Speaker #0Bienvenue en 2026. Pour ce premier mois de l'année, les lundis, mercredis et vendredis, je serai avec toi. Et derrière chaque épisode, il y a cette intention. On arrête de se victimiser à la moindre contrariété. Oui, parce que c'est en changeant de posture que l'on devient solide et autonome. Cette série de janvier se nomme « J'emmerde » parce que prendre position, c'est déplaire, c'est emmerder une partie du monde. Et on ne peut pas satisfaire la Terre entière, n'est-ce pas ? Alors, abonne-toi pour ne rien rater. et pour toi aussi prendre plaisir à emmerder par tes prises de position. Tu sais quoi ? Le 1er janvier 2026 à minuit pile, pendant que beaucoup formulaient des vœux et prenaient des résolutions avec toute la bonne volonté du monde, moi j'ai pris une décision inconfortable. Pas spectaculaire, vraiment pas, encore moins instagramable, mais nécessaire pour ma santé mentale. J'ai quitté Instagram et Facebook. pour une durée indéterminée. Et si je te le dis aujourd'hui, c'est pas pour que tu fasses pareil. C'est pour que tu t'écoutes et que tu t'observes. Parce que c'est ce que fait toute personne solide et autonome. Parce que si tu es là à m'écouter, il y a de grandes chances que quelque chose en toi sache déjà que ta relation à ton téléphone n'est pas aussi neutre que tu aimerais le croire. Peut-être que toi aussi tu te dis « Non, mais moi ça va, je gère. » Sauf que ton pouce scrolle déjà avant même que tu aies décidé de le faire. Et sauf que tu ouvres une application sans trop savoir pourquoi. Et même plusieurs fois de suite. Tu t'en rends même pas compte. Tu n'as même plus conscience de ce que tu fais avec ton téléphone. Et que tu ressors parfois plus vide après avoir scrollé. Et tu le sais, mais tu continues. Pas parce que t'es faible, absolument pas. Et encore moins parce que tu manques de volonté. Parce que c'est conçu pour ça, les études le montrent. Moi aussi je suis tombée dedans, comme toi, comme nous toutes j'ai envie de dire. J'ai grandi avec un Nokia 3310, tu sais, le téléphone qu'on m'avait donné quand j'étais adolescente, au cas où, au cas où il m'arrivait en accident, et ben ce fameux cas où il n'est jamais arrivé. Et puis un jour, sans prévenir, les écrans ont commencé à capter notre attention, notre énergie, notre créativité. Au début ça fait du bien, c'est un shot de dopamine 2, 3, shot de dopamine très intense. C'est rapide, c'est des likes, c'est des commentaires, c'est des réactions, c'est des vidéos sympas. Et puis petit à petit, ça ne nourrit plus, ça endort, on est comme prise dans une machine qui nous fait avancer dans des directions qu'on n'a peut-être pas vraiment décidées. Peut-être que toi aussi tu ressens cette dispersion mentale, cette difficulté à te poser, à créer, à penser par toi-même sans être. influencés par les algorithmes. Peut-être que toi aussi, tu ressens cette charge invisible de poster, d'être visible, de comprendre les algorithmes, faire ce qu'il faut pour ne pas disparaître, faire ce qu'il faut pour les satisfaire, sachant qu'ils sont inconstants, que ça change régulièrement, plusieurs fois par année. Et sans t'en rendre compte, tu te mets à servir un système qui ne te servira probablement jamais, ou très peu pour tous. toute l'énergie que tu investis dedans. Et à un moment donné, je me suis posé une question simple, et je la pose à toi aussi. Qui est au service de qui ? Est-ce que la technologie sert ta vie ? Ou est-ce que ta vie sert la technologie ? Pour moi, la réponse est devenue très claire. Tu sais, les robots, je les connaissais bien avant l'arrivée de l'IA. Ils ont toujours été là pour servir mon autonomie, jamais pour la remplacer. Et il était hors de question que mon esprit, ma créativité, ma liberté intérieure se mettent au service d'un algorithme, au service d'un robot. C'est un refus qui est absolument non négociable. Alors, j'ai arrêté, net. Je vais pas te mentir, les premiers jours ont été étranges, voire douloureux et assez perturbants. Parce que ces réseaux étaient devenus une béquille. Et quand tu retires une béquille brutalement, et ben tu tombes et ça fait mal. Peut-être que toi aussi, tu connais ce dialogue intérieur, tu sais, cette petite voix qui négocie en permanence. Allez, juste une minute, tu as bien tenu jusque-là, personne ne le saura. Si tu retombes sur les réseaux, tu mérites bien de regarder qui c'est qui a liké, qui c'est qui a commenté ta publication. Ce dialogue-là, c'est mon cerveau, et le tien comme le mien, eh bien, ce sont les meilleurs négociateurs du monde. Et ils sont absolument redoutables. Alors, j'ai décidé ? d'en faire en alliés, même si actuellement il me fait assez souffrir Pour être honnête, je ne suis pas en train de dire que tu dois tout arrêter comme je l'ai fait, pas du tout. Je suis simplement en train de te dire autre chose. Regarde honnêtement, regarde ce que ça t'apporte et surtout ce que ça t'enlève. Peut-être que la dépendance la plus dangereuse, ce n'est pas celle qu'on nie, c'est celle qu'on banalise. J'avais discuté une fois, j'avais fait part de mon mal-être à une amie qui a consommé des drogues durant une bonne partie de sa vie. Et elle m'avait dit, mais en fait, je comprends ta souffrance, je comprends ta douleur parce que personne ne t'écoute puisque c'est comme si tout le monde était en train de tirer des rails de coke partout, dans le bus, dans la rue, dans les magasins. Tout le monde est focalisé sur son téléphone. Dans les arrêts de bus, dans les restaurants, tout le monde est en train... de tirer des traits de cocaïne. Sauf que, là on parle de téléphone. Et c'est ça quand je te parle de banalité. Et c'est ça quand je te dis d'être dans le déni. Parce qu'il y a pas mal de gens aussi qui sont dans le déni de cette surconsommation. D'ailleurs, il y aura toujours des personnes pour dire que j'exagère, que c'est un peu fort de parler d'addiction ou même de maladie. Et tu sais quoi ? C'est normal parce que le déni fait partie du processus. C'est comme l'alcool, tu te rappelles de cette publicité, je crois que c'était le gouvernement français. Comme toute dépendance invisible, on voyait des gens qui se renvoyaient la balle en disant « Non, mais moi ça va, ma consommation c'est vraiment correct, je connais mes limites, c'est les autres qui ont problème. » Et peut-être que toi aussi tu t'es déjà dit ça, sans te rendre compte. Reconnaître cette fragilité n'a jamais fait de toi quelqu'un de faible. Et ma résolution pour... 2026, ce n'est pas d'être plus productif, plus performant, plus visible. Ma résolution, c'est de reprendre le pouvoir sur mon esprit. Et peut-être que la tienne n'a pas besoin d'être aussi radicale. C'est une solution que j'ai utilisée moi parce que c'est celle qui me concerne. Mais peut-être que la tienne commence juste par ça. Observer, te questionner. Et peut-être ralentir, sans aucune culpabilité et sans jugement. Parce que la vraie solidité, elle ne vient pas dans les outils de l'IA, elle ne vient pas dans le chat GPT, dans le Gemini, dans tous les autres outils virtuels qui nous sont proposés. La vraie solidité, elle est dans l'esprit. Et si tu m'écoutes encore à cet instant, c'est probablement parce qu'une partie de toi le sait déjà. je vais te laisser avec une invitation toute simple. C'est pas une injonction ni un défi. Juste, observe ta relation à ton téléphone. Comme si tu observais une relation amoureuse. Est-ce qu'elle te nourrit ? Est-ce qu'elle te respecte ? Est-ce qu'elle respecte ta liberté ? Est-ce qu'elle respecte ton espace ? Ou est-ce que, insidieusement, elle t'épuise ? Et si cet épisode t'a fait réagir, partage-la à une femme qui scrolle plus qu'elle ne vit. Pas pour la sauver, juste pour lui tendre un miroir.