- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Baranco, et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal, pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer, et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elle, voici l'heure d'histoire, place à Parole de Femme, saison 3. Aujourd'hui, je reçois une jeune fille au parcours déjà hors normes. A 17 ans, elle évolue dans un monde où la discipline, la performance et les attentes sont omniprésentes. Mais ici, on ne va pas parler de résultats, de médailles, on va parler de toi. de ce que tu ressens, de comment on grandit dans un environnement un petit peu différent de toutes les autres jeunes filles de ton âge. On va parler de ta vérité, aujourd'hui, à l'instant présent. Ming, bienvenue sur Parole de Femme.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci à toi de passer ce moment avec nous. Tu as 17 ans.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et avant de commencer... à discuter de toi en un rituel dans Parole de Femme. Je vais te poser trois questions pour mieux te connaître. Si tu étais une couleur, si tu étais un moment de la journée que tu aimes particulièrement, et si tu étais ton plat préféré, ça serait quoi ?
- Speaker #1
Alors pour ma couleur, la couleur ce serait plutôt bleu marine.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
C'est vraiment une couleur que j'apprécie. Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais vraiment, ce bleu marine, j'adore.
- Speaker #0
Est-ce que c'est la couleur du maillot de l'équipe de France ?
- Speaker #1
Oui, aussi. Ça peut être ça. Mais non, le bleu marine, quand j'étais petite, c'était le vert.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais maintenant, c'est le bleu marine.
- Speaker #0
Ok. C'est profond comme couleur ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu ressens ça ?
- Speaker #1
Oui, oui. C'est...
- Speaker #0
Une maturité ?
- Speaker #1
Oui. Je ne sais même pas comment l'expliquer, ça. C'est assez spécial.
- Speaker #0
T'es appelée par le bleu maré.
- Speaker #1
Ouais, exactement.
- Speaker #0
Un moment de la journée que tu aimes bien ?
- Speaker #1
Je sais pas trop trop, c'est compliqué. J'aime toute la journée, sauf le matin à 7h, c'est compliqué. Je pense vers 17h30.
- Speaker #0
C'est le moment où tu vas t'entraîner ?
- Speaker #1
Bah, je suis déjà à l'entraînement et c'est le moment où on... c'est le dernier agré. Et c'est là où c'est le dernier agré un peu plus fun de la journée. Parce qu'on sait que c'est le dernier agré. Et du coup, après on sait que derrière il y a la préparation physique de fin de journée. Et après on sait que c'est la fin de journée. Et j'aime bien cette ambiance fun du dernier agré de la journée.
- Speaker #0
T'en as besoin de fun ? La jean, c'est dans l'inconscient collectif. On a l'impression que c'est un sport d'une rigueur redoutable, un peu comme la danse. Tu as besoin de mettre un peu de fun dans ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, il faut un peu de fun parce que sinon c'est trop rigide et je pense qu'on ne se fait pas plaisir si c'est trop dur. Il faut vraiment un peu de fun, il faut rigoler et il faut garder un peu son âme d'enfant aussi. C'est important parce que... Sinon, après, ce n'est pas très rigolo non plus. On fait quand même 30 heures de gym par semaine. Et si on ne plaisante pas un peu avec les coachs, avec les filles, ça ferait vraiment toutes les semaines pareil. Ce ne serait pas très drôle de venir s'entraîner.
- Speaker #0
Oui, il faut que tu trouves quand même du plaisir pour arriver à venir 30 heures. On reviendra sur ton rythme un peu plus tard. Et qu'est-ce que je t'ai demandé ?
- Speaker #1
Le plat préféré.
- Speaker #0
Le plat préféré.
- Speaker #1
Alors... Des pâtes carbonara.
- Speaker #0
Des pâtes carbonara.
- Speaker #1
Alors, de manière générale, j'adore les pâtes. C'est vraiment ce que je préfère. Et la carbonara, parce qu'il y a les lardons, je ne sais pas, c'est super. C'est gourmand.
- Speaker #0
C'est réconfortant.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
On y reviendra, mais ma question, elle n'est pas anodine. Tu as des obligations. Par rapport à ton corps ou par rapport à ton poids, est-ce que tu dois surveiller ce que tu manges tout le temps ou est-ce que c'est juste avant les périodes de compétition ? Le rapport au corps, comment ça se passe avec la nourriture ?
- Speaker #1
Ce n'est pas qu'il faut surveiller, mais il faut faire attention un peu globalement tout le temps. Mais ce n'est pas interdit de se faire des plaisirs une fois par semaine. Et toute la semaine, on mange généralement correctement. Et le week-end, on essaie de se faire un peu plus plaisir. Donc voilà, il n'y a pas vraiment d'obligation. À part plus quand on est en compétition, c'est sûr qu'il faut plus de ça, plus de ça. Enfin, c'est un équilibre.
- Speaker #0
Tu as été aidée pour comprendre justement comment gérer... ton alimentation ou c'est toi toute seule au feeling et peut-être avec ta maman vous avez appris un petit peu toi les féculents les palais fait que fin comment apprendre à manger et ben il n'y avait pas du tout d'aide quand je crois au pôle il
- Speaker #1
a sauf et depuis un an qu'on a une aide mais moi je veux pas m'étendre sur ce sujet mais c'est vrai que ma maman on a plus gérer ça et sinon enfin on sait un peu la base de l'alimentation Et après, on essaye d'adapter en fonction, mais c'est compliqué parce qu'on n'a pas tous les atouts pour. Il faut vraiment quelqu'un qui soit spécialisé dedans.
- Speaker #0
Oui, c'est pour ça que je pensais que peut-être au départ, on vous donnait, on vous disait, tiens, tu peux faire telle chose, telle chose, telle chose, pour arriver à maintenir un équilibre.
- Speaker #1
Quelques aides que les entraîneurs nous donnent un petit peu aussi.
- Speaker #0
Situées ?
- Speaker #1
Plutôt des desserts.
- Speaker #0
mais tu aimes bien manger ça fait plaisir de partager ton clash disette tu as 17 ans tu peux nous rappeler simplement là ton palmarès je sais pas comment on dit c'est un palmarès sportif je commence depuis je suis née je suis plus forte
- Speaker #1
La première compétition de référence que j'ai fait, c'était les championnats d'Europe en 2022. J'étais encore junior, c'était ma première année. On avait fait cinquième par équipe, ce qui était pas mal. Et après, moi j'ai été qualifiée en finale saut. J'ai fini du coup vice-championne d'Europe au saut en junior.
- Speaker #0
Là t'avais quel âge ?
- Speaker #1
Et là j'avais...
- Speaker #0
Quinze ans ?
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
quatorze.
- Speaker #1
Quatorze. Quatorze ans.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
L'année d'après... il y a eu une petite compétition, c'était un petit tournoi un peu, ça s'appelle le DTB Pokal, c'était en Allemagne, et là j'avais fait, par équipe je ne sais plus combien on avait fini, quatrième je crois, et en individuel j'avais été qualifiée au sol, je ne sais plus combien j'avais fait au sol, et après au saut j'avais fini première, et un mois après je crois, J'ai fait les championnats du monde junior cette fois-ci. Et voilà, j'avais fait troisième au saut de cheval. Et voilà, c'était une grande fierté. C'était super cool. Même si on sortait un peu du Covid et qu'il n'y avait pas beaucoup de monde, c'était en Turquie et pas vraiment beaucoup de monde. C'était un peu vide la salle, mais c'était quand même assez cool. Il y avait une ambiance française assez cool. Et après, l'année d'après, j'ai fait les championnats d'Europe à Rimini. On a fini troisième par équipe et j'ai fini troisième au saut. Et j'ai été qualifiée au sol où j'ai fini septième, je crois. Et après, c'était les Jeux Olympiques. Donc les Jeux, on a tous su que ça s'est mal passé. Mais en tout cas, moi, je sais que je peux retirer un positif de la compétition. C'est que j'ai fait le travail que je devais faire. J'ai assuré ce que j'avais assuré. Et là, je suis très fière de moi pour ça. Après, c'est sûr que pour l'équipe, on n'est pas très contents. On est un peu déçus de la performance que l'équipe a fournie. Mais c'est une étape dans la vie d'un sportif. Donc, il faut avancer malgré ça. Après, les Jeux Olympiques, c'est une expérience unique. Et sans du village et tout ça, c'était vraiment incroyable, tout simplement.
- Speaker #0
On va y revenir. Je reviens. Tu es allée super vite. Je vais reprendre petit à petit. Quand tu gagnes ta première compétition, tu montes sur ton premier podium. 14 ans, 15 ans, c'est hyper jeune. C'est là où tu as encore des jeunes filles qui en sont au pire de ma partie. Toi, ça te fait quoi ? Est-ce que tu arrives à te souvenir, c'était il n'y a pas si longtemps quand même, qu'est-ce que tu ressens ?
- Speaker #1
Oula, quand j'ai... Je suis un peu là d'Europe, je ne sais plus du tout. J'ai été contente mais je n'avais pas...
- Speaker #0
Tu ne prenais pas la mesure ?
- Speaker #1
Non, je ne prenais pas du tout la mesure et je... Je n'arrivais pas à réaliser qu'elle était vice-championne d'Europe.
- Speaker #0
Pourquoi, à ton avis ? Pourquoi tu ne prends pas la mesure à ce moment-là de ce que tu fais ?
- Speaker #1
Parce que je pense que je n'étais pas... Je ne sais pas, en fait.
- Speaker #0
Tu n'étais pas dans la... Est-ce que finalement, la compétition, ce n'était pas vraiment une compétition ? Toi, tu faisais ça pour le plaisir ?
- Speaker #1
La compétition, il y a le stress et tout ça, mais...
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je n'ai aucun souvenir de... Ouais, non.
- Speaker #0
Alors c'est quand ta première émotion ? Par rapport à une victoire, ou à une défaite d'ailleurs.
- Speaker #1
Pour ces championnats d'Europe-là, quand j'ai fini mes deux sauts, et quand mon entraîneur c'était Monique, qui était sur ces championnats d'Europe avec nous, elle est venue me serrer très fort dans ses bras, et là j'ai su que je pourrais jouer quelque chose, et du coup j'étais très très... En plus j'étais la dernière à passer, donc il y avait moins de suspense. Ouais, franchement, ouais, ce sentiment d'avoir accompli quelque chose et me dire en fait j'ai pas travaillé tout ça pour rien.
- Speaker #0
Ce tout ça, il est important, on va justement en parler maintenant. Tout ça, tout ça, quand on est une jeune fille de 17 ans, ce tout ça, il commence à 10 ans. À 10 ans... D'abord, comment on te détecte ? Toi, tu commences la gymnastique à quel âge ?
- Speaker #1
Au départ,
- Speaker #0
ton premier pied sur un tapis.
- Speaker #1
Oula, alors là, c'était très très tôt. Dès que j'y suis marché, c'était à un an.
- Speaker #0
D'accord. Parce que, est-ce qu'il y a des personnes dans ta famille qui déjà faisaient de la gymnastique pour que tu sois déjà mise ?
- Speaker #1
Si on reprend dès le début, ma mamie en faisait.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
De la FFCF. Ma maman.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Tu faisais. Elle faisait et après, du coup...
- Speaker #0
C'est une lignée de femme gymnaste.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
C'est trop beau.
- Speaker #1
Et après, du coup, j'ai fait... Dès que je suis marché, parce que vraiment, je ne tenais pas en place. Et du coup, elle m'a mis... Parce que juste en dessous de la maison, comme je suis née à Hong Kong, ça s'appelait Little Gym. Et ma maman, elle m'a mis directement là-bas pour que je puisse enlever un peu d'énergie. que j'avais. Et ouais, tout de suite, j'étais dans une salle de gym. Après, il n'y avait pas vraiment des cours de gym là-bas. Et dès que je suis rentrée en... Après, je suis allée en Belgique. En Belgique, il n'y avait pas forcément de cours de gym. Dès que je suis rentrée en France, j'avais 3 ans et demi à peu près. Là, j'ai commencé la gym bien à Viria, dans l'Inde.
- Speaker #0
D'accord. Et c'est là où tu commences vraiment à prendre des cours. c'était peut-être au départ de la baby gym ou quelque chose comme ça mais tu commences à prendre des cours et donc à 10 ans t'es détectée après ouais je suis allée après quand ma maman elle a déménagé sur Lyon et
- Speaker #1
ben on a essayé de trouver un club sur Lyon et je suis allée tout de suite à Frangeville parce que c'était j'ai visité plein de clubs et c'est vraiment là où je voulais aller c'était là où je me sentais bien et Là, je suis encore à Francheville. Je suis licenciée à Francheville. Je suis arrivée à 6 ans. Ça fait 11 ans que je suis là-bas. Au début, je faisais des petites compétitions. Après, j'ai commencé à être détectée pour des stages régionaux. Et après, stages nationaux. C'était un peu partout dans la France. Mais moi, j'ai été surtout à Avoine. J'ai fait deux stages à Avoine, je crois. en stage national. Et ouais, c'est à peu près là où on commence à nous détecter. J'avais 9 ans, je crois. Et oui, à partir de mes 10 ans, je suis partie au Pôle France de Saint-Etienne, mais en pré-Pôle, où j'étais en CM2 là-bas.
- Speaker #0
À 10 ans, quand même, partir en Pôle, il faut expliquer aux personnes qui nous écoutent aujourd'hui, c'est-à-dire c'est quand même partir aussi... de sa maison.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
C'est aller dans des familles d'accueil à 10 ans, voilà, on est encore petite. Oui. Tu en as parlé avec ta maman. Tu perçois à ce moment-là tout ce que ça va engager dans ta vie ?
- Speaker #1
Absolument pas.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'étais contente de rentrer, mais je sais que j'allais m'entraîner aux côtés de... C'était à l'époque Mélanie, il y avait Louise Vanny, il y avait plein de grandes gymnastes qui étaient là-bas. Et je réalisais que j'allais m'entraîner avec elle, mais je ne réalisais pas que j'allais devenir une sportive référente. Voilà, exactement.
- Speaker #0
Et le fait de partir de la maison, finalement, ça va ?
- Speaker #1
Au début, ça allait parce qu'on avait vraiment des horaires. Quand j'étais au pré-pôle, je ne faisais que deux soirs en famille d'accueil. Donc, je partais le lundi matin de chez moi. Je dormais le lundi soir en famille. d'accueil du coup, le mardi soir je rentrais et le mercredi je m'entraînais à Frangeville et le jeudi matin je repartais de Lyon je dormais le jeudi soir en famille d'accueil et le vendredi je rentrais à la maison oui c'est ce qu'on disait avec ta maman finalement elle a fait en sorte d'y
- Speaker #0
aller progressivement pour que finalement tu puisses toi le vivre,
- Speaker #1
qu'il n'y ait pas un déracinement oui exactement à 10 ans ça fait tout quand même tous les mois, toutes les semaines, partir.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses, avec ces sept années de recul, que c'est aussi parce que ta maman a su mettre ce rythme et certainement aussi se mettre un peu au service de ton emploi du temps, que tu as gardé le plaisir de faire de la gym et que ça ne t'en a pas dégoûté comme ça aurait peut-être pu le faire ?
- Speaker #1
Oui, parce que sinon, je pense que tout... Être chaque semaine loin, enfin loin, pas non plus là-bas.
- Speaker #0
Mais pas chez toi.
- Speaker #1
Oui, c'est pas chez moi, mais je pense que ça aurait été dur et j'aurais plus pensé à la distance que j'avais plutôt qu'à l'entraînement. Et là, j'avais moins ce souci-là à penser.
- Speaker #0
Ouais, t'as gardé un peu ce cocon. Oui. Donc, disons, tu commences à faire, comme tu disais, tes compétitions. À 10 ans, tu avais déjà des amis chez toi. Donc, comment à ce moment-là, tu vas arriver à organiser ta vie pour pouvoir continuer à avoir peut-être tes amis ? Ou est-ce que finalement, tu te rends compte, à 10, 11, peut-être 12 ans, que tu feras un choix et que tu vas choisir la gymnastique ? plutôt qu'une soirée pyjama.
- Speaker #1
Exactement, oui, c'est ça. En fait, on a tellement un emploi du temps chargé en gym que le soir, on rentre déjà tard, il est 19h30, on ne veut pas se permettre, le lendemain déjà, on se lève tôt, on ne veut pas se permettre de faire des soirées pyjama à cet âge-là parce que déjà, notre corps est fatigué. On est jeune pour faire ça. Et quand je suis partie, oui, j'étais... triste de dire au revoir à certaines personnes, certaines amies mais finalement j'en suis fait d'autres à Saint-Etienne donc finalement, après je suis toujours en contact avec elle mais j'en suis fait d'autres à Saint-Etienne Est-ce que j'allais te demander mais est-ce que finalement les amis que tu avais avant est-ce qu'on arrive à garder finalement l'amitié quand
- Speaker #0
on vit dans des mondes qui sont finalement, alors pas opposé parce que c'est pas ça mais tu as un rythme de vie qui est finalement, moi j'ai une fille qui a 17 ans, je pense que vous n'avez tellement pas le même rythme de vie que comment est-ce que finalement, est-ce que c'est pas plutôt tu tends pas plutôt à aller te rapprocher vers des filles qui finalement vivent la même chose que toi pour peut-être partager ? Oui,
- Speaker #1
c'est ça mais après surtout en cours Comme on n'est pas souvent là, on fait trois heures de cours par jour, dans un lycée normal en plus. Notre classe, on ne la voit presque jamais. Les personnes de notre classe, on leur parle, mais ce n'est pas vraiment nos amis. Ce sont des amis, mais...
- Speaker #0
Des potes. Oui,
- Speaker #1
des potes. C'est cool, mais franchement, on n'a pas la même... Quand on est vraiment au lycée tout le temps... On peut vraiment avoir des amis qui sont proches et tout ça, mais là, on n'a pas le temps de... En fait, le peu de temps qu'on est en cours, on n'a pas le temps assez de créer un lien d'amitié.
- Speaker #0
Ça te manque parfois ?
- Speaker #1
Non, pas tellement. Parce que je vais quand même garder des liens avec des personnes qui font... Ça fait longtemps qu'ils ne s'entraînent plus ensemble ou qu'on n'est plus ensemble. Je garde toujours des liens, donc ça ne me gêne absolument pas. Après, vraiment toutes mes copines de Saint-Etienne-du-Pôle, moi je les adore, c'est comme une deuxième famille. Et pas du tout, parce que certaines personnes, je parle du lycée parce qu'on voit presque que lycée, on n'a pas vraiment le même projet en commun, on ne parle pas vraiment des mêmes choses, on n'a pas la même vision de la vie. Et donc je trouve que c'est compliqué de faire la discussion avec des personnes où on n'a pas la même vision des choses.
- Speaker #0
En fait, c'est ça.
- Speaker #1
À cet âge-là, on va bientôt arriver à notre majorité. C'est compliqué d'avoir des amis qui n'ont pas le même ressenti que nous. Nous, on pense que le sport, c'est vraiment notre raison, enfin, pas raison de vivre, mais on pense vraiment que c'est important. Et l'école aussi, mais eux, ils ne sont pas du tout là-dedans. Le sport, pas du tout. Il y en a certains. Il y en a certains, si. Oui,
- Speaker #0
mais est-ce que tu dirais que finalement, c'est aussi peut-être une question de choix, de maturité ? Tout à l'heure, on en parlait déjà, mais du coup, toi, quand même, t'as été rapidement projetée dans un univers où on te donne des objectifs. Tu te donnes, déjà en premier, des objectifs qu'il faut respecter, il faut aller travailler pour ça. Donc, il y a peut-être, tu me dis si je me trompe, peut-être un peu moins d'insouciance. Et du coup, ça t'a donné une plus grande force et une plus grande maturité ?
- Speaker #1
Ben, quand j'étais jeune... Quand j'étais petite, pas au prépaude, mais après, je savais vraiment ce que je voulais. Et donc, je fonçais un peu tête baissée. Et je ne faisais pas attention à... Maintenant que je grandis, je prends plus conscience des choses. Qu'au lycée, on peut avoir des personnes, des amis et tout ça. Alors que quand j'étais petite, pas forcément.
- Speaker #0
Tu avais ton monde. Voilà, j'avais... Tu étais dans mon monde.
- Speaker #1
Et je ne parlais vraiment à personne. Maintenant, je commence un peu à parler. Mais en fait, c'est compliqué parce que... C'est difficile de parler avec des personnes que tu n'as pas beaucoup... Tu ne parles pas avec des personnes que tu as vues quand tu étais à l'école avant. C'est sûr que je suis timide quand je suis en cours, alors que je ne suis pas du tout timide dans la vraie vie. C'est vraiment bizarre. Mais c'est parce que quand j'étais petite, je parlais... Franchement, j'étais vraiment dans ma bulle et je ne faisais pas attention à ça.
- Speaker #0
Tu te sens parfois un peu à l'écart ?
- Speaker #1
Non. Les profs, en tout cas, ils nous considèrent comme des personnes normales.
- Speaker #0
Tu sens qu'il n'y a pas de traitement ?
- Speaker #1
Pas de traitement. À part quand on perd... Enfin, ça dépend des profs, bien évidemment, mais... On n'a pas... Il y a des fois où on peut faire quelques petits trucs, ils laisseront passer plus facilement, parce qu'on a des horaires plus chargés que ça.
- Speaker #0
Mais par rapport à, par exemple... Aux autres personnes qui font partie de ta classe, est-ce que tu sens une admiration ? Ou pas du tout ? Est-ce qu'ils se rendent compte ? Ou peut-être l'inverse ? Est-ce que tu te sens parfois mis de côté ? Ou est-ce que finalement c'est hyper neutre ?
- Speaker #1
C'est un peu neutre et je m'en rappelle l'année dernière, quand je rentrais en première, c'était ma professeure de français qui m'a aidée pour le bac. et qui était ma professeure en 6ème de français. Et quand elle a rentré, c'était ma professeure principale en plus. Et elle a dit devant toute la classe que je venais de faire les Jeux Olympiques. Et elle a été toute fière et tout ça. Du coup, ils sont tous retournés. Ils étaient un peu sous le choc que j'ai fait les Jeux Olympiques et que je sois un peu dans leur classe. Après, certains m'ont demandé pendant une semaine, ça a duré. Comment c'était ? Comment ça s'est passé ? Sinon, après, ça s'est vite arrêté.
- Speaker #0
Et tu l'as vécu comment, ça ?
- Speaker #1
Je me sentais importante un peu. J'étais contente parce que quand on arrive en cours, généralement on ne s'intéresse pas beaucoup à nous les gymnastes parce qu'on n'est jamais là, on n'arrive pas à lier un lien d'amitié. C'est compliqué. Et là, ça faisait du bien que les gens viennent me parler en me demandant comment ça s'est passé, comment c'était. Je trouve que c'est cool.
- Speaker #0
C'est un peu comme une reconnaissance.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Cette reconnaissance, je voulais qu'on en parle un peu, on peut en parler maintenant si tu veux. C'est une reconnaissance du travail accompli. La discipline de la gymnastique, c'est une discipline, j'imagine que je pourrais interroger 15 sportives de haut niveau, elles me diraient la même chose. La compétition de haut niveau demande. énormément de rigueur. Et quand même, c'est ce que je mettais au départ, la gym. elle a cette image de dureté, de rigidité, même pour le corps des femmes, qui est vraiment haute dans l'échelle. Comment toi tu la gères cette rigueur au quotidien ? Je ne parle pas d'alimentation, je parle de tout, de comment tu gères ton corps, comment tu en prends soin, est-ce que parfois... T'es tellement fatiguée, comment t'arrives à avoir ce rapport avec ton corps pour que tu te sentes bien avec lui ?
- Speaker #1
Bah après ça c'est plus, pour que je me sente bien déjà il faut être bien mentalement. Parce que ça fait partie vraiment de tout. Et si je me sens pas bien mentalement, après ça va pas aller à l'entraînement, ça va rien, aller nulle part. Donc pour ça, il y a les psychologues, les préparatrices mentales qui sont là. Et ça, ça joue un rôle très important.
- Speaker #0
Tu as un vrai accompagnement alors. Pour autant, là-dessus, tu as un vrai accompagnement. Oui,
- Speaker #1
j'ai un très très bon accompagnement.
- Speaker #0
C'est hyper important.
- Speaker #1
Après, une fois que ça, ça va, après il y a tout ce qui est blessure et tout ça, ça, il faut faire vraiment attention. On a le médecin, un médecin qui vient deux fois par semaine au pôle, qui est là pour nous tout le temps. C'est un peu notre confident aussi parce qu'on lui dit un peu... C'est un peu comme un psychologue, mais en médecin un peu. C'est différent et il est cool avec nous, donc c'est bien aussi. Après, franchement, on a un accompagnement aussi autour. On a des kinés s'il y a quelque chose qui ne va pas. Après, pour la récupération du corps aussi, il faut bien dormir, c'est important. Il faut en prendre soin. Dès qu'on a une blessure, il faut faire très attention à... comment la soigner, donc il faut mettre parfois du froid, parfois du chaud, mettre de la crème, mettre de l'argile ou plein de choses comme ça. Et là aussi, on a un jacuzzi, un bain froid pour récupération. Et donc ça, il faut vraiment... C'est mis à notre disposition, donc il faut les faire.
- Speaker #0
Faire le pas, oui.
- Speaker #1
Au début, c'est sûr que quand t'es petite, tu vas plutôt au jacuzzi parce que... plus détendu et ça fait du bien d'aller au jacuzzi mais plus tu grandis plus tu prends conscience que le bain froid c'est très important même si c'est très froid, c'est dur mentalement de rester à l'intérieur mais il faut passer un cap et se dire non en fait c'est vraiment pour mon bien-être et pour que demain j'arrive à l'entraînement et que j'ai mon corps qui soit bien Bon, c'est vrai que... généralement c'est à 10 degrés le bain froid et tu t'immerges complètement là ? non moi je fais je suis assise on a un bain froid soit on est debout et ça nous arrive aux cuisses soit on est assise et ça nous arrive au milieu du ventre donc moi je fais plutôt ça et
- Speaker #0
je reste 10 minutes il y a des moments où tu te dis que c'est lourd à porter pour une jeune fille de 17 ans tout ça ?
- Speaker #1
C'est sûr qu'il faut avoir un bon mental pour tenir ça, parce que c'est quand même dur ce qu'on nous demande par semaine.
- Speaker #0
Tu la puises d'où ta force ?
- Speaker #1
Je ne sais pas du tout.
- Speaker #0
C'est l'envie d'avancer ? Oui,
- Speaker #1
l'envie d'avancer. J'ai toujours envie d'avancer, du coup, quand ça ne va pas, je puise de la force, ça c'est sûr. Mais dès que ça va, j'ai l'impression de regagner de la force. Et du coup, bah...
- Speaker #0
Tu t'auto... Fais penser à une voiture qui se recharge par elle-même, tu vois. Mais c'est vrai que quand on pense au sport de haut niveau, on pense forcément à 17 ans. Je vais te poser la question parce qu'elle est légitime. Je pense que les gens qui nous écoutent, ils pensent aussi. Parfois, est-ce que tu as eu la sensation, ou maintenant, de sacrifier un petit bout ? de ton enfance ou de ton adolescence au service d'un idée, enfin de quelque chose de plus grand finalement et comment tu le vis et comment tu l'as vécu, est-ce qu'il y a eu des moments où tu as dit à ta maman j'en ai marre, j'ai envie de tout arrêter j'ai envie d'aller faire les quatre, tu vois de lâcher tu vois, genre je pète les plombs pendant un week-end complet parce que j'en peux plus ou finalement Ça fait partie de ton ADN et que...
- Speaker #1
J'ai jamais pété de crise parce que j'avais tout plaqué.
- Speaker #0
Tout plaqué quoi.
- Speaker #1
Rien. Mais par contre oui, c'est des sacrifices.
- Speaker #0
On sacrifie un peu notre enfance, je dirais normale, entre guillemets, pour d'autres enfants, pour poursuivre son rêve. Et ce n'est pas vraiment un sacrifice parce qu'on le veut et on est content de partir, de faire des expériences pour notre futur et tout ça. Mais quand on est petit, on pense que c'est vraiment des sacrifices. mais maintenant quand ? Quand on est plus grand, on réfléchit, on se dit que ce n'était pas des sacrifices, c'était juste un autre choix de vie. C'était différent.
- Speaker #1
Parce que tu vis des choses qui sont au-delà du fait de gagner des médailles, ou pas d'ailleurs. Mais c'est important, on y reviendra après, sur le nom, sur le fait de rater une compétition, c'est hyper important. Mais tu vis des expériences de foot, tu parlais de la Turquie. mais tu te balades en fait en Europe, même peut-être le monde, la Turquie oui voilà c'était à Jakarta c'était exceptionnel et quand tu pars comme ça est-ce que vous êtes entre vous Paul ou est-ce que vous partez avec vos parents ou est-ce que vous avez droit à un accompagnant ?
- Speaker #0
Alors en fait quand on part pour des compétitions comme ça on part avec l'équipe de France donc c'est vraiment toutes les filles de la France qui sont Merci. Généralement, on part à 5 filles à peu près. Et on part, c'est des sélections qui se font. Et on part à 5, il y a généralement 2 coachs, 1 kiné. Et voilà.
- Speaker #1
Oui, parce que ça veut dire que toi, tu fais partie du Pôle France Rhône-Alpes. Non,
- Speaker #0
Saint-Étienne.
- Speaker #1
Saint-Étienne. Oui. Et ça veut dire que, par exemple, pour partir au Championnat du Monde à Jakarta, tu as tout un tas de sélections. pour arriver à partir, c'est ça ? Exactement. Et pas acquis.
- Speaker #0
Non, non. En fait, oui. Parce qu'il y a plusieurs pôles en France. Alors, il y a des pôles espoir, donc il y a celui de Dijon et celui de Meaux. Et il y a des pôles France, Saint-Etienne et à l'INSEP, c'est Paris.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et donc, on fait des compétitions et ça réunit un peu, ou parfois c'est en vidéo pour que ça soit plus simple au lieu de se déplacer. Mais pour les championnats du monde, c'était un stage à La Rochelle et on avait fait un test sur les agrès. Et au fil de ces tests-là, ils déterminent la meilleure équipe, meilleure fille qui pourra potentiellement ramener une médaille ou rentrer dans une finale.
- Speaker #1
Donc en fait, tu vis en mode compétition presque. Ce n'est pas juste, je travaille. Le juste, il est ironique. Ce n'est pas juste, je travaille en vue de telle compétition. C'est-à-dire que tu as de la compétition, même presque dans ton quotidien. c'est-à-dire que...
- Speaker #0
tu t'auto-mets en compétition pour accéder à l'équipe France pour accéder à un tel championnat mais ce qui est bien en plus au pôle c'est que entre nous les filles on n'est pas en compétition justement on est contente pour les filles si elles sont sélectionnées on ne va pas on ne va pas essayer de mettre des battes aux autres filles parce que normalement on est toutes copines donc je... Yeah. on est toutes heureuses il n'y a pas de concurrence il y a de la compétition mais pas de concurrence tu parlais,
- Speaker #1
on évoquait justement avant le fait parfois de se planter d'arriver sur une compète et puis de passer à travers parce que ça peut arriver comment tu le vis toi ça ? et est-ce qu'il y a un accompagnement aussi pour la défaite ? parce que la victoire ça va c'est euphorisant bien qu'il faille gérer la regociante Mais la défaite, comment tu l'as fait ?
- Speaker #0
Je vais plutôt parler des jeux, parce que c'est là où il y a la plus grosse défaite, entre guillemets. Ça a été dur pour toute l'équipe en général, cette défaite. Mais il faut rebondir, mais le truc, c'est que derrière, en plus, après les jeux, généralement, on a un petit peu de la dépression, vite fait une petite dépression.
- Speaker #1
Déprime.
- Speaker #0
Voilà, une petite déprime. Et en fait, on n'a pas du tout été accompagnés derrière. On avait un contrat avec une préparatrice mentale en parallèle avec la fédération. C'était tout bien fait avant les Jeux. Et en fait, juste après les Jeux, ça se finit. Et ça, c'est pas trop et ça coule du tout. Parce que c'est justement là où on avait presque le plus besoin. Et il n'y avait personne qui était là. Et du coup... Moi, vers octobre, ça n'allait vraiment pas du tout bien. J'étais vraiment mal. Et du coup, c'est là que... Mon entraîneur, Marie-Angénie Colson, elle m'a dit « Mais pourquoi tu ne reprends pas des séances avec ta préparatrice mentale ? » Je lui ai dit « Mais avec la FEDE, ça s'est arrêté, elle ne peut plus me prendre. » Et elle m'a dit « Ce n'est pas grave, tu reprends, mais nous, on va la payer en plus parce que tu en as besoin et c'est le plus important. » Mais oui, de août à fin octobre, je n'avais plus personne.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu ressens à ce moment-là ? C'est quoi qui te met dans justement cet état de difficulté mentale ?
- Speaker #0
Il y avait toutes les émotions négatives.
- Speaker #1
D'avoir déçu ? De t'être déçu ?
- Speaker #0
Le truc, c'est qu'après les Jeux, on en a tellement fait une globalité que la France avait raté la gym, la gym française avait raté les Jeux olympiques. On en a tellement fait une globalité qu'en fait, je me suis mis dans la globalité alors que finalement... j'ai fait ce que j'avais à faire, même si pour l'équipe, c'est sûr que c'est très dur, mais sur les réseaux, sur tout ça, on n'a fait que parler mal, mal, mal, mal, et dès que dans, parfois quand j'allais quelque part, on disait, ah, quand je rentrais dans un club de gym, ah Ming, désolé pour les Jeux Olympiques et tout ça, du coup c'était vraiment tout le temps négatif, il n'y avait pas un peu de positivité. dans la vie de tous les jours. Et c'était... En fait, c'était pénible à la fin. Et je n'arrivais pas à me relativiser en me disant finalement, oui, l'équipe a peut-être fait pas quelque chose qu'on aurait voulu faire. Mais ce que j'ai produit, moi, c'était bien.
- Speaker #1
Et est-ce que ce n'est pas aussi ça un peu le sport ?
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Est-ce que ce n'est pas la base ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
On dit souvent, je crois que c'est au judo, on apprend d'abord à tomber avant de gagner. Le premier renseignement, c'est savoir tomber pour se relever. C'est important aujourd'hui, les réseaux sociaux, la pression. C'est ça que tu dirais qui est finalement le plus difficile dans l'échec d'une compète, avant d'être face à soi-même, de s'auto... penser ses propres blessures, c'est la pression extérieure et je pense peut-être un peu de méchanceté parfois.
- Speaker #0
Sur les réseaux, c'est sûr qu'il y a beaucoup de méchanceté. Après moi, j'avais, je l'ai toujours, j'ai Twitter, maintenant ça s'appelle X, mais moi chaque fois que j'ouvrais ce réseau, je voyais que des trucs un peu positifs pour la France. en disant que c'était un peu relativisé et tout ça. Après, moi, personnellement, j'ai jamais rien vu de méchant envers moi ou envers les autres filles de l'équipe. Après, peut-être que j'étais abonnée qu'aux personnes qui disaient du bien de nous, mais en tout cas, franchement, j'ai jamais... Si, peut-être deux ou trois fois, mais alors qu'il y a des filles, elles voient que le côté négatif que les gens postent. Et je trouve ça un peu décevant parce que les gens ils se mettent pas à la place des sportifs en disant bah ils critiquent alors qu'en fait ils peuvent pas faire mieux et c'est déjà bien assez dur le sport, qu'on gagne ou qu'on perde c'est le sport, c'est la vie et les gens qui critiquent en fait ils sont ridicules parce qu'ils pensent qu'ils se sentent importants en disant ça mais en fait... Ils se ridiculisent un peu sur les réseaux.
- Speaker #1
C'est important ce que tu dis. Le sport, c'est difficile. C'est une discipline, ça demande énormément. Parfois, tu as peur de décevoir les gens que tu aimes.
- Speaker #0
Oui, ça m'arrive beaucoup.
- Speaker #1
Comment tu gères ? Comment tu fais, toi, pour arriver justement quand tu as des moments de down ? Tu m'as expliqué avec le préparateur ou ta préparatrice mentale, quand tu en as une. Comment tu arrives justement à garder le cap des fois ? Tu vois, quand tu as peur de décevoir, est-ce que c'est quelque chose qui va finalement venir te donner de l'adrénaline supplémentaire ou est-ce qu'au contraire tu as besoin de lutter contre ça ? Parce que ça te met un poids sur les épaules. Non,
- Speaker #0
pas du tout. Ça me met de l'adrénaline supplémentaire justement, c'est positif.
- Speaker #1
Bon.
- Speaker #0
Toujours un peu, il y a toujours le stress que je me mets moi-même. Et le stress de la compétition. Parce que ça, si on n'a pas de stress, ça veut dire que... Tu ne peux pas aborder une compétition sans ça. C'est pas possible.
- Speaker #1
On laisse un peu ça de côté. Moi, je voudrais revenir un peu à ton âge, à tes 17 ans. Comment t'abordes ta fin d'adolescence ? Tout à l'heure, tu me disais que t'as pas du tout de regrets parce que tu vis finalement un peu ton rêve. En réalité, tu le vis et puis surtout, tu te les construis toi-même. Alors avec l'aide de ta maman, parce que je pense que ça se fait quand même à deux ces choix-là. Quand on a 17 ans, on pense aussi aux sorties, aux copains, aux copines et aux petits amis. Est-ce que tu te projettes un peu là-dedans ? Pas du tout. Pas du tout. Je ne sais pas si je suis bien. Mais comment ? Parce que pas de temps, parce que pas de place, parce que pas envie, parce que... Parce que oulala ! Ça viendra après. Oui,
- Speaker #0
ça viendra après. En fait, déjà, pas le temps. Parce que le matin, on se lève tôt, on rentre tard. Déjà, pour nous, pour prendre soin de nous, déjà, c'est dur. Alors si, en plus, il faut d'autres personnes qui viennent dans la vie, ou d'autres amis, enfin, un tout, ça fait trop. Et je pense qu'on oublie les priorités, justement.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Justement, personnellement, ma priorité, c'est vraiment la gym et après les autres choses qui sont à côté. Même si l'école est importante, c'est sûr que la gym, on ne peut pas en faire un métier, malheureusement. Après la gym, il faut avoir quelque chose dans la vie. Il faut vraiment que je finisse mes études. C'est vraiment important. C'est les deux choses les plus importantes.
- Speaker #1
Si tu dois mettre des numéros, c'est la gym les compètes. l'école pour assurer ton avenir et en 25ème avoir un amoureux, c'est ça ?
- Speaker #0
Après il y a la famille aussi je le mettrais plus en 1 c'est compliqué ? Oui, s'il n'y a pas la famille pour moi c'est compliqué
- Speaker #1
Pourquoi ? Parce que ça te soutient ?
- Speaker #0
Ça me soutient mais je ne sais pas moi c'est... C'est quelque chose qui me rend plus forte. Et ma famille est toujours très très proche de moi. Je ne sais même pas comment l'expliquer. Moi je trouve que la famille c'est vraiment le plus important. Parce que elle a toujours été là pour moi. Et il en faut.
- Speaker #1
Quand on a une fille ou une petite fille athlète de haut niveau, ça demande aussi à la famille. un certain nombre de sacrifices pour le coup ?
- Speaker #0
Je ne sais pas trop.
- Speaker #1
De voir ta maman, de voir ta maman, alors ça peut être des sacrifices financiers, parce que sur certains sports, tu vois, moi j'ai un de mes amis qui est Gwendal Pesra, qui est un patineur artistique. Lui, il me disait que ça coûte extrêmement cher. Les tenues, les patins, c'est un vrai investissement financier.
- Speaker #0
En fait, déjà, on paye le pôle, la famille d'accueil. Après, c'est sûr, il faut payer les tenues, il faut payer tout ce qui est pour les barres maniques, des chaussons pour le sol. Oui,
- Speaker #1
donc ça demande quand même un investissement. Oui,
- Speaker #0
aussi.
- Speaker #1
Je reviendrai après sur votre question. Et ça demande aussi, peut-être parce que ta maman est dans la gym. Aussi, mais ça demande aussi peut-être émotionnellement d'apprendre à laisser partir son enfant à 10 ans. Ça demande aussi un certain détachement et de se dire, je me mets aussi au service de mon enfant. Donc, c'est là-dedans que je disais que la famille, c'est important parce qu'elle s'est mise aussi un peu au service de ton talent. Sans être égoïste, sans vouloir te retenir à elle. Oui. Elle t'a laissé évoluer. Oui. C'est aussi ça, sinon.
- Speaker #0
Bah oui, sinon.
- Speaker #1
Si t'as vu une maman peut-être un peu plus rigide.
- Speaker #0
Oui, ça l'aurait pas fait.
- Speaker #1
Peut-être qu'à 10 ans, tu partais pas.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Donc, c'était en ça que je te disais. Le fait que t'aies une maman et une grand-mère qui soient gymnastes, est-ce que t'as parfois... Ça peut t'arriver sur certaines compétitions où tu les sens et comme si vous étiez toutes ensemble à faire le... Ou pas du tout, c'est vraiment toi avec toi. Pas du tout. Pas du tout.
- Speaker #0
C'est toi avec toi.
- Speaker #1
C'est pour moi.
- Speaker #0
Non, jamais. Non.
- Speaker #1
Mais elles viennent te voir ?
- Speaker #0
Oui. Mon papy aussi vient me voir.
- Speaker #1
Ah, ton papy aussi. Ton papy, il est gymnaste ?
- Speaker #0
Alors non. Mon papy était footballeur.
- Speaker #1
Il est sportif aussi ? Oui. Vous êtes vraiment une famille d'ultra-sportifs. Tu t'imagines, par contre, plus tard, quand tu auras terminé, c'est quoi une carrière pour une gymnaste ? Parce que quand on commence à 10 ans...
- Speaker #0
Je pense que ça finit généralement vers les 25. 25. Après, il y a plus certaines filles, mais généralement c'est 25.
- Speaker #1
Et après, tu envisages, par contre, d'avoir... Une vie qui redeviendra un peu plus conforme à ce qu'on vit en rigeant. Peut-être sortir, peut-être avoir un job plus ancré, moins vers la gym. Peut-être avoir un bébé ou pas. Ou vivre une vie qui ressemblera plus à une vie, moi je n'aime pas normale, mais plus traditionnelle. Ça, tu arrives à te projeter un peu là-dedans ?
- Speaker #0
Pas trop. Mais ça va venir avec le temps. Mais déjà, après le cycle olympique, après 2028, j'envisageais de partir aux Etats-Unis faire de la NCAA, c'est des compétitions universitaires. Ça déjà pendant 4 ou 5 ans. Du coup, ça fera mes 25 ans en plus. Après, tout dépend si j'ai envie de rester là-bas. En fait, tout va dépendre de ce qui va se passer là-bas. On va parler là-bas, si j'ai envie de revenir en France ou pas. Tout dépend.
- Speaker #1
Je reviens juste sur une chose, parce que du coup, après, on est partis dans notre discussion. Moi, ce qui me paraît important, parce qu'on est dans Parole de Femme, on parle de sujets aussi avec un point de vue très féminin. Donc, tu commences à 10 ans. Tu me dis si tu as de gêne, parce que je sais qu'à 17 ans parfois, comment tu as réussi à... Tu parlais tout à l'heure des down, tout ça, qu'il fallait être quand même toujours plutôt up pour arriver à s'entraîner. On sait que les jeunes filles à 10 ans, il y a les règles qui arrivent, il y a le corps qui évolue, les hormones qui des fois font des pics, tout ça. Comment en tant que gymnaste, toi et globalement avec tes amis, vous gérez ? Le fait d'avoir vos règles, parce que du coup, j'en ai demandé déjà à une sportive de haut niveau, ce n'est pas simple pour les médicaments, pour les douleurs, parce que j'imagine que tu ne peux pas rater un entraînement ou deux, c'est compliqué de rater. Comment tu gères ce rapport-là au corps aussi d'être une femme ? Ça implique qu'on le veuille ou non ?
- Speaker #0
Déjà, la gym, ça retarde beaucoup la croissance. Donc déjà, disons, nous, on n'a rien de tout ça.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Moi, mes règles, elles sont arrivées que quand j'avais 16 ans.
- Speaker #1
Ah oui, ça fait un peu... Ah oui, d'accord.
- Speaker #0
Je n'ai eu que mes 16 ans.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Donc, ça fait un petit retard, mais ce n'est pas très érangeant.
- Speaker #1
Ça ne change rien à la vie. Non.
- Speaker #0
Non. Mais après, tout ce qui est hormones et tout ça, moi, en tout cas, quand je n'ai jamais mal au ventre ou j'ai peut-être eu une ou deux fois, mais après, moi, ça ne me fait pas grand, grand chose.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
vous avez, par exemple, des équipements spécifiques, pour ne pas qu'il y ait une tâche de sang, une compétition ou quoi. Parce que, tu vois, je te dis ça parce que dans la première saison, je parlais avec la capitaine d'une équipe de volets, et elle disait qu'au départ, les équipementiers n'étaient pas du tout… n'avait pas conscience de ça et qu'elle, au début, elle jouait avec des shorts très moulants blancs. Et elle disait, mais en fait, c'est une aberration. Ils ne se mettent pas à notre place et ça met malgré tout. Alors peut-être une fois lancé dans ta compétition, quand tu es en train de gagner ton set, tu n'y penses plus. Mais quand même, en tant que femme, tu as un short blanc, tu as tes règles, c'est quand même hyper risqué. Est-ce que vous, vous avez, parce que tu es jeune, peut-être maintenant la parole a évolué là-dessus. Est-ce que vous avez peut-être un discours avec des équipes montiers ? Est-ce que c'est un peu mieux pensé maintenant ou alors pas du tout ?
- Speaker #0
Pas du tout. On peut avoir des jus saucors blancs de n'importe quelle couleur. Même parfois quand... Quand on essaye de dire, ils font en sorte de ne pas comprendre. On ne le dit pas, on fait des sous-entendus, mais ils font style qu'ils ne comprennent pas parce que ça ne les fait pas un peu chier.
- Speaker #1
Oui, ils ne sont pas très à l'écoute.
- Speaker #0
Du coup, c'est un peu chiant. Mais c'est comme ça, on fait avec.
- Speaker #1
Oui, parce qu'il ne faut pas dire justement si on devait projeter quelque chose pour... d'années futures, ou en tout cas pour les futures générations, les gamines qui sont à 10 ans, qui vont rentrer en pré-pôle, qu'il y ait peut-être la parole qui soit un peu plus libérée, et que justement, il y ait peut-être des gens qui soient en mode réflexion là-dessus, parce que ça reste un peu gêné. On arrive à la fin de ce podcast. Je voudrais que si tu devais deux choses. D'abord, si tu devais dire un mot, alors c'est un peu compliqué, elle est là, mais bon, tant pis. Tu devais dire un mot à ta maman. Tu dirais quoi ?
- Speaker #0
Merci pour tout ce qu'elle a fait pour moi. Et un énorme merci en lettres majuscules pour tout ce qu'elle a fait pour moi, de me soutenir au quotidien. Et voilà. C'est me soutenir dans mon projet sportif. C'est le plus important parce que je me sens soutenue et ça c'est bien. Par toute la famille en plus.
- Speaker #1
Oui parce qu'on pourrait inclure ta grand-mère, ton grand-père, on pourrait inclure tout le monde.
- Speaker #0
Mon père, ma mère, mes cousins, tout le monde.
- Speaker #1
C'est une histoire de famille.
- Speaker #0
Oui, je les inclue tous dedans parce qu'ils me soutiennent tous dans mon projet. Ils sont tous hyper fiers et c'est vraiment cool.
- Speaker #1
C'est important.
- Speaker #0
Oui, de soutenir vraiment, soutenue par une famille toute entière. C'est cool parce qu'on ne se sent pas seule. Parce que quand il n'y a personne qui te soutient, tu te dis, purée, est-ce que j'ai vraiment fait la bonne décision ? Et là, je me sens vraiment... J'ai pris la bonne décision et tout le monde me porte vers le haut. Un grand merci à toutes ces personnes-là.
- Speaker #1
C'est joli. Et si tu pouvais parler à une jeune fille de ton âge, qui doute ? Tu dirais quoi ?
- Speaker #0
Qui doute ?
- Speaker #1
Qui doute de sa voix, qui doute de ses choix. Toi qui a l'air d'être très très sûre de toi, qui a fait un choix à 10 ans, qui n'était pas évident, tu dirais quoi à une jeune fille de ton âge ?
- Speaker #0
Très bonne question, je ne l'ai pas du tout.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu trouves comme ressource à l'intérieur de toi quand ça ne va pas ? Parce que ton sexe, il y a des moments où c'est dur.
- Speaker #0
Quand c'est dur, je sais où je veux aller, du coup c'est ça qui me motive. Mais quand on ne sait pas ce que... En fait, il faut essayer de prendre ce qu'on aime et essayer dans la voie qu'on... Enfin, c'est difficile, parce que quand on ne sait pas quelle voie prendre...
- Speaker #1
Comment... Alors, je pose ma question différemment. Qu'est-ce que tu dirais à une jeune fille qui, justement, sait où elle veut aller, mais qui a peur, qui a des doutes ?
- Speaker #0
Ah ! Bah, si elle sait où elle veut aller, bah, même si... En fait, si elle sait où elle veut aller, bah, elle est prête à... Pas à faire des sacrifices, mais il ne faut pas avoir peur. Si tu sens vraiment que c'est ta voie, il faut foncer et il ne faut pas hésiter parce que c'est là où tu t'en tireras bien.
- Speaker #1
Voilà, c'est une belle façon de terminer ce podcast. Merci Nune pour ce moment et bravo pour tes victoires. Merci à toi par la suite. À très bientôt.
- Speaker #0
À très bientôt.