Speaker #0Est-ce que tu te souviens de la dernière fois où t'as recopié le dessin de quelqu'un d'autre ? T'as peut-être eu l'impression de tricher ou de ne pas être assez toi, alors qu'en vrai, copier c'est exactement ce que font les plus grands. Les peintres s'installent devant les toiles des maîtres au musée pour les reproduire à l'identique. Les musiciens de jazz apprennent des dizaines de standards avant de jouer une seule note à eux. Et si la vraie question, ce n'était pas « est-ce que j'ai le droit de copier ? » mais « qu'est-ce que je vais apprendre en copiant ? » Bienvenue dans Pimp ton style, le podcast pour créer plus, douter moins et arrêter d'attendre. Moi c'est Diane et aujourd'hui on s'y met ensemble. Aujourd'hui on explore pourquoi l'imitation est un outil d'apprentissage et pas de la triche. Cet épisode s'adresse à celles et ceux qui culpabilisent de s'inspirer, qui ont peur de ne pas être assez original•e. Et je te propose de repartir avec une méthode claire pour copier intelligemment avec un exercice à faire dès aujourd'hui. Je pense qu'on grandit avec cette idée que la vraie créativité, c'est de sortir des trucs de nulle part. Que si tu t'inspires trop, si tu t'approches trop d'un style qui existe déjà, alors tu n'es pas légitime. Sauf que cette idée, elle est complètement fausse. Et elle bloque énormément de créatifs et de créatives. Laisse-moi te raconter comment moi, j'ai appris à dessiner. Quand j'étais au collège, j'ai commencé à recopier les Diddle déjà, et ensuite les BD de Kid Paddle. Ensuite je suis passée au manga. Et au lycée, je suis passée à Luis Royaux et Victoria Francés, des artistes avec des univers hyper travaillés, très sombres et très détaillés. Je passais des heures à essayer de refaire leurs dessins à l'identique, à l'ombre près, pas pour les vendre évidemment, pas pour dire que c'était de moi non plus, juste pour comprendre comment c'était fait et pour apprendre à dessiner. Et c'est là le premier point important. Recopier à l'identique, c'est une façon de muscler ton œil, parce que ça va t'obliger à observer vraiment les proportions, l'angle d'un trait, la façon dont une ombre est posée. Tu ne le vois pas quand tu regardes une image comme ça en scrollant. Tu le vois seulement si tu essayes de refaire à l'identique. Et c'est en copiant que j'ai appris à voir véritablement. Et c'est exactement pareil dans plein d'autres domaines créatifs. Un chef cuisinier, ne réinvente pas la recette d'une sauce, même à la sortie d'école. Il va la refaire, à l'identique, encore et encore, jusqu'à la maîtriser. Et c'est seulement après qu'il va commencer à l'adapter, à inventer ses propres plats avec cette technique en poche qu'il aura apprise. Personne ne l'accuse de tricher, parce qu'il a appris la base avant de créer la sienne. Mais attention, il y a une nuance essentielle, et je tiens à la poser clairement, parce que c'est important pour moi. Il y a une différence énorme entre copier pour apprendre, ce dont on est en train de parler, et ça se fait en privé dans ton coin et copier pour vendre en faisant croire que c'est de toi. Évidemment, la première c'est de l'entraînement, la deuxième c'est du plagiat et c'est NON ! On en reparlera sûrement dans un autre épisode parce que la question du respect du travail des artistes c'est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Mais aujourd'hui, on parle bien de la copie comme outil d'apprentissage et pas comme une fin en soi. Attention ! Alors, plus récemment, il m'est arrivé un truc que je trouve intéressant de te partager à ce sujet. J'ai voulu refaire "la femme au chapeau" d'Henri Matisse. C'était pour un challenge de Month of Masters où le but c'est de s'imprégner justement des grandes figures de l'histoire de l'art et de redessiner dans son style. Si tu connais pas ce tableau, c'est vraiment un tableau ultra coloré, vraiment aux antipodes de ce que je fais d'habitude. Et honnêtement, au début, j'aimais pas du tout ce que ça donnait. Ça me sortait complètement de ma zone de confort. Mais je suis allée jusqu'au bout. "Trust the process" comme on dit. Et au final, j'ai adoré le rendu. Alors c'est pas exactement ce qu'avait fait Henri Matisse, mais j'ai vraiment essayé de remettre des touches de couleurs différentes sur le visage, sur le corps, etc. Et c'était hyper intéressant. Et là, on n'est plus du tout dans la même logique que quand j'avais 15 ans et que je recopiais Kid Paddle trait pour trait. Je ne cherchais pas à apprendre à dessiner en faisant ça. Je cherchais à emprunter un seul ingrédient, la couleur, l'audace des teintes, pour voir ce que ça allait faire dans mon propre univers. Alors, je ne vais probablement pas me mettre à dessiner comme Matisse, mais il y a des chances que j'aille travailler des couleurs inhabituelles de temps en temps, un peu comme il a fait, juste pour explorer ce que ça pourrait apporter à mon travail dans mon univers. Et c'est ça, la vraie richesse de l'imitation. Au début, tu copies pour apprendre à voir. Et après, tu copies pour voler un seul ingrédient, une couleur, un cadrage, un rythme, et essayer de l'intégrer à ta propre patte. Ce n'est jamais du vol au sens négatif. C'est comme ça que tout le monde a toujours appris en fait. Nul ne naît avec un style, avec un truc complètement différent qui n'existe de nulle part. Non. Un style, ça se construit à partir de 10, 100, 1000 influences qu'on a digérées jusqu'à ce que ça devienne illisible pour les autres, mais que ça devienne 100% nous. Donc cette semaine, je te propose comme exercice de choisir un artiste qui a un style complètement différent du tien. Justement, ne va pas chercher quelqu'un qui te ressemble, plutôt quelqu'un limite qui te met mal à l'aise, quelque chose qui est aux antipodes de ton style. Et au lieu d'essayer de tout recopier dans ce style de cette personne, choisis une seule chose à lui « voler » . Que ce soit sa palette de couleurs, l'épaisseur de ses traits, sa façon de composer une page, peu importe, tu choisis une chose, un élément. Et ensuite Tu prends un de tes sujets à toi, un personnage que tu dessines souvent, ton dernier dessin peut-être, juste pour ne pas te poser trop de questions, quelque chose qui appartient à ton univers. Et tu vas venir refaire cette création, ou cette nouvelle création, et lui appliquer cet ingrédient-là que tu auras emprunté à l'autre artiste. Alors, pas besoin de refaire un chef-d'œuvre, juste un croquis dans un carnet, 10 minutes, peu importe, mais l'idée c'est de regarder ce que ça peut raconter de nouveau sur ton propre style. en utilisant ce qui, entre guillemets, ne t'appartient pas. Et si tu veux aller plus loin dans cette exploration de ton style, j'ai justement écrit un livre pour ça qui s'appelle Pimp ton style. C'est le tome numéro 1. Dedans, il y a 50 exercices pour tester toutes les facettes de ta pratique que tu n'oses pas encore explorer. Un peu comme moi avec les couleurs de Matisse. Tu le trouveras sur ma boutique, le lien est en description. Je te dis à bientôt et souviens-toi que personne ne peut briller à ta place. Alors, à toi de jouer.