- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Baranco, et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal, pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer, et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elle, voici leurs histoires, place à Parole de femme, saison 3. Aujourd'hui, je reçois une femme qui court des distances que peu de gens osent imaginer. Mais moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas la performance, c'est ce qui pousse une femme à aller si loin dans l'effort. Qu'est-ce qu'on cherche quand on accepte la douleur ? Est-ce qu'on fuit ? est-ce qu'on tente de réparer ? Charlène partage ses cours, ses entraînements, son corps en mouvement, aussi sur les réseaux. Derrière l'image, il y a forcément une histoire, une construction, et c'est aujourd'hui ce que j'aimerais qu'on explore toutes les deux. Charlène, bonjour !
- Speaker #1
Bonjour, merci pour l'invitation.
- Speaker #0
Merci à toi d'avoir accepté de faire partie de l'aventure de Parole de Femme. On va commencer... par les trois questions habituelles que je pose à toutes les invitées. Si ton énergie d'aujourd'hui était une couleur, si tu étais une émotion et si tu étais une musique, lesquelles serais-tu ? Alors pour la couleur, je dirais le bleu, comme le bleu du ciel. En plus, on a un petit peu de chance. Tout à l'heure,
- Speaker #1
il y a le soleil qui a pointé le bout de son nez.
- Speaker #0
Vu la pluie qui tombe,
- Speaker #1
ce matin, ce n'était pas gagné, mais on a eu un petit bout de soleil. Et moi, j'adore le bleu du ciel parce qu'on se sent tellement libre quand on le voit. Enfin, je ne sais pas, ça m'apaise. Donc, je dirais le bleu. Après l'émotion, je dirais la sérénité aujourd'hui. Parce que je me suis fait opérer récemment de la hanche, donc je suis en arrêt. donc je ne travaille pas là pour 6 semaines et c'est vrai que j'ai retrouvé un petit peu ce que j'appellerais le concept de la slow life donc je prends vraiment le temps je me lève plus tard je fais des nuits complètes je prends le temps de vivre le temps de respirer le temps nécessaire pour me rééduquer etc et du coup en fait ça fait que avec un peu cette slow life que j'ai repris depuis quelques temps je me sens un petit peu apaisée donc je dirais la sérénité
- Speaker #0
Tu en avais besoin de te sentir apaisée ?
- Speaker #1
Oui, je pense que je ne me rendais pas compte que j'en avais besoin. Et je vois là que le temps que je prends pour moi, ça me fait vraiment du bien. Et je pense que je ne m'en rendais pas compte, mais j'avais besoin de ralentir sur tout ce que je faisais et du coup, ça fait du bien.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et après, c'était ? La musique.
- Speaker #0
La musique ou une chanson du moment ou quelque chose qui te rappelle ?
- Speaker #1
Tellement, j'en écoute tellement. C'est un bon moment. Oui. C'est vraiment un moment où, par exemple, quand je cours, moi je cours tout le temps en musique. Et ça me plonge dans un autre monde. Je ne suis plus là, moi. Quand je cours, je vois bien sûr ce qu'il se passe autour de moi, mais je suis tellement dans un autre monde, immergée ailleurs.
- Speaker #0
Et c'est la musique qui t'amène là-dedans ? Oui.
- Speaker #1
Sans musique, ce n'est pas pareil.
- Speaker #0
Tu ne pourrais pas ?
- Speaker #1
Non. C'est vrai que pourtant, j'adore courir. Alors si, quand je suis en montagne ou vraiment dans des paysages incroyables, J'ai plus de facilité à me passer de la musique, surtout qu'il y a quand même des endroits où il faut mieux rester très concentré. Donc là, je coupe de temps en temps la musique. Mais c'est vrai que, par exemple, si je cours sur les quais à Lyon, vu que je suis lyonnaise, si je cours sur les quais, il me faut de la musique. Sinon, c'est vraiment pas pareil.
- Speaker #0
C'est pas la même chose.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'est une des premières. Je remarque.
- Speaker #1
Non. Mais du coup, c'est là qu'il faut aller en train. C'est une rive. Ah, celle de la petite jeune « Je ne serai jamais » . En ce moment, je l'écoute souvent.
- Speaker #2
Si
- Speaker #0
tu devais te définir aujourd'hui en un seul mot, mais juste aujourd'hui. À ce moment-là, aujourd'hui, tu dirais qui tu es, Charlène ?
- Speaker #1
Je dirais optimiste, quelqu'un d'optimiste, parce que c'est vrai que par rapport à l'opération et tout, j'ai toutes les personnes autour de moi qui sont optimistes. Moi qui me disais bon courage et tout, c'est pas facile et tout. Et en fait, moi, je le vis super bien parce que je fais confiance au processus. Je me dis que je suis en train de guérir. Donc c'est pour moi positif. Tout se passe bien, tout avance bien dans l'ordre des choses. Donc non, je dirais plutôt optimiste et reconnaissante du coup pour le fait que tout se passe bien.
- Speaker #0
C'est important vu ce que tu es. ce que tu fais dans la vie, ta passion, c'est quand même important d'avoir confiance dans son corps. C'est la base quand on a le droit de s'écouter.
- Speaker #1
Oui, mais surtout qu'en plus, moi, ce n'est pas ma première opération parce que j'ai l'impression que de base, mon corps n'était pas forcément fait pour courir. J'ai eu aussi une opération pour un syndrome d'éloge en 2022. J'ai eu des symptômes avant qu'on trouve ce que j'avais. J'ai eu des symptômes pendant cinq ans, donc c'était très long. Et c'est vrai que le syndrome des loges, c'est le muscle au niveau du mollet qui est dans une loge. La loge n'est pas assez grosse pour accueillir le muscle lorsqu'il gonfle à l'effort. Et du coup, ça me créait des paralysies des jambes. Donc j'ai déjà eu ce type d'opération et c'est vrai que là, j'ai à nouveau un problème. Donc cette fois-ci, j'ai un conflit de hanche. Donc il y a un problème au niveau de l'hanche. Et c'est vrai que du coup, je pourrais me dire que mon corps est de base. Pas vraiment...
- Speaker #0
Trop opératif.
- Speaker #1
Voilà, je pense que de base, il ne voulait pas courir. Il s'est dit, elle, elle manque qui, d'aller courir. Mais finalement, tu vois, la première fois, ça s'était très bien passé, l'opération, ça m'a totalement guérie. Et là, je fais confiance aussi, je me dis, ça va me guérir, ça va me permettre de recourir. Et après, on pourra y retourner.
- Speaker #0
C'est l'objectif.
- Speaker #1
Ouais. Oui, moi c'est pour ça, parce que j'ai plein de gens... Alors en soi, il y a beaucoup de gens qui ont un conflit de hanches et qui vivent avec, parce que c'est pas non plus insurmontable, sauf que si on accepte de vivre avec, il faut aussi accepter de courir moins, pour pas s'abîmer, et moi c'est pas une option chez moi, de courir moins. Donc évidemment que j'ai choisi l'option de l'opération, parce que mon objectif c'est de courir, et de courir beaucoup.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'on pourrait... peu comprendre l'entourage qui va se dire mais pourquoi risquer une opération qui pourrait mal se reconsolider et dans ce cas-là te garder peut-être avec une boîte une boiterie ou quelque chose comme ça plutôt que de finalement se dire bon bah ok c'est pas très grave d'arrêter de courir ah mais j'en ai dans mon entourage qui comprennent pas justement on va revenir au départ comment toi tu es venue alors à la course mais au-delà de ça puisque Merci. Il faut bien quand même qu'on pose le cadre. Tu le poseras certainement mieux que moi. On parle bien d'ultra. Ce n'est pas la petite course du dimanche matin. C'est des courses qu'on appelle des courses longues pendant lesquelles tu vas repousser tes limites. Est-ce que c'est la bonne définition ?
- Speaker #1
Oui, il y a tellement de définitions. C'est vrai que l'ultra, ça fait beaucoup débat au sein des coureurs. Souvent, les gens se disent à part... Ça te tire de combien de kilomètres ? Il n'y a pas de réponse vraiment claire et nette définie. Mais pour moi, dans ma conception de ce qui est du long, c'est ce qui est au-dessus de 80 kilomètres, on va dire. Mais chacun aura sa propre notion et chacun trouvera... Enfin, trouvera que la longueur, c'est très subjectif. Mais pour moi, c'est ce qui est au-dessus de 80 kilomètres.
- Speaker #0
Et comment tu lires ? Comment, à un moment donné, tu te dis, tiens, moi, je vais courir en ultra ?
- Speaker #1
Surtout qu'à la base, je ne courais pas du tout. Je n'étais pas du tout sportive, mais alors vraiment pas. J'étais dispensée des cours d'athlétisme au collège. Mais c'est que je refusais en plus catégoriquement de courir.
- Speaker #0
Et pourquoi ?
- Speaker #1
À l'époque, la raison est très bête. On est jeune. c'est l'adolescence et c'est que les cours de sport étaient le matin et qu'on pouvait pas se laver. Et moi, dans ma pensée, parce que c'était des douches communes, et en fait, douche commune, quand on a 14 ans, quand on est au milieu de plein d'autres petites jeunes, les comparaisons, etc., pour moi, c'était hors de question. Donc je refusais de faire du sport au collège. Quand on y repense, c'est un peu bête, mais c'était vraiment... Je ne voulais pas être transpirante toute la journée, donc je ne voulais pas faire de sport. Et en plus, je me sentais nulle quand je faisais ça. Parce que je n'étais pas bonne, forcément, parce que je ne m'entraînais pas en même temps. Donc, je n'allais pas être bonne miraculeusement. Et du coup, le sport et moi, ce n'était pas une histoire. d'abord du tout.
- Speaker #0
C'est important ce que tu dis par rapport au regard des autres. Parce qu'au final,
- Speaker #1
c'est très lourd. Oui, parce qu'à 14 ans, on n'a pas du tout envie de se mettre à moitié nue devant d'autres personnes qui, on le sait, vont nous juger parce qu'à cet âge-là, on est cruelle.
- Speaker #0
Oui. Il y avait un truc comme ça aussi avec l'image que tu avais de toi-même. À cette époque-là, c'était peut-être plus compliqué.
- Speaker #1
Je pense que j'ai toujours eu un peu de mal. Après, je pense que ça vient beaucoup de la société dans laquelle on vit, où il faut être un peu parfaite, il ne faut pas être ni trop grosse, ni trop mince. Et je pense que du coup, j'ai toujours un petit peu, comme beaucoup de femmes,
- Speaker #0
eu du mal à accepter mon corps. Et l'ultra, aujourd'hui, c'est ce qui te réconcilie avec lui. Pour autant, l'ultra, tu n'as pas transformé ton corps ou quand même tu sens qu'il y a une vraie transformation physique ? Alors,
- Speaker #1
il y a une vraie transformation physique en vrai parce que j'ai quand même perdu du poids forcément en courant. Avant, je me dépensais très peu et je mangeais très mal alors que maintenant, du coup, je me dépense beaucoup plus et forcément, quand on essaie de faire du sport, sport à ce point-là, on essaie de faire un petit peu attention aussi à ce qu'on mange. Donc, de fil en aiguille, le corps change. Mais c'est vrai que ce n'est pas la plus grande transformation, ce serait vraiment plutôt la transformation mentale. Parce que du coup, comme je disais, j'avais du mal avec mon corps et j'avais aussi un problème de confiance en moi. Et quand on fait de l'ultra et que mine de rien, on se retrouve à franchir des lignes d'arrivée de courses qui sont... qui sont quand même incroyables. J'ai fait la Lyon-Saint-Élion, c'était 156 km en plein hiver. Il y a la nuit, il y avait le froid, le verglas, il y avait neiger. C'est quand même des conditions qui sont assez extrêmes. Et c'est vrai que quand on franchit la ligne d'arrivée de cette course, il y a quand même une fierté personnelle. On se dit, j'ai quand même réussi à faire quelque chose que je n'aurais jamais pensé de toute ma vie que j'aurais été capable de faire ça. Il y a aussi le regard des gens qui sont impressionnés et qui nous font réaliser qu'on vient de faire quelque chose qui est quand même incroyable. Et tout ça, ça booste notre confiance en soi.
- Speaker #0
Ça se nourrit.
- Speaker #1
Là, quand on se dit que j'ai réussi à faire 156 kilomètres dans la nuit avec le verglas, la neige, tout ça,
- Speaker #0
ça représente que là, moi je connais, comme on disait, le métier de l'Ultra, mais tout le monde ne le connaît pas. on va juste... bien resituées, ce que je voudrais que tout le monde puisse prendre la mesure de ce pour quoi on se parle aujourd'hui, parce que tu dis 156 km, mais ça représente combien d'heures de course, par exemple, sans t'arrêter ? Comment ça marche ? Explique-nous quand même. Toutes les courses sont différentes, mais la physique de vie, par exemple, tu parles de la Saint-Élion, pour qu'on prenne la mesure et qu'on puisse justement comprendre après tous tes mécanismes.
- Speaker #1
Là, c'était la Lyon-Saint-Élion. On est partis le samedi matin à 9h, je crois, de Lyon pour atteindre Saint-Etienne dans un premier temps. Donc là, moi, j'ai fait l'aller, parce que c'est un aller-retour. Moi, j'ai fait l'aller en 11h26 ou 36, je ne sais plus, quelque chose comme ça. Donc la première moitié en un peu plus d'11h. Ensuite, une fois sur place, selon l'heure à laquelle on arrive, on se repose plus ou moins longtemps. Et on repart à 23h avec tout le monde. Donc il y a eu peut-être deux heures de trop. trois heures de repos entre les deux avant de reprendre le départ pour le retour. Et le retour, j'ai mis 14h30 ou 24, je crois, quelque chose comme ça. Ce qui m'a fait un temps de course en tout à 26h.
- Speaker #0
Finalement, un jour,
- Speaker #1
une nuit,
- Speaker #0
une course sans t'arrêter. Donc, c'est ça. Il faut prendre la mesure de tout ce que ça représente. dans le corps qui bouge.
- Speaker #1
Ah oui, sachant qu'en plus, la veille, souvent avec le stress, on ne dort pas non plus. C'est une sacrée épreuve, mais c'est tellement... C'est tellement incroyable à vivre que je... Je pense qu'il faut le vivre pour comprendre, mais à la fois ça passe lentement, mais à la fois ça passe tellement vite aussi.
- Speaker #0
On revient. Pour qu'on essaye de t'en prendre. Donc, tu es une jeune fille qui est un peu mal dans ton corps, qui refuse de faire du sport à l'école. Et aujourd'hui, on passe à Charlène qui a... Je ne sais pas ton âge.
- Speaker #1
Tu as 31 ans.
- Speaker #0
Tu as 31 ans. Et tu es... Oh ! dans le top des coureuses, en tout cas, dans ta catégorie, puisque c'est par catégorie, tu es quand même sur des plafonds hauts.
- Speaker #1
Alors, je ne dirais pas que je suis une très grande coureuse. En fait, c'est juste qu'il y a très peu de femmes. Par exemple, à Lyon, Saint-Élion, j'ai fini troisième de ma catégorie. Donc, oui, mais je relativise beaucoup parce qu'en fait, il y a très peu de femmes. Et ça, c'est quelque chose, ça se développe de plus en plus. Mais c'est vrai que sur le départ des ultras, on était, par exemple, je crois, 7% de femmes à prendre le départ cette année-là. Donc, c'est vrai que les femmes sont très, très rares. Ce qui fait qu'on arrive beaucoup plus vite à se glisser sur les hauts de classement parce qu'en fait, le classement est très petit. D'accord.
- Speaker #0
Donc, ouais. Pourquoi ? On va revenir sur ton parcours, mais après, je voudrais essayer de savoir... Pourquoi, à ton avis,
- Speaker #1
il n'y a pas autant de femmes dans les Ultramen ? Ça, c'est un grand sujet aussi. Mais du coup, oui, comment j'en suis arrivée là ? C'est justement ce mal-être dans mon corps qui, je m'en rappellerai toujours, c'était décembre 2016, donc fin d'année 2016, où là, je me dis vraiment, je regardais dans le mirage, je me dis mais en fait, je ne supporte plus ce corps. Moi, je ne voyais que les défauts. Et je me suis dit, il faut que je fasse quelque chose. Je ne peux pas rester comme ça. Donc... Bonne résolution pour janvier 2017, me mettre au sport. Et du coup, j'ai commencé un petit peu à faire du sport à la maison. J'avais pris un programme de fitness en ligne à l'époque. Moi, je ne connaissais rien du tout, donc je ne savais pas par quoi commencer. Mais du coup, j'avais cherché un peu sur Internet, j'ai trouvé un programme de fitness. Je me suis dit, je vais commencer mon sport à la maison, là où personne ne me verra et que je pourrais faire mon petit truc dans mon coin.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Ouais. Et un jour, je me suis dit, allez, j'ai envie d'aller courir. Mais j'habitais à Lyon et j'avais peur de courir à Lyon parce que j'avais peur que les gens me voient dans la rue. Et j'avais peur qu'ils se... Enfin, c'est totalement infondé, finalement. Mais j'avais peur que les gens, je ne sais pas, se moquent et les yeux rivaient sur moi. Et du coup, je n'osais pas courir à Lyon. Et un week-end, on part dans le Beaujolais chez les parents de mon ex-conjoint à l'époque. Et je me dis, là, c'est vraiment l'endroit parce qu'il n'y a personne qui me verra. C'est vraiment perdu, il n'y a personne qui me verra. Donc je me suis dit, vas-y, je vais prendre des baskets et je vais aller courir. Toujours dans l'optique aussi de perdre de poids, de se défouler. À l'époque, c'était beaucoup objectif, perdre de poids surtout. Et là, j'ai fait ma première sortie running. Trois kilomètres, je m'en souviendrai toute ma vie, j'ai cru que j'allais mourir. Pourtant, c'était que de la descente que j'avais fait, parce que du coup, c'était un peu vallonné. Et j'avais vraiment fait que trois kilomètres de descente. La descente, ça roule quand même tout seul. Je suis arrivée en bas de la descente, j'étais morte, rouge tomate, mes poumons qui allaient sortir de mon corps. Je me suis dit, mais comment font les gens qui courent ? Je ne comprends pas. C'est trop. Ah ouais, vraiment. Je l'ai refait la montée, je n'ai pas couru en faisant le retour, j'ai vraiment marché tout le retour. Je me suis dit, je suis physiquement incapable de courir plus de 30 kilomètres. Et je me suis dit, en fait, j'ai quand même apprécié l'expérience. J'ai cru que j'allais mourir, mais je me suis dit, quand même, c'est libérateur. Tu vois, c'est les petites endorphines qu'on ressent à la fin. Et là, je me suis dit, bon, allez, je prends mon courage, je vais courir à Lyon. Tant pis si les gens me regardent. Puis en fait, bon, ça, c'est des idées. On a l'impression que tout le monde nous regarde et tout.
- Speaker #0
Mais en fait, personne ne nous regarde.
- Speaker #1
Mais personne ne nous calcule. Ça, c'est ce qu'on a dans notre tête. Parce qu'on a, je pense, un gros manque de confiance. Oui,
- Speaker #0
et puis peut-être des minstrels contraints. de quand on nous regardait faire de la... C'est pas l'école,
- Speaker #1
quoi. On est en train de faire de la... C'est ça. Alors qu'en fait, ouais, avec le temps, je me suis rendue compte que, mais pas du tout, les gens, ils sont tous concentrés sur eux-mêmes. Sur leur téléphone, en plus, dans la rue, c'est vrai. Sur eux-mêmes, sur leur propre vie. Et en fait, limite même, c'est de l'admiration qu'ils vont avoir en voyant des gens courir, parce qu'ils nous disent, putain, ça, c'est quelqu'un qui court, c'est bien. Alors qu'à l'époque, pour moi, c'était presque... C'était presque la honte, ouais.
- Speaker #0
Oui, parce que tu vois, parce qu'aussi, il y avait, je pense, derrière, je cours parce que je me sens grosse.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc, en fait, c'était un peu la punition. C'était parce que je suis grosse, en fait. C'était pas je cours parce que je suis une athlète.
- Speaker #1
Oui. Et je pense que j'ai... Alors, j'ai démarré la course pour les mauvaises raisons. Mais je pense qu'au fur et à mesure, c'est les bonnes raisons qui ont pris le dessus. Et il y a vraiment eu l'amour du sport qui est né, la passion qui est née. Et autant au début... Alors, ce qui est marrant, c'est que... À l'époque, je courais pour perdre du poids. Et maintenant, quand je cherche à perdre du poids, c'est pour courir. C'est l'inverse.
- Speaker #0
C'est le combat de l'inversé.
- Speaker #1
Maintenant, mon poids se régule tout seul par mon activité. Je suis beaucoup plus à l'aise avec ça. Forcément, je pense que c'est un combat de tous les jours pour une femme d'être à 100% bien dans son corps. Mais je pense que j'ai quand même beaucoup évolué là-dessus. Et c'est vrai que maintenant, les fois où j'ai envie de perdre du poids, c'est pour courir. parce que forcément, bah... C'est quand même plus simple quand on est délesté de quelques kilos pour accélérer un petit peu. Mais du coup, c'est vrai que maintenant, c'est dans ce sens-là.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est la course qui prime.
- Speaker #0
Ton premier ultra,
- Speaker #1
tu l'avais comment ? Moi, c'était un défi à l'époque. En plus, je ne pensais vraiment jamais en être capable. Je me rappelle la première année où j'ai commencé à courir. J'ai fait les 12 km de la Saint-Élion avec une amie. Et c'est elle qui m'a dit, viens, dans deux ans, on fait le grand format. Donc, c'était en 76, je crois, à l'époque. On fait le grand format et tout. Et moi, je lui ai dit oui, oui, en mode oui, oui, c'est ça. Je te dis oui pour te faire plaisir. Mais dans ma tête, je me dis, mais impossible. Enfin, je lui ai dit, ouais. totalement timbrée pour faire ça.
- Speaker #0
C'est important ce que tu dis. Ah oui,
- Speaker #1
parce que du coup, je me suis dit mais hors de question que dans deux ans, je me fasse ça. Et puis, deux ans après, c'est elle qui m'a abandonnée sur les lignes de départ et c'est moi qui y suis allée.
- Speaker #0
Tu y es allée toute seule.
- Speaker #1
Ouais, toute seule en plus. Et je ne sais pas ce qui s'est passé entre les deux. Je pense qu'il y a eu la confiance en moi qui, à force de courir, a commencé à naître. J'ai fait mon premier semi-marathon. Arrive à la fin du semi-marathon, tu te dis « Ah, mais en fait, j'étais capable de le faire. Je pensais que je n'étais pas capable. » Et là, tu commences à envisager le marathon. Ça me semble super intéressant ce que tu dis. Parce qu'en fait, c'est comme si à chaque fois, tu te prouvais à toi-même. Mais pour autant, c'est comme si... Alors, la question, elle est...
- Speaker #0
Est-ce que finalement, ce n'est pas une quête de quelque chose que tu n'atteins pas ? Tu vois, parce que... tu aurais pu te contenter de ton semi-marathon et d'en courir 15. Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi cette quête de quelque chose que tu vas chercher toujours plus ?
- Speaker #1
Oui, je pense que c'est un peu la quête de jusqu'où ça ira, jusqu'où je serai capable d'aller en fait. Ça va être de tester la limite et tant que je ne l'aurai pas trouvée, de continuer. Et en fait, à chaque fois, ça booste ma confiance en moi et à chaque fois, ça... Ça fait du bien quand même de voir qu'on est capable d'encore plus que ce qu'on pensait. Moi, je sais qu'à la toute base, rien qu'un semi-marathon, ça me paraissait impensable. Ensuite, quand j'ai fait le marathon, je me suis dit, mais dans quelle aventure je m'embarque ? Jamais moi, je cours un marathon. Et en fait, de voir à la fin de la ligne d'arrivée que si tu en étais totalement capable, tu te dis, mais en fait, jusqu'où ça... Et puis là, tu as la petite graine qui arrive de se dire, mais en fait, c'est de Saint-Élion. Est-ce que je ne serais pas capable de faire ces 76 kilomètres ? Et t'as la petite question au fond de toi, et tu te dis, est-ce que j'en serais capable ? Et puis du coup, tu te retrouves projetée sur cet objectif, et ça passe. Et ça passe. Et c'est là où tu te dis, mais en fait, un truc qui paraissait aussi énorme, parce que vraiment dans ma tête c'était un truc, c'était une montagne, et je me dis, mais en fait, ce truc qui me semblait inaccessible, j'y suis arrivée. Et en plus à l'époque, j'avais quand même les jambes qui paralysaient, parce que j'avais mon syndrome des loges qui n'était ni diagnostiqué, ni soigné. J'avais en plus quand même des problèmes qui m'empêchaient de vraiment bien courir et de bien m'entraîner. Et je me dis, mais malgré ça, j'ai été capable de le faire. On se dit, ça, c'est transposable dans tout dans la vie quotidienne. Et d'ailleurs, aux mêmes époques, je sais que j'ai fait plusieurs reconversions professionnelles. Et le sport m'a aidée à... J'ai commencé mes premières reconversions au moment où j'ai commencé à faire du sport aussi. Parce que du coup, cette confiance que j'avais gagnée grâce au sport, elle se transposait dans tous les aspects de ma vie et de ma vie professionnelle, où à l'époque, pareil, j'exerçais... À l'époque, j'étais adjointe caisse en grande distribution. Et en fait, je ne me voyais pas faire autre chose, parce que c'était ce que j'avais appris à faire, et je ne me sentais pas forcément capable de faire autre chose. Et en fait, je me suis dit, mais si tu es capable de courir... Alors, tu pensais que tu n'étais pas capable de courir, mais tu es aussi capable de reprendre tes études, tu es aussi capable de changer de travail. et de faire un changement. Et tout ça, ça m'a été ultra bénéfique vraiment dans tout.
- Speaker #0
On sent que la course, ce n'est pas juste une course. Ah oui. C'est ça le truc. Ça te donne une... Est-ce qu'on peut parler du mot puissance ?
- Speaker #1
Un peu,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Moi, j'utilise beaucoup conscience, mais oui, ça...
- Speaker #0
Moi, je te sens puissante. C'est comme si ça te donnait de l'intérieur en fait un... Comme un feu, en fait, un feu sacré où tu te dis, en fait, finalement, je suis capable de tout.
- Speaker #1
C'est ça. C'est un peu le mood dans lequel on est quand on finit le genre de course. On se sent inarrêtable. On se dit, en fait, si je, entre guillemets, survis, même si, bon, j'allais pas mourir sur la course, quoique ça peut encore arriver, mais on se dit, si j'ai survécu à ça, en fait, je peux survivre à tout. Et c'est même dans, là, je pense poser ça à la vie professionnelle, mais c'est aussi dans la vie personnelle par rapport à tout ce qu'il y ait rupture, moment compliqué de vie, etc. Mais même ça, je me dis, en fait, je sais que j'ai la résilience pour le supporter et que du coup, ça ne m'abattra pas.
- Speaker #0
quand on court on se reconnait quand même beaucoup à soi c'est ça que t'as appris aussi est-ce que c'est pour toi une façon de justement de faire un peu la paix aussi avec cette petite qui avait du mal à vivre avec elle-même est-ce que c'est aussi il y a une dimension spirituelle dans la course Merci.
- Speaker #1
C'est vrai que moi, mes temps que je consacre à la course à pied, c'est vraiment des temps pour moi, où je prends soin de moi du coup. C'est vrai que j'ai beaucoup de personnes qui me demandent pour venir courir avec moi, donc de temps à autre je cours avec des amis. Mais c'est très souvent que je leur dis, non j'ai envie de courir seule parce que c'est mon moment pour moi. C'est le moment où je me retrouve, où je prends soin de moi, je prends soin de ma tête. Je m'aère et je me reconnecte à moi-même et c'est mon moment en fait.
- Speaker #0
C'est un peu comme une thérapie.
- Speaker #1
Oui. mais c'est ce que je disais, ça coûte moins cher d'avoir une perte belle et encore parce que quand on les collectionne un peu trop,
- Speaker #0
voilà mais ça coûte moins cher comme si aujourd'hui il y a un vrai marché autour de l'ultra et de la course à pied aussi et pourquoi tu disais que il y avait moins de femmes comment tu l'expliques toi ?
- Speaker #1
moi je pense qu'il y a plusieurs raisons qui font qu'il y a moins de femmes sur l'ultra. Je pense que les femmes ont globalement, ce n'est que mon ressenti personnel, ce n'est pas une vérité générale ce que je vais dire, mais je pense que les femmes doutent beaucoup plus d'elles-mêmes que les hommes et qu'elles vont beaucoup plus remettre en question leur capacité à faire les choses et qu'elles vont beaucoup plus se freiner à se dire est-ce que c'est vraiment réalisable, est-ce que je peux vraiment le faire, alors qu'il y a beaucoup plus d'hommes qui vont être on va... peut-être plus spontanées ou qui auront plus confiance en eux et qui vont se poser beaucoup moins de questions et qui vont s'inscrire et qui vont se dire vas-y j'y vais, je tente alors que les femmes vont être beaucoup plus dans la réflexion avant, parce que moi j'ai énormément de femmes qui m'ont écrit en me disant mais je m'en sens pas capable alors qu'elles le sont il y a des femmes que je connais qui courent mieux que moi, qui courent plus que moi qui feraient des meilleures performances et qui me disent qu'elles s'en sentent pas capable alors que je sais qu'elles le feraient, enfin je sais moi qu'elles en sont capables et quoi levier ? Ça, c'est une bonne question. Mais je pense qu'on a appris aux femmes à beaucoup plus douter d'elles-mêmes, déjà. Donc, je pense que ça, c'est un des gros facteurs. Après, peut-être tout ce qui est charge mentale ou s'en défoyer aussi, parce que mine de rien, même si certains hommes se révolteraient de ce que je vais dire, mais je pense que les femmes ont encore beaucoup de charge mentale quand elles sont en couple, avec des enfants, etc. Et que du coup, si les deux font du sport dans le couple, L'homme va souvent plus avoir la liberté de faire ses entraînements, alors que la femme va beaucoup plus rester avec les enfants, gérer le foyer, etc. Et mine de rien, l'ultra, c'est quand même des courses où on ne peut pas se permettre de se présenter sans s'être entraîné quand même assez ardemment. Donc je pense que ça joue aussi. Et oui, beaucoup de... Je pense que c'est beaucoup de doute aussi. Enfin, beaucoup de... qu'elles n'osent pas en fait.
- Speaker #0
C'est aussi peut-être l'environnement. Est-ce que tu penses qu'il y a une question aussi peut-être d'environnement, de dire « oh mais c'est bon » , à l'air de dire « tu cours pour t'occuper » . Il n'y a pas quelque chose de très sérieux là-dedans ?
- Speaker #1
C'est vrai que les femmes sont moins prises au sérieux globalement dans le sport. Et on le voit d'ailleurs dans tout ce qui est diffusion à la télé. Les femmes ont toujours été minimisées dans le domaine du sport et elles sont beaucoup moins mises en avant. et ce qui fait qu'elles sont beaucoup moins prises au sérieux et d'elles-mêmes, elles ne se positionneraient pas forcément sur des courses aussi conséquentes.
- Speaker #0
Et puis exigeante, comme tu disais, quand tu pars sur une course comme ça, ça veut dire que tu es hors foyer, mais pendant le temps de la préparation.
- Speaker #1
Ah oui, parce que c'est beaucoup d'heures de... Si on ne veut pas subir sa course, il faut bien s'entraîner. Là, tu vois, avec ma hanche, du coup, ça fait un an et demi que j'ai des problèmes de hanche, donc j'ai fait... l'ultramarin en juin dernier et du coup comme j'avais eu des infiltrations etc, c'est pas ce qu'il faut faire ce n'est pas un exemple mais j'y suis allée sans vraiment m'entraîner donc c'était quand même 175 km donc en laissant passer quand on ne s'est pas entraîné et vraiment sur les 50 dernières bornes, j'ai vraiment subi ma course et je sais que c'est parce que je ne me suis pas entraînée et c'est quand même pas aussi, l'expérience est quand même différente quand on n'est pas entraîné si enfin C'est pas bon pour le corps en plus de y aller comme ça en touriste. Donc oui, il y a un volume d'entraînement à avoir et si on veut en tout cas pouvoir profiter pleinement de ça. son expérience. Et ça nécessite beaucoup de temps dans la semaine. Je vois les dernières semaines en général, ce que j'appelle moi le week-end shock, qui est à peu près 2 à 3 semaines avant le jour de la course. C'est des week-ends où c'est entraînement tout le week-end. Il y a eu des sorties de 6 à 8 heures. C'est tout à dire difficile quand on a une vie de famille à côté et des enfants, etc.
- Speaker #0
Je voudrais qu'on revienne sur ce cas. parce que quand même, quand on est dans un ultra, le corps souffre. J'aimerais que tu essaies de m'expliquer, toi en tout cas, et on parle un peu pour toi, ce que tu vas chercher dans cette souffrance. Pourquoi ? Pour moi, par exemple, c'est un concept. que j'essaye de comprendre c'est pour ça que je fais des podcasts avec des ultras mais j'arrive pas à comprendre pourquoi on va volontairement faire mal à son corps pourquoi tu essayes de m'expliquer ça ?
- Speaker #1
moi ce que j'aime justement c'est cette douleur qu'on surpasse et en fait il y a beaucoup de gens et je pense que c'est une des choses qui font que certains ne sont pas forcément faits pour l'ultra ou en tout cas non ne réussissent pas dans ce domaine. Pour moi, la douleur en ultra, il faut l'accepter. Ça devient une manie. Forcément, quand tu fais 175 km, c'est impossible que tu me dises que du début du kilomètre 1 au kilomètre 175, tu n'as pas souffert. C'est physiquement impossible de ne pas souffrir sur une telle distance. Et c'est pour ça que moi, dans ces moments-là, je vois vraiment la douleur comme un compagnon de voyage. Il faut l'apprendre. Elle est là et il ne faut pas, dans la vie quotidienne, si on a mal, on se brûle, on enlève la main par réflexe. Enfin, on esquive la douleur globalement par réflexe. Et en fait, dans ce contexte-là, pour moi, il ne faut pas essayer de s'en défaire. Il faut juste se dire, ok, elle est là, je la ressens, c'est comme ça, je l'accepte et elle fera son bout de chemin avec moi. Et en fait, à partir du moment où on l'accepte, on la ressent beaucoup moins. je trouve.
- Speaker #0
Mais à quel moment ? Mais pourquoi ? Pourquoi tu as besoin d'aller vivre avec cette douleur ? Pourquoi, par exemple, tu ne fais pas, comme moi, de l'iron body fit, par exemple, ou tu fais du sport, ou tu travailles ton corps, mais tu vas quand même dans un sport qu'on appelle extrême. Tu vas aller. Tu pourrais faire, je ne sais pas moi, du badminton.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Tu pourrais faire de la danse. Bon, bien que la danse soit un milieu très compliqué. Mais je veux dire, tu vois, pourquoi aller chercher avec le vélo un des sports qui, à mon sens, est le plus difficile pour le corps et pour le mental ? Tu t'es déjà demandé ce que tu allais chercher là-dedans ?
- Speaker #1
Je pense que c'est ce besoin de me prouver que je suis capable d'avoir mal. que je suis capable de vivre des choses que peut-être beaucoup de gens ne supporteraient pas et que pour autant, j'arrive à l'encaisser et que ça va. J'ai besoin, je pense, de me prouver que je suis assez forte pour encaisser ça. Et du coup, je pense que c'est aussi transposable pour tout ce qui se passe dans la vie en général et que je me dis, ok, de toute façon, je suis capable d'endurer et je pense que de me prouver à moi-même que je suis capable d'endurer, ça me fait du bien. Et ça m'aide aussi à relativiser plein de choses dans ma vie. comme je le disais tout à l'heure, c'est transposable dans tous les aspects de la vie. Et tu vois, à l'heure d'aujourd'hui, si j'ai, admettons, une rupture amoureuse, je ne vais pas être dévastée. Parce que je sais que je suis capable de toute façon de souffrir et de l'encaisser et de continuer à avancer et que ça va aller. Et du coup, je pense que j'ai besoin de me faire ces petites piqûres de rappel, de me dire en fait t'es solide, donc t'inquiète pas, ça va aller. Tout ce que tu veux en comprendre, ça va aller.
- Speaker #0
C'est ça que moi, j'ai trouvé sur... ton chemin en fait. Les ultras parlent beaucoup d'un voyage.
- Speaker #1
Et puis on a le temps, comme ça dure quand même relativement longtemps, on a le temps de faire une introspection personnelle, vraiment de... On a vraiment le temps de se refaire le fil de sa vie. C'est une vraie thérapie un ultra.
- Speaker #0
C'est ce qu'on dit, on dit que l'ultra ça fait bouger toutes les énergies, mais justement au fur et à mesure.
- Speaker #1
Puis on passe tellement par toutes les émotions, on passe aussi par des stades de fatigue qui sont tellement extrêmes, mais à la fois... Il y a tellement d'émotions qui se mélangent. C'est un vrai voyage.
- Speaker #0
En tout cas, c'est comme ça qu'ils en parlent. Et je trouve que c'est assez juste. C'est un voyage à l'intérieur, un voyage à l'extérieur. Parce qu'on voit l'ultra comme quelque chose de très douloureux. Justement, mais je pense que c'est ce que tu disais. Tu aimes le bleu du ciel. Et en fait, vivre un ultra, c'est aussi voir des paysages. exceptionnel, c'est voir des choses que les autres personnes ne voient pas.
- Speaker #1
Et c'est aussi des rencontres humaines qui sont vraiment très très fortes parce que sur un ultra, il n'y a pas de place à l'artifice. C'est vraiment on est, c'est nous-mêmes dans notre version la plus brute. Parce qu'au bout d'un moment, quand il y a la fatigue qui s'accumule, on ne peut plus avoir de masque. On est nous, c'est ce qu'on est au plus profond de nous. Et notamment, l'ultramarin que j'ai fait l'été dernier, j'ai rencontré notamment Vincent. Donc, s'il écoute ce podcast, il saura que je vais parler de lui. Et en fait, c'est fou parce qu'on rencontre des gens et tout de suite, il y a un lien qui est très fort, comme si on les connaissait depuis dix ans. Et on est là, dans la même galère, on vit les mêmes difficultés et on est dans la même aventure extrême. Et en fait, on est solidaires, il y a une solidarité naturelle qui serait... Il n'y a aucune compétition. Enfin, peut-être pour la tête de course, mais voilà, moi, je ne suis pas dans la tête de course. Et du coup, il y a... aucune compétition entre nous, on est vraiment tous soudés en mode on a tous le même objectif, c'est d'arriver au bout on est dans la même galère on y est jusqu'au cou, tous ensemble et du coup il y a vraiment des relations des liens humains qui se créent, qui sont vraiment sincères et profonds et c'est aussi une aventure humaine assez incroyable de ce point de vue là ça nourrit ça aussi, on vient chercher aussi ça c'est vrai que du coup on échange beaucoup on se raconte chacun nos vies parce qu'on ne court pas à pleine vitesse quand on fait 175 km il y a pas mal de moments où il y a de la marche où il y a des rythmes très lents donc on peut se permettre de parler en même temps et d'ailleurs c'est ce qui nous sauve un peu parce que ça nous change les idées il ne faut pas voir ça comme un sprint c'est pour ça qu'on parle de voyage il y a plein d'étapes d'ailleurs il faut vraiment prendre étape par étape parce qu'un ultra, si tu prends le départ d'un 175 km en te disant je vise l'arrivée de 175 15. tu te tues mentalement. Il faut d'abord viser le premier ravito. Donc, tu vis ta petite aventure jusqu'au premier ravito. Ensuite, tu te ravitailles. Tu vises le second et c'est ainsi de suite. Il ne faut jamais se dire « Ah, j'ai hâte d'arriver, il me reste tant de kilomètres avant l'arrivée. » Non, il faut prendre le temps. Il faut viser chaque ravito l'un après l'autre.
- Speaker #0
Dans ce que j'entends, tu me dis si je me trompe, mais ça me donne... la sensation que l'ultra te permet un contrôle sur toi-même, sur ton image, peut-être sur ce que pensent les autres de toi. C'est comme si ça te permettait de contrôler ce qui se passe à l'intérieur, ce qui se passe autour.
- Speaker #1
C'est une bonne question. Moi, en tout cas, je sais que ça rythme ma vie. Parce que j'organise ma vie autour de ça et ça contrôle un petit peu, oui, beaucoup de choses dans ma vie. Et ça me permet aussi, c'est ma petite thérapie perso. Donc oui, peut-être que c'est ce qui m'aide à garder le contrôle sur pas mal de choses.
- Speaker #0
Les amis, est-ce que tu as la sensation, pour parler de ton cercle, mais par extension de l'amour aussi, de toute cette partie humaine que tu n'as pas parce que... Quand on ne vit pas l'ultra, on n'est pas dans l'ultra. Il y a des choses que tu vis toi toute seule, qui sont extrêmement intimes, et que tu ne peux pas partager parce que ça ne se dit pas, en fait.
- Speaker #1
Au niveau de...
- Speaker #0
Émotionnellement.
- Speaker #1
De l'ultra, c'est-à-dire. Parce qu'en fait, au fur et à mesure... Alors, au début, j'avais beaucoup... J'avais personne de mon entourage quasiment qui faisait du sport, donc personne qui comprenait un peu cette passion pour la course à pied. Donc moi, j'ai commencé un peu à partager ça sur les réseaux. Et ce qui fait que de fil en aiguille, je me suis pas mal entourée de personnes qui partageaient aussi cette passion. Et heureusement, du coup, désormais, maintenant, j'ai rencontré des gens qui sont vraiment des vrais amis que je vois très souvent, etc. Et qui partagent cette même passion et qui, du coup, la comprennent. Donc heureusement, j'ai quand même des gens qui ne me trouvent pas totalement folle. Après, j'ai quand même des amis proches aussi qui ne sont pas forcément dans ce milieu et qui, je pense, doivent se dire que je suis totalement timbrée.
- Speaker #0
Il faut garder des relations avec ces gens-là, justement. Tu vois, tu n'as pas de dire « non, je ne peux pas venir là parce que je fais ça, non, je ne peux pas manger ça » . Est-ce que tu comprends ? Comment tu as réussi à rendre toutes ces petites choses compatibles ?
- Speaker #1
Alors moi c'est très simple, c'est les gens qui ne comprennent pas quand je leur dis que je ne peux pas parce que j'ai un entraînement à faire, ils ne font plus partie de ma vie. En fait, c'est soit ils acceptent ce que je suis, ce que j'aime et ma façon de vivre, soit c'est qu'on n'est pas compatibles et que nos chemins doivent se séparer. Et du coup maintenant, les personnes qui sont encore autour de moi, C'est les personnes qui l'ont compris, qui l'acceptent et qui d'ailleurs m'encouragent, même si j'ai des copines qui ne sont pas du tout sportives et qui ne comprennent pas du tout cette passion. Et pour autant, elles étaient là à mes lignes d'arrivée, hyper fières de moi. Et elles m'applaudirent comme si c'était elles qui venaient de gagner une course. Alors qu'à la base, ce n'est pas du tout leur passion.
- Speaker #0
C'est important pour toi cette passion ?
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #0
ah bah...
- Speaker #1
C'est vrai que des fois, ça peut être un peu... compliqué moralement quand on est sur un ultra et d'avoir des petits messages de soutien de gens qui nous disent allez on pense à toi tu es super forte on est avec toi bravo ça fait tellement de bien aussi donc ouais et on en vient justement
- Speaker #0
à la deuxième partie comme si c'était mon deuxième face c'est justement les réseaux sociaux t'en a parlé Tu t'es créé une communauté. Au départ, tu n'étais pas du tout, je crois, dans les réseaux sociaux.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Quoi ? Tu as fait le choix de partager publiquement tes ultras.
- Speaker #1
Moi, c'était du coup en 2017 que j'ai commencé le sport. Et c'est vrai qu'à l'époque, je n'avais personne dans mon entourage qui faisait du sport. Donc j'ai commencé à poster en me disant bah tiens je vais papoter un peu avec des gens qui vont faire les mêmes choses, enfin qui vont aller un peu courir. J'ai commencé d'abord par suivre des personnes qui proposaient des programmes de sport ou des choses comme ça, qui partageaient un peu leur quotidien pour moi-même m'inspirer un peu de ce qu'ils faisaient. Et puis de fil en aiguille, tu postes une photo, tu en postes une autre, tu commences à échanger avec des gens. Ça fait petit effet boule de neige, ça commence à prendre tout doucement, naturellement. Et c'est vrai qu'en fait, moi, c'est quelque chose que j'ai toujours aimé. Parce que même au... Je me rappelle qu'au collège, c'était l'époque des skyblogs. Et à l'époque, j'avais mon petit blog aussi, où j'avais réussi mine de rien à avoir pas mal de... Je ne sais plus comment ça s'appelait à l'époque, c'était des amis ou des abonnements, des trucs comme ça. Et pareil, j'avais commencé aussi, parce que je crois que j'ai toujours eu cette petite facilité à raconter ma vie. Et du coup, ça a toujours réussi à prendre un petit peu. Et puis là, Instagram était un peu à la mode. Les gens commençaient à se mettre dessus. Je me suis dit, vas-y, je vais me mettre aussi. Et puis c'est vrai qu'au fur et à mesure, tu rencontres des gens et ça prend.
- Speaker #0
Et c'est assez paradoxal. C'est là où je voulais en venir. Parce que toi qui dis, il y a quelques années, que tu ne voulais pas montrer ton corps en effet. Et là, pour le coup, quand on regarde ton... mon Insta, c'est quasiment que toi en train. Du coup, toi en train de courir.
- Speaker #1
Ah, mais c'est totalement paradoxal. Et je pense que c'est aussi une évolution parce que à l'époque notamment des skyblogs, etc., je postais tout sauf des photos de moi. Alors que maintenant, c'est vrai que mon compte, c'est principalement moi et ma pratique. Donc, évidemment, mon image apparaît très souvent. Et c'est vrai que... Ça aide aussi finalement à s'accepter un petit peu les réseaux, à partager des images de soi, de son contenu, et de voir que ça plaît aussi, ça aide aussi un petit peu à s'accepter. Même si je pense que les réseaux ont leur très bon et leur moins bon côté, je pense que pour quelqu'un qui est très fragile, ça peut être compliqué parfois, parce que c'est plus rare, mais ça arrive d'avoir ce qu'on appelle des haters, des personnes qui ne sont pas forcément bienveillantes. Donc ça peut, pour quelqu'un d'un peu fragile, être... néfaste, mais je retiens surtout, j'ai quand même beaucoup de gens qui sont bienveillants.
- Speaker #0
T'as hésité quand même, avant de les faire ?
- Speaker #1
En fait, ça s'est fait tellement naturellement qu'il n'y a même pas eu de questions à se poser. En plus, moi, vraiment, c'est pas comme si du jour au lendemain, j'avais pris 20 000 abonnés, ça s'est fait très progressivement sur les années. Et du coup, ça s'est fait vraiment sans même que je m'en rende compte.
- Speaker #0
Ça te donne une force ? d'avoir ces gens qui te suivent aussi qui sont pas tes amis. Ils sont des... je sais pas, t'appelles ça comment ? Des followers ?
- Speaker #1
Même pas parce que je trouve que... alors même si ça c'est que ma version à moi, ma vision à moi, mais j'ai l'impression que followers ça fait un peu négatif en mode...
- Speaker #0
Oui, des suivants.
- Speaker #1
Ouais, un peu en mode suiveurs. Pour moi non, parce que c'est des gens qui sont comme moi et j'estime pas que ce sont des fans parce que je suis pas Céline Dion donc j'ai pas des fans. Mais du coup, je ne sais même pas comment j'appellerais ça.
- Speaker #0
Des gens qui suivent ton parcours. Oui, voilà. C'est un peu long, mais en tout cas. Moi, souvent,
- Speaker #1
en story, je dis les gars ou les copains. Je vois un peu ça comme un cercle d'amis très élargi. Forcément, évidemment, je ne peux pas être amie avec autant de personnes. Mais moi, je dirais que c'est plus des gens qui sont là, qui suivent un petit peu mes petites aventures. Et oui, ça donne de la force parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont bienveillants, qui encouragent. qui font des compliments. Oui, c'est très valorisant.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression... Moi, quand je t'entends, j'ai un peu la sensation que, aussi pour tous ces gens, alors attention, le mot modèle, il est certainement beaucoup trop, mais tu vois, peut-être que tu pourrais être une source d'inspiration, ou peut-être un moteur pour certains. Ça, ça t'anime aussi.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est souvent que je reçois des messages, et notamment de femmes. qui me disent qu'elles ont osé s'inscrire par exemple à la Saint-Édion parce qu'elles ont vu que je l'avais fait, que du coup, en voyant que moi je ne suis pas née sportive, je ne suis pas prédestinée à être une grande sportive, d'ailleurs je ne suis pas non plus une élite, je suis vraiment Madame Tout-le-Monde, et en fait je pense qu'il y a beaucoup de femmes qui en voyant que moi-même étant Madame Tout-le-Monde, et étant assez entre guillemets proche d'elles dans ce que je suis, qui se disent, si elle, elle l'a fait, moi aussi je peux le faire. Et c'est vrai que j'ai beaucoup de messages de femmes qui me disent, je me suis inscrite parce que je me suis sentie capable grâce à toi. Et ça, ça fait tellement plaisir. Et j'aimerais du coup, justement, c'est un peu des fois ce que je pousse, c'est ce que je dis aux femmes, je leur dis, mais en fait, vous aussi, vous êtes capable. Je ne suis pas une super héroïne, je ne suis pas plus capable que vous. Et quand elles s'en rendent compte enfin, qu'elles aussi, elles peuvent le faire, c'est vrai que ça fait tellement plaisir.
- Speaker #0
Ça donne du sens. c'est comme si toi quand tu courais ça avait deux sens ça avait un sens pour toi mais aussi comme un sens pour les autres en fait pour toutes ces femmes comme une sorte d'exemple en tout cas de se dire bah tiens allez j'aime
- Speaker #1
bien être comme elle c'est vrai que j'ai pas la prétention de me dire je suis un modèle ou autre mais c'est vrai que si je peux inciter les femmes à prendre confiance en elles et à leur prouver que si en fait on nous a pas on nous a peut-être pas appris qu'on était capable de faire des trucs aussi dingue mais pour autant on en est capable et d'ailleurs pas que des femmes parce que j'ai eu aussi des hommes sur la Lyon Saint-Élion je me rappelle j'en ai plusieurs sur le retour qui m'ont dit ah Charlène c'est grâce ou à cause on sait plus mais en tout cas c'est à cause de toi que je suis là aujourd'hui et là je me dis en fait c'est trop cool parce que du coup je leur ai donné envie de le faire que je leur ai transmis un petit peu de ma passion et qu'aujourd'hui, s'ils sont là en train de se dépasser, c'est un petit peu grâce à moi, même si c'est beaucoup, c'est que grâce à eux d'ailleurs. Mais je me dis peut-être que j'ai été l'élément déclencheur.
- Speaker #0
C'est ça, on ne peut pas l'engager.
- Speaker #1
Et du coup, je me dis, en fait, ça fait trop plaisir parce que je me dis, c'est-à-dire que j'ai joué un petit rôle.
- Speaker #0
Par contre, juste si tu peux remettre dans le contexte aussi... Si tu pouvais t'adresser aussi aux femmes qui ne font pas un ultra, mais juste qui vont se dépasser en prenant leur basket et en courant trois kilomètres.
- Speaker #1
L'ultra n'est pas une fin en soi. Rien que courir un semi ou un 10 km ou un 5 km, c'est déjà incroyable. Je me rappelle, rien que la première fois que j'ai couru, que j'ai fait mes trois kilomètres, je m'étais dépassée de ouf et j'avais fait que trois kilomètres.
- Speaker #0
Et rien que ça,
- Speaker #1
c'est déjà... Ouais. C'est ça, après on a chacun notre montagne, chacun notre objectif, chacun notre vie aussi, parce qu'il y a beaucoup de femmes qui vont venir se comparer aussi à moi, mais après moi il ne faut pas oublier que je suis célibataire sans enfant, donc forcément je n'ai pas de contraintes. Alors oui, je travaille en temps plein, du coup avec les réseaux j'ai un deuxième métier, mais j'ai quand même conscience de ne pas avoir la vie. d'une femme qui va devoir gérer ses deux enfants, en emmener un à l'école le matin, récupérer l'autre à la crèche le soir, le premier repas, et tout ça. Donc j'ai aussi beaucoup moins de contraintes que beaucoup de femmes. Et du coup, on ne peut pas se comparer toutes les unes aux autres parce qu'on n'a pas toute la même vie. Et du coup, l'ultra, ça nécessite quand même d'avoir beaucoup de temps. Et ce n'est pas le cas de toutes les femmes. Et en fait, chacun son ultra. Moi, je vois, la première fois que j'ai fait mes 3 km, mais je m'étais dépassée. C'était déjà mon ultra. Et pourtant, c'était entre guillemets que 3 km. Et rien que ces 3 km ont déjà changé ma vie parce qu'en fait, ils ont conditionné toute la suite. Oui,
- Speaker #0
parce qu'en fait, si on peut résumer ce que tu dis, c'est en fait juste de se rendre compte qu'en fait, on est capable.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il y a énormément de femmes qui ne se sentent pas capables. Et pourtant... Je pense que nous, les femmes, on a une force intérieure qui est très très forte. Et on est capable de tellement plus que ce qu'on pense à la base.
- Speaker #0
On arrive tout doucement, on a encore quelques minutes à partager ensemble, on arrive tout doucement à la fin de ce podcast. Qui ? Qui serais-tu si tu ne courais plus ?
- Speaker #1
Qui serais-je, Charly ? Ça, c'est une grande question, parce que je pense que ça fait tellement partie de ma vie maintenant. Je pense que je mettrais cette énergie dans autre chose, mais je mettrais toujours la même énergie peut-être dans la musculation ou dans le vélo. Mais ça m'a rendue passionnée, en fait. Et ça m'a appris à tout donner quand j'ai un objectif. et je pense que cette énergie là je serais obligée de la placer dans autre chose peut-être dans n'importe quoi dans l'écriture l'écriture d'un livre ou dans une autre passion dans la couture, j'en sais rien mais je pense que je serais ça m'a fait devenir quelqu'un de passionnée et je pense que cette passion il faut que je la place quelque part quoi qu'il arrive et c'est vrai que qui je serais si je courais plus déjà là ça fait 3 semaines que j'ai pas couru avec ma hanche ça me fait déjà bizarre Merci. Donc, ça fait tellement partie de ma vie que je n'imagine même pas ne plus courir dans ma vie.
- Speaker #0
Et sans les réseaux, pour le coup, est-ce que ça, pour le coup, tu pourrais poster ou te dire, qui serait Charlène si elle ne postait plus ?
- Speaker #1
Je pense que je serais tout à fait la même personne. Ça m'ennuiera parce qu'il y a quand même beaucoup de points positifs au réseau, parce que je rencontre plein de gens, j'ai vu des choses incroyables. Moi, c'est aussi devenu une source de revenus complémentaires. facilite ma vie, on va dire, sur tout le plan financier aussi. Ça me fait vivre des événements. J'ai été invitée à des événements où j'ai rencontré des gens qui étaient incroyables. Donc ça m'embêterait quand même parce que je vis quand même vachement plein de trucs cools. Ça a apporté beaucoup de positifs dans ma vie. Mais en soi, je pense que je resterais exactement la même personne en fait. Parce que j'essaie de montrer un peu qui je suis. Je pense qu'il n'y a pas de... Ce qui ne me fait rien d'ailleurs, c'est... Souvent, il n'y a pas trop de retouches ou autre, je me montre un peu sous mon vrai jour. Ce qui fait que souvent les gens, même quand ils me rencontrent dans la vraie vie, j'en ai beaucoup qui me disent « Ah mais en fait, t'es mieux en vrai qu'en photo » . Parce qu'ils sont tellement étonnés en fait que je me montre vraiment, je prends ma photo, mon selfie, je le fais en deux secondes pendant l'entraînement. Enfin vraiment, il y a des trucs qui ne sont pas du tout travaillés, qui sont hyper spontanés. Et je pense que du coup, je serai exactement la même personne. Parce que je pense que mon compte est... Alors forcément après on ne montre pas tout à 100% parce que je pense qu'il y a des choses qui doivent rester de l'ordre du privé et que je ne montre pas non plus tout à 100% mais je pense que la partie que je montre en tout cas est totalement conforme à la réalité.
- Speaker #0
Je pense qu'il y a une vraie... alors pas légitimité mais en tout cas c'est nature. Comme toi tu es, tu montres et c'est à moi de plaire aussi j'imagine à ta communauté. Tu dirais quoi à une femme qui aujourd'hui veut se lancer ? Qui se dit, allez, j'ai écouté le podcast. Un conseil, peut-être de matériel et un conseil humain. Tu leur dirais quoi, ces femmes ?
- Speaker #1
Pour se lancer dans la course,
- Speaker #0
je vais se lancer dans la course.
- Speaker #1
Je dirais juste vraiment prendre sa paire de baskets et y aller. Et surtout, ne pas se décourager parce que dans les débuts, on est vite en difficulté respiratoire. Les premières sorties de course à pied, on a vraiment l'impression qu'on ne va jamais y arriver. Parce que c'est dur. Mais en fait, il faut vraiment s'accrocher. On a tous débuté par là. On a tous commencé dans la difficulté. Et en fait, c'est vraiment au fur et à mesure que ça va venir, qu'au fur et à mesure des efforts, et aussi d'être très progressif, parce que ne pas vouloir trop en faire trop, trop vite, parce que sinon on se dégoutte. Et le corps ne va pas aimer non plus. Donc vraiment y aller progressivement. Ne pas lâcher. Et ouais, poursuivre, pas oublier aussi qu'il y a forcément des moments où c'est dur et c'est normal et c'est ok. Et voilà, continuer malgré tout et au bout d'un moment, de toute façon, ce sera forcément payant. Tant qu'on n'abandonne pas, on n'a pas échoué tant qu'on n'a pas abandonné. Donc ce sera forcément payant.
- Speaker #0
C'est une belle façon de les encourager. Si tu te fais un arrêt sur image comme ça... et que tu repenses justement à quand tu étais dans un vestiaire dispensé de sport tu dirais quoi à cette petite gamine qui a
- Speaker #1
13 ans tu dirais quoi à la petite charlotte je pense que si je lui racontais comment est ma vie maintenant je ne sais pas si elle rigolerait ou Je ne sais pas, mais je lui dirais de bien s'accrocher, qu'un jour elle comprendra que de toute façon, le regard des autres, on n'en a rien à faire. Parce que les autres se regardent eux-mêmes, c'est ce que je disais au tout début, on a l'impression que les regards... Les autres sont rivés sur nous, alors qu'en fait, pas du tout. Et du coup, je lui dirais de vraiment faire ce qu'elle a envie de faire, sans se préoccuper de ce que les autres peuvent penser. Parce que de toute façon, sa seule limite, c'est elle-même. Et quand elle aura compris qu'elle est capable de faire tout ce qu'elle a envie de faire, elle aura tout compris. Et c'est libérateur.
- Speaker #0
C'est un beau message, cette petite. On termine avec la dernière question, parole de femme. celle qui est traditionnelle, la signature. Pour toi, c'est quoi être une femme aujourd'hui ?
- Speaker #1
C'est tellement de choses. Pour moi, être une femme, c'est tout dans le sens où... J'aurais du mal à le décrire parce que je n'ai pas envie de mettre les femmes dans des cases et qu'on peut être tellement de choses à la fois que pour moi, c'est juste... C'est juste vivre... C'est une question très difficile.
- Speaker #0
Oui, parce que je comprends ce que tu veux dire. Tu ne veux pas stigmatiser.
- Speaker #1
Parce que je n'ai pas envie de dire aux femmes être une femme, c'est ça. Parce que pour moi, être une femme, c'est juste... Pour moi, c'est juste être moi-même. C'est ça, c'est être libre. Pour moi, être une femme me concernant, c'est être moi-même. Et j'ai envie que toutes les femmes soient elles-mêmes parce que c'est tellement beau la richesse d'avoir des... des personnalités différentes, des corps différents, une multitude de femmes différentes, que j'ai juste envie de dire aux femmes d'être elles-mêmes et que juste être soi-même, c'est déjà être une femme.
- Speaker #0
Voilà. C'est une très belle réponse. Charlène, merci.
- Speaker #1
Merci beaucoup à toi.
- Speaker #0
Sur cet échange, je pense que ça aura apporté plein de lumières, plein de couleurs à celles et à ceux qui nous écoutent. Et puis, c'est quoi la prochaine étape ? la prochaine course ?
- Speaker #1
Là, je vise déjà... Ma course actuelle, c'est de guérir ma hanche. Ça,
- Speaker #0
c'est un challenge.
- Speaker #1
Après, j'ai des petits objectifs dans ma tête, mais j'essaie de ne pas trop y penser pour ne pas être déçue si jamais ça prend plus de temps que prévu. Mais j'aimerais bien être en fin d'année sur l'un des formats de la Saint-Élion, lequel je ne sais pas, parce que ça dépendra de comment ma hanche a guéri.
- Speaker #0
Il n'y a plus que novembre.
- Speaker #1
c'est ça c'est fin dernier week-end de novembre ou 1er décembre, ça dépend des années donc je me dis être déjà sur l'un des formats, n'importe lequel que ça devienne une victoire on te souhaite ça et puis voilà, comme moi je serai là pour t'encourager merci beaucoup Charlène