Speaker #0Le facteur déconne toujours deux fois, feuilleton radiophonique, épisode 2 sur 6, où Raymond se prend des claques et donne du travail à Wintrebert. S'il n'y avait pas ce con de Wintrebert, je pourrais dire que j'ai une vie plutôt calme, du type "voyage intergalactique, - boulot - dodo", vous voyez le genre. Pourtant ... j'ai quand même vécu quelques aventures dans ma carrière de facteur intergalactique ! De celles qui font que je suis parfois bien content de rentrer à la base et de me poser un peu. En clair, le syndrome de Du Bellay : "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, ou comme cestui-là, qui conquit la toison, et puis est retourné, plein d'usage et de raison, vivre entre ses parents le reste de son âge. Quand reverrai-je hélas de mon petit village fumer la cheminée ? Et en quelle saison reverrai-je le clos de ma pauvre maison, qui m'est une province et beaucoup davantage ?" Ce poème me revient à chaque fois que j'ai des ennuis. Est-ce que je vous ai déjà raconté la fois où je me suis retrouvé, à cause d'un bug du GPS, en plein dans la galaxie des Missiles Perdus ? Non, je ne vous ai pas raconté ça ? Une horreur ! Cette galaxie-là, c'est le coin de l'Univers où, à cause d'un défaut de leur gyroscope pendulaire, certains missiles balistiques ne sont jamais redescendus. Et ils ont poursuivi leur course jusqu'à cet endroit. Et là, faute de carburant, ils lévitent et attendent que quelque chose vienne les toucher. Et alors c'est... BLAOUM ! Ça je vous l'avais dit, c'est un coin de l'univers qui n'est pas vraiment sympathique. Vous n'y enverriez même pas votre belle-mère, c'est dire. Eh bien moi j'en ai traversé un bon bout de cette galaxie, et je ne faisais pas le fiérot, ça je peux vous le dire ... Ma mob a beau être protégée de série par une bouée antimissile, je n'avais jamais eu l'occasion de la tester jusque là, et je n'en menais pas large ! J'ai traversé la galaxie des Missiles Perdus à tâtons : à 0,005 années-lumière par heure, c'est dire ... Mais j'aurais bien aimé vous y voir, vous autres ! Je suis resté hyper-concentré sur la route et ce qui se passait devant. Et pendant que je faisais ça, des missiles flottaient. Des longs, des très longs, des rouges, des blancs, des gris ... Tous, juste à la recherche d'un objet qui mette fin à leur existence commune. Et l'objet le plus probable à ce moment-là, c'était moi ! Comment je m'en suis tiré ? J'en sais rien, mystère ! Mais le fait est que je suis encore là pour vous raconter l'histoire. Un très mauvais moment. Heureusement, plus de peur que de mal. Pas comme la fois où je suis tombé dans le gouffre des donneurs de gifles. Là, ça s'est vraiment mal passé. Imaginez. Tout d'un coup, vous êtes brutalement aspiré vers le bas. Dans la vie normale, ça peut arriver, mais généralement c'est juste une petite dépression galactique, rien de grave. Sauf que cette fois-là, j'avais beau essayer de redresser la mob, rien à faire, on continue vers le bas. Et après, ça m'a paru une éternité, après 5, 6 très longues secondes de cette attraction verticale, je continue à descendre, je reçois un coup. Et un coup, comme une vraie gifle, une baffe, genre qu'on voit dans les films, le truc qui vous fait pivoter la tête autour des cervicales. Et une ou deux secondes plus tard, la même chose, mais de l'autre côté. Ah, j'ai été sonné. Et ça continuait. un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite, etc. La mob continuait de descendre et moi j'étais plus aux commandes. Chaos, chaos complet. Et quand j'ai récupéré, j'étais apparemment sorti du gouffre des donneurs de gifles. Comment ? Jamais compris. La chance ? Sans doute. Une certaine capacité encaissée, conséquence de 215 ans de mariage ? Un peu des deux, sans doute. Mais surtout, le pilote automatique. Il a continué à chercher une issue pendant tout le temps où je me faisais tabasser. Vous me croirez, si vous voulez, je l'ai remercié, mon pilote automatique. Oui, je sais bien, cette machine. N'empêche que cette machine, elle m'a sauvé la mise un paquet de fois. Mais jamais autant que le jour du gouffre des donneurs de gifles. Alors, c'est moi qui l'appelle comme ça, le gouffre des donneurs de gifles. Officiellement, il a un nom... bien administratif, genre cheminée Delta 2C. Mais moi je sais bien, c'est le gouffre des donneurs de gifles. Et je peux vous dire que j'essaie de l'éviter soigneusement. Un autre coin de l'univers qu'il vaut mieux éviter, c'est le trou noir des balles perdues. Vous n'imaginez pas le stress. L'impression d'être un GI sur les plages de je sais plus où sur la Terre en juin 44. 1944. L'enfer. Ça siffle de partout. On entend des tings sur la carrosserie en céramique augmentée de la mobile. Parfois c'est des tongs, mais bon, ça ressemble vraiment à un guet-apens des films de western de l'ancien temps. Et j'ai cru que ma bombe ne survivrait pas à cette épreuve. Et pourtant elle a survécu. Mais il faut voir dans quel état. Le mécano du QG de la Poste Intergalactique « Eh, il s'appelle Vintrebert. Je vous en parlerai peut-être un jour, mais je pense pas parce que je l'aime pas. » Bref, le dénommé Vintrebert, il n'en revenait pas du nombre d'impact sur la carrosserie de la meubles. « Ben mon con, il m'a dit, sauf que c'est lui le con, si vous saviez. » « Ben mon con, il a dit, qu'est-ce t'as fait pour qu'on te tire dessus comme ça ? Ils t'ont pris pour le postier timbré ou quoi ? » « Timbré, postier timbré, t'as compris ? » Et il a ri. Il est bête, Vintrebert, il est bête. En même temps, il n'était pas content, parce que c'est lui qui va devoir réparer ma mort. Alors forcément, il préférait que je la lui rapporte plus propre que quand elle est partie. Espèce de tir au flanc. Je ne sais pas d'où vient cette expression, mais elle lui va comme un gant. Il est bête, Vintrebert, il est bête. Bref, lorsque je suis rentré, Vintrebert, il avait du boulot. Il a dû penser que je l'avais fait exprès de passer par le trou noir des balles perdues. Quel con, j'aimerais l'y voir, lui. Lui qui n'a jamais pris d'autres risques dans la vie que de ne pas réserver une table quand il va aller au resto. Bref, décidément, Vintrebert, je ne l'aime pas. C'est la fin pour aujourd'hui, bande d'auditeurs. Dans l'épisode suivant, nous verrons peut-être que dans l'espace, il est plus facile. d'animer une campagne électorale qu'un jardin à la campagne. A la semaine prochaine.