Speaker #0Salut, moi c'est Julien, et j'ai une question, un peu brute mais sincère. Est-ce que tu t'es déjà demandé si t'allais être à la hauteur comme moi ? Pas en mode super-héros, non, Ceux-là, on les a rangés, définitivement. Mais juste être là, faire ta part, ne pas passer à côté. Moi, je me l'ai supposé plusieurs fois, et pas qu'avant la naissance. Parfois même encore aujourd'hui, des années plus tard. C'est pour ça que j'ai eu envie de créer ce podcast. Pas pour t'expliquer la vie, pas pour te rassurer à tout prix, mais pour te partager des bouts de mon histoire, des vrais. Et peut-être t'aider à te sentir un peu moins seul. Parce que devenir père, c'est pas un statut qu'on obtient, c'est un glissement. Parfois doux, parfois brutal et souvent flou. Très flou. Mon premier enfant, Henri, il est né il y a 9 ans. J'étais là, je faisais ce qu'il faut. J'étais présent au rendez-vous, je lisais des bouquins, je montais des meubles Ikea, j'ai monté la table à langer et évidemment, j'ai mis les tiroirs à l'envers. Mais à l'intérieur de moi, j'étais ailleurs. Je me disais, je fais tout bien, je coche les cases, mais je ne ressentais rien. Ou plutôt si, du flou. Du doute et un peu de honte. Personne ne m'avait dit qu'on pouvait se sentir comme ça. Et moi, je ne sais pas trop en parler. Pendant la grossesse, tout tournait autour d'elle. Deux. Et moi, j'étais là, mais en transparence. Toi aussi, tu l'as ressenti, ça ? Cette impression d'être spectateur de ta propre histoire ? La vie a continué. Elle m'a bousculé un peu. J'ai rencontré Noémie. Elle avait déjà deux enfants. Être beau-père, c'est un chantier à part. Tu veux bien faire, mais t'es pas leur père. Tu veux être là, sans déranger. C'est du funambule émotionnel. Un pas, un autre, tu observes, tu ajustes, tu espères, et parfois, tu gagnes leur confiance. Lentement, profondément. Puis on a eu notre enfant, ensemble. Un tout petit bonhomme. Un accouchement à la maison, et là, c'est moi qui l'accueille. Littéralement. Il est né dans mes mains. Ses doigts ont agrippé les miens, par réflexe. Ses yeux se sont ouverts et là, un vertige. Un truc énorme m'a traversé. Et une question que je ne me suis jamais vraiment posée avant. Mais, j'étais père depuis quand en fait ? Ce jour-là, j'ai compris un truc essentiel. La paternité, ce n'est pas un bouton on-off. Il n'y a pas de diplôme, pas de cérémonie. Il n'y a pas de moment clair qui dit, c'est bon, t'y es. C'est un mouvement. Un tissage, parfois invisible. Et tu peux être déjà en train de devenir père sans le savoir. Moi, j'attendais un déclic, un signal, un « voilà, ça y est » . Mais en fait, j'étais déjà dedans, dans les gestes hésitants, les nuits blanches, les pensées en boucle, même dans mes silences gênés. Et peut-être que toi, aujourd'hui, tu ressens ce flou, ce décalage. Cette impression de « pas suffisant » . Mais rien que le fait d'y penser, c'est déjà une preuve. Tu bouges, tu observes, tu écoutes. Tu es déjà en chemin. Et c'est là que commence ce podcast. Pas quand tout est prêt, mais quand toi te demandes « et maintenant, je fais quoi ? » Tu n'as pas besoin d'avoir un plan. Tu n'as pas besoin d'être parfait ni prêt. Ce que tu vas construire, ce sera le tien. Avec tes forces, tes doutes, ton histoire. Moi, je suis un papa un peu taiseux. Je parle quand c'est vraiment nécessaire. Je fais des câlins souvent maladroits. Je suis là dans les tempêtes, mais je les appelais lingettes tout le temps. Je déteste les jeux de société. Mais je suis là pour les grosses questions. Pourquoi je suis triste, papa ? C'est sans doute pas le modèle rêvé, mais c'est moi. Et ça suffit. Et toi ? Tu le sais peut-être pas encore, mais laisse-moi te poser une question. Quel genre de père tu veux être ? Pas ce qu'on attend de toi, pas celui que t'aurais voulu avoir. Non mais toi. Vraiment toi. T'as pas la réponse ? C'est normal. Mais laisse-la exister. Elle fera son chemin. Ce podcast, c'est pas une méthode, c'est pas un tuto, c'est pas un manuel non plus. C'est un espace, un endroit pour dire ce qu'on dit rarement. On va parler de cette pression silencieuse qui nous colle aux épaules, de ce qu'il se passe vraiment dans le corps et dans la tête de ta partenaire, de l'accouchement, vu depuis le banc de touche ou le bord du lit, des premières heures où tu ressembles à rien, et des petites victoires, celles qu'on oublie de célébrer. Et surtout, on va essayer de construire ensemble une paternité qui ne ressemble à personne, juste à toi. Merci d'avoir écouté ce premier épisode. S'il t'a touché, parlé ou simplement ouvert une porte, alors c'est déjà énorme. Et si tu connais quelqu'un, un ami, un frère, un collègue, qui s'apprête à devenir père, partage-le lui. Parlez-en. Peut-être que lui aussi, il se pose les mêmes questions que toi. Peut-être qu'il a besoin d'entendre qu'il n'est pas seul. Dans le prochain épisode, le numéro 2, on parlera de cette obsession de bien faire et de comment parfois, vouloir trop bien faire, ça peut tout faire foirer. Allez, à bientôt. Et surtout, quoi que tu vives là maintenant, tu fais de ton mieux. Et ça, c'est déjà énorme.