- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Baranco, et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal, pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer, et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles, voici leurs histoires, place à Parole de Femme, saison 3. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir au micro de Parole de Femme une artiste de la cuisine, une jeune chef inspirante, et avec toi Fanny, bonjour, merci de te confier au micro de Parole de Femme. Nous allons évoquer évidemment ton parcours, mais également ce que ça représente d'être une femme dans le milieu de la cuisine, les difficultés, les objectifs, les challenges. On va balayer un petit peu tous ces sujets. Mais pour commencer, et puisque c'est la tradition dans Parole de Femme,
- Speaker #1
je te laisse répondre aux trois questions de présentation.
- Speaker #0
Si ta cuisine avait une couleur, quel est le moment de la journée que tu préfères ?
- Speaker #1
Alors, je dirais mon plat doudou, c'est le riz au lait de ma maman, onctueux et gourmand, réconfortant. Ensuite, pour la deuxième question...
- Speaker #0
Si ta cuisine portait une couleur ?
- Speaker #1
La couleur, ce serait le rouge.
- Speaker #0
sensuelle et le moment préféré de la journée c'est le matin au réveil avec un café qu'on partage ton plat doudou le rio les ça rappelle ta maman c'est avec elle tu as commencé à cuisiner c'était premier souvenir oui
- Speaker #1
ma maman est une très bonne cuisinière on a une famille on est cinq enfants donc une belle fratrie c'était toujours des plats réconfortant des grands plats Et j'ai commencé à cuisiner avec elle des gâteaux, parce que j'aimais bien lécher les rebords de la pâte crue. Et ça, c'est mes premiers souvenirs, en tout cas, à cuisiner avec elle. Et les moments à table étaient toujours des moments de partage.
- Speaker #0
Et des grands plats, c'était des plats familiaux ?
- Speaker #1
C'est ça, des lasagnes, rougail-saucisse. Tous les dimanches, c'était le poulet rôti avec les frites. L'odeur des frites dans la maison le matin et des plats réconfortants. Et moi j'ai toujours aimé manger, comme mes frères et soeurs, comme mes parents. On est très gourmands et comme mes grands-parents aussi quand j'y pense. Et c'est comme ça que petit à petit l'idée m'est venue. J'avais envie de faire quelque chose que j'aimais. Et petit à petit ça s'est défilé comme ça.
- Speaker #0
Le rouge pour la couleur, c'est aussi une couleur qui te représente ?
- Speaker #1
C'est une couleur que j'ai toujours aimé et quand j'étais petite et que j'ai pu refaire ma chambre, c'était en rouge. Le rouge, ça m'a rappelé un peu, ça me faisait penser au Japon. Et c'est une couleur que j'ai toujours aimé. Je ne porte pas forcément, enfin j'ai porté pour le mariage de ma sœur par exemple, une robe rouge. Je trouve que c'est sensuel, je trouve que c'est beau, ça me fait penser aussi aux fruits. À la fraise, d'où le tatouage que j'ai sur le bras avec une fraise.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Voilà, c'est des couleurs que j'aime bien, qui me donnent envie.
- Speaker #0
D'accord, parfait. Et le moment de la journée, c'est le café, le matin. C'est ce qu'il te faut pour démarrer une journée correctement ?
- Speaker #1
Oui, moi le matin, je suis quelqu'un, je suis lève-tôt. J'aime me lever tôt et j'aime attaquer ma journée tôt. Le café, voilà, en arrivant au travail. Souvent il n'y a personne, j'aime bien arriver avant tout le monde, me prendre un café, réfléchir au déroulé de la journée, voir comment ça va se passer. Et c'est aussi le café avec mes collègues. Avant d'attaquer la journée, c'est le moment où on échange et on organise la journée.
- Speaker #0
Le café c'est le partage ?
- Speaker #1
Oui, le café c'est le partage, c'est le réveil et le partage.
- Speaker #0
Je te disais, c'est quoi pour un chef, arriver tôt, se lever tôt ? Parce qu'on n'a pas tous la même notion de tôt. Si tu demandes à ma fille par exemple, elle ne te dira pas. Le taux de la vie, c'est le taux de...
- Speaker #1
Se lever tôt, déjà, c'est être en cuisine à 8h. Et se lever tôt, quand on est sur Paris et qu'on est en banlieue comme moi aujourd'hui, c'est se lever à 6h15 tous les matins. Ça reste encore... Avant 6h, j'ai du mal. Quand j'ai des événements plus tôt, c'est compliqué. À partir de 6h15, 6h30, je trouve que ça va. Et c'est surtout que les journées sont longues après. Donc, il faut pouvoir aussi encaisser tout le reste de la journée.
- Speaker #0
Tenir le rythme.
- Speaker #1
Tenir le rythme, qui est intense. Oui. Et après, c'est en fonction des caractères de chacun. Il y en a qui préfèrent arriver plus tard et par contre qui aiment travailler le soir. Moi, je sais que c'est plutôt l'inverse. C'est là où j'ai le plus d'énergie, c'est vraiment le matin.
- Speaker #0
D'accord. Qui est famille aujourd'hui en amour ? Sans réfléchir.
- Speaker #1
Passionné. Quelqu'un de passionné.
- Speaker #0
D'accord, parfait. On va revenir sur ton parcours. Tu as commencé à nous en parler un petit peu. Quelles femmes t'ont inspiré pour te lancer ? Tu parlais de ta maman qui a impulsé, parce que la cuisine, c'était le partage. Est-ce qu'il y a d'autres figures comme ça qui t'ont inspiré ?
- Speaker #1
Quand j'ai commencé, on va dire que j'avais... pas trop de figure, je suis rentrée dans ce milieu sans trop savoir où j'allais. Donc 21 ans, 21 ans, mes premiers pas en cuisine.
- Speaker #0
Tu as commencé tard.
- Speaker #1
Oui, puisque j'ai passé mon bac général d'abord. Voilà, c'était mes parents, passe ton bac, on verra après. Donc après mon bac, j'ai fait un BTS et à la sortie de mon BTS, j'ai commencé à travailler. Là, je ne savais pas trop encore. J'ai commencé à m'intéresser et la chef qui m'a inspirée, Anne-Sophie Pic. Une femme, on s'est déjà rencontré mais on ne se connaît pas personnellement, mais une femme tellement inspirante, un parcours, une histoire et une cuisine aussi. Et voilà, c'est vraiment elle qui m'a, au tout départ, qui m'a inspirée, qui m'a montré la voie et la possibilité en fait de... de percer dans ce milieu et de trouver sa place. Et après, au long de mon parcours, j'ai rencontré plein d'autres femmes chefs passionnantes. Jean Coteau aujourd'hui, c'est devenu des amis. Et on a un petit réseau comme ça, proche, et on fait beaucoup de choses ensemble.
- Speaker #0
C'est un petit milieu finalement.
- Speaker #1
Oui, c'est un petit milieu et c'est vrai que ce sont toutes des femmes de caractère, avec des personnalités assez fortes. Et c'est vraiment dans le respect, dans la bienveillance. Et aussi, moi, je suis toujours impressionnée et admirative du parcours de chacune. Et je trouve que c'est toujours intéressant d'échanger et de s'apporter beaucoup de choses.
- Speaker #0
Mais vous avez finalement en commun, malgré tout, un fort caractère.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qui n'est pas un mauvais caractère, attention. Mais il faut quand même, ça demande un effort d'arriver là où vous arrivez. Alors, vous, les femmes dont tu parles, et toi... Si je veux resserrer ma question.
- Speaker #1
Je dirais qu'il faut s'imposer. Je pense à ça. Quand je pense à mon parcours et quand je pense au parcours des autres aussi, des autres femmes chefs, à un moment donné, il faut s'imposer. Et voilà, il ne faut pas laisser le choix. On a chacune notre objectif et il faut se donner les moyens d'y arriver.
- Speaker #0
Quand je reviens un tout petit peu, on va faire des retours en bas tout au long de ce moment qu'on partage. Quand tu choisis d'entrer en cuisine professionnelle, puisque vraiment toi à 21 ans c'est un choix, pas une carrière que tu vas faire parce qu'à 15 ans on ne sait pas trop et qu'on teste. Je crois que quand on choisit la cuisine à 21 ans, c'est un choix vraiment réfléchi. Tu as une idée de ce qu'est la difficulté d'être une... déjà du monde de la cuisine et d'être une femme en cuisine, est-ce qu'à ce moment-là, tu le sais ? Ou est-ce que tu vas le découvrir ? Ou est-ce que tu dis, moi, je m'en fiche, je sais, mais j'y vais quand même ?
- Speaker #1
Je vais te dire, c'est un peu les deux la réponse. Mon papa, il a été cuisinier quand il était jeune. Il a une formation de cuisinier. Il a fait 2-3 ans dans la cuisine. Puis, il a rencontré ma maman. Et il a eu une famille. Il a changé de domaine. Mais en restant un artisan, quelqu'un de passionné. Et quelqu'un qui m'a beaucoup inspirée aussi. Lui m'a toujours mis en garde. Attention, Fanny, c'est un milieu compliqué. C'est beaucoup de travail, beaucoup d'heures de travail. Et moi, j'avais ça en tête quand même. Mais la passion, ça a été plus fort que tout. Et en fait, j'avais une autre passion, peut-être une autre inspiration, c'était d'aller dans l'armée, au commissaire de police. Voilà, c'est des postes qui m'inspiraient. Mais je me suis dit, allez, on va sur la cuisine. Et en fait, la réalité, j'ai assez vite compris, en mettant mes premiers pas en cuisine. C'est simple, la seule femme, souvent j'étais la seule femme, on était deux, sur des brigades de 20, 25, 30 personnes. Donc là, on se rend compte quand même qu'on n'est pas beaucoup. Et ma façon d'aborder les choses, ça a été de me dire, OK, tu ne fais pas la différence. Toi, tu as une passion et tu vas tout donner pour y arriver, peu importe. Et tout au long de ma carrière, j'ai eu quand même des obstacles qui n'ont pas toujours été simples. Alors aujourd'hui, ça va mieux, mais il y a toujours des petites choses qui me rappellent que je suis une femme dans ce milieu d'hommes. Et j'ai envie de dire, pour moi, ça a été un combat, mais un combat en tant que femme, mais aussi en tant que chef. J'ai pu voir aussi le combat des hommes dans ce milieu, parce que c'est un milieu qui est quand même très difficile et qui ne laisse pas la place à tout le monde.
- Speaker #0
Et certainement pas au doute.
- Speaker #1
Et pas au doute.
- Speaker #0
On va y revenir, ça va être le propos de ce moment. T'as un souvenir marquant justement de tes premiers pas en brigade. Si tu dois en... parce que ça fait combien d'années que t'es en cuisine maintenant ?
- Speaker #1
Maintenant ça va faire 14 ans.
- Speaker #0
14 ans, donc j'imagine que des anecdotes on pourrait y passer la nuit. Essaye de te rappeler, remets-toi un peu en arrière. Si tu dois me donner comme ça la première anecdote qui te vient lorsque tu fais tes premiers pas en cuisine. T'en as une en particulier. Attention, on n'est pas dans le dramatique. Ça peut être une belle... Ça peut aussi être une belle anecdote. C'est quelque chose qui te vient si je te demande de re-rentrer à l'intérieur de toi et de penser à ce moment-là.
- Speaker #1
Le premier pied que j'ai mis en cuisine, c'était au Biologie, à Saint-Loubès, dans un village. C'est à côté de Bordeaux, c'est là où j'ai grandi. Et c'est rentrer, c'est vraiment rentrer dans cette cuisine et sentir, palper la pression avec la brigade. Et le chef un peu tyrannique et toute la brigade au garde-à-vous, en tenue, la toque. Et ça, c'est même quelque chose que j'ai ressenti au fond de moi et j'arrive encore à le ressentir aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est une oppression ?
- Speaker #1
Oui, mais dans le bon sens, ça m'a plu. J'ai aimé cette rigueur, cette organisation, le respect pour le chef aussi. Et un peu ce chef d'orchestre qui vient comme ça gérer, s'occuper de sa brigade. Tout le monde l'écoute et entend le bruit des cuillères, le bruit du fourneau. Et ça, c'est quelque chose qui m'a tout de suite marquée, qui m'a inspirée. Et après, j'y pense souvent à ce moment-là. C'était vraiment quelque chose de très profond et qui est resté grave en moi. Je viens de me ressentir ce moment-là et c'est là où je me suis dit je pense que je suis dans la bonne voie et je vais aller jusqu'au bout.
- Speaker #0
Finalement, il y a un côté un peu militaire aussi.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Cette rigueur, ce respect.
- Speaker #1
C'est quelque chose que j'aime beaucoup et que j'applique au restaurant aujourd'hui.
- Speaker #0
Dans tous les sens, par contre.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Il est, on en parlait tout à l'heure, le respect et l'aide mutuelle.
- Speaker #1
Évidemment.
- Speaker #0
Donc, tu rentres dans cette première cuisine, tu fais tes débuts. Comment tu vas vivre d'abord la hiérarchie de la cuisine ? Parce que tu rentres, tu es jeune. Tu es jeune. Maintenant, finalement, tu n'as pas d'expérience. Comment tu vas arriver à trouver ta place ? En tant que d'abord humain et après en tant que femme. La hiérarchie, c'est difficile à accepter au début. C'est-à-dire que dire oui chef,
- Speaker #1
ce n'est pas naturel. Et au tout début, quand je répondais à mon chef, je disais oui. Et il me disait non, c'est oui chef. Et j'avais beaucoup de mal à le dire.
- Speaker #0
Mais pourquoi ?
- Speaker #1
Parce que je trouve que ce n'est pas naturel. Pour moi, oui, à 20 ans, ça suffisait. Donc moi, j'étais assez timide, timide, réservée. Et j'ai commencé à dire oui, chef, et après, ça a été. Mais les tout premiers oui, chef, je trouve que c'était compliqué à dire. Pas par manque de respect, mais je trouvais que ça faisait un peu... Un peu ? Un peu, peu, peu, quoi. Je disais oui, c'est qu'il avait compris, mais non, il fallait dire oui, chef. Donc je me suis pliée évidemment à ça. Et après, comment je me suis construite à mes débuts ? Ça a été la force du travail, le sérieux, l'écoute, beaucoup de rigueur, dès le début. Ce n'est pas une question d'âge, parce qu'en effet, comme tu dis, 20 ans, ce n'est pas jeune. Il y en a qui commencent à 15 ans. Donc j'avais déjà un petit retard, mais je ne me suis pas focalisée là-dessus. Je me suis juste dit, ok famille, maintenant il va falloir tout apprendre. J'étais très rigoureuse, je notais les recettes, je révisais, j'étais là tous les jours à l'heure, j'écoutais tout ce qu'on me disait, je goûtais déjà beaucoup. Et mes premières années comme ça, c'était de la formation. J'étais très à l'écoute et déjà il y avait des injustices et c'était déjà pas facile. Mais je me suis toujours accrochée, les choses qui ne me convenaient pas, je les laissais de côté et j'allais vraiment à l'essentiel.
- Speaker #0
C'est ça la clé ? C'est finalement mettre de côté certaines choses, mais tu mets de côté certaines choses, mais en même temps tu ne dois pas te renier. Comment t'arrives justement, alors pas forcément au début, mais même encore maintenant, mais comment on fait pour justement ne pas se renier ? Tu vois la limite, la frontière, tu la trouves. Comment tu t'attends, comment tu t'en sors de ça ?
- Speaker #1
On va dire qu'il y a quand même ma position avant d'être chef. Là, on est dans la formation. On a un chef au-dessus de nous et nous, on exécute. Et on est dans la formation. Et après, il y a la position où on devient chef. C'est nous le référent. On est le responsable et on est en charge d'une équipe. Ce n'est pas la même position. Ça veut dire qu'avant d'être chef, j'étais quelqu'un de « je ne m'imposais pas » . C'était juste le travail, la rigueur, essayer de m'améliorer tous les jours. Et après, au moment où je suis passée chef, Là j'ai imposé ma personnalité, qui j'étais et ma position en tant que femme. Et c'était à mon équipe justement maintenant d'écouter et de faire la façon dont je voulais faire. Et ça s'est toujours bien passé parce que c'était bienveillant, c'était dans le respect. J'ai fait des erreurs, j'en fais encore aujourd'hui comme tout le monde. Mais il faut savoir se remettre en question, être à l'écoute. Et toujours être dans cet échange de respect, comme on disait, ce respect mutuel.
- Speaker #0
C'est l'enregistrement. Cuisine. C'est quand même un sujet, alors on peut le tourner dans tous les sens, mais enfin, mathématiquement, on a souvent cette image de dire il y a beaucoup de cuisinières, mais finalement très peu en France, je ne connais pas sur le reste du monde, mais en France, très peu de chefs, deux F, E, S, étoilés. Pourquoi ? Pourquoi cette différence ? Comment toi tu l'expliques ? Et comment déjà toi tu l'expliques, et après on reviendra sur le fait d'être une femme vraiment au sein d'une brigade, comment ça se passe au quotidien, mais comment tu expliques finalement, parce que les femmes restent encore un peu dans l'ombre alors que ça explose ailleurs ?
- Speaker #1
Mais il y a une injustice.
- Speaker #0
Ah oui, ça a clair.
- Speaker #1
Quand on regarde le guide Michelin, les dirigeants du guide Michelin, il n'y a que des hommes.
- Speaker #0
Mais pourquoi ?
- Speaker #1
Mais parce qu'ils veulent rester entre eux. Mais aujourd'hui, il y a beaucoup d'organisation. Mais parce que je pense qu'ils ont peur, c'est tout. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'organisation. Il y a beaucoup de... Voilà, je pense à le club des 100, tout ça. C'est que des hommes encore. C'est que des hommes. Les femmes n'ont même pas accès. Il y a encore ce truc-là où ils sont entre eux, là. Ils ne veulent pas se mélanger. Et voilà. Moi, je trouve ça incroyable aujourd'hui qu'on en soit encore là. Mais quand on regarde les dernières sélections du guide Michelin, c'est toujours la même chose Ils restent entre eux. Et quand il y a une femme étoilée, souvent c'est la femme, deux, c'est la pâtissière. Elles ne sont pas assez mises en avant. Et on est en retard parce que des femmes talentueuses qui méritent d'avoir une étoile, il y en a d'autres. Il y en a plein. Et ce n'est pas en en mettant une ou deux en avant que ça va faire changer les choses. Donc je pense que c'est à nous de nous rassembler et c'est à nous de faire voler nos droits, comme depuis toujours en fait.
- Speaker #0
Depuis toujours on est dans une certaine forme de nécessité de lutte pour effectivement remonter. Ça vient d'où ? Essaye de revenir. Toi, comment tu l'expliques ? Ça vient d'où au départ ? Parce que regarde, il y a un vrai paradoxe sociétal entre, on disait, les femmes derrière les fourneaux, et pour autant, quand on est derrière les fourneaux, mais... en mode reconnaissance, là, pour le coup, on passe côté masculin. Et tu vois, il y a vraiment, je trouve, une dissonance entre ces deux statuts-là.
- Speaker #1
Je pense aussi que les hommes ont besoin de prouver et de se mettre en avant à ce niveau-là qu'une femme n'a pas forcément besoin de ça. Elle n'a pas forcément à aller chercher cette reconnaissance et ça n'a pas forcément à être son but, tu vois. Et je pense que ça, ça joue aussi. C'est un vaste sujet. C'est un vaste sujet.
- Speaker #0
Ça représente quoi, finalement, quand tu rentres en cuisine ? Concrètement, est-ce qu'à un moment donné, tu te dis, OK... J'ai besoin de gommer ma féminité. J'ai besoin finalement soit de passer inaperçu, soit finalement qu'on ne remarque pas que je suis une femme et je vais le compenser autrement, ou en tout cas je me gomme.
- Speaker #1
Je vais te répondre simplement jamais.
- Speaker #0
Jamais ?
- Speaker #1
Jamais.
- Speaker #0
Comment t'as fait alors ?
- Speaker #1
Jamais. Ça veut dire que j'ai toujours été fidèle à moi-même. C'est plutôt... C'est plutôt les personnes avec qui j'ai travaillé qui ont voulu faire la différence. Et ça, c'était dur. Un exemple simple, très simple et concret. Dans un restaurant étoilé, dans un palace parisien, à un moment donné, j'étais la seule femme. En général, on était une ou deux sur des brigades de 20 à 30. Au moment du nettoyage, on me disait, Fanny, tu ne nettoies pas, tu vas faire l'inventaire. Leur nettoyage, je parle d'une heure et demie à monter sur le fourneau, à frotter. C'est des gros nettoyages, c'est quand même assez physique. C'est des gros gros nettoyages. Et en fait, le chef ne voulait pas que je fasse le nettoyage.
- Speaker #0
Et pourquoi ?
- Speaker #1
Alors là, pourquoi justement ? Et du coup, moi ça me mettait en décalage avec tout le monde. Et pour moi, ce n'était pas m'aider. Et je n'avais pas mon mot à dire. Parce qu'on ne peut pas dire quelque chose à son chef dans des établissements comme ça. On n'est pas dans l'échange. Là, c'est on fait et c'est tout. Et c'est quelque chose qui m'a beaucoup dérangée. Mais au final, je faisais d'autres choses à côté et je faisais avancer les tâches. Mais en fait, c'est plutôt dans ce sens-là. Moi, je n'ai jamais gommé qui j'étais. Le fait que je sois une femme, j'ai essayé d'en faire une force justement. Au fil des années, c'est ça qui... Enfin, je l'ai utilisé comme une force.
- Speaker #0
Donc en fait, c'était presque sans le vouloir. Il avait un mode de fonctionnement presque discriminant, mais sans faire... Enfin, finalement, c'était pour...
- Speaker #1
Comme tu dis, ça part d'une bonne intention et pourtant, il ne faut pas faire comme ça. Tout le monde doit être...
- Speaker #0
Au même niveau. Oui,
- Speaker #1
au même niveau, bien sûr. Sinon, derrière, pour nous, c'est compliqué. Mais comme... Les chefs n'avaient pas l'habitude d'avoir des femmes en cuisine. Je pense que c'était maladroit, comme tu dis. Et ça, ça ne nous aide pas, en fait. Ça ne nous aide pas. Et donc forcément, quand j'arrivais dans une brigade comme ça, c'était « Oh, une femme ! Oh, est-ce qu'elle a quelqu'un ? Oh, regarde ses cheveux ! » Enfin, voilà, c'était… Ça, je l'entendais, j'entendais. Moi, je ne disais rien, je travaillais. Et très rapidement, ils se rendaient compte que je travaillais aussi bien qu'eux, voire parfois mieux, parce que j'étais très impliquée. J'aime ce que je fais et je me suis toujours dépassée. Et en fait, on finissait d'être égales par égales. Et moi, je sortais en soirée avec eux et on devenait amies. Et après, eux ne se rendaient même plus compte et ils ne faisaient plus la différence. Je faisais partie du groupe.
- Speaker #0
Ça te demandait, effectivement, ça leur demandait. Finalement, c'est eux qui gommaient le fait que tu sois une femme. Peut-être qu'eux avaient aussi une certaine appréhension. justement de dire est-ce que il ne va pas falloir qu'elle ait un traitement de faveur est-ce qu'elle va pouvoir tout faire et c'est toi du coup qui gagnait le respect de ces garçons-là en cuisine par ton positionnement mais du coup tu en fais un peu il y a bien un moment donné où tu dois en faire plus plus pour montrer que même si tu es une femme tu n'as pas le droit à l'erreur
- Speaker #1
En fait, c'est ça. Tu n'as pas le droit à l'erreur. Et en fait, c'est assez dingue. Mais ça, je m'en suis rendu compte plus tard. Ça veut dire que tout peut être interprété. En fait, il faut que tu fasses quand même un peu attention à ce que tu fais, ce que tu dis, parce qu'ils vont interpréter ce que tu fais. Et ça peut être mal interprété. Et derrière, il y a des bruits qui courent. Donc moi je suis quelqu'un de très professionnel, le travail c'est le travail, j'ai toujours été comme ça. Et peu importe ce qu'on dit, peu importe ce qui se passe autour de moi, je fais mon travail. Dans les grands restaurants, dans les grandes brigades, il faut dire qu'il y a beaucoup de pression. C'est un métier qui est quand même difficile et chaque personne qui a un poste a un rôle très important. Si quelqu'un ne fait pas bien son travail, ça a des conséquences sur tout le reste de la brigade. C'est un vrai effort et un vrai travail d'équipe. On doit pouvoir compter les uns sur les autres, comme on se peut. comme dans des sports collectifs. Donc voilà, moi j'ai toujours essayé d'aller chercher ma place par la force du travail et du respect, et ça a toujours marché, ça a toujours fonctionné.
- Speaker #0
C'est aussi cette force-là qui fait que tu arrives aujourd'hui à être chef de ce restaurant. Est-ce que tu dirais que... J'ai une dernière question et après on parle sur ta cuisine, mais... J'ai fait plusieurs podcasts où les femmes me parlent de sexisme ordinaire. Je pense qu'appliqué au monde de la cuisine, et justement on parlait de cette bienveillance du chef qui va te dire « Non, non, mais toi tu montes pas, c'est trop physique » . Ça peut être ça aussi, cette forme de sexisme ordinaire. qui est pour autant, lui, pas du tout malveillant, mais qui te contraint, qui te conforme dans une certaine fragilité qu'on a calquée sur les femmes et qui ne va pas forcément, toi, te correspondre, qui correspondra peut-être à quelqu'un d'autre, mais en tout cas pas à toi, comme à un homme qui aura peur du vertifat. Et du coup, c'est ce sexisme ordinaire. Est-ce que tu n'as pas déjà entendu, et là je te parle de toi quand tu as commencé à manager des équipes, « Oh mais c'est bon, tu as tes règles, parce que tu étais un peu trop énervé, enfin… » Tu vois, est-ce que ce genre de petites choses, et surtout si tu les as déjà entendues, comment tu arrives, toi, quelles clés tu pourrais donner pour arriver à les déjouer ? Tu vois, sans être frontale, par exemple, sans aller au clash, mais…
- Speaker #1
J'ai quelque chose de très simple. En cuisine, on a des rondos. C'est des sortes de casseroles qui sont lourdes. Et c'est grand. Ça fait presque un mètre de large. Et en fait, quand je portais ces rondos qui étaient lourds, c'était lourd pour moi. Mais ça pouvait être aussi lourd pour quelqu'un d'autre. Mais c'était... Un matin, c'est une femme va l'aider. Et quand on venait me voir, je disais, non mais ça va, je peux porter. Et je portais. Et peu importe que ce soit lourd, je voulais porter. Et je lâchais pas et ils se disaient, ah non mais elle a porté lourd. C'était ça.
- Speaker #0
Ça m'irrastre. Et ouais.
- Speaker #1
Ils se disent exactement. Et je pense que, voilà, il faut, bah, c'est des petites choses comme ça, mais ça fait la différence.
- Speaker #0
Pareil, tu vois, quand on parle de métier adapté, pas adapté, trouver sa place, la créer. Moi, il y a toujours une chose qui m'a marquée, c'est les tenues des chefs.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Non, mais ne serait-ce que cette couleur blanche qui n'est quand même pas forcément hyper adaptée quand on a nos règles, nous les femmes. Et j'en parlais avec une voléeuse qui me disait, pendant des années, nous, on nous obligeait à... à jouer avec ses shorts de volets très serrés. Vraiment... Ouais, moulant, quoi. Vraiment moulant et blanc. Et toi, je trouve que c'est un peu pareil. Dans la cuisine, pendant très longtemps, ça a été quand même très masculin et blanc.
- Speaker #1
Mais on y est encore.
- Speaker #0
On y est avant.
- Speaker #1
Mais bien sûr, on y est encore. Alors, voilà. En fait, avant ce poste-là, j'étais sous-chef dans un 3 étoiles. D'accord. Écoute ça, d'accord ? J'étais sous-chef dans un 3 étoiles. On m'a donné une tenue de cuisine. C'était une tenue de cuisine pour homme. Ça veut dire qu'il n'avait pas de veste pour femme. Donc moi, avec mes formes, ça n'allait pas. Et j'étais obligée de porter cette veste.
- Speaker #0
Obligé. Et ça c'est dur. Et aller voir les ressources humaines pour expliquer, c'est compliqué quoi. À 30 ans, leur dire écoutez, moi je suis une femme, j'ai besoin d'une veste pour femme, et en contre-dise, ben non, c'est comme ça, et ben ça c'est compliqué. Donc quand je dis qu'on y est encore, c'est que ça arrive encore aujourd'hui. Quand j'étais plus jeune, on va dire, nous en cuisine, on a la veste blanche mais le pantalon noir, donc ça allait. La tenue entièrement blanche, c'est plus pour les boulangers, il me semble. Mais c'est vrai que ça évolue aujourd'hui quand même. Et les vestes blanches ou les vestes transparentes, donc mettre un t-shirt dessous, ce genre de choses, il faut quand même faire attention. Aujourd'hui, après, maintenant, moi, je fais ce que je veux et j'ai des tenues qui sont adaptées. Mais voilà, des vestes qui ne sont pas adaptées, mais je ne suis pas la première à le dire. Les établissements, on te donne une veste et en fait, c'est pour eux, mais on n'est pas taillés pareil, quoi. Et dans ce même esprit, je suis obligée de le dire. Dans un autre palace, on était deux femmes en cuisine. Très belle expérience. Et en fait, il y avait des vestiaires. Des vestiaires pour hommes, mais il n'y avait pas de vestiaire pour femmes. Donc toutes les deux, on se changeait dans la lingerie. Dans la lingerie !
- Speaker #1
Ça paraît fou.
- Speaker #0
Et en fait, quand on en parle, c'est devenu une très bonne copine qui est chef et qui a un parcours remarquable. Et quelqu'un que j'adore, que j'admire et qui a... qui a percé aujourd'hui et qui est une femme incroyable et inspirante. Et quand on en parle aujourd'hui, on a du mal à se rendre compte qu'il se passait des choses comme ça. Et nous, en fait, juste on avait envie d'y arriver et on se donnait, mais il y avait déjà une différence. On n'était pas traités pareil.
- Speaker #1
Reviens sur un point qui me paraît capital. Pourquoi tu dis qu'on ne pouvait pas aller voir les ressources humaines ?
- Speaker #0
Parce que... On pouvait pas parce qu'on avait pas le droit. On était juste des petits employés et on avait pas notre mot à dire, quoi. C'était... Ah ouais. En fait, quand on est dans des maisons comme ça, j'ai envie de dire, on est effacés. On est personne, on est des petits pions.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On parle pas, juste on travaille. Et voilà, on fait juste notre travail et ça s'arrête là.
- Speaker #1
C'est pas trop difficile, quand on est une femme de caractère comme toi, d'arriver... C'est marrant, on a l'impression qu'il y a deux facettes de Fanny. Enfin, je te découvre différemment, on a vraiment l'impression de toi, moi, que je vois avec un aura, enfin voilà, une présence, une prestance. Et comme si tu avais à un moment donné accepté de quand même, alors pas de gommer ton côté féminin, mais j'ai l'impression presque de t'effacer complètement pour rentrer dans ses moules en fait, c'est ça le parcours. ou presque obligé de...
- Speaker #0
Oui, en fait, le parcours, je vais te dire, moi, le caractère que j'ai, je l'ai toujours eu. Aujourd'hui, c'est sûr que j'ai un poste de responsable, je fais beaucoup de choses, je suis très engagée, ça se voit. Mes années de formation, c'est des années où j'ai mis toute mon énergie dans le travail. Quand on fait 15 heures, 16 heures par jour, 5 jours d'affilée, notre énergie, on la met dans le travail, dans l'organisation. Et dans les services, c'est des années qui ont été... c'est très physique. Physiquement, il faut les encaisser ces journées, encaisser les années. Et toute mon énergie, moi je l'ai mise là-dedans. C'est un passage obligé, dans le sens où on n'a pas notre mot à dire. Ça n'enlève pas mon caractère et ça n'enlève pas... Mon ascension, on va dire, dans mon parcours, dans mes premières années. Au bout d'un an, j'ai gravi les échelons très rapidement parce que je me suis imposée avec mon caractère, ma rigueur, mon travail. Mais c'est sûr que c'est des années où on n'a pas trop notre mot à dire, en fait.
- Speaker #1
C'est des années où tu mets ta vie entre parenthèses ?
- Speaker #0
Complètement. Complètement. C'est le travail et rien d'autre. Moi je me suis donné les moyens, j'avais envie de le faire. C'était un objectif et c'était même une obsession j'ai envie de dire. Je voulais me donner la chance d'y arriver, d'avoir un beau parcours, une belle vie professionnelle, j'avais envie de tout ça. Je suis allée le chercher. Ça a été dur, mais ça a été des années très constructives et j'ai fait beaucoup de rencontres. Aujourd'hui c'est tout mon réseau d'amis, de chefs. Donc, c'est des belles années de formation, mais c'est sûr que c'est un milieu qui n'est pas simple. Il faut avoir l'envie, il faut garder la foi. Et je dirais, je compléterais, il faut être bien entouré. J'ai été bien entourée de mes parents, ma famille, mes amis. Ils m'ont toujours aidée, ils m'ont toujours poussée vers le haut, toujours accompagnée dans les moments difficiles aussi.
- Speaker #1
Tu me tends une perche. Justement, tes parents, on en parle un petit peu à ce moment-là. J'imagine en plus ton papa qui avait touché un peu du doigt ce milieu. Tu dis qu'au départ, il t'a mis en garde. Seul, c'est moins facile. Heureusement qu'ils sont là pour sa porte.
- Speaker #0
J'irai plus loin. Seul, je ne serai pas là aujourd'hui.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Vraiment.
- Speaker #1
C'est difficile. Oui, c'était difficile. C'est difficile.
- Speaker #0
Oui, c'était difficile. Certaines expériences, c'est très dur. Mes parents ont toujours été au début, même présents sur mes premières années d'apprentissage, même parfois présents en entreprise quand il fallait. Ils m'ont toujours accompagnée, ils m'ont toujours soutenue. Ils m'ont toujours récupérée chez eux certains week-ends pour que je puisse décompresser. Ils ont toujours été à l'écoute et même encore aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est mon papa le matin à 6h du matin, au moins une fois par semaine, et on parle du boulot et il m'aide. Il m'écoute encore et il me donne des conseils. Il est très à l'écoute. Je suis très proche de mes deux sœurs et mes deux frères aussi. Et eux aussi, ils sont à mon écoute et ils sont toujours en train de me donner des conseils, de m'aider. C'est essentiel. Moi, j'ai eu besoin d'être accompagnée encore aujourd'hui. C'est dur parfois d'être seule avec des doutes et quand on est chef et responsable d'employer, ce qui est compliqué, c'est... On prend des décisions, mais je ne suis pas toujours sûre de moi, ou de prendre les bonnes décisions. Et d'avoir l'aide de personnes qui sont proches, ça me permet de me rassurer, ou justement de me remettre en question, et de faire les choses au mieux pour moi et aussi pour mes équipes.
- Speaker #1
Tu parlais tout à l'heure de la difficulté d'encaisser, émotionnellement, mais... physiquement. C'est un métier qui est physiquement compliqué. Tu as des moments de doute physique aussi. Comment tu as passé ces... finalement on peut dire le mot épuisement je crois, cet épuisement.
- Speaker #0
Ouais, dur. J'ai des années où je travaillais 80 heures par semaine.
- Speaker #1
Ce qui paraît complètement fou quand même.
- Speaker #0
Oui, parce que ces 80 heures c'est debout, à courir toute la journée. C'est des services dans la chaleur, la pression. Et ouais, je rentrais, j'étais épuisée. Enfin, on parle d'épuisement. Ouais, je suis d'accord avec toi. Mon corps me l'a fait comprendre.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'à un moment donné, il a dit stop. J'ai eu des problèmes de santé en début d'année, des gros problèmes. Et c'est pour dire un peu, c'est des alertes, quoi. C'est stop. Donc, à l'aube de mes 30 ans, je me suis dit, ok Fanny va falloir changer C'est pour ça que je suis partie du groupe dans lequel je travaillais et j'ai pris ce poste là où j'ai imposé mes conditions. Donc avec le parcours que j'ai eu, l'expérience que j'ai, que j'avais, je pouvais prétendre à de meilleures conditions de travail, deux jours de repos consécutifs, des congés, voilà des choses qui peuvent paraître normales mais pourtant qui n'étaient pas à l'époque et ça a complètement changé ma vie et aujourd'hui ça va beaucoup mieux.
- Speaker #1
Et on en parlait aussi tout à l'heure Et finalement, c'est grâce à toutes ces expériences qu'aujourd'hui tu as un management. tu as créé finalement un environnement de travail tel que toi. Tu aurais voulu le connaître parce que peut-être que tu ne serais pas celle que tu es aujourd'hui. C'est toujours la même histoire de la poule et de l'oeuf. Mais en tout cas, aujourd'hui, tu n'as pas forcément envie que les gens qui travaillent avec toi vivent en dur, si on peut dire ça, pour certaines parties de ta carrière. Ce que toi, tu as vécu et c'est ce que tu disais, tu as finalement... Aujourd'hui tu as créé un modèle dans lequel les gens se sentent bien.
- Speaker #0
J'avais à cœur vraiment d'avoir une équipe qui travaille dans des bonnes conditions. Bonnes conditions je dis c'est respecter ses heures, c'est dans le respect, c'est en étant à l'écoute. Et ça a été dur à mettre en place. Je t'avoue que c'est compliqué d'allier tout ça. C'est un métier, on est quand même dans l'exigence. On est assez exigeant, on est ferme. Et on a de l'attente envers nos équipes. On leur donne beaucoup. On leur donne tout ce qu'on peut, j'ai envie de dire. Ça veut dire qu'on a un management qui est très personnalisé. Alors moi, je travaille avec des personnes que j'apprécie beaucoup, humainement déjà. Et après, dans le travail, moi, je vais toujours aller chercher le meilleur de chacun. Et j'ai tous envie qu'ils progressent. individuellement et collectivement aussi. Donc c'est un gros travail, c'est un travail quotidien. Et quand je vois l'évolution de l'équipe que j'ai au restaurant, c'est fabuleux. Et pourtant, tous les jours je doute, et tous les jours je me demande si on fait les bonnes choses. Et je suis toujours en train de me remettre en question, et on se dit toujours est-ce qu'on a pris la bonne décision ou pas. Mais on le fait avec de la bienveillance. Et quand on se trompe, on revient en arrière. Donc aujourd'hui on a une équipe, je vois les résultats, le concret. C'est une équipe qui est là depuis des années, des employés qui ne veulent pas partir et qui sont bien dans leur vie perso, leur vie pro et qui s'épanouissent au travail, ça c'est génial.
- Speaker #1
C'était vraiment un but.
- Speaker #0
Ben ouais, c'est génial. Moi je suis chef de cuisine mais c'est un métier, c'est bien plus que ça. Et travailler avec des personnes qui se sentent bien, qui progressent et voilà, d'ailleurs qui pourront partir du restaurant et avoir... Prendre une autre expérience et continuer à grandir, je trouve ça super. En gardant la santé morale, physique, tout ça c'est...
- Speaker #1
C'est un peu finalement une vision 2.0 de la restauration.
- Speaker #0
Je pense que c'est obligatoire, on est obligé d'aller dans cette direction. C'est obligatoire, c'est le minimum, j'ai envie de te dire.
- Speaker #1
C'est ça, c'est peut-être que c'est comme ça que ça aurait dû toujours durer.
- Speaker #0
Bah bien sûr, mais comme dans tous les métiers. dans la restauration et dans le milieu médical, dans tous les métiers en fait.
- Speaker #1
C'est étrange, tu vois, que finalement, le milieu de la restauration, au départ, quand même, pourquoi à un moment donné, on se dit que dans la restauration, il a fallu vivre, il fallait être très dur, voire tortionnaire. Tu vois, c'est assez incroyable finalement que ce milieu-là se soit positionné comme ça. Au départ, on ne sait pas vraiment d'où ça vient, mais... Pourquoi ne pas faire de la cuisine dans la bienveillance au final ? Ça fonctionne ?
- Speaker #0
Ah ouais, mais ça fonctionne très bien.
- Speaker #1
Avec de l'humanité ?
- Speaker #0
Ça fonctionne très bien. Et c'est vrai que les... Alors moi j'ai connu des années difficiles, mais les années d'avant, je pense que ça l'était encore plus. Et ce besoin de... En fait, on mélange l'exigence avec la torture, quoi. Si tu peux être... Moi je suis quelqu'un d'assez ferme, et je peux être un peu froide en cuisine.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Quand on vient en cuisine et qu'on me regarde, on peut se dire c'est qui celle-là, elle se prend pour qui. Mais j'essaie d'être juste. Et en fait, il faut faire la part des choses. Dans les moments de service et de pression, au restaurant le midi, hier on a fait 120 couverts en une heure. 120 couverts en une heure. On est cinq en cuisine, il y a une personne qui fait le run, et en fait il y a cinq personnes dans la salle. Il faut délivrer. Entrée plat dessert sur 120 personnes, c'est que des produits frais, cuisinés, travaillés. Donc là, il faut être concentré, il faut y aller. Ça veut dire que s'il y en a un qui n'est pas dedans, ça va avoir des conséquences sur tout le service et sur le client. Donc là, c'est sûr que moi je suis ferme, à un moment donné, il faut y aller. Mais une fois que cette période de pression est terminée, c'est bon, on se détend. S'il y a eu un petit souci, on en parle, on règle le problème et on passe à autre chose.
- Speaker #1
je reviens sur... alors je vais remettre un peu de féminité là-dedans est-ce que tu penses pas aussi que... sans confondre dans la caricature, c'est compliqué dans le web ouais je pense que tu... t'as pas aussi cette sensation que ce serait peut-être un peu... De la sensibilité féminine, du coup, d'arriver justement à aller vers l'autre, à aller à la discussion et pas à la percussion, tu vois.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on me le dit parfois. On me le dit. Et moi, j'ai toujours été comme ça, j'ai envie de te dire. J'ai toujours été comme ça, dans l'échange, à l'écoute. On est un duo de chefs. Et Mehdi, il est comme ça aussi avec ses équipes. Donc, je pense que ça dépend de chacun. Après, on me dit que j'ai un côté un peu maternel. C'est vrai que moi, je dis que mes équipes, c'est un peu comme mes enfants. J'en prends soin d'eux. Je prends soin d'eux. Donc, c'est vrai. Et on me dit parfois, moi, je veux travailler avec toi parce que tu es une femme chef. Et moi, je trouve ça cool. Moi, je suis contente.
- Speaker #1
C'est un joli complot.
- Speaker #0
Ça me fait plaisir. Ça me fait plaisir.
- Speaker #1
Dans ton recrutement, j'imagine ? je connais pas tes équipes enfin moi je suis allée déjà manger chez toi mais je connais pas tes équipes mais est-ce que à l'inverse tu prends attention à ne pas basculer dans l'autre sens c'est à dire de faire de la discrimination masculine c'est à dire entrer dans le trip un peu moi je veux un pourcentage de femmes supérieures tu vas rigoler aujourd'hui on est 17 ans cuisine Oui.
- Speaker #0
Je n'ai pas de femme.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Il y en a peut-être une qui va arriver.
- Speaker #1
Ceci est un appel.
- Speaker #0
Je ne fais pas la différence. Ça veut dire que moi, comment je recrute, c'est la personnalité et la motivation. Même pas le CV ou l'expérience. C'est vraiment la personne qui a envie de venir, elle vient. J'ai eu des femmes, j'en ai eu qui sont restées un an, deux ans. Ça tourne. Je ne fais pas de différence. C'est simple. Pour moi, c'est vraiment la personne qui a envie de travailler qui va venir. Si une femme qui vient et qu'elle a envie, elle aura sa place au restaurant.
- Speaker #1
Ce que finalement, tu aurais eu envie aussi de vivre.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Et que tu as certainement peut-être vécu aussi parfois. Tu sais,
- Speaker #0
on m'a déjà mis à des postes parce que j'étais une femme.
- Speaker #1
En tant que faire-valoir ?
- Speaker #0
Ah oui, non mais... Tu es une femme, donc on a besoin d'une femme en cuisine, donc on va te prendre. Ça n'a pas marché. Ça n'a pas marché.
- Speaker #1
Disons que la valeur femme n'existe pas en réalité.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
C'est la valeur intrinsèque de l'humain qui existe. Oui,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Être une femme n'est pas une valeur en soi.
- Speaker #0
Non. Et ça, c'est... En 2025, on va encore entendre ça. Et pour revenir sur ce qu'on a dit, en revanche, quand il y a des femmes en cuisine, je trouve que l'ambiance est beaucoup plus apaisée, c'est beaucoup plus dans la bienveillance. Et les mecs me le disent. quand est-ce qu'il y a des femmes qui viennent et tout parce que c'est différent.
- Speaker #1
Tu arrives à gérer et ça va me faire rebondir sur la prochaine question en douceur, mais comment on gère à la fois pour soi et à la fois pour ton équipe des éventuelles séductions, soit quand tu as, bon maintenant c'est de moins en moins vrai, mais en tout cas homme femme tu vois Comment ça ne bascule pas ? Comment ça peut ne pas être tendancieux ? Comment on gère tout ça ? Est-ce que tu peux poser la question ?
- Speaker #0
J'ai déjà eu des expériences comme ça. Et c'est difficile à gérer, je trouve. Donc, ça veut dire en cuisine. Pour faire simple, des personnes qui ont essayé de me draguer par mes, ça joue en cuisine. Moi, j'ai tout de suite recadré. Mais j'ai déjà fait appel à un collègue.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
pour leur parler et pour que ça s'arrête tout de suite. J'ai déjà eu besoin d'aide parce que je ne savais pas trop comment m'y prendre et je n'étais pas à l'aise avec la situation. Donc une fois que j'ai fait passer le message et que j'ai été directe, il a quand même fallu l'aide de quelqu'un pour que ce soit plus clair. Oui, c'est ça. Donc ce n'est pas évident. Je ne vais pas dire que ça arrive non plus tout le temps. Mais après, je suis quelqu'un d'assez... Moi, je dis les choses, je ne passe pas par quatre chemins. Mais ça peut arriver qu'ils ne comprennent pas quoi. Donc,
- Speaker #1
c'est important quand on est une femme chef. Est-ce que tu prêtes attention à dire, mais dans les deux sens ? Toi, tu es beaucoup sur les réseaux sociaux.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
L'image, j'ai envie de te dire, quand je reviens dans les deux sens, c'est-à-dire, je fais attention quand je pars le matin à ma tenue vestimentaire, à être ni trop peu, ni trop. Ou est-ce que maquiller, pas maquiller, en cuisiner, comment tu... Comment tu gères ton image ? Est-ce que d'abord tu y penses ?
- Speaker #0
Alors, oui ou non. C'est-à-dire que je suis quelqu'un d'assez naturel, je ne vais pas trop me maquiller ou j'ai toujours été comme ça. En cuisine, c'est important de montrer l'exemple, enfin en tout cas dans ma cuisine. Moi, je veux montrer l'exemple. C'est-à-dire que nous, les responsables, j'ai toujours un chignon, les cheveux attachés, veste repassée, propre. J'aime être nickel sur moi. Pour mes équipes, déjà. Pour montrer qu'il faut être exigeant vers soi-même. Et l'apparence, c'est quand même important. On va auprès de nos clients, on a des rendez-vous. Donc, c'est important. Sur les réseaux, je ne fais pas trop attention. Je suis quelqu'un d'assez naturel, quoi. Oui, c'est ça. Moi, je suis quelqu'un d'assez naturel. Donc, je suis comme je suis. Mais oui, je fais forcément un petit peu attention. Et la tenue, c'est toujours ma tenue de cuisine. Donc, c'est une tenue professionnelle. Après, il faut être propre sur soi. Ça, c'est évident.
- Speaker #1
C'est marrant. Je reviens après. On va bientôt terminer. Mais je reviens sur cette tenue. En tant que femme par exemple, alors moi qui ai un métier d'image où il faut que je réfléchisse à comment je m'habille, enfin il faut que je réfléchisse, enfin je fais attention en tout cas à adapter certaines tenues à certaines postures ou certaines situations, certains lieux, voilà. Et je me disais quand même dans le fait d'avoir toujours finalement la même tenue, c'est aussi une manière un peu de... C'est compliqué d'avoir son identité. Enfin, ton identité, elle passe pas par ta tenue vestimentaire, quoi. Finalement, c'est que t'es toujours habillée.
- Speaker #0
Et j'ai envie de te dire, pas forcément. Dans le sens où, déjà aujourd'hui, on a des vestes de cuisine personnalisées. Moi, j'ai des partenariats avec certaines marques. Ils me font des vestes sur mesure. Donc, déjà, ça, c'est cool. Et après, pantalon, chaussures, je suis souvent Doc Martens. Voilà, moi, je suis comme ça en cuisine. J'aime bien.
- Speaker #1
Je me souviens de t'avoir vue en crocs verte.
- Speaker #0
Ah oui. Ça devait rester entre nous, on avait dit.
- Speaker #1
C'est vrai,
- Speaker #0
le kaki. J'adore le kaki aussi.
- Speaker #1
Non, mais oui. Mais... Ça aussi, ça se démontre à bien. Oui,
- Speaker #0
ça se démontre. En fait, il faut se dire une chose, on est debout toute la journée, il faut être dans des paires de chaussures confortables. Moi, j'adore les Docs, je suis bien dedans, mais je change tous les jours de chaussures, de paires de chaussures, tous les jours. Parce que sinon, j'ai mal aux pieds et je ne suis pas la seule à le faire. Et les chaussures de sécurité, c'est des chaussures qui sont lourdes, donc compliquées. J'aime bien les Docs. Et puis, c'est des chaussures qui tiennent bien, qui ont du style aussi, on est confortable dedans. Et après, il y a des chefs qui sont quand même bien identifiables. Quand je vois Anne-Sophie Pic avec ses lunettes, toujours la même coiffure. Il y a pas mal de chefs qui ont une personnalité comme ça et qui font attention forcément à leur apparence. Moi, je dirais que c'est d'avoir mon chignon bas, un petit peu bien serré. Les bijoux, c'est compliqué d'en avoir. Donc, on n'a pas de bijoux, mais les tatouages, des petits clins d'œil comme ça.
- Speaker #1
D'accord, parfait. Et l'amour dans tout ça, famille ? Est-ce que l'amour c'est compatible avec le fait d'abord d'être chef, d'être en cuisine et d'avoir l'ambition ?
- Speaker #0
Je dirais oui bien sûr. Il faut ce... Donc tu vois, toutes mes années, mes dix premières années, j'étais en couple. J'ai eu des histoires et j'ai profité évidemment. Mais c'est vrai que c'est des années où mon travail a pris le dessus quand même. Et c'est en partie aussi pour ça que j'ai décidé de changer les dernières années, pour avoir plus de temps pour ma vie, ma vie perso. Aimer, être aimée, avoir des projets, c'est essentiel. On a tous besoin d'un équilibre. Moi, j'ai ma famille qui prend beaucoup de place, et j'ai ma vie perso aussi, qui est très importante pour moi. Et je ne serai pas une chef aussi épanouie et engagée. Si aujourd'hui je n'avais pas une vie perso épanouie et heureuse.
- Speaker #1
Mais comment on fait ? Est-ce que par exemple, est-ce que tu devrais, est-ce qu'il faut être les deux chefs pour que finalement l'un et l'autre puissent comprendre parce que c'est un métier qui est tellement particulier ou est-ce que finalement, voilà, quand tu arrives, tu rencontres la personne avec qui tu es ? Ça fait peur ce métier ? On se dit qu'il va falloir la partager avec une brigade qui fait 800 personnes. Elle travaille presque tous les jours, même quand elle ne travaille pas, elle est quand même un peu au travail. On peut l'appeler. Comment on va faire pour avoir des projets ? Est-ce que ça, c'est des choses que tu as été obligée de poser à cause de ton travail ? On les pose tous quand on rencontre quelqu'un.
- Speaker #0
Oui, complètement.
- Speaker #1
C'est un métier ultra spécifique.
- Speaker #0
Oui, j'ai déjà eu un ultimatum. Si tu ne changes pas de métier, on ne se marie pas. Si tu ne changes pas de restaurant, on ne se marie pas. Et si tu n'améliores pas tes conditions. À l'époque, j'ai quitté mon boulot. C'est là où je suis arrivée, d'ailleurs, au Camondo. Et ça m'a fait le plus grand bien. Parce qu'au final, ça m'a permis d'avoir du temps pour moi et du temps pour nous. Et évidemment, c'est un métier tellement prenant qu'il a fallu... Moi, j'ai rencontré ma femme qui est dans un autre milieu. et qui au début ne comprenait pas.
- Speaker #1
Ah oui, voilà, quand même.
- Speaker #0
Elle avait du mal à comprendre. Et c'est vrai qu'il a fallu lui expliquer un peu et lui faire connaître mon métier pour qu'elle se rende compte en fait de ce que c'était. Mais elle m'a fait quand même réaliser que le travail, ce n'était pas tout. Il n'y avait pas que ça dans la vie. Donc, il faut trouver, c'est vraiment pour moi l'équilibre. Tu vois, l'équilibre, c'est des compromis aussi, mais comme dans tous les couples. Et quand on aime quelqu'un, On peut faire beaucoup de choses. Donc c'est beaucoup dans l'échange, dans la discussion, et c'est faire grandir le couple aussi avec les années. La chance que j'ai, c'est d'avoir un travail qui demande beaucoup de temps, mais aujourd'hui, tout évolue, et je peux trouver des postes avec des meilleures conditions aussi. C'est à moi d'aller chercher le poste qui me convient pour me laisser du temps à ma vie personnelle.
- Speaker #1
Ça peut être, ça fait partie de tes moteurs ? Je veux dire... Aujourd'hui, c'est plus comme il y a 10-15 ans, je veux y arriver, donc je mets tout en place. Aujourd'hui, l'amour, c'est peut-être plus ça qui est au cœur. Finalement, de dire j'ai besoin de garder ma base, mon socle, mon mariage, en tout cas la femme avec qui je vis, et je construis autour.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Aujourd'hui,
- Speaker #0
ma vie perso passe avant. Ça n'enlève pas l'ambition et ça n'enlève pas tous les projets que j'ai dans mon travail. Mais il faut être intelligent. Et c'est là où il faut aller chercher le bon poste et trouver l'équilibre entre tout ça. Comme je t'ai dit, j'ai eu des problèmes de santé en début d'année. C'était assez grave. Aujourd'hui, ça va mieux. Mais ça m'a remis la réalité un peu aussi en face des yeux et de me dire que j'ai la chance de faire un métier où c'est un métier de passion. Tous les jours, je vais au travail, mais j'ai envie. Je suis bien. J'aime travailler avec mes équipes. J'aime ce qu'on fait. Je suis en accord avec tout ça et je prends du plaisir tous les jours. C'est génial. Mais attention, il n'y a pas que ça. Et plus tard, je n'ai pas envie de me retrouver seule. J'ai envie d'être avec quelqu'un. J'ai envie d'avoir une famille, d'avoir des projets. de continuer à voyager, de découvrir le monde, de faire des rencontres. Et il faut laisser du temps aussi à tout ça. Donc, trouver l'équilibre entre tout ça et en effet, la vie perso qui prend un peu plus de place aujourd'hui et qui est essentielle, qui est mon moteur.
- Speaker #1
Il y a de la place pour la maternité quand on est chef. Alors, tu es chef confirmé et en même temps, tu as encore… Moi, j'ai l'impression que tu es à l'aube. quand même t'es hyper jeune t'as 35 35 c'est jeune pour un chef c'est jeune j'ai l'impression que t'as encore comme si t'allais gravir vraiment de prendre encore plus d'expansion y'a la place pour la maternité la réponse est oui,
- Speaker #0
complètement mais la question se pose à quel moment, quand ... Voilà, quand on prend un poste et qu'on est chef et qu'on gère une brigade, c'est pas évident de se dire, est-ce que là c'est le bon moment, est-ce que c'est pas le bon moment, et essayer de calculer tout ça, c'est quand même des questions qu'on se pose, mais complètement. Enfin, je veux dire, moi je veux une famille.
- Speaker #1
Tu devrais pas sacrifier.
- Speaker #0
Ah non,
- Speaker #1
ah non. Jamais.
- Speaker #0
Jamais. Ça veut dire que, jamais. Le travail c'est le travail, même si c'est ma passion. Mais jamais, ça passera avant la maternité et construire ma famille.
- Speaker #1
Il y a des exemples ? Peu de chefs trois étoiles ?
- Speaker #0
Après, je pense par exemple à Stéphanie Lequelec, qui en a quand même deux et qui a deux ou trois garçons. Donc voilà, elle a fait top chef. C'est une chef talentueuse qui a fait beaucoup de choses, qui travaille énormément. qui aujourd'hui a son propre restaurant, d'ailleurs, qui est à côté, a des boutiques. L'autre, elle est en métro, elle aura un jour. Elle a une vie de famille très active. Oui,
- Speaker #1
je pensais aussi à...
- Speaker #0
Et à Anne-Sophie Pic aussi. Anne-Sophie Pic, je sais qu'elle en a un, c'est sûr, peut-être deux, je ne sais pas, mais elle en a.
- Speaker #1
C'est faisable.
- Speaker #0
C'est tout à fait faisable, oui.
- Speaker #1
Mais il faut avoir quelqu'un à côté de soi, comme tu dis, qui...
- Speaker #0
Qui compense, on va dire. Qui compense. C'est un travail d'équipe. sur des postes comme le tien oui forcément on m'a déjà posé la question d'entretien tu as quel âge ?
- Speaker #1
je n'ai pas pris de poste autant te dire que pour moi c'est pas la peine ah bah non là c'est lié complètement on revient à ce qu'on a dit au début c'est du sexisme pour le coup ah
- Speaker #0
ouais Mais ouais, moi, j'ai des rêves. J'en ai dans le milieu professionnel, mais j'en ai dans le milieu perso et ça passera avant tout le reste.
- Speaker #1
Je te le souhaite.
- Speaker #0
Merci, c'est adorable.
- Speaker #1
On va bientôt terminer ce podcast. Si tu devais...
- Speaker #0
Tu voudrais laisser quoi comme héritage plus tard en tant que chef et femme ? Que femme-chef, ce serait quoi ? Si tu dois laisser une trace quelque part, un épitaphe, tu vois ?
- Speaker #1
Oui, j'aimerais que ce soit un monde qui soit plus apaisé, plus durable. Ça veut dire qu'aujourd'hui... Je suis engagée, j'essaie de l'être de plus en plus. Et comme tu disais, je n'ai que 35 ans, donc j'ai encore des années de travail. Un jour, j'aimerais avoir mon propre restaurant et j'aimerais avoir un restaurant avec une ferme en permaculture. Et aussi être dans l'éducation, que ce soit dans mes équipes ou que ce soit dans ma clientèle et essayer de... de faire les choses bien et de laisser un monde meilleur, tu vois.
- Speaker #0
C'est une belle approche, une belle ambition. Tu dirais quoi à la petite famille qui met un pied dans ce restaurant et qui entend le clac, clac, clac, clac, clac et les premiers oui-chefs ? Tu dirais quoi ?
- Speaker #1
Je dirais que l'avenir sera radieux. que tu auras quelques années difficiles, mais qu'il faut y croire et d'aller jusqu'au bout. Et de jamais perdre espoir. Et c'est vrai que parfois je me retourne et je réalise tout ce que j'ai accompli. J'ai du mal à y croire quand même. C'est vertigineux de se dire qu'il y a quelques années, je commençais juste. Et aujourd'hui, j'ai tant accompli. Et je suis fière du parcours.
- Speaker #0
Tu es fière de toi, tu te le dis.
- Speaker #1
Oui, en fait, et je le vois à travers de certaines personnes, donc mes parents évidemment, parce que pour eux c'était hier, et à travers certaines personnes qui, professionnellement, qui étaient là à mes débuts, et qui aujourd'hui sont toujours au même poste, et moi j'ai décollé quoi, j'ai décollé, ils ont toujours cru en moi, et c'est vrai que j'avais un manque de confiance quand j'étais jeune. C'est un peu timide au tout début. Et quand je revois mes premiers chefs, tout le monde me dit « Ah non mais Fanny, toi, dès le début, on a vu que tu avais du potentiel. Tu étais sérieuse. On a vu tout de suite que tu allais aller loin. » C'est beau. Ça m'a touchée.
- Speaker #0
On ne se coupe pas de ses émotions quand on est chef ? Ou on se coupe de ses émotions à un moment donné pour arriver là, où tu es maintenant ? Et où tu iras plus tard ?
- Speaker #1
Non, non, on ne se coupe pas, non.
- Speaker #0
Tu dirais quoi à tes parents, à ton papa particulièrement ?
- Speaker #1
Merci, merci et que je l'aime. Pour moi, c'est un modèle, c'est un modèle au niveau professionnel, mais dans la vie aussi. Mes parents, je leur dois beaucoup. Ils ont toujours été là pour moi. Ils m'ont toujours aimée, ils m'ont toujours donné les moyens d'en être là aujourd'hui, et humainement parlant. J'ai beaucoup de chance encore de les avoir, et je profite du temps que j'ai encore avec eux. On a passé une semaine dans les Pyrénées tous les trois, et c'est des moments très importants, j'en ai besoin pour me ressourcer et profiter de ces moments précieux.
- Speaker #0
Ta force, elle vient de là aussi. Oui, ma force,
- Speaker #1
c'est ma famille. Mes frères et sœurs aussi. Mes deux grandes sœurs, j'ai un frère jumeau et j'ai un petit frère. Je suis très proche. On est tous très proches. Très différents, mais très proches. On s'apporte beaucoup et moi, j'ai besoin d'eux. J'ai besoin d'eux,
- Speaker #0
oui. On sent que quand on parle, tu es émue et que finalement, toute seule, tu ne serais pas à la route.
- Speaker #1
Non, non, c'est sûr.
- Speaker #0
Et même de leur faire plaisir, c'est aussi un moteur.
- Speaker #1
Évidemment j'ai un métier, on est dans le plaisir. Moi j'aime donner, j'aime partager. J'ai la chance d'avoir toute ma famille qui est venue manger dans tous les restos où j'étais. Et de cuisiner évidemment quand je suis avec eux. Pas tout le temps parce que c'est quand même beaucoup de travail. Mais j'aime ces moments de partage et ce moment de plaisir.
- Speaker #0
C'est pas trop dur d'avoir famille quand on l'invite chez soi. Il n'y a pas trop tes amis, ils n'ont pas trop quand même un espèce de complexe inférieur. C'est drôle,
- Speaker #1
il y a toujours ce sujet-là au début. Ils se rendent compte que je suis quelqu'un de très simple. Moi j'aime les choses simples dans la vie. Et ce qui va compter pour moi c'est l'échange et c'est le partage. Ce n'est pas ce qu'il y a dans l'assiette quand on se retrouve et on est content d'être ensemble. Mais il y a toujours cette petite appréhension et de dire, la famille qui vient, qu'est-ce qu'on fait ? Et en fait, quand ils me connaissent, ils savent que, voilà, détente quoi, quelqu'un de cool.
- Speaker #0
On termine avec la question habituelle de Parole de femme. Fanny, c'est quoi pour toi être une femme aujourd'hui ?
- Speaker #1
Être une femme aujourd'hui, c'est assumer qui on est au plus profond. et de le faire rayonner dans notre entourage, d'assumer notre personnalité, que ce soit dans le milieu professionnel, dans la vie personnelle. Et c'est aussi, du coup, inspirer toutes les femmes, toutes celles qui ont des rêves et de leur montrer que c'est possible.
- Speaker #0
C'est le mot de la fin. C'était facile.
- Speaker #1
C'est le mot de la fin. Stéphane, merci à toi.
- Speaker #0
Tu as très bien fait.
- Speaker #1
Merci, merci beaucoup.