- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Parole déclassifiée, l'occasion d'une rencontre exceptionnelle avec des dirigeants et des agents de la DGSI pour décrypter les menaces envers les intérêts fondamentaux de la nation et de la sécurité nationale, les défis et les réponses apportées par la direction. Pour ce premier rendez-vous sur le thème DGSI 2014-2034, Nous avons dû franchir un dédale de postes de sécurité, de portiques et autres portes blindées, et nous voici dans un lieu rarement accessible aux personnes extérieures, en présence de la directrice générale de la Sécurité intérieure qui nous accueille. Céline Berton, bonjour, merci de nous recevoir dans les locaux de la DGSI à Levallois. Alors on est dans un lieu particulièrement symbolique pour le renseignement intérieur, est-ce que vous pourriez nous en dire un petit peu plus sur le site sur lequel on se trouve ?
- Speaker #1
Alors ces locaux de Levallois-Perret accueillent aujourd'hui le siège de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure. Ils sont évidemment très symboliques pour nous. Ils ont commencé à être marquants pour le renseignement intérieur en accueillant en 2008 la fusion des services issus préalablement des renseignements généraux et de la Direction de la Surveillance du Territoire. C'est un site qui accueille aujourd'hui l'ensemble des services centraux de la Direction générale de la Sécurité intérieure et qui nous accueillera jusqu'à le devenir d'un nouveau site que nous espérons connaître, un site unique, à l'horizon de l'année 2028.
- Speaker #0
Alors cette année, le 30 avril précisément, vous allez fêter les 10 ans d'activité de la DGSI qui ont été marqués par des évolutions majeures en termes de lutte contre le terrorisme, l'espionnage et l'ingérence. Pourquoi avoir créé la DGSI en 2014 ? Est-ce qu'elle a apporté quelque chose de plus que la DCRI en 2008 ?
- Speaker #1
Le fait de basculer de direction centrale du renseignement intérieur en 2008 à la qualité de direction générale de la sécurité intérieure en 2014 a répondu à la volonté des autorités politiques de doter notre direction de moyens d'autant plus conséquents pour être en capacité de faire face aux défis qui lui étaient confiés. C'est d'abord le placement sous l'autorité directe du ministre de l'Intérieur. C'est ensuite la capacité à disposer de moyens et du budget propre qui nous ont permis de relever les défis qui nous étaient fixés, à savoir prendre en compte une menace d'autant plus prégnante dans tous les domaines que vous avez cités, le terrorisme, l'espionnage, l'ingérence, la cyber, mais aussi de pouvoir recruter en masse des personnels pour répondre aux objectifs qui nous étaient fixés. C'est tout cela qui a rendu possible le statut de direction générale.
- Speaker #0
L'actualité de ces derniers jours, de ces derniers mois, met en lumière la difficile dissociation entre les menaces qui pèsent sur la sécurité nationale et le contexte international. Dans ce cadre, la direction a-t-elle observé des évolutions depuis dix ans ? Est-ce que vous pouvez en dégager des tendances ?
- Speaker #1
Il est vrai que la DGSI, qui est née en 2014, est née à un moment où le terrorisme et le contre-terrorisme étaient très prégnants dans nos missions. Mais c'est vrai qu'il ne faut pas résumer la DGSI au contre-terrorisme. C'est aussi une direction qui a eu à prendre en compte les champs missionnels tels que celui de l'espionnage ou encore de la protection économique. Ce qui me frappe en cette année 2024, qui correspond à nos dix ans d'existence, c'est que l'ensemble de nos missions nous soumettent à un très fort niveau d'intensité. Tout cela parce que le contexte général des relations internationales s'est énormément durci avec des postures décomplexées dans les relations entre États qui n'hésitent plus à avoir un recours à une forme de confrontation, là où par le passé on avait plus une forme de régulation des relations internationales qui nous laissait penser peut-être à tort que nous aurions des relations plus apaisées. Le fait est qu'aujourd'hui il n'y a plus de régulation des relations internationales et il y a une position de crispation très forte entre les États. Nous avons aussi un moment très singulier en termes de conflits internationaux, il suffit d'en citer deux pour mesurer à quel point ils viennent percuter notre actualité. Évidemment, le conflit, plutôt l'invasion de la Russie en Ukraine et le conflit israélo-palestinien qui, évidemment, mettent sous tension nos services. Tout cet ordre du monde conduit à une forme de polarisation entre les États et une mise en tension avec des événements et des conséquences importantes en termes d'ingérence étrangère. Et tout ça nous suppose évidemment une mobilisation importante pour protéger notre puissance économique, notre système démocratique, sans oublier enfin, pour être la plus complète possible, que tout cela s'exerce dans le monde physique, mais aussi dans le monde virtuel, et que la cyber, la cybersécurité, la cyberdéfense a évidemment pris un tour complètement nouveau dans nos missions.
- Speaker #0
Vous venez de nous parler justement de ces grandes tendances, comment elles se matérialisent en termes de menaces terroristes, d'ingérences. Est-ce qu'aujourd'hui les modes opératoires ont changé ces dix dernières années ?
- Speaker #1
Une fois encore, il y a dix ans, quand la DGSI s'est mise en œuvre, nous étions en plein phénomène de l'État islamique, au levant, avec évidemment des phénomènes très marquants pour notre territoire, tant à la fois dans le cadre de départs de Français ou d'individus partis de France pour rejoindre l'État islamique ou encore de survenance d'attentats sur notre territoire national. Ça nous a beaucoup marqués dans l'état de la menace terroriste. Le fait est que dix ans après, la menace demeure. Elle présente plusieurs visages, a fortiori puisque nous parlons quelques jours après l'attentat de Moscou. Il y a d'abord toujours une menace endogène très forte qui est représentée par des profils spécifiques que nous constatons dans nos interpellations, mois après mois, et projet d'attentat déjoué après projet d'attentat déjoué, une menace endogène représentée par des profils très jeunes, ou alors aussi par des profils beaucoup plus ancrés dans un djihadisme installé, avec notamment les sortants de prison, les returnies, ou un certain nombre d'individus qui sont encore en prison. Nous avons aussi à prendre en compte au regard de la résurgence de la menace portée par des organisations terroristes, à prendre en compte le risque d'une activation à distance de cette menace par les recours à des individus qui sont présents sur notre territoire national et qui pourraient répondre à un appel d'une organisation terroriste. Et même si ce n'est pas forcément le modèle le plus probable, nous n'écartons jamais l'hypothèse d'une menace projetée, puisque l'état du monde rend toujours possible cette manière d'agir. À côté de cette menace terroriste sunnite, on doit évidemment prendre en compte un certain nombre d'autres acteurs qui peuvent être porteurs de projets d'action violente ou d'extrémisme violent sur notre territoire. Bien évidemment, la direction s'occupe de tout ce qui relève des ultras, de l'ultra-droite, de l'ultra-gauche, qui répondent à des idéaux et à des idéologies différentes, mais qui considèrent des deux côtés que les réponses démocratiques d'aujourd'hui ne sont pas à la hauteur et qu'il est nécessaire d'avoir recours à des actions violentes. pour, en quelque sorte, renverser l'État et être en mesure de reprendre le pouvoir. Et nous avons enfin, évidemment, dans ce contexte complexe du monde et des relations internationales, toujours des enjeux d'espionnage, ou alors sur un format un peu différent maintenant d'ingérence, qui vise à essayer d'influencer, pour le compte d'autres États, ce qui se passe sur notre territoire. Ça peut passer évidemment par de la captation d'informations, ça peut aussi avoir pour vocation à intervenir sur notre tissu économique et nous devons nous mobiliser sur ces sujets. Et évidemment, je ne peux pas conclure mon propos sans évoquer les Jeux Olympiques que nous connaîtrons maintenant dans quelques semaines. Les Jeux Olympiques, c'est un moment extraordinaire sur le plan sportif. Ça va être un enjeu sécuritaire hors normes, mais ça va surtout être évidemment une opportunité gigantesque pour l'ensemble des acteurs du terrorisme, de l'espionnage, de l'ingérence ou encore de ceux qui veulent conduire des attaques cyber. Et pour l'ensemble de ces raisons, la DGSI renforce depuis maintenant plusieurs semaines sa stratégie d'entrave et elle travaille évidemment beaucoup également avec la mobilisation de ses partenaires, tant nationaux qu'internationaux.
- Speaker #0
Alors on voit aujourd'hui effectivement que les menaces ont profondément évolué. Aujourd'hui, comment la DGSI les affronte ? Comment elle les a affrontées au cours de ces dix dernières années ? Et comment elle se prépare aux dix prochaines années ? Comment elle se prépare aux prochaines années ?
- Speaker #1
On a évoqué les physionomies de menaces qu'on a eues à couvrir ces dix dernières années. Ce que je voulais mentionner également, c'est que nous avons pu bénéficier d'une évolution considérable de nos cadres législatifs, de nos moyens d'action réglementaires qui nous ont, loi après loi, permis de disposer d'outils assez solides. Et le fait est que nous avons été accompagnés par les gouvernements qui se sont succédés pour la mise en œuvre de ces outils. Nous avons aussi, je l'ai indiqué, au bénéfice du statut de direction générale, pu bénéficier de moyens humains et budgétaires renforcés. Ce qui nous attend probablement maintenant, c'est la dimension et l'enjeu technologique. À la fois parce que nos cibles s'adaptent et notamment par le recours à des technologies toujours plus innovantes qui rendent possible le chiffrement des communications, qui rendent possible aussi le recours à des technologies qui rendent... plus intelligents, alors je vais parler sobrement d'intelligence artificielle, je ne le définirai pas plus, c'est une opportunité pour nous, mais c'est aussi évidemment des occasions pour nos adversaires. Donc c'est tout cela qu'il nous faut prendre en compte, et je pense qu'au-delà des moyens réglementaires, des moyens liés aux techniques de renseignement, sur les enjeux aussi de technologie, il nous faut aussi continuer à pouvoir sensibiliser. Et je crois qu'une partie de la riposte que nous pouvons mener, c'est de nous appuyer sur nos actions de prévention et de sensibilisation pour que tous ceux qui peuvent être des cibles de l'ensemble de ces actions puissent avoir conscience du fait qu'ils peuvent être acteurs de la prévention par un certain nombre de comportements élémentaires, de précautions, notamment par exemple de précautions en termes d'hygiène numérique, mais aussi par le fait de nous signaler tout événement qui peut leur paraître suspect. Et les Jeux Olympiques ont été l'occasion de mener des campagnes de sensibilisation extrêmement larges, dont j'espère que nous tirerons les bénéfices dans les semaines et dans les mois qui viennent.
- Speaker #0
Pour conclure, Mme Berton, que voudriez-vous souhaiter à la DGSI pour cet anniversaire ?
- Speaker #1
Alors moi, je voudrais souhaiter une longue vie, parce que c'est une jeune direction générale qui aura 10 ans cette année, qui s'appuie là aussi sur l'expertise et la sagesse de ses anciens. Elle s'est construite sur des fonds baptismaux extrêmement solides. Elle doit continuer à mener le virage de la modernisation. Mais je lui souhaite un long chemin, de manière à ce que le passé de ses glorieux anciens puisse éclairer son avenir. Et je lui souhaite évidemment dans quelques années un site unique qui nous permettra de tous nous retrouver et de continuer à moderniser nos manières de travailler.
- Speaker #0
Ce sera le mot de la fin. Céline Berton, merci beaucoup pour ces précieux éclairages.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Pour prolonger ce podcast, nous vous donnons rendez-vous sur le site dgsi.intérieur.gouv.fr puis pour un nouvel épisode de DGSI Paroles déclassifiées le mois prochain. où nous aborderons plus en détail la menace terroriste depuis 2014 et les réponses de la DGSI avec trois invités parmi nous. Le numéro un de l'antiterrorisme à la DGSI, le chef adjoint de l'unité de concours à la lutte antiterroriste UCLAT et la chef de la mission JO au sein de la DGSI. A bientôt et n'hésitez pas à partager ce podcast.