- Speaker #0
Nous sommes allés à la rencontre d'anciens patients et de professionnels du centre de rééducation fonctionnelle de la Fondation Elle Poidatz à Saint-Fargeau-Ponthierry, dans le sud de la Seine-et-Marne, lors d'une journée de retrouvailles organisée pour raviver les souvenirs et partager les moments de vie passés au sein de l'établissement. Au fil des échanges, nous avons recueilli de précieux témoignages sur leur enfance et leur adolescence au CRF et à l'IUM de la Fondation. Une journée empreinte d'émotions, de partage et de mémoire collective. Je vous invite à écouter ces récits sincères, chargés d'humanité et de sens. Bonjour, je m'appelle Aline Dufour, je suis infirmière coordinatrice de santé et aujourd'hui je vous présente le podcast de la Fondation Poidat. Je te laisse te présenter et me dire durant quelle période tu étais à la Fondation.
- Speaker #1
Je suis arrivée en janvier 1978. Le 2 janvier, parce que le directeur, j'étais venue le voir avant et il m'avait dit, écoutez madame Marchado, je vais vous laisser passer les fêtes en famille et vous viendrez le 2 janvier. Donc je suis arrivée. J'avais un ami qui m'avait dit, Maria tu es très sensible, je ne sais pas si tu vas rester. J'ai dit écoute, je vais faire un essai. Donc je suis arrivée, j'ai commencé à voir les jeunes, j'ai vu les tout petits qui m'ont beaucoup fait mal au cœur. Donc les huit premiers jours, en rentrant à la maison, j'ai eu du mal. Parce que je voyais des petits bébés de 18 mois, 2 ans, comme ça. Et quand ils faisaient quelque chose, je leur pardonnais. Je disais, quand les gens des fois n'étaient pas très gentils avec eux, je leur disais, écoutez, prenez un fauteuil et puis roulez avec. Vous allez voir comment ça fait. Vous allez à gauche, à droite, mais vous n'irez pas en face. Ces petits enfants-là, ils vont en face. Et quand on dit qu'ils sont méchants, mettez-vous à leur place. Quand il nous manque un bras, quand on a une grave maladie, on est au fond du trou. Donc il faut savoir pardonner aux enfants, même s'ils font quelques bêtises.
- Aline
Peux-tu nous parler de ton métier ici, à la Fondation ?
- Maria
Moi, quand je suis arrivée, je faisais du ménage. J'étais venue pour le ménage. Mais je rencontrais les enfants, puisqu'on faisait les chambres où les enfants étaient. Moi, j'y ai travaillé pas mal de temps. On appelait ça l'infirmerie, c'était les enfants. qui partaient pour une opération, donc il fallait les préparer. Donc ceux-là étaient alités, mais je les trouvais dans la chambre, puis on discutait, puis on se faisait citer mes petits-enfants. Puis ensuite, il y a un directeur qui est arrivé et qui m'a dit « Maria, ça serait bien que vous soyez au self avec les enfants. » Mais bon, je faisais du ménage quand même. Mais il dit « Vous seriez là pour faire le matin avec les enfants, vous les aidiez à faire leur plat. » plateaux et à les aider si besoin et à débarrasser des plateaux. Donc j'ai commencé comme ça là. Donc tous les matins, Maria, Maria, on m'appelait Maria, Maria partout et puis Maria elle arrivait. Puis je leur cédais quoi et je disais tu veux du pain ? Ben non aujourd'hui j'en veux pas, c'est pas grave. Tu veux autre chose à la place ? Bon on échangeait. Tu veux du lait ? Tu veux du café ? Je les laissais choisir. Et après, je les aidais si besoin à manger. Sinon, je les installais au plateau et puis ils mangeaient devant leur plateau.
- Aline
As-tu un souvenir marquant ou un moment fort à partager ?
- Maria
C'était un petit garçon qui avait un cancer de la gorge. Et un matin, je lui dis « Tiens, mon chéri, si tu prenais un petit peu de miel, tu sais que ça adoucit la gorge, ça te ferait du bien. » Ah, qu'il me dit quand il avait pris son miel. Il me dit « Maria, je vais le dire à ma tata. » il faut qu'elle me donne du miel, ça m'a fait drôlement du bien, Maria. Et il est parti, parce qu'il était dans une famille d'accueil, et le week-end, il est parti dans cette famille, il a dit, tata, il faut que tu m'achètes du miel. Maria l'a dit que c'était très bon. Il est revenu le lundi tout content, tu sais, tata, va m'acheter le miel que tu me donnes. Donc, quand ils arrivaient, c'est vrai, ils ne connaissaient pas, ils arrivaient là, on les plantait là, alors je leur disais, écoutez, vous arrivez en pleurant, mais tu vas voir, ça va bien se passer. Tu vas partir après ? Tu vas pleurer parce que tu auras eu des petits copains, des petites copines ? Tu vas les laisser ? Vous allez pleurer, vous et toi ? Puis après, quand ils partaient, ils disaient, c'était vrai, Maria ? Regarde. Je leur disais, qu'est-ce que je t'avais promis ? Que tu arrives en pleurant, c'est normal. Tu ne connais pas les gens. Ils étaient heureux, quoi.
- Aline
Qu'aimerais-tu qu'on garde ou qu'on transmette de l'esprit de la Fondation ?
- Maria
Je ne me rends plus compte parce que le système a changé. Je ne sais pas qui m'a remplacée et comment elle... Elle fait ça de la même façon que moi. Parce qu'après moi, j'ai vu une collègue qui m'a remplacée. Et je la voyais le matin, ça me faisait mal au cœur. Parce qu'elle les forçait, par exemple, à prendre le pain, à prendre du lait, à prendre du chocolat et tout ça. Je dis non, laisse l'enfant, il ne va pas se laisser mourir de faim. S'il a faim. Là, il mange, sinon il mangera mieux à midi. Et puis bon, c'était son truc à elle, donc je ne pouvais pas aller contre. Moi, je ne faisais plus partie de la maison. Et là, c'était quand je venais en cachette par les enfants et les aider un petit peu. Et j'avais un petit bout de chou qui m'adorait ce petit gamin, il ne parlait pas. Et quand je venais à la fondation, j'allais le voir, je lui disais mon petit doudou et il me regardait avec des yeux. Donc, il ne me lâchait plus. Et un jour, il a pris sa tablette, il m'a dit. que c'était pour maman. Donc il m'a pris en photo avec lui et c'était pour montrer à sa maman comment Maria était là. Maintenant, c'est dommage parce qu'il n'est plus là. Il est dans le centre, mais il couche en face. Et donc quand je le vois, ils n'ont pas les mêmes horaires, donc je ne peux pas aller dans le service. Ça, ça me fait mal au cœur. Mais bon, je l'ai pris en photo, il m'a donné la photo. Et dans le temps, il partait que le week-end. Donc on avait le temps de mieux les connaître. parce que nous, on travaillait aussi un week-end sur deux. Mais maintenant, presque tous partent en week-end. Il n'y a que ceux qui sont venus de l'hôpital ou qui ont des problèmes de peau, des choses comme ça, qui ne partent pas. Sinon, il n'y a plus personne. Donc, le week-end, quand on était là, on tapait un petit peu la discute. Puis les aides-soignantes, on s'entendait bien avec les éducatrices et parfois, elles m'invitaient à dîner avec leur groupe. et on m'a laissé aller à la montagne avec deux groupes d'enfants, passer huit jours avec eux, parce que comme ça, on connaissait l'enfant autrement, différemment, et même les éducatrices, puisqu'on couchait toutes dans la même maison. Donc la directrice me disait que je fasse le ménage le matin, et l'après-midi, j'avais le droit d'aller en promenade avec les enfants. Et après, on écrivait la carte pour les parents. J'ai fait deux années comme ça de suite. Et quand il y avait des concerts à Paris, parfois, ils m'invitaient les enfants. Mais après, la loi a changé. On n'avait plus de faire ces sorties. Ça s'est arrêté.
- Aline
Pour toi, qu'est-ce que le handicap ?
- Maria
Ce n'est pas évident. Et je vous dis, il faut aimer les enfants pour voir ça. D'ailleurs, dans la rue, je ne supporte pas que quelqu'un se moque. Moi, je les regarde parce que j'ai toujours dans l'espoir de... Je me tourne parce que j'ai un espoir que je le connais peut-être, que je l'ai déjà vu quelque part. Mais ce n'est pas parce que je lui veux du mal. C'est juste que d'autres, non. C'est, oh, tu as vu, celui-là, il n'a qu'un bras, ou celui-là, il est noir, ou celui-là, il est d'une autre couleur. Ça, je ne supporte pas. C'est comme les gens âgés. Je ne supporte pas qu'on se moque des gens âgés. J'ai dit, nous aussi, un jour on sera âgés, et d'autres se moqueront de nous. Ils ont besoin de nous, les gens âgés aussi. Moi, j'ai aidé deux petites mémés jusqu'à ce qu'elles décèdent. Parce que j'aime les gens, que ce soit des enfants ou des adultes. C'est en moi.
- Aline
Merci d'avoir écouté ce podcast et à très bientôt pour la suite.