- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Parlons OCO, le podcast de la Ligue Genevoise contre le cancer. Je m'appelle Aurélie, je suis infirmière spécialisée en oncologie et aujourd'hui on va parler de la consultation intimité qui s'est ouverte à la Ligue depuis l'année dernière. Pour ce faire, aujourd'hui on est avec Antonio, mon collègue. Bonjour Antonio.
- Speaker #1
Bonjour Aurélie.
- Speaker #0
Antonio, je vais te laisser peut-être te présenter et nous parler un petit peu de ton parcours. pour que les gens puissent faire connaissance avec qui tu es.
- Speaker #1
Alors, je m'appelle Antonio Salvador. Je travaille en oncologie depuis de nombreuses années. Et puis, je me suis formé. J'ai fait une spécialisation en oncologie et son palliatif. Et puis, je travaille à la Ligue depuis six ans. Et voilà.
- Speaker #0
Alors, Antonio ne raconte pas tout, tout son parcours. C'est vrai qu'il y a une spécialisation en soins palliatifs, il y a aussi beaucoup d'années en oncologie, ce qui permet aussi de comprendre maintenant les enjeux, ce qui se joue autour du cancer et ce qui lui a permis aussi d'ouvrir cette consultation intimité. Alors, la vraie question, c'est de savoir pourquoi une consultation intimité, comment tu as eu l'idée de la construire et qu'est-ce que c'est ? en soi une consultation intimité ?
- Speaker #1
Alors, la consultation intimité, elle est née en fait de certaines demandes de personnes qui viennent ici en consultation pour des demandes de soutien psychologique ou bien financier. Et au cours de la consultation, il y avait toujours certaines personnes, pas toutes, mais une grande partie qui évoquaient... la nécessité de parler au niveau de l'intimité et surtout au niveau des besoins sexuels parce qu'ils n'osaient pas parler à leur médecin ou bien qu'au niveau médical, on n'a jamais posé la question en fait. Et ils se permettaient de me poser des questions à ce sujet-là. C'est à partir de là que j'ai eu l'idée Merci. de créer un espace à la Ligue de parler d'intimité et de sexualité. Je fais aussi partie du comité PROSCA, dont je m'occupe de tout ce qui était cancer masculin. Effectivement, ce sujet-là de la sexualité et intimité était très abordé. Et les personnes témoignaient qu'ils sentaient un manque, une carence de discussion auprès des professionnels de ce sujet-là. Donc on parlait surtout des troubles dysfonctionnels d'érection et plutôt des problèmes masculins à départ. C'est pour ça.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on se rend compte, en fin de compte, que quand on a une problématique, par exemple pour les cancers de la prostate, parce que Pruska c'est beau. beaucoup cancer de la prostate. Mais quand on a une problématique avec un impact direct sur la sexualité, le sujet est abordé. Par contre, par exemple, pour toutes ces femmes qui sont en traitement de chimiothérapie, qui vont avoir des problèmes de vaginisme ou de sécheresse vaginale, en fin de compte, on aborde moins le sujet parce qu'on se dit qu'avec le temps, ça va passer, etc. Et puis l'idée de la consultation aussi, c'était d'ouvrir un espace où on pouvait parler de ses difficultés, considérer pas forcément que c'était normal, justement, de reconnaître que ça pouvait être souffrant, et aussi que toi tu puisses leur amener un peu un regard sur ce qu'il en est. On avait discuté ensemble en annexe du podcast, quand on parle d'intimité et de sexualité, Qu'est-ce que ça représente en concret, ces problématiques d'intimité ? Est-ce que c'est juste le rapport avec son partenaire ? Ou est-ce que c'est plus étendu, on peut parler un petit peu plus d'autres choses ?
- Speaker #1
Non, effectivement, l'intimité, ça n'englobe pas uniquement une relation avec son partenaire, mais c'est beaucoup plus large que ça. Quand je parle d'intimité, c'est vraiment l'intimité déjà de soi-même, de son intérieur. Et qu'est-ce qui est intime, qu'est-ce qu'on va partager, qu'est-ce qu'on va garder. parce que dans la notion d'intimité, ça veut dire aussi que nous, on a... Les choses, on a des limites qu'on veut partager et d'autres choses pas. Ça peut être au niveau psychologique, relationnel, ça peut être la communication. C'est vrai que l'intimité c'est très personnel au départ. Quand on parle d'intime, ça veut dire qu'on va garder pour soi quelque chose. Ça peut être un sujet, pas forcément de la sexualité, mais c'est en relation d'abord avec soi-même. Après, effectivement, on parle d'intimité, ça peut être, comme je vous ai dit, au niveau d'une relation, d'une communication, d'un sujet. Et c'est le fait de pouvoir faire la part des choses entre qu'est-ce que je vais dire et qu'est-ce que je ne vais pas dire. C'est en fait les limites qu'on donne et puis surtout, on ne veut pas parler à tout le monde. On veut juste parler des sujets avec des gens avec qui on a confiance et on se sent en sécurité.
- Speaker #0
Et c'est vrai que pour ça, la relation de confiance est importante. J'ajoute quand même que tout ce qui se joue pendant les consultations intimitées, ça reste confidentiel. Et puis voilà, c'est vraiment un espace bienveillant, individuel. Mais d'ailleurs, je m'entends parler et je me dis, la consultation intimité, elle est pensée comment ? Est-ce que c'est une personne qui vient de voir ? Est-ce qu'on peut venir à deux ? Est-ce que c'est simplement pour les personnes qui sont touchées par le cancer ? Ou est-ce que ça peut s'étendre, par exemple, à l'accompagnant, le mari, la femme ? Qui peut venir, en fait, à cette consultation ?
- Speaker #1
Alors, je commencerai d'abord pour... Pour préciser, en fait, la consultation intimité, l'origine vraiment, c'est de permettre d'ouvrir un espace de parole où la personne peut venir discuter en toute confiance et en toute sécurité. Effectivement, tu as évoqué que c'est un espace confidentiel dont la personne peut parler de tout ce qui tient à cœur, ce qui est des préoccupations, c'est un espace d'écoute. D'information, c'est un lieu où on peut clarifier des choses et puis tout simplement un lieu où on peut mettre des mots à des situations difficiles. Cette consultation est ouverte à tout le monde qui est touché de près ou de loin par la maladie cancéreuse et on peut aborder tous les sujets qui peuvent venir, ça peut passer des symptômes physiques. psychologique ou autre, et puis on peut parler aussi de tout ce qui est communication, relation avec ses partenaires, tout ce qui touche la personne en fait.
- Speaker #0
Ce qui veut dire que moi si je suis en fait, si par exemple mon conjoint est atteint d'un cancer, que lui ne fait pas la démarche de venir te rencontrer dans une consultation intimité, Je peux, moi, en fait, en qualité de proche, venir te voir.
- Speaker #1
Oui, effectivement, toute personne, comme je dis, qui est touchée indirectement, les proches aidants, un conjoint, oui, effectivement, il peut venir. Les consultations, en fait, comment ça se déroule ? Tout simplement, c'est une consultation individuelle au départ. On peut faire effectivement un couple, mais ça peut être individuel au départ et de façon à ce que la personne n'ait pas de contraintes de déposer ce qui le touche et ce qui le préoccupe. effectivement après par la suite si la personne désire discuter ensemble avec son conjoint avec la personne concernée effectivement on peut après dans un deuxième temps de l'invité selon son souhait, son désir, ses possibilités. Mais généralement, je vois une personne à la fois et puis par la suite, effectivement, le couple s'il le souhaite. Cette raison-là, c'est vraiment pour que tout ce qui est déposé, ça reste confidentiel et que la personne se sente écoutée et en sécurité par rapport aux informations transmises.
- Speaker #0
Je crois que c'est important. Et puis, la question que je me pose comme ça, c'est en termes de concret. Je viens te voir. Alors, j'ai compris. C'est vrai que je vais avoir un espace pour déposer tout ça, une écoute active, aussi des réponses à mes questions. Qu'est-ce que je vais emmener dans ma boîte à outils ? Est-ce que tu proposes des outils concrets ? Quelle est la limite à cette consultation ? Consultation d'intimité, est-ce que tu réorientes derrière ? Comment ça se joue si vraiment j'ai un souci majeur, on va dire ?
- Speaker #1
Alors oui, effectivement, cette consultation, elle sert aussi à, quand j'ai parlé de conseil, effectivement, en échangeant et en partant des besoins de la personne, on va essayer ensemble de trouver certaines méthodes, certaines... ressources qui peuvent améliorer leur relation. Effectivement, quand on parle d'intimité, la sexualité est abordée. On parle plutôt d'intimité au départ qui va rejoindre après le domaine de la sexualité, ça vient assez rapidement. Et parce qu'au départ c'est comme une gêne qui est là et petit à petit on peut parler concrètement de son tabou. Voilà. Effectivement, la consultation, c'est vraiment un espace pour déposer des choses, de conseils, de partir peut-être avec des ressources pour améliorer les situations. Mais effectivement, cette consultation n'est pas thérapeutique. C'est pour un suivi thérapeutique, effectivement, moi j'adresserais ou je conseillerais plutôt d'après consulter un sexologue. Leur médecin traitant, un psychologue si besoin, même un physiothérapeute selon des besoins physiques ou autre. Mais nous, on est limité. Effectivement, à chaque fois, si ça dépasse nos compétences, il y a des professionnels pour ça et selon les besoins que la personne a. Mais elle sera toujours dirigée selon ses besoins à elle.
- Speaker #0
C'est vrai que des fois, on s'est rendu compte aussi que c'est peut-être moins confrontant pour les patients d'aller en première intention te rencontrer lors d'une consultation intimité, puis ensuite, dans une seconde intention, d'aller voir un sexologue. Parce qu'il y a un chemin aussi entre le moment où on prend conscience qu'on a peut-être un problème, le moment où on accepte, et puis le moment où on va voir un professionnel vraiment adéquat qui va proposer vraiment des solutions. Donc moi, je trouve très, très bien. Je vois aussi que ça fonctionne de plus en plus. C'est vrai qu'elle a été ouverte, je dirais plutôt fin d'année dernière et des consultations. Tu en as eu pas mal depuis. Donc, c'est très, très bien. J'avais d'autres. Alors maintenant, on sait un petit peu ce qu'est la consultation intimité. On sait qu'on sait que tu la diriges. On sait un peu ce qui est abordé. Maintenant, si moi je souhaite prendre rendez-vous avec toi, quelle est la démarche à suivre ?
- Speaker #1
Alors c'est tout simple, il faut contacter la Ligue Genovas contre le cancer, soit on me transmettra les besoins et puis le numéro de téléphone, etc. Je contacte directement la personne, soit on peut envoyer un mail à la Ligue, soit par... voilà, et puis on me transmet, c'est assez facile, il faut juste... N'importe qui, n'importe quelle personne peut s'adresser uniquement à la Ligue et puis l'information est assez rapidement transmise.
- Speaker #0
Sur le site internet, me semble-t-il, il y a ton adresse aussi, adresse mail personnelle, je crois. Si vous cherchez Antonio, normalement, on a un peu nos missions individuelles et vous devriez retrouver les coordonnées. Donc très bien, pour la démarche de la prise de rendez-vous, ça d'accord. Après, je pense que ce n'est pas forcément évident. Je peux très bien être à la maison, conscientiser que j'ai un problème, écouter ce podcast et ressentir une certaine gêne, en fait, à exposer un petit peu ce qui m'arrive. Qu'est-ce que tu me dirais, en fait, pour enlever ces freins de peur, de gêne, pour que je puisse venir te rencontrer ?
- Speaker #1
Alors, je dirais que parler d'intimité, c'est quelque chose de très personnel. Effectivement, qu'on ne raconte pas à n'importe qui. D'ailleurs, il y a des gens qui ne s'adressent même pas à leur médecin parce que c'est très gênant. Ce que je dirais, c'est que l'intimité, c'est prendre soin de soi aussi et de ne pas rester avec une problématique qui peut en plus augmenter une difficulté de bien-être. Déjà, la maladie oncologique, le cancer, ce n'est pas facile à vivre. et d'avoir un questionnement qui vous travaille au niveau psychologique et qui vous rend inconfortable. Moi, je conseille de venir vraiment avec toute liberté. Encore une fois, c'est confidentiel. Il n'y a pas de jugement de valeur. Les personnes, elles déposent ce qu'elles ont envie. Il n'y a aucune obligation. Mais rester toute seule avec ça, ce n'est pas évident. Et des fois, il suffit juste de déposer, de mettre les mots et on se sent déjà beaucoup mieux. Après la suite... Ça se fait tranquillement, mais en tout cas déposé pour se sentir bien.
- Speaker #0
Je crois que comme dans tout, en fin de compte, quand on a des questions et qu'on essaye de solutionner soi-même, généralement ça ne fonctionne pas très bien. Donc je rajouterais que si jamais il y a une gêne, une peur, juste redire que c'est toujours mieux de faire la démarche en fait une fois pour des fois démystifier un petit peu tout ça. Et puis c'est vrai que culturellement c'est tabou, mais ça dépend aussi... On s'adapte aussi à la culture, à d'où vous venez. Tout est abordé de façon différente en fonction de qui vous êtes. Et il n'y a rien de confrontant. C'est vraiment... Je sais qu'Antonio, tu parles de chaque personne. Du coup, c'est vrai qu'on parle d'intimité, mais pourquoi en fait c'est... Autant important l'intimité quand on a un parcours de soins en lien avec le cancer. C'est vrai qu'on se dit, il y a tellement d'autres choses que ça. Pourquoi d'un seul coup, on irait un peu investiguer cette question-là pour quelqu'un qui traverse quelque chose de difficile ? Est-ce que vraiment c'est la priorité ?
- Speaker #1
L'intimité fait partie de la vie de la personne, d'un équilibre. Effectivement, avant la maladie, on ne se pose pas tellement de questions, ça semble tellement naturel, mais quand la maladie est là, effectivement, la première chose qu'on va penser, c'est de se soigner, de se guérir, les soins, etc., surtout au moment d'un diagnostic. Et puis, on est tellement pris psychologiquement et physiquement par... pas trouvé les moyens de traitement, de suivi, etc., que ce n'est pas le moment où on ne pense pas. Mais effectivement, par la suite, lorsque l'annonce de diagnostic a été posée, et puis qu'on arrive déjà à avoir un traitement établi, un suivi médical qui est là, la question d'intimité revient parce que ce n'est pas parce qu'il y a la maladie. que ce sujet disparaît parce que l'intimité c'est prendre soin de soi et on a un besoin et on sait que le cancer, ça déstabilise toute notre sphère dans l'intimité et qui est importante dans la communication d'un couple et ce qui permet également de se sentir bien et de continuer à avancer avec la maladie et la vie. Donc c'est pour ça.
- Speaker #0
Ce qui est intéressant aussi peut-être de soulever, c'est que dans les consultations intimité-sexualité, il y a beaucoup de choses aussi qui font sens et qui sont en lien, notamment l'image de soi, quelle image en fait on a maintenant de nous, des fois ça peut être aussi un blocage. Donc c'est vrai de venir à cette consultation, de défaire un peu les nœuds, ça ouvre des perspectives. Et puis, ça permet aussi de se réapproprier qui on est en tant qu'individu avant la maladie, avant qui on est soi. Donc, voilà, je trouve très, très bien en tout cas. Le podcast se termine gentiment. Je voulais juste voir avec toi, Antonio, est-ce que tu as un dernier message à donner, un retour d'expérience, quelque chose que tu souhaiterais que les auditeurs entendent ? Voilà, quelque chose qui part de toi.
- Speaker #1
Alors moi, par rapport à l'expérience des consultations que j'ai eues ici, ce qui me fait plaisir, c'est que quand les personnes sortent de la consultation, elles se sentent plus légères. Peut-être pas la problématique, elle ne disparaît pas comme ça, mais ça lui permet de déposer en fait la valise. Et j'ai pas assez schématiquement, mais c'est vrai ça. C'est de poser la valise et de sortir des choses qui sont lourdes. Et le fait déjà de sortir, on part déjà plus léger, ce qui va permettre d'amener d'autres énergies positives et de permettre d'avancer et de sortir mieux. En fait, le but et l'objectif, c'est vraiment que les gens sortent là plus légers et beaucoup plus bien, tout simplement.
- Speaker #0
Je te remercie Antonio. On va boucler gentiment ce podcast. Si jamais vous avez des soucis à ce niveau-là, si vous avez des interrogations, si vous avez de la difficulté à en parler, on vous invite du coup à contacter l'élection de Voix contre le cancer via le numéro de téléphone en demandant directement à Antonio, ou via sa boîte mail. En tout cas, n'hésitez pas, il y aura toujours une porte ouverte, une écoute attentive. Et promis, je crois qu'après, ça va toujours un petit peu mieux. Merci beaucoup, Antonio.
- Speaker #1
Merci à toi.