Speaker #0Bienvenue dans les petites chroniques d'un grand projet, le podcast où tu vas suivre les péripéties et l'évolution d'une femme qui va se donner les moyens d'incarner sa vision et de faire vivre ses convictions. Épisode 3, est-ce bien malin ? Comment on se positionne dans un marché réputé difficile ? Est-ce qu'on peut vraiment s'insérer dans un milieu en pleine transformation ? Est-il raisonnable de se lancer dans une filière qui subit toutes les contraintes socio-économiques actuelles ? Depuis quelques semaines, les annonces d'élevage et d'écuries qui ferment florissent. Et ce n'est pas un hasard. La filière équestre est à l'image de notre société. On peut y lire, avec un peu d'avance, les contraintes qui s'y jouent et les répercussions qu'elles peuvent avoir. Si l'inflation est le premier élément qui vient à l'esprit, il est loin d'être le seul. Lorsqu'on veut se lancer dans un tel projet, il est bon de savoir où on met les pieds. A commencer par comprendre comment la filière équestre a pu autant se transformer et pourquoi elle n'est pas préparée aux enjeux de demain. Et pour comprendre cela, faisons un petit zoom sur l'histoire de l'équitation. Promis ? je tâcherai de rendre cela le plus intéressant possible. L'humain cohabite avec le cheval depuis la nuit des temps. Et c'est loin d'être une histoire platonique ou romantique. On pourrait découper l'histoire de cette cohabitation en trois grandes parties. La préhistoire, où le cheval a servi autant à l'alimentation qu'aux migrations, en étant un objet de fascination et de support des premières croyances. Puis de l'antiquité au Moyen-Âge, où le cheval a été l'instrument des désirs de conquête de l'homme, que ce soit à travers l'art ou la guerre, voire de l'art de la guerre. Et enfin, l'époque moderne, où le statut du cheval a commencé à glisser vers quelque chose de plus flou et symbolique avec le développement des sports équestres et du loisir pour le plaisir. On dit que l'équitation est un sport de tradition militaire, et c'est en partie vrai. Pour le comprendre, il faut savoir que l'art équestre s'est transmis d'homme à homme, homme avec un petit h, avec les premiers maîtres au XVIe siècle. Les deux premiers sont Frédérico Grisonne, qui fonda l'Académie de Naples en 1532, la première académie équestre. Bon, il est possible qu'il s'agisse en réalité d'une erreur de traduction d'un traité sur l'équitation, écrit par le duc de Newcastle, William Cavendish, en 1667. Pour la petite histoire, ce traité est déjà une réédition de 1657, que le duc enrichit de ses réflexions et expériences au cours des guerres anglaises, celles-ci l'ayant amené en Allemagne, en France et aux Pays-Bas, où il acheta, notamment, des chevaux espagnols et barbes. La première édition de ce traité, méthode et invention nouvelle pour dresser des chevaux, est assez rare puisque une partie du tirage déjà limité a été brûlée dans un incendie. Sa réédition dix ans plus tard est publiée en français à Londres par un traducteur qui reconnaît lui-même ne rien connaître aux chevaux et un éditeur qui ne parle pas français. Et c'est ainsi que l'ajout d'un hommage au premier maître de l'équitation donne naissance au mythe d'une académie dont les origines semblent un peu plus floues qu'elles en ont l'air. Il faut dire que la réalité n'aide pas vraiment à s'y retrouver. Je vous le disais, la transmission, elle se fait d'homme à homme. Et le contemporain de Federico Grisonne, César et Fiacci, a formé Gian Battista Pignatelli, qui s'est également formé chez le premier. Tous deux ont d'ailleurs écrit des traités, respectivement sur les embouchures pour Fiacci et les effets de Rennes pour Pignatelli. Des traités qui sont tous deux fondateurs dans l'équitation moderne. Oui, parce qu'avant... on ne s'embêtait pas vraiment de l'éducation du cheval, tant qu'il remplissait son rôle. Quoique, Xénophon avait bien écrit un ouvrage sur l'acquisition, le dressage et l'entretien du cheval au Vème siècle avant notre ère. Pour en revenir sur nos grands maîtres, Pignatelli, c'est un écuyer important, car il a formé deux maîtres français incontournables. Antoine de Plunivelle, qui a fondé le travail au pilier, qui est un peu le début du travail à pied, et Salomon de Labrou, qui est l'auteur de cet adage que tous les cavaliers connaissent, Calme. En avant, droit, et dans cet ordre-là. Et non, cette citation n'est pas du fameux général Lott, qui, lui, serait à l'origine de l'école de Saumur, deux siècles plus tard. Oui, oui, on parle bien de l'école qui a donné le cadre noir de Saumur. Mais le général Lott lui-même est issu de deux écoles de pensée dont il a fait la synthèse. D'une part, François Bauchet, très connu également des cavaliers, qui a déclaré cette célèbre phrase « main sans jambe et jambe sans main » sur l'indépendance des aides. Et d'autre part, François Robichon de la Guérinière, très connu également, qui a fondé une école de la cavalerie en rupture avec la tradition militaire. Les grands noms d'aujourd'hui ne sont pas toujours les grands noms d'hier. Je vous épargne les détails humains, les différents politiques et les convictions de chacun, mais ils ont un rôle clé dans la fusion ou la scission d'idées pour arriver jusqu'à ce qu'on considère aujourd'hui comme du patrimoine immatériel. En réalité, c'est en se penchant sur ces détails que l'on comprend que l'équitation a... toujours été le reflet de notre société. Ce sont ces contextes socio-économiques et politiques qui lui ont permis d'évoluer, souvent avec un temps d'avance sur son temps. Un peu comme un reflet prémonitoire de la société. Et c'est d'ailleurs ce qu'on retrouve avec la sportivisation de l'équitation. Les évolutions techniques du XIXe siècle se retrouvent dans le matériel avec la création de nouvelles selles, par Caprilli et Danlou, qui favorisent la posture en équilibre, et donc la position à l'obstacle. Oui, parce que nos chevaliers au Moyen-Âge, ils montaient leurs destriers bien assis et bien calés dans leurs selles pour éviter d'en tomber, et donc pouvoir continuer à batailler. Et on a gardé cette idée pour la guerre bien longtemps. Ce qui a parfois fait la différence en leur défaveur pour des peuples bien plus libres de leur mouvement sur leur monture. A partir de là, trois événements ont révolutionné l'équitation. Premièrement, la mécanisation, qui a rendu les chevaux inutiles au travail. Deuxièmement, la féminisation, qui a rendu l'équitation accessible à une nouvelle catégorie de la population. Troisièmement, la démocratisation, qui a rendu l'équitation accessible à la classe moyenne, voire populaire. On note d'ailleurs une forte accélération. entre les deux derniers événements, puisque les femmes n'ont eu le droit de porter des pantalons pour monter à cheval en Amazon qu'en 1930, puis en 1952, elles ont eu le droit de concourir en compétition en dressage, quatre ans plus tard, en CSO. Le premier Poney Club de France, lui, il ouvre en 1965. Et fun fact, non, le premier Poney Club de France n'était pas au bois de Boulogne. Il y a bien un club qui ouvre en 1953, le club de Lassau, au bois de Boulogne, mais il ne s'adressait pas vraiment aux enfants. C'est un peu moins fun, mais le premier Poney Club de France s'appelait la Ferme Équestre du Bois-Gilbert, et c'était en Seine-Maritime, à 30 minutes de Rouen. En tout cas, ce qu'on peut dire, c'est que le premier club qui ouvre au Bois de Boulogne, il démontrait déjà un intérêt pour une autre équitation, bien plus éloignée des orchestres traditionnels. Une équitation qui sera développée et ancrée en France par Andy Booth dans les années 2000, et qui changera durablement la pratique de notre équitation. puisque la FFE reconnaîtra les savoirs éthologiques, et par ce biais, le travail à pied et la monde sans mort. C'était bien la peine de s'embêter à écrire des traités sur les effets de reine et les embouchures. Je serais curieuse de savoir ce qu'en penseraient nos gros maîtres aujourd'hui. Pas vous ? Enfin bref, la FFE, c'est la Fédération Française d'Équitation. Et en écrivant ce podcast, j'ai appris quelque chose qui m'a beaucoup surpris, c'est que la FFE ne fêtera que ses 40 ans l'année prochaine. En 2027, la FFE aura 40 ans. 40 ans seulement. Et elle est déjà face à de nouveaux enjeux. Parmi eux, deux enjeux qui pouvaient être anticipés. L'éthique et le réchauffement climatique. En 2021, une loi interdit les delphinariums pour des raisons éthiques et éthologiques. Cinq ans plus tard, quid des chevaux hébergés dans 9 mètres carrés, alors que les libertés fondamentales, reconnues juridiquement, mentionnent comme besoin la liberté d'exprimer des comportements normaux pour l'espèce. Et que l'éthogramme du cheval, c'est-à-dire le répertoire des comportements normaux pour l'espèce, il est très bien connu. On sait ainsi qu'un cheval a besoin de se déplacer constamment, à allure lente, en contact direct avec d'autres congénères. Je ne crois pas que le boxe permette tout ça aujourd'hui. Histoire d'enfoncer un peu plus le clou, l'équitation a été retirée du pentathlon après de fortes polémiques sur le bien-être animal. Est-ce que ça ne serait pas là une porte d'entrée à l'arrêt des pratiques sportives ? Et si oui ? Que vont devenir les chevaux qui n'auront plus d'utilité aujourd'hui ? C'est un peu une question rhétorique, déjà d'une part parce que vous ne pouvez pas me répondre, ce podcast étant préenregistré, mais aussi parce qu'on a déjà des pistes de réponse. En effet, le statut des équidés est désormais publiquement débattu, avec une proposition de loi qui a été déposée en 2025 pour conférer aux chevals un statut spécifique d'animal de compagnie. Et bien que ça soulève encore de nouvelles questions, la simple ouverture du débat doit nous amener à réfléchir par rapport à nos pratiques et leur évolution. Et puis, il y a le réchauffement climatique. La filière équestre a évolué comme si de rien n'était, à l'instar de notre société, alors qu'elle en est l'une des premières victimes et l'a subie de plein fouet. Des alertes au niveau européen ont déjà été déclenchées concernant la pénurie de foie en 2026. Au niveau européen. Tandis que des éleveurs bovins envoient leurs bêtes à l'abattoir, je cite, pendant qu'elles sont encore belles, nous devons repenser l'alimentation des équidés si nous ne voulons pas relancer une filière qui certes a déjà pourtant sauvé certaines races, mais qui ne correspond plus aux valeurs que nous voulons défendre aujourd'hui. Des solutions existent pourtant. Gestion des parcelles, arrêt du surpâturage, gestion raisonnée du foin, aménagement des terrains et des zones d'affouragement. Les solutions existent, mais elles nécessitent des moyens financiers et humains. Or, l'équitation a perdu son statut social. Elle est victime de son succès. L'automatisation a vidé les écuries et sa démocratisation a vidé leurs caisses. Voilà le contexte dans lequel je veux lancer ce projet de structure équestre inclusive. Je ne crois pas que pour survivre, l'équitation doive redevenir un sport d'élite. En revanche, il est certain que si l'accès au contact des chevaux peut demeurer possible pour tous, la propriété d'un équidé va redevenir plus compliquée, car les priorités vont devoir être réévaluées. Dans ce contexte, il me paraît essentiel de s'interroger. Pourquoi a-t-on des chevaux ? En tant que professionnelle, c'est la réponse à cette question qui me permet de me positionner et de m'adapter aux contraintes et aux transformations futures de façon raisonnable et éthique. Lorsque j'observe les enjeux de demain et les écuries qui ferment, je ne suis que renforcée dans cette conviction. L'inclusion permettra de passer d'une filière en tension à un écosystème performant. C'est grâce à l'inclusion que l'on pourra revaloriser la main-d'œuvre auprès des équidés, réaliser les aménagements nécessaires à tous, humains et chevaux, pour assurer le bon fonctionnement d'une écurie et pérenniser ses activités. C'est grâce à l'inclusion que l'on apporte des réponses adaptées à des enjeux éthiques et aux pressions rencontrées. C'est grâce à l'inclusion qu'on sort des schémas traditionnels et de la dynamique bancale dans laquelle la filière s'est empêtrée. C'est grâce à l'inclusion que l'on cesse d'être le reflet d'une société qui n'arrive plus à avancer pour en devenir le moteur. Je crois que non seulement le marché est prêt à accepter ces transformations, mais qu'aujourd'hui plus que jamais, il en a besoin. Non seulement pour la filière elle-même, mais pour l'ensemble de notre société. Alors, comment on rend une valeur concrète ? Est-ce qu'on peut raisonnablement s'appuyer sur l'inclusion de personnes en situation de handicap pour faire vivre une entreprise ? Est-ce que c'est pas un peu utopique ? On se retrouve dans le prochain épisode de podcast Petite chronique d'un grand projet pour en discuter. Je me donne un an pour voir jusqu'où je peux amener ce projet. Et ce podcast, c'est l'espace, le lieu et le moment pour tout te raconter. Comment on construit un tel projet ? Comment on tient face à l'adversité ? Comment on convainc une solution qui n'existe pas peut devenir une évidence ? Si tu as envie d'en savoir plus, que tu partages ces valeurs et que tu veux soutenir le projet, alors abonne-toi au podcast et rejoins la communauté Equidomus sur les réseaux sociaux. Je te dis à très bientôt !