Speaker #0Bienvenue dans les petites chroniques d'un grand projet, le podcast où tu vas suivre les péripéties et l'évolution d'une femme qui va se donner les moyens d'incarner sa vision et de faire vivre ses convictions. Épisode 2. Pourquoi ce projet ? Comment on passe de la passion à l'administration ? Comment on fait pour que nos rêves ne se fassent pas dévorer par la réalité ? Qu'est-ce qui fait qu'un pourquoi est assez grand pour devenir un comment ? Antoine de Saint-Exupéry disait « Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve » . Et il a raison en un sens. Mais ce qu'il ne dit pas, c'est qu'avant de s'autoriser à faire vivre ses rêves à ce point-là, souvent, la vie nous a bien amochés. Et ça, ça fait partie de mon pourquoi. Le pourquoi, en entrepreneuriat, on dit que c'est ce qu'il faut trouver, c'est ce qui va guider le comment. Sans lui, on risquerait de développer une offre, une solution, mais qui ne répond à rien, de produire du vent. Au début du premier épisode, je te disais que même si je montais à cheval depuis mes 5-6 ans, j'avais longtemps refusé d'en faire mon métier. Et c'est un peu parce que, justement, j'avais peur que la vie dévore mon rêve. Ma grande phrase, c'était « je veux préserver la passion » . Avec le recul, je peux dire qu'il y a bien d'autres remparts pour conserver la passion. Mais ça, ça fera sûrement l'objet d'un autre épisode parce que c'est un vaste sujet. Dans ma famille, il n'y a pas de cavalier. J'ai donc pas eu cet exemple de comment concilier un loisir aussi prenant avec une vie professionnelle et personnelle. C'était un à côté, je voyais pas vraiment comment il pouvait en être autrement. Et comme beaucoup, j'ai d'ailleurs mis ce loisir en pause avec les études, faute de temps et de moyens. Mais pas faute d'avoir essayé en revanche, car c'est là que j'ai découvert le système de demi-pension. La demi-pension, pour les non-cavaliers, ça va vous paraître un peu lunaire, alors accrochez-vous bien. C'est un accord entre le propriétaire du cheval et le pensionnaire sur le nombre de fois où ce dernier peut venir monter, et en fonction on va parler d'un quart de pension, d'un tiers de pension, d'une demi-pension, ou d'une pension complète. Et ça définit ce qu'il a le droit de faire. ou non avec le cheval en fonction des besoins de l'animal, mais aussi des attentes du propriétaire et des objectifs du pensionnaire. Les charges dont il doit s'acquitter ou non, etc. Par exemple, parfois on demande une participation à la ferrure ou au frais vétérinaire. Et parfois non. En bref, le concept c'est de payer pour s'occuper d'un cheval comme si c'était le tien. Alors, si tu n'es pas familier ou familière avec l'idée, tu te dis probablement que ça devrait être au propriétaire de payer le... Pensionnaire pour travailler son cheval, et pas l'inverse. Mais si au contraire, tu es cavalier ou cavalière, alors t'as compris que ce contrat, c'était une opportunité pour avoir les avantages sans les inconvénients. C'est une forme de mise à disposition. Juridiquement, il s'agit d'ailleurs d'une location. Et le monde équestre à son vocabulaire, ses codes et je te le concède, c'est parfois une drôle de façon de faire. Malgré l'opportunité que ça représente, et les bonnes expériences que j'ai pu en avoir, la demi-pension, c'est pas un format qui m'a beaucoup convaincue. En fait, ça a surtout été une période de transition. entre mon cheval de cœur en club et le cheval de ma vie que j'ai rencontré par la suite. Et aujourd'hui, ce sont de ces deux chevaux-là dont je vais vous parler. Car le premier répond à la question « Qu'est-ce qui fait qu'un pourquoi est assez grand pour devenir un comment ? » et le second répond à la question « Comment on passe de la passion à l'administration ? » Qu'est-ce qui fait qu'un pourquoi est assez grand pour devenir un comment ? Je n'en avais pas conscience sur le moment, mais en rencontrant ce petit cheval gris, j'allais découvrir toutes les clés pour répondre à cette question. et pour faire de ce loisir mon avenir. Petite digression, car pour trouver le véritable point de départ de ce grand pourquoi, il faut remonter au tout début, avec cette petite Émilie de 5 ans qui prend la première décision de sa vie, en rentrant d'une colonie de vacances multi-activité, « Maman, je veux faire du poney. » « T'es sûre ? » m'a-t-elle dit. « Oui. » Si cette décision a été aussi facile et évidente, c'est parce que dans cette colonie, j'ai découvert deux choses dont je me suis profondément imprégnée. D'une part, les sensations de l'équitation. Pour moi, enfant hyperactif qui ne tenait pas en place, je me suis sentie soudain complète et ancrée. Et d'autre part, un environnement bienveillant où j'ai toujours trouvé ma place malgré ma difficulté à rentrer en relation avec les autres. On apprendra des années plus tard que je suis autiste avec un TDAH et c'est ce qui donne une dimension si particulière à ce point de départ. Je n'ai jamais trouvé d'autre espace où me sentir aussi bien. Le point de départ de mon pourquoi C'est avant tout celui-là. Créer un espace où chacun peut être pleinement soi-même, avec sécurité et sérénité. Je reviens donc à ce petit cheval gris qui s'appelait Maestro de la Roche. Après quelques années de club, où j'ai découvert encore plus l'équitation, la recherche permanente de sensations, de perfection, chercher le bon dosage, tester, expérimenter, oser, se challenger, se dépasser, évoluer, apprendre, j'ai décidé de m'inscrire dans l'équipe de compétition en trek. technique de randonnée équestre en compétition. Il faut savoir que pour progresser en club, on change de cheval à peu près chaque semaine afin de développer plutôt sa polyvalence et des compétences générales. En compétition, on a besoin de créer des repères, des habitudes pour espérer faire des résultats. Donc on nous attribue un cheval qu'on retrouve toutes les semaines, un cheval qui nous est attitré. Or, au moment où je m'inscris, il ne restait que lui. Et la première fois que je l'ai eu, j'en ai eu peur. Il a essayé de me bloquer contre la porte de son box pour me dégager en faisant mine de mordre. Et j'ai appris plus tard que Maestro avait été maltraité. Et qu'en fait, s'il était aussi difficile à appréhender, s'il était aussi difficile à monter, c'est tout simplement parce qu'il était terrorisé constamment. Il vivait dans une angoisse permanente en ayant peur de ce qui bougeait autant de ce qui ne bougeait pas. Et ça, ça le rendait si compliqué que le club ne pensait pas le garder. Malgré son potentiel, il était inexploitable. Cette situation-là m'a vraiment permis de développer mon pourquoi. Parce que quand on m'attribue ce cheval, je me rends très vite compte que ça fait écho à ce que je vis à l'école. Attention, deuxième digression, celle-ci elle aborde un sujet sensible. Quand je rencontre Maestro, je quitte le collège pour arriver au lycée. Et la première chose qui me frappe à la rentrée, c'est que je ne reconnais pas les gens qui eux me reconnaissent. La réalité c'est que j'ai dû changer de collège en cours de route, pour ma sécurité et pour ma survie surtout. J'y ai vécu du harcèlement scolaire, en y réfléchissant, le harcèlement physique et moral... Je l'ai vécu toute ma scolarité depuis la primaire, mais sans vraiment m'en rendre compte. Au collège, ça s'est intensifié au point que j'oublie totalement une année. Et j'en ai quasiment pas de souvenirs. Ces souvenirs-là, ils reviennent pas, même des dizaines d'années plus tard. Parce que oui, le harcèlement scolaire, ça mène jusque-là, voire pire. Alors quand je les ai retrouvés au lycée, ces gens-là, j'étais terrifiée. Terrifiée à l'idée que ça recommence et d'être toujours aussi impuissante. Comme c'était un sentiment diffus, sans souvenir, ça s'est transformé en anxiété généralisée. Et encore aujourd'hui, alors que c'est loin de moi tout ça, et bien rien que d'y penser, j'ai un peu la voix qui tremble. Mais tiens, d'être terrifiée à la fois de tout et de rien, ça vous rappelle pas quelqu'un ? Aujourd'hui, j'en veux à personne. Parce que je sais qu'en tant que victime, je ne suis pas responsable de ce qui m'est arrivé. Mais qu'en tant que bourreau, même s'ils sont fautifs et coupables, leur responsabilité est partagée avec les adultes qui les ont accompagnés, qui ne m'ont pas accompagné. Il manquait de compétences sociales, il manquait de compétences émotionnelles, il manquait de compétences relationnelles et sûrement de bien d'autres choses, tout autant que les adultes qui étaient autour de nous. Et le vrai problème du harcèlement, à mon sens, il est là. Mais je clôturerai le sujet ici, vous comprenez juste beaucoup mieux pourquoi je m'identifiais aussi bien avec Maestro. Un pourquoi fort, il prend racine loin. Alors pour que vous compreniez, il fallait que je vous raconte. Mon histoire n'a tristement rien d'exceptionnel. Exceptionnel, ça devrait pourtant l'être. Alors si ce pourquoi il est aussi grand, c'est parce qu'il me dépasse. L'enjeu n'est pas juste de retrouver une safe place pour soi. C'est la conviction qu'avoir grandi avec la peur et l'isolement n'est pas une fatalité. Et le besoin de partager avec d'autres. Ces autres qui ont pu ou peuvent se sentir seuls. Ces autres qui méritent aussi attention et considération. Et puis c'est un peu aussi l'expérience qui permet au pourquoi de se projeter vers l'avenir. Parce que oui, avec Maestro on s'est cassé la gueule. Oui, on a fait des résultats déplorables sur nos premiers concours. Et oui, j'ai fini par terre bien souvent. Mais dès le premier jour, j'ai compris que deux grands anxieux ensemble ne mèneraient nulle part. Et dès le premier jour, j'ai décidé de ne pas abandonner. Alors j'ai appris à gérer mon stress, ma peur, mon anxiété. Et grâce à lui, j'ai appris à gérer mes émotions. Le premier bénéfice, on a commencé à faire de meilleurs résultats en concours. Le second bénéfice, il est devenu un super cheval de club, au point d'accueillir les babies sur son dos aux portes ouvertes. Le troisième bénéfice, mes crises d'angoisse se sont apaisées à l'école. J'ai pu passer mon bac que j'ai obtenu avec mention. Grâce à lui, j'ai réalisé que non seulement ce dont j'avais besoin était légitime, mais qu'en plus, ça apportait de vrais résultats et bénéfices, et ce sur le long terme. J'avais donc une idée déjà plus précise du comment je devais m'y prendre pour donner vie à ce pourquoi. Cela dit, il y avait encore ce frein. Comment on passe de la passion à l'administration ? J'avais toujours entendu dire qu'on ne pouvait pas en vivre, sous-entendu de sa passion et des métiers autour des chevaux. Ça me paraissait trop lourd. irréalisable pour mes petites épaules. Et c'était sans compter sur ma rencontre avec Isiel qui m'accompagne toujours aujourd'hui. Isiel, je le disais dans le premier épisode, je l'ai rencontré poulinou. Il avait 3 mois. Je l'ai acheté quand il en avait 5 et il m'a rejoint en Essonne à 10 mois. Sa rencontre a été une évidence, un véritable coup de foudre. Pourtant, je savais qu'en achetant un jeune cheval, j'aurais beaucoup à apprendre et que les galops où j'avais passé en équitation ne me prépareraient pas au quotidien avec un cheval. Mais j'étais vraiment pas prête pour ce qu'on allait vivre. Les premiers mois ont été magiques. J'ai pu créer une vraie relation de confiance, au point de partir ensemble en balade pendant des heures alors que ce n'était qu'un poulain. Ce que je n'avais jamais osé imaginer avec Maestro, ce dont je rêvais petite fille depuis la colo, se réalisait enfin et déjà à la fois. Puis il y a eu le Covid. Fini les visites quotidiennes et surtout, fini l'ère de l'insouciance. Les gérants se sont effondrés sous la pression qui venait de toutes parts, et ce sont les chevaux qui ont trinqué. Alors on a connu le manque de foin, les rations aléatoires, l'eau qui arrivait un peu tard. Les engagements qui deviennent flous, non tenus, les agressions verbales, la boule au ventre. Quand je suis revenue, mon petit Poulynou tout mignon était perdu et plus rien n'allait. On a donc changé d'écurie et le post-Covid n'a pas été plus glorieux. À ce moment-là, je me forme en éthologie équine appliquée, surtout pour remplir une ligne sur mon CV en me disant que ça me sera toujours utile avec mon cheval. Je ne songe vraiment pas à en faire mon métier. Trop de contraintes, n'est-ce pas ? Ouais. Sauf que plus je me forme, plus j'en apprends sur les besoins réels du cheval et les méthodes qui existent autour de lui, plus je vois l'écart avec ce que je vis au quotidien. Alors même que je ne suis pas dans une structure qui paraît maltraitante au premier abord. En fait, dans les structures que j'ai côtoyées, on n'allait jamais... punir le cheval en l'attachant à un poteau comme dans les films, en le prouvant de nourriture ou en le frappant violemment. Et pourtant, il y avait quand même de la maltraitance et de la négligence. Des méthodes vraiment questionnables, de la nourriture jamais à volonté. Or, chez le cheval, on sait que plus de 3 heures à jeun cause des ulcères qui eux-mêmes peuvent causer des coliques, première cause de mortalité chez le cheval. Et puis au-delà de la négligence, il y avait aussi les pressions psychologiques, les conseils non sollicités extrêmement violents. On m'a par exemple conseillé, littéralement, de coucher mon cheval pour lui montrer qui était le dominant. Ça n'a aucun sens d'un point de vue éthologique. On m'a également conseillé de lui casser trois dents pour qu'il comprenne qui était le patron. Et non, c'était pas du sens figuré. Vous vous souvenez des constats dont je parlais dans l'épisode pilote ? Celui qui disait que les cavaliers faisaient de l'équitation plutôt pour les chevaux que pour l'amour du sport. Celui qui disait qu'étonnamment les professionnels, eux, s'intéressaient peu à la relation pour se concentrer sur le résultat et la technique. Et bien voilà un exemple flagrant de comment les besoins du client ne sont pas entendus dans la filière équestre. Et comment ils peuvent être dangereux. Plus l'écart se creusait entre ce que je vivais au quotidien avec mon cheval dans un environnement vraiment très classique pour la filière, et ce que j'apprenais en formation sur les besoins et l'éthologie du cheval appuyé avec des tests scientifiques se creusait, et plus je me disais que c'était pas possible. Soit je n'avais vraiment pas de bol, soit il fallait faire quelque chose pour permettre au propriétaire d'équider de trouver d'autres solutions et de pas plonger dans ces conseils-là qui creusent l'écart entre ce qu'on a envie de partager avec son cheval et ce qu'on nous... permet de partager avec lui. Le fait est que c'est pas moi qui n'ai pas de bol, c'est la filière qui est défaillante. Cette défaillance, elle nous a conduit à l'accident. Mon premier accident, c'était donc à pied, avec mon cheval, sous la surveillance et les conseils de professionnels. Mon cheval, il a pris un mois de placard parce que je pouvais pas le sortir avec mes blessures et que plus personne ne voulait y toucher, bien sûr. C'est en voulant me sortir de là, nous sortir de là, que j'ai trouvé mon comment. Je me suis donc mise à mon compte en tant que comportementaliste équin. La formation en éthologie que j'avais faite pour moi, quand j'ai compris que d'autres vivaient aussi ça, j'ai ressenti un profond sentiment d'injustice et je me suis dit que j'avais désormais les compétences, les connaissances pour apporter ma pierre à l'édifice et les mettre à profit d'autres personnes. Mon but c'était de sauver personne, ni de changer le monde. Juste de donner des clés et de montrer qu'on pouvait faire autrement. Et cet état d'esprit, je l'ai gardé. Il fait partie de ce projet. Être comportementaliste n'a toujours été pour moi qu'une première étape. Mais sans EasyL, je n'aurais jamais osé me lancer. Et vous savez quoi ? Finalement, l'administration n'a jamais surpassé la passion. Je me suis créé mes propres outils pour gérer ma compta, mes factures, ma communication, mes rendez-vous. J'ai mis en place mes process et ça a plutôt bien marché. J'ai rencontré des couples exceptionnels, des chevaux d'une gentillesse infinie, d'une résilience impressionnante et des propriétaires à leur côté qui s'investissent avec toutes les ressources dont ils disposent. Leur argent, leur temps, leur énergie, leurs émotions pour le bien-être de leurs chevaux. et pour essayer de mieux être avec eux, de mieux les comprendre. Mais en plus, j'ai découvert que j'étais plutôt douée là-dedans, que j'étais capable d'apporter des solutions qui s'adaptaient aux besoins de chacun, que j'étais capable d'être en lien avec les autres alors même que c'est une de mes difficultés principales, que j'étais capable de gérer une entreprise avec tout ce que ça comporte. Parce que quand on est à son compte, on ne fait pas que son cœur de métier, loin de là. Moi qui avais toujours dû me battre pour mes études, puis pour accéder à de l'emploi, j'ai pu travailler comme ça presque quatre ans sans jamais que ma santé soit impactée. Alors même que dans le milieu ordinaire, après trois semaines ou un mois de travail, mon médecin m'imposait six mois d'arrêt minimum pour m'en remettre. J'aurais vraiment aimé me passer de ces arrêts, c'était loin d'être des arrêts de complaisance, c'était nécessaire et imposé par l'équipe médico-sociale qui m'accompagnait dans ces moments là. C'est grâce à ce que j'ai vécu avec les chevaux et ce qu'ils m'ont amené à développer que j'ai compris que le comment devait concilier le milieu équestre et le milieu du handicap. Mais comment on se positionne sur un marché réputé difficile. Est-ce qu'on peut vraiment s'insérer dans un milieu en pleine transformation ? Est-ce qu'il est raisonnable de se lancer dans une filière qui subit toutes les contraintes socio-économiques actuelles ? Je me donne un an pour voir jusqu'où je peux l'amener ce projet. Et ce podcast, c'est l'espace, le lieu et le moment pour tout te raconter. Comment on construit un tel projet ? Comment on tient face à l'adversité ? Comment on convainc une solution qui n'existe pas peut devenir une évidence ? Si tu as envie d'en savoir plus et que tu partages ces valeurs, que tu veux soutenir le projet, alors abonne-toi à ce podcast, rejoins la communauté Equidomus sur les réseaux sociaux, et on se dit à bientôt !