- Speaker #0
Comment vous intégrez le beau justement ? Qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne de vous ? Qu'est-ce que vous trouviez beau petit ? J'ai plein d'autres questions mais on va commencer par ça.
- Speaker #1
Moi j'irais sur les coquilles Saint-Jacques, ça déçoit jamais.
- Speaker #0
Bonjour, pour ce deuxième épisode de Parlons B, l'idée est de parler de beau dans les moindres détails. Le beau que l'on retrouve un peu partout autour de nous, dans nos quotidiens et auquel parfois on ne fait pas toujours attention. Et j'ai voulu en parler avec un duo, le duo, pour me... parler de tout ça. Ils sont juste à côté de moi. Il y a Violaine Orsoni, bonjour. Salut. Et il y a Jérémy Schneider, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Du duo Violaine et Jérémy.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Merci infiniment d'être sur Parlons B. L'idée est de parler de vous et de votre duo assez charismatique qui a commencé officiellement en 2012, mais vous êtes connue avant.
- Speaker #1
On s'est connus avant, ouais. On est tombés amoureux en 2010. Je suis un peu plus âgée que lui et je travaillais dans la publicité. J'étais un peu un espèce de couteau suisse de production, gestion de projet, direction de clientèle. Et puis c'était le début d'une petite agence où on a vraiment commencé avec les ordinateurs sur les genoux dans l'appart d'un des trois fondateurs. Et Jérémy est arrivé en stage dans cette agence. Pour faire une illustration, ce stage s'est vite transformé en contrat de DA. Et à force de bosser très tard et beaucoup, on s'est rendu compte que... Plus l'alchimie et la vie et le destin peut-être. Il y avait peut-être un truc à faire.
- Speaker #0
Et comment est-ce qu'on décide de partir ? Et surtout quand c'est les débuts pour toi, Jérémy. puisque c'était ton stage.
- Speaker #2
C'était mon stage.
- Speaker #0
Comment est-ce qu'on ose se lancer tous les deux ?
- Speaker #2
Je pense que je n'y ai jamais réfléchi. On n'avait pas de business plan. À l'époque, je me laissais vraiment porter un peu. Au début, je ne voulais même pas être employé. Je ne voulais pas forcément bosser dans la pub. J'ai eu l'opportunité, donc je l'ai fait. C'était une bonne expérience. Je me suis rendu compte au bout de quelques mois que... Je voulais monter mon studio, déjà pour être libre et pour bosser dans le graphisme. Donc au bout de six mois, j'ai démissionné. Violaine était ma boss, on bossait ensemble. Je lui ai proposé de monter le studio tous les deux. Et ça lui disait, donc on a lancé la monture.
- Speaker #1
Ouais, moi c'était parfait pour moi parce que je savais depuis assez tôt que je voulais être entourée de créatifs. Donc c'est pour ça que je me suis retrouvée à bosser dans la pieu. J'ai pas du tout de... Comment dire, de formation académique artistique. Et c'est vrai qu'au bout de 3-4 ans, vu que je suis un bon petit soldat, en fait, j'ai quand même vraiment beaucoup appris dans les différentes boîtes par lesquelles je suis passée. Et c'est vrai que la publicité, ça m'a appris beaucoup sur la gestion de projets, du stress. Dans l'implication aussi, en fait, se dire qu'on s'implique vraiment.
- Speaker #0
Oui, il y a une vraie dévotion.
- Speaker #1
Exactement, oui. Et ça, j'ai vraiment adoré. Je pense que j'ai été à une super bonne école pour ça. Mais c'est vrai que quand la beauté est quelque chose d'important dans ta vie, et je pense que ça a été le cas pour moi assez rapidement, la publicité, elle ne peut pas répondre à cette envie et à ce besoin. Et c'est vrai que Jérémy... Il pouvait complètement répondre à ça puisqu'il sait la produire. Voilà, donc ça a été vraiment une...
- Speaker #0
Une évidence.
- Speaker #1
Oui, alors après, tu sais, quand tu as la vingtaine, souvent tu ne te poses pas trop de questions. Et d'ailleurs, on nous pose la question, est-ce que si c'était à refaire, est-ce que vous le referiez ? La réalité, c'est qu'heureusement qu'on n'avait pas trop conscience de ce qui nous attendait parce que sinon...
- Speaker #0
Quand on sait trop, on ne veut même plus y aller ou même on a conscience de tous les dangers ou toutes les difficultés.
- Speaker #1
Parce que ça a demandé les efforts que ça a...
- Speaker #2
Moi, j'aurais quand même refait la même chose.
- Speaker #1
Oui, ok.
- Speaker #2
Même si c'était dur. Et pour rajouter sur la beauté...
- Speaker #0
J'allais vous demander, c'est quoi le beau pour vous ?
- Speaker #2
Je pense qu'on va y venir. Mais sur la publicité, c'est que, particulièrement la publicité, c'est... Bon, la publicité, le concept est très important. Donc l'idée... Ça c'est dans la création. Après il y a plein de sujets sur la cible, commercialement qui ça doit toucher. Mais ce que je veux dire c'est que particulièrement en France, je pense que le beau en tout cas à l'époque n'était pas du tout important dans la publicité. C'était vraiment l'idée. Alors que dans d'autres pays, je pense que c'est peut-être plus le cas, l'esthétique.
- Speaker #0
Notamment à travers la typographie. Oui,
- Speaker #2
la typographie. Et même, des fois, la couleur, il y a des choses plus esthétisantes que d'autres. Aujourd'hui, il y a des agences qui le sont un peu plus en publicité, je pense. Mais c'est pour ça que pour moi, c'était un énorme manque.
- Speaker #0
Oui, parce que toi, tu es vraiment un créatif. Tu as besoin de penser le beau, en fait, d'une certaine manière.
- Speaker #2
Et j'ai envie de le faire, c'est ce qui m'accomplit.
- Speaker #0
Et c'est quoi le beau, du coup, pour vous ? Vous avez deux heures, grande question philosophique.
- Speaker #1
Oui, en fait, mais tu sais, c'est marrant, parce que c'est une question déjà qui nous anime pas mal. Encore au Nouvel An cette année, il y a été trois du mat, c'était le débat qu'on avait avec un de nos meilleurs copains.
- Speaker #0
Qui est artiste.
- Speaker #1
Est-ce que le beau est universel ou est-ce qu'il est purement culturel ? Bon, il y a des philosophes qui se sont posés la question avant nous, donc on n'a pas, comment dire, le... La prétention de pouvoir y répondre, on peut juste dire ce qu'on en pense nous et quel est notre avis à nous. En l'occurrence, le mien, c'est qu'il y a des zones de beauté qui sont clairement universelles, pour des raisons que je ne peux pas expliquer, parce que ça vient te toucher et toucher les gens à un endroit.
- Speaker #0
C'est l'émotion le beau.
- Speaker #1
Oui, mais c'est une émotion. C'est une émotion assez précise parce qu'il y a un truc d'émerveillement en fait. Et en même temps, à la fois de démerveillement et à la fois de bien-être. C'est-à-dire que quand tu trouves quelque chose de beau, ça te remplit. J'ai la sensation que ça peut te remplir et donc ça peut te rendre plus joyeux, plus souriant, plus chaleureux probablement.
- Speaker #2
Et rendre la vie plus belle aussi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Et c'est vrai que c'est un vrai débat dans la philosophie. Et on en parlait entre Kant qui dit que le beau, c'est universel et sans conseils. Donc, c'est censé toucher n'importe quelle culture. C'est une question qu'on se pose souvent.
- Speaker #0
Oui. Dostoevsky qui a carrément dit que ça sauverait le monde, la beauté.
- Speaker #1
Non, mais honnêtement, je suis assez alignée avec ça. Parce que le... Le beau adoucit les mœurs, en fait. Ça te caline. Donc, ouais, je suis assez d'accord avec ça. Et en l'occurrence, c'est quelque chose... Tu vois, on a commencé à faire un peu des petites conférences il y a deux ans. Et il y a... Donc, on a été forcés de penser comment est-ce qu'on va se raconter.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est une chose de créer, mais après, de pouvoir en parler, c'est difficile.
- Speaker #1
Bien sûr. Parce que le... C'est pas du tout la même chose, d'autant plus que, particulièrement chez nous, on intellectualise pas trop le travail. Et c'est très volontaire, parce qu'on dit que intellectualiser le travail, en fait, ça enlèverait cette espèce de petite magie dont on comprend pas d'où elle vient, tu vois, ce truc qui vient te piquer, qui donne les petites étoiles dans les yeux. Mais ce que je voulais dire, c'est que le sujet du beau, du coup, on l'intègre. dans les conférences qu'on donne. Parce que moi, il n'y a rien qui m'exaspère le plus quand j'entends quelqu'un dire « mais c'est juste beau » . Ou alors quelqu'un dire « c'est mieux, c'est pas que beau, c'est en plus, ça a du sens, en plus, nanana » . Mais à vrai dire, en tout cas, moi j'ai fait la paix avec moi-même sur ce sujet. Moi je trouve que le beau, mais suffit largement, et je dirais même plus, je dirais qu'il fait... le travail de l'évangélisation, de tout le reste en fait.
- Speaker #0
Comment vous intégrez le beau justement dans votre travail ? Toi Jérémy, évidemment par la création. Comment ça se concrétise selon vous ? Et puis aussi c'est une question un peu déguisée pour vous dire qu'est-ce que vous faites en réalité ? Quel est le cœur de votre métier ? Parce qu'on ne l'a pas encore vraiment évoqué. J'ai plein d'autres questions mais on va commencer par ça.
- Speaker #2
Est-ce que dans le cœur de notre... Est-ce qu'on parle de notre méthode ou plutôt de l'activité qu'on fait ?
- Speaker #1
De l'activité ?
- Speaker #2
On est graphiste, on est typographe et moi je suis illustrateur. Donc on a trois activités qui sont à la fois distantes et qui se rassemblent, qu'on mélange, qui rythment un peu notre routine. Et moi je dirais, jusqu'à maintenant, je dirais que j'avais pas vraiment de méthode. Et en fait ma méthode, j'y ai pensé il y a peu de temps, elle est un peu maximaliste. dans le sens où, pour être sûr que ce que je fais, c'est beau, il faut que j'essaye un maximum de choses. Et donc, même si j'ai commencé à trouver des choses qui suffiraient pour un projet, en fait, il faut que j'en essaye encore d'autres, pour être sûr que je n'ai pas raté quelque chose.
- Speaker #0
Raté selon le client. La personne avec laquelle vous travaillez ?
- Speaker #1
Non, non, raté selon nous.
- Speaker #0
Selon vous ? Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #2
En réalité, les deux. Rater à la fois le fait de répondre...
- Speaker #1
Quand tu dis rater, c'est pas ne pas réussir, c'est rater l'opportunité de faire mieux.
- Speaker #2
Ouais, exactement. Et pour être sûr que j'ai fait le mieux possible, je pousse toutes les idées qui auraient pu être possibles au maximum. Et de ça, j'en tire quelque chose.
- Speaker #1
L'essence,
- Speaker #2
ouais. L'essence, et on en tire d'ailleurs quelque chose. généralement comme on travaille tous les deux d'ailleurs on en parlera mais on n'a pas le même rôle au studio le fait que justement nos avis débattent sur ce maximalisme donne à chaque fois quelque chose qui en concentré fait quelque chose vraiment de bien je pense qu'aujourd'hui c'est ça ma méthode je dirais le défaut c'est qu'elle est chronophage mais la qualité c'est que au final ça marche
- Speaker #0
C'est une chance pour les personnes avec lesquelles vous travaillez, parce qu'elles se retrouvent, j'imagine, avec des propositions très riches et assez développées, plus qu'elles ne l'auraient imaginé. Quels sont vos derniers projets ? Est-ce qu'il y en a que vous pouvez nous évoquer ? J'en ai deux, trois en tête, mais peut-être ceux les premiers qui vous viennent à l'esprit.
- Speaker #1
Là, le tout dernier qu'on a terminé vendredi, qui nous a pris beaucoup de temps. Pour le coup, pour lequel on a produit beaucoup plus que ce qui était prévu au départ, pas à la demande du client, mais de notre fait, parce que...
- Speaker #0
De vos exigences et de vos volontés et de vos recherches.
- Speaker #1
Bah oui, absolument. On a fait un petit livre pour Cartier dans lequel il fallait faire des illustrations. On ne peut pas en dire trop plus sur le contenu, mais en tout cas, typiquement, c'est un projet qui... S'inscrit complètement dans ce que Jérémy vient d'expliquer, c'est-à-dire cette espèce de générosité, mais qui nous est complètement...
- Speaker #0
Vous l'assumez ?
- Speaker #1
Oui, mais surtout, elle nous rétribue dans le sens où c'est parce qu'on fait toujours un peu plus que juste ce qui est attendu de nous. Que du coup, nous aussi, on est fiers de ce qu'on fait. En fait, travailler que pour des clients, ça n'a aucun intérêt. Enfin, tu travailles avant tout pour toi-même. Enfin, en tout cas, nous, on a la chance d'être à un endroit où on travaille avant tout pour nous-mêmes. Et tant mieux si les clients sont contents de ce qu'on produit. Mais c'est très clair que notre priorité, c'est nous. Mais en même temps, ça les sert, ça sert les clients que notre priorité soit de nous-mêmes, puisqu'ils viennent chercher une esthétique que seuls nous soyons capables de parfaire.
- Speaker #0
Oui, c'est votre œil et votre patte qu'ils viennent chercher. Au début, dans l'introduction, je parle de détails et de toutes ces choses du quotidien qui nous entourent, et vous participez à ça. que Vous touchez à plein de domaines différents. On a évoqué la typographie. Pour celles et ceux qui ignoraient la typographie, c'est les mots, les caractères, les lettres qui forment les mots. Et tout ça, c'est créé, c'est dessiné, imaginé par toi, Jérémy. Et il n'y a pas que ça que vous faites. Évidemment, tu dessines et vous imaginez des identités visuelles pour des maisons, pour des marques, mais aussi des restaurants. dans des domaines très vastes. Donc, comment ça se passe ? Comment vous faites ?
- Speaker #2
Tu veux commencer ?
- Speaker #1
Non, je laisse commencer.
- Speaker #2
Je dirais qu'on a un panel de clients très différent. La base de notre métier, c'est de la réappliquer, ce qui veut dire qu'on répond à une commande. On commence très souvent... Très souvent par la typographie, par le logo, le logotype qu'on dessine.
- Speaker #1
Quand on fait du branding en tout cas.
- Speaker #2
Quand on fait du branding, oui. Parce que c'est vrai qu'on fait du branding, mais on peut aussi faire du livre, en dessin. Moi je dessine aussi, je peux faire du motif pour la mode, je peux faire plein de choses différentes. Mais généralement pour le branding, qui est l'activité la plus complète je dirais, on commence toujours par le logotype. Ensuite, on travaille toute la charte, ça peut être des illustrations, la couleur. Les typographies secondaires, l'univers, la direction artistique ?
- Speaker #1
Non mais sur le sujet du détail, c'est aussi quelque chose qui est très présent, qui qualifie quand même vachement notre boulot. Et en fait, on aime assez bien... Expliquer que ça part du détail pour former un tout et pas à l'inverse. On ne part pas d'un concept qu'on vient dérouler dans plein de petits détails, même si on part toujours avec une espèce de grande idée très très générale en tête. C'est en partant du détail qu'il y a peut-être un premier petit dessin, un premier logotype. Et c'est par effet d'accumulation de tous ces détails que tout d'un coup, le tout apparaît. En tout cas, quand on fait un travail d'identité. Après, quand on fait plus un travail d'art décoratif, tu vois, par exemple, on a dessiné tous les panneaux de marqueterie qui sont à bord du wagon de l'Orient Express. qui est une collab JR JR VSE Venise 5 Plom Orient Express je vais me faire taper sur les doigts parce que j'ai pas le droit de dire Orient Express il faut dire Venise 5 Plom Orient Express donc sur le détail en fait typiquement on vient nous chercher pour ça, ça a été le cas pour JR qui nous connait depuis un moment depuis pas mal de temps, il demande très souvent de l'illustration à Jérémy Merci. Et là, le dernier projet qu'on a fait avec lui, il nous a demandé de dessiner tous les panneaux de marqueterie, donc de décors au sein du Venise Saint-Ploy-Royant Express, au sein d'une voiture, qui est une collaboration entre lui et le Venise Saint-Ploy-Royant Express. Et donc là, typiquement, ça a été de travailler sur des panneaux, je ne me souviens plus parfaitement, genre 1m80 sur 1m20 de bois. du coup on est d'accord exactement donc x5 donc 5 scènes plus un vitrail le vitrail de la baignoire donc là typiquement que tu as dessiné et puis surtout la technique elle a été importante parce que c'était une découverte pour nous le dessin de Jérémy Oui. Il est ultra, ultra détaillé. Il utilise beaucoup l'ombre âge. Donc, il utilise beaucoup le dégradé pour venir travailler les volumes. En marqueterie, tu ne peux pas faire ça parce que chaque couleur est une teinte de bois. Donc, tu ne peux pas vraiment avoir de dégradé. Tu peux en avoir un petit peu de manière très légère parce que les mecs, des fois, ils peuvent venir brûler un peu, tu vois, une petite partie du bois. Et donc, ça vient comme ça, venir donner... un léger dégradé. En revanche, là, il fallait quand même... Déjà, les illustrations étaient très détaillées pour la marqueterie, pour de si grandes marqueteries. Et on avait six teintes de bois à disposition. Donc en fait, on a travaillé en six niveaux de gris. Et donc là, tu vois, pour le coup, le process, il n'a rien à voir avec le process de quand on travaille de l'identité.
- Speaker #2
Et pour le coup, on travaille avec des artisans qui font toutes les marqueteries pour venir simplement en Orient Express. Et donc, il fallait même penser pour eux en temps de travail, à essayer de dupliquer certaines formes parce qu'ils découpent tout au cutter à la main. Oui,
- Speaker #1
tout est fait à la main. C'est un des derniers ateliers en Europe, je crois, qui fait ça à la main. L'atelier L'Allemand s'appelle, en plein centre de la France, pas loin de Clermont-Ferrand.
- Speaker #2
Ils ont mis un an pour faire les cinq marqueteries.
- Speaker #0
je trouve que c'est hyper rapide et c'est très bien fait et c'est ça, c'est que vous êtes amené à travailler avec différents corps de métier donc c'est sans fin la découverte et du beau pour vous complètement surtout que mon goût personnel il va clairement à l'artisanat d'art moi c'est ce qui me fait briller les yeux de fou et
- Speaker #1
donc le fait que tu vois là on a eu et On était clairement identifiés comme graphistes, illustrateurs, typographes. Et là, on commence un peu à sortir de... Sur certains projets, à sortir de ça et à faire de l'objet ou du pur décor. Et ça, ça nous excite à mort.
- Speaker #0
J'imagine. Et toi, Jérémy, ça te fait quoi quand tu vois tes dessins prendre vie d'une certaine manière ? J'adore.
- Speaker #2
J'adore. Et surtout... Le but c'est moi qui fait la finition des petits détails, et là le fait que ce soit quelqu'un qui le fasse, et que, enfin qu'il le fasse avec tellement de minutie, c'était hyper agréable.
- Speaker #0
Et ça demande un petit lâcher prise quand même.
- Speaker #2
Bien sûr, ouais bien sûr c'est sûr. Parce que je gérais pas jusqu'au bout mais...
- Speaker #0
Je ne sais pas si lâcher prise c'est le mot, non ?
- Speaker #2
Si quand même.
- Speaker #0
Finalement, est-ce que c'est ta création ? Bien sûr. Puis à la fin, elle est entre les mains de quelqu'un d'autre. Moi je le vois comme ça, mais peut-être que c'est le cas.
- Speaker #2
C'est le cas parce que même quand on fait du print, on imprime quelque chose et il y aura l'impression finale, mais on va tout le temps au calage pour être sûr que chaque impression soit bien. Donc généralement, on suit jusqu'au bout. Là, c'est vrai qu'on l'a un peu donné dans les mains de quelqu'un. Mais qui l'a fait très bien, donc c'était hyper agréable. Mais c'est vrai que le lâcher prise, c'est un vrai sujet chez moi, j'avoue.
- Speaker #0
C'est quoi une belle typo ?
- Speaker #2
C'est quoi une belle typo ? Il y a deux définitions de la typo. Parce qu'on peut dessiner de la typographie pour un logo type.
- Speaker #1
On appelle ça du lettrage.
- Speaker #2
Du lettrage, qui sont juste quelques lettres qui sont plus faciles à travailler parce qu'on a quelques lettres, on a le mot d'origine. D'ailleurs, quand quelqu'un me... Dans son logo, rien que le fait qu'il prononce le mot dans la tête, j'ai déjà le lettrage. Je sais comment les lettres vont marcher ensemble. Donc je dirais pour un lettrage, ce qui compte vraiment c'est l'équilibre, la forme et l'originalité je dirais. Pour une typographie entière, parce qu'on dessine aussi des typographies entières comme les gens connaissent Times, Helvetica ou quoi, c'est un travail très différent, en particulier... Chez nous, parce qu'on aborde beaucoup d'originalité dans l'hypographie qu'on fait, plus que d'utilité, et il y a besoin justement dans cette originalité, comme il y a 26 lettres de l'alphabet, il y a plein de possibilités de trouver là pour le coup vraiment l'équilibre entre certaines lettres qui ont plus de style, d'autres qui en ont moins, comment elles vont s'assembler, quels espaces ça va créer. Et ça généralement, ça prend beaucoup plus de temps de travail dans le sens où pour qu'une typographie, typographie soit belle, il faut avoir le recul de travailler sur cette typographie pendant un certain temps. Un logotype, je peux le faire en deux jours. Une typographie, généralement, c'est un ou deux ans. Parce qu'au bout d'un moment,
- Speaker #1
tu l'abandonnes.
- Speaker #2
T'as besoin de pause. Tu l'abandonnes, tu reviens trois mois après et tu vois tout ce qui marche pas. Tu rechanges, tu reviens trois mois après, tu rechanges entièrement, enfin pas entièrement, mais tu t'adaptes. Et je pense qu'une bonne typographie, elle a besoin de temps pour marcher. C'est pour ça que beaucoup de typographes, en fait, commencent les typographies, les laissent un peu de côté, reviennent, les réadaptent, reviennent. Je pense que c'est la meilleure solution.
- Speaker #1
C'est ce que tout le monde fait. Je pense que tu ne peux pas faire un typo d'une traite.
- Speaker #2
Ou alors elle sera forcément un peu bâclée.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #2
pas forcément. Ou alors elle vieillira mal, ou alors toi-même tu te sentiras les défauts qu'il y a dedans. Je pense qu'il faut se laisser le temps d'en faire plusieurs en même temps, de revenir dessus. Je pense que la plupart des typographes font ça.
- Speaker #0
Quelle est la dernière chose qui vous a coupé le souffle tellement c'était beau ? Chose, lieu, endroit, personne en fait ?
- Speaker #2
Moi c'était il y a un moment mais on a fait une conférence dans l'Utah il y a un an et demi et c'est les paysages de l'Utah, les déserts rouges et tout ça. Je trouve ça vraiment magnifique et j'ai vu plein de choses belles depuis mais je crois que c'est... Pour le coup, pour la définition de couper le souffle, moi ça serait ça.
- Speaker #0
Ce côté gigantesque, que ce soit la nature et de sentir tout petit dedans.
- Speaker #2
De sentir tout petit, des couleurs qu'on ne connaît pas et de voir aussi loin et d'avoir un paysage aussi sec et aride et en même temps, je ne sais pas, coloré et où tu es tout seul, c'est vraiment très très beau.
- Speaker #0
Et tu as eu vraiment cette sensation de...
- Speaker #2
Oui, dans l'Utah, on a complètement cette sensation à plein d'endroits.
- Speaker #0
Et toi, Guylaine ? pour la sensation du ah comme tu dis parce que le beau c'est un peu ça tu parlais d'émotion au début ça génère beaucoup de choses mais parfois on est complètement estomaqué le
- Speaker #1
dernier en date je peux pas te répondre mais il y en a un qui m'a particulièrement marqué la seule et unique fois où j'ai visité la basilique Saint-Pierre au Vatican En fait, tout de suite à l'entrée de la basilique, sur la droite, t'as la Pietà. Et je l'avais évidemment jamais vue en vrai, puisque c'était la première fois que je mettais le pied dans la basilique. Et je ne sais pas pourquoi, parce que je ne suis pas croyante, je ne suis pas religieuse, mais ça m'a fait chialer. Genre ça m'a fait un coup au cœur comme ça. Je m'y attendais pas vraiment, ça m'a fait complètement chialer, j'ai trouvé ça. d'une beauté tellement pure.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de spiritualité qui se dégage. Les églises, le beau est partout. La broderie, il y a de l'or, en réalité, elles étaient même très colorées à l'époque, les églises. Notre-Dame était de toutes les couleurs. L'art est présent aussi dans toutes les religions. Il y a des mosquées absolument incroyables. Derrière le beau, il y a presque la contemplation et c'est aussi quelque chose de très mystique.
- Speaker #1
Un peu, oui.
- Speaker #2
Et pendant très longtemps, ça a été lié, d'ailleurs.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #2
Parce que chez plein de philosophes, pour le coup, du Moyen-Âge, le beau, c'est Dieu, donc il faut que ça aille ensemble, chez Thomas d'Aquin et tout ça. Donc, c'est lié, je pense.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous trouviez beau petit ? Et est-ce que vous avez cette même vision ou est-ce que ça a évolué avec le temps ?
- Speaker #2
Moi, ce que j'aimais petit, j'ai un détail précis de ce que j'aime et après ce que j'aime en général. Je me souviens, j'adorais les BD Blueberry de Mobius, et j'adorais ses paysages. Justement, il dessinait l'Utah ou le Nouveau-Mexique. Je sais qu'il allait sur place pour s'entraîner à dessiner, et la gravure des paysages, c'était magnifique. Et après, ce que j'aimais en général, quand j'étais plus jeune, pour moi, c'était vraiment les détails, et le fait que les choses soient dessinées de façon très réaliste, je sais pas pourquoi ça m'attirait, les contrastes, les détails, le réalisme. Je continue à faire des dessins réalistes, en réalité, mais... Mais mon goût personnel, c'est peu à peu ouvert et un peu éloigné de ça. Mais je me souviens que j'étais attiré par ça, je ne sais pas pourquoi.
- Speaker #0
Et toi, Violaine ?
- Speaker #1
Moi, j'ai eu une période à mon adolescence qui a été compliquée au sein de ma famille. Donc, je n'ai pas beaucoup de souvenirs de mon enfance avant mes 14 ans. Mais si je devrais prendre à partir de ce moment-là... Déjà, en fait, il y a... plein de choses que je trouvais très belles, mais je crois que celle qui me fascinait le plus, c'était la danse, tu vois, le sacre du printemps de Pina Ausha l'Opéra Garnier, tu vois, avec les danseurs et danseuses qui dansent dans la terre et puis qui se colorent, tu vois, petit à petit au fur et à mesure du spectacle, parce que la sueur vient accrocher la terre. Ouais, ça, c'est vraiment... Un souvenir d'adolescence, de beauté, mais très très très très fort.
- Speaker #0
Dans les deux, il est question de terre et de nature, je veux pas dire, mais l'Utah, la terre avec Pina Bausch, c'est quand même... Ouais, peut-être,
- Speaker #1
ouais.
- Speaker #0
Bon, je fais peut-être un raccourci de comptoir, mais j'aime beaucoup ce que vous me dites. Alors, c'est le beau en deux minutes top chrono. Voilà, il n'y a pas de deux heures, mais en gros, l'idée, c'est que, spontanément, vous me disiez ce qui vous vient à l'esprit avec mes petites requêtes. Il n'y a pas de mauvaise réponse. le beau en général ça prend plus que 2 minutes après tu peux détailler si tu veux il n'y a pas de soucis mais ce qui vous vient spontanément notamment un beau film moi je pense à Melancholia de Lars von Trier avec
- Speaker #1
cette énorme lune et moi je pense à Midsommar de Harry Astor c'est un film d'horreur mais très très beau non non c'est pas un film c'est un film Pas vraiment d'horreur.
- Speaker #2
C'est quand même un film d'horreur. Un peu d'horreur. Très esthétique.
- Speaker #0
Très esthétique,
- Speaker #1
incroyable. La DA est folle. Une belle musique. Moi, ce qui me fait chialer, j'écoule tout le temps dans l'avion, c'est la BO d'Interstellar. Mais je la mets à fond dans les écouteurs, ça me fait pleurer à chaque fois. C'est trop bien.
- Speaker #0
J'ai ravi.
- Speaker #2
Et pour moi, une belle musique qui restera toujours. Soit Debussy, soit Ravel. Du coup, de Debussy, je dirais Prélude à l'après-midi d'Infone. Je trouve que c'est trop bon.
- Speaker #0
Un plat, un bon plat.
- Speaker #1
Non mais la vie est un bon plat. Attends, il y en a tellement.
- Speaker #0
Un bon plat. J'ai cru comprendre que vous ne cuisiniez pas beaucoup, mais que vous aimiez quand même beaucoup manger. Absolument.
- Speaker #2
On ne cuisine jamais, on va tout le temps au restaurant.
- Speaker #1
Un bon plat. Un bon plat. J'ai pas d'idée. Moi, j'irais sur les coquilles Saint-Jacques, parce que je trouve que ça déçoit jamais. Mais je peux pas te donner plus. Je prends.
- Speaker #2
Et moi, un bon plateau de fromage, plein de fromages différents.
- Speaker #0
Je suis normande, je peux réagir. Je sais pas que j'ai les coquilles Saint-Jacques pas loin, mais... Une bonne odeur.
- Speaker #1
Celle de l'Ylang-Ylang. Le soir, en fait, on va hyper souvent au Costa Rica et on loue cette maison qui est complètement paumée, qu'on adore. Et il y a deux grands arbres ylang-ylang à côté. de la piscine et en fait l'odeur de l'ilang-ilang il est relâché à la nuit tombée donc en fait t'as le soleil qui descend déjà t'as des couchers de soleil vraiment mais c'est le plus beau que j'ai jamais vu de ma vie et quand il commence vraiment à faire nuit là ça relâche l'odeur et en fait c'est une odeur mais hyper suave et sucrée et douce qui te dit je t'aime et Et tu l'as au matin très tôt aussi. Ouais, je dirais ça. Merci, et toi, Jérémy ?
- Speaker #2
Moi, je dirais le graphite, l'odeur du crayon. Ça veut dire que j'ai un parfum qui sent ça et que j'adore. Pourtant, je dessine tout le temps tellement et j'ai plein de tailles crayon. Je pensais que ça me lasserait, mais en fait, je me suis rendu compte que mon parfum sent ça et j'aime.
- Speaker #0
La plus belle couleur.
- Speaker #1
On pourrait te répondre hyper facilement sur la plus moche couleur.
- Speaker #0
Ah, intéressant.
- Speaker #1
Parce qu'il y a plein de couleurs très très belles, mais on a des fixettes sur deux couleurs qu'on déteste absolument.
- Speaker #2
Je dirais chacun la sienne d'ailleurs.
- Speaker #1
Moi c'est le bleu canard, c'est pas possible.
- Speaker #2
Et moi c'est aubergine.
- Speaker #0
Ok, c'est très précis quand même. Ah oui ?
- Speaker #1
C'est très précis.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Mais sinon, tu vois bien notre boulot, on met plein de couleurs partout. Moi,
- Speaker #2
sachant que je mange, j'aurais du mal à répondre.
- Speaker #1
J'aurais tendance à dire que j'aime beaucoup les couleurs plutôt chaudes, donc le jaune, le orange.
- Speaker #2
Et moi, plutôt le vert, le vert plus dense, donc très différent.
- Speaker #0
La plus belle typo, c'est la fin du chrono.
- Speaker #1
Moi, je suis obligée d'être corporate. Canopée de chez nous. En plus, il y a une version sans serif qui va sortir bientôt.
- Speaker #2
fin bientôt cette année et elle est très belle aussi ok canopée et moi je dirais une fonte qui s'appelle Louise qui n'est pas de chez nous que j'adore utiliser une fonte de texte fait par un français
- Speaker #0
Mathieu Corta qui est allé super bien merci ma dernière question c'est avec quelle est la chose avec comment quelle est la plus belle chose avec laquelle vous voudriez qu'on se souvienne de vous qu'est-ce que vous voudriez qu'on se Qu'on retienne de vous.
- Speaker #1
T'as essayé de répondre toi-même à cette question ?
- Speaker #0
C'est pas du jeu, c'est moi qui pose les questions.
- Speaker #1
Non mais parce qu'elle est, en fait, elle est très très très très dure. Elle est hyper dure.
- Speaker #0
Moi c'est la curiosité. Je crois que c'est ce qui moi compte le plus parce que à travers la curiosité, il y a je crois une forme de générosité aussi.
- Speaker #2
Moi j'ai envie de dire La curiosité et la gentillesse, je trouve que c'est important.
- Speaker #0
Oui, c'est important de nos jours.
- Speaker #1
Moi, je dirais l'intelligence. L'intelligence et la générosité,
- Speaker #0
dans ce cas. Quand j'ai fait mes petites recherches sur vous, évidemment, pour vous poser mes petites questions, j'ai adoré votre description Instagram. Ongoing love affair. C'est ce qui est arrivé en premier. Et après, je suis design studio et typographique. And typographique, parce que c'est en anglais. Mais c'est le love affair qui est ongoing, qui est en début. Ça veut dire quoi tout ça ?
- Speaker #1
Ça veut dire que tout découle de l'amour. Non, c'est la réalité. C'est ce qu'il y a de plus stable chez nous. Et c'est de là que tout vient. C'est un peu la source de tout chez nous. C'est le fait qu'on soit très amoureux l'un de l'autre. que ça fait 16 ans qu'on est ensemble, on est toujours faux à broder l'un de l'autre. Je ne savais même pas que c'était possible en fait. Vraiment, je ne savais pas que c'était possible. Mais du coup, c'est une super surprise.
- Speaker #0
Oui, j'ai le doute que c'est pas mal comme surprise.
- Speaker #1
Et puis, on a décidé de mettre ça il n'y a pas longtemps en fait sur l'Instagram parce que c'est vrai que c'est quelque chose qui, encore une fois maintenant qu'on a le recul. On peut mieux comprendre ce qui nous définit. Et en l'occurrence, notre histoire d'amour, elle nous définit très fortement.
- Speaker #0
Oui, c'est de là qu'est né aussi votre duo et le fait que vous criez Violaine et Jérémy. Absolument, oui. C'est votre...
- Speaker #1
Et l'échange, il y a quelque chose de très généreux entre lui et moi. Tu vois, moi, je n'étais pas une créative. Quand on a commencé le studio, Jérémy m'a laissé ma place. Il m'a laissé... L'espace pour le devenir, pour être sûre de moi, pour commencer à me sentir légitime, pour reconnaître ma valeur dans notre travail. Et ça, je pense qu'il n'y a que quand tu aimes quelqu'un et que tu es suffisamment bienveillant et que tu as envie de prendre soin de lui, que tu peux lui offrir cet espace. Donc voilà, il m'a offert.
- Speaker #0
Toi Jérémy, qu'est-ce qu'elle t'apporte, Violaine, au quotidien, dans ton travail ?
- Speaker #2
Elle m'apporte beaucoup, beaucoup de choses. Je pense qu'on est très complémentaires. Elle m'apporte du bonheur dans mon travail, du recul sur mon travail. Et ensuite, dans la vie de tous les jours, je dirais qu'on passe vraiment notre vie à travailler, donc on travaille tous les week-ends, tard le soir et tout ça. Et le fait qu'on travaille ensemble, qu'on ait cet espace ensemble, on n'a pas de contraintes de... D'agenda, d'argent, de disponibilité, en fait on fait tout ensemble donc on se comprend. Donc notre vie est intimement liée au travail mais du coup je pense que ça nous rapporte énormément de plaisir.
- Speaker #0
C'est une force pour vous ?
- Speaker #2
Ouais c'est une force.
- Speaker #0
Là où ça pourrait parfois être, pas un frein mais ça pourrait créer de petites tensions ou un moment de se dire je vais peut-être...
- Speaker #1
je ne vais pas aller voir mes amis ça n'a jamais été trop le cas chez nous non ça n'a jamais été trop le cas en fait on cède mutuellement à devenir meilleur donc comme on a à peu près le même projet tu vois on y va ensemble