- Speaker #0
Comment parvenir à révéler la lumière cachée d'une pierre pour la transformer en un astre capable d'accompagner le mouvement d'une roue ? Maître lapidaire et glypticien, Hervé Obligy, dialogue avec le monde minéral depuis plus de 40 ans. Maître d'art depuis 2015, labellisé entreprise du patrimoine vivant, lauréat du prix du talent de l'originalité en 2022. et membre des grands ateliers de France, il explore les possibilités infinies des pierres dures dans son atelier de Montreuil. De la marqueterie de pierres pour la haute horlogerie à la sculpture contemporaine, en passant par le mobilier d'exception et la restauration d'œuvres patrimoniales, il développe un savoir-faire où la précision du geste rencontre l'écoute de la matière. Son parcours l'a conduit à collaborer avec de grandes maisons de haute joaillerie, mais aussi à intervenir sur des œuvres conservées au Louvre ou au château de Versailles. Pour Astronobile, Herd est obligé à relever le défi inédit que lui a confié Antoine. Sélectionner et tailler dans la masse de l'onexe blanc les quatre enjoliveurs du véhicule. Une pierre choisie pour sa translucidité naturelle qui révèle sous la lumière une douceur inattendue. En travaillant cette matière jusqu'à trouver l'équilibre entre finesse, résistance et mouvement, il transforme la roue en un élément sculptural où la pierre semble entrer en dialogue avec l'univers céleste de l'œuvre. Cette recherche autour de la lumière se prolonge dans la réversibilité imaginée par Antoine. Deux enjoliveurs réunis deviennent une lampe faisant apparaître l'onyx éclairé comme un astre minéral. Bonjour, je suis Cécile Tauvel, cofondatrice de Maison Lacmé, et vous écoutez Pop In. Bienvenue dans notre série spéciale Astromobile, là où les matières s'éveillent et le voyage commence.
- Speaker #1
Bonjour Hervé, bienvenue sur le podcast.
- Speaker #2
Bonjour Hervé. Bonjour, bonjour.
- Speaker #1
Pour commencer, quelle œuvre d'art illumine ta journée en ce moment ?
- Speaker #2
Peut-être un tout petit clin d'œil parce qu'Aucné vient de décéder. J'avais été voir son exposition il y a quelques mois et j'avais trouvé ça plus qu'inspirant parce que cette gaieté de couleurs et de luminosité, je trouvais ça formidable. Et puis, il avait un peps extraordinaire. C'était vraiment un beau personnage, ce monsieur. S'il y a quelqu'un qui m'inspire un peu en ce moment, c'est ce monsieur-là.
- Speaker #1
Alors, toi, c'est la pierre qui est ta matière depuis longtemps. Comment tu l'as découverte, comment tu l'as aimée et peut-être qu'est-ce qu'elle continue à t'apprendre malgré la belle expérience que tu as ?
- Speaker #2
Je l'ai découvert en allant faire un voyage à Florence. Je devais avoir 22-23 ans et j'étais tombé sur les marqueteries de pierre. Alors à l'époque, j'avais une formation d'ébéniste et je travaillais chez un sculpteur bois. Et ça m'avait tapé dans l'œil et je m'étais dit, tiens, qu'est-ce que c'est beau ! Et la vie a fait que quelques années après, après avoir travaillé le bois et travaillé pour les musées nationaux et compagnie dans des super ateliers parisiens, j'ai décidé que c'était plus ça qu'en fin de comté. Donc je suis allé à Florence pour tout dire, parce qu'à l'époque j'avais une bourse de la SEMA, Société d'Encouragement en Métier d'Art. Donc j'ai quitté les béniches chez qui j'étais et je suis allé avec mes petits souliers, je suis allé à Florence au moment de Noël, il neigeait. Et j'ai trouvé un artisan qui voulait bien m'apprendre la marqueterie de Pierre Dieu. Fort de ça, je suis revenu à Paris et je suis allé au ministère de la Culture. Je suis allé voir la dame qui gérait ça et j'ai dit, j'ai trouvé un artisan qui veut bien m'apprendre à Florence. Est-ce que c'est possible ? Elle m'a dit oui, tout à fait. Et à ce moment-là, est rentré dans la pièce un tout petit monsieur qui m'a dit, allez-y, allez-y, continuez, ça m'intéresse. Donc, hop, on signe le contrat. Et puis, je me lève et ce monsieur-là me dit, si vous avez quelques instants. avant de partir à Florence, passer chez moi. Je fais un peu des choses comme ça. Je suis resté dix ans chez lui et je ne suis jamais allé à Florence. Ma vie de pierre dure a commencé chez ce monsieur et a duré une bonne dizaine d'années chez lui. C'était tout ce dont j'avais envie en fin de compte parce que c'était un monsieur qui était super intéressant, qui travaillait pour les musées nationaux. C'était trois générations de glypticiens, donc c'était formidable. Il y avait une mémoire de ce métier formidable. Et puis, c'était un monsieur qui faisait de la restauration, mais qui était aussi créatif. C'était un sculpteur très intéressant en pierre dure. Et puis, il travaillait aussi pour les grandes maisons. C'était tout ce que j'avais envie de faire. Donc, je lui ai dit, est-ce que je peux venir chez vous ? Il m'a dit OK. Et voilà. Donc, ça a été un personnage très important dans ma vie, en fin de compte, qui est mort il y a quelques années, d'ailleurs. mais qui était un monsieur très intéressant. et passionné. Donc, il m'a transmis cette passion.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, la transmission. C'est très important dans les métiers d'art. Tu travailles habituellement la pierre pour des objets, des espaces ou des œuvres fixes. Qu'est-ce que ça change pour toi de penser une pièce destinée à une voiture, donc en mouvement ?
- Speaker #2
C'est vraiment, très honnêtement, la première fois que ça m'arrive. Parce que j'ai un copain qui fait des tableaux de bord en bois pour des jaguars, des choses comme ça. C'est vraiment un très bon ami. Et donc, je vois souvent son travail et il m'épate toujours. Et c'est vrai qu'à un moment, on avait pensé faire des tableaux de bord en pierre, ce qui ne s'est jamais fait, en fin de compte. Et là, quand vous êtes arrivé avec votre projet rigolo, je me suis dit, chouette, parce qu'en fin de compte, c'est encore un pion dans cette grande aventure. Et ça m'a vraiment beaucoup plu, parce que je trouve ça hyper rigolo. Je dirais que c'est encore un mouton à cinq pattes. Et c'est ce qui me passionne, c'est de faire des moutons à cinq pattes.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. On est dans ton atelier et l'atelier avec qui tu partages maintenant. Mais il y a plein, plein de belles choses et des moutons à cinq pattes. Alors, on a choisi ensemble l'onyx blanc, qui est d'ailleurs plutôt associé à l'architecture d'intérieur. Est-ce que, toi, ça a changé quelque chose par rapport à ce contexte particulier ? Pour le travailler ?
- Speaker #2
Par rapport à cette matière, non. Par rapport à la dureté de la matière, oui. C'est pour moi, un onyx ou un marbre est plus, entre guillemets, presque plus simple à travailler qu'une pierre dure, parce que c'est moins dur, donc c'est plus facile à mettre en œuvre. Donc voilà, autrement, les aventures de collage, de poli et de choses comme ça sont à peu près les mêmes que de la pierre dure.
- Speaker #1
Et justement, il y a ce côté lumière qui traverse la pierre. Est-ce que ça a été difficile de trouver le bon équilibre entre la solidité et la transidité ? Est-ce que tu savais à quel moment c'était la bonne épaisseur ?
- Speaker #2
Alors ça, c'est vrai que ça reste un vrai problème parce que selon les matières, selon la densité de la matière... selon la dureté, on peut descendre ou pas les épaisseurs. Globalement, j'avais le sentiment des points de rupture. Je savais que si on descendait trop bas, je savais que ça ne tiendrait pas. Je pense que c'est avec le temps, c'est-à-dire avec mes 35 ans de métier, presque 40, moi aussi non plus d'ailleurs, on sait jusqu'où on peut aller, on ne sait pas pourquoi. Et là, je sais que par rapport à mes échelles de valeur, de dureté de matière, je savais que si on voulait vraiment avoir de belles coupelles, sans que ça soit cassant, il fallait s'arrêter à un point bien précis.
- Speaker #1
D'accord. Et parce que justement, l'enjoliveur, c'est vraiment un élément très normé, très technique. Est-ce que ça a été beaucoup de contraintes ? Comment tu as composé avec les contraintes pour ne pas perdre ton langage de sculpteur ?
- Speaker #2
C'est vrai que c'était une complication parce qu'en fin de compte, parce qu'au début, j'étais beaucoup plus épais et avant que je comprenne qu'il faille utiliser l'enjoliveur lui-même existant pour pouvoir s'en servir de support, J'étais tâtonné à un moment et j'étais parti plutôt dans des choses peut-être un peu plus massives, en me disant, on a une résistance, ça va tenir, ce n'est pas un problème. Et puis après, on est arrivé à accompagner l'idée de la transparence. Et c'est vrai que la transparence, plus épais, on ne l'avait pas. Ce qui fait que je me suis dit, il faut, comme dans toute marqueterie ou tout objet en faible épaisseur, il faut le doubler. Et donc, on s'est dit à la télé, on va utiliser l'angélivore comme support, ce qui va nous permettre de descendre les épaisseurs. et gagner cette transparence dont on avait envie. C'est ce que j'aime bien dans ce genre de projet, c'est qu'il y a un moment d'inquiétude, de tâtonnement, et de se dire jusqu'où on peut aller, qu'est-ce qu'on peut faire, quel est le but, quelles sont les contraintes, et jusqu'où on peut aller sans prendre de risques. C'est ce que j'aime bien dans ce genre de projet, parce qu'en fin de compte, ça nous pousse dans nos retranchements. Et c'est vrai qu'à l'atelier, ils étaient contents d'avoir aussi ce genre de projet. Parce qu'eux aussi sont poussés dans leur retranchement. Vincent à l'atelier qui est plus mécanique que moi, je me soucie guère de la technique, sauf à la fin. Et lui est plus technique que moi, donc il m'a dit non, là, Hervé, ça ne va pas le faire. Le fait d'être plusieurs à l'atelier fait qu'on... Moi, judéesthétiquement parlant, ça ne me plaît pas, mais lui, techniquement parlant, ça lui... On arrive à trouver des compromis et on arrive à avancer des projets comme ça.
- Speaker #1
Et si on revient à ce qu'il te parle au niveau de justement... de l'esthétique. Il y a quatre enjoliveurs pour les quatre roues. Et comme tu as laissé place à la variation qui fait que les enjoliveurs ne sont pas identiques, il y a deux teintes un peu. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ça ?
- Speaker #2
Ça, c'est la complexité. Ça a été aussi la complexité de trouver la matière sans acheter un 3 mètres tube de pierre. C'est un peu le problème. Je suis arrivé Merci. à trouver chez un marbrier une grande plaque que je trouvais intéressante et où il voulait bien me couper des bouts pour que je puisse intervenir. Cette plaque était relativement chamarrée et je me suis dit, si on a quatre, ça pouvait être la solution, avoir quatre différents, mais je trouvais que par rapport à l'idée de la voiture, avoir, je dirais, deux côtés, c'était plus jouable, plus lisible, plus compréhensible, autrement ça aurait fait... Ça aurait fait des... Ah bah tiens, attends, je vais te montrer un truc parce que... Il y en a une en Suisse. Et moi, je l'aime bien. Je ne sais pas, j'aurais dû vous la montrer l'autre jour. Je ne sais pas si tu vas la voir. Tu vois, elle a une tâche monstrueuse. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai. J'ai cru que c'était ta peau, tellement c'est de couleur chair.
- Speaker #2
Non, non. Elle a une tâche là. Et je me suis dit, bon, ça, ce n'est pas jouable.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Ça en fait un objectif de curiosité.
- Speaker #1
Ça enlève la sobriété.
- Speaker #2
Oui, après, on n'est plus dans le jeu livreur et après, ça peut faire ou tâche. Donc, on en a tous fait au moins six. Il y en a qui ont cassé, il y en a qui avaient des fels. Et celui-là, il y avait une tâche. Je me suis dit, ça ne fonctionnera pas parce que par rapport à une idée d'ensemble, il fallait par deux. Je trouvais ça plutôt intéressant. Et puis, on avait une qualité de matière différente. Ça a ramené la nature dans cet automobile qui n'est pas naturel, qui est très technique. Et je trouvais ça intéressant d'avoir deux propositions de couleurs et de veines différentes.
- Speaker #1
Tout à fait. Et justement, dans Astromobile, c'est une œuvre qui est faite avec des gestes vraiment très différents, des matières différentes, plumes, cuir, bois, porcelaine, lac. Est-ce que le fait de dialoguer avec ces matières, ça a pu influencer le choix de la pierre ?
- Speaker #2
Alors non, pas forcément. Moi, mon souci était de trouver la matière idéale. On a l'impression que c'est très varié. En fin de compte, ce n'est pas varié du tout. Il y avait des solutions d'albâtre, mais pour des densités, ça n'aurait pas tenu. Il y a une autre matière que je ne vous ai pas proposée et qui aurait pu être super intéressante, mais beaucoup trop fragile. C'était le gypse, qui a une brillance extraordinaire. Mais cette brillance, on l'acquiert quand la matière est clivée. ce qui fait que Là, ça devenait compliqué de gérer ça sur un Angel Lever. Ça aurait fait un truc trop baroque techniquement et qui n'aurait pas fonctionné. Donc, c'est vrai que les contraintes étaient telles qu'à part le cristal de roche, mais le cristal de roche, ça nous aurait amené à d'autres contraintes plus lourdes, plus techniques. Et puis, de solidité aussi. Donc, il aurait peut-être fallu être un peu plus épais. Donc, c'est vrai que l'onyx, au fur et à mesure, est arrivé à être la matière idéale pour cette aventure.
- Speaker #1
C'est vrai que ça s'est imposé après finalement, parce qu'on était plutôt parti sur le cristal de roche au début, puis on s'est rendu compte que ce n'était pas forcément idéal.
- Speaker #2
Il aurait fallu, pour que ça soit intéressant, peut-être le prendre pas cristallin, mais très blanc, ce qui fait qu'on perdait cette notion de cristal, et autant avoir de l'onyx, par rapport au coût, par rapport au temps passé, ce n'était pas un vrai plus, sauf de dire que c'était du cristal.
- Speaker #1
L'onyx reste quand même une très bonne matière.
- Speaker #2
Tout à fait, oui. Tu es tout à fait noble. C'est tout à fait bien comme ça.
- Speaker #1
Oui. Et donc, tu as travaillé sur une œuvre collective. Est-ce que ça change quelque chose par rapport à une pièce autonome ?
- Speaker #2
Pour tout te dire, moi, je travaille énormément le week-end parce que je suis seul. Donc, sur beaucoup de projets, surtout les miens, je travaille le week-end parce que Primo, le téléphone ne sonne pas et je peux être intégré vraiment à mon aventure. et là Par contre, par rapport à tous ces moutons à cinq pattes, là, je suis dans l'obligation d'être efficace et d'avoir un regard autre. Et c'est vrai que le regard des deux personnes, Vincent comme Soli à l'atelier, sont très importantes. Même Paul, d'ailleurs, qui a ce regard, tu vois, il descend l'escalier, il dit « c'est moche » . Enfin, tu vois, elle ne connaît pas bien la matière, elle s'y intéresse, mais elle arrive et elle regarde de la personne qu'il ne connaît pas. Et ça, je trouve ça bien parce qu'elle dit, là, votre truc, ce n'est pas beau, ça ne brille pas. Voilà, ça sort du cœur, elle nous dit ça, elle reprend l'escalier dans l'autre sens et c'est fini. Mais c'est vrai que nous, ça nous donne des éclairages par moments qui sont super intéressants parce que nous, on est dedans et on ne voit pas. Ça, je trouve ça très, très bien qu'il y ait un travail d'équipe. Et tous les travaux à l'atelier sont souvent des travaux d'équipe. Enfin, sauf quand ils ne savent pas et parce que mon âge fait que j'ai la solution technique, parce que je l'ai déjà fait. On a déjà œuvré sur ce genre de trucs-là. Mais par rapport à un travail comme ça, on a vraiment eu une réflexion d'équipe en disant, au niveau solidité, au niveau collage, non, non, c'était compliqué. Enfin, c'était compliqué, ça oblige à une réflexion et puis à être efficace en se disant, ce qui sort doit tenir la route. C'est vrai qu'il y a un enjeu, là, il y a un enjeu de visserie, si on sert de trop l'enjoliveur. C'est vrai qu'il y a plein de soucis techniques qu'il fallait prendre en compte.
- Speaker #1
La pierre, on l'associe souvent à une idée de permanence, on va dire. Ça résiste à travers le temps.
- Speaker #2
Là,
- Speaker #1
ici, on est avec Astromobile sur une œuvre qui est plutôt mobile, contemporaine. Comment, pour toi, ça résonne d'utiliser la pierre comme tu l'utilises dans des œuvres qui ont des siècles et des siècles, comme tu es dans la restauration aussi de ces œuvres-là, et là, d'être plus sur une œuvre contemporaine, mobile, comme on disait tout à l'heure ?
- Speaker #2
Je trouve ça plutôt intéressant. Quand j'étais plus jeune, c'est plus lié à mon travail perso. Les premiers stylos que j'ai faits, les personnes qui étaient en face m'ont dit « on veut écrire avec » , qui avaient un problème d'utilité. Et un jour, je suis arrivé chez une des fortunes mondiales, qui arrêtait de regarder mes stylos comme des objets plus qu'utilitaires. C'est-à-dire qu'elle en a pris une poignée dans sa main, elle a dit « bon, j'achète tout ça » , et elle est partie. Dès qu'on met un caillou en frottement sur un autre, on les raye. Et là, elle est partie comme ça. Et là, je n'ai pas eu le temps de lui dire « attendez, c'était une Américaine » . Et quelques semaines après, les stylos sont revenus parce qu'elle en avait foutu un par terre. Mais bon, elle vivait avec. Ça m'a profondément choqué, mais en fin de compte, j'ai trouvé ça, le rapport à l'utilité. et à la normalité pour elle. C'est-à-dire qu'elle a acheté ces stylos-là comme nous on achète un bique ou un crayon de papier et on s'en sert. Et elle, vu ses moyens et vu la façon dont elle fonctionnait, pour elle, c'était des objets utilitaires. Ce qui fait que ça m'a redonné une autre lecture de ce genre d'objet. Et quand un objet est utilitaire, on doit accepter qu'il puisse y avoir des traces de cambouis dessus, qu'il y ait des salissures, qu'il y ait un chien qui pisse sur le joliveur. Et voilà. Donc, c'est vrai que je trouve ça super intéressant. Je travaille énormément en ce moment sur la notion de préciosité, le rapport à la préciosité. Et je trouve ça intéressant de recaler des choses à leur place. Un caillou n'est qu'un caillou, aussi beau soit-il. Et je trouve ça intéressant de lui redonner cette simplicité d'usage. Je trouve ça plutôt rigolo. C'est le genre de choses qui m'interpellent, oui, que je trouve intéressantes.
- Speaker #1
Très intéressant, en effet. Et en tant que maître d'art, qu'est-ce qui t'a donné envie de t'engager dans un projet aussi atypique ? Alors du coup, le fait que ce soit drôle, c'est une autre chose qui fait que tu as accepté la mission.
- Speaker #2
Bon, la vie fait que je m'ennuie tout le temps. Donc, pour ne pas m'ennuyer, il faut que je trouve tous les cinq minutes ou tous les dix minutes, ou une bêtise à dire, ou des choses à fabriquer qui sont toujours un peu décalées. Vous êtes arrivé à Point Nommé, ça devait être un moment où je me suis dit, dans Ça fait longtemps qu'on n'a pas fait un truc rigolo. Et t'arrivais, c'était enjoliment, en disant, il va se passer quelque chose à l'atelier. Et c'est vrai que quand j'ai dit le projet à l'atelier, ils ont dit, c'est n'importe quoi. J'ai dit, non, c'est pas n'importe quoi, c'est super rigolo. Et c'est ça qui est rigolo, parce que je les intègre au fur et à mesure dans ce côté joyeux de notre atelier. Parce que c'est vrai que travailler sur des choses comme ça, c'est super sympa. Et puis, ça nous oblige à... avoir un autre regard sur la matière et sur la demande du collectionneur. Et ce que je trouve important, et c'est pour ça d'ailleurs que j'ai jamais choisi de ne travailler que pour un système, c'est-à-dire avec l'information que j'avais, normalement je devais travailler pour la haute joie et que pour la haute joie. Tous les gens qui ont ma formation et qui ont mon âge, à l'heure actuelle, travaillent pour la haute joie. Ce qui fait que moi ça m'ennuyait. Ce n'est pas que ça m'ennuyait, mais ces gens-là peuvent être ennuyeux dans leur système, avec leurs contraintes, ce qui fait que le fait d'avoir un regard avec des gens en face qui sont des architectes, qui vous disent « sur le mur, 15 mètres de long, ça serait bien » , c'est un rapport à la matière qui est totalement différent. Je suis ouvert à toutes les formes de réflexion, dans la mesure où les gens arrivent avec leurs envies, leurs idées. et leur vécu. Ce qui fait que ça donne une ouverture d'esprit à cet atelier que je trouve hyper important parce qu'il y a mille façons de regarder la matière. Et ça, je trouve que c'est hyper important d'avoir ce ressentiment-là. Il n'y a pas une façon de regarder la pierre. Donc, les gens l'abordent différemment selon leur vécu. Et c'est vrai que quand on est jeu allié, on voit les pierres d'une certaine façon avec une certaine idée de perfection. Moi qui m'ennuie profondément, parce que cette idée de perfection n'est pas humaine pour moi, c'est pire chez des gens qui font de l'horlogerie. J'ai été confronté depuis quelques années à des gens qui font de l'horlogerie. Ils regardent votre marqueterie qui fait 2 cm de diamètre, ils regardent ça comme une pièce de mécanique. Et au bout d'un moment, il faut arriver à leur dire, attendez, il ne faut pas regarder ça comme ça, parce que la personne qui vient de le faire n'est pas une machine, c'est un humain. Il faut accepter le défaut, l'humain, mais c'est vrai que pour moi c'est un combat de tous les jours, c'est-à-dire que je considère qu'il faut que les pièces soient humaines. Je ne parle pas de défaut, mais de choses qu'on sente la main humaine derrière toute fabrication. Autrement, on va devenir que des robots. L'idée, c'est ça, sur le fond.
- Speaker #1
Alors, pour conclure cet épisode, quelle œuvre d'un artisan d'art t'émerveille en particulier ?
- Speaker #2
Je ne sais pas. Alors, il y en a plein. Je fonctionne beaucoup au coup de cœur. Je viens de m'acheter une bague, une bague très épaisse. J'en porte pas souvent, mais c'est un travail qui m'a ému. C'est une jeune femme qui s'appelle Annie Siebert, qui fait de la création contemporaine, et qui a, je dirais, assemblé des matières métalliques, cuivre, argent, il n'y a pas d'or, il y a du laiton, il y a de l'inox. Et c'est des morceaux qu'elle fait un paquet, et elle perce au milieu et elle le tourne. Ce qui fait que dans cette bague, il y a des trous. Mais on a vraiment une impression de matière et de puissance et de matière brute que j'ai trouvée super intéressante. C'est mon coup de cœur d'il y a 15 jours, 3 semaines. Parce que ça a dégagé une émotion qui est mienne. Je suis plus attaché à l'émotion qu'à la virtuosité. C'est vrai qu'il y a plein de gens qui ont cette qualité-là, qui amènent l'émotion. Donc, citer des noms, c'est compliqué.
- Speaker #1
Merci. Merci beaucoup Hervé pour tout ce que tu nous as partagé aujourd'hui. À très vite.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Chaque rencontre autour d'Astromobile nous le rappelle. La création et le patrimoine ne sont jamais figés. Dès qu'on accepte de déplacer les regards et de bousculer les habitudes, chaque univers se met à raconter des histoires inattendues. Cet échange montre à quel point une aventure collective peut ouvrir des espaces de rêverie. là où on ne les attend pas. Le voyage d'Astromobile est loin d'être terminé. Dans le prochain épisode, nous continuerons à explorer cette magnifique constellation en allant à la rencontre d'un nouveau visage de la Céline. Nous donnerons la parole à une autre voix, une autre vision, pour comprendre comment ce projet transforme notre regard. Pour ne rien manquer de cette aventure humaine et poétique, abonnez-vous à PopIn sur votre plateforme d'écoute préférée. Et si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à lui laisser 5 étoiles. Un grand merci pour votre écoute et n'oubliez pas, ralentissez le regard et laissez place à l'imaginaire.