- Speaker #0
Je suis Stéphanie Barranco. Ici, je donne la parole aux femmes. Des femmes connues ou anonymes, des femmes fortes, fragiles, audacieuses, parfois cabossées. Des femmes qui ont aimé, douté, chuté, recommencé et qui ont accepté de venir raconter leurs histoires sans tabou, sans jugement, sans filtre. Parce que derrière chaque parcours, il y a une femme. Ses choix, ses peurs, ses combats, ses désirs. Ces victoires et cette question qui traverse chaque épisode, au fond, c'est quoi être une femme aujourd'hui ? Je crois profondément que lorsque les femmes racontent leurs histoires, leurs mots peuvent résonner. Alors ici on écoute, on partage, on transmet. Bienvenue dans la saison 4 de Parole de Femme. Aujourd'hui, je ne vais pas vous raconter l'histoire d'un cancer. Je vais vous raconter l'histoire d'une femme. Une femme qui avait une vie, un corps, des projets, une façon de se regarder, une façon d'être au monde. Et puis un jour, la maladie est entrée dans sa vie. Il a fallu traverser les traitements, les peurs, les transformations. Et il faut vivre après. Retrouver son corps, sa confiance, sa féminité. Mon invité a vécu un cancer du sein. et ensuite intégrer un séjour à chacun son Everest. Et aujourd'hui, j'ai envie de comprendre avec elle comment on retrouve la femme derrière la patiente. Zahina, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci. Ce n'est pas un exercice facile. Oui. Alors, on va y aller tout doucement.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Merci. C'est important que des femmes prennent la parole pour aider d'autres femmes, surtout pendant ce mois d'octobre rose. Et on commence... Parole de femme, il y a toujours une petite tradition. On commence par trois petites questions. Si vous étiez une émotion qui vous ressemble aujourd'hui, un moment de la journée et un parfum, lesquels seriez-vous ? On suit toi, on a dit qu'on suit toi. Lesquels serais-tu ?
- Speaker #1
Alors, l'émotion, je dirais la joie.
- Speaker #0
Pourquoi la joie ?
- Speaker #1
Parce que je suis une personne joyeuse. Je suis une personne joyeuse et pour moi, tout passe par la joie.
- Speaker #0
Est-ce que cette joie, à un moment, elle a été un peu mise à mal par la maladie ?
- Speaker #1
Complètement. Elle a disparu même.
- Speaker #0
Elle a disparu ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu l'as retrouvée aujourd'hui, cette joie ? Tu te sens joyeuse à nouveau ?
- Speaker #1
Alors, je me sens joyeuse quand je suis bien entourée.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je ne me sens pas encore joyeuse seule, comme je l'étais avant, où j'étais joyeuse en étant seule. Aujourd'hui, je suis joyeuse, mais en ayant toutes ces personnes qui m'entourent et qui m'apportent de l'amour, ma famille, mes amis.
- Speaker #0
Vous avez besoin de piliers quand même.
- Speaker #1
Encore, oui.
- Speaker #0
Pour trouver la joie.
- Speaker #1
Encore,
- Speaker #0
oui. Et pour autant, tu te définis comme joyeuse. Donc, c'est qu'en fait, tu veux retendre. à cette femme que tu étais ? Oui,
- Speaker #1
parce que j'y crois.
- Speaker #0
Ben oui. À un moment de la journée, c'est quoi un moment de la journée qui te ressemble ?
- Speaker #1
Le réveil.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
J'adore avoir la lumière du jour, la première lumière du jour, je dors les fenêtres ouvertes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et j'adore avoir l'air du matin, qu'il fasse beau, qu'il pleut, peu importe. Mais je veux avoir la première lumière. Je me lève et je fais mes prières.
- Speaker #0
Et je commence ma journée. Ça a toujours été comme ça ou ça c'est depuis la maladie que tu as ressenti ce besoin ? Ma vie a changé depuis la maladie. Comment elle a changé ta vie ? Alors elle a changé.
- Speaker #1
Il y aura des choses que je ne pourrais peut-être pas t'exprimer parce que c'est très profond. mais... Ma vie, elle a commencé à changer auparavant, quand j'ai eu un décès dans la famille d'un proche. Et ça a commencé à changer, en tout cas je croyais que ça a changé, mais en fait je me suis rendue compte que ça n'a pas tant changé que ça le jour où j'ai eu ma maladie. Parce que le jour où j'ai eu ma maladie, en fait, sans réfléchir, tu ne te poses pas de questions. en fait. Tu ne te poses pas de questions et tu dis ok, stop. Et c'est marrant parce qu'en parlant avec les filles autour de moi, on a toutes eu ce sentiment, on se dit stop. Et là, je ne dis pas que tu refais le film de ta vie, mais tu dis qu'est-ce qui s'est passé ? Où je suis ? Qu'est-ce que je fais ? Et tu te poses des questions plus à toi-même. Alors moi, j'ai toujours pris soin de tout le monde. Et je prends beaucoup soin de ma famille. Et comme je disais à ma marée avant, et c'est la vérité, je dis je prends deux heures par semaine pour prendre soin de moi. C'est quand je pars une fois par semaine où je prends vraiment le temps de me doucher, de me coiffer, de me faire belle. Et après, je commence la semaine comme une guerrière où je me lève à 5h30 et j'enseigne les enfants, le travail. Le soir, c'est pareil et on fait ça à deux avec mon mari. parce que mon mari c'est un pélier aussi, mais on ne sait jamais, en fait, on ne prend jamais le temps pour soi.
- Speaker #0
Et donc, quand la maladie arrive, tu disais, tout s'arrête. Tout s'arrête. Ce rythme-là s'arrête.
- Speaker #1
Tout. Mais ton existence, je ne dirais pas, ton âme, elle est là, tu respires encore, mais tout le reste s'arrête. S'arrête et tu te dis, ok, il y a quelque chose qui ne va pas, et où ? Peut-être, on ne se dit pas que ça ne va pas, mais on se dit qu'il faut que ça change. On sent que c'est un stop qu'on nous donne pour revoir notre vie. Et sincèrement, aujourd'hui, là où je suis, avec comment j'ai changé, et je pense que je vais continuer à changer parce que ça ne fait pas longtemps, je ne l'aurais jamais eu. Ça, je suis convaincue à 100%. Je n'aurais jamais eu ce changement profond si je n'avais pas eu ma maladie.
- Speaker #0
Tu la découvres quand cette maladie ? Il y a combien de temps et à quel âge ?
- Speaker #1
Jeune, malheureusement, 45 ans, au mois de juillet. J'étais avec ma famille, on a reçu des proches à la maison. J'ai vécu un moment de stress dans la journée. Et un stress qui m'a un peu secouée, on va dire.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et le soir, en prenant ma douche, je ne sais pas pourquoi, je me palpite de temps en temps, mais je ne le fais pas assez souvent que ça. Ce jour-là, je ne sais pas, mais on le ressent en fait. On ressent. Et là, ce jour-là, je prends ma douche et je sens une boule. Pas vraiment une boule, un truc. Mais je ne sais pas c'est quoi, est-ce que c'est une boule ? Alors moi, ça m'est arrivé d'avoir des abscès auparavant, des engorgements à la suite de l'allaitement. Du coup, je me dis, ah zut, et voilà, je me suis encore fait un truc. Alors pour moi, c'était un abscès. D'ailleurs, j'étais tellement dégoûtée que le lendemain, j'appelle ma petite sœur, je lui dis, ah tu sais qu'est-ce qui m'est arrivé ? Tu ne vas pas me croire, je me suis encore fait un abscès. Alors, j'ai eu des moments de stress, je n'ai pas eu tant que ça, mais je crois que j'en ai eu deux dans ma vie, mais c'est dans des moments de stress vraiment, ou de fatigue suivie par un stress. Quand je faisais mes études, j'étais très chargée, enfin bon. Et alors, bon, j'en parle à mon mari quand même, et je lui dis, il me dit, oh, t'inquiète pas, de toute façon, toi t'as la vie. Tu as fait déjà des engorgements, même si l'allaitement, il est loin. Mais bon, on ne pense pas. Mais moi, au fond de moi, je me dis cette fois, c'est différent. Je ne sais pas. Il y a un sentiment. Et pourtant, je ne l'ai jamais vécu auparavant. Avant, on se dit, on va faire une mammographie, machin. Mais là, je… Là, tu le sentais. Oui. Là, il y avait quelque chose. Oui, c'était… Ce n'était pas comme d'habitude.
- Speaker #0
C'est l'instinct, tu dirais ? Oui,
- Speaker #1
c'est l'instinct. Et c'est l'instinct et la petite lumière aussi. Et alors, j'ai dit, bon, j'attends. J'attends, si c'est anapsif, ça va devenir rouge, ça va gonfler. Alors, j'ai attendu, j'ai repris le travail, je crois. Mardi, du coup, quatre jours, cinq jours après, Non, c'est toujours là. Et chaque nuit, je ne suis pas tranquille, je ne dors pas bien. Je touche en dormant. Non, ça ne va pas. Et alors... Au courant de la semaine, j'appelle la secrétaire de ma gynéco. Oui, une petite partie, c'est que j'avais vu ma gynéco en mois de mai, où j'ai passé un examen général, et elle m'a dit tout est parfait. Et je peux dire à ma gynéco que je remercie énormément, elle est magnifique. Je ne sais pas si on a le droit de donner les noms, elle est extraordinaire. Oui,
- Speaker #0
bien sûr qu'on peut donner les noms.
- Speaker #1
Oui. Et Docteur Hamelot, elle est située à Annecy, et elle, vraiment, m'a fait un examen profond, il n'y avait rien. Ça, c'était au mois de mai.
- Speaker #0
Donc là, on est en juillet.
- Speaker #1
Là, on est en juillet.
- Speaker #0
Trois mois.
- Speaker #1
Trois mois après. Et j'appelle la secrétaire, je lui dis, voilà, en fait, je lui explique, elle me dit, on vous a donné, je crois, une mammographie à faire pour vos 45 ans. Je dis, oui, oui. Elle me dit, ben, appelez, faites-la tout de suite, parce que je ne l'ai pas faite. tout de suite, j'avais pas de rendez-vous, j'avais du mal à accrocher un rendez-vous. Je me dis, si je l'ai faite avant, est-ce qu'on aurait vu quelque chose ?
- Speaker #0
Ça, c'est vraiment un point important. Ça te... Avant que tu continues, parce que finalement, le point, il est là. Est-ce que tu portes une culpabilité à l'intérieur de toi d'avoir fait ça ? D'avoir attendu et de pas avoir insisté pour avoir un rendez-vous ? Est-ce que tu t'en veux à toi de pas l'avoir fait ?
- Speaker #1
Non, là-dessus non, parce que quand j'ai passé mon examen avec ma gynéco, j'avais le temps. Elle m'a dit « tu l'as fait » . Et s'il y avait une suspicion, elle m'aurait dit « ouais, là, il faut absolument que tu l'aies fait » . Mais c'était une écho de contrôle, il n'y avait rien d'urgent.
- Speaker #0
Donc, tu n'as pas fait l'autruche en disant « je ne veux pas la faire » . Non, non, non, non, non,
- Speaker #1
non, non, non, non, non, non, c'était vraiment… Moi, j'ai... par mon métier, je n'avais pas le temps. J'étais sur la fin du semestre et il y avait beaucoup de clôtures de budget, etc. Par mon métier, je n'avais pas le temps d'aller au rendez-vous parce qu'ils m'ont donné, mais ça ne m'allait pas. Et du coup, j'avais pris un rendez-vous pour septembre. Mais là, quand elle m'a dit, je lui ai dit, elle m'a dit, écoutez, appelez, dites, c'est urgent. Et là, on va vous donner un rendez-vous dans la journée.
- Speaker #0
Ah oui, dans la journée.
- Speaker #1
Dans la journée, pour demain ou machin. Ah oui, oui, quand tu dis c'est urgent, c'est urgent. Et je lui dis, parce que tu penses que c'est urgent, elle me dit, on verra. Elle me dit, on verra, faites-le. Elle est géniale, elles sont super les filles. Et alors, j'ai appelé, j'ai dit que c'est urgent, que je viens du médecin. Alors, comme par hasard, le hasard, moi je dirais plutôt le distinct. Il y a ceux qui parlent de hasard et ceux qui parlent de distinct. Je préfère parler de destin. Le destin fait que quand j'ai cherché ma gynéco il y a quelques années, j'ai cherché longtemps et j'ai voulu celle-là. Elle est spécialisée dans les cancers du sein. Et c'est la chirurgienne en même temps, ma gynéco. Je l'ai choisie. C'est celle-là que j'ai choisie. Alors, elle a de très bons avis sur Internet. Ça, j'ai beaucoup joué. Mais aussi, le destin a fait que j'ai choisi elle et pas quelqu'un d'autre. Alors, quand j'ai dit que je viens de sa part, et comme ils savent qu'elle ne traite que ça, on ne discute pas. Le lendemain, j'avais un rendez-vous. Je suis partie, j'ai passé. Et alors, au départ, je faisais la mammographie normale. Et puis, à un moment, j'ai dit, oui, en fait, je viens parce que j'ai senti un truc. Ah, alors c'est où, la radiologue ? Ah, alors, où est-ce que c'est ? Montrez-moi, machin. Et moi, je lui ai dit, non, je pense que c'est rien. En fait, au fond de moi, j'avais peur. Parce que je sentais qu'il y avait quelque chose, mais j'avais peur. Je suis venue, je suis partie parce qu'il fallait partir, mais en fond j'avais peur. Et aussi, j'ai oublié de te dire Stéphanie, pour la première fois, je suis partie à ce rendez-vous avec mon mari. J'ai dit à mon mari, je sais que j'ai toujours été toute seule à mes rendez-vous du Niko, je ne peux plus parler de mon mari, je dis mais celui-là j'ai besoin de toi. Et il est venu, il me dit... pense ? Il m'a dit, mais je ne veux pas que tu t'inquiètes. Je lui ai dit, peu importe. Je lui ai dit, écoute, s'il n'y a rien, on ira profiter ainsi, on va sortir, on va passer une belle journée parce qu'il fait beau. Et s'il y a quelque chose, tu es avec moi. Et il travaille, en plus son métier, ce n'est pas un métier facile. Mais il m'a dit, écoute, je vais m'arranger, je vais m'organiser, je viens. Et on est partis. Et voilà, du coup, en fait, J'étais avec mon mari. Mon mari était dans la salle d'attente. Alors, elle fait la radio, elle refait, elle refait, elle reprend toutes mes radios d'avant, machin et tout. Et elle insiste, elle insiste, et puis elle montre à la gynécologie, puis elle refait. Ça a duré un moment. Et puis elle me dit, écoutez, là on a fait beaucoup, je vous laisse attendre dans la salle d'attente, et je reviens pour vous pour la suite, pour l'échographie, etc. Je suis revenue, non en fait je suis partie directement à l'échographie. À l'échographie, elle est extraordinaire, la radiologue aussi. elle me dit hum hum Elle me dit, elle commence toujours par le positif, le sein gauche, il va nickel, c'est très bien, machin et tout. Je dis, bah tiens, j'ai tout de suite senti le sein gauche. Je dis, mais en quoi le sein droit ? Elle me dit, écoutez, sur le sein droit, je ne suis pas sûre, mais je crois avoir vu, elle me dit, il y a un petit truc comme ça, petit, mais on fait l'échographie et elle le voit. Et puis... On me dit, oui, je vois. Après, je lui dis, mais est-ce que vous êtes sûre ? Je n'arrêtais pas de lui dire, est-ce que vous êtes sûre à 100% ? Elle me dit, écoutez, je ne peux pas être sûre à 100% à l'œil nu, mais à 94%. Et en fait, elle, au fond, elle a dit, c'est 99%, mais elle ne voulait pas me dire. À 94%, je pense qu'il y a quelque chose. Et là, j'ai pleuré. J'ai pleuré. La première pensée, c'était mes enfants.
- Speaker #0
C'est ce que j'allais te demander.
- Speaker #1
C'était la première fois. J'ai pleuré. Dès que j'ai pleuré, elle a vu ça, elle a fermé la porte. Et elle m'a dit... Et là, elle m'a parlé, elle m'a dit « Non, ne vous inquiétez pas. Si c'est vraiment ça, aujourd'hui c'est super bien traité. Ce n'est pas comme avant. Il y a des femmes qui l'ont, ils ont continué de vivre. » Et puis, elle m'a remonté le moral comme ça. Mais moi, je n'écoutais rien. Je n'écoutais rien. Je sors et mon mari, dans la salle d'attente, je m'assois à côté de lui, je lui chuchote. Je lui dis « Oui, apparemment, il y a quelque chose. » Je lui dis « Rapporte. » Je lui dis « Oui. » Après, on déclenche la biopsie, tout ce qui va avec. Et dans la voiture, mon mari n'arrête pas de dire « Oh, mais non, c'est juste parce qu'elle ne connaît pas tes seins. » C'est la première fois que je fais une mammographie avec. « Oh non, mais c'est juste parce qu'elle ne connaît pas ta poitrine. » Il n'y a
- Speaker #0
Il ne voulait pas y croire ? Il avait peur ? Tu penses que lui, il avait peur à ce moment-là, ton mari ?
- Speaker #1
Non, parce que…
- Speaker #0
Ou il ne voulait vraiment pas y croire ?
- Speaker #1
Je pense que lui… En fait, il s'est dit, ma femme, c'est vrai, je ne bois pas, je ne fume pas, je mange très équilibré, j'ai fait du sport. C'est vrai que le Covid m'a un peu ralenti, mais je suis une femme très, très active. Alors, Du coup, il se dit, mais non, ça ne peut pas arriver pour elle. Avec tout l'environnement qu'elle a autour d'elle, ça ne peut pas arriver pour elle. Et surtout, je suis jeune. C'est vrai qu'on n'imagine pas. Et puis, on fait la biopsie. Et moi, ma génie-co, elle partait en vacances. Mais elle a reçu le mail du radiologue. qui me disait, voilà, machin. Et elle, elle n'a pas eu le temps de m'appeler parce qu'elle était sur une journée d'opération. Elle m'a écrit des messages sur Doctolib. En arrivant à la maison, j'ai lu les messages, j'ai failli m'évanouir. Parce qu'elle ne me disait pas qu'il y a quelque chose, mais elle me dit, faites confiance à mes collègues, s'il y a quoi que ce soit, ils peuvent prendre le relais et tout. Je dis, mais pourquoi ? Ça va être à ce point urgent ? au point où ça serait un collègue qui prend le relais.
- Speaker #0
Ça ne pourra pas attendre son retour.
- Speaker #1
Ça ne peut pas attendre un retour de deux semaines. Et puis là, j'appelle la secrétaire, parce que je ne dérange pas ma généco, j'appelle la secrétaire et je lui dis, enfin, je ne comprends pas son message, pourquoi elle m'écrit. Elle m'a dit, non, non, mais c'est toutes les éventualités qu'elle donne, il ne faut pas vous stresser, ne vous inquiétez pas, machin et tout. Et alors, je fais la biopsie. Je pars en vacances quand même une semaine à Paris voir ma famille. Je dis rien, mais j'étais... Je montrais rien, mais j'étais pas bien en réalité.
- Speaker #0
Pourquoi tu montres rien à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je voulais surtout pas inquiéter ma famille s'il y avait rien. C'est pour moi, tant que je suis pas sûre de ce que j'ai. De quoi exactement ? De comment ? Je ne vais pas les stresser davantage. Personne n'était au courant à part mon mari et moi.
- Speaker #0
D'accord. Tes amis non plus ?
- Speaker #1
Personne.
- Speaker #0
Personne. Ton mari et toi ?
- Speaker #1
Mon mari et moi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et alors, ma nièce, j'ai une nièce qui avait 8 ans à ce moment-là, un jour, elle était assise à côté de moi, on regardait la télé, et puis moi, à un moment, je fais... C'est un poids, j'avais un poids, c'était lourd pour moi. J'étais toute seule, je pensais que j'étais toute seule. Et ma nièce, elle me dit... Oh, tata, tu vas bien ? Ça va ? Et puis avec un air très sensible et... Ça. Comme si elle sait quelque chose. J'étais choquée. Toute ma famille, c'est la seule qui m'a sentie. Après, alors ma famille qui m'a demandé de rester plus. Mais pourquoi tu ne restes pas plus ? Non, je ne peux pas. Je dois aller voir. J'ai un rendez-vous. Ah ! T'as quoi comme rendez-vous ? J'ai un rendez-vous avec ma gynéco. Puis, elle me dit « Ah ! Tu ne peux pas le décaler ? » Ben non, je ne peux pas le décaler. On le prend tellement en avance.
- Speaker #0
Oui. Et puis, arrive le moment du diagnostic.
- Speaker #1
arrive ma maman diagnostique. Alors, généralement, enfin, généralement, en tout cas, c'est le radiologue qui donne les résultats ou le gynéco, mais la plupart du temps, apparemment, c'est le radiologue. Mais là, le radiologue me dit vous allez voir le résultat avec le gynéco. Ma gynéco n'était pas là, elle a remplacé son remplacement avec elle qui était extraordinaire aussi. Et là, je rentre, et bien, lui, il ne savait pas que j'ai... Alors, je rentre, je m'assois, Et puis on discute, oui, vous venez parce que vous avez passé la biopsie. Je lui dis, oui, depuis que j'ai passé la biopsie, j'ai mal. Avant, je n'avais pas mal. Je n'avais limite rien, j'avais juste une suspicion.
- Speaker #0
Je dis,
- Speaker #1
maintenant, je sens un truc, ça me fait mal, j'ai mal au bras et tout. Et là, il me dit, oui, et puis il se lève. Il m'a dit, je vais vous examiner. Alors, je me lève, il se lève. Et là, il me dit, oui, ça, c'est la réaction de la tumeur. Là, je me retourne, je regarde mon mari, lui, il me regarde. Et puis, je me dis, attends, j'ai bien entendu. Et puis, lui, je pense, il s'est posé la même question, est-ce que j'ai bien entendu ? Il m'examine, je reviens au bureau, il me dit, il prend une feuille, un stylo, il commence à faire un schéma. Je dis, attendez, excusez-moi, ok, pas de souci pour le schéma, mais qu'est-ce qu'il y a ? il y a quelque chose et puis il me dit vous ne le faites pas au Coran je dis au Coran de quoi ? oh mon dieu, il était vraiment très gêné parce qu'il m'a dit je pensais que vous étiez au Coran, d'habitude c'est le radiologue qui le dit, je lui ai dit non mais justement elle a dit que c'était le gynéco qui va me le dire alors il avait quand même utilisé des bons mots alors il n'y a pas un gentil né à méchant Mais on va dire qu'il y a des plus simples. Je ne sais pas comment le dire parce que je ne veux pas non plus...
- Speaker #0
Il y a des personnes qui ont plus de sensibilité que d'autres,
- Speaker #1
peut-être,
- Speaker #0
dans le corps médical.
- Speaker #1
Et lui, en fait, il m'a dit, écoutez, dans votre malheur, la tumeur, elle n'est pas grave. Et puis moi, je pleurais parce qu'en plus, j'étais partie avec mes enfants ce jour-là pour ce rendez-vous. Parce qu'on pensait vraiment que ça allait être négatif. Et je pleurais et puis il me dit Bon il m'a donné le temps Après il me dit je ne vous dis pas ça pour vous calmer Il me dit je vous dis la vérité Il me dit vous êtes jeune Des tumeurs pour des femmes jeunes On aurait pu les découvrir Très grave, c'est tout de suite grave Agressif Il me dit la vôtre Elle n'est pas méchante Il me dit alors oui Vous êtes malade mais Ce n'est pas la plus grave
- Speaker #0
A ce moment là Si tu essayes de te remettre dans ce moment-là, toi, en tant que femme, ta première pensée, c'est encore tes enfants.
- Speaker #1
Toujours mes enfants.
- Speaker #0
Toujours tes enfants.
- Speaker #1
D'ailleurs, avant même qu'il m'explique, qu'il me dise, c'est la plus... Elle n'est pas méchante, machin. Moi, je lui dis à lui, je lui dis mes enfants. Mes enfants. Après, il m'a dit...
- Speaker #0
Tu as eu peur de mourir ? À ce moment-là, quand on te dit ça, toi, c'est ça en fait la... peur que tu as au départ, c'est la peur de mourir ou c'est la peur de l'inconnu ?
- Speaker #1
Non, ce n'est pas la peur de mourir.
- Speaker #0
C'est la peur de se laisser seule ?
- Speaker #1
C'est la peur, on va mourir. On ne dit pas « Ah, j'ai peur de mourir. » Non, on dit « Je vais mourir. »
- Speaker #0
Oui, donc c'est l'issue fatale.
- Speaker #1
L'issue fatale.
- Speaker #0
Il n'y a pas tant à tête, à ce moment-là, il n'y a pas d'autre.
- Speaker #1
Non, il n'y a pas autre chose. Pour moi... Ça égale ça ?
- Speaker #0
Oui. Oui, je comprends ce que tu veux dire.
- Speaker #1
C'est une égalité. Oui,
- Speaker #0
il n'y a pas un champ des possibles.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Mais il va très rapidement te parler des traitements.
- Speaker #1
Oui, alors le traitement, pas tout de suite. Oui, la biopsie. Après, il me dit... Après, il y avait d'autres examens à faire pour savoir. Mais bon, il me dit, a priori, il n'y aura pas de traitement, il n'y aura pas de chimio. Ça sera directement une opération. opération, en fonction de l'opération, on verra si on fera un traitement ou pas. Et du coup, l'urgence d'opérer tout de suite n'était pas absolue à ce moment-là.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Je pourrais attendre, imaginez.
- Speaker #0
C'est ce que tu décides.
- Speaker #1
Oui, c'est ce que je décide. De toute façon, elle revenait deux semaines après et moi, j'ai fait le choix. d'enlever tout l'intérieur du sein.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'ai laissé l'extérieur, mais j'ai fait le choix d'enlever l'intérieur. Il m'a dit que... Je lui ai dit, je pense que... Alors, ce n'était pas ce jour-là, c'est quand je l'ai revu par d'autres examens que je lui ai dit ça. Il m'a dit, je vous comprends, si c'était ma femme, je lui dirais de faire ça. D'accord. Ça m'a rassurée. Je lui ai dit, je ne fais plus confiance à mon sein. Je ne le veux plus.
- Speaker #0
Un seul, pas les deux ?
- Speaker #1
Un seul,
- Speaker #0
un seul.
- Speaker #1
L'autre, il va bien. Dieu merci.
- Speaker #0
Je veux dire, dans ton protocole, il ne te disait pas qu'il fallait…
- Speaker #1
Non, non, non.
- Speaker #0
C'était vraiment le sein qui avait été touché. Alors,
- Speaker #1
oui, c'est ce que je disais. Comme il a dit, dans mon malheur, ce n'était pas le plus grave. D'accord. C'était petit, elle n'est pas agressive.
- Speaker #0
Ça fait quoi, quand on est une femme, c'est ça que tu vois dans le cancer du sein, on est des femmes, tu ressens quoi dans ton corps à toi, le fait que ce soit ton sein qui soit touché dans ta féminité, tu y penses à ça à ce moment-là ou pas du tout ?
- Speaker #1
Non Stéphanie, on ne sait pas à ce moment-là, c'est quoi, en fait, en ce moment-là, alors pour ce qui me concerne... d'autres aussi filles qui étaient un peu dans... À ce moment-là, on a un seul objectif, c'est de ne pas subir et de guérir, et de faire tout ce qui est de notre possible pour guérir, réussir et sortir de ce... La féminité, à ce moment-là, on a encore tout sur nous. On a nos beaux cheveux, on a notre poitrine, on a tout. Et en fait, à ce moment-là, on ne sait pas à quoi s'y attendre. Qu'est-ce qui sera après ? Ça, on ne le sait pas à ce moment-là. On sait une chose, OK, qu'est-ce que je dois faire ? Est-ce que je vais guérir ? Même si on se dit, on va mourir, mais quand même, il y a les enfants, il faut tenir. Je ne vais pas lâcher. Et aussi, les médecins, ils ont beaucoup d'impact sur nous parce qu'ils disent, vous n'équitez pas, il y a des traitements. Maintenant, ça se guérit, 90% des personnes guérissent. Il n'y a pas... Alors, c'est vrai que moi aussi, j'ai dit... Alors quand il m'a expliqué un petit peu comment ça va se passer l'opération, on verra s'il y a un traitement ou pas, j'ai dit mais et mon travail ? C'est vrai que moi je démarrais un gros projet, un grand programme et je ne pensais pas ne pas y retourner. Puis il me dit écoutez, vous vous êtes occupé de votre famille tout le temps, vous avez travaillé depuis je ne sais combien d'années, il m'a posé des questions, je lui ai répondu, il m'a dit aujourd'hui tout. Vous allez nous laisser s'occuper de vous. On arrête tout. Ne pensez pas au travail. Et ça, c'était dur, ne pas penser au travail.
- Speaker #0
J'ai toujours travaillé. Est-ce que ce n'est pas aussi comme ça ? Du coup, est-ce que ça ne te donne pas un peu l'impression, à ce moment-là, d'être malade, de ne plus penser au travail, finalement ? Le travail s'étire en vivant aussi.
- Speaker #1
Je pense aussi que je ne me rendais pas compte de l'impact de tout ce qui va suivre. Je pensais que j'allais continuer ma vie, que j'allais continuer de travailler en même temps. Parce qu'en fait, moi j'aime beaucoup le proverbe qui dit « on ne peut pas savoir c'est quoi la pauvreté si on ne l'a pas vécu » . Là, c'est pareil. On peut avoir autant d'imagination de... de préhension, mais en réalité, on peut vraiment savoir c'est quoi une fois qu'on l'a vécu. J'ai eu un rhume comme tout le monde, une grippe, peut-être un accouchement, mais on croit que c'est ça. Rien à voir. Là, c'est autre chose. Mais à ce moment-là, avant qu'on commence, tu ne le sais pas ? On ne le sait pas. Du coup, on pensait qu'on allait continuer, on est en forme, on est jeune, mais il n'y a pas de raison. c'est une opération et hop après ouais et même quand il n'y a qu'une opération c'est pas facile oui alors moi non alors du coup non il n'y a pas eu que l'opération en fait quand je me suis fait opérer par mon chirurgien je peux donner les noms bien sûr avec aussi mon plasticien qui est chirurgien plastique docteur Pinatel Merci. Un ange extraordinaire. Moi, j'ai eu beaucoup, beaucoup de chance. J'ai remercié Dieu parce que ce n'est pas le cas pour beaucoup. Je sais, il y a beaucoup de témoignages de filles. Ce n'était pas ça. J'ai toujours été très, très bien entourée. J'ai eu des chirurgiens extraordinaires, humainement et professionnellement parlant. J'ai été entourée par ma famille, par des gens que j'aime. Alors, là-dessus, j'ai remercié Dieu. Dans mon épreuve, je n'étais pas seule. Et quel soulagement ! de savoir qu'on est entre de bonnes mains.
- Speaker #0
C'est vrai. Ça fait une partie aussi du travail de guérison.
- Speaker #1
Oui. Et aussi, je pense, c'est quand on a confiance dans notre chirurgien, c'est, mon Dieu, c'est un soulagement, c'est extraordinaire. C'est comme si on mettait tout le poids sur lui. Et ils étaient tous les deux formidables.
- Speaker #0
Là, tu me parles de tes opérations, tu me parles de soutien. Et tu parles beaucoup de tes enfants, mais là du coup, il va bien falloir à un moment donné leur dire à tes enfants, ou tu ne leur as pas du tout dit ?
- Speaker #1
Alors, moi sincèrement, je ne savais pas à quoi faire. Moi, au fond de moi, je ne voulais pas leur dire. Mon mari voulait leur dire, mais pas tout. Et...
- Speaker #0
Vous avez quel âge des enfants ?
- Speaker #1
11 et 9 ans.
- Speaker #0
D'accord. Donc c'était encore petit, ce n'est pas très grand. Oui,
- Speaker #1
c'est encore petit. Et alors, mon mari a un collègue de travail, sa femme l'a eu, on savait qu'elle l'a eu il y a quelques années. Et il m'a dit... Et dès qu'il a suivi, il l'a dit à son collègue. Et puis son collègue m'a dit, attends, il faut que je donne le numéro de ma femme. Elle s'appelle Catherine, que je remercie énormément. Parce que je ne la connaissais pas, mais elle a été d'un soutien extraordinaire au début. C'est elle qui m'a dit, avec un grand sourire de la joie, elle m'a dit, mais regarde-moi, regarde comment je suis maintenant. Et elle m'a redonné confiance en moi. Elle était vraiment… on ne sait pas plus vu depuis, mais les peu de mamans que j'ai passées avec elle au début, quand je l'ai découvert, ça a été un soulagement extraordinaire pour moi. Et c'est elle qui m'a dit, il faut le dire à tes enfants, parce que si tu leur dis pas, tout au tard, ils vont le découvrir. Et quand ils vont le découvrir, ça va être plus dur pour eux. Elle m'a dit, les enfants, ils ont cette capacité de... d'absorption. Mais il vaut mieux que ce soit la maman qu'ils vont le sentir. Mais moi, je n'y arrive pas parce que je... Alors, j'ai réfléchi, j'ai dit ok, je vais leur dire. Elle m'a conseillé d'acheter aussi un livre. D'accord. Oui, Le Grand Arbre Malade. C'est un livre avec qui tu apportes cette maladie avec les enfants. Tu leur expliques. Un grand... un arbre qui est beau, qui est magnifique, qui est malade, on va lui faire ça. En fait, il suit toutes les étapes du traitement. Et elle m'a conseillé de l'acheter. D'ailleurs, je l'ai acheté et je l'ai vu avec eux. Mais avant, j'ai parlé avec le grand. Le grand, il est très mûr. Il est très, très mûr, très intelligent. Et alors... J'étais très fatiguée, et puis j'allais tout le temps chez le médecin, et puis un jour, je ne sais pas, il s'est fâché, et puis j'ai été le voir dans sa chambre, il s'est fâché avec mon frère, je ne me rappelle pas, je lui ai dit « qu'est-ce qu'il y a ? » et puis là, tout de suite, il a pleuré, je lui ai dit « qu'est-ce qu'il y a ? » et puis il me dit machin, et puis il m'explique, et après il me dit, je lui ai dit « oui, je suis désolée, j'étais fatiguée, je ne suis pas venue tout de suite, machin » , et il me dit « oui, mais maman… » et en fait, j'ai compris qu'il a pleuré parce qu'il avait des questions. Il m'a dit « Oui, mais maman, on est d'accord. Tu me disais que tu pars faire des examens, tu pars faire des examens. Mais là, c'est bon, non ? Tu as fait assez d'examens, maintenant tu sais ce que c'est, non ? »
- Speaker #0
Et c'est là où…
- Speaker #1
Et là, j'étais scotché parce que, mon Dieu, j'étais… Et là, je m'assois sur le bord de son lit et là, je lui ai dit, je lui ai dit « Voilà, je vais te dire. Alors, en fait, maman, elle a un bobo ici. » C'est un petit bobo. Mais comme ça, tu vois, il n'y a rien sur maman. Tout va bien. Je lui ai montré un petit peu devant. Je n'ai regardé rien. Et puis là, tu vois, je suis bien et tout. Je me dis, mais en réalité, le bobo, si je le laisse, je pourrais mourir. Alors maman, maintenant, il faut qu'elle enlève ce bobo. Du coup, il y aura une opération. Je lui dis, mais ne t'inquiète pas parce que je vais me battre. Et là, j'ai pleuré parce que... Je lui ai dit, je vais me battre. T'inquiète pas, maman, elle va se battre. Je ne vais pas lâcher, je ne vais pas le laisser faire. Tu vas voir, je ne vais pas le laisser faire. Après, il a pleuré, j'ai pleuré, on s'est fait un grand câlin. Après, je lui ai dit, pour ton petit frère, ne le dis pas tout de suite. Je lui ai dit, parce qu'il est très, très sensible, il est très, très proche de moi aussi. Je lui ai dit, je vais lui dire, mais... après et au bon moment, juste au bon moment, pas avant, pas trop avant parce que sinon il va beaucoup réfléchir, c'est un garçon très très sensible. Et alors il me dit d'accord, mais je ne lui ai pas dit c'est quoi, je ne lui ai pas prononcé le mot. D'accord. Mais Stéphanie, moi je ne le prononce pas le mot.
- Speaker #0
Tu ne le prononces pas ?
- Speaker #1
Non. Pourquoi ? Parce qu'il gagne la mort.
- Speaker #0
Mais là, tu l'as battue.
- Speaker #1
C'est toute l'histoire de notre vie. Nous, les filles qui sommes aujourd'hui chez Christine, à chaque casse en ivresse, on dit tout ça. Ce n'est pas fini.
- Speaker #0
Le combat continue, même une fois que le médecin a prononcé le mot « rémission » .
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Toi, tu es en rémission depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Alors, moi, j'ai fait mon opération. Il y a eu les résultats. Tout était bon.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tout était bon. Il n'y a rien qui a été touché. Les ganglions, c'était nickel. Tout était nickel. Mais tu es jeune. On va quand même faire d'autres statistiques. On va quand même se voir entre nous pour voir. Alors que ma gynéco, elle me dit, oui, il n'y aura pas de traitement. J'étais super contente parce que j'avais de beaux cheveux. Alors, tout l'été, j'avais profité de mes beaux cheveux. Je faisais des coiffures, je faisais machin. Et après, quand elle m'a dit « Non, mais non, elle n'est pas agressive. Mais moi, je suis sûre qu'il n'y aura pas de traitement, machin. » Moi, j'ai cru.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et ça m'a soulagée. Et du coup, j'ai attendu deux semaines, trois semaines plus tard. Et là, on s'est vus. Et là, elle m'a dit « Écoute, oui. » On n'a rien trouvé. Mais oui, on a quand même décidé de faire un traitement parce que tu es jeune et que pour éviter tout risque de... De récidive,
- Speaker #0
d'aggravation.
- Speaker #1
Pour réduire tout.
- Speaker #0
Là, c'est quand même un deuxième choc. Parce que là, tu commences à avoir la perspective de ce que ça va être une chimio.
- Speaker #1
Non, c'est surtout avant Stéphanie. Moi qui n'arrive pas à le prononcer, limite j'étais dans le déni. Mon mari me dit « tu es toujours dans le déni » , je pense qu'il a raison. Avant, le fait de se faire opérer, d'avoir gardé ses cheveux, et en fait de donner une image qu'on n'a rien aux autres, on n'était pas malade.
- Speaker #0
Tu n'es pas malade.
- Speaker #1
Même si au fond, mais on arrivait à tenir. comme si tu jouais un rôle voilà exactement et par contre là le traitement ça change tout c'est dur Quand je l'ai su, c'était par visio parce qu'elle ne voulait pas que je me déplace. Elle m'a dit, ce n'est pas la peine, on peut le faire par visio si ça vous convient. Je lui ai dit, oui, c'est OK. On a beaucoup parlé avant des résultats, des résultats comme quoi tout va bien, machin. Avec les statistiques, elle m'a expliqué machin, c'est quoi, machin et tout. Elle me l'a dit vraiment vers la fin. Alors, je pleurais. Mon mari était avec moi, toujours.
- Speaker #0
T'as un mari qui est très très présent.
- Speaker #1
Il est extraordinaire.
- Speaker #0
Ah oui, j'ai l'impression.
- Speaker #1
J'ai tardé à le rencontrer, j'ai été très très difficile pour trouver quelqu'un, mais Dieu m'a réservé une meilleure. D'ailleurs sur Terre.
- Speaker #0
Ça lui fera plaisir d'entendre ça. Oui.
- Speaker #1
Mais alors, oui, je pleurais. Je tenais la main de mon mari parce que je voulais tenir devant la gynéco, mais elle a compris que je n'étais pas bien. Elle a rapidement raccourci l'entretien et là, j'ai été effondrée. Mais je crois même, peut-être que mon mari se vient mieux que moi, je crois même que j'avais crié.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais alors, essaye d'expliquer ce qui, à ce moment-là, te fait encore peur. plus de douleur que la première fois, parce que c'est en deux étapes chez toi, et on a l'impression que tu es encore plus ravagée par cette deuxième vague qui vient te laminer une deuxième fois, comme une lame de fond.
- Speaker #1
Oui. Mais en fait, il y avait deux choses. La première, c'était « Oh mon Dieu, mes enfants, ils vont vraiment le savoir. »
- Speaker #0
Ça, c'est important pour toi.
- Speaker #1
Mes enfants.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je me dis, oh mon Dieu, comment ils vont le vivre ? Comment je vais pouvoir les rassurer ? Ça, pour moi, c'était les enfants. Là, ils vont le voir, ils vont le comprendre. Ça, c'est la première chose. Ça, c'est la grosse douleur. Et la deuxième douleur qui vient juste au même temps ou après, qui est proche, c'est de se dire, alors si je le fais, c'est que c'est très grave, en fait. On me dit que ce n'était pas grave.
- Speaker #0
En fait,
- Speaker #1
c'est grave. Alors qu'on m'a dit qu'on ne le fait pas pour que tu guérisses. C'est ce qu'elle m'a dit. On ne le fait pas pour que...
- Speaker #0
C'est en préventif.
- Speaker #1
C'est en préventif. Mais moi, je n'entends pas le préventif. Je me dis, oui, mais du coup, c'est grave alors. Voilà la deuxième douleur. Et je me rappelle, parce que ma sœur, elle savait que j'avais mon entretien avec... Enfin, ma famille le savait. Et ma sœur, elle appelle tout de suite. Et moi, je ne décroche pas. Alors, je crie, je pleure, je crie. Et je rentre dans mon lit, avec tous mes vêtements, je rentre dans mon lit, je m'enfonds et je dis à mon mari, je veux rester. Et après, mon mari est venu avec moi. Et après, ma sœur, elle l'appelle, elle l'appelle, je lui dis s'il te plaît, décroche. Et puis, il a décroché, il a été lui parler. Et elle, elle n'arrêtait pas de lui dire. Elle lui disait s'il te plaît, il ne peut pas beaucoup pleurer. Elle lui a dit moi, parce que... Elle lui a dit, mais moi, je savais qu'il y en aurait. Et parce que la plupart des personnes jeunes, la plupart du temps, on leur recommande. Elle lui a dit, mais bon. Elle lui a dit, le plus important, c'est qu'en réalité, elle est guérie, que c'est du préventif. Voilà, mais bon. Après, j'ai pleuré, très beaucoup. J'ai eu une migraine. Le lendemain, je me suis levée. J'ai dit, je ne me laisserai pas faire. Et là, j'ai commencé. J'avais suivi une jeune fille qui a raconté aussi un petit peu son parcours, qui a fait des vidéos de conseils, etc. Et elle, elle avait parlé du jeûne.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Du jeûne. Alors, moi, je n'étais pas très intéressée à ce moment-là parce qu'on m'a dit qu'il n'y aurait pas de traitement. Mais j'ai entendu quelques trucs, quelques noms de professeurs, quelques livres. Et là, j'ai tout de suite cherché cette fille. J'ai dit, je veux te savoir. Et là, j'ai regardé, j'ai trouvé, j'ai écouté toute son histoire et je lui ai écrit sur Instagram et je la remercie infiniment parce qu'elle m'a répondu. Et là, j'ai trouvé le livre en anglais d'un chercheur américain qui a fait des jeûnes, alors pas forcément dans le traitement de notre maladie, mais il l'a fait dans le cadre d'autres études, mais dans le cadre de maladies. Et là, j'étais en mode…
- Speaker #0
Guerrière.
- Speaker #1
Guerrière.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais que c'était aussi pour toi le fait de chercher comme ça de... T'allais explorer des choses, c'était comme si tu redevenais un peu active. Tu ne voulais pas subir en fait ce qu'il t'est arrivé, tu reprenais un peu le contrôle. On est obligé d'avancer un peu parce que du coup le temps passe. T'arrives à cette chimio, tes cheveux tombent. Ça c'est encore une autre étape. Ou est-ce que finalement tu t'y étais préparée dans ta tête ?
- Speaker #1
On ne peut jamais préparer. C'est comme un deuil. Est-ce qu'on peut préparer un deuil ? Même si on sait que la personne va mourir.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Moi, je l'ai vécu. Je pensais que je pouvais me préparer. On ne se prépare pas à un deuil. Par contre, on essaye de… En fait, comme je t'ai dit Stéphanie, moi j'étais concentrée sur le mot de guerrière. Je veux guérir. Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce qui est important ? Et alors, mes cheveux, oui, j'avais de beaux cheveux. Ils sont là. Je savais qu'il y aura quelque chose qui va les toucher. Mais j'étais concentrée sur l'objectif. Le jour où j'ai eu rendez-vous avec l'oncologue, où là, elle m'explique, elle me dit, elle me donne des conseils. Alors, il faut les couper. Ils sont très lents. Sinon, vous allez avoir mal. Alors là, on me coupait. J'entends mon coupet. Après, elle me dit, vous allez voir avec l'infirmière, elle va vous expliquer dans le détail. Il y a l'infirmière qui coordonne un peu tous les soins. Quand j'ai vu l'infirmière, elle me parle, et là, elle me renvoie chez une personne qui fait les soins capillaires. Et elle m'a dit, oui, je te conseille d'y aller chez Nadine, qui a un institut capillaire que j'embrasse très, très fort, parce qu'elle était extraordinaire aussi. Je vous ai dit ! J'ai t'aimé, mais vraiment, j'ai eu de l'amour partout et des bons conseils. Et quand j'ai été la voir, j'ai pris rendez-vous, et là j'ai commencé moi à lui dire juste sur copie. Puis elle m'a dit, attends, on s'est pris rendez-vous, et quand j'ai commencé, elle m'a dit, alors on va commencer par le tépi. Elle a dit, oui, mais il y aura des douleurs. Je ne savais pas qu'il y aurait des douleurs. Il y aurait des douleurs, il y aurait ça. Je dis « Ah bon ? » Toujours, je ne sais pas, c'est quoi les dollars ?
- Speaker #0
En fait, c'est un saut dans l'inconnu à chaque fois.
- Speaker #1
À chaque fois. On ne sait pas.
- Speaker #0
On ne sait pas.
- Speaker #1
On ne sait pas. Par contre, bien sûr, elle avait toujours de bonnes idées. Elle m'a dit « Ils sont beaux vos cheveux. » Vous savez, il n'y a pas de chichi. L'association « Pas de chichi » qui récupère les cheveux et qui fait une... Une couronne. Est-ce que vous avez entendu parler ? Je lui ai dit non, je ne connais pas. Et puis, elle m'a dit, je vais lui écrire pour savoir combien de temps ça prend, etc. Elle fait bien sûr tout l'excellent travail. Et puis, je lui ai dit, ok, je le fais. Du coup, en fait, elle m'a coupé mes cheveux. Et elle me les a coupés. Alors, c'était à notre rendez-vous. Alors, moi, je croyais qu'elle allait me les couper et que j'allais garder un carré. Ben non.
- Speaker #0
Ah non ?
- Speaker #1
Ah non, non. On les a coupées.
- Speaker #0
Ah, enfin, comme à la garçonne, quoi.
- Speaker #1
À la garçonne. Et elle a caché la glace. Elle a commencé à couper les cheveux. Et mon mari était là, bien sûr, toujours. Elle m'a dit, tu me diras, elle m'a dit, vous allez me dire quand est-ce que vous êtes prête pour enlever la serviette de la glace. Et puis mon mari qui m'a dit « Oh, mais tu es magnifique ! » J'ai dit « Arrête, tu ne peux pas me dire que je suis magnifique sans mes beaux cheveux, ça n'existe pas ! » « Mais si ! » Elle m'a dit « Tu me fais penser à une actrice, Charleston ! » Je dis « Oh bon ! » Elle m'a dit « Oui, je t'assure et tout, avec ton cœur ! » Et en fait, ce que je n'ai pas compris, c'est qu'en fait, c'était juste le début. Après, il y avait de la douleur. Après, je suis revenue deux jours après une catastrophe chez elle.
- Speaker #0
pour Camilleras complètement parce que j'avais très très mal j'avais très très mal on est obligé d'avancer un petit peu j'aimerais que tu nous parles de l'après une fois que tout ça ça se passe comment comment est-ce que tu vas passer au-delà de toutes ces souffrances au niveau de ton corps, parce que la chimio, ça donne des douleurs aussi au niveau du corps. Comment tu vas t'en sortir de tout ça ? Comment tu vas passer ? au-delà pour arriver à être aujourd'hui en rémission. Et je voudrais qu'on parle aussi de cet après, de comment cette transition va se faire, comment tu vas vivre cette chimio que tu vas avoir, comment tes enfants le vivent, et comment justement tu arrives à garder cet esprit de guerrière.
- Speaker #1
Alors, durant le traitement, grâce à mon jeûne, vraiment, j'ai réduit les effets secondaires de 80%. Mais alors, j'ai tenu. Par contre, je voulais juste...
- Speaker #0
Dis-moi, je t'en prie.
- Speaker #1
Stéphanie, moi, je n'ai pas dit à mon fils le non.
- Speaker #0
Toujours pas ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Et aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, je vais te dire qu'est-ce qui s'est passé. C'est qu'il y a eu Octobre Rose.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et un copain, lui, à l'école, il lui a dit, « Ah oui, en ce moment, c'est Octobre Rose. » Et mon fils, il lui dit, « Ah bon, c'est quoi ? Ah, tu ne sais pas ? » Et je lui ai dit, « Non, je ne sais pas. » Il lui a dit, « Ben, Octobre Rose, en fait, c'est ça, Et ma nounou, c'est ce cas-là. » Et puis, il lui a dit ça. Et puis, le soir, mon mari est parti chercher à l'école. Et là, il dit, « Tu ne sais pas... » On m'a parlé qu'il y a l'octobre rose en ce moment. Et on m'a dit que c'est pour ça. Je ne prononce toujours pas le nom. Est-ce que c'est ça qu'a la maman ? Et mon mari m'a dit que j'étais scotché. Comment il a réussi à faire le lien ?
- Speaker #0
Le lien, oui.
- Speaker #1
Le lien. Parce qu'en fait, un jour, je l'aurais dit. Je l'aurais dit que j'allais perdre mes cheveux. Il m'a dit, oh non, maman, s'il te plaît, ne dis pas que c'est cette maladie que tu as. Et après, moi, je tiens, je ne pleure pas devant eux. Je dis non, ne vous inquiétez pas, c'est par prévention.
- Speaker #0
Ça aurait été grave de pleurer devant eux. Pourquoi il ne fallait pas pleurer devant eux ?
- Speaker #1
Pourquoi ? Parce que j'ai peur qu'en me voyant pleurer, ils vont pleurer. J'ai peur de leur faire du mal. En fait, moi, mon mari et moi, on avait un seul objectif, c'est de les épargner au maximum,
- Speaker #0
surtout. D'accord. C'est ce qui t'a aidée à guérir ?
- Speaker #1
Ben, c'est mon pays, mes enfants. Et ma famille. Mais eux, c'est... C'est tout ce que... Enfin, c'est... Je... Je ne sais pas ce que je serais devenue sans eux.
- Speaker #0
C'est eux qui font que tu lâches pas à un moment donné.
- Speaker #1
Alors, je... Alors, Stéphanie, je suis quelqu'un qui lâche pas. Je suis une greillette.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ça a toujours été comme ça. Oui,
- Speaker #0
parce que c'est pour toi aussi, finalement. On se bat aussi pour soi, quand même. En fait,
- Speaker #1
je l'ai au fond de moi. Je l'ai toujours été. Je suis comme ça. Je ne lâche pas. Mais c'est vrai qu'une maladie comme ça, elle aurait pu me laisser par terre. Oui. Mais parce que je l'ai, parce que je le suis aussi, de nature, je l'ai fait pour mes enfants. Je dis non, j'ai été au-delà. Je n'ai pas juste fait les traitements et suivi les conseils. Tout le monde m'a dit qu'il fallait suivre les conseils des médecins. S'ils te disent qu'il faut faire ça, tu le fais. S'ils te disent qu'il faut prendre des traitements, tu le fais. Ne crache pas. Je l'ai fait. Mais ça, je n'avais pas envie de le faire. Mais moi, je ne voulais pas que ça. Je voulais aller au-delà. Je voulais réussir au mieux, au maximum. Qu'est-ce que je peux faire pour que le traitement marche mieux, pour que ça réussisse mieux ? Je ne voulais pas subir.
- Speaker #0
T'es une femme différente aujourd'hui.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comment ? Si tu devais définir aujourd'hui la femme que tu es en un mot, toi tes bavardes ça va être difficile.
- Speaker #1
En un mot ?
- Speaker #0
En un mot, essaye. Essaye de dire en un mot qui tu es aujourd'hui.
- Speaker #1
Aujourd'hui je suis une femme qui revoit ses priorités.
- Speaker #0
Ça c'est la maladie.
- Speaker #1
Ça c'est la maladie. Avant ? Je me lève, il faut que la maison soit nickel, il faut que ça soit... Maintenant, c'est fini. Maintenant, mes enfants, ils rentrent de l'école, je lâche tout ce que je fais, je pars m'asseoir avec mes enfants. Je m'écoute. Si quelqu'un m'a fait du mal et que je vois cette personne ne me mérite pas, je coupe avec cette personne.
- Speaker #0
C'est un retour à soi et à des priorités différentes. Est-ce que ça peut être... Le côté positif de la maladie ?
- Speaker #1
C'est extraordinaire. Je ne peux pas dire que je suis contente de l'avoir eu. Mais si je ne l'ai pas eu, je n'aurais jamais remis en cause ma vie. Ma vie, elle était à mille à l'heure avant. Et à mille à l'heure, pas forcément sur les bonnes choses. Je passais mon temps sur beaucoup de choses qui n'ont pas forcément d'importance. Alors qu'aujourd'hui, mon temps, je le regarde différemment.
- Speaker #0
Est-ce que tu as repris le travail ?
- Speaker #1
Pas encore.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut en parler de ça ? Parce que je trouve que finalement, surtout pour une femme active comme toi, comme tu étais avant la maladie, et c'est aussi l'objet de chacun son Everest, C'est ce moment clé où les médecins te disent « tu es guérie » et c'est ce delta entre ce que toi, tu perçois de toi-même. Si aujourd'hui je te dis « est-ce que tu es guérie ? » est-ce que tu vas me dire « oui » ?
- Speaker #1
C'est dur. Oui, mais...
- Speaker #0
Factuellement, oui. Et alors à la question, est-ce que tu te sens guérie ? Tu dirais quoi ?
- Speaker #1
C'est difficile parce qu'on a toute cette crainte récidive qui ne nous lâche pas. Alors il y a une des filles qui m'a dit « Mais ça c'est parce que tu viens juste de finir, je finis le traitement au mois d'avril, je viens juste de finir le traitement et ça prend du temps pour dépasser cette crainte. » peur aujourd'hui. On a cette peur qui nous aveugle, qui nous terrorise. Moi, c'est mon oncologue, docteur Duparc, que je remercie infiniment. C'est une femme extraordinaire, encore une fois.
- Speaker #0
Hé !
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
vraiment. T'as eu plein de lumière sur ton chemin.
- Speaker #1
Oui. Et mon oncologue, c'est elle qui m'a... Je ne dirais pas qu'elle m'a forcée, mais elle m'a vivement conseillée de venir à chacun son Everest. Et bon, alors moi, ce qui m'a plu, c'est les rondeaux, parce que j'aime beaucoup faire de la randonnée. Alors j'ai dit, ouais, génial, je vais aller faire de la randonnée. J'ai été motivée et je lui ai dit, vous êtes sûre, docteur, que ça va me faire du bien ? Ou il y aura des femmes qui vont parler, peut-être c'est encore plus grave. Je vais être tout le temps triste, je vais pleurer. Elle m'a dit, je suis sûre. Elle m'a encouragée, Je l'ai écoutée et je la remercie énormément. pas que sur ça. Elle était géniale depuis le début. Et alors, quand je m'inscris, je fais une lettre de motivation magnifique. Mon mari est aussi relu. Toujours. C'est un ange. Et puis, j'ai été acceptée. J'étais super contente. J'appelle... Je le dis même à ma belle-mère, parce qu'elle, elle est très sportive. Alors, je lui dis, elle était super contente. Je le dis à tout le monde. Et alors, j'étais contente. Et puis, arrivée l'échéance, je commençais à ne pas avoir envie de venir. En fait, je redoutais. Je redoutais de rencontrer ces femmes qui vont chacune raconter. Je redoutais les émotions. Je redoutais de mettre des mots sur ce que j'ai et sur ce qui ne me fait pas. Enfin, ils sont ma douleur. Et je redoutais tout. Aussi, j'en redoutais sur la rondeau. J'ai peur que ce sera trop difficile, que je n'y arriverai pas.
- Speaker #0
Parce que ça fait un moment que je n'ai pas repris la rondeau. Tout était fait pour que tu n'aies pas envie. Ton esprit disait qu'il ne faut pas y aller.
- Speaker #1
Il ne faut pas y aller. Et pour te donner une image, d'habitude, je fais une valise pour aller en vacances une semaine à l'avance. Je les ai faites le jour même.
- Speaker #0
Ah oui. Ça apporte quoi ? On va bientôt terminer ce podcast. J'ai deux, trois questions. J'aimerais qu'on parle de toi encore un peu avant de terminer sur « Chacun son Everest » . Ou si tu veux, on peut commencer par là. Tu as la sensation que ça va t'apporter quoi, « Chacun son Everest » ? Pour toi, dans la suite de ta vie, dans la suite de ce parcours avec la maladie ou contre la maladie, je ne sais pas comment tu veux le dire. En tout cas, dans ce cheminement, dans ce chemin de vie que tu as dû affronter, ça t'apporte quoi à chacun de ton Everest ? Tu le vois comment ? Pourquoi être venue ici ? C'est quoi ton objectif en étant ici ?
- Speaker #1
Je suis venue, alors sincèrement, je suis venue, je me dis, je vais me reposer, je vais rencontrer d'autres personnes, mais sans aller beaucoup plus que ça. Mais en fait, finalement, c'est extraordinaire.
- Speaker #0
C'est... Hier, on a fait une visio avec Christine Jeannin, la fondatrice.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Elle a raconté son parcours. Et j'ai essayé de me retenir, de ne pas pleurer. Et parce que la veille, on avait regardé son film avec les filles. Et on s'est dit avec les filles, on s'est dit mais quelle femme ! Elle est venue au monde. Faire cette mission.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce qu'elle le fait pour nous, mais elle le fait aussi pour les enfants. C'est les enfants les premiers, et après, elle a dit les enfants et les femmes d'abord. Et quand on a eu la visio avec elle, après qu'on a vu son film la veille, je voulais lui dire, j'avais cette question, et elle a dit si vous avez des questions, je lui ai dit, mais... Je lui ai dit Christine. Je lui ai dit, est-ce que tu es consciente ? De tout ce... Et je n'ai pas pu finir ma question. C'est les filles qui l'ont fini. Pour moi, de tout ce bonheur, ce bien-être que vous nous avez apporté. Je lui ai dit, parce que c'est extraordinaire et exceptionnel. On est comme des princesses. Et au-delà d'être bien, il nous apporte plein, plein de choses, des outils, des explications, de... ils sont allés tout au fond de nous-mêmes pour creuser, pour aller mettre des mots là où ça fait mal. Et après, on ressort plus fort, on y croit. Ils se retournent, on gagne un groupe. Moi, j'ai rencontré des personnes extraordinaires. On s'est fait des faux rires. On a pleuré ensemble. On a rigolé ensemble. On a partagé des difficultés ensemble. et et Et alors, on s'est dit, en fait, on a de la chance. En fait, on a de la chance.
- Speaker #1
D'être encore là pour le vivre.
- Speaker #0
D'être là pour le vivre. On a de la chance de vivre en France. Et d'avoir accès aux soins, accès à des personnes comme Christine. Ce n'est pas donné, parce qu'on a un oncologue avec nous qui vient de la Belgique. Et l'onique est magnifique. Et bien... Elle m'a dit, on me dit qu'il n'y en a pas ce genre d'association. Alors, moi, je suis quelqu'un qui a beaucoup la gratitude. Je remercie, je remercie beaucoup, Et c'est une chance extraordinaire d'avoir les moyens de se soigner et d'avoir ce soutien.
- Speaker #1
Aujourd'hui, est-ce que tu te sens femme ? Est-ce que tu as la sensation d'avoir retrouvé ou d'avoir peut-être jamais perdu, cette féminité que tu as à l'intérieur de toi, ou en tout cas, c'est quoi la nouvelle femme que tu es devenue, peut-être ?
- Speaker #0
Alors, la féminité à 100%, pas encore, parce que moi, je tenais beaucoup à mes cheveux, je pense. Mon mari me dit, oui, mais on ne va pas attendre que tu aies des cheveux longs. on peut la retrouver.
- Speaker #1
Petit à petit.
- Speaker #0
Petit à petit. Mais oui, alors c'est quand l'intimité est regagnée dans mon couple.
- Speaker #1
Que là, tu te ressens femme.
- Speaker #0
Oui, là que je me ressens femme. Et puis mon mari qui est toujours là. Et puis moi aussi, j'aime le faire plaisir, j'aime le faire belle pour lui. Alors, pour moi et pour lui. Je n'ai pas encore repris à 100%, mais oui.
- Speaker #1
Tu es sur la bonne voie.
- Speaker #0
Je suis sur la bonne voie. Et ce six jours, à chaque amour de l'Everest, il m'a complètement transformée. Je ne me suis pas maquillée depuis que j'ai eu ma maladie. Et hier, on a fait un shooting de photos, je me suis maquillée. C'est génial. Au départ, j'ai dit, je ne vais pas maquiller Fanny, qui est une des filles... de l'association. Elle était là, elle me l'a fait. Oui, il y a toujours des gens et on a passé un moment extraordinaire.
- Speaker #1
On arrive à la dernière question. Peut-être pas la plus facile. J'aimerais que tu t'adresses... Il y en a deux. D'abord, j'aimerais que tu t'assoies à côté de Zayna qui comprend qu'elle a une tumeur. Tu lui dis quoi à cette Zayna-là ? Euh... que...
- Speaker #0
J'ai une épreuve qui m'a rendue encore plus forte, mais la vie elle est encore devant moi et ça va aller.
- Speaker #1
Est-ce que tu es fière de toi ? Est-ce que tu es fière d'avoir combattu comme ça ? Tu te rends compte de ce que tu as réussi à faire ? Tu l'as vaincu ?
- Speaker #0
Oui, c'est marrant parce qu'on parlait de ça ce matin avec les filles.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On n'arrive pas à dire qu'on est fière ou qu'on est courageuse. On n'a pas eu le choix. Quand on tombe dessus, tu ne choisis pas. Tu dis, il est là, je me bats. Je ne sais pas s'il y a des gens qui lâchent prise ou pas, mais je pense à notre âge surtout. On est toutes dans la même tranche d'âge et on n'a pas le choix. On a toutes des enfants, on est toutes jeunes, on se dit, on se bat.
- Speaker #1
Et à une femme qui vient m'apprendre qu'elle a un cancer du sein. Tu lui dis quoi pour terminer ce podcast ?
- Speaker #0
Je vais lui dire, je l'espère de tout cœur qu'elle aura des personnes sur qui elle peut compter. Parce que ça change tout. Moi j'ai eu ma famille, quand je dis ma famille, pas que mon mari. J'ai eu toute ma famille, mes soeurs, mon frère. Mon père, même s'il a du mal, mais j'ai ma famille. J'ai ma belle-mère aussi, mes beaux-parents, ma belle-famille qui étaient là, ou c'est pour moi ma belle-mère qui était là, présente aussi. Moi, je l'espère de tout cœur que les femmes soient accompagnées, parce que ce n'est pas automatique.
- Speaker #1
Non, c'est vrai.
- Speaker #0
Et ça, ça me fait beaucoup de peine. Mais si on prend, et que les femmes, elles ont avec qui passer ce moment difficile, et si elles n'ont pas que... J'espère qu'elles auront une force intérieure qui va les accompagner. Eh bien, je vais leur dire que ce n'est pas la fin. Et qu'elles vont découvrir, et même, je dirais, en apprécier la vie depuis. Alors qu'avant, on vivait pour travailler, on vivait pour nos enfants, on vivait pour que tout se passe bien. Aujourd'hui, on a changé. On vit aussi pour nous, avec eux, mais pour nous aussi. Et ça, on peut... pas l'avoir sans cette maladie. Pour moi, et je l'espère de tout cœur qu'elle va guérir, c'est vrai que ce n'est pas la maladie la plus grave en soi. Il y a beaucoup de traitements et la rémission, elle est de 90%, 90%. Mais ça change la vie. Ça change la vie, on a plus de gratitude et on ne voit plus la vie de la même manière. Et ça, c'est... Moi, je trouve que c'est extraordinaire, sans parler de toutes les personnes qu'on rencontre sur notre chemin.
- Speaker #1
Ça te va si je te dis que tu es extrêmement lumineuse ?
- Speaker #0
Oh ! Merci Stéphanie.
- Speaker #1
Merci à toi, merci beaucoup. C'était très émouvant de t'avoir à ce micro. Et je suis ravie que tu aies passé le cap et je suis sûre que tu vas aider beaucoup de femmes qui t'écoutent aujourd'hui.
- Speaker #0
Merci. Merci. Et c'est vraiment la chance de venir. Chacun son ivresse, comme elle dit Christine, il y a 60 000 femmes, on ne peut pas ramener tout le monde, mais je veux remercier énormément cette association, les filles, toutes les filles qui nous ont accompagnées, c'est juste vraiment, je ne sais pas comment les remercier, je ne peux même pas l'expliquer. Oui,
- Speaker #1
ton cœur est rempli de gratitude.
- Speaker #0
Oui, mon cœur est rempli de gratitude et je remercie ma femme.
- Speaker #1
et ton mari. Parce que bon, on aura bien compris.
- Speaker #0
Mon mari, par exemple, je fais ça pour les personnes. Alors moi, j'ai eu la chance d'avoir un mari. Il y a beaucoup qui ont eu la chance d'avoir un mari extraordinaire. Je l'aimais avant. Je savais qu'il faisait partie de moi. Mais depuis que j'ai vécu ça, c'est ma lumière.
- Speaker #1
On termine comme ça ? Oui. Merci Zahina.
- Speaker #0
Merci Stéphanie.