un gîte de groupe avec piscine intérieure et spa pour 15 personnes qui a ouvert en 2020. Donc 2020, c'est aussi la naissance de notre deuxième enfant. Donc, c'est un peu aussi pour ça qu'on a fait le choix du 80% pour moi, pour avoir une journée de plus à la maison, mais pour la gestion du gîte, pour être en soutien de Gislain. Et ensuite, quand on a eu notre troisième enfant en 2022, Gislain, lui, il avait un salarié depuis longtemps, qui finalement est parti quand notre fille avait un mois. Donc, il est parti en plein été, en plein mois de juillet. Ça a été assez compliqué en termes de main d'œuvre. Et comme c'était moi, mon troisième enfant, ça me faisait un congé maternité de six mois. Et c'est vrai que pendant ce temps de congé maternité, je ne suis pas restée que à m'occuper de ma fille et de mes enfants, mais je l'ai aidée aussi un peu sur la ferme, je l'ai aidée sur la partie administrative. Et c'est vrai qu'au moment où on s'est projeté sur ma reprise du travail et sur tout ce qui devrait reprendre lui à faire, ça a été un peu le déclencheur de se dire que ça serait plus facile. que je reste travailler avec lui et que je l'aide, plutôt que de retrouver un salarié, parce que des fois, c'est compliqué quand même. Chez nous, c'est assez compliqué de trouver de la main d'œuvre.
- Speaker #0
Et toi, ce changement-là, tu le faisais par défaut, par envie ? Tu avais un peu d'appréhension ? Comment est-ce que tu l'as vécu ?
- Speaker #1
Alors, pour moi, ce changement, je le faisais par envie, c'est-à-dire que quand je partais travailler, moi, à mon travail, je partais très tôt le matin, donc je ne voyais pas les enfants. c'est Gislain qui s'en occupait donc c'est vrai que ce changement c'était pour nous aussi de retrouver un peu un alignement familial, de pouvoir être plus présente, de m'occuper des enfants le matin, le soir, d'aller les emmener les chercher à l'école, d'être plus disponible mais par contre je lui avais mis une condition j'ai dit à Gislain, ok pour rester travailler avec toi à la ferme par contre je ne resterai pas au bureau il va falloir que tu me reformes parce que Quand j'étais jeune avec mon père, j'allais sur le tracteur un peu, je l'aidais un petit peu sur le tracteur. Et j'ai dit à Justin, par contre, moi, c'est une de mes conditions. Je suis un peu moins à l'aise avec les animaux, même si je l'aide. Par contre, je lui ai dit vraiment, le tracteur, les travaux dans les champs, il faut que tu me reformes et que je sois capable de venir t'aider. Parce que je ne change pas d'un travail où je suis 100% dans un bureau et enfermée toute la journée pour refaire ça.
- Speaker #0
Et tu as formé ? Est-ce que tu as suivi des formations aussi à côté, par les champs d'agriculture, des choses comme ça ou pas spécialement ?
- Speaker #1
Non. pas du tout de formation à côté. C'est uniquement Giselin qui me forme sur la partie administrative, un peu gestion, sur tout ce que je peux l'aider là-dessus, mais aussi sur le côté travaux des champs. Il m'a appris à labourer avec la charrue, il m'a appris à passer la herse. C'est des petits trucs, mais déjà, conduire un tracteur sur la route, on a des tracteurs qui aujourd'hui sont comme... assez volumineux. Des fois, c'est compliqué. Les routes ne sont pas si larges que ça. Et c'est plus impressionnant à conduire que quand on est assis à côté de lui, franchement.
- Speaker #0
Oui, je comprends. C'est tout un métier à redécouvrir. Et alors, comment est-ce que vous dispatchez les missions et les tâches sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Alors, toutes les tâches vraiment très techniques et très pointues, ça va être Gislain. Donc, Gislain, lui, va s'occuper de tout ce qui est vraiment de tout ce qui est semi, de tout ce qui est... de préparation des sols, de tout ce qui est commande aussi, de commande de semences, enfin voilà. Tous les itinéraires de culture, c'est lui. Toute la partie gestion de l'élevage aussi, c'est lui qui le supervise. Par contre, c'est le papa de Gislain qui est encore présent sur l'exploitation, qui a 70 ans, mais qui vient travailler tous les jours et qui fait toute l'alimentation des vaches, toute l'alimentation et tous les soins aux vaches.
- Speaker #0
C'est très clair. Et est-ce que ton statut d'agricultrice, tu le trouves reconnu alors ?
- Speaker #1
Non, pas trop. Comment dire ? On a vu vraiment une différence. C'est qu'à partir du moment où j'ai commencé à être dans le tracteur, on a commencé à avoir des remarques. Non, mais pourquoi tu la mets dans le tracteur, Marie ? Il n'y a pas autre chose à faire à la maison ou au bureau. Tu sens vraiment quand même qu'il y a...
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est exactement ça, qu'il y a encore un regard sur les femmes et la place de la femme en agriculture, alors que pourtant autour de chez nous, il y a des agricultrices qui sont installées, mais il y a quand même encore cette vision des choses.
- Speaker #0
Ok. Et est-ce que tu penses que le métier d'agriculteur est plus accessible aux femmes maintenant ? Toi qui étais justement fille et petite-fille d'agriculteur.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a des choses qui sont. un peu plus facile et accessible maintenant avec l'évolution du matériel agricole. Mais il y a quand même des outils aujourd'hui qui, si on n'a pas une force physique conséquente, on n'est pas en capacité de les passer ou de les mettre sur le tracteur, de les déplier. Il y a même des pièces à porter, des choses comme ça, où physiquement, on sent bien la différence entre une femme et un homme.
- Speaker #0
OK. C'est des choses qu'on entend et qui évolueront certainement, j'espère, aussi dans le temps. J'aimerais maintenant qu'on parle de votre vie à deux et de ce que représente le quotidien quand on vit avec un agriculteur. Tu me parais de votre rencontre quand tu as su qu'il allait devenir agriculteur. Qu'est-ce que tu as ressenti ?
- Speaker #1
En fait, je pense que je ne me suis jamais vraiment finalement posé la question. Nous, on s'est rencontrés très jeunes au lycée. On avait 16 ans, ça fait 20 ans qu'on est ensemble. Je ne me suis jamais vraiment posé la question parce qu'on s'est mis ensemble, mais à ce moment-là, on ne pensait peut-être pas ni l'un ni l'autre qu'on allait rester ensemble tout le temps, que ça allait être finalement la bonne personne. Et puis en fait, les années ont passé et si tu veux, c'était une évidence qu'il soit agriculteur, donc ça ne devenait finalement plus une problématique ou un sujet pour moi.
- Speaker #0
Est-ce que tu ressentais quand même certaines appréhensions par rapport à toi, à ton enfance ? Est-ce qu'il y a des choses que tu disais, ça j'aimerais bien le faire autrement si je fais ma vie avec lui ? Ou au contraire, est-ce qu'il y a des choses que tu étais contente de vivre toi à ton tour en tant que copain de l'agriculteur ?
- Speaker #1
Il était clair pour lui et pour moi que c'est pareil. Gislain, il est fils d'agriculteur et il n'est quasiment jamais parti en vacances avec ses parents. Et c'est vrai que ça, c'était un critère. assez important pour tous les deux de s'accorder au moins une semaine de vacances par an.
- Speaker #0
Ok. Concernant les vacances, souvent on me dit que quand on n'en a jamais vécu petit, on ne ressent pas forcément le besoin. Là, tu me dis que tous les deux, c'était un point sur lequel vous étiez d'accord et que vous vouliez mettre en place sur la ferme. Est-ce que tu sais un peu pourquoi ? Est-ce qu'il y avait certaines frustrations peut-être ?
- Speaker #1
Je pense que tous les deux, on en avait besoin parce que s'évader un peu du quotidien, en fait, on sait très bien que si on reste chez nous, on ne va jamais couper et jamais prendre le temps de se poser parce qu'on a toujours mille trucs à faire et à la maison et à la ferme. Et c'est vraiment une nécessité pour nous de partir, de s'évader. Et on avait quand même un peu, en fait, cette envie de découvrir d'autres zones de France ou étrangers. Mais voilà, de voir un peu... d'autres endroits, de visiter et de s'ouvrir au niveau culture à autre chose.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que souvent on dit que le milieu agricole, comme d'autres milieux, peut être un peu fermé. Donc on peut avoir aussi besoin d'ouverture d'esprit, auquel je comprends. Donc là, vous vivez à la ferme ou à côté ?
- Speaker #1
Nous, on vit à la ferme. On vit sur l'exploitation. Quand les parents de Gislain sont partis à la retraite, eux habitaient au cœur de la ferme. Et donc, ils ont fait construire une maison dans le centre-ville de la commune. Et nous, on a racheté leur maison qu'on a rénovée à notre goût. Et du coup, on habite dans cette maison, en fait, au milieu de la ferme.
- Speaker #0
Ça, c'était un choix. Toi, tu as toujours vécu à la ferme avec tes parents aussi ?
- Speaker #1
Oui, c'était un choix. Moi, j'ai toujours vécu à la ferme. On avait la maison au centre de l'exploitation. Et ça me permet quand même beaucoup plus... de lien parce que finalement, t'es plus vite... Enfin, moi, mes parents, ils étaient quand même plus vite rentrés à la maison quand ils avaient fini de travailler ou ils pouvaient ressortir quelques temps. Et ça, c'est vraiment un confort de vie. Avec Gislain, donc avant que ses parents partent à la retraite et fassent construire, on a habité à 10 km de l'exploitation. Et c'est vrai que c'était compliqué parce qu'ils partaient pour la journée, ils rentraient vraiment très tard le soir. En tout cas, des fois, il n'allait pas rentrer le midi, même si moi, j'étais en vacances de mon travail, il ne rentrait pas, en fait. Il restait sur place. Et donc, c'est vrai que la proximité fait que ça permet de se voir plus souvent. Par exemple, tu vois, rien qu'hier, je rentre de l'école avec les deux petits. Il est 16h30. On prend le goûter. Et en fait, j'y slimp à son tracteur parce qu'il a… il est en train de finir une mission, et bien en fait, il s'arrête deux minutes, il fait des bisous, il discute avec eux, et après, il ne veut pas retravailler. Et ça, vraiment, c'est que des petits plaisirs de la vie, mais dans un quotidien un peu surchargé et un temps de travail qui s'allonge le soir, d'avoir quelques minutes que tu peux saisir comme ça entre deux travaux, c'est quand même hyper important pour nous.
- Speaker #0
Oui, et puis que ce soit pour lui ou pour les enfants, je comprends. Ça facilite vraiment votre vie de couple et votre vie de famille.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est ça.
- Speaker #0
Travaille en couple au quotidien, c'est facile. Comment est-ce que ça s'est mis en place ? Est-ce que vous avez rencontré quelques difficultés ? Comment est-ce que tu le vis ?
- Speaker #1
Alors oui, on le vit bien et ça se passe bien je crois. Sinon je serais déjà repartie. Mais bien sûr que ce n'est pas toujours tout beau, tout rose. Des fois on a nos humeurs à chacun ou notre façon de penser qui est différente. aussi. On a des fois aussi un ordre de priorité l'un et l'autre sur les choses à faire qui n'est pas le même. Voilà. Moi, je suis toujours en train de l'embêter avec les papiers et lui, il est plutôt la tête dans les champs, souvent, ou avec les vaches. Et des fois, c'est un peu compliqué. En plus, on ne peut pas couper parce que des fois, on est à table avec les enfants, mais on parle d'un sujet vraiment professionnel. Voilà. C'est comme ça. Tout est un peu mélangé dans les temps de vie, mais on essaye aussi des fois de faire des pauses, de ne pas tout mélanger.
- Speaker #0
Justement, comment est-ce que vous trouvez vos moments à deux et votre équilibre de couple dans ce rythme-là ?
- Speaker #1
Les moments à deux, il n'y en a pas beaucoup hors de ce cadre-là parce que c'est vrai que les enfants ont 11 ans, 3 ans et 5 ans. Ils sont quand même assez petits. qui... prennent beaucoup de temps, mais l'avantage, c'est qu'au moins la journée, on est tous les deux. En fait, le lundi, mardi, jeudi, vendredi, on n'est que tous les deux parce qu'on travaille. Donc, tous les midis, on mange ensemble, tous les deux. Donc, même si ce n'est pas forcément du temps de qualité ou du temps où on s'évade à deux, on a au moins cet avantage d'être ensemble plus souvent que ce qu'on était avant quand je travaillais à l'extérieur et d'avoir du temps pour communiquer.
- Speaker #0
Et au niveau de la vie de famille ?
- Speaker #1
Au niveau vie de famille, nous, en gros, on ne travaille pas le dimanche après-midi. Moi, je suis plus souvent avec les enfants. Je suis avec les enfants le mercredi. Le mercredi, c'est une journée qui est consacrée pour moi aux enfants. Le mercredi, samedi et dimanche, c'est moi qui suis avec les enfants. Mais Gislin, lui, c'est vraiment le dimanche après-midi où il va couper. Et de temps en temps, sur les périodes les plus creuses, le samedi après-midi, il va aussi ne plus se consacrer à la ferme, mais à mais à être un peu avec nous à la maison, à faire d'autres choses.
- Speaker #0
Donc vous arrivez à trouver des moments à deux, des moments tous les cinq ?
- Speaker #1
Oui, on arrive et je crois qu'avec le temps, on arrive aussi de plus en plus à ne pas sortir ou à refuser des fois des invitations pour essayer de conserver du temps tous les cinq. Parce qu'il nous semble aussi essentiel qu'on arrive à être vraiment tous les cinq et à se créer des moments et des souvenirs ensemble. Même si après, les enfants viennent avec nous aussi à la ferme. Quand c'est les vacances scolaires, les enfants, on ne les met pas au centre de loisirs volontairement pour qu'ils soient avec nous. Donc, ils viennent avec nous. On a notre petit garçon qui adore aller faire l'alimentation des vaches avec papy. La grande, elle aime bien aussi venir dans le tracteur avec nous. Et en fait, on profite quand même d'énormément de moments avec eux.
- Speaker #0
Trop chouette. Et justement, tu parlais de... de sollicitations sociales. Est-ce que tu peux nous parler un peu de votre vie sociale ? Est-ce que parfois tu te sens seule, isolée ou plutôt bien entourée ?
- Speaker #1
Alors nous, on a une vie sociale où on est plutôt bien entourée. On a la chance d'avoir nos familles à proximité, mais aussi un groupe d'amis sur qui on peut compter. Et ça, c'est vraiment essentiel. Et la particularité, c'est que notre groupe d'amis, finalement avec le temps, au début quand on est sorti de l'école, on avait beaucoup d'amis qui étaient dans le monde agricole, agriculteurs, salariés agricoles, avec le temps, les affinités, plein d'autres choses se sont estompées, et aujourd'hui on a un groupe d'amis où en fait personne n'est agriculteur ou du monde agricole, donc c'est vrai que quand on sort, quand on est avec eux, quand on passe du temps avec eux, finalement on ne parle pas du tout de notre métier, de notre activité, Ou alors, si on en parle, c'est vraiment parce qu'ils nous posent des questions vraiment… très précises pour comprendre ce qu'on fait en ce moment, comment vit une vache, le temps de gestation, des petits trucs comme ça. Je trouve, mais on trouve tous les deux, on en a parlé tous les deux, que le fait d'avoir un entourage externe un peu en dehors de ce milieu agricole, ça permet quand même de vraiment faire une coupure quand on est avec les gens et de ne pas parler du boulot, de ne pas parler des saisons, de ne pas parler des cultures, voilà.
- Speaker #0
Oui, je comprends, c'est hyper important, c'est un sujet dont on parle souvent et notamment pour Pour les conjointes, maintenant tu travailles sur la ferme, mais quand on ne travaille pas sur la ferme, c'est un sujet qui vient aussi souvent de dire « j'ai envie aussi de parler d'autres choses » . C'est normal qu'entre eux, ils se donnent des nouvelles des fermes, etc. Mais on parle d'autres sujets que de l'agriculture. Donc je comprends et c'est intéressant que vous ayez ce regard-là tous les deux. Peut-être aussi le fait de travailler ensemble sur l'exploitation vous donne aussi envie que dans cette vie sociale, vous ayez cette évasion aussi.
- Speaker #1
Oui, je pense que le fait d'être tous les deux et de pouvoir bien discuter, et travailler aussi avec d'autres agriculteurs autour, donc en fait, il a ses moments de discussion avec d'autres agriculteurs, d'autres personnes, mais on a aussi nos moments d'évasion, où quand on est avec nos amis, ce n'est pas le sujet qui est prédominant. Et après, sur le côté social que tu évoques, pour moi, en tant que conjointe, comme on a le gîte de groupe, Moi, je fais tous mes accueils physiquement, donc on rencontre énormément de personnes qui viennent passer des week-ends ou des vacances en Vendée, sur le gîte qui est au cœur de la ferme, donc pas celle où on habite, mais celle que Gislain a reprise à un kilomètre. Et en fait, ces échanges-là, ils sont top parce que ça nous permet de sortir de nos quotidiens, ça nous permet de voir des gens, ça nous permet de discuter et ça nous permet de connaître énormément d'autres horizons, d'autres façons de voir les choses. Et au fil des années, on peut créer vraiment des très, très belles relations. avec des voyageurs qui reviennent d'année en année.
- Speaker #0
Ok, je comprends, trop bien. Et ça, c'est une partie que tu gérerais un peu à côté de ton travail et que tu gères encore maintenant ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Alors moi, quand je travaillais avant, Gislain faisait tous les accueils. Parce que je n'étais pas présente, il faisait les accueils. Mais moi, je faisais toute la partie plus administrative, communication, réseau. Et donc, c'est vrai que le fait que je sois revenue aider et travailler avec lui, j'ai repris vraiment la gestion du GIL. Donc, c'est moi qui fais... tous les accueils, toute la relation client, vraiment tout ce que je peux faire, je le fais. Mais je suis moins bricoleuse que lui, donc de temps en temps, je l'appelle pour me réparer un petit truc.
- Speaker #0
Je vois, je comprends. Et alors, tu nous parlais un petit peu de ton beau-père, ta belle-famille est donc proche, puisqu'ils étaient sur la ferme et maintenant, ils sont dans le village. Quels sont tes liens avec eux ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Nous, on a vraiment des très, très bonnes relations avec mes beaux-parents. Donc, ma belle-mère a travaillé jusqu'en 2020 sur l'exploitation et Et mon beau-père, lui, donc il a pris sa retraite, mais en fait, il est là tous les jours, 7 jours sur 7, sur l'exploitation et il gère toute la partie alimentation. On s'entend très, très bien. Lui, ce qu'il aime à être là aussi tous les jours, c'est de voir les enfants tous les jours. Quand on sort de la maison le matin pour l'heure de l'école, c'est pas rare qu'il soit pas très loin de la voiture. Voilà, je finisse ma journée.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Et si on parle des enfants, on va parler un petit peu de maternité. Comment s'est passé l'arrivée des enfants ? Donc dans des périodes agricoles peut-être compliquées, denses, ou est-ce qu'il était assez disponible ? Comment tu l'as vécu ?
- Speaker #1
Eh bien, trois enfants, trois maternités et trois naissances différentes. Pour notre grande, voilà, qui a 11 ans, ça c'est... Alors... Il était présent, c'était au mois de décembre, donc là c'était idéal par rapport à sa saison de travail. Une maternité un peu difficile pour un premier enfant, je n'ai pas eu un accouchement facile et idéal. J'ai mis quand même beaucoup de temps à m'en remettre et il a été présent parce que c'était le mois de décembre et qu'il a pu justement être là, prendre le relais et bien prendre le temps d'être avec moi, avec nous. Ensuite, il s'est écoulé six ans avant. qu'on est notre deuxième enfant, qui est arrivé en 2020, au mois d'octobre, fin octobre, donc en plein pendant les semis de blé pour Gislain. Donc là, ça a été un petit peu plus compliqué en termes de présence, surtout qu'on était, donc au mois d'octobre 2020, ils reconfinaient. On était dans une nouvelle vague de confinement. on ne peut pas faire un aller-retour vite fait, ce n'est pas possible. Donc, il a fait aussi du mieux qu'il pouvait. Et c'est vrai qu'une fois rentré à la maison, c'était plus facile parce que j'étais sur place et il était à côté. Mais en même temps, un peu compliqué parce qu'on a été confiné encore un mois après la naissance de notre deuxième enfant. Et c'est vrai que le fait de ne pas avoir de... trop de visites et d'interactions sociales, pour moi, c'était assez difficile. Et puis, on a eu notre troisième enfant en juin 2022. Donc là, pareil, je pars à la maternité pour un rendez-vous avec mon neuvième mois. J'y pars très sereine, sans ma valise, sans rien du tout.
- Speaker #0
On te voit venir.
- Speaker #1
En disant à tout le monde, moi, je rentre, j'avais mon ordinateur. À ce soir, j'y suis que pour la matinée. En fait, il me trouve un diabète gestationnel au cours de mon 9e mois. Je me dis franchement, ils ne vont pas m'embêter avec ça quand même. Je dis que c'est la fin. Je suis à un mois de la fin. On ne va pas me prendre la tête pour ça. J'y vais archi sereine. On est le 17 juin. C'est la canicule. Il fait 40 degrés en Vendée. C'est l'horreur. Ma prise de sang ne revient pas bonne du tout. On m'annonce que je ne peux pas ressortir. et là en fait c'est un peu le monde qui s'écroule parce que Gislain il est sur sa moissonneuse il est à 40 km de là je suis partie seule avec la voiture et en quelques minutes il y a tout qui s'écroule mais ça se fait on se ressaisit on reprend ses esprits et donc Gislain a réorganisé son emploi du temps il est venu, enfin sa maman l'a emmené à l'hôpital pour m'emmener des affaires, récupérer la voiture. Et puis, il est rentré quand même finir de moissonner le temps que moi, ça se mette en place, le déclenchement. Et puis, quand il est revenu le lendemain, il est arrivé. Donc, on attendait. En fait, l'équipe soignante était vraiment top parce qu'elle voulait accélérer le déclenchement. Et je leur dis, mais non, on va attendre qu'il arrive quand même. Donc, elles ont été chouettes parce qu'elles ont attendu que je leur dise, c'est bon. Il est sur la route, il arrive et donc quand j'ai dit ça, elles ont accéléré le déclenchement, il est arrivé, on est resté 30 minutes en chambre avant de passer en salle d'accouchement. Donc on était pile poil. Aujourd'hui c'est une belle anecdote parce qu'on en reparle avec sourire parce que tout le monde dans notre entourage se souvient de la naissance de notre dernière parce qu'il s'est fait remplacer pour moissonner, ça a été tout un... Toute une histoire, mais au moins, tout le monde se souvient qu'il y avait la canicule le 18 juin 2022.
- Speaker #0
Je vois, je comprends. Avec du recul, y a-t-il une fierté ou une satisfaction particulière à vivre aux côtés d'un agriculteur ?
- Speaker #1
Moi, je dirais que oui. Il y a une fierté de vivre aux côtés d'un agriculteur, de vivre avec quelqu'un qui comprend la terre, qui respecte... les cycles de vie, qui connaît l'agronomie, qui connaît aussi l'élevage, qui connaît prendre soin des animaux. Pour moi, tout ça, en fait, tout ce monde, toutes ces connaissances, c'est vraiment une vraie fierté. Et pour autant, je dirais que c'est aussi des fois une difficulté parce que dans le monde d'aujourd'hui, être agriculteur, ce n'est pas forcément quelque chose de valorisant. Et nous, on le voit surtout au travers de notre grande. qui est rentrée au collège et pour lequel elle est déjà confrontée à des discours sur les agriculteurs, c'est des pollueurs, des choses comme ça. Et donc, c'est vrai que pour nous, c'est une fierté, mais on sent vraiment qu'au niveau des enfants, ça peut devenir une difficulté.
- Speaker #0
Oui, donc le regard des autres là-dessus. Pour conclure, qu'est-ce qui, toi, te rend heureuse chaque jour dans ce quotidien de conjointe d'agriculteur et d'agricultrice ?
- Speaker #1
Moi, je te dirais que ce qui me rend heureuse chaque jour, c'est le fait de pouvoir travailler ensemble, de travailler tous les deux, de travailler en famille, mais aussi de pouvoir travailler en extérieur. Je crois que c'est un des plus gros points de mon changement de vie, de ne plus être enfermée dans un bureau, derrière un ordinateur, toute la journée.
- Speaker #0
Merci beaucoup Marie, ta sincérité et pour ton temps.
- Speaker #1
Merci Marion à toi pour cette interview.
- Speaker #0
Ton témoignage rejoint celui de nombreuses femmes qu'on entend peu, donc je trouve ça très important.
- Speaker #1
Merci beaucoup
- Speaker #0
Marion. A bientôt.
- Speaker #1
A bientôt.
- Speaker #0
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