- Speaker #0
Au chalet, il y a chute fond,
- Speaker #1
garde terminus, tout le monde descend, s'il vous plaît.
- Speaker #0
Quand je suis arrivé ici pour la première fois, je me suis dit, enfin je trouve un endroit où on me prend vraiment comme une personne. Chaque fois que je viens ici, je suis vraiment très contente et la maison de santé, ça m'a fait un grand bien. Il ne faut pas aller, il faut les entendre. Pour être en bonne santé, si on peut faire ça, moins c'est la santé, moins la santé est un bon truc.
- Speaker #2
Parcours de soins au cœur de la maison de santé. Épisode 1. La porte d'entrée. Ce n'est pas tout à fait une maison ni un hôpital. Pourtant, à la Chaux-de-Fonds, perché dans un immeuble, se niche la maison de santé. un lieu d'accueil créé par Médecins du Monde pour assurer l'accès à la santé des personnes migrantes ou sans papiers. Il y a les douleurs somatiques ou encore les traces psychologiques laissées par les événements au pays durant le trajet ou la procédure d'asile. Derrière la porte, l'équipe administrative, médicale et infirmière accueille, prend soin, écoute et accompagne. Tour à tour, celles et ceux qui font ce lieu m'expliquent comment la maison de santé est devenue au fil du temps Un point de repère dans le parcours de soins de personnes aux situations de vie complexes, impactant souvent leur santé physique comme mentale.
- Speaker #3
Oui, c'est la maison de santé. Vous pouvez rappeler à la maison de santé dès demain matin. Il y a quelqu'un qui va vous répondre et qui va vous organiser un rendez-vous. Voilà. Ok, super.
- Speaker #4
Merci bien.
- Speaker #1
Au revoir.
- Speaker #3
Je suis infirmière responsable à la maison de santé. Donc le projet, il a commencé en 2013. Une enquête a mis en évidence la nécessité de mettre des compétences médicales et paramédicales dans les centres de requérants d'asile pour... qui est une meilleure prise en charge de la santé des requérants d'asile. Donc c'est Médecins du Monde qui a été mandaté par la santé publique pour faire ça. C'était la première fois en fait que les collaborateurs du service d'immigration en charge de l'hébergement et de l'assistance aux personnes requérantes d'asile se voyaient travailler avec une infirmière. J'étais présente dans le centre pour recevoir les gens en consultation, évaluer la situation au niveau somatique, au niveau psychique. Et puis je faisais un maximum de choses avec... mes compétences infirmières, avec une pharmacie de famille. J'orientais dans le réseau médical quand il y avait besoin. Jusqu'à la crise migratoire de
- Speaker #1
2014-2015. Voilà. Pour la ordonnance, c'est tout bon ? Je suis infirmière, je travaille à la maison de santé depuis octobre 2015. Je suis arrivée au moment où il y avait le flux migratoire de Syrie et aussi d'Irak, donc on avait beaucoup beaucoup de demandeurs d'asile. Et quand on allait dans les centres, on n'avait vraiment pas de lieu spécifique, on devait se mettre dans le bureau du directeur pour faire les consultations médicales. Quand on arrivait, il y avait des files d'attente de 20 personnes au moins, donc c'était un peu compliqué de se déplacer à chaque fois. Et on a voulu uniformiser un peu avec la santé publique. Ils nous ont proposé la maison de santé.
- Speaker #5
Quand j'ai commencé, je m'occupais comme infirmière des personnes sans papier et sans assurance. Puis ensuite, on s'est rejoint avec mes collègues qui s'occupaient des requérants d'asile en créant la maison de santé en 2016.
- Speaker #1
Du coup, on a fait une maison de santé pour tout le monde. On a un bus d'intimité, on peut prendre le temps qu'il nous faut pour les écouter et les orienter. Là, on a des bureaux quand même adaptés, on a trois bureaux d'infirmières, un salon d'accueil, on a créé un petit vestiaire, donc ici c'est vraiment un lieu d'accueil. Je vais juste vous donner le pass pharmacie. Vous pouvez aller juste après.
- Speaker #4
Je suis référente santé pour Médecins du Monde Suisse à Neuchâtel. Médecins du Monde a un mandat de prendre soin des personnes qui sont pour des circonstances de la vie précarisées, exclues. Dès le départ, l'objectif était vraiment non pas de se substituer au système de santé existant, mais de permettre de... répondre aux besoins particuliers de cette population qui ne peut pas, comme le reste de la population, accéder aux médecins à l'hôpital. Parfois c'est par manque de connaissances du système, parfois c'est par manque de ressources financières. Le but de la maison de santé, c'est vraiment de faire le petit pas en plus qui permette à cette population d'accéder aux soins au même titre que le reste de la population.
- Speaker #1
On est intermédiaire entre les organismes médicaux et les centres de requérants d'asile ou de personnes sans papier. Comme ils arrivent ou ils sont parfois à la rue ou ils ne savent pas où aller, en tout cas en matière médicale, ils ne savent pas s'ils peuvent aller aux urgences, s'ils vont devoir payer, comment l'assurance va marcher, tout ça. Donc nous, en fait, on est un peu un point de liaison, de coordination. Tout ça entre les gens, les centres, les organismes médicaux, nous on fait le lien.
- Speaker #4
Chacun amène dans l'équation ce qu'il sait faire de mieux. Le gynécologue sait faire des consultations gynécologiques, l'hôpital sait s'occuper des urgences, la maison de santé sait accueillir et orienter les personnes qui viennent à elle.
- Speaker #1
Là nous arrivons,
- Speaker #6
on va dire,
- Speaker #4
qu'il y a tous les médicaments.
- Speaker #6
qui sont commandés par les infirmières. Quelquefois, les pharmacies peuvent nous donner des médicaments. On a un réfrigérateur là-bas, à côté des médicaments, qui sert pour tout ce qui est vaccins. Je suis chargée d'administration. Je planifie pour la maison de santé des rendez-vous infirmiers. Nous recevons de la part des centres ou de la part d'autres partenaires médicaux des demandes de rendez-vous pour des personnes qui sont sans papier ou requérantes d'asile. J'organise la traduction s'il y a besoin pour le rendez-vous, parce que bien souvent la personne ne parle pas le français, donc il faut organiser une traduction. Il y a des personnes qui viennent, ce n'est pas pour du médical, c'est pour avoir des renseignements sur des prestations sociales qu'elles pourraient obtenir, ou tout simplement elles ont besoin un petit peu d'aide administrative. Alors les consultations de psy, il y en a énormément. Il n'y a pas de place avant un mois et demi, donc c'est vrai que ça ne désemplit pas. De plus en plus, on a des demandes pour des consultations avec notre psychologue.
- Speaker #7
Je suis psychologue. Quand je suis arrivée ici, on arrivait encore faire un suivi de tous les deux semaines, mais maintenant, récemment, la demande est beaucoup montée. Il y a un facteur qui est lié aux saisons. Quand il fait beau, le trajet est quand même plus facile pour arriver ici. C'est une des raisons que j'ai entendues à parler. Après, bien sûr, il y a aussi la situation dans d'autres pays qui ont de pire en pire. Donc les gens, ils cherchent quand même un chemin pour survivre.
- Speaker #0
Je suis arrivée avec ma fille qui avait des difficultés. Tous les deux, on a eu beaucoup de problèmes. Je ne savais pas avec qui me tourner, comment m'y prendre et tout. Il y a une association catholique à Lausanne qui m'a plutôt donné les coordonnées pour la maison de santé. Ils m'ont beaucoup aidée. Aider ma fille qui avait besoin vraiment de soutien moral et psychologique. Moi aussi, donc ils nous ont beaucoup aidé et soutenu.
- Speaker #3
Dans l'histoire du requérant d'asile, la rencontre avec la maison de santé est pour lui le moment où il est arrivé dans le pays de destination le plus souvent. Il est passé le centre fédéral où il a pu raconter, expliquer pourquoi est-ce qu'il vient demander protection en Suisse et qu'en fait il a été du coup affilié à un canton qui est le canton de Neuchâtel. Quand il est dans les centres, eh bien c'est à ce moment-là qu'il va rester là pendant... au moins six mois. Devant lui, il a ça comme perspective. Nous, c'est à ce moment-là qu'on le rencontre ou qu'il nous rencontre. On sait que c'est un moment qui peut être très chargé. Donc, soit c'est le moment où la personne, elle lâche tout, puis elle raconte son histoire. C'est là que le patient, il rentre dans une nouvelle étape de son parcours migratoire, parce qu'il dépose, il va sentir tout ce que... Tout ce que ça lui fait, il va intégrer tout ce qui s'est passé à ce moment-là.
- Speaker #1
Aujourd'hui,
- Speaker #0
on se pose, parce qu'il y a eu une demande d'un seul livre pour vous, vous venez pour une problématique particulière. Qu'est-ce que vous avez ?
- Speaker #3
Tout ce qu'on fait ici est gratuit et confidentiel. L'accès à la santé ou aux soins, on le garantit parce qu'il n'y a quand même pas cette notion d'argent. Par exemple, pour les sans-papiers, on compte quand même sur un réseau médical, paramédical de personnes volontaires. La permanence à la maison de santé, elle est ouverte tous les matins de 9h30 à 12h30. Et le mercredi, c'est une journée qui est consacrée à des rendez-vous planifiés.
- Speaker #4
C'est là où je pense que c'est très utile d'évoquer un tout petit peu la notion de seuil d'accès et de basseuil. C'est toutes les mesures qu'on met en place pour permettre que des gens qui ont des besoins différents puissent accéder aux mêmes prestations. C'est les enjeux organisationnels, financiers, de langue, parfois simplement de gêne ou de peur d'être rejetés qui font qu'on ne peut pas accéder aux soins de santé, aux docteurs ou aux urgences comme d'autres personnes. qui sont levées dans le cadre de la maison de santé.
- Speaker #3
Dans cette logique d'accueil, d'accueillir, on a besoin aussi de dire, ben voilà, on est là, on réceptionne, c'est possible, c'est ouvert. On donne le message en fait que la personne peut venir quand c'est bon pour elle, quoi. Sans devoir prévenir qui que ce soit ou exiger en fait d'organiser forcément pour venir parler de sa santé. Par exemple, avec Amandine Chaleur, la doctoresse qui reçoit les requérants d'asile qui ont une assurance maladie, elle a une vision aussi de... soin des migrants est égal à soin de la population suisse. Il y a un problème de santé, on va faire la même chose pour un migrant à requérant d'asile que pour n'importe qui d'autre. Bien sûr qu'il y a cette spécificité, la définition de la personne requérante d'asile, c'est tous des éléments qui teintent certaines difficultés dans les prises en charge et en même temps, ce sont des personnes qui ont des droits au même titre que n'importe qui. On défend les droits de ces personnes-là parce que sinon, qui va le faire aussi ? Si on estime qu'une personne a besoin de soins, on va faire le nécessaire pour qu'elle accède à ces soins.
- Speaker #5
Ils changent d'assistants sociaux, ils changent de lieu de vie, mais la maison de santé, elle ne change pas, elle ne bouge pas. Donc il y a des gens qui nous utilisent comme repères dans ces changements qui ont lieu pour eux. Pour nous, la santé, ce n'est pas juste ne pas avoir le nez qui coule ou avoir pas mal à quelque part, mais c'est aussi tout le côté de ne pas se sentir isolé, peut-être d'avoir une activité physique. d'avoir des liens avec d'autres personnes, de se sentir utile. Enfin voilà, pour nous, ça fait partie de la santé. Alors c'est vrai que quand quelqu'un vient avec un problème somatique, physique, on va d'abord trouver des solutions pour ça. Dans un deuxième temps, ou des fois au même moment, on se questionne sur est-ce qu'ils se sentent bien ? Est-ce qu'ils ont des liens avec d'autres gens ? Est-ce qu'ils font des activités ? Est-ce qu'ils ne se sentent pas isolés ? Enfin voilà, pour nous, ça fait partie du bien-être et de la santé générale de la personne. Donc oui. On donne beaucoup d'adresses d'associations, par exemple Récif qui propose des activités pour les femmes migrantes.
- Speaker #1
Vous ne sortez pas ?
- Speaker #0
Je ne sors pas. Je sors pour m'amener à l'AV. Je n'ai pas de personne. Je n'ai pas de relation ici.
- Speaker #1
Vous pouvez aller à la marge. Le Châtel, c'est une association. Le Vendredi d'Histoire, il faut en dire pas, il y a du monde. C'est tout à fait transparent, anonyme. Et c'est super. Allez-y. Alors, ils font aussi une aide juridique le samedi après-midi. Mais sinon, c'est ouvert le mercredi de 14h à 16h. Par exemple, dans les hôpitaux ou dans un centre médical, tout de suite, ça va être, on fait une prise de sang, on va faire une radio. On va avoir des examens spécifiques pour analyser les problèmes. Nous, avant ça, on a une écoute, une anamnèse. Est-ce qu'il a mal à la tête ? Est-ce que vous dormez bien ? Comment vous mangez ? Toutes les questions qui sont relatives à la santé et qui permettent d'avoir après un diagnostic médical plus précis ou toutes ces questions relatives au physique. et au mental sur, par exemple, le trajet de vie, le trajet migratoire aussi, ce qui s'est passé. C'est un ensemble de questions pour pouvoir être le plus précis possible dans la réponse médicale et psychologique. Par exemple, ce matin, j'ai reçu un monsieur qui avait mal au ventre. C'est un monsieur que je connais dans une situation assez difficile au niveau de son permis de séjour. Il doit être renvoyé dans son pays, etc. Puis en fait, il m'a parlé pendant 45 minutes. Donc ça, on a pris le temps de parler. Et à la fin, je lui ai donné un petit traitement pour les maux d'estomac.
- Speaker #7
Souvent, ils ont des symptômes de stress post-traumatique. Ils ne dorment pas bien. Après, ils ont des ruminations, des cauchemars. C'est pour ça qu'ils viennent consulter. Après, par discuter, ils commencent à parler de leur vécu. Et puis c'est par là... Quand on commence à verbaliser des ressentis, on verbalise la difficulté, on laisse les émotions sortir pour que le cerveau arrive à digérer.
- Speaker #5
C'est le déracinement, c'est ce que vous avez vécu au pays, sur le trajet, qui peut être douloureux. D'en parler, ça met les choses à l'extérieur. Ça ne règle pas les problèmes, les souvenirs vont rester, mais ça permet une forme de soupape, une forme de soulagement.
- Speaker #7
Mais pas tout le monde arrive à... reparler de ça. Parce que déjà, parler de leur histoire, il faut beaucoup de courage. Et puis beaucoup d'entre eux, quand ils n'ont pas la stabilité, ils ne peuvent pas.
- Speaker #5
Il y a tout ce travail qu'on doit faire aussi, de dire que ce n'est pas parce qu'on vous propose de voir une psychologue que vous avez un problème psychiatrique ou psychologique. C'est des fois simplement le contexte qui fait. que vous ne vous sentez pas bien, qu'il y a un problème de sommeil, qu'il y a des cauchemars. Les gens souffrent quand même aussi beaucoup de toute cette machine étatique qu'est l'asile. Il y a du bon, il y a du moins bon. Les gens peuvent des fois en souffrir. On est souvent assez impuissants en face des gens. Donc il faut aussi gérer cette impuissance. Et puis rester quand même dans le lien, dans le soin. Continuer à, malgré tout, rester à l'écoute, rester ouvert et accueillir la parole.
- Speaker #2
Parcours de soins au cœur de la maison de santé, en podcast de Médecins du Monde, écrit et réalisé par Sarah Gebalma. Mise en onde, Gérald Wang. Un grand merci à Manon, Anne-Lise, Stéphanie, Nicole, Valérie, Micheline et Vanlisa pour leurs témoignages.