- Speaker #0
Ça va ? Ça va bien. Mobilisés par la maison de santé, un réseau bénévole accompagne les personnes sans papier face à l'incertitude qu'ils et elles vivent, tintant leur santé et leur prise en charge. Les équipes infirmières se rendent également sur le terrain, notamment au centre d'accueil pour recréants d'asile à Tête-de-Ran, dans la montagne. Elles y rencontrent celles et ceux qui, arrivés dans le canton, attendent des réponses à leur demande d'asile. Dans l'intervalle, elles s'activent pour assurer leur accès aux soins. Au cours de leur visite, les enjeux et difficultés traversés pesant sur leur santé physique comme mentale se précisent. Entre deuil de leur vie passée, précarité matérielle, sociale et enjeux d'intégration.
- Speaker #1
Je suis médecin généraliste, superviseur de la consultation des sans-papiers. Quand j'ai réduit un peu ma consultation au cabinet, je me suis dit, je peux offrir un peu de temps à la maison de la santé. Les sans-papiers, à part ici, ils n'ont pas tellement de points de chute. L'accès aux soins est compliqué pour ces personnes.
- Speaker #2
Moi, j'ai des problèmes de santé. Je ne sais pas, la tête, je me sens très mal à la tête. Mon corps me chauffe. La poitrine, ça me choque tout le temps. La nuit, ça me dérange. Sinon, je devais faire d'autres analyses, je me situe en tête pour voir ça. Mais je n'ai pas de papier.
- Speaker #1
Beaucoup d'entre eux, je vais les voir une fois ou deux fois, pour des problèmes ponctuels qui vont se résoudre, soit de même, soit avec une intervention thérapeutique, généralement assez mineure. Même si on a aussi quelques passants chroniques ici, jeunes ou moins jeunes, c'est vrai que beaucoup de ces personnes sans papier prennent de l'âge, si leur situation ne se régularise pas, vous développez les mêmes problématiques que la population générale du fait de l'âge qui avance. Bon, c'est pas la cata, c'est pas très loin de la norme, même sans médical. Je crois que c'est mieux qu'un chino, qu'un tabletteur, mais il faut pas rester des personnes pareilles. Il y a tout un monde sirene.
- Speaker #3
La plupart des sans-papiers dans le canton de Neuchâtel n'ont pas d'assurance maladie. Donc on a dû créer un réseau de professionnels de santé bénévoles qui est d'accord de les voir sans se faire payer. Donc on a une trentaine de professionnels bénévoles, entre des médecins, des spécialistes, ça peut être, on a une nutritionniste. Quand il y a une urgence, un suivi de grossesse, une opération, pour une personne qui est sans-papier, on a dû créer des accords avec l'hôpital pour qu'eux, en fait, ils acceptent de les recevoir. Et puis on a mis en place des fiches de liaison. Quand la personne arrive à l'hôpital, il y a un code au niveau de la facturation qui se crée. Et puis ils savent que ces factures-là doivent soit nous être envoyées, soit envoyées dans un fonds social du canton de Neuchâtel pour paiement. Donc on assure quand même une gratuité pour des prises en charge à l'hôpital pour une personne sans papier. Il n'y a pas de moyens, pas d'assurance, c'est comme ça.
- Speaker #2
Je n'ai pas de papier, pas de boulot. Au moins minimum, la santé, les paies médicales, c'est très difficile. Il faut faire avec, il faut rester comme ça, il faut tenir le coup.
- Speaker #1
Situé qu'il y a une problématique anxieuse, il y a des problématiques somatiques en fin de compte. Chez certaines de ces personnes, c'est particulièrement marqué, parce qu'effectivement, la précarité de leur situation, la peur d'être appréhendé dans la rue un peu n'importe quand, rajoute une sacrée dose d'anxiété.
- Speaker #2
L'ordonnance,
- Speaker #1
vous l'avez reçue ? Oui. En fait, il ne contemple évidemment, vous pouvez aller directement à la pharmacie avec cette ordonnance, puis il vous les redonne. Je vais juste regarder si on a un peu de réserve ou pas. D'accord ? Merci. Quelques situations qui me viennent en tête, comme ça, un qui est d'origine maghrébine, 23 ans, qui est diabétique de type 1, donc c'est un diabétique de l'enfance. Il est insulino-dépendant. Ça fait 4 ans qu'il a quitté son pays. Il vit un peu comme ça, à la marbre. Il vit essentiellement dans la rue. Parfois hébergé chez des compatriotes. Sans qu'il ait vraiment de délivrance assurée, régulière d'insuline. Vitale pour lui. Sa préoccupation principale, c'est de trouver à manger, trouver un toit, puis trouver de l'insuline. Une des ressources pour lui pour trouver un semblant de stabilité thérapeutique, c'est de se faire emprisonner. Parce qu'en prison, il a une alimentation régulière, puis il a une délivrance régulière d'insuline aux doses dont il a besoin. C'est son ultime ressource, quelque part. Actuellement, on a fait un bilan, il n'a pas de lésions établies de complications diabétiques, parce qu'il a été très bien traité dans son pays. J'ai cru entendre qu'il avait des gros problèmes familiaux, qu'il empêche d'y retourner. C'est quelqu'un qui finalement ne peut pas se projeter dans l'avenir, il n'a pas de projet à moyen terme.
- Speaker #4
Je m'appelle Manon Duet, je suis maître d'enseignement à la Haute École de Santé de Fribourg. Je travaille aussi à titre bénévole en tant que présidente de l'association PROSA. On agit vraiment pour la promotion de la santé mentale en Suisse romande. L'Organisation Mondiale de la Santé définit la santé mentale au sens large, comme un état de bien-être mental qui va nous permettre d'affronter les sources de stress qu'on aura dans notre vie.
- Speaker #5
À la maison de santé, je suis psychologue et je propose des entretiens de soutien psychologique avec les requérants d'asile ou si des personnes sont en papier. Je peux dire que dans nos 9% de temps, c'est qu'il y a beaucoup d'impuissance. On ne se rend pas compte parce que pour nous, on a cette stabilité, on a le droit de rester, de travailler, de former une famille ou avoir un toit. Même si on va au chômage, on a quelque chose. Mais pour ces personnes-là, ce qui est difficile, c'est qu'ils n'arrivent pas à se projeter. Parfois, je vais aussi sur le terrain. De temps en temps, je vais à la tête de rang aussi pour garder un lien avec les assistants. Parfois, il y a des requérants d'asile qui ont besoin de voir une psychologue, mais ils n'ont pas encore explicité la demande. Dans la plupart des cas, c'est des infirmières en première évaluation avec les personnes qui arrivent au canton. posent toujours la question est-ce qu'ils aimeraient voir une psychologue ? Si la personne est OK, elle fixe un rendez-vous chez moi.
- Speaker #3
Qui c'est qui conduit ? Je vous demande. Je suis la madame. OK, OK, on va venir.
- Speaker #1
C'est bon,
- Speaker #3
L'idée, c'est de vraiment maintenir un lien avec les collaborateurs sociaux qui sont vraiment sur place, qui sont en contact tous les jours des requérants d'asile pour que les infos passent bien, que ça soit fluide.
- Speaker #6
Comme on est un peu isolé, il y a un service de bus navette qui fait la liaison entre le centre, ici à Tête-de-Rent, et la gare des Houges-Neuvets. Précédemment, il y avait des centres qui étaient installés au cœur du village. Et on s'est tous retrouvés ici, dans cette structure sur la montagne. C'est un ancien hôtel. Alors il y a très peu d'espace communautaire pour une respiration, pour permettre aux gens d'étudier, leur lieu de vie étant des petites chambres qui par le passé hébergeaient un couple, deux personnes. Puis tout d'un coup, on a mis des lits à étage. Donc, ils sont quatre. Donc voilà, on a une centaine de personnes actuellement. On a un petit réfectoire en bas, un petit espace de loisir ici. Mais c'est clair qu'en soirée, quand les enfants ont envie de jouer, de courir, et qu'en même temps, il y a des personnes qui veulent jouer au ping-pong, c'est vite des activités qui viennent un peu d'une opposition, une confrontation.
- Speaker #7
Pour ce qui concerne la santé mentale des usagers de la maison de santé, ils sont de la même manière que pour tout le reste de leurs problèmes de santé. plus exposés. Ils ont vécu souvent des traumatismes, ils ont vécu des séparations avec leur milieu de vie, d'origine, avec leur culture, avec leur environnement social. Ils se retrouvent dans un système dans lequel ils sont peut-être discriminés, stigmatisés, isolés. Peut-être qu'ils sont aussi porteurs de maladies psychiques préexistantes ou révélées par les difficultés de la vie quotidienne, mais l'environnement et le système... statut social, qui est quand même ce qui différencie ces personnes du reste de la population, agit beaucoup, beaucoup, beaucoup sur notre santé mentale.
- Speaker #2
Six ans et six mois, j'habitais en Suisse. Quand on est à Fribourg, j'ai beaucoup d'activités. Le français, avec l'ORS, avec Croix-Rouge, j'ai beaucoup de certificats. Après, j'ai fait le stage au magasin Caritas. C'est à Fribourg aussi. J'ai travaillé comme traducteur parce que je parle quatre langues. 29 juin 2022, un second et toute ma vie s'est changée. Comme j'ai dormi, la police qui prend moi, avec la monnaie, ces 10 personnes qui cassaient la porte. Et ça c'est la panique, chaud pour moi parce que je dorme à ce moment. Il m'a dit non, vous avez beaucoup de négatifs, c'est pas possible, vous restez là. 2022, c'est 29 juin, oui. Pour moi, c'est très compliqué parce que j'ai oublié, ça c'est comme un cauchemar pour moi. Parce que chaque fois, attaqué moi psychologiquement pour retour en Géorgie, je bois beaucoup d'alcool, aussi j'ai fumé du cannabis, et après j'ai réfléchi pour le suicide, et après j'ai hospitalisé à Marsens. Et la chef de clinique, elle m'a dit aussi, vous ne pouvez pas stresser, calme, parce que vous partez en Géorgie, parce que maintenant vous avez le psychologue. Chaque semaine, vous allez là et discutez et prendre le médicament.
- Speaker #7
Les conditions de vie très larges, l'environnement législatif, le contexte économique, l'accès au marché du travail, tout ça, c'est des choses qui ont un gros... impact sur la santé et sur la santé mentale et où généralement les populations en situation de migration sont disproportionnellement affectées. La santé mentale est vraiment très imprégnée de l'environnement de vie, de l'environnement social dans lequel on est. Et l'idée, c'est qu'on ne peut pas prendre soin des symptômes et les renvoyer dans les mêmes conditions de vie qui les ont rendus malades.
- Speaker #3
Appel pour un jeune homme turc d'une vingtaine d'années qui ne va pas bien. La problématique de fond, il ne va pas pouvoir la régler parce qu'il l'a malheureusement à l'enregistrement en Suisse. Donc c'est en fait mercredi passé qu'il a été séparé de son frère de cœur, comme il l'appelle. C'est la famille avec qui il a grandi en Turquie. Et puis je crois que les parents et la sœur sont arrivés le jour avant et son frère de cœur et lui sont arrivés le jour d'après. Donc ils commis son majeur. Ils ont été considérés comme chacun des numéros de requérants séparés, donc traités complètement indifféremment, sans tenir compte qu'ils étaient ensemble. Ça arrive souvent, malheureusement. Et puis ça, c'est vrai qu'il le gère super mal. Le sommeil, il est angoissé. Il a des moments dans la journée où quand il pense trop à ça, il arrive à la peine à respirer. Alors ça ne va pas jusqu'à la grosse crise d'angoisse, mais il n'est pas bien. Et puis je lui ai quand même donné trois comprimés aussi de Valverde et des tentes. Alors, j'en ai donné peu, histoire qu'on évite un souci, qu'il en prenne trop, mais je pense qu'il aurait besoin d'être écouté. Super. Mercredi 15 à 14h30. Je vous remercie beaucoup. Au revoir. Ici, on n'a pas assez d'intimité pour qu'il puisse pleurer. Il y a du monde qui passe, ça ouvre, ça ferme. Enfin, ce n'est pas possible, en fait. J'ai pris rendez-vous au centre d'urgence psychiatrique à la Chaux-de-Fonds. Comme il évoque, pas vraiment des idées suicidaires, mais des idées d'automutilation. Il faut quand même qu'ils puissent être vus, évalués, voir comment ils peuvent l'aider. Est-ce qu'ils peuvent être déjà écoutés avec une traduction qui est professionnelle ? C'est un peu ça l'idée.
- Speaker #4
En Suisse, la santé mentale est un immense tabou. Dans certaines cultures, le mot santé mentale, c'est encore un gros mot. Peut-être que ça le restera parce que c'est culturel en fait. La santé mentale peut être alliée à la folie dans certains pays. De comprendre ça, on va adapter notre langage. La façon dont on va parler à la personne, ça va être complètement différent. C'est clair qu'un interprète communautaire, par exemple, déjà il sait parler la langue de la personne, mais il connaît souvent la culture dans laquelle la personne a vécu. Du coup, il peut vraiment adapter son discours en fonction.
- Speaker #2
Ça va mieux, mais chaque nuit, il a de la douleur. La police a beaucoup frappé moi, ma gauche, et peut-être c'est le muscle. C'est bloqué chaque fois, mal. Le médecin m'a dit, le radio, le résultat, ça va, c'est pas un problème. Ça c'est le bloqué, comme je respire, c'est mal.
- Speaker #3
Souvent, des choses qu'ils ont vécues. culs ne sont pas normales. En réaction, c'est normal, des fois, de se sentir mal, des fois, d'avoir un stress quand ils voient la police, de faire des cauchemars. C'est des réactions que chacun aurait, en fait. Et puis que c'est aussi possible de travailler dessus.
- Speaker #5
Je crois que dans ce domaine, j'apprends à moins catégoriser les personnes, dans le sens que de dire Cette personne est en dépression, cette personne est borderline, cette personne est psychotique au niveau d'asile. Même si on pose un diagnostic avec une personne avec du stress post-traumatique, ce n'est pas égal à une personne qui a des troubles psychiques. C'est des gens qui ont eu des vécus traumatiques. Donc maintenant leur déséquilibre c'est... Il faut prendre en compte toute l'histoire totale, au lieu de juste poser une étiquette et dire voilà, allez prendre des médicaments, parce que ça enlève pas le vécu. Je dis toujours aux bénéficiaires, j'ai vraiment pas de solution magique, parce que ce qui est passé, c'est déjà passé. Ce vécu, ça fait partir d'eux, et puis c'est comme un sac à dos. Je peux pas les enlever, et je peux pas les porter non plus. Je suis là juste pour les aider à apprendre à comment utiliser des muscles, à comment se muscler pour mieux...
- Speaker #0
porter ce sac à dos pour que ce soit plus confortable. Un grand merci à Marc, Goku, Stéphanie, Manon, Vanlissa, Sylvain, Nicole et Asdine pour leur témoignage.