- Speaker #0
Bienvenue dans Parlons,
- Speaker #1
le podcast de la Ligue Genevoise contre le cancer.
- Speaker #0
Et aujourd'hui du coup j'ai l'honneur de recevoir Sabra, qui est du coup ma collègue infirmière, mais qui fait aussi de la médiation familiale. Et du coup Sabra, moi c'est vrai que je te vois en rendez-vous avec des patients pour en faire, mais pour être honnête, je n'y suis pas. Ça m'intéresse aussi de savoir qu'est-ce que c'est que la médiation familiale et qu'est-ce que tu y fais ? Juste avant, est-ce que tu peux juste brièvement te présenter ?
- Speaker #1
Oui, je m'appelle Sabra Kigouk, je suis infirmière de santé publique et je suis diplômée en médiation familiale. Pour répondre à ta question sur la médiation familiale, la médiation familiale n'est pas une thérapie, c'est vraiment un espace de parole neutre, sécurisé. confidentielle et elle offre en fait un espace-temps pour que chacun puisse s'exprimer, être entendu et que la parole circule et se libère.
- Speaker #0
Ok, et alors moi je me pose la question, tu as aussi une casquette infirmière, tu as une longue expérience aussi en tant qu'infirmière en oncologie, qu'est-ce que ça apporte dans ce contexte particulier, parce que là on est dans le contexte de la médiation familiale en lien avec la maladie, en lien avec le cancer ? C'est quoi le plus ?
- Speaker #1
Alors, ce qu'on peut dire, c'est que la maladie cancéreuse touche toutes les sphères environnementales. Le patient est impacté, mais sa famille aussi. Et elle peut bouleverser les équilibres, les rôles, les habitudes et souvent la façon de communiquer. Souvent, les proches aidants ont souci de bien faire. Le patient aussi a besoin de protéger ceux qu'il aime, de rester fort. Mais cela peut créer des incompréhensions, des tensions entre eux. Et la médiation est un joker pour essayer d'apaiser ces tensions-là.
- Speaker #0
Et donc toi, avec ta casquette d'infirmière, en fait, à la fois tu as l'expérience, tu sais un petit peu ce par quoi ils peuvent passer. Tu as certainement du coup des compétences relationnelles en plus. Tu peux peut-être aussi débunker des choses, j'imagine. Et j'allais te demander aussi, mais quand du coup dans médiation familiale, On est d'accord que ce n'est pas médiation de couple, ça peut être toute la famille en général, ça peut être les enfants, ça peut être... Oui,
- Speaker #1
tu as raison, la médiation familiale est surtout connue lors de séparations ou de divorces ou de conflits de voisinage et autres. Là, la médiation telle que la Ligue l'offre, c'est vraiment dans le cadre de la maladie oncologique. Et bien sûr, elle peut être exercée. auprès des personnes qui sont impactées, quelles qu'elles soient. Ça peut être des amis, ça peut être les voisins du patient, ça peut être des personnes chères, peu importe. Dès qu'il y a un petit conflit qui peut s'instaurer, la médiation est là pour essayer d'aider ces personnes à retrouver un équilibre.
- Speaker #0
Moi, en t'écoutant parler, je me disais aussi... Finalement, ce n'est pas évident quand même pour un couple ou une famille en tout cas complète touchée par la maladie. Ce n'est pas évident des fois de discuter de certains sujets parce qu'il y a beaucoup d'émotionnel. On ne peut pas avoir toutes les casquettes aussi parce qu'on ne peut pas être et le mari toujours le confident ou toujours la personne qui rassure. Et du coup, c'est vrai que toi, du coup, tu es une personne tierce. Donc, la charge émotionnelle sur toi, elle est totalement différente. Et peut-être que ça permet aussi à la famille de te déposer quelque chose qui ne pouvait pas se déposer entre eux, parce qu'ils peuvent être aussi traversés par tellement de choses.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est vraiment ça. C'est vrai que la double casquette infirmière et médiatrice, pour moi, sont des aides importantes auprès des personnes. La médiation, il faut dire qu'elle ne va pas faire disparaître. la souffrance de la maladie, mais elle va permettre d'aider les personnes à traverser cette épreuve avec plus de compréhension, de clarté et de soutien mutuel. Et en fait, l'idée, c'est aussi que chacun retrouve une place qui lui va, qui lui est due.
- Speaker #0
Je me posais une question aussi, c'est, bon, admettons, j'ai une famille, dans ma famille, par exemple, quelqu'un est malade, etc. Est-ce que tu saurais me dire... à quel moment je sais par exemple qu'il y a la médiation familiale à la Ligue et qu'est-ce qu'il doit me faire dire ou qu'est-ce qu'il pourrait me faire dire Bon, mais en fait, je crois qu'il y a besoin d'une médiation. Ce serait quoi les signes un petit peu que tu verrais ?
- Speaker #1
Oui, alors peut-être pour répondre, je vais passer par quelques exemples de médiation. Par exemple, ça peut être un monsieur qui est malade, qui avait apparemment, en amont de la maladie, il avait le rôle de protecteur, de chef de famille et autres. La maladie apparaît et sa femme commence à l'entourer. et peut-être trop selon son goût. Et ça, la médiation peut être aussi un lieu neutre parce que ce lieu-là est vraiment sans jugement. C'est un lieu neutre avec une personne tierce qui est moi, en l'occurrence, et qui permet à chacun de pouvoir dire son émotion, son ressenti et la place qui lui est due, la place qu'il souhaite prendre et les besoins de chacun. Et ça peut être aussi, par exemple, sur une maman qui est, elle, impactée par la maladie. Et puis, ces enfants qui sont trop grands, qui sont grands, qui sont majeurs, peut-être qu'ils s'éloignent d'elle et qu'elle sentirait le besoin de pouvoir recréer un lien plus... Pardon, j'ai bugué.
- Speaker #0
Pas de problème. Si, on peut garder même les bugs, vas-y. Ça te revient après, Anna ? Ou on coupera, ou on coupera. Ah, tu couperas, c'est marqué. Ça peut être des discussions comme ça. C'est bon aussi d'avoir des trucs.
- Speaker #1
J'ai bugué, ça c'est l'émotion qui m'a prise. J'étais en train de penser à cette situation. Donc, en fait, pour résumer vraiment la médiation, c'est quand la personne ressent quelque chose qui n'est pas de l'ordre du verbal, qui n'a pas envie vraiment de faire une thérapie. Comment je pourrais te le dire ?
- Speaker #0
En fait, si, si, je comprends. C'est bien, comme ça, on creuse le truc en même temps. Et c'est très bien. Moi, je ne suis pas forcément pour couper. Après, tu me diras après, en off. En fait, je pense que ce que tu cherches à dire, c'est que justement, ce n'est pas une histoire de thérapie. Par contre, c'est un événement. Moi, je parle les mots. Il se passe quelque chose. Il y a un parcours. Voilà, il y a un parcours. Et en fait, toi, tu arrives à ce moment-là, dans ce parcours, mais au sein de la structure familiale ou de la famille ou de la relation entre des personnes. Et tu vas peut-être... aider à fluidifier ce parcours ou est-ce que les personnes, tu les aides à paver elles-mêmes le chemin et à retrouver un peu une meilleure voie aussi parce que du coup, sinon, parfois, on peut tourner en rond aussi, on peut se perdre un peu dans tout ça. Est-ce que c'est ça que tu voulais dire ?
- Speaker #1
Oui. Ce que je voulais dire, c'est que c'est vrai que la médiation, il faut vraiment, comme je le disais, la différencier d'une thérapie. D'abord, elle a lieu en une ou deux fois uniquement. L'autre chose, c'est qu'elle permet, dès que la personne ou les personnes ressentent une tension, une sorte d'inconfort dans la relation qu'ils ont avec l'autre, eh bien là, la médiation en une ou deux fois peut tout simplement suffire pour que les choses puissent être dites. Par la suite, en fonction des tensions qui règnent, en fonction de... des besoins, ma casquette infirmière de santé publique me permet aussi de les orienter. Est-ce qu'il faut une thérapie conjugale ? Est-ce qu'il faut une thérapie individuelle ? Est-ce qu'il faut une thérapie familiale ? Est-ce qu'il y a d'autres lieux ou d'autres possibilités qui pourront aider cette famille ? C'est en fait de leur trouver des points de chute pour pouvoir déposer ce qu'ils ressentent. Et qu'ils ne se sentent pas seuls, en fait. Je pars du postulat que prendre soin des liens, c'est aussi une façon de prendre soin de chacun.
- Speaker #0
Alors, c'est vraiment marrant parce qu'en fait, tu as répondu quasiment à trois, quatre questions que j'allais te poser à ce sujet. C'est-à-dire qu'était, pourquoi est-ce que la Ligue, on propose ça ? Tu viens de l'exposer brillamment, en fait, parce que c'est logique de le faire. C'est une forme de soin indirect. C'est une forme de soin indirect par une infirmière. Tu as répondu aussi sur le fait que c'est vraiment cas par cas et que toi, la chance, c'est que de toute façon, au moins, comme ça, ça nous permet de prendre contact avec des familles. Et d'une manière ou d'une autre, avec la médiation, tu pourras aussi les orienter comme il faut derrière. S'il y a des choses qui bloquent, qui ne sont peut-être pas que d'une histoire de relation, c'est peut-être aussi une histoire et sociale et psychologique, etc. En tout cas, ça vaut le coup de le faire. j'en profite pour rajouter un élément essentiel Donc nous, la Ligue, évidemment, on est financés par des dons et des laits. Et donc la médiation familiale, c'est une prestation, comme tout ce qu'on propose à la Ligue, qui est gratuite. Il ne faut pas que les patients ou leurs familles hésitent à venir nous voir ou pour demander ces visites de ta part, cette aide.
- Speaker #1
Oui, clairement. Et je rajouterais sur le fait que... Quelquefois, les patients peuvent être fragilisés pour se déplacer, pour se mobiliser. Ça peut être impliqué pour eux. C'est possible aussi pour les proches aidants qui ont peu d'espace-temps pour eux-mêmes. Eh bien, la Ligue me permet aussi de me déplacer au domicile des personnes ou dans un endroit qui est proche de chez eux pour pouvoir avoir ces séances-là.
- Speaker #0
Alors là, on parle des modalités, donc je pense qu'on va continuer là-dessus. C'est important aussi. Tu disais, voilà, tu as aussi répondu à une ou deux de mes questions en disant que c'est vrai que déjà une, deux, trois séances, en tout cas, ça porte déjà ses fruits. Et puis, ce qu'on n'a pas dit aussi, à peu près, est-ce que tu as une idée de combien de temps ça peut durer ou est-ce qu'il n'y a pas vraiment de limite de temps ? Ou en moyenne, juste aussi peut-être pour quelqu'un qui hésiterait aussi à prendre rendez-vous, qui se dirait, j'ai peut-être pas le temps.
- Speaker #1
Oui, alors au niveau du temps de cette séance, il faut compter à peu près une heure, une heure et demie. je pense que plus ce serait pas porteur mais ça dépend tout des besoins de la difficulté pour les personnes moi il y avait quelque chose que je voulais quand même rajouter Sabra,
- Speaker #0
c'est que je t'entends beaucoup, tu parles beaucoup de la médiation familiale en tant que méthode parce que c'est la méthode pour laquelle tu as été formée et que tu utilises et je comprends parfaitement, maintenant il faut quand même rajouter qu'il y a une surcouche là-dessus qui est la surcouche Sabra, ton expérience, et c'est vrai que du coup, les patients qui viennent, ils viennent te voir toi. Et je me permets de rajouter à titre personnel que, en tout cas, on a des très bons retours des personnes qui font de la médiation familiale, donc la méthode, mais avec toi spécifiquement, par rapport à ton expérience, à ton vécu, à tout ça aussi. J'allais te demander, tu as une idée d'à peu près combien de familles tu as vues là en 2025, l'année dernière donc ?
- Speaker #1
J'ai un tableau.
- Speaker #0
Moi, j'ai une idée à peu près du chiffre. Je crois que je l'ai vu, mais je ne vais pas dire de bêtises. Après, tu peux dire un truc approximatif.
- Speaker #1
Il me semble 25-30, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
C'est ça, j'avais cru voir ça. Ce qui est déjà pas mal. Et on parle de 30 familles. Donc, c'est très... 30 familles. Deux personnes, c'est plus. Oui, oui.
- Speaker #1
Mais voilà. C'est 30 familles. Et quelquefois, par la suite, je vois le patient. C'est un lien de confiance en fait, parce que pour déposer, il faut avoir ce lien de confiance. Et pour moi, c'est important, et merci pour ce que tu disais en amont, mais pour moi, c'est important d'avoir ce lien de confiance. Et le patient, quelquefois, vient et je lui donne quelques techniques, en fait, apprises par la médiation familiale, de comment il se positionne, quelle bonne distance il peut avoir avec son proche. Donc, c'est vraiment une question de relationnel, au-delà des techniques.
- Speaker #0
C'est une remarque intéressante ce que tu fais parce qu'en fait, j'étais en train de me dire aussi, pardon, il faut que, là, moi, je ne sais pas qui va écouter ce podcast. Peut-être que ça va être des patients ou des personnes concernées, des familles, mais en fait, ça peut aussi être des professionnels de santé. Et je pense qu'il ne faut vraiment pas hésiter à nous contacter parce que, alors OK, on peut aider pour des transports. On est assez connu pour aider pour les bons taxis. On est connu pour aider pour des fois les assurances ou des bons alimentaires ou d'autres choses. Mais à vrai dire,
- Speaker #1
chacun a une raison particulière de venir à la ligue et de commencer à nous connaître.
- Speaker #0
Et l'avantage, c'est que nous, on n'est pas là pour dire, il faut absolument que vous nous connaissiez, on n'a rien à vendre, vraiment. Donc, si un patient, là je m'adresse plus aux professionnels de santé ou aux docteurs qui pourraient écouter, si un de vos patients a ce besoin, exprime ce souci de besoin peut-être de médiation familiale, sachez que non seulement ça pourrait lui être bénéfique de rencontrer Sabra,
- Speaker #1
Et en plus, par la suite, ça va peut-être débloquer aussi ou faire remonter d'autres problématiques qu'on peut peut-être aider aussi à régler. Donc en vrai, vraiment, c'est tout bénef.
- Speaker #0
J'ai une question qu'il faut absolument que je te pose. C'est du coup, j'espère que la réponse sera positive, mais qu'est-ce qui s'améliore pour les familles, pour les patients après les médiations ? Ou en tout cas, est-ce que les gens sont satisfaits déjà ?
- Speaker #1
Alors, ce serait presque à eux de le dire. De ce que je constate, en tout cas, c'est que quand je pars, il y a quand même un sourire, il y a quand même une main posée sur l'épaule de l'autre. Donc ça, c'est de l'ordre de l'informel et de l'ordre du non conscient. Mais j'ose espérer que ça crée un peu de lien, plus fort en tout cas.
- Speaker #0
En tout cas, nous, après, ça, je constate. Après, je ne suis peut-être même pas toujours eu l'occasion de te le dire, mais c'est vrai qu'on le voit aussi, nous, après, avec nos patients qui ont bénéficié de la médiation avec toi. Vraiment. Je pensais à, tu parlais de couple qui se donne la main et je pensais exactement à un couple que t'as reçu où c'est fini comme ça, ou un deuxième aussi, tu vois. Et dernière question, ça te plaît ? C'est quelque chose qui te plaît ou pas ?
- Speaker #1
Beaucoup, beaucoup, beaucoup.
- Speaker #0
Bon, tant mieux. J'aurais été un peu mal si tu avais répondu non.
- Speaker #1
Dès qu'on peut tisser un lien et créer un peu de solidarité, l'interdépendance, je trouve que c'est tout bénef, quel que soit le métier qu'on exerce.
- Speaker #0
On va être un peu consensuel sur la fin. On va dire, mais quel message, du coup, tu voudrais laisser pour le coup, c'est au professionnel ou aux proches, aux personnes qui écouteraient fortuitement ce podcast ?
- Speaker #1
Alors, je pense qu'il ne faut pas hésiter, en tout cas, de ne pas hésiter à poser la question, à appeler, à venir. Ça peut être juste un petit entretien et puis de voir si ça répond à leurs besoins.
- Speaker #0
Ah, tu me fais bien de le dire. Dans les modalités, je précise effectivement, ce n'est pas pour autant que vous appelez, que la médiation a lieu tout de suite. En fait, Sabra va vous prendre contact avec la personne qui demande avant d'organiser le vrai rendez-vous. Il y a une préparation, en tout cas, il y a... Oui, il y a une mise en place qui est encore plus professionnelle et qui permet d'assurer que tout le monde soit... Enfin, tu le dis mieux que moi, j'imagine, mais que ça se passe le mieux possible. Quel lieu, comment, quelle modalité, non ?
- Speaker #1
Exactement. Je prends contact avec les personnes qui feront partie de la médiation. Et puis, on convient d'un rendez-vous. Ça me permet aussi de les sécuriser et de mettre un cadre bienveillant dans cet espace-là.
- Speaker #0
OK. En tout cas, Sabra, merci beaucoup d'avoir répondu à mes questions, parce que même moi, j'ai appris beaucoup, alors que ça fait quand même trois ans que je suis là. Et puis, tout de bon. Et puis, encore plus de séances pour 2026.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
À bientôt.
- Speaker #1
À bientôt.
- Speaker #0
Merci à vous pour l'écoute de ce podcast. Vous pouvez retrouver nos autres podcasts sur la chaîne Parlons Anglais sur toutes les plateformes. Et d'ici là, vous connaissez en vous.