Speaker #0Bienvenue aux auditeurs d'élite.
Quant aux autres, ils peuvent rester.
Aujourd'hui, nous allons aborder une discipline qui ne nous est pas coutumière.
Je veux parler de l'anatomie.
Et ce, grâce à une auditrice de Ploubazlanec. Nous n'avons d'ailleurs qu'une seule auditrice à Ploubazlanec, et c'est, bien entendu, notre chère Soizic !
Dans une lettre reçue aujourd'hui même chez Radio Girafe, Soizic m'écrit :
"cher monsieur Herdé,
Figurez-vous que mon oncle Gwendal, il a remis ça et il se moque encore de vous.
Dimanche dernier, il a dû prendre la galette de trop. Il est devenu tout rouge et il a dit que vous devez être éburné. Comme il parle souvent de vous, je pense que ça veut dire qu'il vous aime quand même bien. Mais pourriez-vous me dire ce qu'il a voulu dire ?
Je t'embrasse,
Votre Soizic pour toujours".
Ma chère Soisic, quel plaisir de te faire plaisir !
Grâce à toi, nous allons donc parler aujourd'hui de ce mot un peu oublié qu'est le mot "éburné".
Éburné, adjectif, du latin "eberneus" : qui est fait d'ivoire.
Définition : qui présente la blancheur, la dureté ou l'aspect de l'ivoire. S'emploie en Médecine, où une substance éburnée correspond à l'ivoire des dents, aussi appelée "dentine".
On parle aussi de cartilages éburnés, lorsqu'ils deviennent dur comme de l'ivoire.
Synonyme d'éburné : éburnéen".
J'ajoute, pour le seul profit de ma belle-mère, que le mot « éburné » rapporte sept points au Scrabble.
Cet adjectif, bien qu'employé par Blaise Cendrars et Roger Martin du Gard, entre autres, est devenu quelque peu désuet. J'ai en effet sous les yeux un tableau qui montre l'usage du mot « éburné » au cours des siècles.
Figurez-vous qu'au XXIe siècle, nous en sommes à sept occurrences. Je suis donc heureux d'apporter ma modeste pierre à l'édifice.
Quant à sa dernière apparition dans le journal Le Monde, elle remonte à 1984.
Je n'ai malheureusement pas accès aux statistiques pour les autres journaux de référence. Je ne peux donc pas vous livrer l'usage du mot éburné dans "Elle Décoration" ou "Auto-Moto".
L'oncle de Soisic, homme manifestement cultivé, a certainement voulu me souhaiter ... de disposer d'une dentition saine, éburnée. Merci à lui !
Je compte sur toi, ma chère Soizic, pour lui transmettre mes remerciements et la confirmation que mes dents se portent tout à fait bien !
Lorsque je suis allé présenter ces conclusions au Président de Radio Girafe, le grand homme, le cher homme, a résumé tout cela d'une de ces formules dont il a le secret.
"Donc, si je vous suis bien, mon bon Herdé, vous m'apprenez que les éléphants ont une partie d'eux-mêmes dont on peut légitimement dire qu'elle est sévèrement éburnée. C'est bien ça ?"
"Exactement, Monsieur le Président ! Mais quel président vous êtes !"
Oh ! Le grand homme n'avait évidemment pas confondu « éburnée » avec le mot «burne», synonyme de testicule, et dont, pour le coup, mon dictionnaire ignore l'étymologie.
A noter néanmoins un effet de symétrie, puisque le mot « burne » réapparaît fortement dans la langue française depuis le début du XXIe siècle, alors qu'il était rare, voire pédant, depuis le début du XIXe siècle.
A noter néanmoins que "Le Monde" a cessé d'employer le mot « burne » depuis le milieu des années 70, et que je n'ai malheureusement pas d'informations sur l'usage de ce mot « burne » par le catalogue des Trois Suisses ou les formulaires de l'Administration Fiscale française ...
Qu'il est doux de contribuer au rayonnement de notre belle langue en général, et de mots oubliés en particulier. J'espère que, grâce à cette chronique, et donc grâce à vous, le mot "éburné" va connaître une nouvelle jeunesse.
Turlututu, chapeau pointu !
Et c'est ainsi que le caramel se rêva en éléphant !