Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast de la Parentalité Intégrative, l'espace dédié au développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Comment l'accompagner vers la meilleure version de lui-même en respectant vos propres besoins et l'équilibre de la famille ? Comment créer cet environnement dans lequel il pourra se sentir en sécurité et ainsi grandir heureux, bien avec lui-même et bien avec les autres ? Et comment vous aider, vous, parents, à guérir les blessures de votre passé et à transformer l'héritage familial quand tout cela semble entraver la parentalité que vous aspirez pourtant à construire ? Je m'appelle Nathalie Grillet, je suis thérapeute familiale et systémique et je mets mon expérience au service de votre parentalité.
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode. Le thème d'aujourd'hui, la co-régulation.
Vous savez, cette capacité que vous avez d'apaiser votre enfant quand ses émotions débordent. C'est en s'appuyant sur votre propre calme que votre enfant apprend peu à peu à se réguler tout seul. Aucun bébé ne naît en sachant gérer ses émotions. C'est grâce à vous et au fil du temps qu'il va acquérir cette compétence indispensable à son bien-être et à sa réussite. Votre enfant a besoin que vous, son parent, l'accompagnez tout au long de cet apprentissage, jusqu'à ce que son cerveau ait enregistré et rendu automatique les mécanismes pour qu'il arrive à retrouver son calme tout seul, après une émotion forte. Et c'est ainsi qu'il deviendra aussi un jour capable de réguler son comportement. C'est tentant, n'est-ce pas ? Voir votre enfant retrouver son calme facilement, presque naturellement, ça vous plairait ? Eh bien, bonne nouvelle, c'est tout à fait possible. Mais c'est vrai, cela va vous demander un peu de pratique. La co-régulation utilise des outils simples dans votre quotidien. Votre posture, le ton de votre voix, votre respiration, ou simplement la façon dont vous accueillez les émotions de votre enfant. Chacun de ces gestes, répétés jour après jour, devient un modèle que votre enfant intégrera peu à peu. Mais attention, il y a une condition essentielle. Pour apprendre à votre enfant à s'apaiser, vous devrez d'abord être capable de vous apaiser vous-même. C'est la base de tout. Et un jour, il deviendra autonome dans sa régulation. On appellera cela alors l'autorégulation. La co-régulation, c'est ce lien direct entre votre système nerveux et celui de votre enfant. Quand il est débordé par une émotion qu'il ne peut pas encore gérer tout seul et que vous vous mettez à sa disposition, alors son corps entre en résonance avec le vôtre. Cela veut dire que ses réactions physiques, comme sa respiration, sa tension musculaire ou son rythme cardiaque vont naturellement s'ajuster au vôtre. Concrètement, il y a trois choses qui comptent beaucoup. Tout d'abord, votre posture. Dans son cerveau, il y a des neurones que l'on appelle neurones miroirs. Ceux-ci lui permettent de reproduire ce qu'il voit chez vous. Si vos épaules se relâchent, si votre corps se détend, le sien va peu à peu faire la même chose. Ensuite, il y a votre voix. Une voix calme et posée active dans son corps le nerf vague. C'est lui qui aide à ralentir le rythme cardiaque et la respiration avec pour résultat que son niveau de tension s'abaisse. Et enfin, il y a votre respiration. Quand vous inspirez et expirez lentement, vous envoyez un signal clair. On peut se calmer. Petit à petit, son rythme respiratoire va lui aussi s'accorder au vôtre. Tout cela, il le perçoit avant même que vous ne parliez. Ces gestes sont simples, votre posture, votre voix, votre façon de respirer, et ils sont des repères qui l'aident à passer de la tempête intérieure à un état intérieur plus apaisé. C'est à force de vivre ces moments à vos côtés qu'il apprendra peu à peu à retrouver le calme par lui-même. La co-régulation, ce n'est pas seulement pour les moments où votre enfant est en pleine crise. C'est un processus continu qui se joue aussi dans les petits instants ordinaires du quotidien, même quand tout paraît à peu près calme. Les recherches en sciences du développement montrent que la co-régulation gagne en efficacité quand elle est pratiquée en continu, dans certains échanges du quotidien. Les gestes que vous utilisez d'ailleurs quand il est en détresse, comme on vient de le voir, trouvent bien leur place dans des moments plus légers, comme dans le jeu par exemple. Alors prenons justement un exemple. Si vous remarquez que lors d'un jeu, votre enfant commence à s'exciter un peu trop, il rit trop fort par exemple ou trop longtemps, il commence à faire des gestes un peu brusques dans tous les sens ou alors il commence à parler un peu plus vite. Tout cela sont des signaux qui vous indiquent que son niveau d'activation monte, qu'il n'est plus vraiment présent en lui, il est surexcité. Ce n'est pas une crise, il est juste sorti de cet espace dans lequel il est bien régulé. Alors, après avoir bien rigolé avec lui pendant un instant, vous pouvez pratiquer la co-régulation. Vous allez ralentir légèrement votre propre rythme, adoucir votre voix, lui proposer une pause ou un changement de tempo. Peut-être vous ne le direz pas directement, mais vous l'aiderez à redescendre en intensité. C'est ça aussi la co-régulation. Vous lui montrez par votre attitude comment revenir vers un état plus calme. En répétant ces expériences, son cerveau apprend à repérer ses signes d'excitation et à utiliser plus tard ses propres stratégies pour retrouver un équilibre intérieur. C'est ainsi que la co-régulation est fondatrice, jour après jour, de sa capacité à s'auto-réguler. Selon la façon dont vous avez été accompagné dans votre propre enfance, la co-régulation peut vous sembler naturelle et instinctive, ou au contraire moins familière, un peu difficile à mettre en place. Mais quelle que soit votre histoire, vous pouvez choisir de vous engager consciemment dans cette démarche. Ce choix est essentiel. Il va aider concrètement votre enfant à développer au fil du temps sa propre capacité à réguler ses émotions. Dans cette série d'ailleurs, je vous proposerai un épisode entier sur ce sujet clé, les difficultés que l'on peut rencontrer en tant que parent pour s'autoréguler soi-même. On prendra le temps d'aller en profondeur pour vous donner des explications et des outils qui vous permettront d'avancer sur ce chemin et de soutenir encore mieux votre enfant. Alors, en résumé, un enfant n'apprend pas à gérer ses émotions tout seul. C'est en vivant encore et encore ces moments de co-régulation avec vous qu'il va développer pas à pas sa capacité à s'apaiser et à retrouver son équilibre. Et il n'y a pas d'âge pour cela. Au mieux, bien entendu, ce processus se met en place dès la naissance. Mais vous pouvez, à n'importe quel âge de votre enfant, l'aider à acquérir de l'autorégulation par la co-régulation. Alors, on peut examiner cinq leviers au niveau de la co-régulation. e premier ... c'est d'avoir des interactions chaleureuses et réactives, être attentif à ses signaux et y répondre rapidement et avec douceur. Le deuxième levier, c'est valider ses émotions, mettre des mots sur ce qu'il ressent et lui montrer que vous comprenez ce qu'il vit. Le troisième, c'est ce que j'appelle un peu le coaching de l'autorégulation. Vous lui proposez des stratégies simples pour retrouver son calme et l'accompagner jusqu'à ce qu'il sache les utiliser tout seul. Le quatrième levier, c'est maintenir des rythmes et des routines qui sont prévisibles pour lui. C'est-à-dire lui offrir un cadre régulier qui le rassure et qui lui permet de mieux gérer les imprévus. Et enfin, le cinquième levier, c'est lui offrir un environnement adapté, un espace organisé, calme sur le plan sensoriel, qui facilite l'apaisement. Alors, reprenons tous ces points un par un et voyons comment les mettre en pratique dans votre quotidien. Alors, allons voir le premier levier, qui est donc celui des interactions chaleureuses et réactives. La co-régulation commence par votre capacité à remarquer les signaux de votre enfant et à y répondre assez rapidement, avec douceur. Ces signaux peuvent être évidents, comme un appel de sa part ou un geste, mais ils peuvent aussi être plus subtils. Il peut froncer légèrement ses sourcils, Vous pouvez remarquer son corps qui se rédit un peu, ou vous le voyez faire un pas en arrière parce qu'il s'est effrayé de quelque chose. Quand vous réagissez à ces signaux assez rapidement, vous envoyez un message clair à son système nerveux. Je te vois, je t'entends, je suis là avec toi, et tu peux te sentir en sécurité. Voilà le message que vous lui envoyez. Les recherches montrent que cette réactivité crée une synchronie entre vous. Vos respirations, vos rythmes cardiaques et même certaines zones de vos cerveaux s'accordent. Ce phénomène apaise son stress et stabilise son état intérieur. Prenons un exemple à nouveau. Vous êtes à table et votre enfant commence à se tortiller, à faire tomber sa cuillère, à parler plus fort. Ce sont des signes qu'il perd sa concentration et que son agitation monte. Vous pouvez alors essayer de capter son regard, poser doucement votre main sur son bras et lui dire d'une voix calme que vous comprenez que rester assis longtemps, ce n'est pas facile pour lui. Expliquez-lui que c'est normal que cela prenne du temps et que, très bientôt, il pourra se lever pour aller jouer. Ce geste et ces paroles l'aident à patienter tout en lui montrant comment revenir à un état plus calme. Beaucoup de parents qui ne connaissent pas le rôle de la co-régulation et son impact sur le développement de l'enfant pourraient être tentés de faire des remontrances à l'enfant, d'essayer de lui imposer une autre attitude. Et comme vous le savez certainement, cela ne fonctionne pas. Passons au deuxième levier, la validation des émotions de votre enfant. Valider une émotion, c'est reconnaître ce que votre enfant ressent, sans le juger et sans chercher à faire disparaître son émotion. Cela peut être aussi simple que de lui dire « je vois que tu es triste » ou alors « je comprends bien que tu sois en colère » ou autre chose « ça a l'air difficile pour toi en ce moment » . Vous pouvez utiliser des tons plus ou moins empathiques pour dire cela a votre enfant. Même si son émotion vous semble exagérée, trop forte, disproportionnée, elle ne l'est pas pour lui et la reconnaître est essentielle dans le processus de co-régulation. Les recherches montrent que cette reconnaissance active dans son cerveau les zones qui aident à réguler les émotions et qu'elle réduit son stress. Si vous ne savez pas exactement ce qu'il ressent, vous pouvez lui dire « je ne suis pas certain de comprendre ce qu'il se passe pour toi en ce moment, mais je suis là et j'aimerais que tu m'expliques si tu peux » . Ce message lui montre que ses émotions sont légitimes et qu'il n'est pas seul pour les traverser. Par exemple, après une dispute avec son copain, il revient à la maison furieux. Alors plutôt que de lui dire « c'est pas si grave » , vous pouvez l'écouter et répondre « je comprends que tu sois en colère, c'est peut-être frustrant pour toi, veux-tu que nous en discutions ensemble ? » Bien entendu, valider ses émotions ne veut pas dire tout permettre dans son comportement. On peut dire « je comprends ta colère et pourtant je ne peux pas te laisser frapper ton frère » . Vous séparez ainsi l'émotion, qui elle est toujours légitime, de son comportement, qui lui peut nécessiter des limites. Le troisième point est une histoire de coaching. Vous lui transmettez des outils qu'il va peu à peu pouvoir utiliser par lui-même, au fil des mois et des années bien entendu. Après avoir reconnu l'émotion de votre enfant, vous pouvez l'accompagner vers des stratégies simples pour retrouver son calme. L'objectif est donc qu'il puisse petit à petit les utiliser par lui-même. Pour y arriver, vous pouvez lui proposer un accompagnement progressif. Au départ, vous serez très présent. Vous pouvez lui dire « tu veux qu'on respire ensemble par exemple ? » Puis petit à petit, vous lui laisserez davantage d'espace pour qu'il puisse lui-même choisir la façon de s'apaiser qui lui convient le mieux. Vous pouvez aussi utiliser des techniques physiologiques comme respirer lentement ensemble, fredonner une chanson, parler d'une voix basse et posée. Ces gestes activent le nerf vague, ralentissent le cœur et diminuent le stress. Et surtout, répétez régulièrement ces petites routines. Chaque répétition renforce dans son cerveau des connexions qui relient les zones émotionnelles au cortex préfrontal, celui qui en partie gère l'autorégulation. Pour transmettre ces outils, montrez d'abord comment vous faites, pratiquez avec lui, puis invitez-le à choisir ce qui l'aide le plus. Avec le temps, ses gestes deviendront les siens et il saura les utiliser quand ses émotions le dépassent. Parlons maintenant des rythmes et des routines prévisibles. Proposez à votre enfant un cadre régulier qui rassure son cerveau, c'est très important. Quand il sait à quoi s'attendre, dans la routine, il ressent moins de stress et il a plus d'énergie à disposition pour gérer les imprévus. Vous pouvez instaurer des repères simples, comme des horaires pour les repas, le coucher ou certaines activités de la journée. Quand l'environnement est prévisible, il n'a pas besoin de deviner ce qui va se passer et il peut se concentrer sur ce qu'il vit dans l'instant. Par exemple, si l'heure du coucher se déroule toujours avec le même rituel, un bain, une histoire, puis on éteint la lumière, son corps et son esprit comprennent que le moment de se détendre arrive. Ce type de routine prépare son système nerveux à passer en mode apaisement. Sur le plan scientifique, les routines renforcent ce que l'on appelle la prédictibilité environnementale. Elles diminuent l'activation de l'amygdale, la zone du cerveau qui déclenche les réponses de stress, et favorise l'activation du cortex préfrontal qui lui est impliqué dans la régulation émotionnelle. Passons au cinquième point, l'environnement adapté. L'environnement physique dans lequel vit votre enfant joue un rôle direct dans sa capacité à rester calme et à réguler ses émotions. Un espace qui est bien organisé et qui est adapté à ses besoins sensoriels crée un sentiment de sécurité. Cela lui permet de consacrer son énergie à ses apprentissages et à ses interactions avec les gens qui l'entourent. Concrètement, vous pouvez organiser des zones distinctes. Un espace pour jouer, un coin pour se reposer, ou un endroit pour se recentrer en cas de besoin. Je vous invite aussi à limiter les sources de stress sensoriels, comme des lumières trop fortes, des bruits permanents, par exemple une télé qui serait allumée en fond sans que personne ne la regarde, ou toujours une musique en bruit de fond. Ces stimulations sont souvent excessives pour un enfant. Elles fatiguent son cerveau et augmentent son niveau d'alerte, même si elles semblent anodines. Par exemple, après l'école, votre enfant arrive excité, agité. S'il trouve un coin calme avec une lumière douce, peu de bruit, des objets familiers, son système nerveux peut relâcher la tension accumulée. Ce simple aménagement rend la transition vers un état plus apaisé beaucoup plus facile. Encore une fois, sur le plan scientifique, réduire les stimulations inutiles diminue la charge sensorielle et l'activation excessive du système nerveux autonome. Cela laisse plus de place à l'activation du cortex préfrontal, la zone du cerveau qui aide à planifier, à réfléchir et à réguler les émotions. En d'autres termes, un environnement adapté prépare le terrain pour que l'autorégulation puisse s'installer plus facilement.
La co-régulation ne se pratique pas de la même façon à chaque âge.
Les besoins de votre enfant changent et votre rôle évolue avec eux. Pendant sa première année, votre bébé ne peut pas se calmer tout seul. Son système nerveux n'est pas encore assez mature pour gérer les émotions, les ressentis. Il dépend entièrement de vous pour retrouver son équilibre. C'est le contact physique, votre façon de le bercer, votre voix douce, régulière, votre rythme respiratoire calme qui l'apaise. Dès le début, vos mots comptent. Vous lui expliquez ses ressentis en lui disant « tu as faim » ou bien « oulala, tu sens le contrarier, c'est pour ça que tu pleures » . Cela aide votre bébé à associer au fil du temps ses sensations à des mots. Même s'il ne parle pas encore, son cerveau enregistre ses associations entre ressenti, langage et apaisement. Entre un an et trois ans, il commence à reconnaître ses émotions, mais ne sait toujours pas les réguler tout seul. Vous l'accompagnez en continuant à nommer ce qu'il vit. " Tu es en colère. C'est très frustrant tout ça. Tu aurais voulu continuer à jouer, je peux comprendre". Vous lui proposez des stratégies simples à reproduire. Encore une fois, respirer consciemment, ou sentir la douceur de son doudou, venir se blottir contre vous. Vos gestes restent essentiels, mais vos paroles deviennent de plus en plus structurantes pour sa réflexion et la compréhension qu'il développe de son propre état. Vers 4 ou 5 ans, son langage et sa pensée se sont bien développés. Il peut maintenant intégrer certaines stratégies et les utiliser seul dans des situations simples. Compter, respirer profondément, s'isoler un moment. Mais dans les moments très forts, il a encore besoin que vous soyez là pour l'aider à se recentrer. Votre rôle évolue, vous combinez soutien physique et verbal et vous commencez à l'amener à réfléchir sur ce qu'il a vécu, à faire le lien entre les événements et ses émotions et les comportements qu'il adopte face à tout cela. Entre 6 et 8 ans, ses capacités de raisonnement ont progressé grâce au développement des fonctions exécutives. J'ai d'ailleurs déjà mis en ligne un podcast sur les fonctions exécutives. Un chef d'orchestre en devenir, comprendre et soutenir les fonctions exécutives chez l'enfant. À cet âge, il peut même anticiper certaines émotions, analyser ce qui les déclenche et choisir une stratégie adaptée. Vos paroles prennent alors une place centrale. expliquer, clarifier et l'aider à relier une émotion à une situation ou à un besoin. Ces échanges lui permettent de donner du sens à son vécu et d'affiner sa connaissance de lui-même. À l'approche de la préadolescence et à l'adolescence, si tout s'est bien passé jusque-là, il utilise souvent ses propres stratégies d'autorégulation. Il peut raisonner sur ce qu'il ressent, Il arrive bien des fois à identifier les causes et à envisager plusieurs façons d'y répondre. Mais il peut bien entendu encore revenir chercher un réconfort dans les moments de grande intensité émotionnelle. À cette période, il a aussi besoin de discussions plus profondes. Peut-être veut-il parler de ses relations, de ses valeurs, de ses choix, des injustices qu'il perçoit. Votre rôle consiste à savoir quand être présent physiquement, quand offrir un espace de parole et comment mettre vos mots au service de sa réflexion et de sa compréhension du monde. Comme je l'ai dit un peu plus haut, il n'y a pas d'âge pour aider votre enfant à acquérir l'autorégulation. Tant qu'il vit sous votre toit, vous pouvez mettre en place ce processus afin de l'accompagner vers plus d'autonomie émotionnelle.
Pour rendre la co-régulation dès aujourd'hui plus accessible à bon nombre d'entre vous si vous en avez besoin, voici une liste de quelques réflexes que vous pourriez instaurer dès à présent dans votre quotidien et qui vont soutenir votre démarche.
Premièrement, il s'agit d'essayer de repérer les schémas. Certains enfants rencontrent souvent les mêmes difficultés de régulation, que ce soit à un moment précis de la journée ou dans un type de situation particulier, en fin de journée, lors des transitions ou quand la faim se fait ressentir. Identifier ces contextes vous aide à comprendre quand le système nerveux de votre enfant est plus vulnérable. Vous pouvez ainsi anticiper et préparer des réponses plus adaptées. Les recherches montrent que cette anticipation diminue l'activation de l'amygdale et facilite l'intervention du cortex préfrontal impliqué dans la gestion des émotions, comme nous l'avons vu plus haut. Le deuxième point serait de renforcer les comportements qui fonctionnent bien. Quand votre enfant adopte spontanément un geste qui l'apaise, prendre son doudou, respirer plus lentement, le fait de reconnaître cette action met en lumière ses compétences en développement. Vous lui dites alors « Ah, je vois que tu prends ton doudou pour t'apaiser. C'est une bonne chose et je suis fièr(e) de toi. » Ce type de reconnaissance active les circuits de récompense dans son cerveau. Cela va l'inciter à reproduire ses comportements à l'avenir. Le troisième point est de célébrer chaque essai. Même un petit progrès, comme attendre quelques secondes avant de répondre ou baisser le ton de sa voix, participe à la construction de l'autorégulation. Quand vous reconnaissez ces efforts qui sont efficaces, cela favorise la libération de dopamine, un neurotransmetteur qui soutient chez votre enfant la motivation et qui consolide ses apprentissages. Encore une fois, anticipez les moments sensibles. Certains contextes peuvent facilement déstabiliser votre enfant, comme la faim, la fatigue, un changement d'activité inattendu. Des fois, vous pouvez prévoir à l'avance ce qui va pouvoir l'aider rapidement, comme avoir un encas dans le sac, proposer quelques minutes de transition avant de passer à une activité qu'il n'aime pas trop, ou offrir un moment calme avant de repartir. Tout cela peut diminuer l'intensité de ces déclencheurs de stress. Cette préparation aide son système nerveux à rester plus stable et votre enfant est dans de meilleures dispositions pour gérer les émotions qui vont suivre. Vous pouvez adapter votre langage, dire des phrases simples et précises avec un ton posé, comme « ta colère semble forte aujourd'hui » ou « tes mains semblent crispées » . Cela aide votre enfant à mieux comprendre ce qu'il ressent. Mettre un mot sur l'émotion permet d'activer à nouveau dans son cerveau le cortex préfrontal. Sixième point, vous lui envoyez des signaux de sécurité quand vous établissez un contact visuel doux, quand vous vous accroupissez ou vous vous asseyez pour être à la même hauteur que ses yeux, et quand vous parlez un peu plus lentement et posément. Ce type d'interaction stimule le nerf vague, ce qui ralentit à nouveau son rythme cardiaque et l'aide à se détendre. L'émotion qu'il ressent dans ces moments-là reste toujours légitime, même si son comportement peut ensuite être accompagné ou ajusté. Effectivement, nous avons besoin de séparer l'émotion du comportement. L'émotion que vit votre enfant est toujours légitime, même si son comportement doit lui être encadré. Par exemple, je comprends que tu sois triste de devoir arrêter le dessin animé, et maintenant c'est l'heure d'aller au lit. Cette distinction lui permet de se sentir compris dans son émotion, tout en intégrant clairement la limite que vous posez. Sur le plan scientifique, ce message aide le cortex préfrontal à traiter l'information de manière constructive et à trouver d'autres façons d'agir. Il n'est jamais trop tard pour essayer d'apaiser votre enfant. A tout moment, même si votre enfant est déjà très agité ou en colère, il peut rester sensible à vos signaux d'apaisement. Son corps et son cerveau restent capables de capter une voix plus douce, un geste rassurant et votre présence qui l'apaise. Même en plein milieu d'une crise, ce contact avec vous peut l'aider à revenir plus vite vers un état de calme. Bien sûr, il faut montrer l'exemple. Quand vous décrivez ce que vous faites pour vous calmer, par exemple, je respire lentement, ça m'aide à me détendre. Votre enfant observe et enregistre ses gestes. Ses neurones miroirs reproduisent ce qu'il voit, ce qui l'aide à intégrer ses stratégies et à les utiliser par lui-même. Et enfin, il est bon d'essayer de créer une cohérence familiale. Quand les adultes qui importent à votre enfant, comme vous, son parent, ses grands-parents ou d'autres proches, utilisent souvent les mêmes mots et les mêmes gestes pour apaiser, ils retrouvent les mêmes repères partout. Cette cohérence renforce dans son cerveau les circuits qui soutiennent l'autorégulation et lui évite de dépenser de l'énergie à s'adapter à des façons de faire qui seraient différentes d'une personne à l'autre. Cette feuille de route vous a présenté dix réflexes qui sont simples et bien entendu, elle n'est pas exhaustive. Chaque famille trouve aussi ses propres façons de faire, en fonction de son histoire, de la personnalité de l'enfant et du contexte. L'essentiel est de rester dans l'esprit de la co-régulation. Observer, accueillir l'émotion, offrir un cadre rassurant et montrer l'exemple. Ces gestes, quand ils sont répétés avec constance, deviennent peu à peu une seconde nature pour vous et demain une ressource essentielle pour votre enfant. La co-régulation, ce sont vos gestes quotidiens, votre présence, votre manière d'être avec votre enfant. C'est à travers ces petits moments ordinaires que l'amour que vous lui portez prend forme et soutient directement son bien-être. Mais l'amour le plus profond que vous pouvez offrir à votre enfant, c'est aussi celui qui passe par votre propre capacité à rester calme, ancré, régulé, ou à travailler pour acquérir cette précieuse compétence. Chaque fois que vous faites cet effort, vous lui offrez ce qu'il y a de plus précieux, un modèle vivant de régulation émotionnelle. Vous construisez alors dans son cerveau les fondations qui renforceront durablement sa concentration, sa mémoire et sa capacité à comprendre et gérer ses émotions. C'est ainsi que vous lui donnez les meilleures conditions possibles pour ses apprentissages scolaires et pour nouer des relations épanouissantes avec les autres. On va dire pour être heureux dans sa vie d'aujourd'hui et celle de demain, bien sûr. Merci d'avoir été là pour cet épisode, merci pour votre engagement, votre présence, votre écoute. Et merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de ce podcast. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien, à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter, je vous laisse avec ces quelques mots, comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !