- Speaker #0
Retrouve dans cet épisode le parcours de Sarah Boas, une journaliste spécialiste de l'odorat et du parfum. Si tu préfères écouter la rencontre entière, rends-toi à l'épisode numéro 10, L'odorat, comment fonctionne le corps humain pour sentir, se souvenir et connaître le monde. La vie est un phénomène unique en son genre, alors tâchons de l'honorer. Je suis Margot. Bienvenue sur Phénoménale Existence, le podcast qui explore ce qui fait notre particularité, ici, au milieu de l'univers, pour habiter pleinement nos vies. Parce que nous sommes affranchis de certains aspects par rapport à nos ancêtres, nos vies contemporaines peuvent prendre de multiples formes. C'est pour ça que j'aime interroger mes invités sur leur parcours au-delà de leur sujet de prédilection. Puisqu'ils sont l'exemple même de nos infinies possibilités d'humains. Sarah, est-ce que tu peux me citer un déclic existentiel que tu aurais eu à l'issue d'une rencontre, d'une expérience ou d'un apprentissage et qui t'a fascinée au point de contribuer à ta trajectoire actuelle dans le monde des odeurs ?
- Speaker #1
Alors j'ai souvent raconté cette anecdote et je la raconte dans mon livre, mais n'empêche qu'elle a été vraiment déterminante pour moi. C'était ma rencontre avec Jean-Claude Hélena, qui était à l'époque le parfumeur maison de Hermès. Moi j'étais toute jeune journaliste pigiste, j'avais eu mon master moins de deux ans auparavant. Et à cette époque-là, je n'avais pas encore fait le lien entre mon envie d'écrire et ma passion parallèle du parfum et des odeurs. Pour moi, c'était deux choses qui étaient décorrélées. Donc à l'époque j'écrivais pour plusieurs titres, j'écrivais sur plein de sujets, un peu tout ce qui me tombait sous la main. de la déco, les livres, la mode, le cinéma. Et un magazine pour lequel j'écrivais m'a envoyé interroger ce parfumeur que je ne connaissais pas en tant que personne, je le connaissais en tant que créateur parce que j'avais déjà senti certains de ses parfums, il y en avait que j'aimais beaucoup. Mais je n'étais pas du tout familière de l'homme. Et j'ai eu beaucoup de chance parce que finalement, Jean-Claude Ellena, c'est un parfumeur qui est très talentueux, mais c'est aussi quelqu'un qui... C'est une star. Et c'est quelqu'un qui... qui parle extrêmement bien, qui écrit des livres à côté sur son activité. Et je pense que c'est peut-être pour ça qu'il m'a touchée. J'ai aimé ce qu'il m'a raconté, j'ai aimé l'univers qu'il m'a un peu dévoilé. Et surtout, j'ai pris conscience en l'écoutant parler que finalement, le parfum était un sujet... tout à fait légitime en fait, qu'en tant que journaliste je pouvais décider d'écrire là-dessus, que c'était un champ de connaissances qui demandait qu'à être exploré, que c'était un endroit où j'allais probablement trouver de quoi nourrir ma curiosité pour cet univers-là. Donc voilà, ça a été pour moi vraiment une révélation, c'était en décembre 2011, et je me rappelle d'être rue du Faubourg Saint-Honoré en rentrant et de me dire « bon bah maintenant je veux faire plus » . plus que ça. Je veux tout savoir, tout comprendre, je veux écrire là-dessus. Et donc dans la foulée, j'ai créé un blog qui s'appelait Flair et qui m'a permis d'aller frapper à toutes les portes des gens qui travaillaient de près ou de loin autour des odeurs parce que le parfum m'intéressait bien sûr mais je voulais aussi euh... comprendre les odeurs en général, ce n'était pas uniquement le parfum. Grâce à ce blog, j'ai pu solliciter des interviews avec tout un tas de professionnels et tout ce que j'ai découvert m'a tellement passionnée que je ne me suis jamais arrêtée.
- Speaker #0
C'est génial, une vraie passionnée en face. Donc effectivement, on peut dire que tu as créé ta propre activité, même tes propres activités, puisque comme tu as dit au départ, tu fais quand même plusieurs choses en parallèle autour de ça. Est-ce que tu peux nous dérouler ton parcours et nous citer des événements marquants, peut-être autres que cette rencontre avec Jean-Claude et Léna, qui ont façonné ce modèle sur mesure ?
- Speaker #1
Oui, alors en fait, moi je n'ai jamais vraiment visualisé la situation qui est la mienne aujourd'hui. j'en ai jamais fait à une destination Je ne pense même pas que j'aurais pu l'imaginer il y a encore dix ans. En fait, j'ai l'impression que mon activité, elle se construit un peu tous les jours. Et chaque nouveau projet, chaque rencontre, elle fait un peu bouger les lignes de qui je suis et de ce que je fais. Je pense que la force que j'ai eue, c'est que depuis cette fameuse rencontre avec Jean-Claude ellena, j'étais très au clair sur ce qui m'intéressait, à savoir le parfum et les odeurs. Mais par contre, j'étais, et je le suis encore d'ailleurs, hyper souple sur la manière... les formes que ça peut prendre donc bien sûr il y a l'écriture, les mots pour moi ça a toujours été un fil rouge de tout ce que je faisais mais en partant de journaliste je suis devenue autrice, bon c'est pas très loin conférencière finalement c'est pas très loin non plus, il faut juste dire ce qu'on écrit l'animation de table ronde qui là déjà on commence un peu à dévier Je te parlais notamment de la Paris Perfume Week, qui est un événement annuel dédié à la culture olfactive et au parfum, et au cours duquel j'anime des tables rondes sur tout un tas de sujets qui sont liés. Et ça aussi, je m'éclate là-dedans, parce que ça me permet de répondre aussi à... Une passion que j'ai de parler avec des gens, de découvrir ce qu'ils font, etc. Et puis il y a aussi les ateliers que je fais, et puis plus récemment une activité qu'on pourrait décrire comme de la curation d'odeur. Je sélectionne et je défends des odeurs pour des projets. Là, récemment, je l'ai fait pour une installation de l'artiste JR qui s'appelle La Caverne du Pont-Neuf, qui va ouvrir bientôt. Ça, c'est quelque chose que je n'aurais jamais imaginé faire il y a encore six mois. Mais donc voilà, mon parcours, en fait, à partir du moment où j'ai eu mon master de journalisme en 2010, Parfois j'ai presque l'impression que je me suis laissée porter par le vent. Alors pas dans le sens où je n'aurais pas de personnalité, que je n'aurais rien choisi. Mais plutôt dans le sens où j'ai toujours été très... Très ouverte, je ne sais pas comment le dire autrement. Les rencontres, les opportunités, je ne me suis jamais fermée à aucune porte et je crois que j'ai toujours besoin de sentir que tout est possible. Mon activité aujourd'hui est comme ça maintenant, mais si ça se trouve on se reverra dans deux ans et j'aurai un peu changé de casquette et je t'en parlerai d'une autre manière, mais je crois que j'aime bien.
- Speaker #0
Tu flottes telle une molécule odorante.
- Speaker #1
Oui, exactement. De nez en nez.
- Speaker #0
C'est beau. ok ok je vois tout à fait le parcours le profil est-ce que malgré tout tu as eu quand même des mentors, j'aime pas ce mot mais tu vois des figures un petit peu qui t'ont inspiré ou montré que ce journalisme très niche existait ou au contraire tu t'es sentie un petit peu seule à aller dans ça mais c'est vrai que là le métier que j'exerce aujourd'hui je
- Speaker #1
connais personne qui fait le même et que globalement j'ai pas eu beaucoup de... figure auxquelles m'identifier contrairement à plein d'autres professions où tu peux trouver des gens dont tu peux t'inspirer moi ça n'a pas forcément été mon cas mais il y en a quand même une que je ne peux pas ne pas citer qui est Jeanne Doré qui est la rédactrice en chef de Nez la revue olfactive qui a eu un rôle vraiment déterminant pour moi puisque c'est elle qui m'a proposé il y a un peu plus de 10 ans de devenir rédactrice en chef adjointe de la revue alors que la revue était en train de se créer. Et je la connaissais déjà bien puisqu'elle avait créé le site auparfum.com que je lisais régulièrement et qui m'avait laissé entrevoir quand même qu'on pouvait écrire sur le parfum d'une manière qui me parlait, c'est-à-dire à la fois érudite, en tout cas étayée, et en même temps d'une manière sensible. Ce qui voulait quand même dire que le parfum, c'était un sujet légitime, un territoire de connaissances comme un autre, et qu'on pouvait chercher à exprimer. toutes les choses puissantes que ça nous fait ressentir, sans tomber dans de la pure subjectivité. Je trouve que Jeanne Doré m'a vraiment montré la voie vers cette écriture qui est encore une fois très en prise avec le ressenti subjectif, mais en même temps très nourrie, très cultivée, très héroïdite. Donc je lui dois beaucoup, parce qu'elle m'a donné cette chance absolument inespérée à l'époque où elle m'a fait cette proposition de bosser à la maison avec elle, je sais pas pourquoi est-ce qu'elle m'a bien sentie mais elle l'a fait et puis à la fois parce que elle a représenté un peu la personne qui m'a montré qu'on pouvait écrire sur le parfum de cette manière là donc je lui dois beaucoup parce qu'elle avant ça,
- Speaker #0
elle était justement dans la rédaction autour du parfum ou pareil elle a créé cet ouvrage elle avait le blog avant, c'est ça quand même elle avait le blog,
- Speaker #1
elle avait un pied dans l'industrie elle travaillait dans l'industrie donc elle avait cette C'était plus qu'une sensibilité, c'était vraiment son métier. Mais elle, pour le coup, elle a créé quelque chose qui... Bon, il y avait quand même un peu des blogs aux Etats-Unis, c'était un peu balbutiant. Elle n'était pas seule au monde à écrire sur les parfums, évidemment. Mais elle l'a quand même fait d'une manière qui a été très originale et qui a fait date, en fait.
- Speaker #0
Ouais, d'accord. C'est un point marquant, en France en tout cas, pour toi.
- Speaker #1
Ouais, ouais.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te passionne le plus dans ton approche aujourd'hui ? pourquoi est-ce que tu... Tu gardes cette voie. Pourquoi est-ce que tu es encore sur cette voix aujourd'hui ?
- Speaker #1
Parce que, je pense que tu l'auras compris, j'ai toujours été très curieuse. Et le métier que j'ai aujourd'hui me permet de renoncer à rien. L'odorat, ça a toujours été un levier de curiosité pour moi. Parce qu'à travers lui, je me suis beaucoup questionnée sur le monde sous plein d'angles différents. Et aujourd'hui, l'odorat, c'est le fil rouge qui me permet d'écrire sur plein de sujets différents. Tout en gardant une certaine cohérence. c'est un peu le pivot de toutes mes passions Dans une même journée, aujourd'hui, je peux passer la matinée avec quelqu'un qui va me parler d'une approche scientifique de l'odorat, par exemple de la biologie ou des neurosciences. Ensuite, je peux aller déjeuner avec un parfumeur qui va être plus sur le volet créatif, artistique de l'odorat. Et puis ensuite, je peux très bien aller rencontrer quelqu'un qui cultive ou qui transforme des plantes odorantes pour en faire des ingrédients de parfumerie. Et là, ce sera des questions de terroir, de botanique, de culture olfactive, voire même d'ingénierie technique. et toutes ces choses en fait elles me nourrissent énormément chacune à leur manière Et je pense que cette diversité de sujets, en fait, moi, elle me maintient en éveil. Et puis, elle me permet de créer des ponts entre les choses. Et ça, je crois que c'est mon plus gros kiff intellectuel. C'est déjà de comprendre les choses et ensuite de les relier entre elles. C'est ça qui est beau, quoi. Et donc, voilà, mon activité aujourd'hui, elle me permet de... Et je me rends compte de la chance que j'ai parce que je vois bien à quel point les métiers, en plus, ont tendance à être très spécialisés. Donc, pour être expert dans une chose, il faut renoncer à être expert dans l'autre. Ah oui, c'est clair. moi j'ai totalement fait mon deuil de l'idée de pas être vraiment ultra pointue sur un sujet parce qu'en fait l'odorat ça passe pour pointu mais c'est finalement un océan et j'adore pouvoir toucher à tout voilà ça me permet de jamais m'ennuyer et encore une fois de me trouver à la croisée de plein de mondes et ça je trouve ça finalement beaucoup plus excitant qu'être au sommet d'une montagne dans un monde particulier ouais complètement alors là je bois tes paroles parce que je suis
- Speaker #0
exactement dans cette même approche là aussi et c'est pour ça que t'es là c'est parce que je t'ai invitée autant pour ce sujet qui me passionne que pour ton parcours parce que je pense qu'on a vraiment des similitudes dans la manière dont on appréhende le monde et le fait de, à partir d'un sujet ou d'un fil conducteur, de pouvoir avoir des ramifications dans plein de domaines. Ça, c'est aussi exactement ce qui se passe avec moi. Si ce n'est que moi, mon fil rouge, c'est le vivant et ses innombrables possibilités. Donc, tu vois, on part d'un petit point, puis la mind map, après, se ramifie. Et voilà, je suis complètement d'accord.
- Speaker #1
Sachant que ton petit point, il est un peu comme le mien, c'est-à-dire qu'il est gigantesque. C'est ça. Le vivant et les infinies possibilités, c'est gigantesque. c'est encore plus vaste que l'odorat mais c'est génial parce que je pense que quand on a la chance d'avoir cet élan de curiosité, de comprendre, de partager c'est bien de pouvoir laisser libre cours à ça on a besoin,
- Speaker #0
et pour nous-mêmes et pour les autres je pense d'aller au bout de cette curiosité je pense que de toute façon nous on transmet on fait passer des messages aussi donc cette curiosité n'est pas gardée secrètement, jalousement. On est vraiment dans une démarche, toutes les deux, de transmettre.
- Speaker #1
De découvrir pour mieux partager.
- Speaker #0
C'est vrai que tout ce que j'apprends au quotidien, dans la finalité, il n'y a pas un moment où je le transmets de toutes les manières que ce soit. par l'écriture, par la voix, à ma famille, dans le cadre d'un repas qui est complètement informel, ou d'un atelier pratique, c'est vrai que le travail d'apprentissage, l'acquisition de la connaissance, n'est pas abouti. Le cycle n'est pas terminé.
- Speaker #1
Et puis, en plus, je trouve qu'on ne comprend jamais mieux quelque chose que quand on la transmet. Moi, qui ai eu un parcours, j'ai fait un bac L, je suis quand même assez littéraire comme personne. Et j'ai grandi dans l'idée que c'était ça ou les sciences. Aujourd'hui, je réconcilie un peu tout. Mais tu vois, faire de la vulgarisation scientifique, parce que c'est quand même un peu ça que je fais parfois, pas uniquement, mais ça m'arrive de le faire. Je trouve que c'est un exercice qui est ultra stimulant parce que ça te demande d'aller vraiment au bout de ta compréhension. Et quand... Bon, ça, c'est très bateau de le dire, mais c'est vraiment... C'est très, très vrai. Quand tu es capable d'expliquer quelque chose de manière simple, a fortiori, si c'est quelque chose de complexe, c'est que tu peux faire que tu l'as parfaitement assimilé toi-même et moi c'est un vrai un vrai plaisir pour moi de partir de ce sujet qui est perçu comme très complexe et qui l'est pour bien des égards l'odorat c'est vrai qu'il y a plein de trucs assez compliqués mais finalement de réussir à à synthétiser tout ça et à le rendre digeste et compréhensible et même peut-être fascinant pour les autres, là, moi, j'ai l'impression de remplir une mission de vie ouf, quoi. En faisant exactement ce qui me fait kiffer.
- Speaker #0
Ah, voilà, c'est tout win-win.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça.
- Speaker #0
et ce que tu dis effectivement cette capacité à vulgariser je crois que je sais pas qui a dit ça mais si tu parviens à expliquer quelque chose d'assez compliqué ou en tout cas de pointu à un enfant de 8 ans ou peut-être un peu moins ça veut dire que tu as réussi à bien digérer l'information et à bien la transmettre et ça en dit long sur ta compréhension du sujet donc c'est très positif je trouve qu'il n'y a rien de plus respectable en fait que...
- Speaker #1
en termes de connaissances, pouvoir s'adresser à des personnes qui n'y connaissent rien du tout et de réussir à les captiver. pour moi c'est le truc à la fois le plus difficile et le plus louable d'une certaine manière parce que c'est facile d'être expert, enfin c'est facile c'est difficile mais je trouve que le problème un peu des expertises très pointues c'est que t'as tendance après à t'enfermer à ne parler plus qu'à des gens qui ont ton niveau de connaissance et même si ça peut être un peu galvanisant et peut-être un peu aussi excitant de se dire qu'on est dans un petit groupe de gens qui s'y connaissent je trouve ça tellement tellement plus cool en fait de pouvoir partager ça avec tout le monde et en plus d'embarquer des gens avec toi tu vois quand dans le sujet de l'odorat moi je suis persuadée que c'est un sujet de première importance pour absolument tout le monde je trouve ça finalement beaucoup plus cool de pouvoir convaincre des gens de ça plutôt que de parler la même langue que des neurobiologistes tu vois j'adore faire ça aussi mais ça n'a pas de sens en fait si tu peux pas après embarquer des gens dans tes convictions et... Merci. et dans ton émerveillement.
- Speaker #0
Pouvoir s'adapter aux interlocuteurs, finalement, c'est ça aussi, je pense, le cœur de ton métier et de ce qu'on fait. C'est autant pouvoir s'adresser et comprendre ce que te dit un neurobiologiste ou un scientifique de haut grade que pouvoir échanger avec quelqu'un qui est novice complètement ou qu'avec un enfant. S'adapter aux interlocuteurs, c'est super. Puis ça te permet d'ajuster ton discours et donc même si c'est un même sujet dont tu vas parler, à chaque fois, ça sera différent. et donc Donc c'est autant d'occasion de vivre des moments différents.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Bon, on est d'accord, je crois. Quel serait ton conseil de la fin pour celles et ceux qui souhaitent se créer une vie et un métier sur mesure, un peu comme tu l'as fait toi, même si c'est dans un autre domaine,
- Speaker #1
peu importe. Je ne sais pas si j'ai de conseils à donner à qui que ce soit. Mais surtout, parce qu'un métier sur mesure par définition, c'est unique. Et puis, on ne peut pas être sûr que ce qui a marché pour nous va marcher pour les autres, ou que ce qui n'a pas marché pour nous ne va pas marcher pour les autres, d'ailleurs. Mais je dirais que c'est important de pouvoir garder une connexion très forte à ce qui nous anime, de savoir en fait pourquoi on fait les choses, et en même temps de rester très ouvert et souple sur comment ça peut se matérialiser. Et puis, bon c'est un peu bateau, mais aussi je dirais qu'il faut oser, parce qu'en fait dans la plupart des situations, on n'a rien à perdre. Donc oser, demander. Moi j'ai toujours assez naïvement... écrit aux gens que je ne connaissais pas pour leur demander un stage, pour leur faire une proposition, pour leur demander si on pouvait se rencontrer. Et dans l'immense majorité des cas, ça fonctionne. Surtout quand c'est dans un domaine qui nous passionne. Je crois qu'on est tous capables de ressentir quand la personne en face de nous est vraiment là pour les bonnes raisons, entre guillemets. Donc bien choisir sa voie et ensuite... Pas se laisser freiner par la peur. Je dis des choses qui sont hyper bateaux, je suis désolée. Mais c'est ce que je pense. Je crois que quand on est au bon endroit... J'aime bien aussi cette idée que quand on est à sa juste place, l'univers conspire en notre faveur. Alors il faut la trouver, cette juste place. C'est pas une mince affaire. Mais je crois quand même vraiment qu'encore une fois, quand on est à l'endroit où on peut être utile à soi-même et aux autres, ça a tendance à bien se passer.
- Speaker #0
Oui, je suis d'accord. Je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui seraient d'accord avec toi sur cet aspect-là, l'univers conspire. en ta faveur aussi, si tu fais un pas en avant il te fait la moitié de pas vers toi aussi,
- Speaker #1
un mi-chemin après ça fait peut-être un peu ravi de la crèche de dire ça et je voudrais pas je voudrais pas aussi éluder le fait qu'on a pas tous les mêmes chances au départ et pendant je veux dire on a On a des conditions de vie qui nous permettent ou pas de faire certaines choses, et ça j'en ai bien conscience. Mais malgré tout, je pense que d'être à sa bonne place, de se demander ce qu'on peut apporter, encore une fois, au monde et à soi, même si c'est quelque chose qui n'est pas grandiloquent, je pense que c'est déjà un bon point de départ. Et ensuite, effectivement, d'y aller.
- Speaker #0
Ok, merci pour ces conseils qui sont tout à fait légitimes et intéressants. Nous en arrivons à la fin de cet épisode qui aura été, comme je l'attendais, fort passionnant et très agréable. J'espère que ça vous aura plu aussi, que vous allez renouer avec votre Dora dès la fin de l'épisode. Dès maintenant,
- Speaker #1
vous êtes en train de sentir quelque chose,
- Speaker #0
conscientisez-le.
- Speaker #1
Et voilà.
- Speaker #0
Complètement. Alors tu le sais, je crois que tu as compris, dans ce podcast j'aime à dire que notre existence est déjà une chance, un miracle. Alors pour finir, en quoi trouves-tu notre existence phénoménale Sarah ? Notre existence, c'est un putain de miracle, dans les proportions qu'on peine à s'imaginer avec notre petit cerveau d'humain. En fait, en préparant ce podcast, j'ai repensé à un petit film qui m'a marqué au fer rouge quand j'étais enfant que j'ai retrouvé sur YouTube, qui s'appelle Powers of Ten. Alors ça a beaucoup vieilli, mais c'est quand même super intéressant. C'est un voyage dans l'infiniment grand et l'infiniment petit. En fait, on part d'un mec qui fait la sieste dans l'herbe, je ne sais où, aux Etats-Unis.
- Speaker #1
Et tu t'éloignes progressivement. Oui,
- Speaker #0
tu as un petit carré rouge au milieu qui t'indique les 10 puissances. Et chaque petit carré,
- Speaker #1
c'est à la puissance. Et en fait, tu te retrouves finalement tellement loin dans l'espace que notre galaxie... c'est un point dans un amas de galaxies qui lui-même devient un point puis tu traverses aussi pas mal de vides intergalactiques donc déjà ça te permet de remettre un peu les choses en perspective et puis ensuite tu vas dans l'autre sens tu repars dans l'autre sens, tu zooms vers le... le mec à l'intérieur de sa main, dans l'infiniment petit, jusqu'à l'intérieur d'un atome, où d'ailleurs, ça ressemble un peu au cosmos. Et moi, ça, c'est des images... Donc c'était un petit film qui était projeté à l'époque à la Cité des Enfants, à la Villette, où mes parents m'emmenaient le week-end. Donc j'ai dû le voir plusieurs fois. Et c'est des images qui m'ont durablement marquées, en fait. Et je pense qu'il n'y a pas un jour qui passe sans que je me demande, par exemple... à quoi est-ce que le moment que je suis en train de vivre maintenant ressemble depuis 10 millions d'années lumière, même si ça n'a pas vraiment de sens cette question, mais c'est comme si ça m'avait donné une grande conscience en fait de... l'immensité du truc dans lequel on se trouve qui rend nos existences à la fois un peu dérisoires mais à la fois complètement miraculeuses et en même temps le miracle qui se joue dans chaque cellule de notre corps donc voilà notre existence elle est phénoménale parce que la vie c'est tout ça et puis parce qu'en plus on vit tout court on est là plutôt que pas et tu vois rien que ça c'est déjà phénoménal donc Je ne dis pas que j'y pense à chaque instant, tous les jours. Non, évidemment. C'est quelque chose qui m'accompagne et qui me porte beaucoup.
- Speaker #0
Oui. Bah écoute, encore une fois, c'est que ça se passe comme ça dans cet épisode. Je vois tout ce que tu dis, je suis en phase avec tous tes mots. Et ce petit film, moi je l'avais vu en cours de physique, je sais pas si c'était collège ou lycée. Et pareil, ça m'avait marqué aussi quoi. Vous avez montré ça à le prof de physique, c'était là.
- Speaker #1
Alors je pense qu'il date des années 70 ou 80, donc je pense qu'aujourd'hui on sera capable d'aller beaucoup plus loin dans un sens comme dans l'autre. Mais c'est déjà vertigineux. Donc vraiment, Powers of Ten sur YouTube, je vous le recommande chaudement.
- Speaker #0
Complètement. Il faudrait le ressortir au goût du jour. C'est vrai qu'effectivement, maintenant, on a des éléments subatomiques qui sont encore plus petits que l'atome. Ouais. C'est dingue. Et puis, dans l'infiniment grand, on ne sait pas où ça se termine.
- Speaker #1
Non, c'est ça. Et moi, je me disais, mais du coup... Enfin, puisqu'on partait de la main de ce mec, de quoi l'univers observable est-il la main ? C'est des vertiges philosophiques merveilleux, quoi.
- Speaker #0
Ça pose des questions... Effectivement, ça me renvoie à... J'ai reçu la visite récemment des témoins de Jéhovah. Et comme ils ont vu que je m'intéressais un petit peu à ces sujets autour de notre existence, ils m'ont dit, si vous voulez, on a des petits documents à vous donner. Alors, il y a une question, c'est... la nature est-elle le fruit de la création ou de l'évolution ? Et j'ai dit, ça y est, j'adhère, je vais lire ça. Et bon, c'est vrai qu'ils mettent, peut-être ceux qui m'écoutent aussi, ils mettent derrière ces choses qui sont fascinantes. Ils les trouvent tellement fascinantes qu'ils y mettent derrière une intention déique, enfin un dieu, quoi, divin. Donc bon, ce n'est pas forcément mon point de vue. Je trouve que c'est trop facile de dire qu'il y a quelqu'un qui a créé ça, de quelqu'un, quelque chose de précis. de personnifier et justement ça ferme un petit peu le champ des possibles et qui nous dépasse aussi donc moi je suis persuadée qu'il y a quelque chose, effectivement une intelligence elle est là,
- Speaker #1
elle est partout mais de là à vouloir la personnifier et la nommer ça peut réduire ça n'a jamais été mon cas non plus j'ai jamais cru en Dieu et pourtant j'ai 6 mètres assez spirituelle. Oui, croyante,
- Speaker #0
peut-être croyante en autre chose.
- Speaker #1
Et très respectueuse par ailleurs de toutes les formes que peut prendre la foi quoi, mais c'est vrai que moi non plus j'ai jamais, ça m'a jamais paru suffisant cette histoire de Dieu, je trouve ça un peu réducteur.
- Speaker #0
Et qui a créé ce Dieu ? Qui en parle ? Ouais, bon on est raccord aussi alors sur ça. Pour celles et ceux qui veulent continuer à explorer avec toi, c'est ton petit moment promo, dis-moi un petit peu ton livre, ah oui je vais parler de ton livre parce que peut-être que tu vas pas réussir à te vendre sur ça mais Ton livre est exceptionnel à tous ceux qui veulent renouer avec leur odorat. Donc le titre, c'est... Par le bout du nez,
- Speaker #1
une histoire intime des odeurs. C'est paru chez Calmann Levy. Merci beaucoup d'en parler, de l'avoir lu et d'avoir été enthousiaste. C'est un... Un livre dans lequel j'ai mis beaucoup de moi, mais pas seulement, c'est un essai autobiographique où j'ai entremêlé mon parcours de passionnée d'odeur devenue professionnelle avec tout un tas de connaissances que j'ai accumulées auprès de... de scientifiques, de parfumeurs, de gens qui évoluent dans le monde de l'odorat. Et même si ça part de mon expérience et de ma vie à moi, c'est vraiment un livre qui a pour vocation de montrer les enjeux de l'odorat dans nos vies à tous, donc qui a une portée, je l'espère, universelle. Donc ça, c'est vraiment... S'il y avait une promo à faire, ce serait celle-ci. Mais après, si le sujet de l'odorat vous intéresse, j'ai aussi coordonné un livre qui est paru au mois d'octobre aux éditions Né, qui s'appelle « Manuels d'éveil olfactif pour petits et grands » , et qui est un livre qui permet de mettre en place des ateliers d'éveil olfactif avec des enfants de tous les âges et même des plus vieux et qui est aussi un ouvrage à mon sens d'utilité publique qui donne aussi plein de clés sur comment fonctionne l'odorat quel est l'intérêt de l'éveiller comment comment font les parfumeurs pour mémoriser toutes ces odeurs. Il y a aussi pas mal de contenus assez théoriques. Je vous recommande aussi chaudement ce manuel d'éveil olfactif. Sinon, vous pouvez aussi me suivre sur Instagram où je poste assez régulièrement des choses uniquement sur l'odorat. D'ailleurs, il n'y a pas grand-chose d'autre, mais ça peut être une bonne source d'information aussi. Voilà.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Sarah. Tous les liens seront dans la description pour acheter les livres et retrouver Sarah sur les réseaux. Tu écris aussi régulièrement dans Nez, la revue, quand même, parce que tu es rédactrice. C'est toujours le cas, tu es toujours rédactrice en chef adjointe ?
- Speaker #1
Non, je ne suis plus rédactrice en chef adjointe, mais je suis journaliste et je collabore effectivement à tous les numéros. Là, on vient de lancer notre numéro 21 sur le thème du futur.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
et je Et j'ai écrit un article sur l'odorat comme un sens qui a parfois un temps d'avance sur les autres sens, justement. Un article un peu neurosciences, un peu médecine. Quelques incursions aussi dans les cuisines des restaurants, où les chefs se servent beaucoup de leur odorat aussi, justement, pour anticiper des choses. Voilà, c'est le sujet de l'article. Et effectivement... vous pouvez me retrouver tous les six mois dans Nez la revue olfactive.
- Speaker #0
Bon, à savoir. Je te remercie infiniment, Sarah.
- Speaker #1
Merci à toi, Margot. C'était vraiment trop chouette comme échange.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Vraiment, ça m'a fait un grand plaisir. Et puis, l'échange était à la hauteur. de ce que je voyais en toi donc une grande qualité beaucoup de préparation, quelqu'un qui est très passionné donc ça fait plaisir de t'avoir reçu je vous souhaite de sentir le monde et à bientôt Merci d'avoir voyagé avec moi dans cet épisode de Phénoménale Existence. J'espère que ce parcours t'aura inspiré, d'une manière ou d'une autre, et t'aidera à tracer ta propre voie. Si ce podcast te plaît, tu peux le partager sur les réseaux, laisser une note ou un commentaire sur ta plateforme préférée, ou me faire un don libre. N'hésite pas à explorer le reste de mon univers. On se retrouve très bientôt. D'ici là, prends soin de ceux qui te rendent vivant.