Speaker #0Aprilia y arrive, ça y est, ils sont en train de battre Ducati, mais c'est quoi leur secret ? Est-ce que Ducati a développé dans la mauvaise direction ou alors c'est Aprilia qui est en train de nous faire une masterclass ? On décrypte dans ce nouvel épisode. Et je vous souhaite la bienvenue, ravi de vous retrouver, on parle ici d'actu sport moto et donc de MotoGP évidemment. Si vous ne voulez rien manquer, abonnez-vous, le pouce bleu, tout ça, ça m'aide beaucoup. Et alors pendant que... vous faites ça. La première question qu'on peut se poser pour bien introduire cet épisode, elle est simple. Est-ce que Ducati s'est trompé ? Est-ce qu'ils ont mal développé cette moto ? Je vous le disais en introduction. Et l'autre possibilité, ça peut être du côté d'Aprilia. Est-ce qu'on a simplement bien joué le coup ? En pratique, la Ducati, elle reste très rapide, on va l'analyser, mais Aprilia a réussi à faire évoluer sa machine sur tous les plans malgré un gel moteur que vous connaissez en cette saison en vue du règlement 2027. Ce qui est intéressant, c'est d'analyser ça un petit peu plus près. histoire de mieux les comprendre, ces secrets de ce renouveau Aprilia. Le premier point qui change tout, vous en avez forcément entendu parler, c'est le package aéro. Il a été profondément revu. Alors, il y a plusieurs éléments, les ailettes avant qui ont été redessinées, qui sont plus basses, plus efficaces. Il y a un travail sur les flux d'air, notamment autour du pilote. Et c'est là qu'arrive ce fameux système, ce nom, vous avez dû l'entendre, le F-Duct sur la RSGP 2026. L'air rentre par l'avant de la moto, circule. Et ensuite, ressort au niveau des avant-bras du pilote. C'est un système assez étonnant. Quand le pilote est en ligne droite, il ferme les bras sur la moto. Et il va, par ce mouvement, modifier le flux d'air. Le résultat, ça donne quoi ? Parce que c'est ça qui est intéressant. C'est qu'il y a moins de traînées, donc plus de vitesse. Mais toujours de l'appui dans les virages, puisque là, les bras du pilote ressortent. Ça, c'était justement le problème d'Aprilia. C'est vraiment un changement majeur. C'est une moto qui avait beaucoup d'appui, qui était performante en courbe, mais elle était pénalisée en ligne droite par rapport à Ducati. Ils n'arrivaient pas à réduire ce gap. Aujourd'hui, ils gardent leur force dans les virages, mais ils ne perdent plus rien en termes de vitesse de pointe. Ça élargit en plus les possibilités de réglage de cette machine Aprilia et ça permet d'être performant sur plus de pistes. C'est vraiment très important. Ils ont corrigé un de ces gros défauts. sans toucher au moteur avec cette contraire, donc c'est juste bien joué. Alors si vous n'avez pas entendu parler de ce F-Duct, c'est un élément aérodynamique, c'est inspiré de la Formule 1, c'est McLaren qui avait introduit cette technologie à l'époque. C'est de l'air qui circulait dans leur voiture, et le pilote pouvait bloquer ce flux d'air avec sa main ou son genou. Bon, c'était un peu particulier, parce que le problème c'est que le pilote devait lâcher la main du volant, et puis adopter des positions un peu étonnantes, donc forcément potentiellement dangereuses, le système a été assez logiquement interdit en 2011. Il y avait du génie, mais ce n'était pas adapté. Et c'est là qu'Aprilia intervient, parce qu'ils ont repris cette idée, ils se sont inspirés. Mais ici, pas besoin de lâcher le guidon, c'est la position naturelle du pilote qui modifie le flux. Ce n'est donc plus dangereux et c'est juste là aussi bien joué. On parle du package aéro, c'est cœur des éléments du puzzle. Vous vous en doutez, ce n'est pas ça qui résume toute cette performance d'Aprilia actuellement. Mais il faut prendre du recul pour bien comprendre comment tout ça est arrivé avant d'aborder les autres « secrets » d'Aprilia. Ils ne sont pas devenus subitement les meilleurs cet hiver. C'est un projet... long terme, c'est toujours comme ça quand un projet fonctionne, et ils ont complètement changé leur manière de travailler. Au milieu de tout ça, il y a un homme clé qui est au cœur du projet, dont on ne parle pas assez. Alors je sais que tout le monde pense à Massimo Rivola, on y reviendra, mais il y a également Fabiano Sterlachini. Fabiano Sterlachini, c'est quelqu'un qui a passé d'abord près de 20 ans chez Ducati. Il a participé à la construction notamment de la Ducati, dominante qu'on a connue ensuite, puisqu'il est parti en 2021 vers KTM. Et puis en 2024, il est arrivé. chez Aprilia au moment où le projet changeait complètement. Alors aujourd'hui, ils structurent ce qu'on appelle la performance du projet Aprilia. Et si on veut résumer ces points forts sur deux aspects en particulier, il y a d'abord une meilleure corrélation entre les datas et la piste. Ça, c'est ce qu'on dit de lui. Et puis, il y a cette capacité à améliorer la performance d'une moto sans la rendre plus difficile. Et ça, c'est la patte de Sterlachini. Alors, c'est pas moi qui le dis et qui le sort de nulle part. Vous savez que les pilotes parlent parfois du travail fait avec les ingénieurs. C'est le cas, par exemple, de Marco Bezzecchi. qui parle des décisions en termes de direction de développement, qui rend cette moto effectivement plus facile à piloter et qui parle de Sterlachini comme quelqu'un de très intelligent et très calme dans son approche. Et ça, c'est quelque chose qui revient beaucoup chez Aprilia et qui, quand on doit choisir des directions de développement, aide beaucoup ce calme. Forcément, ça permet de prendre des décisions plus lucides. On sait que parfois, quand on décide trop vite, on l'a vu notamment chez Yamaha, ça peut apporter de mauvaises choses. On parle de Fabiano Sterlachini, on va s'intéresser à sa philosophie. Pour lui, une moto trop difficile ne sera jamais exploitée à 100%. Ça c'est bien beau, mais ça se concrétise comment sur la machine actuelle ? On a parlé de l'aéro, mais il y a aussi le travail qui a été fait sur l'architecture du cadre durant l'hiver dernier pour améliorer plusieurs points. Il y a le ressenti sur le train avant, la stabilité en entrée de virage et la capacité à exploiter le pneu arrière. Ça, c'est les trois vraiment sur lesquels toutes les motos rêvent d'être performantes. Et là-dessus, ils ont clairement trouvé quelque chose avec cette évolution. Aprilia a absolument tout retravaillé, par exemple dans l'électronique, le traction control, le frein moteur et le wheeling control aussi, l'anti-wheeling. Sur chaque élément, ils sont allés chercher même le plus petit dégain en se disant « Voilà, le moindre petit bout de dixième, ça va être quelque chose en plus. » Et alors, l'objectif final de tout ça, et c'est là que c'est important, cette philosophie Sterlachini. c'est de donner un maximum de confiance au pilote avec une moto toujours plus simple et avec le moins de surprises possible. Et ça fonctionne, on le voit sur le pilotage, sur les entrées et sorties de courbe de Marco Bizzecchi et sur le fait que même Roré Martin, qui n'est pas encore totalement à 100% physiquement, est à l'aise sur cette moto. D'ailleurs, Bizzecchi le confirme, la moto est plus facile et il peut être plus constant et plus proche de la limite à chaque tour sans forcément prendre des risques. Ça, c'est le saint Graal sur une machine MotoGP. Après, l'IA pouvait donc... avant, on va dire, faire un tour parfait. Là maintenant, ils peuvent enchaîner les tours, aller chercher la limite et le faire avec constance, ce qui aussi est super important pour récolter des données. Alors je sais que vous me direz, tu n'as pas encore parlé de ces fameuses carcasses de pneus. C'est un élément qui a beaucoup circulé. On va y arriver, mais avant ça, il y a un élément qui peut sembler banal, qui relève du détail et qui pour moi est un peu ce qu'on appellera le game changer chez Aprilia. En 2026, ils ont un schéma très clair. Vendredi compliqué, samedi qui s'améliore et dimanche, victoire. Après le Brésil, Massimo Rivola en a parlé. Il a expliqué que l'équipe a dû réagir rapidement et trouver des solutions après un début de week-end difficile. Le typique début de week-end qui aurait coûté cher à Aprilia il y a encore peu de temps. Et toutes les équipes, on le sait, ajustent ses paramètres. L'électronique, la hauteur, l'équilibre, les pneus, etc. Mais la différence avec Aprilia, c'est qu'ils perdent moins de temps à chercher. Là, on le voit, ça va de plus en plus vite. Ils comprennent vite la moto. Et leurs changements vont, on dirait, chaque fois dans la bonne direction. Avant, on le sait, un mauvais résultat le vendredi, ça pouvait ruiner le week-end. Là, on comprend que toutes les évolutions dont on a parlé un petit peu plus tôt, c'était bien de les aborder parce qu'elles fonctionnent, ça se traduit sur la piste. Aujourd'hui, c'est une moto qui est devenue lisible et tellement lisible qu'en fait, après il y a au top de ses réglages, non seulement cette machine est performante, mais elle est peu gourmande en usure de pneus, c'est parfait. Et évidemment, les pneus, c'est une des choses qui a été le plus abordé, les pneus Michelin. Alors selon beaucoup... Ce sont eux les responsables de ce changement de domination, puisque depuis 2024, Michelin a développé des carcasses arrière plus rigides pour mieux gérer la température et la dégradation sur certaines pistes qui demandaient vraiment quelque chose de différent. En 2025, saison dernière, ces pneus ont été utilisés sur certaines pistes, notamment sur des circuits plus exigeants en température sur le pneu arrière, mais aussi avec de longues courbes et de fortes accélérations. En 2026, l'utilisation en ce début de saison est devenue plus large. et donc leur impact forcément a été plus visible. Pour bien comprendre ça, un pneu MotoGP, ce n'est pas juste du grip. On parle toujours du grip, il n'y a pas que le grip. Il y a l'équilibre entre l'adhérence, la déformation du pneu et la montée en température. Donc une carcasse plus souple, elle va offrir plus de grip, mais moins de stabilité avec ce pneu qui se déforme. Une carcasse plus rigide, elle offre moins de grip naturellement, mais il y a plus de stabilité et de constance. Et c'est là que ça change la hiérarchie, c'est pour ça. qu'on en a beaucoup parlé, Ducati s'appuie beaucoup sur le grip de la roue arrière. Et là, du coup, on perd forcément une partie de son avantage quand on utilise ce type de carcasse. Aprilia, avec une moto plus stable, moins dépendante du grip, pure, s'adapte un petit peu mieux. Et donc, pour eux, c'est devenu un avantage. Donc, ce n'est pas que ces pneus favorisent Aprilia, c'est surtout qu'ils pénalisent davantage les Ducati. Donc oui, on peut dire que ça a un impact là, effectivement significatif sur ce changement de domination. mais il faut quand même rester honnête, c'est que finalement, Aprilia gagne aussi sans utiliser ce pneu, sans utiliser ce type de pneu. Donc oui, les pneus ont accéléré ce changement dans l'hierarchie, mais attention, on ne peut pas dire qu'ils en sont complètement à l'origine, comme on l'a beaucoup entendu. Aprilia est rapide sur des pistes avec un pneu qu'on va qualifier de classique, les architectures qu'on connaissait jusque-là. Donc preuve que ce n'est pas la seule raison de ce basculement d'équilibre. On n'oublie évidemment pas le rôle... de Massimo Rivola. Grande classe déjà, on commence à assez bien le connaître. J'ai beaucoup aimé, après la course d'Austin, le petit soutien, mais bien placé pour Aya Ogura après le triste abandon du pilote japonais. Mais voilà, ça, ça résume, je trouve, toute la classe de Massimo Rivola. Ancien directeur sportif de la Scuderia Ferrari en Formule 1. Il a géré notamment Fernando Alonso ou Sébastien Vettel et il arrive chez Aprilia en 2019. Il est là pour structurer le projet. Mais si vous vous dites, tiens c'est bizarre, je ne le voyais pas spécialement à l'époque, c'est normal. C'est que d'abord, il est resté assez bien en retrait Massimo Rivola. Mais il y a un vrai tournant qui arrive chez Aprilia. Ça, vous allez tous vous en rappeler. C'est fin 2024, le départ de Romano Albesiano. Et là, on le sait, il y a une nouvelle ère qui va devoir, par la force des choses, se créer chez Aprilia. Et Massimo Rivola prend alors un rôle beaucoup plus central. Il va restructurer l'équipe et bien s'entourer, notamment, on en revient... On en parlait un peu plus tôt. Ah, c'est Erlachini qui arrive juste à ce moment-là. Voilà, c'est le point de départ de toute cette structure qu'on a vue aujourd'hui. Non seulement 2024 ce changement, mais déjà bien avant, je pense que vous m'avez compris. Il est au cœur du projet. C'est un leader calme et charismatique, lui aussi. Et je trouve que c'est vraiment important. Là, voilà, on va avoir un changement de règlement. Il y a beaucoup d'inconnus. Avoir des leaders qui sont rassurants et qui sont sereins au moment où il faut choisir des directions, ça va avoir de l'impact. Il sait mettre de l'ordre quand il le faut. Et c'est vraiment, selon moi, ce duo. Voilà, Sterlachini et Massimo Rivola, qui a eu l'air de bien s'entourer. Et d'un leader à l'autre, en face, on a David Etardodi qui, du coup, l'a reconnu. Il a livré son verdict sur l'écart entre les machines Aprilia et ses propres machines. Son analyse, c'est qu'Aprilia a gagné environ 8 dixièmes et Ducati environ 2. Donc, Ducati n'a pas raté sa progression. Ils ont progressé, c'est évident. Mais Aprilia affiche une progression supérieure en toute logique. On peut en quelque sorte comparer cette machine 2026 d'Aprilia. C'est-à-dire que peut-être j'exagère. voilà. au fur et à mesure de la saison. Mais pour moi, elle est comparable à ce qu'a réussi Ducati avec sa GP24 à l'époque. Une machine très accessible à tous les pilotes. Et les pilotes, on devait en parler. J'ai beaucoup de respect pour les pilotes passés précédemment sur cette machine, qui l'ont développée, qui lui ont permis de devenir ce qu'elle est. Mais aujourd'hui, on est, selon moi, sur un tout autre duo. Alors, Marco Bizzecchi, qu'on n'attendait pourtant finalement pas, il s'est parfaitement adapté à cette moto. Et on dirait bien qu'il est en parfaite harmonie. Avec les directions prises en termes de développement par Aprilia, ce qui lui permet de ne faire qu'un avec cette machine. De l'autre côté, il y a Rory Martin. On connaît cette histoire qui a été compliquée, mais qui va apporter de la vitesse pure s'il revient en forme. Il pourrait être celui qui va aller chercher cette plus-value nécessaire quand cette machine montrera peut-être d'éventuelles faiblesses. Et puis, on regarde plus largement chez Trackhouse, ce qu'on va appeler les Aprilia B si on veut. Ça performe là aussi, la RSGP 2026 fonctionne sur tous les profils de pilote. Et ça, c'est un point très important. C'est pour ça que je vous parlais de la Ducati GP24. Aprilia progresse. Là où Ducati commence à patauger un peu, cette 2024, elle convenait à tout le monde. La GP25, ça a été très compliqué, en dehors de Marc Marquez qui arrivait à en faire quelque chose. La 2026 corrige un peu le tir, mais elle reste exigeante. Et quand on regarde l'Aprilia aujourd'hui, on peut même se dire qu'elle conviendrait très probablement à des pilotes en difficulté sur les machines Ducati. Là, je pense notamment à Francesco Bagnaia. Pour conclure la vraie question, est-ce que ça va durer ? Ce bousculement d'équilibre, je pense qu'on peut se dire que oui assez raisonnablement, puisque tout ce qu'on vient de décrire, c'est structurel. Ce n'est pas sorti de nulle part, ni du jour au lendemain, c'est analysé, ça repose sur des éléments objectifs. Les résultats, ils sont là depuis la mi-saison dernière, en constante augmentation. Après, Lien va donc normalement passer soufflé à part grosse surprise, ce qui ne veut pas dire que Ducati ne va pas revenir dans le coup. Ils sont extrêmement forts, ils sont très réactifs, ils ont déjà prouvé qu'ils savaient corriger les choses rapidement, et puis des idées de génie. Ils ont des hommes qui peuvent en avoir, entre autres, Gigi Dallinia, c'est évident. Il y a Marc Marquez dans tout ça, qui est un pilote qui, si il revient au top de sa forme, peut faire la différence. Mais donc, oui, aujourd'hui, Aprilia a pris l'avantage. Mais Ducati n'a jamais été aussi dangereux que quand on va les challenger. Donc, pour moi, la vraie bataille, elle commence peut-être maintenant. On est au bout de cet épisode. Alors, vous vous en doutez, j'ai mis le plus de concret possible sur les secrets de cette réussite Aprilia. Mais il y a des choses qu'on ne connaît pas et qu'on ne maîtrise pas, puisque forcément, elles vont rester dans le box. C'est évidemment secret. Mais voilà, les éléments concrets dont on disposait, j'ai vraiment essayé de tout réunir. Alors peut-être que j'en ai oublié. En tout cas, dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires. C'est toujours cool d'échanger avec vous. Vous êtes de plus en plus nombreux. D'ailleurs, merci. Continuez à vous abonner si vous voulez suivre l'info du MotoGP et du sport moto en général. J'insiste là-dessus parce que très bientôt, notamment, on sera à Assène pour couvrir le week-end du World Superbike à Assène. Et là-bas, je vous réserve de très belles surprises. Et ce ne sera pas le seul événement. pour lequel je vais essayer de vous surprendre cette saison. Pour ne rien manquer, abonnez-vous. Ceux qui écoutent en podcast audio, je pense vraiment à vous parce que là aussi, vous êtes de plus en plus nombreux. C'est les évaluations qui comptent. Ça prend quelques minutes et ça m'aide tellement. Merci de le faire. Je vous donne rendez-vous au prochain épisode. À bientôt.