- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans mon podcast. Je m'appelle Eugénie, je suis une poleuse amatrice, et j'ai décidé de vous ouvrir mon univers. Ce podcast est un espace d'échange où se croisent des sujets de société qui me touchent, mêlés à la sphère de la pole dance. Mon objectif ? Casser les préjugés, ouvrir le dialogue, discuter avec des personnes extraordinaires, et démontrer comment cette discipline, source de fantasmes, va bien au-delà d'une danse sensuelle autour d'une barre ou de figures spectaculaires. Je n'en dirai pas plus dans cette introduction, alors que vous soyez passionné de Paul ou juste curieux, ce podcast est fait pour vous. Aujourd'hui dans Philosophie sur nos barres, toujours dans le thème de la réappropriation, nous allons explorer un sujet un petit peu plus spécifique, à la fois... intime, politique, mais aussi peut-être dérangeant. Je parle des traumatismes et plus précisément des traumatismes sexuels ou la violence physique, tout ce qui se rapproche de la violence envers une femme. Ma question du jour, ça sera l'Apple Dance. peut-elle être un geste de résistance et de reconstruction après un traumatisme ? Pour en parler, j'ai l'immense honneur d'accueillir Océane, polleuse amatrice, mais aussi mon amie, qui va m'aider à répondre à ma question à travers son histoire. Océane, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour tout le monde.
- Speaker #0
Comment tu te sens aujourd'hui ?
- Speaker #1
Assez bien.
- Speaker #0
Alors déjà, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots à nos auditeurs ?
- Speaker #1
Moi, c'est Océane. Je vais bientôt avoir 33 ans. Je fais de la pole dance depuis environ 4-5 ans. Ça m'a permis de m'ouvrir à d'autres disciplines. Je fais du cerceau aérien. Il m'arrive de faire un petit peu de hamac. Et après, c'est de la danse, hills et floorwork. Et ça m'a vraiment permis d'apprécier des danses, on va dire, avec les pieds au sol. Alors qu'avant, j'avais vraiment beaucoup. de mal avec ça.
- Speaker #0
Tu préférais l'aérien tu veux dire ?
- Speaker #1
Oui, dans tous les cas je préfère l'aérien, je m'épanouis plus dans l'aérien que ce soit la pole ou le cerceau.
- Speaker #0
Je rebondis sur ta présentation des sports aériens pour parler directement de notre sujet. Tu as fait une compétition de cerceau pour laquelle tu as créé une chorégraphie sur le thème du non consentement. Est-ce que tu souhaites en parler au micro.
- Speaker #1
Alors, par où commencer ? En effet, la chorégraphie est née d'un échange déjà avec ma cousine. En fait, je lui ai demandé d'écrire une chanson par rapport à ça, par rapport à mon vécu, à ce que j'avais vécu à ce moment-là de ce traumatisme. La compétition de Cerceau a été, entre guillemets, un prétexte pour moi pour... extérioriser d'une certaine manière cette histoire que même encore là, à l'heure actuelle, j'ai du mal à nommer. Du coup, après, avec la construction du texte, on l'a construit ensemble, ça a duré plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Et de là, j'ai réfléchi à qu'est-ce que j'allais mettre comme mouvement sur les paroles de ma cousine. Et chaque mouvement a été réfléchi pour essayer de transmettre, entre guillemets, au-delà de la chanson et des paroles, le traumatisme et de le montrer sans choquer, pour que tout le monde puisse le voir et que moi, je puisse, alors pas revivre le trauma, mais on va dire faire un chemin de guérison en alliant moi, ma passion de l'aérien et ici du cerceau aérien et comme une reconnexion, on va dire, entre ce qui s'est passé. et ce que je suis aujourd'hui. Et que ce n'est pas parce qu'il y a eu cet événement traumatisant que ça va me déconnecter de moi, de ma réalité et de mon corps.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut écouter un extrait de sa musique ?
- Speaker #1
Avec plaisir. Petite fille, l'espace était si noir sur ta confiance. Il a trop pété de ton innocent. Mais ne pleure pas, il y a des milliers de femmes. Et pourquoi moi, je ne suis plus une femme.
- Speaker #0
Est-ce que, toujours par rapport aux violences que tu as subies, il y a un moment où tu t'es sentie déconnectée de ton propre corps ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Bien sûr, alors les violences là plus physiques, on va dire. Les personnes qui ont... Je pense à deux personnes qui ont pu se montrer violentes physiquement. Au moment, en effet, du trauma, de l'acte du trauma, le corps se déconnecte. Parce que quand une personne est face à une situation qui est traumatisante, il y a trois solutions. Soit elle fuit, soit elle se bat, soit elle est sidérée, elle est choquée. C'est le corps qui réagit comme ça, c'est le cerveau qui réagit comme ça. Et quand il est sidéré, c'est que le cerveau va se déconnecter. Vraiment, les parties du cerveau se déconnectent et c'est plus irrigué. Et là, pour le coup, dans des situations comme ça, oui, moi, mon corps, je me suis sentie déconnectée pour ma survie, entre guillemets, pour ma survie certainement psychique. Même dans l'après, il peut y avoir des moments où... je sens que mon esprit va se déconnecter. Par exemple, je peux être dans une conversation et décrocher. Après, ça peut être mon tempérament, mais là, en effet, encore peut-être plus, je l'ai plus remarqué après ça. Et même, par exemple, quand je vais en consultation avec la psychologue, il peut y avoir des fois où elle va me parler de quelque chose. Je vais me déconnecter, je vais penser à autre chose et je vais lui dire. Je vais dire, ah ben là, je n'étais pas là. Et elle le voit. Elle voit que mon regard ou mon esprit, il n'est pas là à ce moment-là. Après, est-ce que je le lis directement au traumatisme ? Je ne sais pas, je ne suis pas médecin et je n'ai pas vraiment la réponse. Mais je pense que ça laisse quand même... des traces sur la concentration. De toute façon, c'est des choses qui sont prouvées scientifiques. Une personne peut ne pas être là à cet instant-là, même si physiquement elle est là.
- Speaker #0
Est-ce que tu considères qu'après la déconnexion, il y a la réappropriation ?
- Speaker #1
Le terme réappropriation, je l'entends, je le comprends. Je suis... en partie d'accord, mais le terme réappropriation pour moi laisse penser qu'il y a une personne qui a fait que tu n'es plus, entre guillemets, propriétaire de ton corps et que tu dois faire un travail pour te le réapproprier. Et j'estime que mon corps il m'a toujours appartenu et que c'est plus un travail d'appropriation et de moi savoir comment protéger mon corps. et mes envies, mes besoins et ce dont je souhaite. Mais en effet, pour répondre à la question initiale, oui, après une déconnexion, il y a une reconnexion à faire par l'appropriation de son corps, par une reconnexion à son esprit, à soi, à ses besoins, à ses envies. Par exemple, à titre personnel, après cet événement, j'ai voulu aller sur une appropriation et une réappropriation, pour reprendre le thème du sujet, peut-être à outrance, pas peut-être, mais à outrance, et pas forcément me diriger vers des personnes qui favorisaient cette appropriation, mais justement qui allaient renforcer le fait que, Bye ! Mon corps ne m'appartenait pas et limite je n'étais pas légitime dans mes choix. En jugeant par exemple une façon de danser, une façon de se comporter, en voulant avoir le contrôle sur moi et mon corps, alors que j'étais dans ce travail d'appropriation de moi-même.
- Speaker #0
Finalement, c'est comme un peu une répétition de schéma.
- Speaker #1
Oui, voilà. Et clairement, c'est ça. Ça a été ça. Et à l'heure actuelle, je travaille pour... ne pas être dans cette répétition et je pense en toute sincérité que je suis sortie de ce schéma de répétition.
- Speaker #0
Félicitations, merci !
- Speaker #1
C'est un travail qui peut être long, qui peut mettre à l'épreuve, qui peut être aussi amené à remuer des choses du passé qui peuvent paraître être anodines mais qui va conduire le fait où on va être peut-être défini. comme naïf ou vulnérable, où justement ce type de prétateur va entrer dans nos failles personnelles et émotionnelles qui va conduire au fait qu'ils vont abuser de nos corps, de nos choix. Et je ne parle pas forcément lorsqu'on est dans un état autre, il va rentrer dans des failles ou dans des... dans des aspects, on va dire, de ma personnalité, d'empathie, etc. Et du coup, on ne voit pas forcément, entre guillemets, la dégringolade qui peut aller jusqu'à encore un autre événement traumatique lié à une agression sexuelle ou lié à une agression physique. Vouloir arracher ton téléphone et ne pas vouloir te le rendre et en venir aux mains pour... Essayer justement de réapproprier ce qui t'appartient.
- Speaker #0
Mais finalement, est-ce que toi, dans ton cas, la pole dance t'a aidé à approprier ?
- Speaker #1
Alors au début, j'aurais peut-être dit un nom ferme. Et suite à nos échanges, en effet, oui, ça m'a aidé. Parce que même si je ne suis pas allée à la pole initialement pour ça. Les cours de pôle que j'ai pu prendre après ces événements-là, en effet, vu que c'était ma bulle, ma safe place, les gens que j'appréciais, avec qui j'étais déjà amenée à échanger, oui, ça fait partie de cette appropriation et de me dire, en fait, t'es qui pour me dire quoi faire et quoi penser ? comment je dois être. En effet, même par exemple, pour citer Dadou, j'ai pu assister à des cours de polentalon sur décoré. Et du coup, c'est vraiment une appropriation de moi et pas le faire pour quelqu'un d'autre. Même si, en effet, quand on fait ce type de danse, on peut se dire, mais qu'est-ce que les gens vont penser, vont dire, etc. Non, là, c'était pour moi. C'était, je me réconciliais avec ma sensualité et ma sexualité, mine de rien. Et ça faisait partie de... Je change un peu du coup ce que je disais tout à l'heure, mais mine de rien, de me revoir dans un miroir et de me dire, je peux être comme ça sans que personne me juge. Je peux faire ce geste sans que personne me juge. Oui, mine de rien, ça fait du bien. Et de me dire, je peux me sentir sexy sans attendre l'approbation de quelqu'un ou sans que ce soit une autre personne qui va me dire que je suis sexy ou au contraire d'être vulgaire alors que non.
- Speaker #0
Pour information, Dadou est passé dans l'épisode 2 du podcast Le Lâcher-Prise. Si vous n'avez pas écouté, n'hésitez pas à l'écouter. Mais je suis complètement d'accord avec toi, Océane, c'est woman power. Le but, ce n'est pas que les autres nous trouvent sexy, le but, c'est de s'amuser et de nous trouver sexy. Et quand on comprend ça, finalement, on a tout compris. J'estime que dès qu'on se déconnecte du regard des autres, et qu'en plus on s'aime, là on a tout gagné. Je te remercie, Océane, pour ces échanges qui n'ont vraiment pas dû être faciles pour toi. Et franchement, je t'admire. Je pense qu'on se dirige vers une conclusion. Alors, je vais te répéter la question principale. La pole dance peut-elle être un geste de résistance et de reconstruction après un traumatisme ?
- Speaker #1
Oui, elle peut l'être. Mais à mon sens, ce n'est pas uniquement ça qui va amener à la reconstruction. Elle en fait partie. Elle ne sert pas que à ça non plus. Il ne faut pas non plus que ça soit une niche, la pole dance et le lieu du studio pour « fuir » le reste.
- Speaker #0
Je suis assez d'accord avec toi et c'est comme je disais dans mon épisode précédent, c'est toujours une histoire d'intention. Après, avec l'expérience de la pole que j'ai eue, peut-être que parfois on n'y met pas l'intention, mais petit à petit, quand on consentisse notre corps sur la barre, on peut arriver à cette intention-là pour les personnes victimes. En tout cas, quand on y met cette intention, je pense que la pole dance est clairement un acte de résistance parce qu'on résiste à la honte. On résiste au silence et comme on a dit tout à l'heure, on résiste au regard des autres. Au-delà d'un acte de reconstruction, ça peut être aussi un acte de survie pour certaines. Et une manière de dire à notre corps, mon corps, nous appartient, m'appartient. Oui, la pole peut devenir un refuge, une arme à la fois douce et puissante qui offre une possibilité de renaissance. d'appropriation, réappropriation. Peut-être que je vais changer le nom de l'épisode. Alors, je veux dire à nos auditeurs ou nos auditrices, à toutes celles et ceux qui nous écoutent et qui s'identifient au récit d'Océane, résistez. La honte doit changer de camp. Je te remercie encore, Océane, pour ton partage.
- Speaker #1
Merci à toi pour ton accueil sur ce podcast qui me tenait beaucoup à cœur. Je vous remercie ma cousine Chloé et les professeurs du studio Elisa et Monique pour la réalisation de ce projet. Une pensée aussi pour toutes les femmes victimes, que vous n'êtes pas seules et qu'en effet, la honte doit changer de camp.
- Speaker #0
Je vous remercie pour votre écoute. A très bientôt dans Philosophie sur ma barre.
- Speaker #1
Rappelle-toi mon nom. Rappelle-moi ton nom. Rappelle-toi. J'avais dit non.