- Speaker #0
Le dernier vaccin décrit pour le post-mortem,
- Speaker #1
c'est parce que... Vous n'avez pas besoin d'être désolée. C'est tout à fait naturel.
- Speaker #2
Parcours de soins. Au cœur de la maison de santé. Épisode 3. Les miroirs. La santé des femmes migrantes a ses enjeux propres. Il y a des besoins de suivi gynécologique, des questions de santé sexuelle, mais aussi de nombreuses violences vécues qui se révèlent. Pour certaines femmes, se soigner passe par le lien, par exemple via des associations, du bénévolat ou des groupes de parole thématiques. Pour contrer l'isolement, ces espaces, organisés ou relayés par la maison de santé, permettent de se sentir utiles, autant que partager leur vécu. et par reflet les voir reconnus.
- Speaker #1
Donc il y a la partie toute en lien avec la gynécologie, la contraception, la grossesse, le suivi, aussi toutes les parties importantes en lien avec les maladies sexuellement transmissibles. Alors des fois ça reste quelque chose d'assez basique parce que la personne elle veut un suivi gynéco, elle n'a pas vu le gynécologue depuis tant de temps. la possibilité d'organiser un suivi avec une jeune columne qui parle ukrainien. Les choses, c'est une visite que je prenne un bout de bout avec elle. Pour d'autres, elles viennent vraiment avec des problématiques du pays, des choses qui sont passées dans le voyage ou dans leur vie personnelle, dans des violences, etc. J'ai une dame que j'ai rencontrée au centre de requérant à Péreux qui vient pour une douleur dentaire et puis un problème de vision. Et puis en fait, je sens la dame qui ne peut pas rester longtemps, qui me dit mais dans combien de temps je la prends ? Dans combien de temps on discute ? Elle n'est jamais bien, elle n'a pas son téléphone, elle ne peut pas me donner son mail de contact. Et je ne sais pas pourquoi, en fait, on a parlé de violence conjugale. C'est arrivé sur ce thème-là et en fait, elle s'est effondrée. Et je ne pose pas cette question-là forcément à toutes les dames que j'ai rencontrées. Mais ça sonnait juste, en fait. Et je trouve que ça, dans le job qu'on fait à la maison de santé, c'est jamais intrusif, mais c'est reconnaître aussi la communication, des fois non-verbale, et nos ressentis. Mais souvent, ça permet de faire avancer des situations compliquées.
- Speaker #3
On accueille évidemment les femmes, on accueille les récits des femmes. On va les réceptionner au mieux, on va vraiment orienter dans les bons services, aussi dire qu'il y a des choses aussi des fois qui nous sont partagées, qui nous demandent à ce qu'on agisse. Enfin, on va tout à fait respecter le rythme des femmes.
- Speaker #1
C'est hyper important aussi de s'intéresser à toute la sphère intime des femmes dans la migration, dans leurs droits, à leur sexualité. Il y a pas mal de réseaux qui permettent aussi d'accompagner les personnes en lien avec la sexualité, la contraception, s'il y a eu des problématiques d'excision. Qu'elles puissent savoir comment se repérer dans le réseau sur le canton, qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce qui est possible de faire comme suivi. Des fois, c'est aussi le centre de santé sexuelle. S'il y a eu des violences, si mon partenaire, nouveau partenaire, me dit en fait, moi, je ne supporte pas le préservatif tellement plus fun de faire sans et je t'adore et t'inquiète, je suis clean. C'est aussi de se dire c'est pas parce que je suis plus vulnérable, parce que je comprends pas tout. En fait, j'ai le droit de dire non, j'ai le droit de dire on pourrait peut-être tester, il y a la possibilité d'avoir des tests. Toutes ces choses-là, c'est important de pouvoir transmettre aux femmes dans la migration qu'elles ont des droits et qu'il y a des endroits où elles peuvent se référer, qu'il y a des choses qui sont pas acceptables. Peu dire non, si on ne dit rien, en fait c'est un non. Je parle beaucoup des femmes, mais aussi si les hommes sont victimes de violences, etc. C'est aussi... Ben c'est non, en fait. C'est pas possible, c'est pas accepté. C'est acceptable.
- Speaker #3
Ce qu'on réalise, c'est que le système autour de nous n'est pas tout à fait prêt à répondre à toutes les problématiques de violences, et de violences dans la migration, que ce soit des violences qui ont été subies dans le pays d'origine. ou bien durant le voyage, le trajet migratoire. Au niveau infirmier, on peut orienter justement dans quelques services existants. Mais tout ce qui est juridique, tout ce qui est médecine légale, c'est compliqué. Psychologique, on peut essayer de voir avec notre psychologue ici.
- Speaker #4
J'ai entendu des histoires qu'on ne peut même pas se rendre compte, on ne peut pas imaginer. Par exemple, la guerre, l'abus, la maltraitance, l'esclavage, beaucoup de choses. Donc ces personnes-là, pendant le parcours, Il y a l'adrénaline qui sort, qui tient la route encore. Puis après, quand ils sont arrivés en Suisse, c'est des cauchemars. Ils se réveillent la nuit, ils sont désorientés, ils ne savent plus où ils sont. Ils ont aussi des phobies. Par exemple, souvent, ils ont des phobies envers les personnes qui portent des uniformes. Par exemple, les policiers, les sécurités. Ils pourraient aussi avoir des angoisses, des crises d'angoisse. J'entends des difficultés de respiration, de palpitations. C'est des réactions que le cerveau a apprises qu'il y a un danger. Et puis le cerveau s'éteint, en fait. C'est des stratégies que le cerveau a mises en place pour nous protéger. Maintenant, comme il n'y a pas de danger, mais le cerveau réagit toujours comme s'il y a un danger. On laisse les émotions sortir pour que le cerveau arrive à digérer l'événement, de réinterpréter l'événement et d'apprendre aussi que l'événement est déjà passé et maintenant on est en sécurité. Donc c'est tout un apprentissage pour le cerveau.
- Speaker #5
Il y a des gens qui... ont traversé des choses hallucinantes et qui ont une incroyable résilience. Et puis il y a d'autres gens qui ont vécu les mêmes choses, ou quasiment, et puis qui sont dans de grandes difficultés ou de grandes souffrances psychiques. Chaque personne est différente. Deux personnes turques ne sont pas les mêmes. Évidemment, ça on le sait, mais d'un côté, vraiment de plus en plus, j'essaie de questionner les gens et de m'intéresser à eux en particulier, sans directement leur plaquer des idées que parce qu'ils viennent de là, ils sont comme ci ou comme ça. Ça s'est quand même pas mal déconstruit aussi. En même temps, au fond, on a une humanité commune sur les questions de fond, la mort, la vie, on se pose tous ces questions. Et en même temps, il y a des différences culturelles et puis c'est bien d'en parler. Parce que aussi, chacun vit sa culture, sa religion de manière très différente, même au sein d'un même pays.
- Speaker #1
On est obligé d'adapter notre prise en charge à une personne ukrainienne non-tsigane et une personne ukrainienne-tsigane. Clairement, là, on a des énormes différences culturelles. Le rapport de l'homme, de la femme, du nombre d'enfants, de la santé féminine. Les personnes sont du même pays, les mêmes possibilités de droits d'asile et une énorme différence de prise en soins. Si on ne l'intègre pas dans notre prise en charge, on passe à côté de pas mal de liens, en fait. Et puis là, il y a eu une rencontre pour parler santé, femmes en général. bien sûr en lien avec l'intimité et tout ça. Tout ce qui est ressorti, en fait, c'était que c'était hyper important pour elle qu'il y ait ce genre de rencontre, même si dans les hôpitaux, il y a des affiches pour des dépistages, pour des... En fait, les gens, ils n'y vont pas forcément. Et puis, ils ont dit non, mais c'est super, il y en a besoin de transmettre ça à nos enfants. Après, c'est chaque fois des petits pas. C'était aussi important de comprendre l'aspect culturel, de comment présenter les choses aussi. C'est des femmes qui ne s'inscrivent pas. N'écrivez pas, par exemple, sur une liste, si on met, il y a une conférence sur les IST ou sur la contraception, elles ne vont pas mettre leur nom. Par contre, de faire quelque chose de plus convivial, avec un apéro goûté, un thé, et elles n'ont pas besoin de s'inscrire, mais elles savent que ça sera là, ça permet d'avoir des fois un levier plus facile.
- Speaker #5
Plusieurs femmes, je leur ai parlé de Récif, qui propose des activités pour les femmes. Ça peut être de la marche, d'apprendre à faire du vélo, des cours de cuisine, des cafés blabla, ce qu'ils appellent où ils discutent. Et puis, il y a vraiment plusieurs femmes qui sont reparties d'ici avec ces adresses, parce que ça existe à Neuchâtel et à la Chaux-de-Fonds, avec le sourire. En disant, ok, je vais pouvoir faire des liens, je vais pouvoir faire partie de quelque chose. Et puis être active, et puis ouais.
- Speaker #0
Aujourd'hui, je suis venue comme bénévole. Je reçois les personnes qui viennent pour la consultation, qui viennent à la maison de santé, qui en ont besoin. Ils demandent de s'asseoir, s'ils veulent prendre un thé ou un café ou quelque chose. Quand tout est calme, j'essaie de ranger les habits qu'on reçoit par âge pour que ceux qui en ont besoin puissent venir se servir aussi. Là, on a neuf mois. 3 mois pour que les mamans sachent de quel côté aller. J'ai commencé par du bénévolat ici à la Chaux-de-Fonds. J'allais à Récif pour garder les enfants, pour les personnes qui ne savent pas parler le français. Donc, trois fois par semaine, je ne faisais que du bénévolat. J'allais à EKI, qui est une association restaurant sociale, pour faire la cuisine, pour aider aussi. Et puis, j'allais aussi chez une dame qui vend les vêtements de déguisement ici à la Chaux-de-Fonds. En trois ans, c'est comme si j'avais fait plus de dix ans ici. Je connais plein de gens grâce au bénévolat et puis aussi à l'église que je fréquente.
- Speaker #5
En général, à moins qu'il y ait des urgences plutôt médicales, mais on aime bien, on donne toutes ces adresses aux gens en général. J'aime bien quand quelqu'un vient pour la première fois aussi, leur dire qu'on est là, qu'ils peuvent revenir. Et puis c'est souvent dans un deuxième temps qu'on peut aborder ces questions un peu plus générales, plus de leurs ressources, de leur santé psychologique. Et puis oui, des ressources, des liens qu'ils ont ici.
- Speaker #0
C'est une très bonne chose de pouvoir aussi participer. à quelque chose ici à la maison de santé. Parfois on n'a pas les moyens de donner matériellement, mais si on peut donner par des petits gestes, par des petits trucs, c'est normal de donner aussi et de participer. Ça aide aussi déjà à rencontrer d'autres personnes, de ne pas se renfermer dans ses problèmes, dans sa situation. C'est ma première fois de venir vivre en Europe, donc connaître comment les gens vivent ici, la mentalité aussi. adhérer, c'est-à-dire se confondre dans la société, ne pas rester dans son coin, nous faire des sorties, de faire autre chose, ça permet aussi d'évacuer.
- Speaker #3
J'organise des cercles de parole depuis huit ans avec une amie à moi. C'est en faisant ça, donc ça fait assez longtemps, que j'avais très envie de pouvoir en proposer ici à la maison de santé. Je voyais en consultation, comme des fois les femmes, elles étaient... seules, en difficulté par rapport à la position dans leur couple, comment elles pouvaient exprimer aussi leurs besoins au sein de leur famille, au sein du couple et tout ça. Pendant très longtemps, en fait, ça n'a pas été possible. Jusqu'à un jour où on a, avec justement une personne qui faisait sociologie, elle a proposé en fait de les mettre en place ici à la maison de santé.
- Speaker #4
Pourquoi que des femmes ? Vu que moi et Manon, on est femmes, c'est difficile pour nous aussi d'animer un cercle de paroles hommes, en fait. Parce qu'il y a des thématiques qui sont quand même restreintes au genre. On recherche toujours un homme qui pourrait animer un cercle pour les hommes. Mais ça, c'est dans notre futur atelier. C'est différent que des entretiens psy parce que les cercles de parole, c'est clair, c'est en groupe. On parle toujours en jeu. Les participantes, entre elles, elles ne donnent pas des avis, elles ne donnent pas de conseils. Donc chacune parle ce qu'elle ressent ou selon le thème de la soirée.
- Speaker #0
Au début, pour moi, c'était très difficile parce que j'aime plutôt écouter les gens parler que de parler de moi. Mais après, je n'arriverais pas à lever le doigt. parler, pour parler. Donc du coup, ça m'a donné un peu confiance que je peux parler de moi. Ça m'a beaucoup aidée en tout cas.
- Speaker #3
Ce que nous ont dit les femmes, c'était qu'effectivement, pour elles, c'était très précieux d'avoir un espace pour être entre femmes, pour pouvoir parler de soi, se rendre compte qu'elles ne sont pas seules parce que les autres parlent aussi. Et du coup, elles se rendent compte qu'elles partagent des expériences. On s'est aussi rendu compte qu'il y avait des rivalités entre les femmes et qu'en fait, créer du lien, de la confiance dans des cercles avec le cadre, qui est aussi un cadre de confidentialité, de respect de ce qui est dit, d'écoute non jugeante, en fait, on crée plutôt des liens de confiance. Et puis c'est vrai que les liens de solidarité renforcent proposer des soirées aux femmes. qui bénéficient des prestations de la maison de santé, c'est aussi ça, c'est de créer du lien entre elles, qu'elles puissent être des miroirs les unes pour les autres, qu'il y ait de la confiance qui circule entre ces femmes pour tous les défis qu'elles ont chacune à relever. Que ce soit les défis familiaux, ici en Suisse, mais aussi dans la relation avec la famille qui est restée au pays, avec la construction d'une vie ici, trouver un travail, faire face au racisme dans notre société, faire face à un choix de formation. On est en train de parler de la première partie du film,
- Speaker #0
donc je vous laisse vous immerger. Bienvenue ! Je voulais déjà voir un peu si vous aviez un sujet, une expérience personnelle que vous aimeriez partager, peut-être une réflexion que vous avez eue, une émotion. Je voulais que vous ayez... Une Congolaise a dit non, non, non, je ne veux pas qu'elle épouse une noire. Et puis ma fille qui avait déjà 15 ans, elle m'a dit je ne veux pas qu'elle reste ici parce qu'elle risque d'épouser un noire dont il faut qu'elle vive en Europe.
- Speaker #3
Ce soir, ce sera la deuxième partie du film Ouvrir la voie d'Amandine Gué. Il donne la parole aux femmes noires vivantes à Paris et à Bruxelles. Ces femmes, elles s'expriment vraiment sur ce carrefour-là, en fait, d'être femmes noires, que ce soit deuxième, troisième génération. Elles s'expriment sur que ce soit le travail, l'école, l'intégration, la famille, la sexualité, en regard justement de ces deux. vécu. Ça faisait un moment que j'avais envie de le passer justement pour ces femmes migrantes qui viennent ici. Tout ce que les femmes expriment dans ce film, c'est quelque chose qui soigne, qui est soigné chez chacune des femmes qui entendent.
- Speaker #2
Parcours de soins au cœur de la maison de santé, en podcast de Médecins du Monde. Écrit et réalisé par Sarah Gebelm. Mise en onde, Gérald Louang. En grand merci à Myriam, Manon, Vanessa, Stéphanie, Micheline et aux femmes du Cercle de Paroles.