- Speaker #0
Nous sommes allés à la rencontre d'anciens patients et de professionnels du Centre de rééducation fonctionnelle de la Fondation Hélène Poidatz à Saint-Fargeau-Ponthiery, dans le sud de la Seine-et-Marne, lors d'une journée de retrouvailles organisée pour raviver les souvenirs et partager les moments de vie passés au sein de l'établissement. Au fil des échanges, nous avons recueilli de précieux témoignages sur leur enfance et leur adolescence au CRF et à l'IUM de la Fondation. Une journée empreinte d'émotions, de partage et de mémoire collective. Je vous invite à écouter ces récits sincères, chargés d'humanité et de sens. Bonjour, je m'appelle Aline Dufour, je suis infirmière coordinatrice de santé et aujourd'hui je vous présente le podcast de la Fondation Poidat. Je te laisse te présenter et me dire durant quelle période tu étais à la Fondation.
- Speaker #1
Moi je m'appelle Cindy et j'étais présente à la Fondation de 1992. A 2004, j'ai fait CP terminale à la Fondation, donc tout mon cursus scolaire. Primaire, collège, lycée, à la fondation.
- Speaker #0
Raconte-nous comment ça se passait à ton époque. Une journée type, l'ambiance, les activités ?
- Speaker #1
Moi, quand je suis arrivée en 1992, c'était secteur fille, secteur garçon. J'étais en internat sur toute ma période primaire. Et on était secteur fille, secteur garçon. Avec nos éducateurs et éducatrices attitrées. Donc voilà, c'est des bons souvenirs. J'étais petite, je suis arrivée, j'avais 6 ans. Mais on a des bons souvenirs, on avait des chambres communes. Il y a très peu de personnes de ma génération qui sont présentes malheureusement aujourd'hui. Mais moi j'ai des bons souvenirs et une bonne ambiance.
- Speaker #0
As-tu un souvenir marquant ou un moment fort à partager ?
- Speaker #1
Ça peut être les activités qu'on faisait, notamment tout ce qui était... On en a reparlé avec Madame De Kesteker, qui était la responsable éducative. Des ateliers cuisine, des ateliers pâtisserie, des sorties, des transferts, ce qu'on appelle des transferts. Donc des sorties un peu plus lointaines. Moi, je suis partie en Angleterre plus tard. Ça, c'était sur la période collège. J'ai fait l'Angleterre, je suis partie en Espagne. Ça, c'était un projet pour le bac qu'on avait monté. Et on est partis en Espagne, au ski. Et je pense que j'ai fait plein de sorties, voyages, etc. que je n'aurais peut-être pas fait. Alors, c'est difficile de se dire si j'avais été autrement. Mais j'ai fait plein de choses, plein d'activités, rencontré plein de gens. les kinés, le corps médical, parce que c'est une part importante aussi. Mais justement, cette partie transfert et sortie est un peu plus légère. Ça nous faisait oublier un petit peu, je ne vais pas dire ce pour quoi on était là, mais le côté médical était un peu effacé parce que ce n'était pas toujours agréable. Voilà, il faut dire les choses.
- Speaker #0
Qu'est-ce que la Fondation t'a appris ?
- Speaker #1
Je pense qu'avec le recul sur le moment, on a l'impression de subir un peu notre passage. à la Fondation, parce qu'on se dit, mais on est là, on est enfermés, entre guillemets, on ne peut pas faire ce qu'on veut, etc. Et au final, je trouve que ça nous forge aussi un caractère. Alors moi, j'en avais déjà un, donc voilà. Mais ça nous forge un caractère, ça nous forge une envie aussi peut-être de se dépasser. Enfin voilà, je pense que c'est une chance aussi d'être passée par la Fondation, de pouvoir faire des études. Après, j'ai eu la chance de pouvoir poursuivre sur deux années en études supérieures dans un milieu ordinaire. On se rend compte que la Fondation, c'est un milieu protecteur. On était protégés quelque part du monde extérieur. Et de me dire, il faut que je me prouve et que je prouve aux autres. Alors allez savoir pourquoi moi j'ai toujours besoin de prouver aux autres que je peux y arriver. Et je pense que ça m'a forgée quelque part parce qu'on nous a dit qu'on était capable, qu'on pouvait faire les choses. Et voilà, après, clairement, j'ai passé des très très très beaux moments et j'étais triste de partir. Quand je suis partie, c'est une page qui se tourne.
- Speaker #0
Selon toi, qu'est-ce qu'il faudrait garder à la Fondation ?
- Speaker #1
L'esprit de famille. Je trouve que c'est ça qui resserve. C'est une famille, en fait. On est tous passés par là. On sait tous ce que c'est. On cohabite les uns avec les autres, avec les équipes. Et je trouve qu'il faut garder ça, c'est super important. L'esprit de famille et se sentir un peu comme à la maison finalement. Et que les portes restent ouvertes comme elles l'ont été aujourd'hui, je trouve ça important.
- Speaker #0
Pour toi, qu'est-ce que le handicap ?
- Speaker #1
Le handicap, déjà c'est quelque chose... Après il faut dissocier le handicap accidentel entre guillemets du handicap où pour moi c'est de l'essence. On ne sait pas ce que c'est courir, marcher, d'avoir une vie normale. Encore une fois, je n'aime pas ce mot, mais c'est vaste comme question. Ce n'est pas évident à synthétiser, mais ce n'est pas facile tous les jours parce qu'il y a des inconvénients, c'est des contraintes. Moi, j'ai la chance de ne pas avoir besoin pour le moment et le plus tard possible d'auxiliaire de vie. Mais ne serait-ce que pour les transports, moi, je n'ai pas le permis de conduire. mettre en place les transports spécialisés, c'est contraignant. On se rend compte qu'on vit dans une société qui n'est pas forcément adaptée partout. Enfin, moi, c'est ce que je dis quand je vais faire les magasins. Je n'ai pas envie d'aller à une caisse où il y a un logo handicapé. J'aimerais aller à n'importe quelle caisse sans qu'on distingue que c'est adapté parce que ça devrait être adapté partout. J'aimerais ne pas avoir posé une question quand je vais aller, je ne sais pas, me faire faire un soin en institut. Est-ce que la cabine, ça devrait être le cas partout ? Et je ne devrais pas avoir de logo sur la porte qui me dit que c'est accessible parce que ça devrait être la norme. Et force est de constater qu'on en est loin. Après, le handicap, il forge aussi un caractère. Ce n'est pas que du négatif, ça oblige aussi à se découvrir des capacités peut-être insoupçonnées. Moi, je sais que par exemple, j'aime pas trop me faire compliment, mais je vais essayer de me trouver quelques qualités. Mes capacités d'adaptation. d'organisation, l'anticipation, enfin tout ce qui est... Voilà, moi j'adore ça entre guillemets parce qu'on n'y a pas le choix. Mais le handicap c'est un tout, c'est pas juste tu marches pas, il y a tout un tas de choses autour le handicap et on pourrait creuser, écrire un livre, je pense que... Voilà, on n'aurait pas assez de temps pour ça. Après quand je suis partie... Ce que j'ai regretté, et ça j'en ai fait part, ce qui est dommage, c'est que quand on part, on n'a pas d'encadrement à la sortie. On n'est pas forcément guidé, que ce soit sur le point de vue médical ou autre. On est un peu... C'est ce que j'ai regretté. Moi, à l'époque, ça a certainement changé depuis, mais... Bah, t'es sortie. Voilà. Au revoir. Et... On s'est confronté quelque part à sans transition en fait. Demain je ne reviens pas et lundi je ne reviens pas et qu'est-ce que je fais après ? Il y a des choses qui ont été mises en place mais c'est vrai que c'est le côté que je regrette un peu, c'est qu'il n'y a pas de transition, on ne nous apprend pas en douceur à l'après, on ne nous prépare pas. ben voilà, t'es sortie, bonne continuation, à bientôt. Et en fait, bon, moi j'avais mes parents, j'étais pas toute seule, il n'y a pas de souci là-dessus, mais c'est se sentir un peu perdue finalement face à tout ça, qu'est-ce que je vais faire, est-ce que je vais y arriver, est-ce que par moi-même, est-ce que je ne vais pas me tromper, enfin voilà, il y a des erreurs, on en fait tout le temps et toute sa vie, mais c'est le côté protecteur. très positif, mais ça peut être aussi un peu négatif par moments, c'est de se dire après. Moi, c'est l'après qui me... Parce que moi, je suis quelqu'un qui anticipe beaucoup, peut-être à tort, et de me dire, et après, comment je vais faire ci et comment je vais faire ça ?
- Speaker #0
Et maintenant, qu'est-ce que tu fais ?
- Speaker #1
Je travaille, je suis fonctionnaire. Alors, je ne dis pas que j'avais une carrière de fonctionnaire qui était toute tracée, moi, au départ. Je voulais être experte comptable. Et c'est en préparant, avec une professeure qui enseigne toujours ici, un exposé sur le métier qu'on voulait faire plus tard. Et Bac plus 7, j'ai dit non, ce n'est pas possible. Et du coup, en fait, voilà, je vais vous dire, moi, je travaille aux impôts, donc ce n'est pas non plus un rêve d'enfant de se dire quand je serai grande. Voilà. Mais... Ce besoin aussi de dépasser, de vouloir intégrer ce qu'on nous a, le monde extérieur, qu'on n'a pas vu pendant un moment. Moi, la fondation, il y en a qui vont me dire « t'es nostalgique, tu restes attachée » . Oui, je suis attachée parce que c'est 12 ans de ma vie et j'ai vécu des choses pas très gaies, des interventions chirurgicales, etc. Mais j'ai fait de belles rencontres, des gens avec qui j'ai encore contact aujourd'hui, que ce soit… Les éducateurs, le corps médical, les profs, des profs qui nous ont jamais, enfin en tout cas ceux que j'ai côtoyés, jamais eu de... On était des élèves comme les autres. Il n'y avait pas de... Alors ils prenaient en compte évidemment le handicap, mais il y avait un programme à tenir, on se tenait au programme, mais il n'y avait pas de... Voilà, on ne nous mettait pas sous cloche et je trouve que c'est hyper important. Parce que nos parents, ils font ce qu'ils peuvent de leur côté. Mais je trouve qu'à la Fondation, c'était un beau parcours. Moi, je suis très nostalgique de tout ça, en fait. Donc, je reviens toujours avec plaisir. Et puis, voilà, moi, je suis très nostalgique. Et tant qu'on nous permettra de nous retrouver, et que je peux le faire, je reviendrai.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté ce podcast et à très bientôt pour la suite.