- Speaker #0
Et si pour une fois, le fil d'or de la broderie décidait de s'affranchir du tissu pour s'élever dans les airs, devenant une ligne pure dessinée directement dans l'espace ? Marie Archambault développe une pratique d'une infinie délicatesse. Quelque part entre le textile de haute couture, le bijou et la sculpture aérienne. Formée à l'excellence de la broderie au fil d'or, puis passée par Lensaama, Olivier de Serres, Elle explore le fil métallique comme une matière architecturale à part entière. Aujourd'hui résidente des ateliers de Paris, elle tisse, assemble et structure le laiton, le cuivre et l'or pour donner naissance à des réseaux tridimensionnels. Ce que l'on ressent face à son travail, c'est la fascination de voir des architectures minuscules, presque organiques, qui piègent et font circuler la lumière. Pour notre projet Astromobile, Marie a donné corps à la signature visuelle même de la calandre en brodant le logo de Maison Lacmé. Traduisant fidèlement les dessins et l'intention d'Antoine, elle a sculpté une film d'antelles métalliques en fil d'or et de cuivre, évoquant une véritable voie lactée miniature. Fixée à l'avant et à l'arrière, cette pièce possède une double vie puisqu'elle se détache de la voiture transparente. pour être portée sur le corps comme une broche. Bonjour, je suis Cécile Tauvel, cofondatrice de Maison Lacmé, et vous écoutez Pop'In. Bienvenue dans notre série spéciale Astromobile, là où les matières s'éveillent et le voyage commence.
- Speaker #1
Bonjour Marie, et bienvenue sur le podcast Pop'In.
- Speaker #2
Bonjour Cécile, merci de m'accueillir.
- Speaker #1
Alors pour commencer, quelle œuvre d'art illumine ta journée en ce moment ?
- Speaker #2
Alors récemment, j'ai été visiter l'ex... d'exposition d'Eva Jospin au Grand Palais. Et j'ai vraiment été ébahie devant toutes ces textures qu'elle obtient avec les strates de carton dans lesquelles elle brode parfois les fils, des perles, des matériaux. C'est vraiment des petits mondes miniatures très organiques où tout grouille de détails et qui m'inspirent énormément.
- Speaker #1
C'est amusant du coup que tu cites Eva Jospin puisqu'on est allé te rencontrer pile la veille d'aller voir son exposition. Tu as découvert très tôt le geste de la broderie, aux côtés de ta mère et de ta grand-mère, il me semble. Quels souvenirs gardes-tu de ces premiers moments avec le fil et l'aiguille ?
- Speaker #2
Alors oui, ma maman et ma grand-mère faisaient de la broderie. On simplement fait essayer le canevas très tôt, le point de croix rapidement. Et bien, j'en garde des souvenirs de moments de partage très plaisants. mais à la fois très naturelle, très simple. J'ai aussi découvert la broderie auprès de Luce Pillet, une femme qui détient une incroyable collection de coiffes vendéennes et qui m'a appris quelques gestes de dentelle à l'aiguille utilisés sur le coiffes. Et puis aussi Sophie Pergues, qui est une brodeuse d'art, qui m'a enseigné la broderie au crochet de l'Univille, qui est aussi appelée la broderie haute couture. Donc c'est plein d'expériences que j'ai eues.
- Speaker #1
Tu les as rencontrés par hasard ou tu as demandé à les rencontrer, ces personnes ?
- Speaker #2
Alors, Luce Pilet, il me semble que c'était via d'autres contacts de ma famille, que ma grand-mère connaissait aussi un petit peu. Et Sophie Perg, c'est une artisane d'art qui est à Salertène, un petit village à côté de chez mes parents. Un village d'artisans.
- Speaker #1
Très bien. Et à quel moment est-ce que tu as compris, justement, que ce geste pouvait devenir un métier et pas seulement une pratique ? transmises dans l'intimité ?
- Speaker #2
Je pense en poussant les portes des écoles, lors des portes ouvertes notamment, et en découvrant à quel point la broderie était riche en points, en techniques, en utilisation de plein de matériaux, puisqu'on peut broder sur plein de supports, à des échelles grandes, petites, à plat, en 3D. La broderie ne se ligne pas à un simple motif au fil sur un vêtement, mais on peut faire plein, plein de choses. C'est vraiment ça qui m'a attirée.
- Speaker #1
Tu t'es formée à la broderie au fil d'or, puis au métier d'art à l'ENSA AMARA, Olivier Dessert. Qu'est-ce qui fait que dans ces années d'apprentissage, ça a changé ton regard sur la matière et sur le geste ?
- Speaker #2
Je dirais que ces années m'ont permis de découvrir d'autres savoir-faire, comme le vitrail, la laque, l'atelier métal. C'est une dynamique qui favorise vraiment le mélange de ces matières, de ces techniques. d'explorer les gestes. Dans cette formation, on nous pousse vraiment à toujours aller plus loin et à questionner l'utilisation des outils. C'est un vrai laboratoire de recherche qui a été pour moi assez libérateur, qui m'a permis de trouver mon propre univers et mon approche actuelle.
- Speaker #1
Dans ton travail, justement, la broderie, elle quitte souvent le textile pour devenir presque une structure autonome. Peut-être même pas presque, mais vraiment une structure autonome. On a parfois l'impression que le fil se développe comme une plante, qu'il pousse, qu'il s'étend. dans l'espace et forment des réseaux proches du végétal ou des constellations. C'est ce qui nous a plu. Comment cette manière de construire la broderie est-elle apparue dans ta pratique ?
- Speaker #2
C'est justement quelque chose que j'ai initié en étant à Olivier de Serres à l'ENSAMA, où j'aime aller piocher dans ce monde végétal et dans ce monde vivant pour trouver des nouvelles manières de mettre le fil en forme. que ce soit au niveau interne avec tous les maillages cellulaires, les réseaux racinaires et tout ce qui est externe et qui concerne l'agencement des éléments sur un tronc, sur une tige, sur une nervure. Et de la même manière qu'une plante est relativement souple au départ, toutes les tiges et les nervures, c'est presque des fils qui pour moi faisaient sens de m'en inspirer parce que le textile à la base c'est un fil qu'on va mettre en forme après sous différentes techniques. par des réseaux, par plein de motifs et de techniques qui m'inspirent justement par tout ce qui se passe chez les plantes.
- Speaker #1
Et toi, tu as choisi d'utiliser plutôt des fils de métal. Donc, il me semble qu'il y a du laiton, du cuivre, parfois des fils d'or. Qu'est-ce que ces matières changent dans ta façon de broderie ?
- Speaker #2
Alors, le métal est forcément plus rigide qu'un fil textile, mais le cuivre, le laiton ont l'avantage d'être... très souple, donc assez facile à mettre en forme. Néanmoins, j'utilise des fils qui sont très fins, jusqu'à un dixième de millimètre. Donc ça reste assez proche de ce que j'avais l'habitude de travailler en textile. Mais quand même, le métal, ça demande une certaine connaissance de la matière pour bien le manier et pour ne pas le casser aussi en brodant. Donc c'est vraiment l'écouter et travailler avec lui.
- Speaker #1
la lumière d'une manière vraiment très particulière. Quand tu travailles, est-ce que tu vas penser déjà à la façon dont la lumière va circuler dans la broderie ?
- Speaker #2
Alors, pas systématiquement, parce que j'aime bien me laisser surprendre et faire les choses instinctivement. Mais cela m'arrête parfois de penser justement la densité de la broderie, des matériaux, des motifs créés. Et puis, selon l'utilisation de celles fins, de celles épais. Ça va créer des textures plus ou moins denses ou plus ou moins chargées pour capter la lumière. Et après, en métal, on peut aussi utiliser des métaux brillants, des métaux mat, qui offrent encore plus de possibilités pour explorer ces relations avec la lumière.
- Speaker #1
Et on a eu la chance de venir dans ton atelier. Il est à la fois un lieu de création et un laboratoire d'expérimentation, c'est ce qu'on a pu voir. Comment se déroule une phase de recherche ? avant qu'une pièce n'apparaisse vraiment ?
- Speaker #2
Alors, il peut y avoir une phase de croquis, mais c'est surtout une phase de recherche technique, d'expérimentation, de mise en forme et d'exploration de la matière pour voir justement comment elle va se comporter sous différents motifs, avec des combinaisons de différents fils pour créer des textures. Et petit à petit, j'avance, j'ajuste et la pièce se concrétise.
- Speaker #1
Tu travailles souvent pour la mode ? ou pour le bijou. Et quand, avec Antoine, on t'a proposé de créer une pièce destinée à une voiture, quelle a été ta première réaction ?
- Speaker #2
J'ai été extrêmement surprise, mais je me suis dit pourquoi pas. J'aime bien emmener mon savoir-faire dans des domaines inattendus et puis en découvrant le projet, j'ai vraiment adoré le concept. Donc j'ai dit oui, bien sûr.
- Speaker #1
Le logo de la voiture transparente prend la forme d'une voie lactée. en broderie métallique avec le nom LACME, inscrit au cœur de cette structure. Comment cette idée s'est transformée pour toi en objet concret ?
- Speaker #2
J'ai d'abord cherché à créer une forme de spirale, les bras de la galaxie, pour qu'ils soient assez épais, assez solides, et avec un cœur très léger, plus aérien, pour pouvoir lire ensuite le mot LACME écrit un petit peu plus épais. au centre et ensuite il a fallu aussi travailler la transition entre ce centre très léger et les bras de la galaxie qui, eux, sont plus épais. Donc, il y a eu un ex-libre à trouver entre les différentes techniques et les textures pour créer un ensemble en milieu.
- Speaker #1
Et en plus, on a eu la chance, en effet, de le voir évoluer au fur et à mesure. On a eu des allers-retours ensemble. Comme on n'est pas à Paris, on a échangé par WhatsApp, par message. On s'est fait des visios entre deux pour affiner tout ça. Et c'était vraiment très agréable de construire avec toi ce logo. Cette pièce, elle a une double vie puisqu'elle va être fixée sur la voiture, à l'avant et à l'arrière. On en a déjà deux, mais elle va aussi devenir une broche. Comment tu t'es approprié cette idée ? C'est quelque chose que tu connais peut-être plus, le bijou, mais comment tu as imaginé transformer ?
- Speaker #2
Pour moi, c'est un peu la même base. L'enjeu dans cette double vie, c'est plutôt de trouver les bons systèmes de fixation pour que ça s'adapte aussi bien à la voiture. et aussi pour qu'elle devienne une broche qui va ensuite s'attacher sur un vêtement et que les deux soient aussi... sur la voiture, que ce soit aussi beau que sur une broche. C'est plutôt ça l'enjeu.
- Speaker #1
Très bien, et j'aurai la chance de pouvoir porter cette broche. Elle est très très belle. Travailler pour un objet exposé à l'extérieur, alors même si là, il va le présenter dans un écrin à l'hôtel de la Marine, dans la cour de l'intendant qui est... vitrée au-dessus. Mais la voiture, elle peut être soumise au vent, aux vibrations, à la pluie. Est-ce que cela a changé ta manière de concevoir la broderie métallique ou est-ce que tu l'as fait de la même façon que tu construis tes autres pièces ?
- Speaker #2
Je l'ai fait de la même façon, mais je trouve ça très intéressant car cet objet brodé de fils fins, de fils plus épais, réagit déjà à notre propre souffle, quand on souffle dessus. Alors, confronter au vent extérieur, c'est un peu une forme de boucle bouclée pour moi où justement, en m'inspirant du monde vivant, du monde végétal, il va véritablement prendre vie à l'extérieur et évoluer avec justement toutes ces conditions météo. Et c'est ce que j'aime aussi quand je crée des éléments très organiques, c'est que ça puisse évoluer et que ce n'est pas non plus figé dans le temps. dans un contexte précis.
- Speaker #1
Dans ta pratique, on ressent une envie constante d'explorer de nouveaux territoires pour la broderie. Quel domaine t'attire aujourd'hui ?
- Speaker #2
J'aimerais bien mettre mon savoir-faire dans des décors de string, dans les intérieurs de boutiques. Tout ce qui peut sublimer un espace. On n'a le titre qu'un corps ou qu'un objet. En fait, j'ai envie d'apposer mon savoir-faire dans... plein d'univers et qu'ils ne soient pas bloqués aux vêtements ou à la mode qu'on pourrait imaginer en premier lieu.
- Speaker #1
Donc, c'était un peu l'occasion avec la voiture. On a déjà déplacé un peu le lieu. Et si, par exemple, toi, tu as la chance de travailler aux ateliers de Paris, tu es entourée d'autres artisans d'art. Alors, je ne sais pas si c'est à eux ou si c'est à d'autres personnes. si tu voulais donner... un conseil à des artisans d'art qui choisissent d'être plutôt dans la même technique et qui auraient peur de changer, d'aller dans un domaine qui n'est pas le leur. Quel conseil tu leur donnerais pour qu'ils osent ?
- Speaker #2
Je pense que déjà, on est de nature créative, donc je pense qu'il faut oser. C'est comme ça qu'on se laisse surprendre aussi. D'aller explorer des nouveaux territoires, on peut se laisser surprendre sur... comment justement notre savoir-faire va être perçu et aussi moi ce qui m'anime dans ce genre de projet c'est de résoudre des nouvelles contraintes et un nouveau cahier des charges et je pense qu'il ne faut pas se brider à rester dans notre domaine de prédilection ça peut créer de beaux projets, de belles collaborations d'aller chercher à Gare
- Speaker #1
Et ça vient souvent selon toi plutôt du client ou plutôt de l'artisan d'art ?
- Speaker #2
Les deux je pense
- Speaker #1
C'est très bien, c'est complémentaire. Alors pour conclure, est-ce que tu aurais une œuvre d'un artisan d'art justement qui t'émerveille particulièrement aujourd'hui ?
- Speaker #2
Oui, je pense que je ne peux que penser à mes amis d'atelier. Ce sont Charlotte Fonte et Charlotte Romani. Ils ont créé leur entreprise, Conté Romani. Elles sont lissères en savonnerie avec une approche très singulière. La savonnerie, à la base, est réservée à la fabrication de... papy de sol, notamment par la manufacture du mobilier national. Au sein du tissage textile sont ajoutés des nœuds successifs sur la largeur de l'ouvrage, dont les extrémités sont tendues et donnent un velours. Les filles, les charlottes jouent avec ce velours en le sculptant, en le travaillant avec une approche très contemporaine, et en travaillant la couleur aussi, le baudochrome, avec une puissance assez remarquable. Et j'adore revoir, redécouvrir leur travail tous les jours en arrivant à l'atelier.
- Speaker #1
Oui, et merci parce que grâce à toi, on a également leur connaissance quand on est venu te rencontrer. On a pu découvrir justement un de leurs monochromes qui est du bleu qu'on adore avec Mise Monacné. On a eu une très belle arrivée avant de pouvoir faire notre rendez-vous pour préparer la broderie avec toi. En tout cas, c'était un plaisir d'échanger, Marie. Merci beaucoup d'avoir répondu à toutes ces questions pour apprendre à plus connaître ton savoir-faire que tu as développé toi-même au fur et à mesure. Et bravo pour tout ce que tu as déjà fait et que tu vas encore accomplir.
- Speaker #2
Merci à toi, Cécile, de m'avoir accueillie.
- Speaker #1
Chaque rencontre autour d'Astromobile nous le rappelle.
- Speaker #0
La création et le patrimoine ne sont jamais figés. Dès qu'on accepte de déplacer les regards et de bousculer les habitudes, chaque univers se met à raconter des histoires inattendues. Cet échange montre à quel point une aventure collective peut ouvrir des espaces de rêverie là où on ne les attend pas. Le voyage d'Astromobile est loin d'être terminé. Dans le prochain épisode, nous continuerons à explorer cette magnifique constellation en allant à la rencontre d'un nouveau visage de la série. Nous donnerons la parole à une autre voix, une autre vision, pour comprendre comment ce projet transforme notre regard. Pour ne rien manquer de cette aventure humaine et poétique, abonnez-vous à Pop In sur votre plateforme d'écoute préférée. Et si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à lui laisser 5 étoiles. Un grand merci pour votre écoute, et n'oubliez pas, ralentissez le regard et laissez place à l'imaginaire.