- Speaker #0
Vous avez plusieurs casquettes, vous imaginez tout ça petit ? La transmission dans tout ça, la chose la plus simple qui embellit votre journée.
- Speaker #1
Le beau.
- Speaker #0
Bonjour, Parlons B reprend un peu de son activité et dans des conditions nouvelles pour la sixième année puisque c'est filmé comme vous pouvez le constater et pour ce premier épisode j'ai le plaisir et le bonheur de pouvoir échanger avec Jean-Marc Hervier. Bonjour Jean-Marc.
- Speaker #1
Bonjour Euline.
- Speaker #0
Merci d'être venue chez nous. C'est ça, j'allais dire vous m'accueillez, vous nous accueillez pour Parlons B et c'est un énorme, un immense honneur.
- Speaker #1
C'est un honneur de vous recevoir et puis c'est un rendez-vous avec la beauté. Et vous savez à quel point je tiens et auquel je suis un sujet sensible. Je ne vais pas reprendre la phrase d'Ostoyevski, mais le beau sauvera le monde. Je pense que c'est un credo que nous devons tous avoir dans notre déat pour que le monde soit plus beau.
- Speaker #0
Particulièrement aujourd'hui, je pense qu'on en a besoin plus que jamais.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Où est-ce qu'on est ici ?
- Speaker #1
Alors vous êtes au puce de Saint-Ouen, vous êtes exactement dans le marché... Paul Baer. Vous êtes donc dans la galerie Jean-Marc Herbier La Suite. C'est l'ex-maison Christian Sapé, qui est un grand décorateur des années 70. Et dans La Suite, c'est une association La Suite avec un garçon que j'aime beaucoup, il s'appelle Nance Boucher, et qui est spécialisé dans les années 80, avec lequel nous faisons beaucoup de collaborations. Et un garçon dont je respecte le bon goût et qui est aussi un ami de mon fils.
- Speaker #0
C'est quoi le bon goût ?
- Speaker #1
Pour moi le bon goût c'est quand c'est évident, comme si ça avait toujours été posé là et que ça plaît et que c'est émouvant.
- Speaker #0
Le bon goût et le beau font vraiment partie de votre vie, j'ai l'impression parce que vous avez plusieurs casquettes.
- Speaker #1
Alors moi je viens de la mode originellement, j'ai travaillé pour la maison Thierry Mugler. J'ai travaillé aussi pour la maison de Minarici. Vous faisiez quoi ? Chez Thierry Mugler, j'étais à la presse. Et puis, j'ai quitté la maison Thierry Mugler quand j'ai travaillé sur le clip de George Michael, dont j'ai assuré la production exécutive sur ce clip qui a été fameux, qui s'appelle « Too Funky » .
- Speaker #0
Comment on en vient à faire le clip de George Michael ? Je ne sais pas.
- Speaker #1
Toute ma vie a été un... Une succession de très belles rencontres et de beaux projets. Un des derniers en date, c'est celui que j'ai réalisé grâce à Karine Roitfel, qui m'a confié son appartement à Venue Montaigne, qui a été largement représenté dans toute la presse et dans tous les AD du monde. Elle m'avait posé comme objectif simplement de la révéler. J'ai dit, ta vie est un écrin. on va te faire un écran noir avec des miroirs pour faire briller ton talent.
- Speaker #0
Est-ce que vous imaginez tout ça petit ? C'était quelque chose que vous vouliez faire ?
- Speaker #1
Quand j'étais petit, je vivais à l'étranger et je n'avais qu'une envie, c'était d'habiter à Paris, de vivre à Paris et de vivre au milieu des stars et de la vie aussi bien nocturne que d'y en de Paris. La mode, la mode, la mode. Oui,
- Speaker #0
c'était la mode en premier.
- Speaker #1
Absolument. Et les choses très inspirantes quand j'étais enfant, c'était de me coller devant les pubs d'Ym, et de voir la révolution d'Ym, de présenter une image des femmes jeunes, dynamiques, libérées. Et pour moi, ça, c'était une partie de la mode. Oui,
- Speaker #0
ce que j'allais vous demander, qu'est-ce que vous trouviez beau petit, et est-ce que ça a évolué avec le temps ?
- Speaker #1
Les références sont toujours les mêmes. J'aime beaucoup les années 70. La galerie a un peu deux tons, c'est-à-dire que vous avez un hommage aux Trente Glorieuses avec le goût confortable et luxueux des années 60-70, italien, français avec une touche d'américain. Et puis le côté très graphique des années 80. avec André Poutman, des grands noms des années 80. Et ça, c'est un travail que je fais avec mon collaborateur et associé, Nance Boucher, qui est spécialisé collectionneur des années 80. Et là, on vient de faire la haute joaillerie de quartier à Saint-Tropez, à Cogolin très exactement. Et on a introduit dans une sélection de meubles vintage des pièces du studio Poutman. dans la présentation de cette haute joaillerie à Kogola.
- Speaker #0
Typiquement, comment est-ce que vous avez décidé de mettre en avant cet artiste ? C'est en voyant les collections de quartier ?
- Speaker #1
Non, c'est-à-dire que c'est comment faire coexister des pièces méga confortables, comme des gros canapés, avec des pièces très rigoureuses et très gravissantes, graphique dont André Poutman avait le secret. Et le mix match est très très beau parce que c'est des tables avec des pointes un peu en diamant qui fonctionnent très bien avec justement une exposition sur la haute jaillerie. Et parallèlement à ça, on a aussi fait l'after show de Chanel où là ils nous ont demandé de trouver des tables en laiton, des tables qui soient un peu luxueuses et qui se conjuguent avec le décor à Biarritz très art déco. autrement on a fait aussi des opérations comme Versace c'était très important c'est que là ils nous ont dit on vous donne un local brut et vide faites en nous un lieu d'exposition qui ne soit pas un showroom mais qui mette en valeur toutes nos collections c'est ce qu'on avait fait l'année dernière aussi et alors comment est-ce que vous trouvez les oeuvres d'art, les pièces c'est le principe vie. Du sourcing. Moi, j'aime beaucoup l'art contemporain. J'ai travaillé avec Nathalie Pasqua au démarrage, qui faisait des pièces, des sculptures avec des vitraux. Là, je travaille avec quelqu'un que j'adore, qui est un ami de... très longue date, qui s'appelle Jean-Guillaume Mathiot, qui a notamment designé le musée Baccarat, le restaurant d'Alain Ducasse, et qui fait des projets overseas, pour des riches clients, ou pour des grandes institutions, et j'aime beaucoup, son travail, comme Bénédicte Gérin, qui est une artiste peintre, ou Arthur Samier, qui est un jeune photographe, et dont j'adore le travail, ou Aurèle, en fait, j'aime beaucoup mettre de l'art dans la vie au quotidien.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut tous, à votre avis, avoir un peu d'art, un bout d'art chez nous ?
- Speaker #1
Bien sûr, l'art ce n'est pas forcément une question de prix, c'est une question d'émotion. L'émotion c'est votre perception de ce qui vous émeut et de ce que vous voulez transmettre. Et quand le projet est clair, il se transmet sans que vous ayez besoin de l'expliquer.
- Speaker #0
On n'est pas obligé de savoir, de connaître ou de comprendre même d'ailleurs ?
- Speaker #1
Non. absolument, je pense que c'est que d'émotion et c'est vous qui le transmettez mais d'ailleurs en parlant d'émotion,
- Speaker #0
qu'est-ce qui vous a coupé le souffle dernièrement ?
- Speaker #1
je vais vous le dire encore une fois, c'est Jean-Guillaume Mathieu c'est une création de Jean-Guillaume Mathieu que j'adore parce que il arrive à se réinventer tout le temps avec toujours les mêmes matériaux c'est celui qui est juste là ? c'est un trône oui mais il se réinvente toujours, c'est qu'on arrive à toujours être ému des créations qu'il fait en changeant juste des formes, des matériaux, en introduisant sur du bois, du métal. En tout cas, en se réinventant, il est fascinant.
- Speaker #0
Vous me parliez, avant qu'on commence à tout enregistrer, de l'importance de la liberté pour vous.
- Speaker #1
La liberté, c'est fondamental, c'est ce qui permet justement de créer. Et c'est un peu le problème que nous rencontrons aujourd'hui, cette privation. de liberté qui empêche les artistes de pouvoir s'exprimer librement et les contraintes de « on ne peut pas dire, on ne peut pas faire, ça ne peut pas se faire, ça ne peut pas se dire » qui, je trouve, sont très réprimants pour la création.
- Speaker #0
Mais vous, vous arrivez quand même à vous exprimer via différents médiums, au final ?
- Speaker #1
Parce que je suis un vieux monsieur qui ne craint plus rien et je me permets de m'exprimer parfois en prenant des parties qui peuvent se retourner contre moi aussi parce que tout ne... tout malheureusement aujourd'hui ne peut plus se dire.
- Speaker #0
Hum, intéressant. La chose la plus simple qui embellit votre journée ?
- Speaker #1
Le beau.
- Speaker #0
Vous êtes la personne idéale pour commencer cette...
- Speaker #1
Le beau. Et la première chose que je demande quand je me lève à mon miroir, c'est comment aujourd'hui je vais être beau, pas pour être beau mais pour pouvoir communiquer. Parce qu'être beau, être soigné, ça veut dire faire attention aux autres, c'est avoir une relation empathique qu'on doit absolument... Le négliger, c'est ce qui est un foutage de gueule. pour les autres avec lesquels on doit vivre et communiquer.
- Speaker #0
Et on revient à votre passion pour la mode. Vous vous êtes exprimé d'abord à travers le vêtement et l'apparence du coup ?
- Speaker #1
Non, j'ai toujours été attiré. Moi, je pense que la mode, c'est un vecteur de communication fondamental. Ce n'est pas une prison. Au contraire, c'est un moyen de communiquer avec les autres et de plaire et de se plaire. Et ce n'est pas l'apanage des femmes. Je trouve que la mode, c'est les femmes, les hommes, c'est tout le monde. Il n'y a pas de barrière d'âge, il n'y a pas de barrière. Et c'est fondamental, c'est comme, pour moi, c'est un lifestyle, la mode, la maison, ce qu'on porte comme parfum, comment on se maquille, ce qu'on met comme odeur chez soi. ce que l'on mange, comment on voyage, c'est une ambiance globale.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous portez comme parfum ?
- Speaker #1
Je porte Coromandel de Chanel, mais j'en porte plein. Je porte aussi le parfum de Karine.
- Speaker #0
Vous étiez fidèle ?
- Speaker #1
Non, je suis infidèle. C'est comme j'ai un style, mais on essaye toujours des nouveaux talents ou des nouvelles choses. C'est bien qu'on le fasse, parce qu'autrement on serait enfermé dans une prison et la liberté ne serait pas au rendez-vous de la mode.
- Speaker #0
Je vois que vous avez de très beaux bijoux aussi.
- Speaker #1
Merci, mais c'est des choses chinées.
- Speaker #0
Tout est chiné ?
- Speaker #1
Tout est chiné. Il n'y a rien de... Il y a très peu de choses qui sont d'aujourd'hui. Mais ça, c'est le travail d'un marchand au plus. On va, on voit, on prend, on collectionne et on installe, on réinvente.
- Speaker #0
Est-ce que ça vous est arrivé de regretter d'être passé à côté d'une pièce ou d'avoir trop attendu ? Jamais. Vous fonctionnez plutôt...
- Speaker #1
Je pense que si je n'ai pas quelque chose, si je n'ai pas une pièce, c'est qu'elle ne m'était pas destinée. Et si elle doit revenir, elle reviendra un jour ou l'autre devant moi.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une pièce que vous rêvez d'avoir ?
- Speaker #1
Non, parce qu'en fait, je n'aime pas forcément garder ce que j'ai. Je pense que la vie, c'est un moment où on vous concède des objets, des modes de vie, mais que rien ne vous appartient parce que vous allez tout un jour devoir laisser et rendre.
- Speaker #0
Donc régulièrement, ça bouge chez vous ?
- Speaker #1
C'est un métier formidable pour ça, parce que je me dis, ça c'est là, ça va être là pour un mois, deux mois, deux jours, je ne sais rien. C'est bien, on change, on va se réinventer à chaque fois.
- Speaker #0
Et la transmission dans tout ça ?
- Speaker #1
La transmission, c'est justement de donner le plus d'informations possibles à ceux qu'on aime ou aux gens en général, pour qu'ils voient que le monde n'est pas fermé juste à un concept, mais à des millions de façons de voir la vie différemment.
- Speaker #0
Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?
- Speaker #1
Le meilleur conseil qu'on m'ait donné, c'est de me dire pense que tu es beau et tu le seras.
- Speaker #0
D'intégrer pleinement et peut-être arrêter de se flageller ou de se parler mal à soi-même.
- Speaker #1
Par exemple, moi je fais beaucoup de sport parce que c'est un moyen aussi de me libérer. Je fais de la boxe, je fais beaucoup de sport parce que je trouve que faire attention à son corps, il n'y a pas d'âge. Il faut le faire parce que le laisser aller, c'est un mépris des autres et de soi.
- Speaker #0
Puis même concrètement, pour avoir écrit un papier... Il y a deux jours, j'ai rendu un papier sur le fait que le sport agissait sur nos connexions cérébrales et ça nous permet de vivre plus longtemps.
- Speaker #1
Voilà, absolument.
- Speaker #0
Donc, on est bien d'accord. Le beau en deux minutes top chrono, vous êtes prêts ? Le plus beau film que vous ayez vu ?
- Speaker #1
Théorème, Pasolini.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
parce que ça évoque exactement cette idée des Trente Glorieuses. C'est l'Italie d'après-guerre dans les années 60 avec ses familles très bourgeoises milanaises qui vivent dans le paradoxe de la religion et de la liberté. C'est un film d'un esthétisme extraordinaire et qui m'a beaucoup inspiré aussi bien en décoration qu'en mode.
- Speaker #0
La plus belle musique.
- Speaker #1
J'en ai tellement, mais je vais dire
- Speaker #0
Sakamoto. Le plus bon plat ?
- Speaker #1
Ah ! Il y en a plusieurs là où c'est pareil, mais on va dire le Vitello Tonato. Et je travaille avec une amie italienne, avec qui on fait beaucoup, beaucoup de projets, qui a un très, très bel hôtel à Florence. Et chaque fois que je vais en Italie, là j'y vais dimanche. Quand elle me reçoit, je lui demande toujours de me faire inviter à l'automato, elle s'appelle Alessandra Rovati et je l'adore.
- Speaker #0
Pourquoi ce plat précisément ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, je n'ai pas le temps. J'adore l'inviter à l'automato, j'aime le ton.
- Speaker #0
La plus belle destination ?
- Speaker #1
Mexico. J'adore Mexico, je trouve que c'est une ville qui allie l'art et l'architecture et je trouve les gens fascinants, énergiques, dynamiques, extrêmement positifs et très bien éduqués.
- Speaker #0
La couleur aussi.
- Speaker #1
La couleur, absolument.
- Speaker #0
La plus belle couleur, justement.
- Speaker #1
Alors, je ne devrais pas dire ça parce que ce n'est pas une couleur, mais j'adore le noir.
- Speaker #0
Le meilleur restaurant ?
- Speaker #1
Ah, attention, ce que je vais te dire. Caviar Caspia.
- Speaker #0
Et j'ai tiré le plus beau livre que vous ayez lu ?
- Speaker #1
Je lis très peu, mais je lis beaucoup des livres d'art. Mais des références littéraires comme ça, je ne vais citer personne.
- Speaker #0
Ma dernière question pour vous Jean-Marc, c'est de savoir quelle est la chose la plus belle que vous aimeriez qu'on retienne de vous ou de votre histoire ?
- Speaker #1
Le goût des libertés et le chic avant tout.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à vous, Sotir.