- Speaker #0
Elles sont femmes de céréaliers, d'éleveurs, de viticulteurs, en agriculture conventionnelle, biologique, raisonnée. Elles viennent de petites, moyennes ou grandes fermes implantées sur toute la France, sont issues du monde agricole ou le découvrent jour après jour. Entre les coups de main à la ferme, la vie amoureuse et familiale, conditionnée au rythme des cultures, de la météo et des animaux, elles-mêmes salariées ou agricultrices, mères, ces femmes sont les piliers de leur conjoint agriculteur. Je m'appelle Marion. J'ai plaisir à discuter avec ces femmes et partager, témoigner, diffuser leurs choix de vie personnels et professionnels, ainsi que leurs joies et difficultés liées au monde agricole. Alors, à votre avis, où ça mène quand on s'aime ? Aujourd'hui, je vous emmène avec moi au nord de l'Ardèche, à la rencontre de Mélodie, cette jeune maman à la tête d'une tribu de 5 enfants, s'est installée en transformation fromagère sur l'exploitation de son conjoint. qui est éleveur de chèvres et fait aussi de l'arboriculture, notamment de la production de cerises et d'abricots.
- Speaker #1
Je m'appelle Mélodie, j'ai 33 ans. Je vis avec Johan, il est éleveur de chèvres. Moi, je fais la transformation fromagère et nous avons tous les deux 5 enfants.
- Speaker #0
Wow !
- Speaker #1
Ce ne sont que des enfants en bas âge, notre aîné a 8 ans. et ensuite 6 ans, 5 ans, 2 ans et demi et la petite dernière qui a 7 mois.
- Speaker #0
Waouh, jolie petite famille, c'est chouette et courageux. Pour attaquer dans le vif du sujet, est-ce que tu peux nous présenter où tu vis et avec qui tu vis et présenter rapidement l'exploitation agricole ?
- Speaker #1
On est installé en Ardèche, au nord du département. Johan, mon conjoint, a un élevage de chèvres, les salènes, les chèvres blanches. Il en a 350. Donc de base, il était éleveur laitier avec une petite partie en arboriculture. Il fait un petit peu de cerises et abricots. Et moi, depuis 2015, je suis venue griffer à l'exploitation un atelier de transformation fromagère. Je prends une petite partie de son lait que je transforme sur place en yaourt et en fromage de chèvre.
- Speaker #0
Ok, super intéressant et très diversifié du coup. Oui. Donc le contexte est posé, parlons un peu de toi. D'où viens-tu initialement et as-tu grandi dans un milieu agricole ?
- Speaker #1
Oui, alors moi je suis originaire du même village dans lequel on vit tous les deux. On est en fait des amis d'enfance avec mon conjoint. Mes parents sont encore agriculteurs en chèvre aussi. Donc moi je suis quand même dans ce milieu-là depuis toujours.
- Speaker #0
Quelles études as-tu fait et dans quel but ?
- Speaker #1
Moi, je n'étais pas partie pour rester dans le milieu agricole. J'étais même un peu anti de base. Donc, j'ai fait un bac, celui d'un BTS dans le commerce et une licence dans la banque. Et ensuite, j'ai travaillé, j'ai enchaîné plusieurs CDD dans la banque jusqu'à ce que je me rends compte que non, ça ne me plaisait pas et qu'il fallait revenir un petit peu aux sources. N'étant pas gardée par l'entreprise dans laquelle je travaillais, j'ai choisi de faire un BPREA pour apprendre tout ce qui était fromagerie. Donc j'ai fait une formation de neuf mois avec des stages. Suite à ça, je me suis installée et l'activité s'est lancée comme ça.
- Speaker #0
Est-ce qu'au moment de cette reconversion professionnelle, tu étais déjà avec ton conjoint et donc tu l'as aussi fait dans l'outil de s'installer ensemble ? Ou est-ce que tu l'aurais fait même si tu avais été toute seule ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si je l'aurais fait sans lui, parce que quand même, il m'encouragait beaucoup dans ce sens-là. J'aurais eu l'opportunité peut-être chez mes parents, mais ils étaient quand même moins encourageants que mon conjoint. Mon conjoint, il y croyait. Tous les feux étaient ouverts pour que ça se fasse comme ça.
- Speaker #0
Donc, tu es désormais agricultrice et tu travailles avec ton conjoint. Du coup, pour toi, tu dirais que c'est un concours de circonstances ou un rêve de vie ?
- Speaker #1
C'est un petit peu les deux mélangés, parce que voilà, le concours de circonstances dans le sens de ce que je viens d'expliquer, où ça ne se serait pas fait si ce n'était pas lui. Et avec le recul, je pense que je ne voyais pas ma vie autrement que finalement la vie que moi j'avais eu enfant. Pas de limite dans le jardin, un terrain de dieu immense, les animaux, la nature. Je pense que c'était un rêve et je suis trop contente d'offrir cette vie-là à mes enfants.
- Speaker #0
Donc là, tu nous présentais un peu ta recommandation professionnelle. À l'heure actuelle, maintenant que tu es installée et que tu as ton atelier de transformation fromagère, est-ce que tu peux nous présenter tes missions ?
- Speaker #1
Mon travail consiste en la transformation fromagère générale. Je fabrique du yaourt. Je fais trois sortes de yaourt, du yaourt nature, du yaourt aromatisé et du yaourt sur lit de châtaigne. Et après, je vais faire tout ce qui est fromage, donc fromage frais, fromage affiné, fromage blanc battu. fromage frais en faisselle. Je fabrique toute seule. Ensuite, je fais de la vente à la ferme. Un soir par semaine, les personnes peuvent venir librement sur la ferme pour acheter leur fromage ou leur yaourt. Je livre également des revendeurs, des petites, grandes et moyennes surfaces, des épiceries, des restaurants, toutes sortes de clients en fait. Je transporte ma marchandise. Chez certains, je mets en rayon. Chez d'autres, je dépose simplement en réserve. C'est eux qui gèrent. Voilà, toute cette facette-là. et après toute la facette administrative, le suivi commercial, la facturation, les relances, le côté un peu moins sympathique.
- Speaker #0
Quelles sont, toi, les missions qui te plaisent le plus ? Est-ce que c'est quand tu es en labo, en train de tester un nouveau goût ou faire tes fromages, être au contact du client et présenter tes produits, présenter l'exploitation familiale ? Qu'est-ce qui te plaît le plus dans ce métier ?
- Speaker #1
Tout le côté commercial, ce n'est pas quelque chose qui me plaît et c'est ce qui m'a servi de leçon d'une pas continuer dans ma voie initiale où mes études me portaient, je n'aime pas du tout aller vendre des choses. Mais quand il s'agit de son produit qu'on a fait, qu'on connaît tout de A à Z, c'est quand même autre chose d'en parler et du coup, ça améliore en tout cas ce côté-là que je n'aimais pas. Mais après, là où moi, je m'éclate vraiment, c'est en transfo, donc en fabrication et dans la vente, mais dans la vente et Une fois que le contrat est fait avec le client, j'adore l'échange client. Mais tout ce qui est avant, j'ai un petit peu de mal.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous présenter une journée type ?
- Speaker #1
Une journée type, ça va se résumer à un lever tôt, on va dire entre 6h et 6h30. En général, j'essaie d'aller faire une première partie de travail, en tout cas en fromagerie, ce que je peux faire jusqu'à 8h. Donc, soit je vais commencer par mettre la châtaigne au fond de mes pots, par exemple. faire les yaourts ensuite, ou alors je vais retourner mes fromages que j'aurais moulés la veille. Ensuite, à 8h, je dois être à la maison pour préparer les enfants pour l'école. On part, je les emmène à l'école, je reviens, il est environ 9h, 9h15. Là, c'est une matinée de transformation. En général, le matin, c'est une fabrication de yaourts qui va me durer jusqu'à midi. Après quoi, petite pause. Et ensuite, ça va dépendre des jours. Il y a des jours où j'ai des livraisons à faire l'après-midi. Il y a des jours où j'ai plutôt le démoulage de mes fromages et mouler les nouveaux qui sont prêts depuis la veille. Le nettoyage, il y a énormément de nettoyage en fromagerie, beaucoup, beaucoup. Ça prend beaucoup, beaucoup de temps. Les enfants terminent l'école à 16h15. Donc, je les récupère ou le bus les ramène. Dans ce cas-là, je rentre à la maison avec eux. pour le goûter les devoirs. Si besoin, je retourne en fromagerie finir ce que je n'ai pas eu le temps de finir. Donc voilà, souvent, c'est de la vaisselle qui me reste à faire. Il y a un soir où j'ai la vente à la ferme, donc je retourne pour faire la vente à la ferme. Et on essaie d'être à la maison posée, on va dire à 19h, c'est bien si je peux commencer le rush du soir des enfants. Les douches, les repas, le coucher, idéalement.
- Speaker #0
Oui, donc journée bien chargée. Et bien organisée aussi.
- Speaker #1
Il faut, ouais. Pas le choix.
- Speaker #0
Ok. Alors maintenant que nous te connaissons mieux, nous allons discuter ensemble de ta vie de couple et de ta vie de famille. Comment est-ce que tu as connu ton mari ?
- Speaker #1
Alors, avec Johan, on se connaît depuis toujours. On est issus du même village, on a fréquenté la même école primaire. Déjà, étant petit, on était un petit peu amoureux. Et puis, le temps a passé, chacun a fait sa vie et ses études de son côté. Le groupe d'amis qu'on avait finalement en commun a fait que nous nous sommes vraiment rapprochés et on a démarré notre histoire tout simplement.
- Speaker #0
Quels ont été tes premiers ressentis sur le fait qu'il souhaitait être agriculteur ? Est-ce que tu avais des excitations ? Est-ce que tu avais des craintes ?
- Speaker #1
En effet, je pense que je ne me suis jamais posé la question. Comme je l'ai toujours connu, il a toujours été là-dedans. On sortait en tant qu'amis ensemble le week-end ou quoi. Il était dans ses études là-dedans. Il faisait son apprentissage chez un agriculteur. Il a toujours voulu faire ça. Même plus petit, il était avec son père sur les tracteurs. Et je l'ai toujours vu. Donc en fait, je ne me suis jamais posé la question.
- Speaker #0
Oui, tu l'avais baigné dans sa passion. Ah oui. Et alors du coup, lui, ses premiers ressentis, quand tu lui as dit que tu voulais être agricultrice et donc faire ta reconversion professionnelle, quels ont été ses ressentis ?
- Speaker #1
Il est toujours partant pour les projets. Tout de suite très motivé et tout de suite... Tout de suite dans les idées, dans le sens où moi je voulais bien faire de la transformation fromagère, mais je ne savais pas trop quoi à part du fromage. Et en fait, c'est lui qui tout de suite a l'idée, le yaourt de chèvre, ça pourrait marcher, il n'y en a pas beaucoup sur le marché, il y en a de plus en plus qui en demandent, il y a de plus en plus d'intolérants. Johan, il est très au courant de ce qui se passe, il voit un peu les choses. Et en effet, le yaourt de chèvre remporte un succès. auprès des enfants intolérants, maintenant c'est vraiment courant, intolérant au lait de vache, il avait raison.
- Speaker #0
Les yaourts à la châtaigne pour le côté loco-local aussi, se distinguer. Oui,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #0
C'est vraiment chouette. Est-ce que vous habitez sur l'exploitation ? Et si oui ou non, est-ce un choix ? Est-ce prévu pour plus tard ? Depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Alors oui, on habite sur l'exploitation, c'est un choix, oui. C'est quand même pratique. Ça fait trois ans qu'on habite dans notre maison actuelle. On était dans une petite maison déjà qui était sur l'exploitation. Puis vu le nombre d'enfants, on a fait construire notre maison toujours à proximité. Et c'est un choix parce que c'est très pratique pour pouvoir un petit peu profiter de la famille en même temps qu'on travaille. On peut faire le va-et-vient quand on veut. Et puis les animaux, ça demande une surveillance. Comme là, par exemple, nous, on est en période de mise bas. il faut qu'il y soit tôt le matin, tard le soir. Donc, s'il est sur place, ça évite toujours des trajets. C'est vraiment confortable.
- Speaker #0
Est-ce que ton mari travaille seul sur sa partie sur l'exploitation ? Est-ce qu'il est aidé ? Est-ce qu'il y a, par exemple, ta belle-famille aussi ?
- Speaker #1
Oui, mon conjoint est associé avec sa maman, qui va terminer à la fin de l'année quand même, mais jusqu'ici associé avec elle. Et ils ont tous les deux une salariée à plein temps. qui aide dans les tâches quotidiennes.
- Speaker #0
Ok, donc ta belle famille est donc géographiquement proche, si j'ai bien compris. Quels sont tes rapports avec elle et sur le fait que vous travaillez un peu ensemble, comment ça se passe ?
- Speaker #1
Ça se passe bien, ça se passe très bien. Chacun a ses tâches. Moi, sur la fromagerie, je suis vraiment autonome. Je peux donner un coup de main aux chèvres si ma belle-mère est absente pour rendre service à mon conjoint, par exemple. Mais c'est vrai que chacun a bien ses tâches qui lui sont propres. Donc, c'est fluide, en fait. Ça fonctionne comme ça.
- Speaker #0
Ça marche. Il y a une bonne organisation qui fait que chacun ne se marche pas dessus. On peut respecter l'avis des uns et des autres.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu nous parlais de tes enfants. Tu nous les as présentés. Vous êtes une famille nombreuse. Est-ce que tu as eu de l'aide au moment de l'arrivée de tes enfants ? Comment ça s'est passé, l'arrivée du premier, l'arrivée des suivants, avec un conjoint agriculteur qui devait être sans doute... bien pris et toi aussi avec ton métier d'artisan en transformation fromagère ?
- Speaker #1
Alors j'ai eu mon premier enfant, je suis tombée enceinte l'année où je me suis installée. Donc je n'ai jamais été salariée en ayant des enfants. Donc je suis dans le bain depuis le début, en fait mon plus grand-fils à l'âge de la fromagerie. Donc comment ça s'est passé ? J'ai la chance d'avoir vécu cinq grossesses absolument idéales, aucun problème particulier. Rien, vraiment, j'ai travaillé jusqu'au bout pour chaque enfant, et d'autant plus pour premier et deuxième, parce qu'à cette époque-là, on n'est pas de salariés. Vraiment, la veille de partir à coucher pour le premier, j'avais préparé du lait en pensant faire des fromages le lendemain. Pour vous dire que j'ai travaillé jusqu'au bout, et à ce moment-là, on a dû partir finalement, et là, on a la chance d'être très bien entourés. Ma maman était venue faire les fromages, ensuite on n'avait pas repris de lait pour être tranquille. Mon conjoint avait géré le temps de mon hospitalisation, parce que comme je travaille avec des grandes surfaces, je ne peux pas me permettre d'être absente longtemps. Ma place, peut-être qu'il me la garderait, je ne sais pas, mais c'est trop précieux, je ne peux pas me permettre de laisser un trou dans un rayon. Donc vraiment, mon conjoint a pris le relais, et quand je suis rentrée de la maternité, toujours pour le premier, deux ou trois jours après, le bébé était à la fromagerie avec nous, en train de fabriquer. Des yaourts, quoi. Donc ça, ça a été compliqué pour premier et deuxième. Et à partir du troisième, la salariée était là. Donc on a pu souffler un peu. Malgré que ma troisième soit née au mois de juin, ça a été quand même compliqué aussi. Du coup, c'est la saison les fruits, les foins. Et en fromagerie, c'est une saison touristique. Donc je n'ai pas trop eu le temps de me poser à son arrivée. Donc on s'est rattrapé après. Et quatrième et cinquième, je me suis posée vraiment. J'ai vraiment coupé quelques... temps avec la fromagerie, j'ai complètement délégué à mon conjoint et à la salariée pour profiter parce que ça m'avait trop manqué en fait sur les précédents, ça passe trop vite, ils sont bébés qu'une seule fois et c'est vraiment un laps de temps qui passe en un rien de temps et j'étais triste d'être passée à côté de tout ça. Donc j'avais dit pour le quatrième et le cinquième, je voulais prendre ce temps de repos et de profiter et ça fait grand bien. d'avoir vraiment profité de la venue d'un bébé et de sa petite évolution du début, en tout cas, que je n'avais pas vraiment vécu pour les autres.
- Speaker #0
Bon, je fais donc cinq arrivées très différentes. Du coup, vous avez une organisation familiale très importante entre chacun, vos missions sur la ferme et les enfants. Comment est-ce que vous gérez l'organisation familiale ? Est-ce que c'est... Tu nous en as un peu parlé en présentant ton quotidien. Est-ce que beaucoup de choses reposent sur toi ou est-ce que ton conjoint t'aide beaucoup là-dedans ou ta belle famille, par exemple ?
- Speaker #1
Alors, pour le quotidien, on essaie de ne pas trop demander d'aide à nos familles. Enfin, on ne veut pas déranger. Puis en fait, ma belle-mère et mes parents travaillent encore. Donc, on essaie de gérer ça nous-mêmes. Jusqu'ici, c'était beaucoup sur moi que ça reposait. Et ça devenait un peu compliqué. Du coup, ça veut dire qu'il faut que j'abuse un petit peu de la salariée pour pouvoir m'occuper des enfants. Ça me gênait un petit peu. donc euh euh Là, on s'est un petit peu plus répartis, les tâches, les trajets, parce que mine de rien, avec les activités, les rendez-vous, vraiment, on ne touche pas terre. Donc, il faut quand même être deux. Et là, maintenant, ça fonctionne plutôt très bien comme ça. Chacun sait plus ou moins ce qu'il y a à faire. Et on peut quand même tous les deux être efficaces au boulot et à la maison.
- Speaker #0
Quelle est la relation entre ton mari et tes enfants ?
- Speaker #1
La relation des enfants avec leur père, j'ai même pas de mots, c'est super. C'est génial, ils ne jurent que par leur père, ils adorent aller avec leur père. J'ai souvent tendance à dire que j'ai six enfants, je compte mon conjoint comme un sixième, donc voilà, c'est pour donner l'image, il est super avec eux, c'est un grand enfant. Et au boulot, il les prend sans aucun problème, les enfants ne sont pas un poids pour lui au boulot, ça ne le dérange pas de devoir travailler si moi aussi je suis coincée ou quoi, il va les prendre avec lui et il va rectifier son activité ou il va s'adapter. et ça va marcher très bien comme ça.
- Speaker #0
Tu en parlais au début du coup du fait d'élever des enfants dans un milieu rural, agricole, que c'était un peu un rêve pour toi. Donc les voir s'épanouir peut-être avec leur papa, même sur la ferme, ça doit être vraiment chouette aussi pour toi, non ?
- Speaker #1
Oui, c'est génial,
- Speaker #0
c'est génial. On va repartir à quelques pensées peut-être archaïques, mais ce n'est pas grave, tant pis, j'assume. Est-ce que vous souhaitez dans un coin de votre tête qu'un des cinq enfants, voire plusieurs, reprennent l'exploitation ? Est-ce que c'est quelque chose que vous souhaitez ? Est-ce que vous verrez bien si ça leur plaît ou pas ? Qu'est-ce que vous pensez de ça ?
- Speaker #1
Là, à l'heure actuelle, on a tendance à rêver en fonction du caractère de l'enfant. On les voit bien, tel enfant à tel poste, tel enfant à tel poste, que ça marcherait droit comme ça, etc. Mais clairement, ils font ce qu'ils veulent. Il n'y a aucune pression là-dessus. Ils ont tous un passage où ils sont hyper intéressés par plutôt les chefs, plutôt les tracteurs. Les filles, je vois, c'est plutôt fromagerie. Mais vraiment, moi, j'attends vraiment rarement du tout. Ils feront ce qu'ils veulent. Tant mieux si ça se passe, mais après, c'est quand même une vie difficile. Donc, j'entendrai parfaitement le choix de ne pas continuer là-dedans. Enfin,
- Speaker #0
aucune pression là-dessus. Ok, je comprends. Ça marche. Du coup, maintenant qu'on a vraiment bien vu votre vie de famille, on va discuter un petit peu de votre vie de couple. Comment est-ce que vous trouvez vos moments de couple à côté du travail à la ferme ?
- Speaker #1
Alors nous, c'est ce qui pêche un petit peu chez nous. On est un peu submergés par le quotidien, c'est clair et net. Donc les moments à deux, c'est très très difficile. On me dit souvent qu'on pourrait manger ensemble le soir, mais en fait, nos enfants étant petits, ils nous attendent. pour manger. Et c'est vrai que si c'est tard quand mon conjoint rentre, on mange tous ensemble et on va se coucher derrière. Donc c'est difficile. Je pense qu'on n'est pas dans la bonne période par rapport à l'âge de nos enfants où ils ont encore trop besoin de nous. Et nous, dans le rush de nos activités, c'est un peu compliqué.
- Speaker #0
Vous trouverez le temps peut-être plus tard. Voilà,
- Speaker #1
exactement, je pense.
- Speaker #0
C'est pas perdu et c'est le choix aussi d'avoir une famille nombreuse peut-être.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que vous vous accordez quelques soirées, des restos, des week-ends ? Est-ce que vous partez en vacances, en famille ?
- Speaker #1
Oui, en famille, on part en vacances. En couple, on ne s'accorde pas trop ce genre de choses pour l'instant parce que voilà, toujours pareil, 5 enfants à faire garder, c'est toujours délicat. Mais on se fait en général une petite semaine de vacances par an l'été et puis on aime bien essayer un week-end l'hiver, de bouger un petit peu.
- Speaker #0
Au niveau de votre vie sociale, est-ce qu'autour de vous, vous avez des amis ? Tu nous parlais de famille. Est-ce que parfois, tu te sens isolée, plutôt bien entourée ? Est-ce que vous avez une vie sociale importante ?
- Speaker #1
Oui, on est très bien entourée. On vit dans le village dans lequel on est nés. Plusieurs de nos amis sont restés aussi proches. Donc, on est un bon groupe. d'amis d'enfance qui habitent assez proches les uns des autres. On est très bien entourés de nos amis, de nos familles, géographiquement. Tout le monde est autour de nous.
- Speaker #0
Ça, c'est important aussi, je pense. Comment est-ce que vous gérez cette vie sociale avec l'activité importante de la ferme et la vie de famille nombreuse ? Ce n'est pas forcément toujours évident d'entretenir les liens, de se voir régulièrement. Comment est-ce que vous le gérez, ça ?
- Speaker #1
Ça se fait assez naturellement. On arrive à... à inviter et à être invité chez nos amis pour des repas tout simples. On arrive à se voir. Moi, j'arrive à sortir facilement seule avec des copines. Ça, c'est quelque chose que je fais aussi plus souvent que mon conjoint. Après, lui, ses amis sont aussi ses collègues de travail, du coup, qui sont aussi agriculteurs. Donc, ils arrivent à se voir pendant la semaine, pendant la journée. Il y a toujours un moment de convivialité. au milieu du travail. Donc ça, voilà, ça fonctionne comme ça, c'est fluide comme ça.
- Speaker #0
Ok, ça marche. Pour conclure cet échange, est-ce que tu aurais un conseil à partager avec une autre femme d'agriculteur qui nous écoute ?
- Speaker #1
Je devais donner un conseil, ce serait de prendre tous les bons moments possibles qu'offre la vie justement à la ferme parce qu'on voit souvent le côté difficile mais à côté de ça, on a un cadre de vie qui est hors norme et après, de ne pas faire les rôles que nous on fait sur... Sur le couple, vraiment, si on peut prendre des moments de qualité à deux, il faut se jeter dessus parce qu'en effet, à cause du métier, c'est quand même difficile. Donc voilà, profitez de ce que nous offre cette vie.
- Speaker #0
Et donc, parfait, c'est une super transition avec ma dernière question, avec laquelle maintenant je conclue. Qu'est-ce qui, selon toi, t'épanouit chaque jour dans ta vie de femme d'agriculteur ?
- Speaker #1
Ce qui m'épanouit, c'est qu'il faut prendre du recul, toujours parce que je suis souvent agacée par ce quotidien, par cette charge de travail. Mais en fait, en prenant du recul, mais mon Dieu, la chance qu'on a de pouvoir vivre de ce qu'on produit, de pouvoir vivre dans notre situation, dans un jardin sans limites, un cadre de vie vraiment qui me paraît idéal.
- Speaker #0
Eh bien, Mélodie, merci beaucoup pour cet échange. c'était super intéressant.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Ravi de t'avoir rencontré dans cet échange.
- Speaker #1
Maintenant, c'est moi, c'est super.
- Speaker #0
C'est ainsi que s'achève notre échange. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le diffuser autour de vous. Mesdames, si certains propos font écho à votre vie, ou au contraire, sont bien différents de vos choix personnels et professionnels, n'hésitez pas à venir discuter avec moi dans un prochain épisode. A bientôt !