- Speaker #0
Je suis Stéphanie Barranco. Ici, je donne la parole aux femmes. Des femmes connues ou anonymes. Des femmes fortes, fragiles, audacieuses, parfois cabossées. Des femmes qui ont aimé, douté, futé, recommencé et qui ont accepté de venir raconter leurs histoires sans tabou, sans jugement, sans filtre. Parce que derrière chaque parcours, il y a une femme. Ses choix, ses peurs, ses combats, ses désirs. Ces victoires et cette question qui traverse chaque épisode, au fond, c'est quoi être une femme aujourd'hui ? Je crois profondément que lorsque les femmes racontent leurs histoires, leurs mots peuvent résonner. Alors ici, on écoute, on partage, on transmet. Bienvenue dans la saison 4 de Parole de Femme. On est toujours dans le cadre d'Octobre Rose. Cette série spéciale de paroles de femmes, et je suis accueillie au sein de la maison à chacun son épreuve. Et donc, aujourd'hui, je vous présente Evelyne. Evelyne, qui est un poil stressée par l'exercice. Merci beaucoup, en tout cas, de te traiter à cet exercice. Je sais que ce n'est pas facile parce qu'il y a beaucoup d'émotions qui se jouent. C'est un podcast... dans lequel tu es libre de parler tranquillement de ce dont tu as envie. Il est surtout destiné à donner de l'espoir aussi aux autres femmes qui peut-être ont monté l'Everest mais n'arrivent pas à le redescendre, peut-être auront la nécessité de le gravir à leur tour. Pour toutes ces femmes-là, je te remercie d'être présente. Qui était Evelyne avant le concert ?
- Speaker #1
Alors Evelyne, avant le cancer, c'était une femme qui travaillait beaucoup et qui préparait en fait un concours pour être inspectrice de l'éducation nationale et qui pendant trois ans l'a préparée avec envie, avec amour et aussi quelqu'un qui portait beaucoup la famille, qui portait beaucoup... les gens autour de moi et qui laissaient peu de place à soi.
- Speaker #0
C'est un constat, Evelyne, que tu fais aujourd'hui parce que cette maladie t'a ouvert les yeux ou est-ce que quand même, déjà avant, tu te rendais bien compte que ça allait un peu trop vite et que tu t'occupais de tout le monde mais tu ne voyais pas la solution ?
- Speaker #1
Alors avant, je savais qu'au niveau du travail, il fallait que je fasse attention. et qu'il fallait que je trouve un équilibre entre le travail et ma vie personnelle. Mais ça allait vite, oui, en effet. Et durant la maladie, et grâce à tous les accompagnements qu'on a pu avoir avec les associations diverses qui nous accompagnent, les différents ateliers, j'ai pris peu à peu conscience de l'importance de prendre soin de soi avant tout.
- Speaker #0
Donc c'est vraiment la leçon qu'on retire. Qu'on retirera à terme de tout ce chemin, c'est qu'en fait, soit c'est important, on va revenir si tu veux bien, parce qu'avant d'arriver à avoir gravi l'Everest et à le redescendre, il y a le début, il y a l'annonce. Comment ça s'est passé dans ton cas à toi ?
- Speaker #1
C'était le jour de mon anniversaire, en mars. J'avais un rendez-vous gynécologique annuel. D'ailleurs, je ne voulais pas le faire tout de suite. Et puis, une amie m'a dit, mais si, si, n'oublie pas de prendre ton rendez-vous. Parce que c'était un moment, janvier, février, mars, assez intense au niveau du travail. Je préparais mon concours et une semaine après, je devais aller à Paris pour mon oral. Parce que j'avais été reçue à l'écrit. Donc, le jour de mon anniversaire, je suis allée faire mon rendez-vous annuel. Mais voilà, comme d'habitude. Alors, après coup, je me suis rendue compte qu'il y en avait, mais je n'en ai pas fait attention. En fait, je me revois deux mois avant. me prendre le sein, avoir des petites douleurs. Je me suis dit que c'était des douleurs de cycle. Mais j'étais très fatiguée aussi. Pareil, je mettais ça sur le compte. Je prépare le concours, le travail, etc.
- Speaker #0
Je m'interroge parce que tu vois, c'est vraiment comme quoi vous êtes toutes très différentes. Et ce que tu dis m'interpelle au plus haut point. Moi qui ai une fille, c'est grave, je trouve. Qu'on arrive finalement à mettre tout sur le dos d'un cycle, par exemple, parce qu'on nous a appris que c'était effectivement un peu normal d'avoir mal au sein pendant ses règles. Et ce que tu viens de dire, en fait, ça me fait un peu un électrochoc. Effectivement, tu as raison. Combien de fois on s'est toutes daté les seins et bon, on s'est dit c'est pas grave. Tu vois, je dois attendre mes règles, voilà quoi.
- Speaker #1
Alors, je n'attendais même pas mes règles parce que je n'étais pas réglée depuis plusieurs années parce que j'avais une pilule qui ne s'arrête pas. Mais la ménopause, je sais que ça allait arriver, tout ça. Donc, je me suis dit, c'est peut-être musculaire. Grosse fatigue, mais très, très grosse fatigue au point où j'avais la tête qui tournait. Mais pareil, je me suis dit, ça, c'est lié au travail, forcément. Et la période, on est en plein hiver. Donc, il y avait des signes avant-cours, mais dont je n'ai pas écouté. que je n'ai pas écouté. Heureusement, j'ai écouté mon ami qui m'a dit « Prends ce rendez-vous. » Au milieu de tout ça, « Prends ce rendez-vous. » Et donc, je l'ai pris et le hasard a fait que c'était le jour de mon anniversaire. Et là, le médecin me fait du coup la palpation des seins. Et là, il me dit « Ah, je trouve une boule. » Et je dis « Ah bon, une boule ? » « D'accord. » Et il me dit « Vous irez faire une mammographie. » Il savait que je passais mon concours une semaine après. Il m'a dit « Surtout, vous le faites après. » votre concours d'abord vous faites votre concours et ensuite vous prendrez votre rendez vous. Moi je me disais c'est bizarre pourquoi il me dit ça, sans doute pour pas me stresser pour le concours mais bon j'étais inquiète mais sans lettre j'étais vraiment focus sur le concours donc je faisais déjà fonction d'inspectrice donc j'avais déjà un travail assez intense j'avais des semaines très chargées mais le soir je révisais je révisais enfin j'étais à fond dedans et j'appelle pour prendre un rendez vous et Et on me donne un rendez-vous le mardi, donc la veille. de mon concours. Et mon ami, toujours la même, me dit « Ah non, non, souviens-toi ce que t'as dit le médecin, ne change de rendez-vous. Appelle à tel institut, tu vas voir, ils vont te trouver un rendez-vous. » Et donc j'appelle, et il me donne un rendez-vous le lendemain de mon rendez-vous, de mon oral. Donc je passe mon oral, voilà, donc tout s'était très bien passé, j'étais hyper contente de moi, hyper fière, etc. Et le lendemain, je ferme à maman, mais le médecin avait l'air pas plus inquiet que ça, donc j'y vais assez tranquillement. Donc ce jour-là, je fais ma maman, et là on me dit, vous allez passer la salle d'à côté pour faire l'échographie. Et là je me dis, ah tiens, c'est bizarre. Et donc là je fais l'échographie, je vois la tête de la personne qui me fait l'échographie, et elle me dit, en fait vous allez revenir, on va faire une biopsie. Je lui dis, ah bon, mais pourquoi une biopsie ? Vous ne pouvez pas avoir ces bénins ? Alors, elle dit ça. Elle dit sans rien dire. Donc, en fait, on reste un peu dans l'inconnu. Elle dit qu'il faut quand même faire une biopsie pour aller vérifier ce qu'il en est. Ce qu'il en est. Donc, j'ai un rendez-vous, je crois, dix jours après. C'est très long. Oui, parce qu'il faut avoir une date de disponibilité. Donc, pendant ces dix jours, on y réfléchit, mais pas trop. Moi, en parallèle, au niveau de mon travail, j'ai une situation qui me prend beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps. Beaucoup de pression, donc en vrai, je n'ai pas du tout le temps de penser à la biopsie. Je suis à fond dans mon travail, même le week-end, parce que c'est une situation importante et très grave qui nécessitait que je sois sur 100%, vraiment. Voilà. Et donc, dix jours après, je pars faire cette biopsie et cette fois-ci, mon mari m'accompagne. J'avais peur que ça me fasse mal et j'avais mis mes écouteurs. Et en écoutant la musique, j'avais prévenu la personne qui faisait la biopsie que j'avais un peu peur, des douleurs, etc. Et en fait, je n'ai pas du tout eu mal. Zéro douleur. Anesthésie, oui. Tout le monde me dit que ça peut être douloureux. J'avais eu des témoignages de femmes qui disaient que c'était douloureux, donc du coup j'étais assez angoissée. Mais alors vraiment, après je disais à toutes les copines, mais allez-y franchement, parce que ça fait vraiment, vraiment pas mal alors que je suis hyper sensible à la douleur. Et puis j'avais mon casque, enfin j'avais ma musique, donc ça me permettait aussi de ne pas y penser. Et voilà, donc trois ponctions, et puis on revient... En fait, les résultats ensuite sont donnés par le gynéco qui m'avait palpé au départ, je crois 15 jours ou 3 semaines après, je ne sais plus exactement. Et le jour de l'annonce est très compliqué. J'étais avec mon mari, toujours. Et là, le médecin me dit, je vois bien, c'était un illi sur son ordinateur, il y avait un grand silence. Et là, il me dit, en faisant sa tête, en tournant sa tête, comme ça, il y avait des mimiques sur son visage, il dit « bon, il y a quelques cellules cancéreuses » . Et moi, j'ai entendu le « quelques » . Quelques cellules, c'est qu'il n'y en a pas beaucoup. C'est un petit cancer. « Quelques » , ça veut dire qu'il n'y en a pas beaucoup. Et là, il dit « si » . Et il a un air très grave à ce moment-là, très très grave. Et il dit « si, si, il y a des cellules cancéreuses » . Et là, il me dit, ne vous inquiétez pas, je vais vous diriger vers ma collègue, qui est du coup gynécologue, mais chirurgienne et spécialisée dans le cancer, donc le bureau d'à côté. Je vais tout de suite voir avec la secrétaire pour avoir un rendez-vous, et j'ai eu un rendez-vous le lendemain. Et là, tout s'effondre, en fait. J'étais au secrétariat pour attendre le rendez-vous du lendemain. Là, c'était long parce qu'elle n'arrivait pas à trouver de rendez-vous. Enfin bon, bref. Et je me retenais, de pleurer, de repluyer. C'était une attente immense. Et quand enfin on est sortis prendre l'air, là, j'ai éclaté en sanglots. J'ai éclaté en sanglots. J'ai pensé à ma mère qui est décédée d'un cancer des ovaires. J'ai pensé à mon fils qui a eu une leucémie quand il était petit, mais il va bien. Forcément, mon mari qui n'est pas bien. L'annonce arrive comme ça. Très,
- Speaker #0
très bien. plus tu as les antécédents. C'est-à-dire que toi, tu l'avais eu deux fois. Donc, tu sais ce qui t'attends.
- Speaker #1
Exactement. Je sais ce qui m'attend. Et la première chose à laquelle je pense, c'est les douleurs. Parce que mon fils, il avait 9 ans quand il a eu sa leucémie. Il a beaucoup souffert. Même s'il ne s'en souvient pas, moi, je l'ai accompagné. Donc, j'ai vu sa souffrance physique. Et j'ai accompagné aussi ma maman sur cette année. Cette dernière année de chimio, etc., je l'ai vu souffrir aussi, donc j'avais des images en tête. Voilà, et la souffrance qui me faisait peur est bien sûr la mort.
- Speaker #0
Tu y penses tout de suite ?
- Speaker #1
J'y pense assez rapidement, oui, à la mort.
- Speaker #0
Ça va être quoi, les premiers... Une fois que tu entends ça, c'est quoi pour toi ? La première urgence, le truc... T'as pensé à cette douleur, à cette mort, et c'est quoi finalement l'impulsion de vie qui va te traverser ? Ou de mort d'ailleurs, je vais pas m'en sortir, enfin... C'est quoi ? Faut que je mette en place pour mon travail, pour ma famille ? Toi tu penses à quoi à ce moment-là ? Une fois que tu as passé le choc ?
- Speaker #1
Je pense qu'on peut mourir du cancer, puisque ma mère est morte du cancer très rapidement. Mais je pense aussi... Et je pense aussi... qu'on peut s'en sortir, puisque mon fils s'en est sorti. Et donc, je m'accroche à ça. Et mon mari aussi s'accroche à ça en disant Thomas l'a fait, donc tu pourras le faire aussi. Et à ce que les médecins nous disent aussi, parce qu'après, le lendemain, j'ai eu ce rendez-vous d'annonce où elle nous fait des schémas, etc. Et là où c'était difficile aussi, c'est que le cancer était triple négatif. Et là, c'est double peine, puisqu'en fait, j'ai eu beaucoup de mal à retenir le mot triple négatif. Elle a dû le dire au moins dix fois pendant. Je demandais à mon mari, qu'est-ce qu'elle a dit ? C'est quoi mon cancer triple négatif ? Et même à la maison, j'ai dû l'écrire. J'ai dû faire trois traits sur une feuille pour que ça s'ancre dans ma tête. Et là, on entend triple négatif, agressif. Chimio dit du coup plus forte, agressif aussi. Forcément on va voir sur internet, première chose. Et là on se dit, oulala, et on dit c'est 15% des cancers. Et là on se dit, ouf, là c'est grave. C'était déjà grave, mais on sent que c'est encore plus grave que grave, en gros. Ouais, ça plombe, à ce moment-là, parce qu'il y a encore aujourd'hui. Le fait de savoir que c'est un triple négatif...
- Speaker #2
Parce que c'est un décompte,
- Speaker #1
c'est ça ? Parce que... Aujourd'hui, j'ai encore des effets secondaires qui perdurent. J'ai eu un an de chimiothérapie, opération, plus radiothérapie. Donc un an de chimiothérapie, opération et radiothérapie. C'était très long et il me reste aujourd'hui des séquelles de neuropathie, des effets secondaires encore présents. Et puis ces deux, trois ans avec l'épée de Damoclès, de se dire si ça revient quoi.
- Speaker #0
Ça, c'est un vrai sujet dans l'après. Lorsque tu as vaincu, tu l'as vaincu. Ça, t'en as tout le champ.
- Speaker #1
Oui, rémission complète, c'était écrit sur le papier, je l'ai pris en photo.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Faut sourire, de certaines choses. Mais effectivement, c'est l'après qui finalement, on se rend bien compte que c'est ça qui est difficile. Tu l'annonces à ton fils en campagne.
- Speaker #1
Oui. Alors c'est mon... En fait, mon mari, quand on est sortis du cabinet, parce que les enfants savaient en fait que j'avais fait la biopsie... Comment avez-vous fait ? Deux enfants. J'ai deux enfants. Vous avez en ce moment-là deux enfants ? J'ai deux enfants. Et il voulait savoir du coup ce qu'il en était à ce moment-là. Et mon mari les a appelés, tous les deux, en même temps, et donc il a annoncé. Mon fils était hyper confus, il me dit mais... « Maman, moi j'ai eu un cancer, ça va aller quoi. T'inquiète pas, pour lui presque c'est rien. » Et puis il y a quelque chose qui m'a marquée au tout début de l'annonce. Mon fils me dit « De toute façon, maman, tu vas voir, tu seras contente après d'avoir eu ton cancer, parce que ça va te transformer. » Et il avait 9 ans. Et il me dit « Moi, je suis contente d'avoir eu ce cancer, sinon je ne serais pas l'homme que je suis devenu aujourd'hui. » Et je suis fière de l'avoir eu. Il me dit ça au tout début, alors là, mais qu'est-ce qu'il me raconte ? Je dis non, pas du tout, pas du tout. Je n'avais pas du tout conscience de ce qu'il voulait dire, mais lui, il a eu 9 ans, donc il a grandi avec ça, et voilà, il est ce qu'il est aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce que le fait justement que tu aies eu ce cancer, tu as eu la sensation que ça t'avait mis comme une charge mentale supplémentaire ? Une charge émotionnelle de dire, moi je ne peux pas faillir parce que lui, il l'a vécu avant.
- Speaker #1
Pas du tout. Non, non, c'était plutôt de l'espoir.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Non, non, de l'espoir parce que j'avais l'exemple de le cancer, on peut en mourir, c'était ma maman, mais il y a le cancer, on peut aussi en guérir. Et donc moi je m'accrochais en fait à ça, tout le temps, tout le temps à ça.
- Speaker #0
Quand on est une femme, on a quand même un rôle. On ne va pas se cacher d'éducation, des enfants, on prend beaucoup de choses, dans la plupart des cas, en tout cas, à un moment donné, puis il y a le repas, accompagner les enfants à l'école, parfois, le quotidien finalement, les devoirs, la nourriture, mais à un moment donné, les chimios très agressifs... Ça t'empêche d'avoir ce rôle de maman ? Comment tu le vis ça à ce moment-là ? Vraiment en tant que maman, pas en tant que femme. Est-ce que tu as l'impression à un moment donné de ne plus être là pour tes enfants ?
- Speaker #1
Alors mes enfants sont grands. Ils ont aujourd'hui 22 ans et 19 ans. Donc l'année dernière ils avaient 18 et 21. Donc ils étaient assez autonomes. Mon fils était très très très et très très très autonome. Ma fille, il était moins. Elle avait, elle a grandi, c'était la sœur d'un enfant malade. Elle avait 5 ans. Et donc elle a grandi un peu de façon, pas trop trouver, savoir trouver sa place dans ce truc-là. Donc une adolescence très très compliquée. Et pendant toute cette période d'adolescence, j'étais très très présente auprès d'elle. Je voulais absolument l'accompagner, l'accompagner et la porter, beaucoup la porter. J'étais toujours avec elle à essayer de trouver des solutions. Elle a fait plusieurs suivis en psychiatrie, etc. Et par contre, pendant ces gros chimios, il y a eu un moment au mois de janvier où je ne pouvais plus. Je ne pouvais plus m'occuper, j'avais des douleurs affreuses. J'avais fini le cycle des chimios, j'avais eu mon opération. On m'annonce à l'opération que la rémission... qui restait encore du résidu dans ce qu'ils avaient opéré, donc il fallait encore faire de la chimio. Et là, en janvier, je m'écroule psychologiquement et physiquement. Et je voyais que ma fille aussi, mon mari aussi. C'était une période où tout le monde s'écroule, sauf mon fils. Et là, je ne pouvais plus du tout m'occuper de ma fille. Je lui dis « Élise, je suis fatiguée. Je ne peux pas m'occuper de toi. Je suis fatiguée. » Et elle me dit « Moi aussi, je suis fatiguée. » Et finalement, j'ai été de fait obligée de la laisser. se débrouiller en fait. Et ça a été plutôt bien au final. Et en fait, elle a su trouver les ressources toute seule, appeler son psychologue, appeler le psychiatre. Trouver les ressources toute seule, ça veut dire que finalement, tout ce que j'avais pu, moi et mon mari, lui donner comme ressource pour pouvoir s'en sortir quand elle avait des moments qui n'étaient pas bien, elle a réussi à s'en saisir toute seule. Et le cordon s'est coupé à ce moment-là. Et aujourd'hui, elle est hyper épanouie.
- Speaker #0
Mais ça, tu te le dis a posteriori, oui. Pour autant, quand tu es sur le moment, Est-ce qu'il y a un moment où, enfin j'essaie de comprendre, de rentrer dans ta tête de maman, après on parlera de la femme, mais est-ce qu'à un moment donné, en tant que maman, tu te dis, ben en fait je ne suis plus là pour elle quoi, et de ton vouloir, tu vois, est-ce qu'il y a cette culpabilité qui finalement arrive quand on porte un cancer du sein, enfin un cancer, de se dire, ben finalement je ne suis plus là pour elle quoi ?
- Speaker #1
Oui et non, mais alors je suis suivie par une psychologue depuis, même avant le cancer, qui a continué à me suivre pendant toute cette période-là, et ça a été plus que nécessaire. Parfois, je la voyais toutes les semaines, et tout de suite, elle m'a dit « mais en fait, la priorité, c'est vous » . Et ça, elle me l'a répété plusieurs fois. En fait, il n'y a que vous. Et j'ai réussi à l'entendre. Et du coup, elle me déculpabilisait. Donc, je n'ai pas eu cette culpabilité parce que j'ai été bien accompagnée. Et puis finalement, il n'y avait pas que moi, il y avait aussi son papa qui était là. pour s'en occuper. Mais en fait, il s'est effondré aussi à ce moment-là. Et puis, elle s'en est sortie toute seule. Et le psychiatre, du coup, après le relais, elle me le disait. Et en fait, je pense, pour me rassurer, elle me dit « Non, mais de toute façon, maman, je n'en ai pas avec mon psychiatre. Je vais faire comme ci, je vais faire comme ça. » Et puis lui, il a pris quelque part le relais pendant cette période-là. Ça a été son pilier. Et moi, ça m'a soulagée de savoir qu'elle n'était pas seule. Mais la culpabilité, non. Mais parce que j'ai été suivie. En effet, si je n'avais pas été suivie, peut-être que ça aurait été autre.
- Speaker #2
C'est un conseil que tu donnerais ?
- Speaker #1
Complètement, complètement. Je l'étais déjà avant. Je me dis même que chaque femme, même sans problème, a priori visible, devrait aller voir. Il y a toujours quelque chose à creuser, il y a toujours quelque chose à dire. Mais là, d'autant plus quand on a la maladie. Et moi, j'ai été suivie dès le départ. Et dès le départ, je me suis saisie de toutes les ressources qui m'étaient données disponibles autour. C'est-à-dire qu'en fait, il fallait que je cherche une association, il fallait que je cherche quelque chose à quoi m'accrocher, parce que j'avais besoin de rester dans l'activité et de me sentir maître de ma vie, en fait.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, actif dans la recherche de solutions, finalement. Pas finalement être rattrapé par cette mort. Quoi, est-ce que tu as eu peur ? Parce qu'on pourrait... C'est comme dans l'intimité aussi, c'est une mise à l'épreuve de la féminité finalement. Tu as eu peur à un moment donné de te retrouver seule ? Est-ce que ça a fait partie des angoisses que tu as pu rencontrer ? Parce que voilà, quand on a l'annonce, tu te dis peut-être que mon mari va me quitter finalement. Je vais me retrouver toute seule. Parce que j'ai pu être assez comme ci ou comme ça.
- Speaker #1
Alors, pas du tout au début. C'est-à-dire qu'en fait, mon mari, dès le début, il a été mon pilier. Vraiment. Alors, j'utilisais le mot « mon rock » . J'ai appris après que c'était trop lourd pour lui apporter ce mot-là. Mais pendant ces six premiers mois, il a été extraordinaire. Je disais à tout le monde, j'ai la chance d'avoir un mari incroyable. Il est hyper soutenant. Toutes les chimios, il était là. Il faisait attention à ce que j'aie une bonne alimentation, parce qu'on savait que l'alimentation était importante, que tous les jours je puisse aller marcher, même si c'était juste 20 mètres, 10 mètres, 500 mètres. Il était toujours comme un coach à côté de moi, à me tenir la main les soirs où j'avais mal au ventre, où je souffrais des jambes à cause des injections de facteurs de croissance où les douleurs sont horribles. Et juste d'être là à côté de moi et me tenir la main, ça me suffisait pour m'apaiser. Et il a été très présent pendant ces six mois, jusqu'à ce qu'après l'opération, on m'annonce que finalement, je n'avais pas eu une réponse complète, mais j'avais eu ce qu'on appelle une réponse partielle aux six premiers mois de chimio. Donc tout avait été enlevé, mais dans ce qui avait été enlevé, il restait encore 20% de cellules cancéreuses. Et dans ces cas-là, pour prévenir d'une récidive, En plus de la radiothérapie, on vient rajouter une chimio orale pendant six mois. Et là, mon mari s'est effondré, c'est-à-dire qu'il n'a plus du tout été soutenant. Plus du tout, il s'est mis dans sa coquille et il n'était plus auprès de moi. Et je l'ai su après, donc là, j'ai arrêté mes traitements au mois de mai. Et je voyais bien qu'il se renfermait de plus en plus, qu'il ne me parlait plus, qu'il s'isolait. Les radiothérapies, du coup, j'y allais toute seule. Changement vraiment total. Et voilà, quand je le questionnais, il ne voulait pas donner des raisons, parce que j'ai su après que ça a été trop lourd pour lui. de rajouter de la souffrance à ma souffrance, et il préférait en fait ne rien me dire. Et arrivé au mois de mai, en fait, les traitements se sont terminés, et là depuis cet été, les choses se sont vraiment compliquées, je me suis dit ça y est, il n'y a plus d'amour. D'ailleurs, je lui ai posé plusieurs fois la question, et il me dit je ne sais pas si je t'aime encore. Et là, ça a été pour moi hyper violent. Là où j'attendais de la légèreté après les traitements, où j'attendais une période calme, sereine, je me retrouve avec un autre combat. Un mari qui ne va pas bien, qui ne sait plus s'il m'aime. Du coup, moi, je me culpabilise, puisque physiquement, j'ai beaucoup, beaucoup changé. J'ai pris du poids, mes cheveux ne repoussent pas de la même texture. J'avais perdu totalement mes cheveux, oui. Donc ils ont repoussé... Mais tu vois lorsque... Non, mais en fait tous les gens qui ne me connaissent pas se disent mais ça te va trop bien. Et en fait l'autre soir je montrais aux autres filles qui sont ici les photos de moi avant et en effet on ne me reconnaît pas. Et du coup moi je ne me reconnais pas. Alors les gens qui ne me connaissent pas me disent ah mais oui c'est très bien, cheveux blanc bouclé... C'est super,
- Speaker #2
c'est trop bizarre. Toi, j'étais même pas sûre que t'étais perdue.
- Speaker #1
Et si, j'ai perdu la totalité de mes cheveux.
- Speaker #0
Ça, vraiment, toutes les femmes qui m'en parlent me disent que c'est vraiment un cap à passer, ces cheveux.
- Speaker #1
Sur le coup, non. Toi, tu l'as pas ressenti ? Non, j'étais assez philosophieuse. Je me dis, les cheveux, c'est des cheveux, ça repousse. C'était plutôt mon échémiot qui me dit... la douleur qui me terrorisait. Je disais, les cheveux... Ma coiffeuse est adorable. Elle s'est proposée, en fait, de venir me tondre les cheveux à domicile. Et au moment où elle me tond les cheveux, elle se met à pleurer. Enfin, elle pleurait, quoi. C'était pour elle hyper violent. Et puis moi, je ne comprenais pas. Je disais, mais pourquoi elle pleure ? Non, alors en effet, après, ça fait un peu bizarre. Je repensais aux femmes rasées pendant la guerre. Ça me renvoyait à cette image-là. Ce n'était pas fun, quoi. Mais bon, après, très vite, avec des foulards, et puis du coup, avec les associations, j'ai eu des ateliers pour apprendre à nouer les foulards. Puis finalement, je ne me trouvais pas trop mal avec un foulard. Du coup, je me maquillais, je mettais des boucles. Et finalement, je ne me trouvais pas trop mal. Et ça a été compliqué après, quand les cheveux ont repoussé. Non, j'avais même gagné une féminité, parce que du coup, je trouvais qu'avec le foulard, ça rajoutait quelque chose de plus. Du coup, je me maquillais, je m'appliquais du rouge à lèvres, je me mettais des cils, je me mettais toujours mes petites boucles et tout. Je me trouvais même jolie. Mais c'est très paradoxal. Et puis, moi, je n'ai pas du tout perdu de poids. Je n'ai pas eu de problème important au niveau gastrique. J'arrivais à manger correctement. Mes problèmes étaient plutôt de l'ordre locomoteur. Et cognitif aussi un peu, mais locomoteur surtout.
- Speaker #2
Juste avant de continuer, il y a une chose à la tête, je pense. Tu m'as dit que tu avais passé, en tout début, tu dis que tu as passé tes oraux.
- Speaker #1
Oui. Et du coup, tu l'as eu ? Oui, je l'ai eu. Et en fait, je l'ai eu. J'ai été reçue. J'avais une super note et j'étais hyper fière de moi, sauf que je n'ai pas eu le temps de l'apprécier puisqu'on m'a annoncé dix jours après que j'avais un cancer.
- Speaker #2
Dans la suite ? Oui. Tu as quand même eu le plus de...
- Speaker #1
Alors, je... J'attends ma titularisation parce que j'aurais dû rentrer la rentrée de septembre en tant que stagiaire et titulariser au bout du bout. Mais c'est décalé, c'est décalé d'autant que lorsque je reprendrai. Mais je ne l'ai pas perdu, je garde le bénéfice. Vous gardez le bénéfice ?
- Speaker #2
Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #2
C'est une façon de te rapprocher comme si à l'espoir de la pratique.
- Speaker #1
Ça l'a été au début. Au début. J'avais qu'une envie, c'était de reprendre le travail. Parce qu'en fait, j'étais à fond dedans. C'est un métier passionnant, très varié. C'est un métier pour moi d'accompagnement, d'écoute. C'est un métier humain, très humain. Et c'est pour ça que j'ai voulu le faire. Et je trouvais que je me débrouillais pas trop mal dans ce que je faisais. En tout cas, c'est ce que les gens...
- Speaker #0
me faisait remonter. Moi, j'avais qu'une envie, c'était de reprendre le plus vite possible. Donc, je me suis dit, bon, radiothérapie, puis après, deux, trois mois après, je vais pouvoir reprendre. Et tout s'effondre au moment où on me dit, ah ben non, six mois de chine de plus.
- Speaker #1
C'est un peu comme la deuxième...
- Speaker #0
C'est ça. Le coup près, oui. Le coup près,
- Speaker #1
qui est plus violent que le coup près.
- Speaker #0
Oui, oui. Et puis, en janvier, je suis allée au travail. J'avais besoin d'aller au... Donc, au moment où je n'allais pas bien, là. entre l'opération et la radiothérapie. Je suis allée au travail, revoir les collègues, et en fait, ça m'a fait un bien fou de me dire que finalement, tout est toujours à sa place. On a l'impression que quand on n'est pas là, on va nous oublier, que les choses vont avancer tellement vite que je ne serai plus capable de le faire. Finalement, non. Hyper à l'aise. Je suis redescendue, je dis bon, je vais écouter ma psy, je vais prendre le temps. Aujourd'hui, je prends ce temps, je suis en convalescence. J'ai six mois là, sans chimio, donc je profite de ce temps pour me reconstruire.
- Speaker #2
Tu emploies le mot qui me donne une transition toute trouvée, c'est justement cette reconstruction. Et au travers de cette reconstruction, on va parler d'Achacarçon-Everest, accepter de ne pas être forte tout le temps aussi. D'accepter la nouvelle femme que tu es devenue, tu le dirais comment toi ?
- Speaker #0
Accepter la nouvelle femme, ça c'est certain, puisque aujourd'hui j'ai des gros soucis d'image de moi en fait. Quand je regarde les photos, je ne me reconnais pas, non. Je ne me reconnais pas physiquement, je suis quand même diminuée, donc je ne suis pas du tout physiquement comme avant. Cognitivement je récupère grâce à Oncogit aussi, ça m'a beaucoup aidé. Donc il faut vraiment que je fasse du travail encore là-dessus. En fait je me posais la question hier au médecin, est-ce qu'on va redevenir comme avant ? Et en fait aujourd'hui, après cette nuit de conseil, je me dis, en fait c'est peut-être pas redevenir comme avant, mais c'est revenir différente. Et savoir un peu plus ce dont j'ai envie. Connaître mes forces, mes nouvelles forces. C'est un peu ça, oui. C'est ça, c'est 2.0. C'est ça. Et puis le fort...
- Speaker #2
Il est compliqué finalement ce mot fort. Il est un peu mis à toutes les sauces. Est-ce qu'on n'a pas le droit finalement de ne pas être fort de temps en temps ?
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Vous avez des conseils ? Si, mais il y a quand même cette inquiétude. J'ai toujours envie d'être forte, mais pour moi. Parce qu'avant, je pense que j'ai été forte pour les autres. Et là, ce qui change, c'est que j'ai envie d'être forte pour moi. En fait, on se ressent sur soi. Pendant cette maladie, face à la douleur, on est tout seul. Face à la mort, on est tout seul. Face à nos pensées, on est tout seul. Donc, on va développer de la force pour soi, du courage pour soi.
- Speaker #2
Est-ce que c'est un peu de l'instinct de survie finalement ?
- Speaker #0
Complètement, oui. On est sur un instinct de survie total. C'est vrai que souvent, on entend dire « Ah, mais j'en ai marre qu'on me dise que je suis courageuse parce que j'ai pas le choix. » Mais en fait, si, on a le choix de ne pas faire des traitements. Au final, on pourrait laisser le choix de... de cesser mourir. Voilà, certains le font. Moi j'ai dit non, je vais affronter ça, mais avec beaucoup de peur en fait. Beaucoup de peur. On en parlait encore ce matin, ce mot peur a été très très présent pendant les traitements et est encore très présent aujourd'hui.
- Speaker #2
C'est ça finalement le mot, c'est la peur, même la peur de croire en la vie ?
- Speaker #0
Moi c'est clairement la peur de la récidive que je voulais mettre en 1, clairement. La peur de mourir, moins. J'ai fait un gros travail pendant cette année sur cette peur de la mort qui m'effrayait au tout début. Puis aujourd'hui j'en ai moins peur. Ce qui me fait peur c'est de souffrir. Oui, parce que j'ai vu ma mère souffrir aussi, j'ai vu mon enfant souffrir et j'ai souffert. Et c'est ça qui est difficile, c'est la souffrance.
- Speaker #2
Oui, quand on parle de... De devenir une femme 2.0, devenir ta version 2.0, finalement c'est aussi retrouver, il faut te réapproprier finalement toi-même pour retrouver une féminité, peut-être même une vie amoureuse, retrouver ce que par exemple, c'est un thème qui aujourd'hui te paraît alors... Hyper loin ? Ou est-ce que c'est pas le propos ? Ou est-ce que plutôt tout doucement, bon même si ton cancer est super frais, toi tu as envie de te projeter de nouveau dans tes relations sociales, pouvoir creuser, pouvoir redevenir une femme féminine, sensuelle, avec tout ce qu'on peut mettre derrière ?
- Speaker #0
Alors ce qui est difficile c'est que c'est vrai que la relation avec mon mari depuis quelques mois est quand même assez complexe, rapport à la sensualité. Moi ça fait 30 ans que je suis avec le même homme et du coup des habitudes qui se sont construites etc. J'ai eu peur assez rapidement de la sexualité, de ne pas pouvoir en fait avoir de rapports sexuels tel qu'on le connaissait, tel qu'on le faisait avant. Et puis j'ai été très vite happée par les sécheresses vaginales, par les douleurs vaginales. Et je me suis dit, bon, il faut que je trouve une solution. Donc j'ai vu une sexologue à l'hôpital, j'ai vu une gynéco à l'hôpital pour faire des injections d'acide hyaluronique. J'y retourne encore la semaine prochaine. Donc ça permet d'assouplir les muqueuses et d'aider justement à ce que les sécheresses soient moins importantes. Voilà, donc je me suis très vite attachée à ça. Mais c'est vrai que je vivais la sensualité à travers le regard de mon mari, qui aujourd'hui n'est plus. Donc il va falloir que je... J'ai envie en tout cas de reconstruire un corps nouveau. par le biais du sport, par le biais de l'alimentation, je suis sous cortisane encore, donc j'ai pris du poids. Donc j'attends aussi que la cortisane puisse diminuer. Mais l'activité physique, je sais, va continuer à m'aider. Ça faisait quelques temps que je ne me maquillais plus et hier, de me remaquiller, je me suis dit « Ah mais c'est vrai ! » Et j'ai ramené en plus ma trousse de maquillage, mais je ne me maquillais pas. Ce matin, je me suis mis un petit peu de maquillage, mais...
- Speaker #1
C'est donc des choses,
- Speaker #0
hein ?
- Speaker #1
Ouais. Petit à petit, un petit, un peu de ça, et finalement, on a l'impression que tu te reconstruis, enfin, tu fais aussi partie de la reconstruction.
- Speaker #0
Oui, c'est bizarre, parce que je me sentais très belle, en fait, pendant mes chimios. Et aujourd'hui, non. En fait, l'après-cancer, je ne m'attendais pas à ça. La psy m'avait prévenue. La psy m'a dit « attention, l'après-cancer, d'accord, il n'y a plus de traitement. » La dernière chimio que je prends en pleurant, je m'effondre sur ce dernier cachet. Et la semaine qui a suivi, les 15 jours qui ont suivi, ça a été très très difficile parce que je n'avais plus de médicaments pour me maintenir en vie. Je me dis « mais est-ce que mon corps va réussir à… » À vivre sans médicaments, ça a été très très violent. Et puis le regard des autres aussi. Ah bah c'est bon, t'as plus de médicaments, tu reviens au travail en septembre ? Ah bah non, pas tout à fait. Bah oui, c'est compliqué. En fait, pendant la maladie, c'est le physique. Et l'après-maladie, en ce qui me concerne, c'est le psychologique. Et là, plus mon mari qui s'éloigne, etc. Oh, c'est... Ouais c'est assez violent, l'après-cancer est violent. Je ne m'attendais pas que ce soit aussi violent.
- Speaker #2
Je remarque que dans ta façon de faire, à chaque fois, quand tu es face à un doute ou face à un problème, tu vas trouver une solution quelque part. On dirait que tu parles de sensualité, tu as un souci, tu vas voir un sexologue. C'est compliqué émotionnellement, tu gardes toujours ton soutien, tu vas aller trouver la solution. Finalement, c'est ça. Finalement, ce que tu pourrais dire, c'est de ne pas rester seule face à ces interrogations.
- Speaker #0
En tout cas, moi, c'est ce qui m'a aidée. Et puis, c'est un peu mon caractère. C'est-à-dire que je mets un genou à terre, je me relève. J'ai toujours été comme ça. Je suis toujours quelqu'un de combattante, un peu hyperactive aussi. Donc, je ne suis pas du genre à me laisser abattre totalement.
- Speaker #2
Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce combat t'a épuisée ? Pourquoi cet après-cancer, finalement, est encore plus difficile ? C'est quoi ce combat ?
- Speaker #0
En fait, cet après, ce qui m'aide, c'est les autres. Tu vois, j'ai arrêté mes traitements en mai, et juillet et août, ça a été terrible pour moi. Juillet et août, en fait, tout le monde part en vacances. Alors ils prennent des nouvelles, quelques-uns, donc on suit par message leurs vacances, etc. L'association locale se ferme, donc il n'y a plus d'activités. En fait, il y a un vide à ce moment-là, et les journées sont longues. Elles sont chaudes, mais elles sont longues, mais chaudes. Et moi, je n'avais qu'une hâte, c'était que cet été se termine pour que je puisse à nouveau revoir du monde. retourner à l'association, venir ici. En fait, moi, j'ai besoin de ces ressources et moi, ce que je conseille aux femmes, en effet, c'est d'autant que possible, il y a tellement de... On a de la chance en France d'avoir plein d'associations autour de nous et de s'en emparer le plus possible. C'est-à-dire que moi, à chaque difficulté, une solution. Problème cognitif, j'en parle, on me dit, tiens, il existe Oncogit. Ok, je vais appeler Oncogit. J'ai un problème au niveau sexuel, en effet, je vais aller chercher. Je ne veux pas que les choses s'installent. C'est ma force. C'est ma force, oui.
- Speaker #1
Quand tu t'inscris, quand tu déposes ton dossier à chacun son œuvre, c'était quoi ton objectif d'être ici ?
- Speaker #0
Déjà, c'était d'être prise. Pourquoi ? Parce qu'en fait, je ne rentre pas dans le cadre. Normalement, à Chéquin-sur-Névresse, c'est les hôpitaux parisiens, il me semble, et la région Rhône-Alpes. Et quand je voulais absolument faire cette semaine, mon fils l'a fait. Quand il a eu sa leucémie, en fait, il est venu ici. Et ça lui avait fait un bien incroyable. Mais vraiment, vraiment, je lui ai dit, il me faut ça. Et puis, je cherchais une association locale. Il n'y a rien qui ressemble à ce qui est proposé ici. Et donc, j'avais lu sur le site que je n'étais pas dans les critères d'acceptation, donc j'ai laissé tomber. Mais ça me trottait encore dans la tête, en fait. J'ai dit non, j'ai cherché ailleurs, mais je n'ai pas trouvé. Et j'ai fini par envoyer un mail un jour. J'ai dit, ben voilà, on verra bien. Mon fils y a été, j'ai déménagé, etc. Et trois jours après, je reçois la réponse et on me dit, oui, on prend les mamans des enfants qui ont été pris. Et là, tu ne peux pas t'imaginer la joie. que j'ai ressenti à ce moment-là. Une joie incroyable. Et du coup, j'avais un objectif. J'avais un objectif. Et je me dis, OK, là, il va falloir que je sois physiquement suffisamment bien pour pouvoir aller à chacun son arrêt. Parce que je savais quand même qu'il y avait des activités. Je ne m'attendais pas autant. Il y a écrit quand même sur le texte qu'il faut avoir une petite condition physique. Je lui ai dit, une condition physique pour quelqu'un qui a eu un cancer, ça doit être quand même, pas non plus, incroyablement. Mais du coup, ça m'a permis, pendant ces quelques mois d'attente, de me dire, je disais à ma kiné, il faut que tu me prépares, parce que j'ai à chacun son Everest, il faut que j'y aille. Et donc, ça m'a permis de tenir et du coup de... de faire de l'exercice physique pour réussir à faire cette semaine. Donc, c'était surtout le côté physique au départ.
- Speaker #1
En fait, tu ne t'attendais pas à avoir autant d'évolution psychique ?
- Speaker #0
Oui. En fait, je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il y ait aussi ce partage. Je ne sais pas pourquoi je l'avais mis de côté, peut-être.
- Speaker #2
Peut-être que ton fils ne l'avait pas expliqué.
- Speaker #0
Non, puis c'est vrai que sur les photos, parce que du coup, j'avais des photos de maman, je regardais les photos du swap, c'est des photos des activités, puis les enfants, c'est différent aussi. Et je ne m'attendais pas du tout à ce côté relationnel, et partage, et sororité.
- Speaker #2
Ça fait du bien, finalement, tout ça.
- Speaker #0
Pas au début. Les deux premiers jours ont été vraiment très, très, très difficiles pour moi d'entendre les témoignages des unes et des autres. Ça a été compliqué. La première montée physique a été très, très difficile aussi pour moi parce qu'en fait, mes jambes m'ont tenue sans aucun problème. La kiné a fait un très bon travail, mais en fait, je n'avais pas du tout de cardio. J'avais le cœur qui battait très très vite et du coup, je suis restée tout derrière, tout derrière. J'ai été hyper soutenue par le médecin et par la coach. Elles m'ont tenue et là, en fait, plus je montais et plus non seulement mon physique ne tenait pas, mais j'ai vu comme si mon année défilait dans ma tête. Mon année, en fait... plus je montais, plus mon année défilait dans ma tête et à un moment on s'est arrêté et du coup j'ai parlé, de cette année de ce qui était difficile etc et elles m'ont soutenue et puis là en fait on a ouvert un robinet à ce moment là et le lendemain je vois la psy et là gros robinet aussi encore une fois et là ça a été le déclic et après cette séance chez la psychologue d'ici, pourtant je vois une psychologue Merci. Mais là, c'est une psychologue que je ne connaissais pas. Donc en fait, il y a des choses qui ont été dites à ce moment-là qui n'ont pas forcément été dites auparavant avec ma psychologue. Et après, je me suis sentie plus libre.
- Speaker #1
Alors, ça sera quoi la vie ?
- Speaker #0
Alors, il va forcément falloir que je... À un moment donné... Je continue la thérapie avec mon mari, mais il va falloir quand même à un moment donné que je pense à moi. Je change. Est-ce qu'aujourd'hui, il m'apporte suffisamment ? Est-ce que ça répond à mes attentes ou pas aujourd'hui ? Tout ça, il va falloir que je le questionne, mais je vais essayer de plus penser à moi. Me concentrer sur moi avant tout. Mais ça, c'est quand même assez encore difficile.
- Speaker #1
Parce que la maladie étant passée, on n'a plus vraiment de raison de se reconcentrer 100% sur soi. La société renvoie parfois aussi un peu cette image d'égoïsme, d'égo-centrisme, et c'est ça qu'il faut aussi passer en disant « Non, j'ai le droit. Parce que c'est pas parce que j'ai survécu à ça que maintenant tout s'arrête. Mon corps, il a encore temps de prendre du temps pour moi. » C'est ce travail-là.
- Speaker #2
tout à fait on arrive bientôt à la fin de ce podcast j'ai encore deux questions à te poser qu'est-ce que tu dirais à Evelyne qui est assise dans cette salle et qui va apprendre dans une minute qu'elle est atteinte d'un cancer triple négatif
- Speaker #0
Tu vas y arriver. Tu vas t'en sortir.
- Speaker #2
Tu es fière de toi, Evelyne.
- Speaker #0
Ah oui, je l'écris tous les jours, tous les soirs. C'est un conseil que j'ai à donner, c'est tous les soirs se noter nos petites fiertés de la journée.
- Speaker #2
Et tu y as déjà un peu répondu, mais qu'est-ce que tu dirais à la femme qui, demain, rentrera dans cette salle ? et apprendra qu'elle a un cancer du sang.
- Speaker #0
Profite. Profite de la vie.
- Speaker #2
Merci beaucoup Evelyne d'être passée par Parole de Femme. Je pense que les mots que tu as posés vont aider d'autres femmes à traverser cette épreuve. Si elles doivent passer par là ou peut-être même pour accompagner des personnes malades. Alors merci à toi pour ces mots.
- Speaker #0
Merci à toi.