- Speaker #0
Bien le bonjour tout le monde, c'est encore P.A. Mourstory, vous me connaissez, l'agent K, toujours accompagné du Big Omi, Luigi. Donc aujourd'hui, on va repartir sur un thème qu'on avait légèrement abordé lors du premier épisode. J'espère que vous l'avez vu. La première et la deuxième partie.
- Speaker #1
La saison 1 pour bien préciser.
- Speaker #0
Exactement. Et aujourd'hui, on parlera du quartier et ses travers. Parce que oui, nous c'est le marathon, et chaque marathon, ça se prépare, il y a les starting blocks. Et pour tout jeune issu de banlieue. Les starting blocks, c'est le quartier.
- Speaker #1
Le quartier, oui. Le point de départ.
- Speaker #0
Exactement. Bon, Rudy, t'es le grand frérot. Yes. Le OG.
- Speaker #1
L'OG, je sais pas, mais le grand-père des frères, y'a pas de soucis. Non,
- Speaker #0
mais comme j'ai dit dans la première saison, le premier épisode, t'es quelqu'un qui a su inspirer les plus jeunes, que ce soit moi, tes frères. Ouais. T'es un petit jeune artiste, Naïbi S, qui a sorti un projet. D'ailleurs, ouais. Allez, check. Et comme je l'ai dit, tu es quelqu'un qui a su nous inspirer. Donc, tu as vécu des choses avant nous et tu as un regard un peu plus mature sur la question quel quartier. Généralement, le point de vue extérieur, c'est beaucoup, on voit dans les médias et autres, on parle d'insécurité. Qu'est-ce que tu as à dire par rapport à ça ?
- Speaker #1
Bon, c'est un sujet qui est très complexe parce que... C'est vrai que quand on se focalise que sur les médias, le quartier c'est quelque chose de dangereux, tout le monde est dangereux, que ce soit des parents ou des enfants, c'est dangereux, il n'y a pas de talent, tout le monde est voué à l'échec et tout ce qui s'ensuit. Derrière, ça ne nous aide pas aussi parce que tu as la musique. Je vais parler du rap qui caricaturise les propos. Tu as les médias qui jouent un rôle super important sur la diabolisation du quartier. Donc, quand on allume la télévision ou quand on s'approche des quartiers, tout de suite, on voit des grands tours et on se fait une image qui est stéréotypée et qui est parfois fausse. Mais il y a aussi des... Il se passe certaines choses dans les quartiers qui... qui donnent du poids à ce qui est dit ou aux stéréotypes qui ont été mis en place envers nous.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux me citer quelques stéréotypes que tu as l'habitude d'entendre, que tu as même subi par exemple ?
- Speaker #1
Le quartier, comme je dis, pour certains c'est la jungle. Les enfants n'ont pas de parents ou du moins manquent cruellement d'éducation. Tout le monde traîne avec des couteaux ou des armes. Dans la tête des gens, c'est comme ça. On casse tout, on brûle tout. Tout le monde est pour ça. C'est ça qui fait encore mal. Il y en a même, ils pensent que tout le monde est d'accord sur le fait que tout soit cassé ou tout soit brûlé. Des altercations avec la police tout le temps. Quand tu entends certaines personnes, tu as l'impression que chaque matin, chaque soir, il y a des altercations avec la police. Et c'est reflété aussi par des échecs scolaires. Pour eux, la plupart du temps, la plupart des jeunes sont en échec scolaire. traînent en bas des bâtiments, vendent de la drogue. Donc c'est ce qu'on entend souvent de la part de ceux qui ne connaissent pas envers nous.
- Speaker #0
Ok. Donc ce que tu as dit, j'ai relevé trois points qui sont pertinents, je trouve. Tu as parlé de la police et de l'échec scolaire. Par exemple, je vais citer Zemmour qui avait dit que, par exemple, Grigny n'était pas la prosse, etc. Après, il faut savoir que ça a une histoire aussi quand même, le quartier, ça n'a pas été fait pour rien, etc. Et pour rebondir sur ça et sur l'échec scolaire, est-ce que le fait qu'on nous ait tous parqués dans un même endroit ne peut pas jouer aussi à ce niveau-là ? Parce qu'aussi l'échec scolaire, on en parle, mais aussi derrière, c'est des écoles qui sont souvent en zep. qui ont pas les mêmes revenus, les mêmes ressources, etc. Ça veut dire qu'ils essayent de faire de leur mieux, mais entre guillemets ou pas entre guillemets, l'État nous donne pas les mêmes moyens à ces jeunes-là qu'à d'autres jeunes qui sont dans des milieux plus favorables. Est-ce que cela joue aussi à l'économie ?
- Speaker #1
Ça joue énormément, parce que l'État, en fait, c'est un peu comme avec... Tout ce que les temps te reprend, on te prend à gauche. On te donne à droite, mais en même temps, on te prend à droite, on te donne à gauche. C'est ce qu'ils font avec nos banlieues. C'est que oui, ils vont dire oui, on a déployé des moyens sur telle situation, mais en même temps, ils vont t'en enlever sur d'autres. Donc en fait, tu as l'impression de faire 10 pas en avant, 10 pas en arrière. Et c'est pour ça qu'en fait, si tu regardes bien depuis la dernière fois, j'ai fait une analyse qui m'a... un peu gêné, mais j'ai trouvé ça factuel. J'ai regardé le film La Haine. Là, l'année dernière, ou c'est vrai, l'année dernière, 2024, ça a été tourné en 1995. Les réalités sont les mêmes.
- Speaker #0
Il n'y a pas de changement, tu trouves ?
- Speaker #1
Il y a la technologie qui rentre en jeu, il y a une autre façon d'aborder les choses, les insultes, il y a maintenant Internet, il y a le fait de pouvoir filmer et tout, mais les problématiques sont les mêmes. Donc, qu'est-ce qui se passe ? Bien sûr que pour moi, il y a une grande volonté de l'État. De nous nuire. De nuire. Ou du moins de nous piloter.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
C'est-à-dire que des fois, ils vont accepter certains mecs de banlieue pour faire certaines choses. Mais que quand ils pilotent, une fois que le gars de banlieue, il commence à s'ouvrir et avoir une ouverture d'esprit, à réfléchir et à vouloir s'émanciper, là, tu deviens un ennemi. Tu regardes aujourd'hui, on va parler du système scolaire, il me semble qu'aujourd'hui, les jeunes, avant, à notre époque, on pouvait postuler à Paris, dans des écoles à Paris. Aujourd'hui, ils ont tout, ils ont mis par secteur. C'est-à-dire que si tu grandis dans une banlieue et tu as un établissement scolaire, élémentaire, périscolaire, dans ta cité, dans ton quartier.
- Speaker #0
Tu n'es pas prioritaire ailleurs. Ensuite,
- Speaker #1
tu es au collège, dans ton quartier. Ensuite, tu as un lycée dans le quartier d'à côté. En fait, mentalement, tu es déjà sous barrière.
- Speaker #0
Oui, tu es bridé.
- Speaker #1
Si tu n'as pas les parents qui ont la possibilité de te faire sortir, ou des grands frères ou des associations du terrain qui te font sortir un peu, en fait, tu as passé toute ta vie au même endroit.
- Speaker #0
C'est vrai. Comme on dit, le quartier, c'est la plus grande prison sans barrière.
- Speaker #1
Exactement. Moi, je pense qu'aujourd'hui, oui, c'est une volonté. c'est une volonté. Maintenant, nous, on a aussi notre part à faire. Parce que c'est bien de toujours dire la...
- Speaker #0
On ne peut pas toujours se victimiser.
- Speaker #1
On a notre part à faire. Est-ce qu'on fait notre part correctement ? La réponse, pour moi, elle est plus jeune. On mettait un peu nos parents en mode... On disait de nos parents que, oui, bon, les parents, ils n'avaient pas le temps, ils travaillaient, ils viennent du pays, patati patata. Ça s'entend. Et c'est vrai. et des réalités qui font que malheureusement nos paroles sont arrivées, ils ont dû tout recommencer et en recommençant, la sécurité pour eux c'était de travailler et éloigner et avoir un toit, patati patata.
- Speaker #0
Ça s'entend.
- Speaker #1
Ça s'entend. Mais aujourd'hui quand moi je travaille avec la jeunesse d'aujourd'hui... Ils sont nés en 2012, ils sont nés en 2010, ils sont nés en 2007. Leurs parents, ce sont nos grands-frères. Donc ce n'est pas la même réalité que nos parents. Donc là, on rentre dans quelque chose où, malheureusement, nos grands-frères, nos grandes-sœurs, ils ont reproduit. Et même la reproduction, pour moi, elle est pire. C'est comme si tu acceptais le danger, tu acceptais que le danger ou tout ce qui est autour du danger rentre chez toi. parce que tu le vois arriver. Nos parents, ils ne voyaient pas les choses arriver. Ils subissaient. Vous avez quelques indications qui pouvaient, tu vois, au niveau de l'école, ah, mon fils, il a pas les bonnes notes, t'es souvent convoqué. Ça, c'est des indicateurs, tu vois. Mais ils ne voyaient pas vraiment le...
- Speaker #0
ils ne connaissaient pas les vices les vices du quartier c'est pas leur réalité c'est pas leur réalité,
- Speaker #1
ils avaient les vices du quartier mais dans leur pays c'est pareil, et encore c'est pas pareil tu vois mais là les vices du quartier nos grands frères,
- Speaker #0
nos grandes sœurs les connaissent de loin ou de près c'est vrai mais après pour revenir à ce que tu disais ils connaissent les vices mais comme tu l'as dit, ils ont grandi ils ont été en maternelle, primaire, collège quasiment toute leur vie dans le même quartier Merci. C'est-à-dire que peut-être aussi ils ne connaissent que ça, ils ne se rendent pas compte.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui les a empêchés de sortir ?
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Tu vois la question.
- Speaker #0
Des fois, il y a des choses qui empêchent.
- Speaker #1
Non, j'entends. Il y a des choses qui peuvent t'empêcher d'eux. Mais à un moment donné dans nos vies, et on peut critiquer le système scolaire, ZEP et tout, on a tous fait des sorties. On a tous fait la sortie en primaire où on va une fois à Paname.
- Speaker #0
Non, on peut dire ce qu'on veut, mais franchement, c'est un œil beaucoup plus mature. ils essayent de faire tout ce qu'ils peuvent pour nous...
- Speaker #1
Il y a des choses qui sont faites. Moi, je sais que parmi nos quartiers, notre quartier difficile, notre quartier des Épinettes, les Zonettes, voilà, c'est des quartiers difficiles. Moi, on a quand même fait des séjours...
- Speaker #0
sortis à la forêt de Seymard. Ah oui ! C'était la meilleure sortie !
- Speaker #1
La meilleure sortie ! On crut le ticket, on était sur place !
- Speaker #0
Ouais, c'était le feu !
- Speaker #1
C'était le feu ! Tu vois ? Ça fait 10 minutes que tu regardes cette vidéo, merci d'être resté jusqu'ici. N'hésite pas à liker, partager et à t'abonner. Donc à un moment donné, nos parents ne connaissaient pas tout ça, j'entends. Ou ils n'avaient pas forcément le temps, j'entends. Mais nous, quand on décide à notre époque de faire des enfants, il faut prendre tout ça en compte. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
Il faut prendre tout ça en compte. Il faut du temps pour les emmener au sport, il faut du temps pour qu'ils passent du temps avec leur famille. Il faut du temps pour qu'ils puissent être proches des lieux sacrés, parce que ça aussi c'est important, tu vois ? Être proche des lieux sacrés, c'est très important. Du temps pour faire des sorties, forêts, tout ça. Musées, tout ça, c'est des choses... Aujourd'hui, c'est réalisable. On regarde les prix, il y a certains musiques, c'est hors prix. Il ne faut pas aller regarder, c'est vrai. Mais des musées de 2 euros, 3 euros... Quand je regarde la nouvelle génération, ils sont tous en trottinette électrique. Donc je suppose que certains parents ont les moyens.
- Speaker #0
De toute façon, même en France, c'est gratuit jusqu'à un certain âge, les musées. Mais il faut du temps. C'est vrai que les nouveaux parents, ce n'est plus la même génération que nos parents à l'ancienne.
- Speaker #1
Ils vont mettre le paquet sur l'aspect physique, sur le vestimentaire, sur le sport et surtout le foot, parce qu'il y a le projet Mbappé. Ça, tu vas avoir les parents à fond dedans. Mais dès qu'on arrive sur l'aspect intellectuel, on se met nous-mêmes des blocages. Moi, je travaille avec des enfants qui ont du potentiel.
- Speaker #0
C'est bien beau que tu dises le côté intellectuel parce qu'en soi, la prison n'est pas physique du carcher, elle est là-dedans.
- Speaker #1
C'est dedans. Moi, comme je t'ai dit dans le premier épisode de la saison 1, je regardais déjà de l'autre côté de l'océan. Je voyais déjà des... Ça m'a permis, je pense, de voir plus large. d'avoir cette chance-là de voir plus large.
- Speaker #0
Tu n'es pas contenté que dans l'endroit où ton corps est. Même si eux aussi, ils ont leur travers là-bas.
- Speaker #1
Bien sûr, on voit notre réalité, le port d'armes et toutes ces choses-là. Mais en France, on revient vraiment sur la France, il y a des choses que malheureusement, notre part n'est pas assez faite. Tu vois ? Elle n'est pas assez faite. Moi, j'en veux parfois aux grands du quartier, qui vont véhiculer des histoires utopiques. des histoires presque à dormir debout. Et ils savent comment le faire. Ils savent comment le raconter. Ils savent que... Ils arrivent même à détecter le jeune qui a les yeux grands ouverts pour écouter ça. C'est vrai. Et c'est de là où se joue maintenant l'aspect magnifique.
- Speaker #0
Ils sont en mode Aouad dans Menace aux Faits.
- Speaker #1
Ils sont dans plein de trucs. Quand tu entends certains grands, ils ont tout fait. Mais ils n'ont pas grand-chose. quand tu regardes dans la profondeur. Donc, c'est là où je pense qu'il faut, à ce moment-là, nous-mêmes aussi, avant d'aller attaquer tout de suite l'État, qui joue un rôle important sur le fait que le quartier, il y a des choses à travailler, à régler et tout, mais nous-mêmes, notre part, il faut qu'on fasse notre part. Et notre part, c'est pousser nos jeunes à... s'orienter au niveau de l'école. Même si l'école ne fait pas tout. Je ne suis pas là à dire que sans école, tu n'as rien. Non, l'école joue un rôle important. Un enfant qui passe du temps à l'école, c'est un enfant qui s'ouvre au monde. À travers des récits, à travers les mathématiques, toutes ces choses-là, il y a une histoire derrière toutes ces choses-là. Et ça, c'est important de les connaître. C'est ce qui développe ensuite ta culture générale. Et ça, la curiosité, toutes ces choses-là. C'est là où moi je dis vraiment qu'il faut qu'on fasse notre part, qu'on pousse ces jeunes-là vers le côté intellectuel. Il y a le côté sport aussi. Tu peux combiner les deux.
- Speaker #0
Je pense que c'est le mieux.
- Speaker #1
C'est le mieux. Un équilibre sportif, intellectuel. spirituelle. Tu vois, de plus en plus, aujourd'hui, je suis fortement étonné de voir certaines choses. Quand j'étais plus jeune, je trouve qu'aujourd'hui, les jeunes ont un rapport même avec le spirituel qui laisse à désirer. Tu vois ? Parce que, malheureusement, comme je t'ai dit, on n'est pas assez ferme sur ça. C'est comme l'école, quand tu vois beaucoup de jeunes de plus en plus qui étaient fumés à 13-14 ans et ne plus aller au collège.
- Speaker #0
Après ça, je pense que ça a toujours existé.
- Speaker #1
Ça a toujours existé, mais moi, pour travailler avec les jeunes aujourd'hui, on est arrivé à... Ouais, ouais, ouais. C'est un sale moment. Il y a de plus en plus de... Après, les moyens sont différents, peut-être, je ne sais pas. Mais oui, il y a de plus en plus de Ausha scolaires. Et surtout de la part des garçons de la banlieue. Parce que tu ne retrouves pas ça totalement chez les femmes, chez les filles. Tu retrouves beaucoup chez les garçons.
- Speaker #0
Je ne savais pas. Tu saurais l'expliquer, ça ?
- Speaker #1
Encore une fois, le rôle de l'homme dans la famille. Les responsabilités. Les femmes, soit on les pousse à être des femmes au foyer très vite, soit on les pousse à faire des études pour se sécuriser, clairement. L'homme, on va le pousser beaucoup soit à faire des études, soit à aller travailler pour aider la famille, ramener les sous.
- Speaker #0
Surtout les nés.
- Speaker #1
Surtout les nés. Ils prennent cher par rapport à ça. Ça joue. Aujourd'hui, tu vas à la fac, tu vas avoir plus de femmes. C'est vrai, c'est vrai. C'est vrai. Plus de femmes, des femmes de banlieue, de toute origine, n'importe quel type de couleur, plus de femmes. Les hommes sont beaucoup plus... On leur a attribué beaucoup plus un rapport à aller chercher de l'argent au travail, d'aller travailler très tôt. C'est vrai. Donc, c'est tout ça, moi, qui me préoccupe aujourd'hui. C'est... notre part pour que l'on puisse régulariser ces choses-là. Et ça, ça commence dès maintenant en fait, ça commence même avant d'avoir des enfants. On ne fait pas des enfants parce qu'on s'aime, seulement on fait des enfants par vision aussi. Comment on va éduquer nos enfants ? Et ça, ce n'est pas on éduque nos enfants parce qu'on les habille en Nike, en Adidas, parce que mon enfant est un Stratagrammable. Ce n'est pas ce qu'on demande.
- Speaker #0
C'est vrai, c'est vrai.
- Speaker #1
On est beaucoup dans ça aujourd'hui. C'est vrai,
- Speaker #0
je suis d'accord avec ton analyse, mais... J'ai envie de revenir sur un point. Tu dis banlieue, l'héritier dit police.
- Speaker #1
Oui, la police.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as à dire sur les forces de l'ordre, leur rapport dans les banlieues ? Est-ce que c'est positif, négatif ? Qu'est-ce que...
- Speaker #1
Moi, je pense qu'il faut aller à la jeunesse de la construction de cette institution-là. Cette institution-là, la jeunesse fait que c'est une institution qui a été créée pour... pas en notre faveur. C'est un groupe de personnes qui revendiquaient leurs droits sur le territoire français, qui étaient déjà très rétractaires sur l'immigration. L'immigration, tu la retrouves aujourd'hui en masse.
- Speaker #0
Il dit des vrais propos, je crois qu'il va faire sauter la vidéo.
- Speaker #1
Non, mais c'est l'immigration, tu la retrouves dans les banlieues, dans nos cités, dans nos quartiers, et majoritairement, en tout cas, la base, la jeunesse de la police. Elle est pour justement affronter ça.
- Speaker #0
Ok, donc toi, tu trouves que dès le départ, ils ne se gagnent pas de manière favorable envers nous ? Non. Si je puis dire.
- Speaker #1
Non, après, ça n'empêche pas qu'il y ait des bons policiers. Ça n'empêche pas que c'est comme nous, il y a des bons gars de quartier et il y a des mauvais gars de quartier. C'est partout, dans toutes les sociétés, il y a toujours du bon et du mal.
- Speaker #0
C'est jamais tout.
- Speaker #1
Dans la police. La jeunesse, déjà, à la base, n'est pas bonne sur comment il nous perçoit, comment ça a été créé pour, entre guillemets, nous contrôler. Mais ça n'empêche pas que dans cette institution-là, t'en as quand même qui se battent pour l'égalité des droits.
- Speaker #0
C'est vrai, mais…
- Speaker #1
C'est ce qu'on voit.
- Speaker #0
On vient de banlieue, donc…
- Speaker #1
C'est ce qu'on ne voit pas, on ne voit pas souvent.
- Speaker #0
C'est une minorité qui est vraiment… C'est une minorité qui est faible en vérité.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
On voit que c'est triste, mais…
- Speaker #1
T'en as qui rentrent dans les forces de l'ordre, l'objectif c'est d'en découdre.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'il ne laisse pas le jeune communiquer, dire ses agressivités directement, ce qui donne aussi au jeune ce côté-là où il doit se défendre. Tu vois, il doit se défendre.
- Speaker #0
Il y en a qui meurtent, ils ne se défendent pas.
- Speaker #1
C'est ça. Et quand ils se défendent, malheureusement, encore une fois, tous nos jeunes n'ont pas les armes. Donc ça veut dire que ça dérape très vite. C'est pour ça qu'aujourd'hui, moi, je suis beaucoup à dire... en ce qui concerne la police et le rapport avec les jeunes. C'est dur ce que je vais dire. C'est peut-être que certains ne seront pas d'accord et je peux l'entendre. Mais aujourd'hui, on doit, et je vais utiliser des mots un peu crus.
- Speaker #0
Mais de toute façon, on ne dit pas qu'on a la vérité. C'est des échanges,
- Speaker #1
tu vois, c'est des échanges d'idées. Peut-être que justement, en commentaire, vous pouvez...
- Speaker #0
C'est ça, chacun a son expérience.
- Speaker #1
Exactement. Ce que je vais dire, c'est un peu cru. Je ne sais pas comment le dire autrement, mais malheureusement, quand on sait la façon dont ils veulent s'approcher de nous, on doit avoir deux coups d'avance. Et même en ayant deux coups d'avance...
- Speaker #0
Toi, t'es un Westringer, ben. Non !
- Speaker #1
Faut avoir deux coups d'avance. Et même en ayant deux coups d'avance, ça peut ne pas fonctionner. Et ça, c'est quelque chose qu'il faut se mettre en tête.
- Speaker #0
Mais dans tous les cas, ils auront toujours raison. Là, on voit déjà dans les faits divers, etc.
- Speaker #1
On leur donne très souvent raison.
- Speaker #0
À Dama, etc.
- Speaker #1
On leur donne très souvent... Il y a quelques histoires qui ne sont pas en masse. On arrive petit à petit... Mais c'est... Sur 10, il peut y en avoir qu'une seule qui passe. C'est trop faible. Mais je pense que, par exemple, pour le rapport entre les jeunes et la police, ce qu'il faudrait dire à nos jeunes, nous, en tant que grands, si on veut vraiment les aider, c'est les gars, lors d'un contrôle de police, ne tombez surtout pas dans le piège. de penser que vous allez avoir le dessus sur ces gens-là. Donc laissez-vous faire. Coopérez un maximum. Coopérez un maximum.
- Speaker #0
Parce qu'à quelle limite aussi ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Parce qu'on les connaît aussi les policiers qui en ont.
- Speaker #1
On les connaît, mais moi de mon point de vue, j'ai fait quelques expériences, surtout qu'aujourd'hui je prends les transports en commun. je vois des jeunes ne pas se faire contrôler. Donc je pense qu'il y a des jeunes qui ont réussi ou qui comprennent comment ne pas se faire contrôler. C'est vrai. Et voir dans le contrôle comment garder un tel sang-froid et être tellement serein qu'en fait, inconsciemment ou consciemment, ça déstabilise la personne qui les contrôle. Donc je suis persuadé qu'il y a des choses qu'on peut mettre en place verbalement dans l'attitude, vestimentairement, qui font qu'on peut sortir d'un contrôle de police. et le but, quand il te fait contrôler, c'est de rentrer chez toi.
- Speaker #0
C'est vrai. Mais je suis d'accord avec toi que…
- Speaker #1
Mais ce n'est pas simple. Je parle comme ça, je dis…
- Speaker #0
On est dans un monde où, comme tu as dit des fois, même tu dois t'habiller d'une certaine manière, etc., ou avoir une certaine manière, une posture, pour éviter des contrôles. Mais c'est quand même problématique qu'on en arrive à ce point-là. Parce que tu peux sortir en bas de chez toi, être avec tes potes, etc. tu ne vas pas être en costume pour être avec tes potes.
- Speaker #1
C'est là où je dis que c'est cruel. Tu vois ? C'est cruel parce qu'effectivement, quand tu es en bas de chez toi, tu as juste envie de discuter avec ton ami et qu'il vienne et qu'il cherche quelque chose. C'est relou. Mais dans certains endroits, dans des gares, dans des lieux fréquentés par la masse, ils vont s'appuyer sur les mêmes choses.
- Speaker #0
C'est vrai. Mais après, on remarque bien. Je ne sais pas si...
- Speaker #1
L'attitude, la démarche, ils vont regarder. Tu peux même avoir une attitude, mais si tu es bien habillé,
- Speaker #0
Ouais, ils vont être en mode tranquille. C'est vrai que même moi, quand j'ai vu pro, etc.
- Speaker #1
Faut pas se mentir. Et ça, se trouve que les grands ne le disent pas aux jeunes. Et c'est pour ça que les grands, ils disent quoi ? Ouais, moi, on doit vous accepter comme vous êtes. Eh, ça, c'est faux. Parce que même quand tu vas à l'entretien, je défie d'accepter d'aller à un entretien en serviette nec et dire c'est bon, j'ai mon poste face à d'autres.
- Speaker #0
Après, ça se pense à un sujet qu'on devrait...
- Speaker #1
En tout cas, vraiment, sur le rapport avec la police, le verbal, le phrasé... super important, le sang-froid, super important, parce que les gens ne se rendent pas compte que les mots ont une puissance. Donc, quand tu utilises bien ton phrasé, ton élocution, tout ça, majoritairement, il y a des résultats, ça te déstabilise.
- Speaker #0
Tu vois ? Ils pensent pas qu'on est capable de faire ça.
- Speaker #1
Ils pensent pas ! Pour eux, c'est... Eux, ce sont les mêmes catégories de personnes.
- Speaker #0
Ouais. On se ressemble tous.
- Speaker #1
On se ressemble tous. Ouais.
- Speaker #0
C'est triste, non ? Mais c'est une réalité.
- Speaker #1
On leur a aussi permis d'avoir les mêmes attitudes à chaque fois. C'est pour ça qu'aujourd'hui, quand je parle à un jeune, parce que je suis éducateur de rue, tu vois, la police, elle vient, elle ne discute pas trop longtemps. Elle te demande de sortir tes documents, sors-les. Elle joue même un peu l'ironie. Pas trop non plus, parce que si le mec, il en pétard en face, de toute façon, tu vas vite le sentir. Mais sois le plus structuré possible face à cette situation-là, pour éviter soit de te faire brutaliser ou soit de finir en garde à vue. Le but quand tu te contrôles c'est de rentrer chez toi à la fin c'est pas de finir là-bas et ça malheureusement on le dit pas assez aux grands on le dit pas assez aux jeunes et les grands disent pas ça aux jeunes limite leur disaient les gars la police ils ont pas le droit de faire ça
- Speaker #0
Après c'est peut-être dû au fait qu'eux aussi ils ont beaucoup subi le bâton de la part de la police et qu'ils sont totalement réfractaires aussi derrière Et aussi il y a ça j'en entends mais il y a aussi le dire que la police
- Speaker #1
C'est nos ennemis. C'est un bruit qui court dans le quartier de ta naissance.
- Speaker #0
Et une phrase ironique, enfin, pas ironique, la haine, qui parle de ça d'ailleurs.
- Speaker #1
Tu vois ? Pour se dire aussi, il y a aussi ce truc-là, dès le début, il y en a qui veulent adopter cette attitude-là. On en parle de ces jeunes qui ont tout. Mais leur seul objectif,
- Speaker #0
c'est de faire des caïds. On en a beaucoup.
- Speaker #1
On en a énormément. Il y en a même plus que ceux qui n'ont presque pas le choix. Il y en a qui ont fait certaines choses par nécessité parce que malheureusement, manque d'informations, manque de suivi, manque de ceci, manque de cela. Ils rentrent dans une délinquance au fur et à mesure. Mais même eux, ils n'en sont pas fiers. Aujourd'hui,
- Speaker #0
on a des jeunes. C'est ça, en vérité.
- Speaker #1
Normalement, c'est ça. Aujourd'hui, on a des jeunes.
- Speaker #0
Les deux parents travaillent.
- Speaker #1
Stabilité à la maison, entre guillemets. Après, je pense que pour en arriver là, il y a un manque quelque part. Il y a quelque chose qui se joue quelque part, qui fait que tu en arrives là. Mais il y a des jeunes, franchement, tu te dis, mais avec tout ce que tu as là, tu veux nous véhiculer que la police ? Ton coulonne, c'est la police ? Non,
- Speaker #0
ça, il y en a qui tueraient pour avoir déjà leur vie à eux déjà.
- Speaker #1
C'est ça. Ils veulent la street-prévisibilité. Nous, on est des grands, on doit dire au pied, t'as vu là, le chemin que t'es en train d'emprunter, il est k.o. Ça t'a amené ça, ça, ça, ça. Après, c'est le jeune qui choisit. Soit il écoute, soit il n'écoute pas. S'il n'écoute pas, un jour tu pourras lui dire, jeune, moi je t'avais dit il y a un temps, t'as pas voulu écouter. Soit il écoute, et c'est lui-même qui va venir te dire, hé, mon vieux, t'avais raison. J'étais juste pas prêt, ou j'étais pas structuré, ou j'ai eu une période compliquée qui fait que je me suis retrouvé dans telle situation. Moi, je me retrouve avec un petit, dernièrement, je parlais avec lui. En fait, c'est un petit que j'aime beaucoup, tu vois. Donc, je suis aussi sur les réseaux et tout. Et je le vois à montrer un peu ses derniers achats, Goutil, Louis Vuitton, sur les réseaux sociaux. Et quand je parle avec lui, je dis, OK, c'est bien beau ce que tu fais, mais tu fais quoi ? Ah, mais je ne travaille pas. Donc, la question, c'est, tu fais quoi de ton argent ? Ah, tu connais, tu connais que des... Tu connais, tu connais, tu connais. Tu as failli te faire planter une fois. Tu as failli aller en prison. Là, tu veux aller dans un mood où maintenant tu te prends pour le plus riche de France. Tu cherches quoi ?
- Speaker #0
Dans la prison.
- Speaker #1
Tu cherches quoi ? Apprendre à dire c'est l'État ? Non. Tu vas droit dans le mur. Nous, ce qu'on veut de toi, c'est même pas que tu nous montres tes outils, que ceci, que cela. C'est que tu puisses trouver une stabilité dans ta vie. Et la stabilité passe par le travail ou l'école. Donc voilà, tu vois. Et en fait, c'est des jeunes, malheureusement, c'est un peu dit ça, c'est une forme de décrochage scolaire. Parce que le jeune, en vrai, il est encore très jeune. Il peut se réintroduire dans le système scolaire. Ouais. Mais encore une fois... Apparemment, c'est souvent les mêmes profils. Les parents sont là physiquement, mais pas dans l'intérêt du jeune. Ce sont des parents qui sont aussi certainement dépassés. Tu ne peux pas critiquer les parents comme ça, de toute façon, ils l'ont abandonné. Non, ce sont des parents qui ont besoin d'aide, qui vivent des situations dans leur vie qui sont très compliquées. Mais malheureusement, les répercussions sont sur les enfants. Et un parent doit toujours répondre aux... Jusqu'à la majorité du jeune, les parents doivent...
- Speaker #0
Ça c'est légalement.
- Speaker #1
Légalement, je parle vraiment légalement. Un parent lui demandera toujours de rendre des comptes pour son enfant. Comment cet enfant s'est retrouvé là ? Le décrochage scolaire existe et ne fait que d'augmenter dans les quartiers. Comment on fait pour pallier à ça ? Donc derrière, il faut que tout le monde fasse sa part. Les parents, les éducateurs de rue. les éducateurs tout court, les enseignants. Et c'est là où, petit à petit, on repoussait les jeunes dans la scolarité. Et à la limite même, peut-être pourquoi pas les emmener dans le côté sportif. Mais tu peux être sportif et être très intelligent, et t'être documenté et avoir des diplômes. L'un n'empêche pas l'autre. Mais malheureusement, tant en tant, les choses sont faites un peu dans les quartiers, c'est mis tout sur l'école. sur le sport, le sport ou la musique. Et derrière, en fait, on tombe sur... Malheureusement, on tombe sur des jeunes qui n'arrivent pas à atteindre le but qu'ils doivent atteindre sportivement. Et derrière, ils ne savent pas quoi faire. Et même quand ils veulent faire des choses, il faut aussi comprendre que ces jeunes-là, ils sont blessés. Parce que dans leur tête, on leur a mis en tête, on leur a mis qu'ils vont finir à tel niveau.
- Speaker #0
Ouais, la chute est...
- Speaker #1
La chute, elle est trop violente.
- Speaker #0
Ouais, tu vois.
- Speaker #1
Et on en voit dans plein d'interviews et tout. Les gens en témoignent aujourd'hui. Et ça, c'est bien, tu vois. C'est aussi notre façon de toucher les jeunes. Tous ces podcasts, tous les gens qui parlent un peu de rue, de cité et tout, ils le font bien. Franchement, parfois, ça a plus de répercussions qu'un grand du quartier qui va te parler, tu vois.
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai. En vérité, le quartier, même partout où vous habitiez, là-bas, là-bas, là-bas, c'est les mêmes réalités.
- Speaker #1
C'est ça. Moi, je voulais revenir aussi un peu sur la musique, tu vois. La musique, elle joue un rôle important, tu vois. Moi, je suis quelqu'un qui écoute énormément de rap et je veux témoigner que la musique m'a mis dans des moods.
- Speaker #0
où des fois t'as envie d'aller braquer, des fois t'as envie d'aller draguer dans le bazar, des fois t'as envie d'aller te retrouver dans des bagas, juste parce que t'écoutes des sons et la violence des mots qui ressortent des sons.
- Speaker #1
La critique des émotions.
- Speaker #0
Et on néglige trop ça. Moi quand j'entends certains sons aujourd'hui, et je trouve que les paroles d'aujourd'hui sont encore plus crues qu'à notre époque, à notre époque c'était cru. Mais il y avait de la technique. Il fallait comprendre des fois pour comprendre. Il fallait chercher certaines structures de phrases et tout et tout. Aujourd'hui, quand tu entends des phrases comme « c'est pas nos mères qui vont pleurer, c'est ta mère qui pleure par rapport à la mort » , donc en gros, nos mamans vont pleurer après vos mamans parce que c'est nous qui allons te tirer dessus. Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? C'est-à-dire que là, on a symbolisé inconsciemment ou consciemment le fait que nos mamans pleurent parce qu'on meurt. On a normalisé le fait de mourir pour un quartier. Moi, je trouve ça vraiment ouf. Ces quartiers-là, ils n'appartiennent pas à nos parents. On n'en a aucune, vraiment. Voilà, on y vit, on s'y accroche.
- Speaker #1
On est locataire.
- Speaker #0
Mais on n'est que locataire dans ces quartiers-là. On n'est que de passage. Et on doit être que de passage.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Et malheureusement, aujourd'hui, on est dans quelque chose de... Voilà, on a mis le quartier à un niveau... Il y en a qui se battent plus pour le quartier que sur une relation avec Dieu par exemple. Il y en a qui écoutent plus des grands du quartier qui influencent les jeunes à faire n'importe quoi que leurs propres parents.
- Speaker #1
Il y en a beaucoup en fait, ils ne connaissent que ça malheureusement.
- Speaker #0
La musique ça joue. Parce que la musique quand toute la journée tu écoutes le rappeur qui te dit « Braque, 45 mm, toutes ces choses, eh ! » À un moment donné, tu te conditionnes, tu commences à marcher dans la rue, tu vois tout en mal, tu vois tout en... En plus, derrière, si dans cette musique-là, on vous pousse aussi à fumer, et c'est ce qui se passe dans beaucoup de sons, on pousse la jeunesse à fumer, les ballons, les ceci, les cela, le jeune, en fait, il est bousillé. Et après, on est les premiers à dire, oui, je ne comprends pas, ce jeune à 13 ans, il est déjà en échec scolaire, il fume déjà. Ben ouais, mais il faut contrôler ce qu'il écoute déjà et ce qu'il voit. Et ça, c'est à nous, les adultes, les parents, de contrôler ça. Un enfant de 13 ans, il ne peut pas s'autocontrôler sur ces choses-là. Il fait des choses par mimétisme. Il n'a pas le recul suffisant pour pouvoir dire, ah non, ça, c'est… Tu vois, c'est là où les parents rentrent en jeu. Ils doivent dire, attention, cette musique-là. Expliquer même.
- Speaker #1
Oui, l'expliquer, la prévention, ça ne serait pas mal.
- Speaker #0
La prévention.
- Speaker #1
Mais tu ne peux jamais être à 100%, je pense, derrière un enfant.
- Speaker #0
Tu ne peux jamais être à 100% derrière un enfant. Donc,
- Speaker #1
il fera toujours des choses dans ton dos.
- Speaker #0
C'est pour ça que je parle de vision. Avant de faire ton enfant ou pendant même, dès le début, il faut avoir une vision pour tes enfants.
- Speaker #1
Moi, je pense que c'est important. Excuse-moi de te couper. Là, je ne dis pas que j'ai la solution, que j'ai la science infuse, etc. Mais je pense que l'enfant, il faut l'occuper.
- Speaker #0
C'est une vision.
- Speaker #1
Ça, c'est une vision. Pour moi, c'est ma vision. Non, c'est une vision.
- Speaker #0
Occuper un enfant est une vision. C'est pour ça que je te dis que de base, tout part d'une vision. Pourquoi on fait des enfants ? Parce qu'on s'aime. Ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas suffisant. On fait des enfants parce que l'enfant, il doit atteindre une destinée, il doit atteindre une vision et toi, tu dois porter ça, l'accompagner pour qu'il puisse ensuite rentrer dans sa vision, rentrer dans sa destinée.
- Speaker #1
Parce qu'il puisse s'occuper, moi, il aura le temps de faire des choses. L'occupation. Le sport.
- Speaker #0
C'est une question simple, rapide. Est-ce que tu as grandi avec un de tes gars où il a toujours été en mode « Ouais les gars, moi je ne peux pas être là ce week-end. Ouais les gars, je ne suis pas là. » Mais en fait, quand tu lui demandes dans la profondeur où il est, il va te dire « Je suis en famille. Je fais faire quelque chose avec mes parents. » Tu as toujours un mec comme ça dans ton équipe. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai.
- Speaker #0
Tu verras que cet enfant-là, de manière générale, c'est le plus structuré. Il va peut-être par moment faire un peu comme vous, par mimétisme, parce qu'il est dans le cadre d'un groupe, donc il va essayer par moment de faire. ou pas du tout, il sera tellement des fois focus que ça ne marchera pas. Mais tu verras que souvent, c'est ces jeunes-là qui ont une culture générale assez impressionnante, qui sont ouverts au monde. Et donc, il faut occuper les enfants. C'est à travers les sorties, les voyages, la discussion,
- Speaker #1
la famille, la musique.
- Speaker #0
Exactement. Un enfant qui est occupé, il n'aura pas le temps de... il ne va pas chercher le manque dehors. Parce que souvent, quand on se retrouve dehors, c'est par manque. On a l'impression de manquer d'amour à la maison, donc on va aller le chercher dehors.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Tu vois ? Mais si tu es assez comblé et nourri dans ta vie par les parents, mais par toutes les personnes qui sont autour des parents, parce que des fois, par exemple, les amis des parents, ils ont un rôle important autour de l'enfant. Tu vois ? On dit toujours les parents. C'est des deuxièmes parents. C'est des deuxièmes parents, tu vois ? Toi, ton enfant, si je peux... Si j'ai la capacité et je peux l'emmener quelque part, qui va faire qu'il ne sera pas au quartier, mais qui va s'amuser sur d'autres messieurs-d'oeuvre.
- Speaker #1
Après, même au-delà de tonton, etc., il y a des gens comme toi qui sont éducateurs, etc., qui... se donnent ce rôle-là déjà dans les quartiers. C'est préloable de leur part. Et en tant que jeune issu du quartier, est-ce que tu trouves qu'il y a eu beaucoup d'initiatives qui ont été mises en place, etc., pour occuper justement les jeunes ?
- Speaker #0
Il y en a, il y en a. Ceux qui disent qu'il n'y en a pas, c'est faux. Il y en a énormément. Des fois même, ça vient de l'État aussi. Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Donc, il y en a. Maintenant...
- Speaker #1
Comme lesquelles, par exemple, que tu pourrais citer ?
- Speaker #0
Nous, en tant qu'éducateurs de rue, par exemple, on se doit de proposer des activités. On se doit de proposer des activités culturelles, sportives, aussi du loisir, tu vois ? Parce que le loisir, il ne faut pas en voir que du mauvais. C'est un accélérateur de lien, tu vois ? Des projets comme des chantiers éducatifs, par exemple, c'est ce qu'on propose aux jeunes, pour justement... entre guillemets, les réinsérer sur la voie professionnelle. Donc il y a des choses qui sont mises en place. Après malheureusement, des fois, ce n'est pas forcément bien communiqué aux familles.
- Speaker #1
Je pense qu'il y en a beaucoup qui ne sont pas au courant.
- Speaker #0
Il y a un manque d'informations, ça c'est une évidence. Parce que des fois, au-delà de dire aider les jeunes, des fois, il faut aider vraiment toute la famille. On focalise beaucoup sur les jeunes, mais des fois, c'est toute la structure familiale qu'il faut aider. Mais il faut, pour pouvoir aider la famille, il faut que la famille accepte l'aide et accepte les difficultés qu'elle rencontre. Tu vois, il y a des familles qui sont dans le déni, malheureusement. Donc c'est toutes ces choses-là qu'il faut déconstruire. Ça prend du temps.
- Speaker #1
Du coup, frérot, j'ai une dernière question un peu complexe, donc je me permets de te la lire. Et j'aimerais avoir ton avis sur ça. Est-ce que le manque de diversité des activités culturelles et de loisirs dans un certain quartier entraîne-t-il un phénomène de ghettoisation ? et de fermeture sur moi-même ?
- Speaker #0
Je vais dire oui et non. Oui, parce que quand il n'y a pas forcément d'activité culturelle et qu'il y a beaucoup trop de loisirs, le loisir, c'est bien, mais il y a un temps pour tout. Il y a un temps pour s'amuser et un temps pour s'instruire. Donc, il faut une s'amuser entre le loisir et le culturel. Et c'est vrai que dans certains quartiers, le loisir est beaucoup plus mis en avant que le culturel.
- Speaker #1
Et tu sais, ça serait dû à quoi tout ça ?
- Speaker #0
On est dans une société de consommation. Tu sais, même quand tu demandes aux jeunes, des fois, c'est sur lequel je suis beaucoup confronté avec les jeunes. C'est, vous voulez faire quoi comme activité, les gars ? Tout de suite, ils vont te dire quoi ? Disneyland, Parc Astérix, karting, laser games. Je te cite les quatre activités les plus en vogue chez les jeunes. Allez, si on sort du côté loisir, allez manger. Parce que c'est des choses qu'ils retrouvent souvent sur les réseaux sociaux. On a présenté aussi, c'est sorti comme des mœurs sorties. Nous, notre travail, c'est de déconstruire tout ça et de dire, les gars, on peut vous emmener, on fait une sortie, on va à la forêt de Sénard. Pourquoi ? Tout de suite, il y a une confrontation.
- Speaker #1
J'aurais kiffé.
- Speaker #0
Parce qu'on l'a présenté à l'école. On ne leur présente presque plus ça. Par manque de moyens, certains quartiers, certaines villes, il n'y a pas ces sorties-là.
- Speaker #1
C'est vrai, par rapport à ce que tu dis, nous, par exemple, notre quartier, les Épinettes-aux-Nettes, je trouve que, moi, en tout cas, je suis quand même plus jeune que toi. Il y a eu un avant-après, la maison de quartier. Au début, il y avait quand même des financements. On faisait des petites sorties, musée Grévin, on allait dans des zoos, etc. Après, j'ai l'impression qu'ils ont coupé les financements. Les sorties étaient beaucoup moins…
- Speaker #0
Non, il y a eu, mais malheureusement, aujourd'hui, on laisse, par exemple, dans certains centres pour les jeunes, on laisse Ausha aux parents de choisir même les sorties. C'est pas leur travail. Chose qu'on faisait. Chose qu'avant, nous, on disait, votre enfant, il est là-bas, il est chez nous de lundi à mercredi ou de lundi à vendredi. Tout ce qui va être proposé va être fait par le jeune. On forçait un peu l'ouverture d'esprit. Là, on dit aux jeunes parents, choisissez. Le parent, il va faire quoi ? Mon fils, il choisit quoi comme sortie ? Il va mettre les 3-4 sorties ou il va s'enjailler ?
- Speaker #1
C'est vrai, c'est vrai.
- Speaker #0
C'est ça, la différence. Pour moi, il faut qu'on attaque la mentalité des parents.
- Speaker #1
Tu penses que c'est ça le gros problème ?
- Speaker #0
Il y a des parents qui voient des fois même les éducateurs de rue comme des animateurs. Quand on va dire à leur enfant, on va aller au musée, les parents eux-mêmes vont te dire, je ne sais pas si mon fils sera disponible. Il va même trouver des excuses avant même de demander à son fils si c'est quelque chose qui pourrait lui plaire. Mais si je dis à un des parents, on va au parc Astérix et que c'est 30 euros la place, tu dis à des parents, ils vont trouver l'argent et ils vont dire ok. Ouais, tu vois. Donc c'est pour ça qu'il faut déconstruire certaines choses chez les parents. qui ensuite seront déconstruites par les enfants, qu'il ne faut parfois pas toujours donner le choix à l'enfant. On est beaucoup dans le choix. Il y avait une sortie, trois classes de CM2 doivent aller au Louvre. Mon gars, limite tu rates cette sortie-là, tu vas pleurer. Parce que quand les gens vont rentrer de la sortie, ils vont parler le lendemain.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Tu vois ce que je veux dire ? Moi aujourd'hui, Malheureusement, tu as certains parents qui collaborent avec des enfants pour ne pas participer à la sortie. C'est pour ça que pour moi, c'est toute une question de vision, chez les parents dans un premier temps et ensuite on descend chez les enfants. Donc il y a de la diversité dans certaines activités, mais est-ce que c'est pris ? Est-ce que c'est consommé correctement ? Ou est-ce que l'information passe correctement ? Tout ça, c'est des choses qui se discutent. Et après, malheureusement, si tu ne fais que des activités loisirs et que tu ne t'ouvres pas culturellement, tu rentres dans la victorisation. inconsciemment parce que ça, ça te nourrit. C'est près de toi, c'est proche de toi. Donc voilà, tu vois. Et par moments,
- Speaker #1
malheureux.
- Speaker #0
Et par moments, après, ça fait du coup un repli sur soi-même. Et ça, c'est dommage, tu vois. C'est pour ça que t'as beaucoup de jeunes où, moi, mon but, c'est on prend une voiture, on va loin. pour qu'ils voient juste qu'en voiture on peut totalement changer d'univers et s'ouvrir ailleurs. Là où tu n'arrives pas à t'ouvrir dans un quartier, tu peux t'ouvrir dans une autre ville. C'est important de sortir de ta zone de confort.
- Speaker #1
Les problèmes que tu as dans ta ville, tu ne les as pas forcément ailleurs.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Des fois, une station de bus, une station de train… La vie, elle est complètement différente.
- Speaker #0
L'aspiration, il y a trop de choses qui changent quand tu sors de ta zone. Et ça, il faut d'abord que l'enfant le vive pour comprendre. Il y a des jeunes, malheureusement, ils le vivent tard. D'autres qui ne le vivent pas du tout. Trop enfermés, trop bloqués. Et donc, c'est là où, comme je te dis, il faut déconstruire au niveau des parents certaines choses, il faut rétablir certaines choses. Et après, l'enfant, ça va se découler sur l'enfant. Après c'est un choix, un enfant aussi commence à grandir, il fait le choix.
- Speaker #1
C'est sûr, c'est sûr.
- Speaker #0
Tu vois ? En tout cas, avant de faire le choix, il aura exploré différentes choses. On ne pourra pas dire, je fais le choix de quelque chose où je n'ai rien vu.
- Speaker #1
On se doit de lui donner les armes après. On doit,
- Speaker #0
à un certain moment donné, l'éducation fait que l'enfant…
- Speaker #1
À part du principe qu'il y a l'éducation des parents, celle de dehors et celle que l'enfant se fera lui-même.
- Speaker #0
C'est ça, c'est une symbiose de tout ça et après l'enfant, il choisira en fait. Mais nous, on doit le pousser à apprendre. à faire le bon choix.
- Speaker #1
Avoir les bonnes bases.
- Speaker #0
C'est pour ça, dans cette discussion, j'espère qu'il y aura une partie 2, une partie 3 du coup. Mais je pense qu'il serait bien d'inviter aussi des jeunes de banlieue qui nous donnent aussi leur point de vue. Comme ça, on pourra vraiment bien les joindre.
- Speaker #1
On est un peu neutre dans ce cours-là.
- Speaker #0
Il faudrait aussi avoir, il faudrait que le public, il ait aussi un jeune qui donne son point de vue et qu'on déconstruise tout ça un peu autour d'une table. ça peut être intéressant je pense.
- Speaker #1
Je suis d'accord. Ça a été un plaisir.
- Speaker #0
Toujours, on va partager. La janta ! Il y a mon story, pop-up !
- Speaker #1
Toujours, toujours.
- Speaker #0
De toute façon, on essaie de se recaler. On va se recaler un autre temps et inviter des personnes qui ont été actives dans la cité, dans le quartier, qui pourraient nous apporter des... leur point de vue et comment ils ont réussi à sortir aussi de ça, parce qu'il y a des réussites dans tout ça bien sûr,
- Speaker #1
bien sûr,
- Speaker #0
bien sûr il faut aussi parler des réussites,
- Speaker #1
c'est très important merci en tout cas merci à toi mon frérot, paye à mon story on entend le marathon continuer le marathon continue