Speaker #0Est-ce que tu as déjà regardé une de tes illustrations et pensé un truc du genre « je suis nul•le pour les décors » , « mes proportions sont trop bizarres » , « mon style est trop enfantin » et tu ne t'es dit que c'était des défauts à corriger, des lacunes à combler ou des preuves que tu n'étais pas encore assez bien ? Et si je te disais que ce que tu détestes dans ton dessin, c'est exactement ce qui va te rendre reconnaissable entre mille ? Bienvenue dans Pimp ton style, le podcast pour créer plus, douter moins et arrêter d'attendre. Moi c'est Diane et aujourd'hui on s'y met ensemble. Aujourd'hui on parle de ces petits défauts que tu traînes comme un boulet depuis des années. Ces trucs que tu essayes de cacher, de corriger, de contourner. Et on va retourner complètement la question. Est-ce qu'il ne serait pas en fait le début de ta signature artistique ? Voilà, je pose ça là. Cet épisode, il est pour toi si tu as l'impression d'avoir un style pas fini, pas propre, pas assez technique et que tu en as marre de te comparer à des artistes qui semblent tout maîtriser. Tu repartiras avec un exercice concret pour transformer une faiblesse en un choix stylistique assumé. Laisse-moi commencer par une métaphore. Est-ce que tu connais le Kitsungi ? C'est une technique japonaise ancestrale qui consiste à réparer la céramique brisée avec de la poudre d'or. Donc ici, au lieu de cacher les fissures, on vient les mettre en valeur. On dit « cette tasse s'est cassée » et c'est précisément pour ça qu'elle est belle. L'histoire de la fracture... fait partie de l'objet. Maintenant, je veux que tu penses à ton dessin exactement comme ça. Parce que la plupart d'entre nous, on doit bien se l'avouer, on fait l'inverse. On voit une fissure, une maladresse, une zone qu'on n'arrive pas à maîtriser et on essaye de la masquer, de la corriger, de la faire disparaître. On passe des heures sur des tutoriels de perspective parce qu'on se dit qu'on devrait savoir faire ça. On s'interdit de publier parce que le fond n'est peut-être pas assez travaillé. On se compare à des illustrateurices dont la technique qui est... parfaitement léchée et on conclut qu'on n'est pas au niveau. Mais voilà ce qu'on oublie. Un style, ça ne se construit pas en gommant ses aspérités. Ça se construit en les habitant. Je vais te donner un exemple très concret et très personnel pour illustrer tout ça. Moi, je suis vraiment pas à l'aise avec les décors. Les fonds détaillés, les arrière-plans complexes, les paysages avec de la profondeur, c'est clairement pas là que je brille. Pendant longtemps, j'ai trouvé ça gênant. J'avais l'impression que mes illustrations manquaient de monde. qu'elles flottaient un peu comme ça dans le vide, que j'étais faite que pour faire des petits stickers. Et puis, il n'y a pas si longtemps, au lieu de me battre contre ça, j'ai décidé de travailler avec. Et j'ai commencé à utiliser un fond uni et à faire mon background juste en doodle. Pas en rentrant dans le détail, pas en ajoutant de la couleur, etc. Juste un liner noir pour mon fond et mon sujet principal en couleur. Et ce traitement que j'avais adopté par défaut juste une fois parce que... le fond réaliste c'était trop compliqué, j'avais pas le temps, ça me saoulait. Et bien en fait, je l'ai trouvé vachement canon. Et je trouvais que mon personnage ressortait vachement, qu'il y avait une cohérence visuelle qui était assez forte. Et j'ai eu envie de recommencer tellement ça m'avait plu. Et aujourd'hui, c'est quelque chose que je pense garder pour que les gens reconnaissent ça dans mon travail. Ce que j'avais étiqueté comme une faiblesse au départ est peut-être en train de devenir une véritable signature. Et c'est pas de la magie. C'est simplement ce qui se passe quand tu arrêtes de fuir et que tu commences à explorer. Si tu penses à Jean-Michel Basquiat, sa peinture, elle est plutôt brute, urgente, griffonnée. Il n'essaye pas de bien dessiner dans le sens académique du terme. Il cherchait quelque chose d'autre. Et c'est précisément cette aspérité, cette urgence dans le trait, qui fait qu'un Basquiat se reconnaît instantanément dans une galerie. Pense maintenant aux illustrateuristes que tu aimes. Je parie que si tu regardes leur travail de près, tu peux pointer des petits défauts techniques, des proportions exagérées. des mains stylisées parce que les mains, on va pas se mentir, c'est compliqué. L'IA, elle sait pas les faire, mais nous non plus. Un type de décor qu'ils évitent systématiquement. Dans tous les cas, toi, tu vas voir ça comme du style, mais parce que eux, ils ont décidé de l'assumer. Et la différence entre un défaut et entre une signature, c'est souvent juste une question de posture. C'est à toi de voir si tu veux subir cette caractéristique ou si tu veux la choisir. Alors je t'entends déjà me dire, oui, mais Diane, c'est facile à dire. Comment je sais si c'est vraiment un choix stylistique ? Ou si c'est juste que je suis nulle ? Bonne question. Et j'ai une réponse. La différence, elle n'est pas dans le résultat. Elle est dans l'intention. Un défaut, c'est quelque chose que tu subis, que tu essayes de corriger à chaque fois. Limite, tu t'en excuses mentalement et tu espères que personne ne le remarquera. Une signature, c'est quelque chose que tu reproduis, que tu travailles, que tu affines, et tu te demandes comment la pousser encore plus loin. Autrement dit, le seul moyen de transformer un défaut en signature, c'est justement de décider de l'exposition. plutôt que de le fuir. C'est un peu comme en musique. Les guitares légèrement désaccordées, le grain dans une voix, le larsen qu'on laisse traîner, si le musicien a l'air de le subir, Clairement, c'est une erreur. Par contre, si la personne a l'air de l'assumer, eh bien, ça devient une couleur sonore. L'outil est le même, mais l'intention est différente. Et je pense qu'il y a quelque chose d'encore plus précieux là-dedans. Tes défauts de dessin, eh bien, ce sont les tiens. Et uniquement les tiens. Ils viennent de ta façon de tenir ton crayon, peut-être. Ou ta façon de voir les choses. De ton histoire. De ce que tu aimes, de ce qui t'attire. Ou au contraire, de ce que tu n'aimes pas. Et personne d'autre ne dessine exactement comme toi. même avec les mêmes lacunes techniques ou le même matériel, le même crayon. Alors quand tu passes ton temps à corriger, à lisser, à te conformer à une idée de ce que dessiner bien devrait ressembler, eh bien je pense que tu effaces précisément ce qui te rend unique. Avoir un style de dessin, c'est justement la somme de tous tes choix, y compris ceux que tu n'as pas encore complètement choisis. Alors aujourd'hui l'exercice, on pourrait l'appeler le défaut d'or en référence au Kitsugi évidemment. Voilà ce que tu vas faire. Tu prends une feuille, ton carnet, une feuille volante, peu importe, et tu crées une illustration en plaçant intentionnellement ton défaut au centre. Par exemple, moi j'aime pas les décors, je vais d'abord commencer par faire le décor. L'idée c'est de ne pas esquiver ce défaut, c'est de ne pas le compenser, c'est de le mettre en scène. Si comme moi, tu n'aimes pas les décors, eh bien, pars sur un fond uni, fais quelque chose de très léger, de très simple, quelques doodles. Tu le places, mais tu l'assumes. Si tu trouves que tes proportions sont un peu trop exagérées, tu vas aller les pousser encore plus loin et t'en fais une caricature complètement assumée. Si tu trouves que ton trait est trop tremblant, tu dessines une illustration entière en faisant exprès de faire trembler ton trait. Et tu observes ce que ça donne quand c'est systématique. Parce qu'une aspérité répétée, ça peut devenir carrément une sorte de texture. Le but dans cet exercice aujourd'hui, c'est pas que ce soit parfait. c'est de regarder ton défaut en face, sans filtre, et de lui demander « et si tu devenais une force aujourd'hui ? » Et puis ensuite, tu prends une photo, tu la gardes, et si tu veux me la montrer sur les réseaux, tu sais où trouver. Si cet épisode t'a parlé, c'est parce qu'on touche à quelque chose de fondamental. Trouver son style, c'est pas une question de technique pure, c'est vraiment une question de connaissance de soi. Et justement, dans mon livre « Pime ton style » , j'ai rassemblé 50 exercices pratiques qui couvrent exactement ça. Il y a les bases techniques comme la composition, les proportions, la perspective. Mais, et c'est là où ça devient vraiment intéressant, j'ai aussi mis des exercices introspectifs pour explorer ce qui te rend vraiment unique, toi. Pour comprendre ce qui t'attire et commencer à construire un style qui te ressemble vraiment. C'est un peu le compagnon de tout ce dont on parle ici. Si ça t'intéresse, tu peux le trouver dans ma boutique, le lien est dans les notes de l'épisode. Maintenant je te dis à très vite et souviens-toi, un trait raté, c'est quand même un trait. Alors lance-toi !