- Speaker #0
Bonjour et bienvenue au sein du podcast Où s'amène quand on s'aime, celui qui donne la parole aux conjoints d'agriculteurs. Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en bio, en conventionnel, en raisonnée. Elles viennent de toute la France. Certaines sont tombées dans l'agriculture toute petite. D'autres la découvrent jour après jour. Elles jonglent entre la ferme, la famille, leur métier. Elles portent une force incroyable. Moi, c'est Marion. Et avec ce podcast, j'espère que certaines d'entre vous se reconnaîtront dans leur profession. trouveront des conseils, des échos à leur vie, prendront peut-être un peu de recul, trouveront du soutien ou simplement verront une mise en lumière de ce qui se vit, souvent dans l'ombre, au cœur des fermes. Ici c'est de la good vibes, de la sororité, du partage et un vrai souffle de girl power en agriculture. Alors à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Salut Marie !
- Speaker #1
Et salut à toi !
- Speaker #0
Aujourd'hui, on se rencontre toutes les deux, je suis ravie de partager ce moment avec toi. Tu as 31 ans, tu ne viens pas du milieu agricole et tu es fonctionnaire dans la fonction territoriale, chef de projet énergie climat, et donc tu es située en Occitanie, dans la Riège, au sud de Toulouse.
- Speaker #1
C'est ça, nous on est à la Bastide de Serroux, on est à peu près à une heure de Toulouse, un peu plus, une heure et demie.
- Speaker #0
Ok. Et ça s'entend un petit peu, c'est bien. Tu vas rapporter un petit peu de soleil. Alors, tu es mariée, vous avez un enfant et justement, ton mari est éleveur bovin et producteur de sapins de Noël bio.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Trop bien. Écoute, c'est une première dans ce podcast et surtout, surtout, aujourd'hui, c'est le cinquantième épisode. C'est assez fou. Tu es la cinquantième femme d'agriculteur que j'interview.
- Speaker #1
Eh bien, j'en suis très ravie.
- Speaker #0
C'est trop, trop chouette. En tout cas, merci beaucoup. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Avec plaisir. Comme tu l'as dit, moi, je m'appelle Marine. Effectivement, je suis femme d'agriculteur, mais je ne travaille pas du coup. Je ne suis pas agricultrice. Alors, j'aide beaucoup les liens, mais ça, je pense qu'on aura le temps d'y revenir en long, en large et en travers.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Mais sinon, alors moi, effectivement, je travaille. Je suis fonctionnaire dans la territoriale, donc j'ai un parcours. parcours un peu atypique pour arriver là. Là aussi, je pense qu'on pourra en reparler. Mais aujourd'hui, du coup, je travaille avec certains élus ariégeois sur les questions de transition écologique et d'aménagement du territoire.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Et alors, avant de parler un petit peu plus de toi en détail, est-ce que tu peux nous décrire un petit peu avec qui tu vis, où tu vis et comment se présente la ferme de ton mari ?
- Speaker #1
Alors oui, je vis avec Elian, on est même mariés depuis deux ans et depuis l'année dernière. On est les heureux parents d'un petit Timéo qui va avoir un an. Alors quand le podcast va sortir, il viendra tout juste d'avoir un an.
- Speaker #0
Trop chouette !
- Speaker #1
Aurélien, lui, du coup, il est à la tête effectivement d'une exploitation agricole. Il s'est diversifié depuis qu'il a repris l'exploitation familiale. Donc, il y a des limousines sur la ferme en Beauvais, en l'étang. Et il fait aussi du maïs pour de l'autoconsommation et du tournesol semences. Et aussi, la petite particularité de cette exploitation. Là, je vais dire homme parce que ça, par contre, on le fait ensemble. On a une vente de sapins de Noël biologiques.
- Speaker #0
Ok. Et justement, sur cet aspect-là, moi, je ne connais pas bien. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu comment ça se passe ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Alors nous, du coup, cette culture de sapins, on va dire que ça vient du fait qu'Élian voulait peut-être combler un vide puisque l'hiver, on avait moins de choses à faire. Il s'est dit, qu'est-ce qu'on pourrait faire l'hiver ? mais on pourrait se mettre à... à planter et à faire pousser et à vendre des sapins de Noël. Donc ça fait depuis 2018, on va dire, que le projet a commencé, donc avec d'abord 4 hectares de sapins et aujourd'hui on est à 6,5. On avait commencé à planter 35 000 sapins et aujourd'hui, sur les dernières années, on en a planté 15 000 de plus. On vend de l'épicéa et du norman. On est en bio sur ces parcelles-là. Ce sont des sapins qui sont locaux et qui sont biologiques, puisque la plupart des sapins qu'on va acheter, que ce soit en pépinière ou en grande surface, c'est très souvent des sapins qui viennent des pays nordiques et qui ont reçu beaucoup de traitements phytosanitaires, notamment. pour les maladies ou alors pour la gestion de l'herbe. Nous, on a fait le choix de mettre des brebis dans nos sapins. On les appelle nos tondeuses à pâtes.
- Speaker #0
Trop drôle, ça marche. Et alors, comment ça se passe ? Quelle est la saisonnalité ? Et quels sont les travaux engagés pour cette culture ?
- Speaker #1
Alors, pour cette culture en particulier, finalement, elle est complémentaire des autres dans le sens où chaque année, du coup, on replante parce qu'on est vraiment sur des... parcelles qui ont une destination agricole et on n'est pas du tout sur des parcelles on n'est pas sur de la forêt où nous souvent on nous dit ah mais vous coupez des forêts, non pas du tout on est sur des parcelles agricoles où avant d'avoir des sapins il y avait du maïs et donc chaque année on prélève un certain nombre de sapins qu'on met à la vente et c'est des sapins qui sont choisis sur la parcelle pour tout un tas de critères, notamment de beauté d'un sapin qu'on a envie d'avoir dans notre salon et donc on va replanter du coup un peu au niveau des sapins qui ont été coupés de nouveaux sapins. Donc ça, c'est très souvent septembre, octobre, novembre. Et après, le gros rush des sapins de Noël, finalement, très condensé, puisque c'est une culture très condensée, puisqu'il faut qu'en trois semaines, un mois, on ait coupé les sapins, fait les marchés, commercialisé nos sapins, vendu, fait de la com', et c'est Noël. Et c'est fini.
- Speaker #0
Et alors, vous vendez autour de vous, vous exportez un petit peu ?
- Speaker #1
Les sapins du Céronais, c'est d'abord né, on va dire, des liens, qui avaient cette volonté de se diversifier. Et puis moi, je me suis rattachée à ce projet, parce qu'on s'est rencontrés entre-temps. Moi, j'ai toujours été très attachée, ça c'est un contexte familial, à cet esprit de Noël, à ce côté très famille, à ce côté très humain. Et donc, on a voulu assez rapidement, ça c'était quand même quelque chose de commun, tous les deux, de se dire, il faut qu'on monte quelque chose autour... Autour de ces sapins, on ne veut pas les envoyer sur une plateforme, on veut monter une image en fait, on ne veut pas monter une marque parce que ce n'est pas une marque. Mais en tout cas, cette image qui nous correspond complètement. Donc on a beaucoup développé au début sur les marchés très locaux. On est resté beaucoup en Ariège, on a fait beaucoup de local, les gens peuvent venir à la ferme choisir leurs sapins. On a beaucoup, beaucoup travaillé les premières années sur ça. Et là, petit à petit, on commence un peu à sortir de l'Ariège. Mais pour autant, on reste quand même dans un périmètre, pour l'instant, on va dire sud-ouest. Pour garder ce côté local et ne pas envoyer nos sapins. Ce qu'on ne veut pas faire dans un sens, on ne veut pas le faire dans l'autre non plus.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Et alors, comment ça se passe les sapins ? Est-ce que vous en plantez chaque année ? Comment est-ce qu'on fait pour avoir différentes tailles, pour répondre aux besoins des différentes familles au moment de Noël ? Comment est-ce que ça se fait tout ça ?
- Speaker #1
Les premiers sapins qui ont été plantés en 2018, donc là ça commence à faire quelques années, en sachant quand même qu'un sapin, notamment un Orman, pour qu'un Orman fasse, je ne sais pas, on va dire un sapin un peu classique, 2 mètres, il a quand même fallu attendre 8 ans pour avoir des sapins de cette taille-là. Il y a ce sujet aussi au niveau très concret agricole. On n'est pas du tout sur la même temporalité que toutes les autres cultures finalement. Il y a de l'investissement en instant T qui du coup ne se récupère que très très très lentement et vraiment sur un temps beaucoup plus long. Mais nous du coup on replante chaque année, ce qui nous permet d'avoir un roulement. Alors là on va dire que cette année, l'année prochaine, on est dans le gros de notre production puisque les sapins plantés en 2018 sont sur des tailles... à peu près classiques que les gens mettent chez eux entre 1,50 m et 2,50 m. Et après, on aura ceux qui ont été replantés chaque année. Donc, on a quand même un turnover qui nous permet d'avoir des sapins chaque année pour nos clients.
- Speaker #0
Ok, trop bien. Alors maintenant qu'on voit un petit peu mieux le décor, on va parler un peu plus de toi. D'où viens-tu initialement et est-ce que tu as grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Alors moi, je viens d'Ariège. Je suis Ariégeoise. J'ai pas du tout grandi dans un milieu agricole. J'ai grandi pas très loin de la Bastide de Serroux, donc en tout cas, on va dire dans un milieu rural. Ça, oui, complètement. Par contre, pas du tout. Moi, je suis fille d'institutrice et mon papa vend des voitures. Donc, j'étais très loin, en tout cas, de ce milieu agricole. Par contre, j'ai grandi juste à côté, donc dans un milieu rural. J'ai pas grandi en ville complètement déconnectée de ces sujets-là. Mais pour autant, pas du tout dans la réalité, on va dire, du monde agricole. Tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #0
Je comprends bien. Quel était ton parcours professionnel ? Quelles études ou formations as-tu faites ? Pour quels projets ?
- Speaker #1
Je suis partie à Toulouse. J'ai fait un master en gestion de la biodiversité. Je voulais travailler dans tout ce qui était contexte réglementaire dans l'environnement. J'ai toujours eu ce côté un peu... J'étais attirée par tout ce qui était les impacts des grands projets routiers, des grands projets éolien, etc. sur tout ce qui est biodiversité, sur l'eau, sur... Sur tout ça, j'ai toujours eu cette sensibilité-là, on va dire. Et du coup, suite à mes études, j'ai été engagée dans un bureau d'études en environnement. Là, par contre, je suis partie de Toulouse. Je suis allée à Montpellier, à Bordeaux. J'ai travaillé dans des grandes villes.
- Speaker #0
Et donc, qu'est-ce que tu fais professionnellement maintenant ?
- Speaker #1
Maintenant, à un moment donné, je suis revenue à Nariège par amour. Sauf que... La réalité de ces départements ruraux, parce que c'est le cas, l'Ariège est un département très rural, c'est aussi la réalité professionnelle qui va avec. Trouver un emploi, en tout cas sur des postes tels que j'occupais juste avant, c'est quelque chose de difficile. Et donc, à un moment donné, des questions se posent. Est-ce que vraiment je déménage ? Oui et non. Mais en étant avec un agriculteur, forcément, lui ne peut pas déménager. donc on sait à un moment donné que les choix en tout cas professionnelles viendront forcément d'une autre. Et il y a eu un moment un peu... Bon, après, moi, j'aurais tendance à dire que les choses se sont faites pour une raison. C'est vrai que quand j'ai rencontré Elian, j'étais un peu sur une période professionnelle un peu perte de sens. C'était au moment du Covid, c'était le premier confinement. De me demander un peu pourquoi je faisais tout ça et pourquoi... Il y a eu un peu ce flottement-là. Et clairement, finalement, en cherchant du travail en arrière, j'ai tombé sur le poste que j'occupe. qu'il occupe actuellement dans la territoriale auprès des élus de mon territoire et de faire vraiment des choses très concrètes, je me dis, en fait, clairement, c'est complètement ce boulot pour lequel je suis fait. Et finalement, sans avoir quitté Toulouse et sans... Pour, à la base, Elian, je ne me serais jamais peut-être dite, pourquoi pas aller travailler auprès d'élus du territoire, dans la territoriale.
- Speaker #0
Et justement, ton quotidien, ça ressemble à quoi ? Quelles sont tes missions dans ce poste ?
- Speaker #1
Mes missions, au travers du syndicat, concrètement, on dit qu'on va aider les élus à préparer l'avenir du territoire, soit des communes, des intercommunalités. On travaille vraiment avec eux sur des sujets. concrets sur l'énergie, sur l'urbanisme, il y a un gros sujet aussi sur la préservation des terres agricoles et on va construire avec eux le territoire des prochaines années. Où est-ce qu'ils vont vouloir construire ? Qu'est-ce qu'ils vont vouloir préserver ? Quels vont être les impacts du changement climatique ? Finalement, un peu que ce soit comme dans ma vie perso ou au travail, on a vraiment cette question du territoire et de préserver notre territoire au maximum. Après, avec des lunettes différentes, ça c'est sûr parce que ça reste de la politique, mais c'est quand même ça mon quotidien, mon travail.
- Speaker #0
Et alors, tu nous parlais tout à l'heure des sapins et tu disais nos sapins. Justement, est-ce que tu aides sur l'exploitation ? Est-ce que tu as une part sur l'exploitation et qu'est-ce que tu y fais ?
- Speaker #1
Sur la ferme d'Eliang, donc Eliang, il est dans un grec, sur la ferme où on vit, parce qu'on vit dans la ferme, enfin au milieu de la ferme, on va dire. Dans cette ferme, finalement, ma place s'est faite un peu naturellement Et progressivement, puisqu'effectivement, j'ai jamais voulu m'imposer, puisque c'est le projet de Vidélian, c'est sa ferme. Mais par contre, on s'est rendu compte qu'assez vite, je pouvais apporter des compétences, si je peux dire, un peu différentes et extérieures au monde agricole. Et notamment sur les sapins, donc tout ce qui est la partie communication, administratif, développement. Puisque finalement, je disais tout à l'heure que les sapins du Céronais, ce n'est pas une marque, mais presque. On a réussi finalement à... à grossir, à se faire connaître. Et donc, il y a tout ce qu'il y a derrière, la gestion des clients. On travaille beaucoup avec les associations de parents d'élèves. Donc, il y a tout ce travail de septembre à décembre sur toutes ces commandes. Moi, j'aime beaucoup travailler avec eux parce que je trouve ça super intéressant. Mais voilà, il y a toutes ces choses-là, on va dire tout l'administratif et toute la gestion de l'ordinateur que je fais moi. Mais par contre, ce n'est pas mon travail. Mon travail, moi, c'est un choix. Je suis dans la territoriale, je fais ça. bénévolement, si je peux dire ça comme ça. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Tu n'es pas du tout déclarée comme étant co-exploitante. Non. Ok, ça marche. Et justement, le fait de travailler en dehors de l'exploitation, ça crée peut-être aussi un équilibre dans votre couple. Est-ce que toi, tu te serais vue travailler avec lui au quotidien ?
- Speaker #1
La question s'est un peu posée. Enfin, c'est un peu posé. Oui et non. On se l'a un peu posé, on va dire, quand j'étais en congé maternité, parce que du coup, j'étais plus à la maison. Donc plus à aider, parce que je l'aide aussi beaucoup sur les aspects administratifs du GEC, tous les papiers, etc. Et en congé maternité, quand je faisais ça toute la journée, je me suis dit, bon alors c'est très sympa pendant la période des sapins parce que là, à ce moment-là, c'est très dense et ça prend beaucoup de temps. Mais en fait, j'aime aujourd'hui trop mon travail pour le mettre de côté et pour vraiment être à 100% sur l'exploitation. Alors c'est très intense, surtout maintenant avec un bébé, mais pour l'instant c'est ce choix. qu'on a fait finalement parce que j'ai cette chance d'avoir un travail dans lequel je m'épanouis. Et comme tu dis, ça serait peut-être complètement différent si je ne l'avais pas.
- Speaker #0
Oui, mais tu n'es pas fermée non plus à ce qu'on a évolué.
- Speaker #1
Et je pense qu'en fonction de comment on va continuer à évoluer les sapins du Sérronnet, peut-être que la question se reposera ou alors se reposera sur un mi-temps ou sur juste peut-être un temps plein à mon travail. Mais voilà, en tout cas, la question aujourd'hui ne s'est pas posée.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Alors j'aimerais maintenant qu'on parle un petit peu de votre vie à deux, maintenant qu'on te connaît un petit peu mieux et de ce que représente le quotidien quand on vit avec un agriculteur. Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés tous les deux ?
- Speaker #1
Alors nous, on s'est rencontrés, on dit souvent que le confinement, ça a été quelque chose d'assez compliqué pour les gens et ça a été complètement l'inverse. Vivant à Toulouse, je suis rentrée me confiner chez ma maman qui habite juste à côté, à 10 minutes de la maison. On a une grande maison familiale et donc elle a dit à toute la famille, on se confine tous ensemble, ça sera vachement plus sympa. Très bonne idée. Alors effectivement déjà on était tous ensemble et puis que maman faisait des soirées un peu clandestines avec un groupe avec qui elle fait de la salsa. On était quelques-uns à se retrouver pour danser et notamment Elian qui danse avec ma mère depuis de nombreuses années. Ils font de la salsa ensemble et en fait ça s'est fait comme ça. D'une soirée, une première soirée, une deuxième soirée, une troisième soirée. Une personne... qui finalement, je pense que de moi-même, étant à Toulouse, dans un cercle avec d'autres personnes, je ne me serais peut-être pas intéressée à lui, mais peut-être qu'on aurait eu moins d'occasion de passer du temps ensemble. Le confinement, en tout cas, nous a donné cette occasion-là. Et je pense qu'on remercie tous les deux le Covid, parce qu'on serait passés à côté d'une belle histoire, en tout cas.
- Speaker #0
C'est trop drôle de rencontrer sa belle-mère avant sa femme. Et toi, le fait d'avoir eu ta vie citadine, ta vie urbaine à Toulouse, est-ce que tu te voyais revenir à la campagne ? Est-ce qu'il y avait des choses qui te manquaient ? Est-ce que cette notion de ruralité, on le comprend un peu dans ton travail, c'était essentiel ?
- Speaker #1
Je ne m'étais pas du tout projetée justement au moment où j'ai rencontré Eliane. C'était un moment, en tout cas au niveau de ma vie professionnelle, où on me proposait un poste sur Paris. un poste du coup en responsabilité, un poste vraiment pour mon âge et qui était un peu la continuité de tous les efforts que j'avais mis en œuvre, on va dire depuis mes études. Et c'est là que j'ai fait le choix de ne pas prendre ce poste et à l'inverse de revenir en Ariège. Mais sinon, non, pour moi, clairement, ce n'était pas quelque chose à l'âge où j'avais. En tout cas, juste avant la 35, enfin non, j'avais 25 ans, je ne m'étais pas dit que j'allais revenir en Ariège, en tout cas pas à cet âge-là. et pas avec les ambitions on va dire que j'avais euh au niveau professionnel.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et quand tu l'as rencontré, donc il était déjà éleveur ou il t'avait parlé du fait de l'être ?
- Speaker #1
Ah, il l'était déjà. Lui, parce qu'en fait, on se connaissait déjà dans le sens où il faisait partie du groupe de danse de ma mère. Ils étaient un groupe de plusieurs amis. On s'est déjà croisés. Et Léon, il a toujours, déjà, il a grandi dans une exploitation. Sa mère, son père, tout son cercle familial, tout le monde est agriculteur. Et puis lui, finalement, Comme il le dit, il ne s'est jamais vu faire autre chose que de l'agriculture. Alors finalement, il y a peut-être aussi la question de se dire qu'il ne s'est jamais posé la question, puisque c'était un peu tout tracé déjà. Mais pour autant, oui, je l'ai toujours connu agriculteur et je savais qu'il l'était. Mais c'est pour ça que le début de notre relation a quand même mis, je pense que pour que les choses se stabilisent et que vraiment, ça a pris du temps. Mais c'est nécessaire, je pense, dans des changements de vie comme ça.
- Speaker #0
Et toi, le fait qu'il était éleveur, est-ce que ça te donnait envie de partager sa vie ? Est-ce que tu avais quelques peurs, craintes par rapport à son métier ?
- Speaker #1
Alors déjà, je pense qu'on ne sait pas réellement, sauf si on vient d'une famille d'agriculteurs d'ailleurs, ou si on a des personnes très proches agriculteurs, je pense qu'on ne sait jamais trop réellement dans quoi on met les pieds. Ça, c'est vrai. Ça en aperçoit petit à petit. Alors au début, peut-être qu'on voit les bons côtés. On se dit, waouh, ils vivent dans le cadre. Ça, c'est vrai. Souvent, pas toutes, mais du coup, le fait de vivre à la campagne, dans des fermes, on va dire le milieu naturel, le cadre, etc. Mais après, on commence vite à voir qu'il n'y a pas de week-end. Les horaires, il n'y en a pas. Les vacances, il n'y en a pas. On commence à voir tout ça. Donc oui, je pense qu'il y a une... peur. Et puis moi, la peur que j'ai vraiment eu à ce moment-là, c'était vraiment de me dire, bon, ok, je fais ce choix de ne pas continuer ma carrière, en tout cas celle que j'ai devant moi, partir à Paris sur ce poste. Je fais cet autre choix de rester là parce qu'en plus, je suis dans un moment où je suis un peu en perte de sens, donc peut-être que toutes les planètes sont un peu en train de s'aligner. Mais pour autant, je ne savais pas vraiment dans quoi je mettais les pieds. Il faut dire la vérité. On n'est jamais... Puis même là, après 6 ans, 7 ans, on n'a pas encore tout vu. Je crois qu'il faut une vie entière pour voir tous les aspects du monde agricole.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Mais les surprises, les déconvenues, parfois les bonnes surprises aussi, bien sûr. Donc là, vous vivez sur l'exploitation, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, on a la ferme. Du coup, on a un corps de ferme qu'on retappe, qu'on s'éclate à retaper depuis plusieurs années. et qui est vraiment dans la ferme. C'est l'ancienne étable même. On ne peut pas être plus dans la ferme. En tout cas, on a les vaches, on a les champs, on a tout autour.
- Speaker #0
Et ça, est-ce que c'était un soi ? Est-ce que ça te faisait peur aussi dans cet aspect-là de faire ta vie avec un éleveur, le fait de vivre sur l'exploitation ?
- Speaker #1
Je pense que ça a quand même des gros avantages que je ne voyais peut-être pas au début. Là, aujourd'hui, les gros avantages, je les vois parce que le fait d'être... Au centre de l'exploitation, en tout cas, ça permet quand il a des gros journées ou que voilà il est juste à côté, ça permet d'avoir un lien qui est beaucoup plus simple que s'il partait un peu plus loin et que là du coup on le verrait pas du tout toute la journée. Par contre au début c'est quelque chose qui peut faire... Peur, ouais, on va me dire les mots, qui fait peur, parce qu'on n'est plus du tout habitués à ça en fait. Moi j'avais mon appartement depuis que j'avais 17 ans, c'était très proche de mes parents, mais je ne sais pas, je les voyais deux fois par mois. Là, tous les jours, il y a son père qui vient à l'exploit parce qu'il l'aide encore sur l'exploitation. Il a tous ses proches qui sont, alors on est quand même, ils ne sont pas autour de la maison directe, on est quand même seul chez nous, mais il y a quand même ce côté très familial, très rural et très agricole qui peut faire peur. au début sur déjà comment trouver sa place là-dedans et puis comment réussir à créer quelque chose. Il y a un peu toutes ces interrogations là. Au début, c'est vrai que ça peut questionner, surtout quand on n'est pas habitué à ça.
- Speaker #0
Oui, exactement. Et alors, comment s'organise votre vie au quotidien sur cette exploitation ?
- Speaker #1
Alors du coup, sur l'exploitation, au quotidien, j'ai envie de dire que c'est un peu tous les jours pareil. Tous les jours, c'est des tâches différentes pour lui. Mais en tout cas, le quotidien a un peu changé depuis qu'on a Timéo, depuis un an. On va dire que dans ce quotidien, avant Timéo, ce qui m'a sauvée, et je pense que c'est une réalité, on est quand même très souvent seul. Il y a la période des sapins qui est très dense, mais là où effectivement, on est tous ensemble. Donc là, c'est quelque chose de commun. Mais après, il va y avoir la période des ensilages, la période des semis, la période de la paille. Enfin, toutes ces périodes qu'on connaît toutes et qu'en fonction des différentes cultures. En tout cas, des périodes où on se retrouve seul, qui peuvent être, je pense, très difficiles. Moi, ce qui m'a un peu sauvée, c'est qu'étant ariégeoise, j'ai des amis d'enfance, encore ici. Donc, j'ai un cercle. Et surtout, j'ai mes parents, j'ai ma famille, j'ai ma sœur. Ce qui fait qu'au début, finalement, on avait des temps de qualité avec Elian, mais qui étaient quand même assez ponctuels dans la semaine. Puisqu'il faut savoir qu'Elian, sur une semaine complète de 7 jours, il ne travaille pas le dimanche. Et même au début qu'on était ensemble, il travaillait le dimanche matin. Donc c'était le dimanche après-midi. Bon là, depuis qu'il y a Timéo, c'est 6 jours sur 7. Mais c'est vrai que quand on est habitué, et puis le soir, il n'arrête pas de travailler à 5h ou à 6h. Donc il y a ce côté se retrouver beaucoup seul, qui a du coup un peu changé depuis qu'il y a Timéo. Parce que du coup, je me suis mis à 80% pour passer un peu plus de temps avec lui. Mais du coup, c'est pareil. Pour autant, Elian continue à travailler 6 jours sur 7. et moi J'essaie au maximum de l'aider sur l'exploitation, on va dire, sur les aspects administratifs que je peux faire. Et ça, ça prend un temps fou. Et moi, j'essaie au maximum de l'aider là-dessus pour que le temps qui lui reste, ça soit du temps en famille. En tout cas, du temps où il est vraiment avec nous.
- Speaker #0
Donc, tu le fais aussi pour vous décharger là-dessus et pour pouvoir en profiter un peu plus ensemble. Comment est-ce que vous arrivez à vous organiser pour garder un équilibre de couple dans ce rythme-là ?
- Speaker #1
Je pense aussi que... Des couples qui se forment comme ça dans le milieu agricole, on est souvent des couples qui, dès le début, on est quand même habitués à se voir peu. Enfin voilà, nous, c'est vrai qu'avant, on avait pris l'habitude, une fois par semaine, de se faire soit un resto, soit des choses ponctuelles finalement, parce que ça reste ponctuel, et des week-ends, c'est très rare, mais on s'en faisait aussi. Mais par contre, on a toujours, tous les deux, passé nos soirées ensemble et que tous les deux. On n'est pas l'un sur le téléphone ou l'autre en train de faire autre chose. On est vraiment tous les deux, soit autour d'un repas, soit autour d'un moment tous les deux. Quand il fait beau, on est dehors. Quand il fait un peu moins beau, on est dans une série. Mais on a ce temps de qualité tous les jours. Ça va être une heure, ça va être une heure et demie ou deux heures. Mais en tout cas, ça nous permet de nous reconnecter. Alors, la réalité, c'est que oui, on va parler de l'exploitation beaucoup. Un peu. Beaucoup de mon boulot aussi. Parce que voilà, c'est vrai qu'en plus de travailler dans la politique, il y a des sujets qui peuvent se recouper. et sur des aspects territoriaux, ça rebondit, ça répercute. Tout est en lien finalement. Et maintenant, beaucoup d'autres fils quand même, c'est vrai. Mais en tout cas, on essaye de vraiment prendre ce temps-là et puis d'être là vraiment. Et c'est ce qu'il fait d'ailleurs aussi maintenant quand il est avec son fils. Quand il est là, il n'est peut-être pas aussi présent que notre papa peut l'être. Mais par contre, quand il est là, il est vraiment là. Il est présent et il n'est pas... comme il peut, parce qu'il y a des périodes où il aura beaucoup trop de choses dans la tête et on voit bien qu'il est là sans être là, mais la plupart du temps, il essaye d'être vraiment là, vraiment présent sur le moment. Oui,
- Speaker #0
je comprends bien. Et t'en parlais un petit peu tout à l'heure, mais est-ce que vous arrivez à partir un petit peu en week-end, en vacances ?
- Speaker #1
En vacances, en plus, on sort justement d'une semaine de vacances où je suis partie toute seule avec ma mère et mon fils, puisqu'Élian n'a pas pu, puisque c'était la période de l'ensilage. Donc, On essaye, nous, on part quand même une semaine, on va dire. Une semaine en août. On prend ce temps-là. Pour l'instant, avec le psy, on n'est pas partis. Mais tous les deux, on essayait quand même de partir une fois par an. Et après, en week-end, c'est assez rare. Mais c'est un peu du dernier moment en fonction de la météo. S'il ne fait pas beau. Bon, portons un week-end, quoi.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est un peu ça, quand même. C'est toujours un peu la vie au jour le jour, je comprends très bien. Et donc, tu parlais du fait de partir seule. Est-ce que ça, c'est OK pour toi ? Est-ce que je sais que ce n'est pas toujours évident pour certaines femmes de le faire ? Est-ce que tu le fais par fatalité ou est-ce que tu aimes bien ça aussi ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a quelque chose qui est super important. Nous, en tout cas, dans notre équilibre, c'est vraiment notre cercle familial. Parce que finalement, quand je pars comme ça, je ne pars pas seule. Je pars avec ma mère, je pars avec ma sœur. C'est grâce à elle, en fait, notamment le postpartum. Je l'ai vécu parce que mon fils est né en plus en juin. Au niveau agricole, c'est la période la plus dense, en tout cas pour nous, sur les cultures qu'on a nous. Mais grâce à elle, j'ai quand même réussi à vivre mon postpartum d'une façon sereine. Parce que quand papa était sur des journées énormes, alors que le bébé venait de naître... Il y avait ma mère, il y avait ma sœur et c'est un peu toujours là la même chose sur les vacances. Elles prennent le relais, on part ensemble. Et finalement, oui, il y a toujours une part de moi, je ne peux pas l'enlever, qui me dit qu'est-ce que j'aimerais que mon fils vive ce moment-là avec son père. Mais maintenant, je me rends compte que ce qui me fait le plus de peine, c'est que je sais qu'Élian aussi vit ça. Depuis qu'on est parents et depuis que lui est papa, je sens que... Peut-être même plus pour lui, parce qu'en fait, moi, je vis des moments, on est quand même en famille, il y a la tante, il y a la mamie, on est ensemble et finalement, on est quand même partis, on passe quand même des très bons moments. Par contre, le soir, quand j'appelle papa et qu'il est tout seul à la maison, dans la maison, ça, c'est un peu plus compliqué. C'est un peu plus dur. Parce qu'on sent que ça le pèse à lui aussi.
- Speaker #0
Je comprends bien. Et là, tu parlais un petit peu de ta famille, de ta maman, de ta sœur. C'était une exploitation familiale initialement ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Donc, ta belle famille n'est pas loin.
- Speaker #1
C'est plusieurs. plusieurs fermes côte à côte qui travaillent un peu ensemble, qui cèdent, etc. Mais sinon, oui, il a son père et son frère qui sont juste à côté. Et juste à côté, de l'autre côté, on va dire, il y a sa mère et son frère. On est aussi très proches de sa famille à lui. Son père, surtout, est très souvent par là. Et sa mère un peu moins, mais on est quand même tous très proches. Alors, ce n'est pas pareil parce qu'en fait, eux, même s'ils ne sont plus vraiment... Les deux sont à la retraite, ils travaillent toujours autant dans les exploitations, donc ce n'est pas eux qui peuvent partir en vacances avec moi. Mais par contre, ils sont très présents, mais très présents pour les exploitations, plus que pour la garde des enfants.
- Speaker #0
Ça, la proximité avec la belle famille, comment est-ce que tu le vis ? Toi qui ne viens pas du milieu agricole, c'est quelque chose que tu as dû un peu découvrir. Est-ce que tu vois des bons côtés, des moments un peu plus compliqués ? Comment tu le vis, ça ?
- Speaker #1
Alors ça, sincèrement, ça a été quelque chose de très difficile au début. Vraiment, parce que c'est ce que je disais tout à l'heure, moi j'ai l'habitude de vivre seule, ou avec des amis, ou avec des colocs, c'était pas du tout... Pas avec ce côté d'autres générations, dans le même milieu de vie. Et c'est vrai qu'au début, c'est quelque chose qui a été difficile, notamment Elian est très très proche de son papa, et dans les deux sens, son papa est très très proche d'Elian, et de voir en fait, tous les jours... Même le week-end, puisqu'en fait, un agriculteur, du coup, n'a pas de week-end. Donc, pour lui, un samedi, c'est un samedi. Un samedi, c'est un mardi, c'est un lundi. Alors que moi, un samedi, c'est un samedi. Je viens de finir ma semaine, j'ai envie d'être tranquille chez moi. Donc, il y a eu ce moment, au début, un peu délicat de trouver sa place. Voilà, chacun. Et je pense que...
- Speaker #0
La place maintenant est complètement trouvée, puisque maintenant ça fait quand même plusieurs années. Les choses se sont, par des discussions et par des ajustements, se sont mises en place d'elles-mêmes. Mais oui, c'est un sujet, quand on n'est pas habitué, c'est quelque chose de... Il faut quand même avoir ce côté familial qui est mon cas, puisque moi je suis très très famille. Il faut accepter d'avoir effectivement ce lien familial fort avec sa belle-famille. J'ai la chance de bien m'entendre avec eux.
- Speaker #1
C'est bien de dire que ce n'est pas toujours évident non plus.
- Speaker #0
Non, non, non. Après, je sais que j'ai des proches autour de moi, même des copines qui ne pourraient pas. Ce ne serait pas possible. Après, je l'entends. Mais après, c'est aussi... Au début, je me disais, si je continue ma vie avec Elian, je prends Elian, mais je prends le package. Si tu prends Elian, tu prends l'affaire Movi. Tu prends ses parents, son milieu de vie. Tu ne peux pas dissocier Elian et tout ça. C'est soit tout, soit rien.
- Speaker #1
Je comprends bien. Et je pense que c'est des sujets qui étaient encore plus tabous à l'époque. Donc, je trouve ça hyper bien d'en parler ensemble. Alors, tu nous parlais un petit peu tout à l'heure de tes enfants et de la maternité. Justement, comment est-ce que ça s'est passé, l'arrivée de ton fils par rapport à la ferme ? Et comment est-ce que tu l'as vécu ?
- Speaker #0
Alors moi, j'ai justement la maternité. J'ai eu, en tout cas en scène, j'ai eu beaucoup. beaucoup d'inquiétudes quand j'étais enceinte parce qu'avant, on avait un équilibre tous les deux. Lui, son équilibre, c'est son travail. Beaucoup de travail. Finalement, les temps où on se retrouvait, c'était plus des soirées au restaurant ou des week-ends ponctuellement, mais des journées très denses. Moi, je comblais avec des activités. Je fais beaucoup de sport, j'ai des copines. On fait ces trucs et on arrive le soir, fin de journée. Et là, enceinte, je me suis dit, mais est-ce que je ne vais pas être souvent seule ? Ou trop souvent, en tout cas, seule ? Est-ce que finalement, Elian va réussir à trouver sa place ? Énormément d'inquiétudes, mais beaucoup. J'ai beaucoup, beaucoup stressé. Et à la fois, c'est une période où les mamans, en tout cas les femmes enceintes, peuvent avoir beaucoup d'inquiétudes. Et à la fois, moi, je vois Elian un peu démunie parce que... J'étais enceinte et lui, pour l'instant, le bébé n'était pas là. C'est un agriculteur, donc un agriculteur, ça fonctionne sur le concret. Il faut que les choses soient là. Dans la période, en tout cas, enceinte a été un peu particulière. Surtout qu'on a appris en cours de grossesse que Thiméo avait une malformation. Il est né avec un pied beau, un pied, on va dire, tordu. C'est une malformation embryonnaire qui entraîne beaucoup de soins. sur les premières années de vie du bébé. Et donc, il y a eu ce côté de me dire, mais en plus, le pauvre, il a une pathologie, il va falloir... Ça me rajoutait encore un truc dans la charge de me dire... Il y a eu toutes ces inquiétudes pendant la grossesse. Et puis là, j'ai accouché. Et puis au bout de deux mois, je me suis dit, mais pourquoi tu t'es autant pris la tête ? C'est un peu gâché quand même ma grossesse, il faut dire la réalité. Alors que oui, concrètement, je suis souvent seule avec Timéo, mais Mais dès qu'on a un petit temps, on saute dans le tracteur. Lui, il est trop content. Il est avec son père. Il le regarde comme si c'était, je ne sais pas, Dieu tout-puissant quand il est en train de conduire son tracteur. Le premier mot qu'il a dit à neuf mois, c'est tracteur. Aujourd'hui, je me dis, il n'y a nulle part ailleurs où j'aurais envie que mon fils grandisse. Donc, il y a une espèce de truc qui se fait complètement naturellement. Et William, surtout, il a cette capacité à, quand il est là, il est vraiment là. les moments sont sont tellement qualitatifs en termes de présence que même s'ils sont moins nombreux, ils sont ce qu'ils sont et on les prend comme ça. On a pris l'habitude de sauter dans le tracteur une heure ou deux pour passer du temps avec lui. Ça se fait très bien comme ça. Et à la fois, quand Timéo a eu son gros suivi pour son pied beau quand il était vraiment petit, papa était là tout le temps. il n'y a jamais eu de sujet de là il fallait faire ça ou de là il fallait faire ça on avait rendez-vous à l'hôpital papa était là quoi sans se poser aucune question donc bon je pense que c'était des inquiétudes normales mais pour autant qui qui sont complètement effacés.
- Speaker #1
Ok, trop bien. Comment est-ce que vous gérez du coup la vie quotidienne avec votre fils ?
- Speaker #0
La réalité, c'est quand même que j'ai beaucoup plus, on va dire, Timéo à ma charge que lui ne l'a. Et bon, ça, c'est une réalité. D'autant plus que j'ai fait le choix de ne plus travailler le mercredi, du coup, pour être avec lui. Mais sinon, je suis avec lui, on va dire, du lundi au... au samedi et puis le dimanche matin, c'est mon temps à moi parce que je fais du trail et papa passe la matinée avec Timéo. Mais par contre, là où je vois vraiment une différence assez nette quand même, c'est que même là où on est l'été et où un agriculteur souvent c'est aux horaires du soleil, là il n'est pas rare qu'à 18h, j'ai Elian à la maison pour passer une heure ou une heure et demie avant que Timéo aille au lit avec nous. Chose qui avant, il fallait qu'ils remplissent la journée au maximum avant que le soleil se couche. Pour faire le plus de tâches possibles dans un laps de temps. Là, on passe quand même plus de temps ensemble. Mais par contre, c'est quand même moi qui... Et puis tous les rendez-vous, il a du kiné, de la psychomote. Tous ces sujets-là, on va dire que c'est quand même moi qui les gère. On ne va pas se mentir non plus. C'est quand même moi qui gère le quotidien. de Timéo.
- Speaker #1
Et tu arrives à la lier avec ta vie professionnelle sans trop de soucis ?
- Speaker #0
Je pense que c'est pas l'objectif non plus, c'est pas de dire que c'est facile tout le temps, parce que ça l'est pas. Il y a des moments où effectivement, parce qu'en plus j'ai un travail très prenant et très prenant dans le sens où je suis complètement investie, donc c'est un boulot qui me plaît, donc voilà il y a ça aussi, donc il y a cette charge mentale-là, il y a la charge mentale effectivement de Timéo, alors pathologie ou pas pathologie, un bébé c'est une charge mentale de fou furieux le quotidien de la maison parce que pour Kenyan du coup quand il a fini sa journée il vient à la maison et pas aller faire les courses c'est moi qui m'occupe de tout ça tout le temps aussi et puis on peut rajouter à ça les sapins qui sont quand même toujours en fil conducteur toute l'année parce que la saison elle se prépare toute l'année si on veut réussir à vendre des sapins et puis bon j'en passe d'autres donc non c'est pas C'est pas facile tous les jours, mais quand il y a des moments où ça allait un peu moins, on est quand même très honnêtes l'un envers l'autre. Je lui dis qu'à ce moment-là, c'est difficile. Alors j'essaie au maximum de ne pas faire de reproches, parce que finalement, il y a toujours un côté de moi qui me dit qu'il n'est pour rien. Dès le début, tu le savais que ça allait être comme ça, et ça ne changera pas. Mais par contre, lui dire que ce n'est pas parce que ça ne changera pas que là, c'est dur. Là, c'est compliqué. mon travail qui me demande beaucoup et puis en plus j'ai envie de m'investir et j'ai envie de mener à bout ce que je suis en train de faire. Et à côté de ça, il y a Timeo qui a une otite, qui n'a pas dormi de la nuit, il n'y a pas de lait. Ça peut sur certains moments être compliqué, mais je pense que ce qui nous sauve, c'est vraiment de se dire les choses. Et moi, toujours quand c'est compliqué, de me dire « lui, on ne voit pas tout à la gueule » parce qu'en fait, ce n'est pas de sa faute. Enfin, c'est pas de sa faute dans le sens où on... Tu ne l'as pas découvert en cours de route, où ça n'a pas changé, où ça n'a pas... C'est dur, mais ça va passer. C'est ponctuel.
- Speaker #1
C'est ça où on fonctionne aussi beaucoup, par saisonnalité, de se dire, là, c'est une période compliquée, ça va revenir.
- Speaker #0
Mais je pense que dans ces périodes compliquées, il faut quand même aussi réussir. Alors voilà, chacune, on va avoir nos petits trucs qui nous sauvent. Mais moi, je le disais encore, si je n'avais pas vraiment ma mère qui vient quand je lui dis, là, j'en pète. Là, vraiment, c'est compliqué. je... Et Léon, il est dans une tâche, il ne peut pas se libérer. Je suis tellement fatiguée et tellement sous tout que c'est compliqué à être aimé au niveau calme. J'ai besoin d'un soutien. J'ai eu la chance d'avoir ma mère qui déboule, ou ma sœur, ou ma belle-mère. Un petit moment de calme. Et après, c'est un peu acté entre nous. Mais lui, il sait que mes soupapes, c'est le sport, c'est le trail. Deux fois par semaine, même pareil, c'est n'importe quoi. Quoi qu'il a à faire, il ne le fera pas pour que je puisse faire ces moments-là à moi. Parce que sinon, si je n'ai pas ça, par contre, ça va être compliqué la semaine d'après.
- Speaker #1
Il va prendre cher. Il va trouver un équilibre,
- Speaker #0
je comprends. Ces trucs-là, c'est se dire qu'il faut vraiment les faire. Après, c'est chacune à ses moments différents. Mais si on ne les a pas, après, là, ça peut devenir... compliqué et on peut subir, vraiment, je pense. On peut vraiment subir la vie d'un agriculteur.
- Speaker #1
Ouais, ouais, c'est clair. Ok, ouais, je comprends bien. Et alors, pour finir un petit peu notre échange toutes les deux, y a-t-il une fierté selon toi ou une satisfaction particulière à vivre aux côtés d'un agriculteur ?
- Speaker #0
Ouais, complètement. Moi, je pense que cette vie, elle m'apporte, en tout cas, cette vie avec Elian, elle m'apporte une vraie cohérence, je dirais, entre mon travail, la ferme. Tout ce qu'il y a autour aussi, notre manière de consommer, d'élever Timéo, c'est complètement aligné avec nos valeurs. Et malgré cette vie à 3000 à l'heure, parce que concrètement une vie à 3000 à l'heure, ça apaise en fait. Ça apaise vachement quand on se pose et qu'on regarde un peu, qu'on essaie de prendre du recul et qu'on se dit « Ouais, j'ai quand même la chance de vivre dans ce cadre-là. » Parce qu'on a cette maison, on a tout ce qu'il y a autour, notre famille. Il y a quand même tout ça. Et puis après, j'admire quand même beaucoup l'engagement d'Élian. Humainement, tout ce qu'il arrive quand même à porter, c'est quand même aussi une admiration finalement pour l'homme avec qui je passe ma vie. Et puis très sincèrement, moi c'est quelque chose que j'assume complètement. Je suis OK avec cette vie et je ne la subis pas. Parce que c'est lui et parce que je suis profondément amoureuse de lui. Je sais que c'est l'homme de ma vie et que c'est pour ça qu'on s'est mariés. Et que c'est pour ça que ma façon de traverser les difficultés du quotidien, parce qu'il y en a, très clairement, c'est quand même un quotidien qui est difficile, que ce soit la météo, que ce soit tout le stress qu'il y a, les aspects financiers, toutes ces questions-là qui sont quand même très difficiles. Si ce n'était pas lui, je... je ne les subirai pas finalement. Parce que ce n'est pas moi qui suis, en tout cas, ce n'est pas moi qui ai monté ce projet, ce n'est pas moi qui suis à la base de cette exploitation.
- Speaker #1
Oui, je comprends. Ok. Écoute, merci beaucoup pour cet échange et pour ton temps.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
J'espère que tu as aimé nous partager tout ça et nous parler un peu plus de ton quotidien et de ton implication sur cette exploitation. En tout cas, c'était vraiment un super échange. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi. C'était un très bon moment.
- Speaker #1
C'est la fin de notre échange. Merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, je vous invite à découvrir tous les autres. Vous pouvez également noter le podcast sur votre plateforme d'écoute préférée. Et pour suivre l'aventure au quotidien, retournerez-moi sur les réseaux sociaux et surtout sur Instagram, où je suis très active. N'hésitez pas à vous abonner, liker, partager. C'est grâce à vous que ce projet prend forme et qu'il peut continuer à grandir. Et mesdames, si vous avez envie de raconter votre histoire, rejoignez-moi dans un prochain épisode. A bientôt !