- Speaker #0
Parlons Cheval, le podcast de l'Institut français du cheval et de l'équitation. Bonjour, je suis Laurent Vignaud de l'Institut français du cheval et de l'équitation. Aujourd'hui, on vous parle d'une maladie, la maladie de fièvre de West Nile. Et pour ça, je reçois Marie Delerue. Bonjour Marie.
- Speaker #1
Bonjour Laurent.
- Speaker #0
Alors Marie, tu es vétérinaire ingénieur de recherche et de développement à l'IFCE. Et donc, on va ensemble détailler cette maladie dont on parlait jusque-là assez peu.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. La fièvre de West Nile, c'est une maladie qui est due à un virus. En fait, c'est une maladie ancienne. Elle a été décrite pour la première fois en Camargue en 1962. Mais jusque-là, il y avait quelques cas par an. Et puis, depuis 2023, il y a une augmentation des cas. Il y en a eu cette année, en 2025, plus de 60. Et surtout, il y a une extension de son air géographique. Avant 2022, les cas étaient vraiment cantonnés au sud-est de la France. En 2022, ça s'est étendu à la façade atlantique. Donc, il y a eu des cas en Nouvelle-Aquitaine et jusque dans les pays de la Loire. Et ensuite, en 2025, on a vu apparaître des cas en région parisienne, dans l'Oise et puis en Normandie. Un cas chez l'homme, pas encore détecté chez le cheval.
- Speaker #0
Alors, c'est une maladie virale qui provient à la base des oiseaux, je crois.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est vraiment une maladie qui touche principalement les oiseaux, mais qui parfois peut concerner aussi à la fois l'homme et le cheval. On en a parlé beaucoup parce que c'est une maladie qui potentiellement est mortelle chez l'homme. Il y a eu 38 cas de mortalité en Europe en 2025. Donc voilà, il y a une certaine crainte vis-à-vis de cette maladie.
- Speaker #0
Alors tu as parlé d'un développement du nombre de cas assez récent. Alors pourquoi constate-t-on cette augmentation du nombre de cas qui est relativement récente ? Est-ce que c'est un effet climatique ?
- Speaker #1
C'est effectivement une suspicion. C'est peut-être qu'on ne l'a pas dit et c'est important. C'est une maladie qui est transmise. par les moustiques. Les moustiques vont se nourrir auprès des oiseaux, ils récupèrent le virus et ensuite, potentiellement, ils le transmettent soit à d'autres oiseaux, soit à l'homme et au cheval. Les moustiques qui transmettent cette maladie sont des moustiques usuelles, qui sont présents dans tout le territoire. Mais potentiellement, le réchauffement climatique a pu avoir un impact sur le déplacement des oiseaux, leur mode de vie, qui a pu changer la répartition de la maladie. Mais il y a beaucoup de recherches. qui est faite notamment via le Laboratoire National de Référence à l'ANSES, des chercheurs à l'ANSES qui essayent de comprendre un petit peu cette extension.
- Speaker #0
Alors c'est les oiseaux qui sont les réservoirs du virus, quels types d'oiseaux sont touchés ?
- Speaker #1
Alors il y a environ 250 espèces d'oiseaux qui sont touchés, donc à la fois des passereaux, donc le moineau commun tout simplement, ou les corvidés, et puis des rapaces. Mais bon, un certain nombre d'espèces.
- Speaker #0
Alors il n'y a pas de multiplication chez le cheval lui-même ?
- Speaker #1
Non, que ça soit chez l'homme, Ou chez le cheval, il n'y a pas de multiplication du virus dans leur organisme, et c'est une bonne nouvelle. Ça veut dire qu'un moustique qui pique un cheval ou un homme, il n'y a pas de charge virale assez importante pour qu'il puisse ensuite aller contaminer un autre cheval ou un autre homme. En revanche, cette multiplication, elle s'effectue chez les oiseaux, et c'est pour ça que les oiseaux constituent vraiment le réservoir du virus.
- Speaker #0
Oui, donc il y a une information importante, c'est qu'un cheval ne peut pas contaminer un autre cheval ou un homme.
- Speaker #1
C'est ça. Il n'est pas dangereux pour les autres. Et donc, c'est bien une zoonose entre l'oiseau et l'homme et pas une zoonose cheval-homme. Et c'est pour cette raison, d'ailleurs, qu'un cheval qui est atteint, il n'a pas besoin d'être isolé. On n'a pas besoin de protéger les autres équidés.
- Speaker #0
Oui, d'accord. C'est important de le savoir. Alors, il y a une période à risque plus qu'une autre ?
- Speaker #1
Oui, en gros, c'est la période de circulation des moustiques. Donc, principalement été-automne, même si certaines années, on a vu des cas dès. Le mois d'avril et puis cette année, je crois qu'on a eu encore un cas début décembre. Donc finalement, c'est en train de s'étendre géographiquement et peut-être aussi d'être de plus en plus étendu dans la saison.
- Speaker #0
Oui, là aussi, sans doute sous les effets du changement climatique. Quels sont les signes cliniques de la maladie ?
- Speaker #1
En fait, le plus souvent, ça passe inaperçu. Le cheval est bien infecté par le virus, mais il ne présente aucun signe clinique. Dans 20 à 30% des cas, on a de la fièvre, une hyperthermie, et donc un cheval qui mange moins, qui peut être un peu abattu. Et ensuite, dans 1 à 10% des cas, ça dépend un peu des souches virales qui existent, on aura des signes nerveux qui peuvent aller de tremblements musculaires jusqu'à de l'attac... Donc un cheval qui a des difficultés de coordination motrice, voire le coma et de la mortalité. Il y a eu des cas cette année et les années précédentes de chevaux qui sont morts à cause de la fièvre de West Nile. Et ce tableau clinique, il est assez similaire en fait chez l'homme.
- Speaker #0
Oui, donc quelques cas quand même où ça peut être relativement grave.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, Marie, compte tenu du développement de la maladie et des symptômes que tu viens de détailler, quelle attitude faudrait-il avoir lorsqu'on les constate aujourd'hui ?
- Speaker #1
Eh bien, Que ce soit en cas de fièvre isolée, dans un effectif de chevaux, ou encore plus si on observe des signes nerveux, il faudrait systématiquement rechercher le virus de la fièvre de West Nile, et ce, quelle que soit la région, du fait de son extension géographique, qui va probablement continuer. C'est une maladie d'ailleurs qui est suivie par le reste, dans les deux sous-réseaux, donc le reste pour rappel, un réseau d'épidémiosurveillance en pathologie équine. Et donc il y a deux sous-réseaux, le sous-réseau fièvre isolée et le sous-réseau syndrome nerveux, dans lequel le RESP et ses laboratoires Sentinelle recherchent la fièvre de West Nile. Donc pour la fièvre isolée, ils recherchent également l'anémie infectieuse ou la pyroplasmose par exemple. Et dans le réseau syndrome nerveux, bien sûr, la rhinopneumonie.
- Speaker #0
Quand on a constaté effectivement que son cheval était atteint, quels sont les traitements possibles ?
- Speaker #1
C'est une maladie, on l'a dit, virale. Donc, il n'existe pas de traitement spécifique pour l'instant. Il n'y a pas d'antiviraux chez le cheval, en tout cas pas pour cette maladie. Donc, le traitement sera uniquement symptomatique et dépendra finalement de la gravité des symptômes. Pour un cheval qui a des signes nerveux, il faudra probablement l'isoler dans un box au calme, potentiellement l'aider. Ça dépend un petit peu de la gravité. Et puis, on pourra utiliser des anti-inflammatoires non stéroïdiens si besoin pour faire baisser la fièvre.
- Speaker #0
Alors je voudrais qu'on aborde maintenant le principe de la prévention pour cette maladie. Quelles sont les conduites à tenir ? Est-ce qu'il y a des choses pour se prémunir, des piqûres de moustiques notamment ?
- Speaker #1
Oui, c'est une maladie qui se transmet par les moustiques. Donc si on éradique les moustiques de la planète, il n'y aura plus de fièvre de West Nile. Mais ce n'est pas possible et c'est quand même très difficile de se prémunir de la piqûre de moustiques. Alors forcément, si on a des chevaux qui sont à l'intérieur, Dans des barns, c'est plus facile. Et dans ce cas-là, ce qui peut aider, c'est de mettre des ventilateurs à l'entrée des écuries ou encore utiliser éventuellement des pièges à moustiques pour limiter l'entrée de ces moustiques dans les bâtiments. Ce qui est conseillé aussi, c'est de limiter les eaux stagnantes. Finalement, c'est des conseils qu'on retrouve aussi chez l'homme pour limiter les piqueurs de moustiques. Ensuite, Si on a des chevaux qui finalement ont un hébergement mixte, qui sont à l'intérieur une partie du temps et qui sortent au paddock certaines heures de la journée, dans ce cas-là, on conseillera de les sortir après le lever du soleil et de les rentrer avant le coucher du soleil. Et bon, après, il reste les chevaux prêts pour lesquels il me semble que c'est compliqué de faire des choses. Bien évidemment, on peut toujours limiter le risque, éviter les parcelles très humides, laver très régulièrement son abreuvoir. Mais honnêtement, pour un cheval au pré, ça me paraît un petit peu illusoire. Et puis la durée du risque est quand même assez longue. Le cheval est un animal social. Le but quand même, c'est qu'il soit au pré avec ses copains. De ce fait, ça me paraît compliqué de s'en prémunir toute la saison.
- Speaker #0
Effectivement, ça paraît très compliqué. Est-ce qu'il y a d'autres moyens classiques de prévention ?
- Speaker #1
Oui, en fait, on a une solution qui est assez efficace, c'est qu'il y a un vaccin. Il marche bien, il est disponible en France depuis quelques années maintenant. Le seul petit bémol, c'est qu'il coûte un petit peu cher. C'est plus de 100 euros pour vacciner son cheval. Par contre, ce qui est intéressant, c'est aussi qu'il apporte une protection individuelle. Habituellement, quand on parle de vaccination, on pense à vaccination contre la grippe ou la rhinopneumonie, où ça se réfléchit à l'échelle collective. On dit qu'il faudrait que 80% de l'effectif soit vacciné contre la grippe pour qu'il y ait une efficacité. Là, c'est vraiment une protection individuelle. Donc, un particulier peut décider. de vacciner son cheval et ça aura une efficacité même si les autres chevaux à côté ne sont pas vaccinés. Donc voilà, ça peut être vraiment un choix individuel.
- Speaker #0
Oui, ça s'explique par son mode de transmission.
- Speaker #1
C'est ça. Ce n'est pas une maladie contagieuse finalement. Ensuite, ce qu'il faut quand même avoir à l'esprit, c'est qu'un cheval qui a déjà été infecté et a fortiori malade, il aura des anticorps et que ce n'est pas la peine de le vacciner tout de suite car il va être protégé alors que... combien de temps exactement, on ne sait pas. Et c'est pour ça que le laboratoire national de référence pour cette maladie, qui est basé à Maison-Alfort, propose de mesurer le taux d'anticorps dans le sang d'un cheval avant de décider ou pas de le vacciner.
- Speaker #0
Et quel est le protocole de vaccination ?
- Speaker #1
Le protocole, il est assez classique. C'est une primo-vaccination de deux injections espacées d'un mois environ. Et ensuite, ce sont des rappels annuels. Ce qui est important, c'est de commencer la vaccination et puis de faire les rappels juste avant la période Aris, donc au début du printemps.
- Speaker #0
On a vu un peu cette méthode de prévention avec principalement la vaccination. C'est une maladie réglementée et qui est soumise à surveillance ?
- Speaker #1
C'est une maladie réglementée à l'échelle européenne, donc elle est à surveillance obligatoire. Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est que le vétérinaire, s'il y a un cas, ou le laboratoire qui a fait l'analyse, est obligé de déclarer le cas aux services vétérinaires départementaux, donc c'est ce qu'on appelle les DDPP. Et ensuite, la France va déclarer les cas à l'Europe. Donc, c'est une surveillance qui se fait uniquement sur des suspicions cliniques. Il n'y a pas vraiment de dépissage systématique obligatoire pour les équidés. Donc, en tout cas, en termes de réglementation européenne, c'est une maladie qui est classée E. Donc, E, ça veut dire surveillance obligatoire. Mais par contre, pas besoin, il n'y a pas de limitation aux échanges et on n'est pas obligé de faire des tests pour faire des échanges entre les pays. européens.
- Speaker #0
Alors c'est vrai sur tous les pays ça ?
- Speaker #1
En fait pas tout à fait. Alors à l'échelle internationale c'est l'Organisation Mondiale de la Santé Animale l'OMSA qui fixe un petit peu les règles, les grandes directives donc elle, le cheval étant un cul-de-sac épidémiologique, c'est-à-dire qu'il n'est pas dangereux, il ne peut pas transmettre la maladie à un autre cheval, a donné la consigne que ça ne servait à rien et qu'il ne fallait pas demander des tests. Mais certains pays quand même sont inquiets parce qu'ils sûrement n'ont pas la maladie chez eux. et donc demandent des tests. Ou parfois, comme la Chine par exemple, elle refuse que les chevaux aient été vaccinés par le passé. Donc ça peut être un frein. Donc il faut aussi prendre ça en considération quand on souhaite vacciner son cheval.
- Speaker #0
Oui, il vaut mieux le savoir, effectivement. Et en Europe, elle est présente dans combien de pays, cette maladie ?
- Speaker #1
Alors, dans combien de pays, je ne sais pas exactement, Laurent. Mais en tout cas, elle est présente en Europe du Sud. Elle circule beaucoup, notamment en Espagne, en Italie et en Grèce. Et... également à l'est de l'Europe, Hongrie, Roumanie et aussi beaucoup en Allemagne. Et depuis 2025, elle est arrivée aux Pays-Bas. En revanche, pour l'instant, il n'y en a pas en Angleterre, par exemple.
- Speaker #0
Donc une maladie qui s'étend en général. Le cheval est considéré comme un sentinelle de cette maladie ?
- Speaker #1
Oui, en fait, finalement, on a vu que dans la plupart des cas, il n'y avait pas de signe clinique. Mais comme c'est une maladie potentiellement mortelle chez l'homme, il peut y avoir des soucis. Et il y a eu des soucis par le passé lors de transfusions sanguines ou de dons d'organes. On a transmis aussi la maladie. Le but, c'est que le cheval puisse alerter aussi. La médecine vétérinaire puisse alerter le monde médical. Et puis, il y a aussi beaucoup d'échanges avec la faune sauvage, etc. Donc, c'est vraiment un bon exemple du One Health.
- Speaker #0
Oui, ça va être une alerte de la présence de la maladie dans une journée, effectivement. Alors, si on veut résumer un peu notre échange, Marie, Donc... C'est une maladie qui passe la plupart du temps inaperçue ?
- Speaker #1
C'est ça. Souvent, il ne se passe pas grand-chose. Mais dans 1 à 10% des cas, en fonction des souches, il peut y avoir des signes nerveux, voire de la mortalité. Donc forcément, elle fait un petit peu peur. Ce qui est important d'avoir à l'esprit, c'est qu'il n'existe pas de transmission entre les chevaux, entre un cheval infecté et un cheval sain, ni entre un cheval et l'homme.
- Speaker #0
Oui, ça c'est très important, effectivement. La maladie s'étend.
- Speaker #1
La maladie s'étend à la fois d'un point de vue géographique, donc on verra l'année prochaine, mais bon, on peut s'attendre quand même à ce que d'autres départements soient concernés. Et puis, potentiellement, on voit que la saison à risque est de plus en plus longue aussi. Mais heureusement, on peut dire qu'il y a un vaccin, donc il coûte un peu cher. On a déjà d'autres vaccinations obligatoires chez le cheval, mais si vraiment, notamment je pense au sud-est où il y a beaucoup de circulation, il est possible. De vacciner, alors que ce vaccin, par exemple, n'existe pas chez l'homme.
- Speaker #0
Et comme tu l'as dit tout à l'heure, chaque propriétaire peut décider au sein de son écurie de vacciner ou pas.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est plus facile finalement de prendre une décision parce qu'il y a vraiment une efficacité à l'échelle individuelle.
- Speaker #0
Merci Marie.
- Speaker #1
Merci Laurent.
- Speaker #0
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