- Vincent Ducrey
Monsieur l'ambassadeur, bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. L'Argentine a été une des premières puissances du monde au début du siècle dernier. J'ai eu l'occasion, moi-même, d'écrire un livre sur la belle époque à Paris, l'Expo Universelle à Paris. Le pavillon argentin était un des plus beaux à l'époque. Il y a cinq ans, j'étais à l'Expo Universelle à Dubaï, et le pavillon argentin n'était vraiment pas à la hauteur de ce qu'on a connu un siècle avant. Vous venez... effectivement, donner une toute nouvelle dynamique, rabattre les cartes de manière complète. Est-ce que vous pouvez nous partager un point d'introduction, ce que vous êtes en train de faire et la manière avec laquelle, de manière assez différente, le monde vous regarde maintenant ?
- Ian Sielecki
Déjà, merci beaucoup pour cette invitation. Nous sommes ravis d'être ici et de voir l'intérêt que les Français portent à l'Argentine du président Millet et aujourd'hui, surtout. dans des forums comme celui-ci, ambitieux en termes économiques et disruptifs en termes culturels. Alors, vous avez bien signalé que l'Argentine, il y a plus ou moins un siècle, était un pays top 3 en termes de richesse per capita au monde. Il y avait même très symboliquement une phrase à Paris, on disait être riche comme un Argentin. Ça, c'était l'Argentine il y a un siècle. Qu'est-ce qui s'est passé depuis ? On a eu des décennies de populisme. qui a gouverné le pays en détruisant tout, en détruisant la matrice culturelle, économique et productive, mais surtout en détruisant les intangibles culturels qui font d'un pays une puissance économique ou un pays duquel on peut être fier. On parle de la culture du travail, on parle de la méritocratie, on parle du respect de l'autre. Alors, toute cette séquence infernale qui a duré des décennies a peut-être abouti à son climax en décembre 2023. Quand le président Milley a pris le pouvoir, ce populisme qui avait gouverné le pays pendant des décennies avait laissé un pays avec un taux d'inflation à 25% mensuel, je me permets de souligner pour votre audience présente et en ligne, 25% mensuel, un taux de pauvreté à 54%, donc plus de 1 Argentin sur 2 était pauvre quand le président Milley a pris le pouvoir. Alors qu'est-ce qu'il a fait ? Dès le premier jour, il a mené la réduction... de la dépense publique la plus drastique de l'histoire humaine peut-être, ou de l'histoire occidentale moderne au moins. On a réduit de 15% la dépense publique en termes de PIB en deux mois, ce qui a permis d'atteindre l'équilibre fiscal très rapidement. Comme conséquence, l'émission monétaire qui était générée pour financer ce déficit a été stoppée à zéro, et la conséquence directe a été une baisse drastique de l'inflation. Donc on est passé de 25% mensuel. quand le président Milley a pris le pouvoir, à 1,8% aujourd'hui, ce qui a produit, comme grand accomplissement, une baisse de la pauvreté, parce que l'usine à pauvreté en Argentine a toujours été l'inflation. Et donc ce qu'a fait le président Milley, en réduisant les dépenses publiques, en arrêtant l'émission monétaire, en faisant baisser l'inflation, c'est faire baisser la pauvreté. Et la pauvreté est passée de 54% en décembre 2023 à 31% aujourd'hui, ce qui est encore beaucoup. Mais ce qu'il veut dire en termes de nombre de personnes, que 12 millions de personnes, je me permets bien de le souligner, de le rappeler, de l'exprimer avec fierté, 12 millions de personnes sont sorties de la pauvreté sous le président Millet, dans 6 millions de personnes de l'indigence. Donc il y avait 6 millions de personnes qui, en décembre 2023, n'avaient pas de quoi manger en Argentine, et aujourd'hui, grâce à la politique du président Millet, que certains en France, surtout à gauche, considèrent comme insensible, ou aveugle aux critères sociaux, ou anti-pauvre, Il faudrait bien leur dire que 12 millions de personnes sont sorties de la pauvreté grâce au président Milley.
- Vincent Ducrey
C'est vrai que l'impact social est mesurable. Donc ça, c'est vraiment un des premiers sujets. Ce qui est intéressant, c'est aussi au niveau des entreprises. Les entreprises en Argentine avaient un rapport compliqué avec l'État, avec à la fois énormément de réglementations, de régulations, ainsi de suite. Qu'est-ce qui a été fait pour libérer l'innovation, libérer l'économie et les entreprises argentines ?
- Ian Sielecki
Tout. En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est la vision du président Milley. Lui, il l'a toujours dit, mais la plupart des gens n'ont pas voulu l'entendre ou le comprendre, à l'étranger surtout, mais en Argentine aussi. Sa vision de la résolution des problèmes économiques de l'Argentine a toujours été séquentielle. Et la séquence, elle a commencé avec le chapitre fiscal, la phase fiscale, pour une raison très simple, qui est que d'injecter de la croissance dans une économie qui a 25% d'inflation et un déficit aussi grand que l'Argentine ne l'était. C'est comme de mettre de l'eau dans un socle et un trou. Ça ne sert strictement à rien. C'est ce qu'on a fait en Argentine pendant des décennies. Et voilà où on en était. et je viens de faire le diagnostic de décembre 2023. La séquence a commencé avec la partie fiscale. Le succès est irréfutable, inappellable. Et depuis quelques mois, on a basculé dans la phase croissance. Alors, qu'est-ce qui est fait pour cela ? On a créé un régime d'incitation aux grands investissements qui fournit des avantages fiscaux, douaniers et en termes de taux de change et qui fournit des garanties dans la durée. On a créé des... On a généré mille... dérégulation, 1000 dérégulations on a créé le ministère de la dérégulation c'est une idée dans l'histoire mondiale je pense c'est ce qu'a copié ensuite le monsieur Musk aux Etats-Unis avec le Doge bon il y a tout un débat aux Etats-Unis en Argentine il se balade avec la transgenose d'ailleurs en Argentine il n'y a pas de débat, en Argentine ça a marché c'est en train de marcher et donc en fait pour répondre à votre question ce qui fait la grande différence pas seulement pour le secteur privé mais pour pour... tous ceux qui observent l'Argentine et qui voulent le succès de l'Argentine, c'est que toutes ces mesures qui seraient par définition, ou en tout cas jusqu'à il y a deux ans, auraient pu être considérées par définition impopulaires, que ce soit en Argentine, en France, en Thaïlande ou en Afrique du Sud, elles sont populaires en Argentine. Donc comment vous expliquez ça ? C'est ça la vraie question en fait. Je pense qu'il y a beaucoup d'économistes dans la salle, dans votre audience, je pense que tout le monde aurait dit, bah oui si vous réduisez... de 15% de la défense publique en termes de PIB, vous aurez l'équilibre fiscal parce que vous arrêtez l'émission monétaire, que si l'inflation baisse et la pauvreté baisse, c'est plus ou moins logique. Alors, ce qui est compliqué, ce qui est difficile, ce qui est inédit, c'est de faire tout ça politiquement, surtout au début, le président Millet avait 7 sénateurs sur 72, pour vous donner une image de la fragilité parlementaire, de passer toutes ces lois, d'être aussi disruptif en termes économiques. Avec cette fragilité parlementaire...
- Vincent Ducrey
Embarquer les parlementaires.
- Ian Sielecki
Mais en fait, la vraie question et la vraie réponse à ce que je suis en train de dire, c'est qu'il y a eu un changement culturel en Argentine. Ce dont vous me parliez avant, à l'instant, vous disiez qu'il faut un changement culturel dans la France. Je ne veux pas parler de la France, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'en Argentine, il y a un changement culturel très profond qui a opéré. Et ce n'est pas par hasard. C'est le président Millet qui a mené cette bataille culturelle avant de se faire élire. Et je dis bien avant de se faire élire. Lui, il a fait campagne en disant qu'il allait faire. exactement ce qu'il est en train de faire maintenant. Et du coup, il a un mandat. Et du coup, les gens le soutiennent. Et du coup, même les parlementaires qui étaient contre lui politiquement, qui voulaient spéculer contre lui politiquement, ils étaient forcés de soutenir ces réformes parce que ces réformes vont dans le sens de l'histoire.
- Vincent Ducrey
Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, on est dans une phase, la phase d'implémentation a eu lieu. Les résultats commencent à être identifiés. quelles sont un peu les prochaines étapes du mandat. Il y avait des élections de mi-mandat qui se sont bien passées pour vous. Mais du coup, la prochaine étape, c'est quoi ? C'est l'Argentine, le règlement international. Je parlais tout à l'heure de l'Argentine à la belle époque. Quel est un peu l'objectif de fin de mandat qu'il aimerait obtenir ? Et puis, on parlera après, effectivement, des insights et des leçons qu'on pourrait tirer en termes d'inspiration. Allez-y.
- Ian Sielecki
Écoutez, je sais que vous avez eu M. Philippe Aguillon ce matin, prix Nobel de l'économie de cette année. Il y avait un prix Nobel dans les années 70, le prix Nobel d'économie américain, Simon Kuznets, qui a dit qu'il y a quatre types de pays dans le monde, et qui marchent, et qui ne marchent pas, le Japon et l'Argentine. Le Japon, pourquoi ? Parce qu'ils ont tout contre eux, et ça marche quand même de manière magnifique depuis longtemps. L'Argentine, parce qu'on a tout pour nous, tous les atouts que vous pouvez imaginer, et même comme ça, pendant des décennies, ça ne marchait pas. En fait, le président Millet est en train de changer ça. En changeant la matrice culturelle, il a changé la matrice politique, qui est en train de changer la matrice économique. Et donc, qu'est-ce qu'il y a tant l'Argentine à court terme ? Qu'est-ce qu'il y a dans l'horizon argentin ? Déjà, je peux vous rappeler qu'on a la première réserve de lithium au monde. On a la deuxième réserve de gaz non conventionnelle au monde. On a toutes les ressources naturelles dont vous pouvez imaginer, l'eau, le vent. On a un secteur... agricole qui produit des aliments pour 450 millions de personnes. Nous, on est un peu moins de 50 millions. Mais, encore une fois, le populisme a mis des freins à l'exportation. Il y a eu une politique très irresponsable. On a un secteur nucléaire. Peut-être que ce n'est pas très connu pour l'opinion publique générale, mais le secteur nucléaire argentin, il est de pointe au niveau mondial. On est un des trois pays qui a des brevets sur les SMR, ce qui est le futur du secteur nucléaire. On a... la plus grande quantité de licornes per capita de toute l'Amérique latine. On est le seul pays d'Amérique latine qui a des prix Nobel scientifiques. L'Argentine a tout pour réussir. Ce qui nous manquait, c'était un leadership politique courageux. pour, comment dire en français, mettre les pendules à l'heure. C'est une expression que j'essaie de traduire à l'espagnol, parfois je ne le trouve pas. Mais en français, c'est très clair, mettre le pendule à l'heure et donner à l'Argentine toutes les possibilités de réussir en levant la botte de l'État du coup du secteur privé. Et c'est ce qui est en train de se passer depuis un an et demi. La grande différence, c'est qu'il y a un mois, on a eu des élections parlementaires de mi-mandat et le résultat écrasant, la victoire écrasante du président Milley fait que maintenant, on peut accélérer. Donc, qu'est-ce qui vient là, à très très court terme, je veux dire dans deux semaines, c'est le début du débat au parlementaire sur la réforme du droit du travail, qui va flexibiliser d'une manière pragmatique les conventions de travail, qui va permettre aux différentes régions d'avoir leur propre cadre légaux. Ce n'est pas la même chose, la situation du travail... Avec Amuerta, dans le sud de l'Argentine, vous avez le gaz, vous avez les grandes entreprises pétrolières, que dans le nord, où c'est des entreprises plus liées au tourisme. Cette flexibilité en Argentine n'existe pas, elle n'existe pas, elle va exister. La réforme fiscale, donc je sais que c'est un problème en France bien sûr, l'Argentine a une charge fiscale sur PIB de 38,5%. La France c'est 44, ce n'est pas aussi élevé que la France, mais 50% de l'économie argentine est en noir. C'est-à-dire que les gens qui payent des impôts, ce 38%, en fait, c'est plus que 70%. Donc, quand on voit ce que les entrepreneurs argentins, ce que le secteur privé argentin a réussi à faire pour survivre à cet État populiste, éléphantesque, il est très simple, très direct, très logique de croire qu'en enlevant la botte du coup de l'entrepreneur argentin, du secteur privé argentin, il y a un seul débouché possible. C'est la croissance, c'est la puissance de l'Argentine, cette Argentine qui vient et qui, sous le président Millet, est déjà en train d'inspirer le monde et qui continuera de le faire ces deux prochaines années, et probablement bien de là.
- Vincent Ducrey
On s'intéresse maintenant à la relation bilatérale entre la France et l'Argentine. Le président Millet est venu l'année dernière. Oui, effectivement, et l'idée, c'était de se projeter, de se dire, effectivement, comment renforcer les liens économiques. Il y a la petite tension sur le Mercosur, mais de manière directe. Quelles sont les pistes de collaboration et sur quoi portent un peu les échanges ?
- Ian Sielecki
Écoutez, je suis très fier de dire, et je vous remercie de me permettre de faire un peu la promotion de mon travail, parce que finalement, c'est ça. Depuis que le président Milay a pris le pouvoir, les investissements français en Argentine ont augmenté de 43%. C'est un des pays qui a le plus augmenté ses investissements en Argentine. Je pense qu'on a une relation politique en ce moment entre nos deux présidents, entre nos deux gouvernements, qui est très fertile. qui est de très bonne foi, qui est très complémentaire, et ça a commencé à déboucher dans un intérêt croissant, dans une confiance des grandes boîtes françaises dans l'économie argentine, dans nos réformes. Après, il y a un élément de réponse qui est plus, si vous voulez, structurel, ou plus profond. On parle en France souvent de cette idée d'autonomie stratégique européenne. Il y a plus ou moins un consensus dans la classe politique française qu'il faut porter avant cette vision, vous la connaissez aussi bien que moi, que l'Europe doit être un sens blocal entre les Etats-Unis et Chine, une certaine indépendance économique, stratégique, etc., dont la France doit être un porte-étendard. Pour avoir cette autonomie, vous avez besoin de masse critique. Tout le monde reconnaît que l'Europe, toute seule, n'est pas suffisante pour avoir cette autonomie stratégique. L'Afrique, ça n'a pas l'air d'être le continent le plus facile pour la France en ce moment. L'Asie... La confiance avec la Chine, j'imagine, elle n'est pas très facile. L'Amérique du Nord, il y a ces circonstances plus ou moins problématiques que je n'évoquerai pas. Vous allez aller où exactement ?
- Vincent Ducrey
C'est important, effectivement.
- Ian Sielecki
L'Amérique latine, surtout l'Amérique du Sud, est un continent de valeurs convergentes avec une histoire commune. Et surtout, ces ressources stratégiques dont vous avez besoin pour porter la transition énergétique des voitures, pour que l'Allemagne puisse s'émanciper du gaz russe... Pour avoir une souveraineté alimentaire, toutes ces ressources, l'Argentine les a. On a le lithium qu'il nous faut pour la transition énergétique des voitures. On a le gaz qu'il faut à l'Europe pour s'émanciper d'autres pays qui sont plus conflictuels. On a les aliments pour alimenter 500 millions de personnes qu'en Argentine. Et il y a d'autres pays dans la région. Donc on a tout ce qu'il faut. Et on a surtout une relation de confiance qui est de plus en plus fertile aux échanges économiques. Les investissements augmentent, le commerce augmente, le tourisme est sur le point de basculer à un niveau de croissance important. Tout est là. On vous attend en Argentine.
- Vincent Ducrey
Merci beaucoup pour ces mots de conclusion. Bonne continuation.