- Speaker #0
Et si la dame comptait autant que le roi ? Bienvenue dans Père de Nuit Excité, le podcast qui donne la parole aux hommes sincèrement alliés. Dans chaque épisode, j'explore le point de bascule, ce moment précis où mes invités réalisent que l'inégalité est un dysfonctionnement systémique qui les concerne aussi. Bonjour Arthur.
- Speaker #1
Salut Fabienne.
- Speaker #0
Comment tu vas ?
- Speaker #1
Il fait chaud mais on est bien.
- Speaker #0
Alors c'est bien qu'on parle du crime avec toi aujourd'hui ici, mais on va aussi parler féminisme et femmes et hommes alliés. Alors est-ce que tu peux d'abord commencer par te présenter ? Qu'est-ce que tu aurais envie de dire sur toi, notamment qui serait en lien avec notre sujet d'aujourd'hui ?
- Speaker #1
J'aime bien dire que je suis plutôt un humain positif, fan de nature, de sport, d'entrepreneuriat. Je suis cofondateur de Team for the Planet et j'essaye de réfléchir à ma place dans le monde, à mon rôle, à ma mission de vie et à ce qui m'arrachera un rictus à la fin de ma vie. Je crois que c'est peut-être ça par rapport à ce qu'on va se dire aujourd'hui qui peut lier.
- Speaker #0
Quand tu dis rictus, c'est quoi ? Tu voudrais en rire ? Non,
- Speaker #1
je voudrais me dire que j'ai essayé ça. J'ai senti que j'avais fait de mon mieux dans cette vie pour essayer quelque chose d'audacieux. Voilà, c'est ça l'idée, et puis de sentir que j'ai utilisé ma cartouche de vie pour faire un truc qui me ressemble, qui soit vraiment moi et qui me permette de me sentir vraiment aligné avec qui je suis.
- Speaker #0
Alors, moi, je m'intéresse beaucoup à tous ces moments de bascule, ces moments où, en fait, on change de trajectoire. Et alors, pour toi, je crois que c'est en 2019 que tu as changé de trajectoire. Tu peux nous dire quelques mots. Qu'est-ce qui a fait, peut-être, que tout d'un coup, 2019, tu t'es dit, c'est plus possible ? Si tu regardes à l'intérieur,
- Speaker #1
en fait. Ouais, ouais, carrément. Enfin... Donc moi, j'ai eu une première carrière dans le digital un peu malgré moi, parce que j'ai commencé en faisant une fac de sport, donc je n'étais pas du tout prédestiné à être entrepreneur. J'ai, pendant mes vacances de fac de sport, fait des premières communautés en ligne sur les réseaux sociaux, Facebook au tout début, ça s'est un peu développé, et puis j'ai fait une première entreprise comme ça, et puis une deuxième, j'ai vendu ma première entreprise, etc. Je me suis un peu fait prendre dans ce monde. qui était très intéressant, mais qui était un monde du toujours plus, un peu à l'extrême de la consommation, la comparaison. Le succès, c'est avoir beaucoup d'argent, c'est aller très loin, c'est être dans les soirées où il faut être, etc. Donc, j'ai goûté à ce monde qui était intéressant, mais qui ne m'était pas prédestiné, puisque moi, je viens d'un petit village de 200 habitants sur le massif du Jura, où il n'y avait rien. Quand à la naissance, il y avait deux options, faire du ski de fond ou mourir. Donc, voilà, j'ai choisi le ski de fond. J'avoue que je me suis mis un peu en pilote automatique en suivant un peu les codes de ce qui est le succès aujourd'hui, la façon dont on définit le succès. Ça a été ça le début de ma vie entrepreneuriale. Et j'ai été recruté pour gérer l'Europe pour un réseau social américain qui était concurrent de TikTok à l'époque, qui s'appelle Thriller, et qui a été une aventure assez folle parce que j'étais le troisième dans la boîte. Ils venaient de racheter ça aux États-Unis. Ils avaient racheté ça à 10 millions d'euros. C'est des mecs qui avaient eux aussi vendu des grosses boîtes aux États-Unis. Et... Très vite, ça a élevé beaucoup d'argent, 300 millions d'euros. On est passé de 3 personnes à 400. Il y a eu une super croissance. Et donc, c'était assez effréné. J'apprenais beaucoup. Mais il y a eu plusieurs moments où je me suis dit, mais en fait, qu'est-ce que je fais là ? Comment je me suis retrouvé là dans ma vie ? Et la chance que j'ai eue, c'est de me le dire à 25 ans parce que j'avais 25 ans. Ma toute première boîte, j'avais 17 ans. Je venais de sortir du lycée et j'arrivais à la fac parce que je suis de décembre. Et du coup, j'avais commencé à bidouiller mes premiers trucs et ça commençait à prendre. donc La chance que j'ai eue, c'est de commencer tôt pour à 25 ans, me dire tiens, mais est-ce que c'est vraiment ce que je veux faire de ma vie ? Faire danser des gamins et les rendre dégénérés sur une application smartphone ? Comme la réponse était non, ça a commencé à me poser problème.
- Speaker #0
Et est-ce que tu te souviens juste d'un moment peut-être qui aurait provoqué ça ?
- Speaker #1
Il y a eu un moment, c'est pas que ça a provoqué ça.
- Speaker #0
Ou en tout cas la décision, tu t'es dit là, non là c'est plus possible.
- Speaker #1
Il y a eu plusieurs moments. Déjà on avait été sponsor du All-Star Game aux Etats-Unis, c'est un gros match de basket, c'est un gros événement de basket. On emmenait plein de stars, ça coûtait super cher. Et on emmenait ces stars en loge VIP, donc on était dans la loge VIP tout en haut. Je me rappelle il y avait Justin Bieber dans la loge d'à côté. Et j'étais dans cette loge et ça avait coûté une fortune. Et on regardait ce match et je me disais mais tout ça pour ça ? Et j'ai vraiment eu cette première réalisation, je me suis dit on court. toute sa vie derrière le toujours plus, derrière le plus, le plus. Mais en fait, bon, le haut du truc, ce n'est pas non plus extraordinaire. Je veux dire, moi, je préfère être dans le virage sud avec les gens qui ont l'air de s'amuser parce que là, franchement... Et donc, ça a été un premier petit point de bascule. Je me suis dit, mais en fait, cette vie-là, la grande vie Instagramable, elle n'est pas très intéressante. Ce n'est pas vraiment ce que je veux. Et j'avais souvent des points de réalisation aussi quand je rentrais chez mes parents. Déjà parce que je voyais qu'il y avait un problème avec le climat, parce qu'il n'y avait plus de neige alors qu'avant il y avait des stations de ski partout chez eux, donc c'est de la moyenne montagne, que je voyais les forêts qui étaient en train de devenir mourantes alors qu'avant c'était des havres de vie absolues, tu vois avec le scolite, la pyrale des buies. Donc ça, ça me faisait réfléchir, mais surtout... Le vrai point, c'est que je me sentais plus heureux là-bas, dans la nature, tranquille. Tu vois, je le raconte dans mon livre, mais j'avais été à l'anniversaire privé de Snoop Dogg, par exemple, dans le cadre de Thriller. Des trucs hyper privés où il y avait 50 personnes, que des stars absolues. Puis nous, on était... Du coup, Snoop Dogg avait investi dans Thriller, donc on avait le droit d'y aller. Et je me disais, mais en fait, c'est pas le monde qui m'intéresse.
- Speaker #0
C'est vite, c'est creux, c'est...
- Speaker #1
Beaucoup de gens en détresse, tu sens dans leurs yeux qu'ils n'ont pas de mission de vie, qu'ils sont un peu perdus comme moi à l'époque, tu vois. Et que tout le monde se compare. sur des trucs matériels sans être vraiment inspirant. Et je me disais, putain, moi, il y a des gens vraiment inspirants que j'ai côtoyés et que je côtoie, mais ils habitent chez moi, ils vont ramasser les champignons et ils sont libres, en fait. Ils ne sont pas enchaînés par leur appartenance à ce monde un peu médiatique et autre. Donc ça, ça a été beaucoup de trucs. Et le gros déclic, ça a été quand Thriller m'a fait une proposition. Ils m'ont proposé d'avoir plusieurs millions d'euros d'actions, de devenir Head of Growth. Ils ont toujours des titres, voilà, monde. Ce qui était vraiment le poste rêvé dans un monde d'avant, tu vois. Quand t'étais très carriériste et tout, il y a 30-40 ans.
- Speaker #0
Je suis passée par là, je suis passée par là.
- Speaker #1
Il y avait ça, mais bon, maintenant, c'est moins le cas. Mais par contre, voilà, c'est quand même un truc. Et en fait, j'ai vraiment eu un réflexe d'instinct qui m'a fait dire non, non, en fait, je ne veux pas ça. Et donc, je leur ai dit non, en fait, je vais m'arrêter là. Je ne veux pas. Et ça, ça a été un peu un aiguillage entre deux Arthur. Et c'est à ce moment-là que je me rappelle, je suis sorti dans la rue. C'était à Paris, la proposition. Et je me suis dit bon, là, maintenant. J'ai fait le bon choix, un nouveau champ des possibles s'ouvre, qu'est-ce que j'en fais ? Donc ça, ça a été un peu un déclic.
- Speaker #0
Ça fait vraiment écho à ce que, alors moi plus modestement j'ai pu vivre, mais c'est vrai cette quête aussi de cette présence, côtoyer des personnes vraiment importantes, aller dans des grandes soirées avec beaucoup de luxe, avec beaucoup d'argent dépensé et à un moment tu dis mais à quoi ça sert tout ça ?
- Speaker #1
Oui et puis qu'est-ce que ça me procure ? Est-ce que ça me nourrit ? Pas vraiment, en fait. Ça nourrit... Ce que je veux renvoyer aux autres, mais il ne faut pas vivre pour ce que ça dit de nous. Il faut vivre pour ce qu'on ressent de la vie.
- Speaker #0
Et puis aussi, cette quête de sens de chercher à aussi contribuer, même modestement parfois, à une grande cause ou à quelque chose qui va changer le monde et qui va participer à ce qui soit un peu moins mauvais ou en tout cas un peu meilleur.
- Speaker #1
Ou en tout cas, avoir le sentiment de faire un truc qui est nous, nous profondément, ce qui nous rend fiers, ce qui nous permet de nous sentir alignés. Moi, c'est plus ça que de changer le monde, en vrai, à la fin.
- Speaker #0
Ou participer à contribuer à quelque chose de positif. Là, dans Team Force The Planet, c'est quand même le cas.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est aussi ce qu'on veut voir dans le monde demain. Essayer de le faire advenir. Ce que moi, je trouve chouette, c'est juste un vote pour le monde de demain. Moi, je préfère un monde où justement la nature a de la place, où les humains sont plus épanouis, où on est en capacité d'être moins stressé, plus en santé, plus en confort, etc. qu'un monde de l'hyperperformance effrénée où les humains sont perdus, malheureux et où on n'a jamais consommé autant d'oxygène. Donc c'est plus pour toutes ces raisons, moi c'est plus me dire je mets un bulletin de vote avec ma vie dans la grande urne de l'humanité.
- Speaker #0
Intéressant comme image. Et alors tu dirais justement par rapport à la cause des femmes, si on revient en tout cas à la cause des femmes, du moins la question de l'égalité entre les femmes et les hommes, puisque on travaille, et moi je travaille sur ce sujet-là, cette égalité entre les femmes et les hommes et pas plus que ça. Les femmes ne sont pas au-dessus des hommes, en fait, c'est des êtres humains comme les autres.
- Speaker #1
Oui, l'harmonie entre les hommes et les femmes, ça serait bien.
- Speaker #0
Et avec la nature. Tiens, d'ailleurs, avant d'aller dans ce sujet-là, est-ce que tu peux nous dire quand même un petit mot de Team for the Planet ?
- Speaker #1
Oui, carrément, on est un grand réseau d'investisseurs pour le climat. On a 135 000 investisseurs aujourd'hui, donc ça va de gens qui ont mis 1 euro à des gens qui ont mis des millions d'euros. Et ça représente un peu plus de 50 millions d'euros qu'on a investis dans 14 premières solutions. Notre mission, c'est vraiment d'utiliser l'intelligence collective de ce réseau au-delà de l'argent. pour trouver des solutions de rupture qui transforment des secteurs très polluants, les sélectionner grâce à des milliers de bénévoles. On en a 14 000 aujourd'hui qui nous aident juste sur la partie sélection. Et ensuite, les structurer en recrutant notamment un entrepreneur qui vient déployer l'innovation sous la forme d'une véritable entreprise, donc en binôme avec l'innovateur qui l'a conçue. Et puis, recruter des profils clés pour que ça devienne une vraie entreprise qui peut grandir et changer le monde. Les aider à trouver des clients. à trouver des partenaires de co-développement, à lever des blocages politiques, etc. Donc, c'est vraiment l'intelligence collective d'un grand mouvement au service d'innovation qui doivent exister et qui, aujourd'hui, sont peu accompagnés, structurés et financés dans le monde tel qu'il est. Donc, nous, on essaie de remplir ce trou.
- Speaker #0
Et alors, tu fais ça pour la planète. Est-ce qu'il y a de la place pour des causes qui seraient plus des causes, à ce moment-là, plus sociales, qui seraient aussi d'habiter ce monde d'une manière un peu différente ? Parce qu'il y a un lien entre l'écologie et la question sociale.
- Speaker #1
En fait, c'est des réflexions que j'ai beaucoup en ce moment, enfin en tout cas que j'ai eu beaucoup ces derniers temps. Moi, je crois que ma valeur cardinale sur ça, c'est le respect. C'est plus que je fais ça par respect pour la nature, parce que je trouve que la nature m'apporte énormément. J'ai presque envie de dire que la nature, c'est ma raison de vivre aujourd'hui. C'est ce qui me permet de me sentir bien, de me sentir heureux. Pour moi, être vivant, c'est vivre à travers ses sens, c'est expériencer le monde et c'est ressentir qu'on a de la chance d'être sur cette terre. Et la nature, c'est vraiment l'écrin qui nous permet ça. qui nous permet d'avoir des émotions, de vivre des choses fortes, de se sentir vivant, tout simplement. Et donc, par respect pour cette nature qui, moi, m'apporte énormément, je n'ai pas envie d'être un énième humain-virus, j'aimerais bien être un humain système immunitaire, en tout cas, faire de mon mieux pour y contribuer. Et donc, ma notion cardinale, c'est plus le respect, et bien sûr, ça touche beaucoup, je pense, à des caractéristiques d'empathie. Je pense qu'on m'a beaucoup transmis ça, ma mère, dans ma génétique et dans mon éducation. Et je crois que quand t'as beaucoup d'empathie, bah oui, les causes sociales c'est pareil quoi. Oui, c'est ça. Que ça soit les animaux, le vivant ou les humains, t'as pas trop envie que les gens souffrent, qu'il y ait des grosses injustices. Pourtant je suis pas quelqu'un en colère, je crois que j'ai jamais eu de colère. Et ça c'est un truc qui a l'air de me différencier de beaucoup de gens qui sont un peu militants et tout, mais... Je n'ai jamais eu la colère en moi. Même des fois sur des gens qui sont radicalement à l'opposé de moi, des climato-sceptiques, des gens qui te disent « Écoute, moi je veux kiffer et puis si ça crame la planète, je m'en fiche complètement. » Je n'ai pas une once de « Je ne leur en veux pas du tout. » Et au contraire, c'est intéressant pour moi. Je me dis « Tiens, qu'est-ce qui fait qu'ils sont si différents de moi dans l'approche ? Pourquoi moi je suis comme ça ? » Et en fait, quand tu discutes, c'est assez intéressant. Donc moi, je pense que c'est vraiment un truc différent. C'est le respect et... pas spécialement de colère, juste je fais de là où j'en suis ce qui me semble juste. Et si les autres ne le font pas, ce n'est pas très grave en fait.
- Speaker #0
Oui, donc ça te permet d'être plus heureux en fait, de ne pas engranger cette colère ou du coup la nourrir.
- Speaker #1
Je me sens en tout cas assez apaisé en effet. Mais je pense que la nature m'aide énormément à ça. J'ai peu de stimuli permanents, je passe beaucoup de temps tous les jours dans la nature, sauf quand je suis en déplacement comme aujourd'hui. Sinon, le reste du temps, j'ai tous les jours, au moins deux heures, tous les jours dehors, dans la nature. Et je pense que ça t'aide à prendre tout le temps du recul et à voir ce qui vaut la peine ou pas. Et la colère, elle n'en vaut pas trop la peine, selon moi, sur une vie qui est courte. Et en plus, je ne la trouve pas très stratégique. Parfois, c'est un moteur et je pense que pour plein de gens, c'est un moteur très utile et efficace. Mais pour moi, ce n'est pas vraiment un moteur, je pense.
- Speaker #0
Ok, alors on va revenir aux femmes, à la question des alliés, puisque tu es invité en tant qu'allié. Est-ce que tu as... Est-ce que tu peux m'identifier des moments particuliers dans ta vie où tu aurais pris conscience ou opéré certaines prises de conscience peut-être de ces discriminations dont les femmes sont l'objet, alors de manière globale ou peut-être plus spécifique ?
- Speaker #1
Écoute, chaque jour, je commence à m'améliorer là-dessus, à comprendre et à voir un peu plus ce que je ne voyais pas avant. Mais je pense que les moments qui m'ont vraiment fait prendre déjà des premières prises de recul, c'est mes premières copines. autour de 18, 20 ans, 22 ans. En fait, c'est assez hallucinant, mais une sur deux, je dirais, avaient subi des viols. En fait, un viol. Donc déjà, rien que ça, je me disais, mais c'est quoi ce délire ? C'est un échantillon non significatif, non représentatif, tu vois. Et en fait, plus je fréquentais des femmes qui me parlaient de ça, et déjà, j'étais touché qu'elles se livrent sur ça, plus je me suis mis à interroger d'autres femmes parce que je me suis dit, mais attends, mais c'est un délire, là, c'est pas possible qu'il y en ait autant. Et en fait, j'ai réalisé que c'était extrêmement répandu, quoi. C'est un point, mais hallucinant. Puis après, j'ai appris que les plaintes pour viol étaient très peu entendues. J'ai commencé à entendre des témoignages d'amis qui me disaient, ben oui, c'est vrai, je suis allé porter plainte, les flics ont limite rigolé. Enfin, tu vois, et donc j'ai eu beaucoup de témoignages comme ça. Donc ça, déjà, ça m'a bien calmé. Vers 18-20 ans, je me suis dit, oula, en fait, on ne vit pas dans le même monde, tu vois. Et après, en creusant ces directions régulièrement, mais juste parce que je suis curieux, tu vois, je demandais à des amis en soirée et tout, et notamment, je me rappelle d'une amie qui travaillait à la défense, ben, est-ce que tu te sens en insécurité ? et en fait c'est assez hallucinant de voir que ça ça m'avait vraiment marqué je sais pas je devais avoir 23 ans et une amie dans une soirée qui dit bah moi en fait je suis obligé d'aller au travail avec des baskets dans mon sac je lui dis mais pourquoi ? elle me dit est-ce que je rentre tard le soir et il faut que j'ai des baskets parce que souvent je dois courir et je lui dis courir ? elle me dit bah ouais est-ce qu'il y a des mecs qui me courent après dans les métros et tout et moi je croyais qu'elle rigolait au début je lui disais mais c'est une blague et c'est pas possible et en fait elle me dit hyper sérieusement non non c'est pas du tout une blague je te montre voilà mes baskets je fais ça quoi et là je me suis dit waouh mais comment je peux vivre dans un monde aussi hermétique à ça, je ne vois rien de ça, j'ai absolument pas conscience bon alors quand t'es à la campagne y'a un peu moins ça tu vois y'a encore que, y'a mais c'est dans les familles donc c'est encore plus complexe à voir mais par contre je veux dire y'a moins des mecs qui te courent derrière dans la rue quand y'a pas de rue ils peuvent te courir derrière dans la montagne c'est clair, mais en tout cas voilà moi j'étais moins exposé à ça donc là j'ai un peu découvert ça puis après de fil en aiguille je pense que j'ai eu plein de petites choses qui ont commencé à me faire prendre conscience mais tu vois encore récemment il y a des choses que... et vraiment je pense qu'on est en pilote automatique les mecs parce qu'en fait on n'a pas de raison de se remettre en question puisque pour nous c'est hyper confortable et donc tu vois par exemple j'ai écrit ce livre il y a 2 ans et demi, je l'ai sorti et j'ai une amie qui est psychologue hyper féministe qui s'intéresse beaucoup à ce sujet elle m'a dit est-ce que tu as conscience que tu n'as cité aucune référence féminine dans ton livre et je dis mais c'est pas possible, je relis tout le livre, aucune bien sûr je prends quelques exemples de femmes et autres mais quand je cite des exemples de la littérature et tout ce n'est que des hommes et tu vois ça c'est des trucs Si elle ne me le dit pas, je ne réalise pas. Mais quand elle me l'a dit, je me suis dit, le délire ! Je ne l'ai même pas vu, alors que je faisais déjà attention à ces sujets à l'époque. C'est pour ça que je ne sais pas si je peux me caractériser d'allié, parce qu'en vrai, je pense que j'ai encore tellement de chemin.
- Speaker #0
C'est ça l'allié, c'est justement celui qui ne se dit pas qu'il est arrivé et qui réalise que chaque jour, ces différences de traitement sont un peu partout et qu'on ne les voit pas, elles sont impalpables. Oui,
- Speaker #1
et puis alors ? un point qui est quand même à mentionner et qui est important c'est que j'ai une mère féministe depuis toujours et c'est marrant parce que et c'est terrible aussi mais tu vois toute notre adolescence en tout cas elle nous disait beaucoup c'est macho c'est macho ça et tout dans les comportements et tout mais tu vois on l'avait passé en mode tu vois mono quoi pas stéréo c'était d'un côté oui bon c'est macho on se disait c'est notre mère tu vois mais en fait parce que on avait pas le recul quoi et maintenant je comprends et tu vois tu as un père ? Oui, j'ai un père.
- Speaker #0
Non, mais ton père, il disait quoi quand ta mère disait ?
- Speaker #1
Mon père, il est... pas très avancée sur ces questions, honnêtement. Donc, ma pauvre mère, elle a essayé tant qu'elle a pu. Elle y a mis une énergie folle, mais tu vois bien que c'est encore très loin de tout ça. C'est encore trop loin de tout ça. Et pourtant, elle essaye. Et c'est quelqu'un de consciencieux. Mon père, il est là pour elle, il fait de son mieux et tout. Mais en vrai, lui aussi, il est dans son monde hyper confortable de tout est pensé pour les hommes. Donc, en fait, nous, on ne voit même pas. Et tu vois, ça, c'est un gros sujet de prise de conscience assez récente pour moi. Mais c'est que le modèle dans lequel on vit, qui nous semble être le modèle normal, n'est pas normal en fait, c'est un modèle masculin. Mais il est tellement normalisé et on l'apprend tellement dès la naissance, y compris pour les femmes, qu'on le prend comme la référence.
- Speaker #0
C'est ça, on l'a intériorisé.
- Speaker #1
C'est ça, donc l'écart à la référence, il faut vraiment y aller pour qu'il nous semble problématique. Alors qu'en fait, la référence est déjà problématique. Mais c'est déjà long, tu vois, moi j'en suis que là, je comprends ça maintenant, et je me dis, en fait, tout est pensé pour les hommes. Que ce soit le monde du travail, le monde du sport, le monde de la famille, la santé. Et donc oui, après, j'ai commencé à lire les trucs genre Mona Cholère et tout. Alors, ça fait rire les féministes quand je dis ça. Bah ouais, mais bon, le truc était intéressant. Mais non,
- Speaker #0
mais c'est très, très bien de lire. Moi, ça me fait pas mal. C'est super que tu t'intéresses. En tout cas,
- Speaker #1
c'était un premier truc, tu vois. Puis je me suis dit tiens. Et en fait, je suis beaucoup rentré dans le sujet par les sujets de relations, d'amour, de couple. Parce qu'en fait, c'est ça qui marche bien.
- Speaker #0
Alors, en plus, si je peux faire juste ma petite minute de chercheuse, les études montrent qu'en fait, la plupart du temps, les hommes qui se rendent compte et qui deviennent vraiment des alliés sincères des femmes, C'est ceux qui ont eu des histoires comme celles que tu nous as racontées, c'est-à-dire rencontrer des femmes qui ont raconté des viols ou des choses vraiment violentes. Et c'est ça qui leur permet de prendre conscience.
- Speaker #1
Je pense qu'il faut de l'empathie et le gros travail.
- Speaker #0
Être capable d'écouter.
- Speaker #1
Peut-être que la chance que j'ai eue, en tout cas, c'est que j'ai eu cette capacité d'empathie parce que j'ai eu une belle éducation. Et en fait, du coup, ça permet d'être... En fait, quand tu n'es déjà pas connecté à tes émotions, ce qui est le gros problème de la plupart des hommes, tu ne peux pas être très empathique. C'est très difficile. c'est aussi pour ça que la plupart des hommes sont problématiques avec les femmes je m'inclus dedans je pense que tu vois je suis plus jamais parfait mais par contre ce qui est important je pense c'est que à partir du moment où tu as déjà en fait faudrait déjà commencer par faire en sorte que les hommes se reconnectent à leurs émotions comprennent leurs émotions sachent les lire les décrypter pour être empathique pour comprendre que ben il y a des inégalités qui sont problématiques là où je crois qu'on se casse les dents contre un mur, c'est qu'on essaie de faire les hommes à l'étape réaliser les inégalités tout de suite, alors qu'ils n'ont pas vraiment développé leur capacité à les réaliser, ou à pouvoir les réaliser, notamment leur capacité émotionnelle et d'empathie. Et moi le premier, parce que pendant très longtemps, déjà, il faut quand même le dire, quand t'es un homme, le patriarcat ça te sert pas non plus. Parce qu'en vrai, quand t'es au collège, mais malheureusement c'est un peu génétique à la base, j'ai l'impression, cette organisation sociétale, parce que Quand t'es au collège le plus violent, celui qui tape le plus fort, bah à la fin il a raison quoi, tu vois. T'as beau savoir que c'est débile, savoir que son environnement familial il est pas bon, que c'est pas un mec heureux, que c'est pas simple pour lui, etc. Bah quand il tape le plus fort, c'est lui qui gagne, c'est lui qui range tout le monde derrière lui. Et donc ça commence comme ça entre guillemets, l'éducation des petits garçons. Ça commence par, masse tes émotions, ne montre pas de signe de faiblesse, et les émotions sont considérées comme...
- Speaker #0
Mais ça c'est conditionné aussi par la manière dont ils sont éduqués et les enjeux... les injonctions qu'ils ont entendues tout petit. Cette violence, parce qu'on peut avoir aussi des femmes qui sont violentes. J'en avais une à l'école qui cassait la gueule de tout le monde. Mais c'était parce qu'elle était assez costaud et qu'elle avait décidé qu'elle prendrait le dessus par la force. Et c'est pas forcément... Est-ce que l'être humain est appelé à rentrer forcément dans des logiques de domination ?
- Speaker #1
Je pense que tu as raison. Il y a peut-être une possibilité d'éduquer ces gens, même pour leur... Faire en sorte que ce n'est pas parce que tu es plus fort et plus costaud que tu utilises ton pouvoir de force. Ça demandera beaucoup.
- Speaker #0
On devrait demander à David Douillet ce qu'il en pense.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. C'est vrai que les arts martiaux, c'est un des principes. Tu maîtrises, tu es une arme. Donc, si tu es une arme, tu ne dois pas te battre contre les autres parce que tu n'es pas égal à égal. Ce qui est un des grands principes. Et je crois que le respect et ces grands principes, ils peuvent justement beaucoup nous aider à éviter les Ausha. Le respect,
- Speaker #0
c'est clair.
- Speaker #1
Mais donc, tout ça pour finir sur le fait que... Quand un petit garçon est amené à masquer ses émotions le plus possible pour ne pas se faire tabasser, parce que c'est ça, après il devient incapable de lire ses émotions, de les comprendre, voire même de comprendre qu'il en a. Et quand on n'a plus... En fait, la violence, c'est ce qui survient quand on n'a plus la capacité d'exprimer ou de comprendre ce qui se passe. Donc c'est inévitable qu'il y ait de la violence. Et donc quand on dit à des gens qui ne savent même pas regarder leurs émotions, et j'en fais partie, je commence un peu ce travail, mais je vois bien qu'il y a une abysse, tu vois. de comprendre et d'être empathique les femmes qui ont un monde complètement différent du leur et qui vivent dans un monde qui n'est pas adapté à elles, tu vois, le travail, il est violent. Donc, je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire et bien entendu qu'il faut le faire, mais il faut comprendre aussi la complexité du sujet, je pense. Et donc, ce que je voulais juste dire, c'est que j'ai eu la chance d'avoir une éducation qui m'a amené de l'empathie et je crois que c'est la base.
- Speaker #0
Alors, c'est évident. Évidemment, sur plein de sujets, l'empathie, c'est la base. C'est clair que... C'est ce qui va permettre de construire l'être humain et les comportements qui vont suivre, et notamment en management. Alors d'ailleurs, je vais te poser une petite question. J'ai regardé les six... Peut-être que tu doutais de ma question, les six fondateurs de Team for the Planet, il y a une femme.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Comment tu expliques ça ? Alors, j'imagine que ce n'est pas à votre volonté d'écarter les autres femmes. On sait que dans la tech, on sait que dans un certain nombre de lieux, de milieux, et puis dans l'entrepreneuriat de manière générale, il y a beaucoup moins de femmes que d'hommes. Est-ce que tu peux nous dire pourquoi cinq hommes, une femme ?
- Speaker #1
Alors, je ne sais pas si je peux te dire, mais je peux essayer de te dire ce qui me semble être la cause. Alors déjà... Pour le coup, mes associés sont vraiment très impliqués sur ces questions, notamment un très avancé là-dessus, et vraiment tenait à ce qu'on arrive à avoir de la mixité. Mais on a... Alors, le départ, c'est un peu fait comme ça. En fait, on s'est dit, on a besoin de telles compétences. Et puis après, c'était les compétences, pas les humains qu'on regardait. Et puis c'est vrai qu'on ne s'est retrouvés qu'entre mecs. Mais moi, je me suis beaucoup posé cette question de l'entrepreneuriat féminin, principalement parce que, tu vois, nous, on recrute des entrepreneurs pour développer les boîtes qu'on finance. Et on a recruté une RH qui se charge de recruter ses profils. Et elle, elle est psychologue du travail, ultra féministe, et c'est une femme. Donc on s'est dit, bon, on va lui donner la mission d'atteindre la mixité. Et elle nous a dit, en fait, j'y arriverai jamais. Et donc on lui a dit, mais pourquoi ? Parce qu'elle nous a dit, je ne reçois que 2% de CV de femme. Pourtant, des femmes entrepreneurs qualifiées, il y en a plein. Mais déjà, on traîne le problème numéro 1 qui est, il y a un syndrome de l'imposteur énorme, elle nous le dit souvent et c'est marrant mais elle nous envoie des CV de mecs qui viennent hyper sur deux et tout mais qui sont nuls, qui sont pédants qui sont très peu compétents mais qui arrivent avec un niveau de confiance en eux qui explose les plafonds et il y a des nanas qu'elle va chercher mais elle se bute pour aller chercher et qu'ils lui répondent dix fois mais non mais moi je ne peux pas je ne suis pas au niveau machin et quand enfin elle arrive à avoir un entretien elle dit mais elle est monstrueuse il faut la prendre et tu vois et donc c'est terrible parce qu'elle est obligée de faire dix fois plus d'efforts pour trouver des nanas qui acceptent de faire juste un entretien vs tous les mecs qui candidatent par million. Donc déjà, il y a ce problème. Et le deuxième problème que j'ai remarqué, c'est que... Et ça, on avait une directrice générale à un moment qui était une femme. Et j'en discutais beaucoup avec elle et elle me disait « En fait, je ne sais pas si c'est adapté à notre fonctionnement, ce milieu de l'entrepreneuriat comme il est aujourd'hui. » Et donc encore une fois, tu vois, le framework, la structure du monde, des codes culturels dominants, mais du schéma entrepreneurial est peut-être pas très adapté aux femmes. Parce qu'en fait, déjà, c'est... Il faut faire un truc immense, mondial, il faut lever toujours plus d'argent, il faut écraser les autres. C'est très dans la violence, la compétition, la prédation. Je ne suis pas sûr que c'est des traits très féminins et je ne suis pas sûr que c'est des traits masculins. C'est juste une histoire d'éducation. C'est ça,
- Speaker #0
c'est ce que j'allais dire. Ce n'est pas non plus masculin, mais pourtant, toi, tu y vas. Pourquoi une femme ne pourrait pas le faire ?
- Speaker #1
Je suis d'accord, je ne pense pas qu'elles ne puissent pas le faire. Bien au contraire, je pense qu'elles peuvent le faire, mais je pense que ça les attire moins, cette espèce de frémoire pourrie. En tout cas, c'est là où j'en suis aujourd'hui. se disent que ce n'est pas un truc... qui me fait rêver, quoi. Alors que les mecs sont peut-être plus acculturés, mais c'est un biais de l'éducation qu'on a. Mais ah, c'est excitant, tu vois, ce truc...
- Speaker #0
La logique de compétition. Voilà,
- Speaker #1
ce truc, bah, même plus de winner takes all, tu vois, comme disent les Américains, il n'en restera qu'un, tu vois. Et en fait, quand j'en discutais avec Claire, donc notre directrice générale à l'époque, elle me disait, moi, j'ai pas envie d'entreprendre comme ça, en fait. Et peut-être que si on demande aux femmes, entre guillemets, d'entreprendre comme des hommes, même si t'as raison je pense pas que ça soit une caractéristique masculine mais disons que c'est à ça qu'on s'est fait éduquer à cette vision là de l'entrepreneuriat bah les femmes ont peut-être l'intelligence justement elles de dire bah en fait moi je vais pas aller là dedans parce que ça me rend pas spécialement heureuse et que c'est pas trop mon truc quoi mais pourtant Team Forte Planète ça fonctionne pas sur ce modèle là oui je précise quand même ça veut pas dire qu'il y a pas d'ambition je veux pas faire l'amalgame ça n'a rien à voir c'est juste les méthodes de développement d'une entreprise qui sont mises en avant aujourd'hui qui n'ont pas l'air d'intéresser un certain nombre de femmes. Et après, nous, Team Forte Paillettes, on essaie de le faire quand même très différemment. On est dans un truc vraiment très collectif. Tu vois, il n'y avait pas de rendement désintéressé pour les fondateurs. Donc, tu n'es pas du tout dans le truc de « il faut gagner toujours plus » , etc. Mais on voit bien à quel point ça a été malgré tout difficile quand même d'intégrer le milieu, parce que le nombre d'investisseurs qui m'ont dit à moi « Ah, tu ne peux pas être millionnaire avec Team Forte Paillettes ? » « Ben, je n'investirai jamais. » « Ah bon ? Mais pourquoi ? » « Parce que tu ne vas jamais te battre. » Et moi, j'étais là, mais en fait, c'est le sens de ma vie. Je pouvais être millionnaire dans la boîte d'avant, j'ai refusé pour faire ça. Donc, précisément, je vais me battre. Mais en fait, les mecs ne peuvent pas comprendre, tu vois.
- Speaker #0
Ouais, d'accord.
- Speaker #1
Donc, bon, bref, voilà. Donc, j'ai cette hypothèse actuellement.
- Speaker #0
Et donc, il y a de la place pour des femmes.
- Speaker #1
Et je pense qu'il y a énormément de place pour des femmes. Et justement, ça serait du bien qu'il y ait une autre façon d'entreprendre qu'on nous montre que ce n'est pas obligatoirement ce chemin-là, le succès, tu vois. Tu vois, ça fait du mal quand même que tu revois des Donald Trump et autres reprendre un peu le lit de mon déal et tout, parce que ça te donne vraiment le sentiment que c'est ce modèle hyper masculiniste patriarcal qui est efficace et qui fonctionne. Et heureusement, il y a des femmes comme la présidente du Mexique ou la première ministre de Nouvelle-Zélande qui ont démontré l'inverse. Mais évidemment, comme le monde médiatique n'est pas tenu par des femmes, ce n'est pas ça qu'on met en avant.
- Speaker #0
Oui, en tout cas, pas dans les affaires ou pas partout. Et du coup, est-ce que tu investis dans des boîtes où il y a des femmes ?
- Speaker #1
Oui, carrément.
- Speaker #0
À la tête ?
- Speaker #1
On essaye. Après, on a... peu réussi. Alors, on a recruté des DG, quelques-unes qui sont des femmes. Je pense à Greenspot aussi, qui est une des boîtes sur lesquelles on a investi où c'est que des femmes. On en a moins une, c'est bien. Donc oui, on l'a fait un petit peu.
- Speaker #0
Alors, c'est vrai aussi que si tu investis dans des boîtes où il y a du savoir-faire technique, technologique et on sait que les femmes, il y a moins de 30% dans les écoles d'ingénieurs, par exemple. Par le fait que vous investissez dans des entreprises qui ont un lien avec la réduction de CO2 ou l'émission de CO2, forcément, vous trouverez moins de femmes. Déjà, je pense que...
- Speaker #1
Mais peut-être qu'en les cherchant...
- Speaker #0
Oui, mais tu as raison. C'est sûr qu'il y a des mondes où il y a beaucoup plus de femmes. Tu vois, je faisais un truc pour une école de marketing l'autre jour et il n'y avait que des femmes étudiantes. Donc, il y a des mondes entiers où... 80%
- Speaker #1
des métiers sont genrés aujourd'hui. Donc, en fait, on va retrouver les femmes dans la plupart des métiers. On va les retrouver dans la com, dans le marketing, dans les RH, dans le juridique, dans les services, dans le care, dans tout ce qui est soins. Maintenant, dans les... dans les facs de médecine et tout ça, il y a beaucoup de femmes. Et par contre, encore, les écoles d'ingé et la tech, elles sont encore peu présentes. Donc, ce serait important de les pousser. Il y a pas mal d'initiatives sur ça, mais il faut les pousser vraiment depuis le début, c'est-à-dire la maternelle.
- Speaker #0
Encore une fois, nous, on essaye. Après, notre RH, elle a raison aussi. Elle dit, moi, je prends quand même... Je regarde vraiment les compétences, parce que pour elle, c'est aussi ça, le féminisme, c'est pas... favoriser une femme si elle sent qu'elle a moins de compétences qu'un homme le but c'est aussi de dire vous avez été choisi parce que vraiment vous le méritez quoi en tout cas on a considéré que vous étiez la bonne personne c'est pas on n'a pas fait non plus un pas de côté pour la femme parce que vous êtes une femme parce que pour elle ça c'est discriminant donc
- Speaker #1
voilà bon ça fait partie des questions alors après ça serait aussi les questions sur les compétences et en fait comment on définit les compétences c'est un autre sujet en tout cas les sujets qui m'ont fait bien progresser aussi ces derniers temps alors je sais pas si tu seras d'accord
- Speaker #0
moi j'en suis là mais il y a quand même des différences j'ai l'impression dans les cycles entre les hommes et les femmes probablement hormonales en tout cas liées à ça et donc regardez les hommes ont des cycles chaque jour qui se répètent chaque jour et donc on est très linéaire dans l'énergie donc nous ça nous va très bien d'avoir un agenda sportif professionnel familial qui est le même qui est toujours pareil qui est un peu linéaire parce que nos cycles se font sur une journée et comme vous les femmes c'est à l'échelle d'un mois avec des semaines différentes avec des grosses variations d'une semaine à l'autre d'énergie voilà ben là aussi il faudrait que le monde soit adapté de manière plus sinusoïdale En tout cas, c'est ma petite conclusion à date. Et typiquement, c'est peu le cas. Et tu vois, une femme qui a ses règles, le monde du travail, il n'en a rien à foutre. Enfin, il ne voit pas le problème, en fait.
- Speaker #1
Ah ouais, alors c'est clair. Moi, ça ne m'a jamais vraiment gênée. Je n'ai jamais trop constaté de différence, en fait. Et j'ai peur que si on les regarde trop, ça sera encore une raison de plus de les discriminer. Donc, c'est très délicat comme sujet. Après, il y a un sujet qui est très important, c'est l'endométriose. C'est-à-dire que les femmes souffrent d'endométriose et la prise en compte de... de cet élément-là, notamment les douleurs liées aux règles, notamment, mais pas que, c'est vraiment important de les prendre en compte dans l'entreprise. Et ça peut tout à fait se gérer sans que la performance, entre guillemets, soit reniée.
- Speaker #0
Ah oui, non, c'est juste qu'il faut adapter aussi notre façon de faire la performance. Justement, je fais une conférence là-dessus demain, donc c'est un des gros sujets.
- Speaker #1
Tu me disais que tu étais en train de faire un montage sur un reportage ou une intervention sur les incels.
- Speaker #0
Non, je fais des petites capsules sur les réseaux de temps en temps quand je réfléchis à des sujets. Et justement, la dernière que j'ai faite, c'était pour dire que je prends conscience que notre monde entier est pensé pour les hommes et que le modèle dominant et masculin n'est pas neutre.
- Speaker #1
Alors, parle-nous des incels. Déjà, peut-être que tu peux définir ce que c'est que les incels pour ceux qui ne connaissent pas.
- Speaker #0
J'en suis venu à me réintéresser à ça parce que j'avais beaucoup de commentaires. Qu'elle est dans ce sens, donc les incels, c'est la façon dont on catégorise des hommes qui n'arrivent pas à trouver de compagne, qui n'arrivent pas à se mettre en couple et qui en viennent à faire un amalgame et à détester les femmes, voire à être hostiles, voire dangereux. Puisque maintenant, c'est ce qu'on disait, le département en charge de la menace terroriste en France a acté officiellement qu'il y avait une menace incel de terrorisme sur les femmes, et donc des risques de terrorisme sur les femmes. Tant ils en arrivent à un niveau de hargne. Et donc là, je faisais une petite vidéo pour rappeler que, parce que ça vient souvent sur le sujet des applications de rencontre, les mecs te disent, oui, mais on est victimisé par les femmes, on n'est pas respecté, elles jouent avec nous, ça s'est inversé. Il y a beaucoup ce discours, tu vois. Et je pense que les plateformes et le monde digital ne nous aident pas à ça parce qu'en fait, les applications de rencontre, j'en ai eu développé moi dans mes boîtes d'avant. Clairement, les hommes sont discriminés sur ces applis. C'est 90% des mecs qui ne sont jamais likés, jamais matchés. donc les mecs arrivent à un niveau de désespoir qui les rend hargneux et voilà mais la réalité c'est pas les femmes, les femmes elles y peuvent rien c'est que le modèle économique de ce truc c'est qu'il faut créer du désespoir pour que les mecs payent donc les fabriques à désespoir pour faire du business, bien sûr mais ce n'est que ça les habits de rencontre le moins les mecs sont servis, le plus ils payent sauf que les biais que ça induit et les effets rebonds que ça crée, c'est que les mecs ont l'impression que les femmes en ont rien à foutre d'eux et que les femmes jouent avec eux et machin et à l'inverse on sur-stimule les femmes avec tellement de demandes qu'elles peuvent pas juste être présentes pour les mecs sur ces plateformes. Et le problème, c'est qu'on est tellement dans un monde digitalisé, on est tellement mené par les algorithmes et par des plateformes qui sont intéressées économiquement qu'on a l'impression que ce qui se passe là-dessus, ça reflète le vrai monde. Mais c'est faux, ce n'est pas du tout le cas en fait. Ça ne se passe pas comme ça dans le vrai monde. Mais on est tellement là-dedans que tu vois des comportements et des réactions de mecs et justement qui sont sur les vidéos où je disais qu'on est dans un modèle masculin, qui te disent mais c'est faux. En fait, ils te disent déjà, non seulement il n'y a pas de problème, et en plus, c'est l'inverse, c'est maintenant les femmes qui ont pris le contrôle et qui nous victimisent. Et tu vois, moi, quand je vois ça, je me dis, c'est dingue. C'est un sentiment qu'ils vivent sur les applis de rencontre, parce que c'est souvent revenu. Mais ça n'a rien à voir avec le monde réel. Et donc, le problème, c'est qu'on passe 80% de notre temps dans le digital. Donc, dans le digital, peut-être qu'en effet, ils se font balader par les femmes. Enfin, ils croient que c'est le cas, parce qu'en fait, c'est juste le business model de la plateforme qui leur donne cette impression. Mais ils se font manipuler plutôt par les hommes qui gèrent une plateforme et qui ont intérêt à en faire des bonnes machines à cash.
- Speaker #1
Et les vaches à l'éveil.
- Speaker #0
Exactement. Donc bon, des gros sujets autour de ça. Et c'est assez triste de voir que ça arrive à faire des amalgames et des conséquences comme des gens qui deviennent... terroristes, je lisais encore un truc, ils ont arrêté des tentatives d'attentats, notamment un jeune de 18 ans à Saint-Etienne, qui voulait assassiner deux femmes, parce qu'il était arrivé à un point où il haïssait les femmes, et donc il voulait tuer des femmes, pour montrer que c'est plus possible. On en est là, un gars de 18 ans, quoi. Ouais,
- Speaker #1
non mais c'est... Il y a la série, enfin, Adolescence, qui est très intéressante sur ce... sur ce sujet, qui montre en fait la dérive d'un jeune garçon, et ce qu'il est amené à faire par... parce que pris dans les réseaux et pris dans des dynamiques de haine.
- Speaker #0
Et est-ce que c'est parce que justement, il était dans un truc de... Il se sentait rejeté, exclu, parce que j'ai l'impression que c'est quand même une des racines du sujet. C'est que la plupart de ces mecs... Moi, quand je vois, j'ai pas mal de commentaires de ces mecs, je trouve qu'il y a quand même... Tu ressens une fragilité et une peur. Peur de perdre potentiellement des privilèges. Mais si t'en es au point d'avoir peur de les perdre, c'est que t'es pas très solide sur tes appuis de manière générale et qu'il y a peut-être un petit boulot à faire. mais aussi, je trouve, une espèce de fragilité psychologique, émotionnelle, que j'ai du mal à décrire, mais tu vois. Mais ça vient d'où, en fait ? Moi, je ne sais pas.
- Speaker #1
C'est un sujet qui pourrait nous amener assez loin. On ne va pas l'aborder ici, mais clairement, c'est aussi la fabrique de la haine et la logique de rentrer dans une mécanique, un peu comme un endoctrinement sectaire. Une mécanique dans laquelle tu vas mettre un petit doigt qui après petit à petit va te faire croire que ce que tu entends, ce que tu vis devient le monde réel et ça va s'amplifier et plus tu vas le regarder, plus tu vas être matrixé à ces contenus mais c'est basé sur la peur, c'est basé sur des manques, c'est basé sur des fragilités qui peuvent venir de plein d'éléments et c'est intéressant cette série justement Adolescence qui montre que finalement ce petit garçon il avait une famille aimante avec des parents aimants qui ont cru pouvoir être vigilants mépris dans des mécaniques euh Et puis, en ayant mal interprété aussi certains signes, parce que ça peut aller très vite, on peut mal interpréter certains signes. Et puis, à cet âge-là, on est fragile. On a besoin de se sentir inclus dans un groupe. Si tu te sens humilié. Si tu te sens humilié ou si tu as l'impression d'être humilié et qu'en plus, tu entends des messages qui te disent mais oui, oui, oui, tu es humilié en tant qu'homme. Ça va venir nourrir ce sentiment. C'est une vraie question, un vrai sujet. C'est pour ça qu'il y a maintenant cette volonté de limiter l'accès. en dessous de 15 ans, parce qu'on est encore plus fragile et vulnérable quand on est jeune.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est une bonne chose, parce que c'est sûr que ce n'est pas neutre. Il y a beaucoup de forces en présence et c'est toujours la même chose. En fait, c'est des dynamiques de pouvoir liées à des privilèges. L'humain, moi, je me pose souvent cette question, ceux qui s'accrochent à ce point-là, à leurs privilèges, est-ce que c'est parce qu'ils se disent si je laisse la place à un monde plus égalitaire, d'autres vont être comme moi, me ressemblent et donc vont vouloir m'écraser pour prendre la place ? Tu vois, je n'arrive pas à savoir ce qui motive ça.
- Speaker #1
C'est souvent la peur, c'est aussi parfois les instincts de domination, des envies, des besoins de domination. Alors, je ne suis pas psychologue, donc ça va être compliqué de te répondre exactement, mais c'est clair que c'est cette logique de domination dans laquelle on est pris aujourd'hui, dans les rapports femmes-hommes, hommes-femmes. Et pour autant, quand on veut l'égalité, les femmes ne veulent pas dominer les hommes. Et alors, c'est vrai que quand on parle actuellement du... du monde de l'entreprise, du management, de l'entreprenariat. J'entends beaucoup, tu le disais tout à l'heure, des hommes qui disent, soit ils disent on est allé trop loin, c'est nous qui sommes discriminés. Et c'est vrai que... Dans certains postes, on voit aujourd'hui les entreprises, parce qu'il y a la loi notamment sur l'Écotaire dans les instances dirigeantes de Marie-Pierre Hexin, sur les entreprises de plus de 1 000 collaborateurs, pour avoir au moins 30 % à la fin de cette année et 40 % fin 2029. Eh bien, il y a des postes qui, maintenant, sont plutôt donnés à des femmes qu'à des hommes. Alors, les compétences, bien évidemment qu'elles sont compétentes. C'est clair qu'elles sont choisies parce qu'elles sont compétentes. Et ça, c'est évident. Mais il y a certains hommes qui se voient refuser l'accès à certains postes. Mais de toute façon, la compétition a toujours été là.
- Speaker #0
Mais ça a toujours été le cas à l'inverse.
- Speaker #1
Et puis, quand on regarde le CAC 40, qui est à la tête des grandes entreprises ? Aujourd'hui, il y a cinq femmes, je crois, en tout cas à la tête. C'est entendu DG ou présidente.
- Speaker #0
Elles sont si hautes, mais tout le comèque, c'est des mecs.
- Speaker #1
Et alors, voilà. Alors, ça a progressé, heureusement. avec la loi, notamment avec l'effet de la loi tout le monde s'est un peu plus réveillé mais il y a encore des entreprises qui résistent et puis quand on regarde, ne serait-ce que le nombre de députés, les députés femmes ça a reculé avec la nouvelle assemblée, donc on est loin loin d'être arrivé déjà à l'égalité, nous ce qu'on veut juste simplement au moins c'est l'égalité de traitement, l'égalité de droit, en théorie on l'a mais on se rend compte qu'en fait c'est beaucoup plus compliqué que ça.
- Speaker #0
Oui, puis après, quand on regarde les sociétés matriarcales, ça n'a l'air pas si mal, franchement, par rapport aux sociétés patriarcales. Non, mais c'est vrai. Quand tu regardes un peu ça, tu te dis, il y a quand même plein de choses intéressantes. Pourquoi pas tester aussi ? Moi, je ne serais pas à compte. Et pour moi, ce n'est pas un truc de les femmes écrasent les hommes.
- Speaker #1
Oui, et puis nous, en fait, ce qu'on ne cherche pas, c'est à dominer. En tout cas, moi, je ne cherche pas à dominer, c'est clair. Et puis les femmes qui cherchent l'égalité, elles ne veulent pas dominer. justement, on veut sortir de ces rapports de domination qui sont des rapports de prédation. Et on le voit aujourd'hui, quand tu regardes la politique aujourd'hui, on n'est que essentiellement, en tout cas la politique internationale, dans des rapports de prédation.
- Speaker #0
Bien sûr, mais c'est très patriarcal cette mécanique de domination, justement.
- Speaker #1
Il y a des jours où je me demande si ce n'est pas très humain au fond et si les femmes aussi arrivaient beaucoup au pouvoir. Est-ce que finalement, c'est des dynamiques de compétition ? Et c'est vrai que ce qui est intéressant, c'est... Quand on regarde l'écologie, quand on regarde la manière dont dans la nature, même les arbres collaborent entre eux, sur certains sujets, je sais que tu en parles, les animaux, en fait, cette forme de coopération, de collaboration pour faire face aux aléas extérieurs, ce serait quand même, je crois, bienvenu aujourd'hui.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr. Et puis la prédation, elle se fait vraiment de manière cohérente dans la nature. Dans la plupart des cas, il y a quelques contre-exemples, mais c'est très rare, mais dans la plupart des cas, c'est...
- Speaker #1
C'est pour un équilibre.
- Speaker #0
Bien sûr, et en plus, ils sont capables de comprendre les dynamiques d'équilibre, ce que nous, on n'est pas capables de comprendre. Par exemple, les lions, ils se mettent à la diète quand leurs proies ne sont plus assez nombreuses, et ils attendent qu'elles se reproduisent. Ils savent faire ça. Les termites, elles arrêtent de creuser quand le bois est trop fin. Même les arbres, t'en parlais, mais ils arrêtent de pousser quand ils voient qu'il y a une zone où ils vont être trop nombreux pour les ressources. Il y a cette mécanique aussi, la prédation, elle est quand même pensée, réfléchie, contrôlée, harmonisée avec le reste. Nous, on a moins ça, c'est sûr.
- Speaker #1
sur le on va dire la survie ou le fait que la nature soit conservée, alors que nous, on est plutôt dans des logiques où en fait, on pense court terme et on pense que c'est moi et l'intérêt général disparaît.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Il y a beaucoup de trucs autour de l'intérêt personnel en permanence. C'est vrai que c'est un gros problème. Et pourtant, c'est assez agréable de se départir de l'intérêt personnel, je trouve. C'est vrai, ça rend la dynamique d'un projet beaucoup plus intéressante. Moi, je m'étais vraiment dit, je pense que mon prochain projet, je le fais en anonyme, sans aucun intérêt. Je me verse un salaire, mais c'est tout. et je sais que ça paraît fou pour plein de gens qui se disent il va jamais se buter et tout pour le projet mais en fait moi ça crée une légèreté de l'action un sentiment d'être beaucoup plus légitime pour s'impliquer s'impliquer autrement c'est très appréciable et c'est beaucoup plus fort je trouve pour monter un projet donc
- Speaker #1
on verra ok super alors juste si tu devais réfléchir à un homme que tu connais qui pour toi serait la figure d'un homme qui est vraiment allié des femmes et qui Et qui sait agir, réfléchir, collaborer de manière juste et éthique. Pour quelqu'un qui t'inspire, pas forcément quelqu'un de parfait, tu vois. Non,
- Speaker #0
non, bien sûr, je ne cherche pas forcément quelqu'un de parfait, mais quelqu'un qui te pose pas mal de questions. Quand tu me parles de ça, je pense à Aurélien Barraud, mais je ne sais pas trop à quel point il s'implique dans les sujets de féminisme. Mais par contre, je l'ai l'impression que ce sont des questions qui sont importantes pour lui. Mais si ça se trouve, ce n'est pas le cas. J'ai l'impression qu'il a une sensibilité, une empathie, une capacité à penser au-delà des schémas qui font que probablement, et j'espère, sur ces sujets-là, il est quand même bien avancé.
- Speaker #1
Merci beaucoup. J'irai l'interviewer. J'essaierai.
- Speaker #0
Bonne chance.
- Speaker #1
Merci beaucoup Arthur. Et puis à très vite, j'espère.
- Speaker #0
À très vite. Salut Fabienne. Merci.