- Speaker #0
« Bienvenue sur le podcast Paroles déclassifiées, l'occasion d'une rencontre exceptionnelle avec des dirigeants et des agents de la DGSI pour décrypter les menaces envers les intérêts fondamentaux de la nation et de la sécurité nationale, les défis et les réponses apportées par la direction. » « Ce nouveau rendez-vous porte sur la menace terroriste depuis 2014. » et les réponses que justement la DGSI a pu apporter. Pour cela, nous avons réuni trois experts. Vous le savez, les agents des services de renseignement bénéficient d'une protection de leur identité. Donc, vous ne connaîtrez pas leur nom. Autour de ce micro se trouvent donc trois personnes. Le numéro un de l'antiterrorisme à la DGSI. Vous dirigez une structure en charge de la lutte contre le terrorisme et les extrémismes violents. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour madame, bonjour à tous.
- Speaker #0
Le chef adjoint. de l'unité de concours à la lutte antiterroriste de la DGSI, mieux connue sous le nom de Luc Latte. Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour à vous.
- Speaker #0
Et l'adjointe de la chef de mission Jeux Olympiques et Paralympiques de la DGSI qui a été créée en 2022. Bonjour. Bonjour. Avant de rentrer dans le vif du sujet et de dresser une rétrospective et un panorama de la menace terroriste, pourriez-vous peut-être nous préciser déjà quelle est la définition du terrorisme ? On entend beaucoup de choses. Qu'est-ce qui rentre dans votre champ d'action lorsqu'on parle de lutte ? antiterroriste ?
- Speaker #1
La définition des faits de terrorisme est prévue précisément par le Code pénal depuis de très nombreuses années. Donc c'est un ensemble d'infractions qui sont limitativement définies par ce Code et qui constituent des actes de terrorisme lorsqu'ils sont intentionnellement en relation avec une entreprise qui peut être individuelle ou collective, qui a pour but de troubler gravement l'ordre public. par l'intimidation ou la terreur. C'est une incrimination à laquelle la justice française a recours depuis de très nombreuses années. En ce qui concerne la DGSI, la mission de lutte contre le terrorisme a une vocation préventive et répressive. Préventive parce que c'est le travail, la branche renseignement de la DGSI, qui est de détecter des individus porteurs de... de menaces de projets d'attentats, de rassembler des éléments de preuves, de connaître précisément les contours du projet et de les faire neutraliser préventivement, essentiellement par la voie judiciaire. Donc une enquête est sollicitée auprès du Parquet national antiterroriste. S'il s'en saisit et qu'il délivre une enquête, c'est donc la branche judiciaire, cette fois-ci, de la DGSI qui prend le relais. et qui démarre des investigations judiciaires. Je parlais de neutralisation essentiellement judiciaire, parce qu'il peut arriver qu'une personne représente un risque de trouble grave à l'ordre public, sans pour autant avoir, sans qu'on ait pour autant acquis la certitude que cette personne souhaitait commettre un attentat. Il peut donc être possible d'avoir recours à des entraves qu'on qualifie d'administratives, notamment si c'est un ressortissant étranger qui représente une menace grave pour l'ordre public, le ministre de l'Intérieur peut prononcer un arrêté ministériel d'expulsion pour donc expulser cette personne qui ne tomberait pas sous le coup de la loi judiciaire.
- Speaker #0
Alors vous parlez de ressortissants étrangers, il y a également des ressortissants français, des jeunes, des moins jeunes. On a vu à travers ces dernières années qu'il y avait des profils diversifiés. La DGSI a été créée sous sa forme actuelle en 2014. Je vous rappelle qu'elle fait suite à la DCRI, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, qui était elle-même le fruit de la fusion entre les RG, les Renseignements Généraux, et la DST, la Direction de la Surveillance du Territoire. Alors qu'à ce moment-là, 2014, c'est une période où il y a déjà de nombreux départs hors du territoire national pour rejoindre l'État islamique, Daesh, donc sur la zone syro-iraquienne. Comment pouvez-vous caractériser cette menace de l'époque en 2014 lorsqu'on arrive au moment de la création de la DGSI ?
- Speaker #1
Les services de renseignement français ont eu affaire depuis de très nombreuses années, même bien avant 2014 naturellement, à une menace terroriste protéiforme qui a souvent été inspirée par Al-Qaïda. Dans les années 90, la France a payé un lourd tribut sur son territoire au terrorisme algérien qui était porté à l'époque par le GIA. Et entre 1996 et 2012, notre pays a connu 16 années sans attentat. Pour autant, c'était une période très active sur cette thématique, puisque nous avons enregistré plusieurs pays européens, mais notamment la France, des départs pour des filières djihadistes diverses et variées dans la décennie des années 90. On peut parler des filières bosniaques, des filières afghanes ou des filières tchétchènes. Néanmoins, le tournant contemporain de la lutte contre le terrorisme en France a été l'année 2012, à double titre. D'une part parce que Mohamed Merah a commis ses attentats à Montauban et Toulouse cette année-là, mais également parce que cette année 2012 marque le début de ce qu'on appelle communément les filières syro-iraquiennes, qui se distinguent des filières que nous avons énumérées auparavant. par leur volume qui était assez inédit puisqu'on a enregistré le départ du territoire français d'environ 1500 personnes, donc des Français ou des étrangers vivant en France, qui depuis l'année 2011, mais surtout 2012 et les années suivantes, ont commencé à quitter notre territoire pour rallier le théâtre siéro-iraquien dans l'énorme majorité des cas pour y porter les armes au sein de groupes ou d'organisations terroristes.
- Speaker #0
Il y avait également des femmes qui partaient, des jeunes femmes ?
- Speaker #1
Nombre de femmes sont en effet parties, souvent pour suivre leur conjoint ou leur époux. Certaines d'entre elles pour rallier ce qu'elles considéraient comme être un Eldorado qui leur avait été vendu comme tel par la propagande des organisations terroristes.
- Speaker #0
Alors, au cours de ces dernières années, depuis la création de la DGSI, puisqu'on est vraiment sur un flashback depuis 2014, il y a eu plusieurs stratégies nationales de lutte contre la radicalisation et le terrorisme qui ont été déployées par les gouvernements successifs. Pour vous, en termes de... de fonctionnement interne, de mode opératoire. Qu'est-ce que ça vous a apporté ? Qu'est-ce que ça vous a permis de faire ?
- Speaker #1
Les services travaillant dans la matière antithéorique sont des services qui se connaissent, qui ont l'habitude de travailler ensemble et d'échanger depuis longtemps, qu'il s'agisse de services de renseignement ou de services judiciaires chargés. de traiter sous l'autorité de la justice antiterroriste de ce type de dossier.
- Speaker #0
Lorsque vous parlez de services de renseignement, vous pensez auxquels ?
- Speaker #1
Alors les services de la communauté française du renseignement, notamment on peut penser aux plus connus d'entre eux, que sont la DGSI, la DGSE, mais également le renseignement territorial et la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris pour l'essentiel. Donc ce sont des services qui se connaissent. La nouveauté, c'est que... lorsque ces filières djihadistes, les filières syriennes depuis 2012, sont devenues véritablement un phénomène de masse, puisque si je fais référence aux filières antérieures, les filières bosniaques, afghanes ou tchétchènes, représentaient à chaque fois bien moins de 100 personnes. Donc là, avec 1500 départs, on se rend compte qu'on a changé de format. Et donc, devenant un phénomène de masse, il a été nécessaire d'adapter le dispositif étatique à cette nouvelle menace, à un phénomène de cette ampleur. Il était en effet essentiel de bien répartir les forces et les ressources des différents services et d'éviter notamment des conflits de compétences sur tel ou tel objectif, qu'il s'agisse d'un conflit négatif ou d'un conflit positif de compétences. Donc, les services de l'État en charge de la lutte antiterroriste se sont mis en place, en ordre de bataille, pour faire face à ce phénomène, encore une fois, inédit par son ampleur.
- Speaker #2
Oui, alors, dès 2014, le Centre National d'Appel et Prévention de la Radicalisation, le CNAPR, a été créé pour faire face aux défis des filières d'acheminement djihadiste, notamment vers la Syrie. Placé au sein de l'UCLAD, ce dispositif, cette plateforme téléphonique, a une double dimension sécuritaire. et sociale. Elle recueille des appels, en provenance la plupart du temps des familles, qui s'interrogent sur le changement de comportement de leur enfant, et vient délivrer des conseils pour identifier les marqueurs d'une radicalisation. En cas de demande, un entretien peut aussi être réalisé auprès de notre psychologue pour les accompagner et tenter de restaurer le dialogue lorsque celui-ci est rompu. Alors, dans la grande majorité des cas, le signalement se situe à un stade précoce. de la trajectoire radicale et ne va pas justifier un suivi sécuritaire. Mais en revanche, systématiquement, une évaluation approfondie est entreprise par l'UCLAT et lorsque une adhésion à la violence est constatée, alors les services compétents vont être saisis. Mais bien évidemment, tout signalement ne va pas aboutir à un fichage au sein du fameux FSPRT, le fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. Dans 9-10e des situations, à l'issue de l'évaluation, l'engagement d'un suivi sécuritaire n'est pas nécessaire. Pour autant, le signalement n'est pas vain. Il permet aux parents, aux proches, aux collègues, parfois aux employeurs, de bénéficier des clés de lecture leur permettant d'identifier les éventuels mécanismes d'emprise qui sont à l'œuvre. Et comme on le répète souvent, en cas de doute, le CNAPR est à votre écoute.
- Speaker #0
Alors ce CNAPR, ce sont des écoutants qui sont là. Il s'agit de quels profils ces écoutants ? Ce sont des policiers, ce sont des travailleurs sociaux. Qu'est-ce qu'on retrouve ?
- Speaker #2
Alors, ce sont uniquement des policiers très expérimentés qui, au terme d'une carrière, le plus souvent en police judiciaire, vont être désireux de prolonger leur activité pour pouvoir effectivement délivrer des conseils aux appelants et effectivement pouvoir orienter au mieux le suivi. éventuellement sécuritaire, voire psychologique si nécessaire.
- Speaker #0
J'imagine que dans le contexte de 2014, lorsqu'il a été vraiment mis en place, où démarraient les départs sur zone syro-iraquienne avec des très jeunes, on se le rappelle, ça a été très important pour vous justement d'avoir ce lien, cet échange entre une structure police et les familles.
- Speaker #2
C'est un dispositif qui est aujourd'hui vraiment éprouvé et qui est précieux, qui a très vite démontré toute son utilité, puisque effectivement, à travers ces signalements, on arrive parfois, on est arrivé, à entraver des départs sur zone ou à faire en sorte que des situations préoccupantes puissent être prises en compte par les services de sécurité.
- Speaker #0
Dans les dispositifs qui ont été également mis en place depuis ces années 2012-2014, vous avez évoqué le FSPRT. Qu'est-ce que vous pouvez nous en dire ? Comment ça fonctionne ?
- Speaker #2
En fait, le FSPRT qui a été créé en 2015, c'est un formidable outil de répartition de l'activité des services qui permet à chacun, dans une logique de décloisonnement, de pouvoir travailler ensemble en pleine transparence. et faire en sorte qu'il n'y ait aucun conflit de compétences, qu'ils soient positifs ou négatifs, entre les services.
- Speaker #0
On a tendance à mélanger fiches S et FSPRT. Est-ce que toutes les fiches S sont le FSPRT ? Quel est le lien entre les deux ?
- Speaker #2
Effectivement, ce sont deux choses assez distinctes. Une fiche S, comme son nom l'indique, est une fiche de surveillance. Les induits qui sont fichés S peuvent éventuellement être au FSPRT, mais le FSPRT, ce n'est pas un outil en soi d'enquête, mais Les personnes qui sont inscrites au FSPRT, en revanche, font l'objet d'un véritable suivi, parfois en simple évaluation, et si l'évaluation ne donne rien, la fiche sera clôturée. En revanche, si le suivi sécuritaire est pertinent, effectivement, la personne est inscrite au sein du fichier, et lorsqu'elle est inscrite, il y a un véritable suivi actif de la part des services de sécurité.
- Speaker #0
Il se fait en lien avec les départements, comment ça se passe ? C'est uniquement au niveau national ?
- Speaker #2
C'est un fichier qui est administré par l'UCLAT, c'est un fichier national, mais effectivement tous les services, y compris locaux, y ont accès, et notamment les préfectures, parce que vous savez, au plan local, au plan départemental, ce sont les préfets qui coordonnent l'activité des services de sécurité, et notamment dans le cadre d'une enceinte qui a été créée à la même époque, en 2015, le groupe d'évaluation départementale qui réunit désormais chaque semaine. Non seulement tous les services de renseignement, mais également les administrations compétentes qui peuvent avoir besoin de connaître de l'activité des services sur des situations particulières. Ça peut être éventuellement l'éducation nationale, notamment.
- Speaker #0
Il n'y a plus l'attractivité de l'État islamique depuis 2020 à peu près. Donc sur cette période 2020-2024, est-ce que c'est encore quelque chose qui a évolué pour vous, cette menace ?
- Speaker #1
La menace terroriste immanente de la zone syro-iraquienne est toujours éperenne et avec une certaine acuité, parce que nous avons encore des djihadistes en zone syro-iraquienne, voire en Turquie, qui ont trouvé refuge, et dont l'objectif est de commettre des attentats en contre notamment de l'Occident général, mais notamment de la France. Donc c'est un point de vigilance majeur. Mais la menace a évolué dans la mesure où on enregistre plus tôt, depuis la défaite militaire de l'État islamique, le développement d'une menace endogène propre à la France, émanant d'individus qui vivent sur notre territoire. En effet, l'État islamique a jadis, en période de son ascension militaire, Euh... mis en place des outils, des organes de propagande excessivement efficaces qui ont réalisé des supports divers et variés, des magazines, mais aussi des tutoriels.
- Speaker #0
Sur Internet, donc, facilement accessibles ?
- Speaker #1
Absolument, très facilement accessibles, qui appelaient dans un premier temps à rejoindre le djihad en Syrie ou en Irak. Et puis, lorsque la coalition s'est mise en place et a commencé à lutter activement contre l'été islamique, cette organisation terroriste a considéré qu'il valait mieux que ces affidés portent la menace sur le territoire là où ils se trouvaient, c'est-à-dire en France, pour ce qui nous concerne, et ne cherchent plus à rallier la zone syro-iraquienne. Donc, cette menace s'est trouvée un peu transformée. le Nombre des 1500 Français ont été soit capturés, sont revenus en France et ont été présentés à la justice parce que tous ont été l'objet de judiciarisation.
- Speaker #0
Même les femmes ?
- Speaker #1
Y compris les femmes, parce qu'il serait une erreur de penser qu'elles constituent systématiquement des victimes. En tout cas, des investigations judiciaires ont été exercées à leur encontre et d'autres individus partis de France ont trouvé la mort sur place dans les combats, ont été capturés. ou sont toujours à l'heure actuelle portées disparues. Tant et si bien que si l'on met de côté ce contingent de 1500 personnes dont je faisais état tout à l'heure, qui ont quitté notre sol, il reste sur notre territoire évidemment des personnes qui sont pro-djihadistes et qui représentent une menace, mais dont le profil de ces personnes a changé peu à peu puisqu'on a affaire à des gens le plus souvent très jeune et très souvent isolé.
- Speaker #0
Quand on regarde les dernières attaques, avec un marteau par exemple, ça interroge sur les profils psychologiques des individus. Comment appréhendez-vous ce sujet à l'UCLAT ? Est-ce que c'est quelque chose dont vous vous êtes spécialement emparé ? Est-ce que vous avez des échanges avec le corps médical ? Comment ça se passe ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Nous avons désormais des échanges institués avec le ministère de la Santé, mais également avec des représentants de la psychiatrie, si vous voulez, à compter de l'année 2020. Le besoin s'est fait sentir d'optimiser cette coopération avec les acteurs médicaux face à une menace, on l'a dit, qui a changé, qui a évolué, portée par une mouvance endogène avec des acteurs le plus souvent isolés, parfois instables, parfois en autonomisation complète sur le plan idéologique, sur le plan opérationnel, et de la difficulté pour les services d'arriver à déterminer si les individus qui sont suivis... sont réellement radicalisés s'ils ont éventuellement des troubles de nature psychologique ou psychiatrique. Et cette coopération qui a donc été renforcée à compter de 2020, qui se poursuit de manière très fructueuse aujourd'hui, elle se traduit par des rencontres régulières, et elle a surtout abouti à la création au sein de l'UCLAD d'un dispositif innovant, à savoir une cellule nationale d'analyse psychopathologique. Donc là, on est dans une approche pluridisciplinaire et notre cellule est composée de médecins psychiatres qui viennent éclairer les enquêteurs de tous les services antiterroristes sur le profil psychopathologique des personnes qui suivent au titre de la prévention du terrorisme. Et donc, à l'issue de sessions d'évaluation qui portent sur des dossiers d'investigation uniquement, il n'y a aucun accès aux secrets médicaux des personnes concernées.
- Speaker #0
C'est très important ça. Justement, le respect du secret médical, c'est un élément clé, j'imagine, dans votre dialogue avec l'univers médical ?
- Speaker #2
Tout à fait, et il n'a jamais été question de vouloir accéder au dossier médical, mais on s'est rendu compte, grâce à cette coopération particulièrement fructueuse avec des représentants de la psychiatrie, qu'il était possible, à distance, sur la base uniquement de dossiers d'investigation, de pouvoir émettre des hypothèses diagnostiques, et partant de délivrer des recommandations aux enquêteurs en faveur soit... d'un suivi, du maintien d'un suivi sécuritaire, soit d'une prise en charge socio-sanitaire. Et l'intérêt, en fait, c'est d'arriver à déterminer est-ce qu'il y a une plus-value à une prise en charge sur le plan médical, sur le plan psychiatrique, ou pas. Donc, ce que l'on essaye de faire, c'est de vraiment distinguer les personnes qui sont pleinement radicalisées, dont la radicalisation est convictionnelle, comme on dit, des personnes... dont le comportement d'allure radical n'est finalement que le symptôme d'un trouble psychotique ou les conséquences d'une véritable pathologie.
- Speaker #0
Vous avez évoqué un certain nombre de services de renseignement. L'un d'entre eux, qui n'a pas été mentionné, mais concerne le renseignement pénitentiaire qui s'est renforcé au cours de ces dernières années. Pourquoi ? Comment travaillez-vous avec eux ? Et quelle est la raison qui a amené justement cette organisation et ce renforcement du service pénitentiaire ?
- Speaker #1
Alors, la communauté française du renseignement est un dispositif interministériel et le SNRP, le Service National de Renseignement Pénitentiaire, est une bonne illustration du côté interministériel puisque c'est un service de renseignement récemment créé qui dépend du ministère de la Justice. Les échanges entre ce service et la DGSI sont... excessivement régulier et témoigne d'un continuum entre le milieu ouvert et le milieu fermé, puisque lorsque la justice condamne un individu pour des faits de terrorisme, celui-ci va en prison, mais son suivi ne s'arrête pas là, puisque même en milieu carcéral, des projets en lien avec le terrorisme peuvent se faire jour. On peut notamment imaginer des attaques de surveillants, comme celle-là s'est déjà produite, en prison. des projets d'évasion, là aussi on a eu un cas, une tentative d'évasion par un détenu terroriste, ou des détenus qui mettraient à profit cette période de privation de liberté pour créer des projets d'attaque, d'action violente à l'issue de leur libération. Donc le travail de renseignement à leur encontre ne s'arrête pas, et il y a naturellement des échanges très réguliers entre le SNRP et la DGSI notamment.
- Speaker #0
Comment la DGSI s'empare de ce sujet ? Est-ce que Luclat a un rôle à jouer justement à ce sujet-là ?
- Speaker #2
Oui, alors l'UCLAD coordonne depuis 2018 un dispositif d'anticipation et de coordination des sortants de prison qui avaient donc été créés à l'époque pour faire face à un accroissement majeur des libérations de ces publics-là. Ces publics-là, ce sont les individus qui ont donc été condamnés pour des faits de terrorisme, mais également ceux qui ont été condamnés pour des faits de droit commun, mais qui sont malgré tout radicalisés. Et donc on a un dispositif. qui concerne uniquement le contentieux islamiste et qui a deux vocations principales. La première, s'assurer que chaque individu terroriste islamiste ou radicalisé, qu'il soit condamné ou prévenu, c'est-à-dire en détention provisoire, chaque individu puisse faire loger une évaluation en amont de sa libération et lors de son élargissement par un service de sécurité, évaluation qui a pour but de... de déterminer la persistance de l'engagement idéologique. Et la deuxième vocation, c'est de garantir la délivrance d'une mesure de police, une mesure de police administrative ou d'une mesure judiciaire, lorsque les conditions juridiques sont réunies, pour rendre possible cette évaluation. Et donc chaque mois, tous les services et administrations compétents sont réunis dans les locaux de l'UCLAD pour étudier en détail ces profils et décider collectivement du suivi qui s'impose. Alors vous savez, depuis 2018... On a bientôt quasiment 500 personnes condamnées pour des faits de terrorisme qui sont sorties de manière effective de prison. Et une proportion infime a de nouveau été impliquée dans des projets d'action terroriste, mais les trois quarts demeurent suivis par les services. Pourquoi ? Ce n'est pas une double peine, mais le maintien dans l'idéologie djihadiste est le plus souvent constaté. Et donc la poursuite de l'évaluation sécuritaire est indispensable pour déterminer la potentialité violente, et c'est la même logique. que pour la cellule qu'on évoquait tout à l'heure d'analyse psychopathologique. Il s'agit de sonder cette potentialité violente et mettre au jour d'éventuelles vélités de passage à l'acte. Pourquoi ? Bien sûr, pour tenter de les entraver le cas échéant.
- Speaker #0
Vous avez évoqué la notion de mesures de police administrative. Est-ce que vous pouvez dire un mot à nos auditeurs sur le type de mesures que ça peut recouvrir ?
- Speaker #2
Oui, alors la plus connue, c'est... celle qu'on appelle la MICA, c'est-à-dire la mesure individuelle de contrôle, qui va permettre d'imposer des obligations, voire de formuler des interdictions, à l'encontre d'un individu qui peut présenter une menace de nature terroriste. Ça s'apparente à un contrôle judiciaire, sauf qu'il ne s'agit pas d'une mesure judiciaire par définition. Donc la personne va devoir se rendre, par exemple, plusieurs fois. plusieurs fois dans un commissariat, une fois par jour par exemple, va avoir l'interdiction de rentrer en contact avec des individus qui sont radicalisés ou de se rendre à tel endroit. Donc ça peut effectivement être relativement contraignant, mais ça permet justement d'arriver à mesurer davantage quelle est l'imprégnation idéologique de l'individu en observant son quotidien et en observant son éventuelle réinsertion.
- Speaker #0
On a évoqué la question de la menace terroriste principalement axée autour du risque djihadiste, mais on a aussi d'autres types de menaces terroristes, notamment on observe la montée en puissance des mouvements dits « ultra » . Comment percevez-vous cette menace ? Qu'est-ce qu'elle recouvre, cette notion d'ultra ? C'est une menace d'un ordre radicalement différent, avec des sources idéologiques naturellement totalement autres d'un autre ordre. Et c'est aussi différent en termes d'échelle, en termes d'ampleur, puisqu'on n'a pas du tout affaire au même contentieux, mais au même nombre d'individus qui sont dans ces mouvances-là. Mais c'est une menace d'une certaine acuité. On peut parler de l'ultra-droite. ou de l'ultra-gauche, puisque ce sont de ces mouvances dont il est question, ce sont des thématiques, des mouvances qui menacent le ciment social, l'unité nationale, en ce qu'elles visent à opposer entre eux des personnes qui vivent en France, qu'ils soient compatriotes ou étrangers. Et j'observe que c'est une tendance également qui touche nos voisins européens et les pays occidentaux en général. Donc, à côté de la lutte contre le djihadisme, le terrorisme d'inspiration djihadiste, la DGSI lutte en renseignement comme en judiciaire contre les mouvances ultra, qu'il s'agisse d'ultra-droite, dont on peut rappeler qu'une douzaine de projets d'attentats ont été déjoués depuis 2017, ou l'ultra-gauche, dont un cas a été dernièrement jugé, donc pour des faits de terrorisme. J'observe aussi, mais là, ce n'est pas du... dans le spectre de la DGSI, que ces manifestations plurielles d'ultra droite et d'ultra gauche sont un enjeu, avant que d'être un enjeu de terrorisme, un enjeu d'ordre public. La DGSI n'a pas en charge directement ce contentieux, puisque en l'occurrence c'est la Direction Nationale du Renseignement Territorial qui est chef de file sur ces matières, mais là aussi des échanges très fluides entre nos deux services ont lieu quotidiennement.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut mettre dans cette même catégorie le terrorisme dit écologique ? Il y a eu beaucoup d'appellations autour de ça. Est-ce que ça relève aussi du renseignement territorial et plutôt de la sécurité publique ? Ou est-ce que ça relève du terrorisme ?
- Speaker #0
Alors, stricto sensu, au sens du code pénal, nous n'avons pas eu à connaître de faits de terrorisme écologiste ou écologique, mais plutôt des... dégradation en Réunion, dégradation de biens publics, de biens privés, d'une grande ampleur, qui ont des coûts financiers importants mais qui ne revêtent pas, qui ne peuvent pas en l'état revêtir de qualifications terroristes pour le moment.
- Speaker #1
Dans quelques mois vont débuter les Jeux Olympiques et Paralympiques. C'est un contexte qui est très particulier, évidemment où la France sera sous les projecteurs. Est-ce que ça vous amène à... élargir votre analyse des risques qui pèsent sur cet événement. Comment vous organisez-vous autour de la protection de cet événement, sur l'angle de la DGSI ?
- Speaker #0
En effet, compte tenu de la couverture médiatique de cet événement sportif, la Coupe du monde de football et le Tour de France est l'un des trois événements majeurs, du nombre très élevé de spectateurs, de téléspectateurs, toute action spectaculaire... Défendant une cause quelconque qui serait commise pendant les JO aura un retentissement considérable. Alors on peut penser naturellement à des faits de terrorisme, à des attaques terroristes, mais également à des défenses de causes diverses et variées, notamment la cause animaliste par exemple, qui relève, je le répète, d'ordre public. Cela nous conduit à envisager avec l'ensemble de nos partenaires services de... de police, services de renseignement, services de gendarmerie et d'autres partenaires étatiques, plus l'organisation des Jeux, naturellement, à envisager différents cas, différents scénarii, des risques potentiels, y compris des risques auxquels nous n'avons pas encore été confrontés. On essaie de passer en revue l'ensemble des menaces qui peuvent peser sur notre pays pendant le déroulement des Jeux. Les services en charge de la sécurité de cet événement se préparent en conséquence pour faire face à tous ces risques. On part d'un dispositif existant qui est déjà éprouvé, qui va se combiner en outre à un dispositif tout à fait spécifique qui sera mis en place pour les Jeux Olympiques et Paralympiques, dont vous comprendrez que je ne peux pas donner de détails aujourd'hui.
- Speaker #1
Bien sûr. Sans dévoiler quoi que ce soit, le travail de coopération... avec les différents pays partenaires est amplifiée pendant cette période-là ?
- Speaker #0
Alors, c'est à l'évidence, en effet, un des gages de la réussite, c'est la fluidité, la rapidité de transmission d'informations au sein de ce qu'on appelle la communauté française du renseignement que j'ai déjà mentionné, mais aussi avec certains partenaires internationaux qui pourraient avoir une information sur un individu porteur d'une menace. et dont il conviendrait que nous soyons informés rapidement pour prendre les mesures idoines. Notamment, on peut imaginer qu'un service qui nous signalerait quelqu'un porteur d'un projet d'attentat qui a pour ambition de venir en France en juin 2024, prenne des mesures d'interdiction d'entrée du territoire à son encontre afin que cette personne ne puisse pas pénétrer sur le sol français. C'est une façon d'entraver les menaces, mais là encore, je le rappelle, Je rappelle, la reine des neutralisations, c'est la neutralisation judiciaire dans le cadre d'investigations sous l'autorité du parquet antiterroriste.
- Speaker #1
La DGSI a mis en place, on le disait tout à l'heure, une mission qui est dédiée aux Jeux olympiques et paralympiques. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quel est son objectif et comment elle s'articule avec les autres acteurs de sécurité et de renseignement ? Parce qu'on entend beaucoup de choses sur la sécurisation des Jeux. Comment ça se passe ? Quels sont justement ces différents acteurs et comment vous vous situez par rapport à eux ?
- Speaker #2
En effet, il n'aurait échappé à personne que l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques est un vrai défi. pour notre pays. Il s'agit en effet pour la France d'accueillir le plus grand événement planétaire. Des foules considérables seront rassemblées sur notre sol et l'exposition médiatique présentera une ampleur exceptionnelle. Il est évident que tous les ingrédients sont ici réunis pour que le moindre fait notable portant atteinte au bon déroulement des jeux et des répercussions durables sur l'image et sur la capacité d'influence de notre pays. Compte tenu du contexte de menaces exposées précédemment par mes collègues, il est clair que la DGSI dans ce cadre est pleinement mobilisée. comme d'ailleurs l'ensemble des services du ministère de l'Intérieur, pour permettre à cette grande fête populaire et sportive de se dérouler dans les meilleures conditions, sans incident sécuritaire majeur.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi, pleinement mobiliser ?
- Speaker #2
Alors, ça veut dire que très tôt, la DGSI a mis en place, comme vous le disiez, dès le début de l'année 2022, une équipe de pilotage dédiée. Il s'agit pour notre direction d'une démarche assez inédite. Concrètement, l'objectif de l'équipe JO est de garantir le... plan potentiel opérationnel de la DGSI, en amont et pendant les Jeux, évidemment, en s'assurant que les contraintes posées par leur tenue ont bien été anticipées et bien été prises en compte dans notre organisation interne. L'année 2022 et le premier trimestre 2023 ont été dédiés à un premier cycle de réflexion collective pour définir les principaux enjeux et les principaux défis posés par les Jeux, les objectifs à atteindre et les mesures adéquates à mettre en œuvre, évidemment. Et donc, depuis septembre... Pour la mission Jeux Olympiques et pour l'équipe des Jeux Olympiques, il s'agit maintenant d'assurer le suivi des différentes actions entreprises dans les mois précédents, d'assurer aussi leur bonne coordination dans le respect des délais impartis, mais également de rendre compte régulièrement aux autorités de la DGIC de l'avancée des travaux. Au niveau externe, maintenant, vous m'interrogez sur l'articulation avec les autres acteurs. L'équipe JO participe aux réunions ministérielles et interministérielles relatives à la préparation des Jeux. Ici, pour nous, l'objectif final est d'identifier les sujets qui peuvent impliquer la DGIC et de formaliser sur chacun d'entre eux, après évidemment la consultation des experts concernés au sein de la direction, une position claire qui soit validée par le directeur général. Tout cela pour nous amener en phase conduite, c'est-à-dire au moment de l'événement, à assurer, là proprement pour l'équipe Jeux Olympiques de la DGIC, assurer la circulation de l'information qui soit la plus rapide. et la plus pertinente possible en interne, mais également vis-à-vis de l'extérieur, et d'autre part, d'assurer un exposé quotidien du dispositif global à nos autorités. À beaucoup d'égards, ce qu'on peut dire, c'est que la DGSI vivra une période unique lors de cette année 2024, tant dans son mode de fonctionnement que dans la mobilisation inédite de l'ensemble des agents. Dès le début du mois de mai, et ça c'est vraiment à souligner, dès le début du mois de mai et jusqu'à mi-septembre, la direction se mettra en ordre de bataille avec d'importants aménagements du temps de travail et des congés. qui permettront une gestion des ressources humaines sur un temps long et un vrai engagement dans la durée, en vue de cet objectif ultime des Jeux.
- Speaker #1
Merci, donc ce sera le mot de la fin. En tout cas, ces éclairages auront été très utiles, j'espère, pour l'ensemble de nos auditeurs sur la menace terroriste et les actions de lutte, justement, contre ce terrorisme qui sont menées par la DGSI et avec un contexte bien particulier qui est celui de 2024. Pour aller plus loin, rendez-vous sur le site internet de la DGSI. vous le connaissez certainement, des gsi.com. intérieur.gouv.fr. Vous y trouverez de nombreux articles. On l'a évoqué, que ce soit justement sur les sortants de prison, que ce soit sur les relations, on l'a parlé des groupes d'évaluation départementaux et bien d'autres, bien sûr, sur les JO. Et nous nous donnons rendez-vous le mois prochain pour faire un saut dans le temps et parler, par exemple, des métavers, de l'IA. et également, ou plus largement, comment la prospective trouve sa place dans le travail d'anticipation des menaces au sein de la DGSI.