Speaker #0Chaque mot tombe comme une lame de guillotine. Il n'est pas là pour remercier. Il est là pour témoigner des ironies, des insultes, des coups reçus matin, midi et soir. Ce jour-là, au Palais de la Nation, La foudre vient de tomber, Patrice Lumumba vient d'arracher le voile du mensonge colonial. Bonjour à tous et bienvenue dans Portrait d'Ébène. Aujourd'hui, je vais vous raconter l'histoire de l'homme qui a osé défier les maîtres du monde pour que le mot souveraineté ait enfin un sens. Je parle évidemment de Patrice Lumumba. Mais avant de poursuivre ce récit, je tiens à remercier tous ceux qui font vivre ce projet. Si ce travail de mémoire vous semble important, abonnez-vous et partagez ce récit. Notre histoire est notre plus grand trésor. Pour comprendre l'homme qui se tient à la tribune ce 30 juin 1960, il faut remonter quelques années en arrière, dans un bureau de poste de Stan Leville, l'actuel Kissanga New. Patrice Lumumba, né sous le nom de Elias Okitasambo en 1925 au cœur de la province du Kassai, au sein du peuple Tétela. Très tôt, ses contemporains décrivent un jeune homme d'une curiosité dévorante, un dévoreur de livres, capable de passer ses nuits à étudier l'histoire des révolutions pour comprendre les mécanismes du pouvoir. Mais dans le Congo belge des années 50, l'intelligence d'un homme apportait peu si elle n'était pas encadrée par un tampon administratif. Le système colonial avait mis en place une catégorie sociale hybride, un laboratoire de l'humiliation institutionnalisée. Le statut d'évolué. Je me permets de prendre quelques minutes pour vous expliquer en quoi consistait ce statut. En fait, pour être traité avec un semblant de dignité par l'administration, un Congolais devait demander une carte d'immatriculation. Ce n'était pas qu'une simple formalité, c'était un examen de civilisation intrusif. Des fonctionnaires belges venaient taper à votre porte pour inspecter votre vie privée. Il vérifiait si vous mangez avec découvert, si vous étiez monogame, si votre intérieur était tenu selon les standards de la bourgeoisie de Bruxelles. Et c'est en ça que ce système est scandaleux. Que si vous renonciez à votre identité africaine, si vous gommiez vos racines pour devenir une copie conforme du colonisateur, vous pourriez enfin accéder à quelques miettes de droit civil. Lumumba, lui, obtient cette carte en 1954. Il porte le costume, parle un français impeccable et travaille comme employé des postes. Il réalise vite que l'immatriculation est un miroir aux alouettes. Même avec sa carte en poche, il doit céder le passage au blanc sur le trottoir. Même évolué, il reste, aux yeux de la loi coloniale, un maigre. Deux chocs vont finir de forger sa conscience politique. Le premier survient en 1956. Patrice est arrêté et condamné pour détournement de fonds aux services postaux. Il purgera 12 mois de prison. Pour de nombreux historiens, c'est là, entre ces quatre murs, que l'employé des postes meurt pour laisser place aux nationalistes. Dans le silence de sa cellule, il ne rumine pas sa vengeance. Il aiguise sa pensée. Il comprend que la colonisation ne se réforme pas sur la bonne volonté. Elle doit être démantelée par la souveraineté. Le second choc, lui, a lieu en 1958, lors de l'exposition universelle de Bruxelles. Patrice y est invité en tant que membre de cette élite congolaise sélectionnée. La réalité le frappe. Il découvre pour la première fois des Européens qui travaillent de leurs mains, des ouvriers, des balayeurs, des syndicalistes. Il réalise qu'il y a des Blancs qui sont des hommes soumis eux aussi à des rapports de force. A son retour au Congo, Lumumba n'est plus seulement un homme éduqué qui cherche sa place dans le système. C'est un homme qui a compris que le système lui-même est une prison. Il est prêt à fonder le mouvement qui changera l'histoire de son pays. Nous sommes en 1958. Le vent tourne. Patrice revient de l'exposition universelle de Bruxelles avec une certitude chevillée au corps. Le temps de la soumission est révolu. Le 5 octobre 1958, dans la fièvre de Léopoldville, il pose l'acte fondateur de la marche vers la liberté, la création du mouvement national congolais, le MNC. Ce n'est pas un simple parti politique de plus. C'est un défi lancé à la face du monde. Là... où les autorités coloniales ont passé des décennies à diviser le peuple, à dire que les Congolais étaient d'abord des Bacongo, des Luba ou des Tetela. Avant d'être Congolais, Lumumba lui impose une idée radicale, l'unité. Son parti est le premier mouvement à vocation nationale. Pour Patrice, le Congo n'est pas un puzzle de tribus, c'est un bloc de granit. Afin de bien comprendre la situation, il nous faut aussi regarder l'échiquier politique de l'époque. A Léopoldville, il y a Joseph Kassavubu. Le chef de l'Abaco, qui porte la voix des Bas-Congo. Ce grand peuple héritier du prestigieux royaume du Congo, qui s'étend à l'embouchure du fleuve. Pour lui, l'indépendance doit d'abord passer par la reconnaissance des identités locales. Il rêve d'une fédération, presque d'un découpage, là où Lumumba rêve d'un point levé et unique. Et plus loin au sud, dans les plaines du Katanga, une autre silhouette émerge. Moïse Tchombe. Tchombe n'est pas un idéologue, c'est un homme des milieux d'affaires. Le Katanga est le poumon économique du pays, le réservoir mondial de cuivre et d'uranium. Chombe sait que ses richesses sont une arme et il est déjà prêt à s'en servir pour marchander son destin avec Bruxelles. En décembre 1958, Lumumba s'envole pour Accra au Bénin. Là-bas, il rencontre Kwame Krumah. Pour Patrice, c'est un choc. Il voit pour la première fois un pays noir qui respire l'indépendance. Il revient à Léopoldville transformé. Devant les foules immenses, il lance ce crime incroyable. qui va faire trembler les murs du ministère des colonies.
Speaker #0La réponse ne se fait pas attendre. En octobre 1959, Stanleyville s'embrase. Des émeutes éclatent après un meeting du MNC. La répression est brutale, le sang coule sur le pavé. Patrice est désigné comme le coupable idéal. Il est arrêté, tabassé par les gendarmes coloniaux et jeté en prison le 1er novembre. On pense alors à Bruxelles. que le fauteur du trouble est définitivement neutralisé. Mais ils ont mal calculé. En janvier 1960, la Belgique, acculée par la pression internationale et l'instabilité croissante, convoque une table ronde à Bruxelles. C'est là que l'improbable se produit. Les leaders congolais, malgré leur vision divergente, forment un front commun. Kassavubu, Tchombe et les autres posent un ultimatum historique au ministre belge. Nous ne discuterons pas tant que Lumumba sera en prison. La Belgique capitule. Le 25 janvier 1960, Patrice est libéré de sa cellule. Imaginez la puissance de l'image. Il arrive à l'aéroport de Bruxelles, encore marqué par les coups, les traces de menottes visibles sur ses poignets, et il s'assoit à la table des négociations face aux diplomates en costume. Hier prisonnier, aujourd'hui interlocuteur incontournable. Et c'est à cet instant qu'ils arrachent la date sacrée, le 30 juin 1960. Le Congo est enfin indépendant. En mai, les élections législatives confirment l'incroyable. Le MNC de Lumumba arrive en tête. Un compromis est trouvé pour diriger le pays. Joseph Kassavubu est élu par le Parlement premier président de la République. Une fonction de chef d'État hautement symbolique. Et Patrice Lumumba est nommé Premier ministre, le chef effectif du gouvernement. Le 23 juin, le gouvernement est formé. Le pays retient son souffle. Nous sommes à 7 jours du 30 juin. Le peuple pense avoir gagné et que le plus dur est derrière eux. Mais c'est à ce moment-là que nous entrons dans l'œil du cyclone. Nous sommes le 5 juillet 1960. L'indépendance a exactement 5 jours. Dans les rues de Léopoldville, les confettis du 30 juin sont encore là. Mais ils sont désormais piétinés. L'euphorie s'est évaporée pour laisser place à une réalité glaciale. Tout commence au camp militaire Hardy, à Attiseville. Les soldats de la force publique ont fêté la liberté. Mais ce matin-là, en se réveillant, ils voient que rien n'a changé dans leur caserne. Leurs chefs sont toujours les mêmes officiers belges, avec les mêmes regards hautains. Le commandant au chef ? Le général belge en scène commet alors l'irréparable. Il réunit les troupes, s'approche d'un tableau noir et y inscrit une phrase qui va mettre le feu aux poudres. « Avant l'indépendance, égale après l'indépendance » . Pour les soldats, c'est l'insulte finale. Ils ne demandent pas la lune, ils demandent la dignité. Ils exigent des promotions. La fin de ce plafond de verre qui interdit à un noir de devenir officier. La mutinerie éclate comme un coup de tonnerre. Les officiers belges sont chassés. parfois brutalisés. Lumumba, alors Premier ministre, tente de calmer le jeu. Il comprend la légitimité de leur colère et décide de congédier l'encadrement belge pour nommer des Congolais. Mais la Belgique utilise ce désordre comme un prétexte. Sous couvert de protéger ses ressortissants, elle envoie ses parachutistes. C'est une invasion qu'il ne dit pas son nom. Et alors que le pays vacille, le 11 juillet, le coup de poignard définitif arrive du sud. Moïse Chombé, soutenu par les intérêts de l'Union militaire et des officiers belges proclament la cession du Katanga. Il faut bien mesurer l'ampleur du désastre. Le Katanga, c'est le coffre-fort du Congo. C'est de ce sol que sortent le cuivre, le cobalt et surtout cet uranium qui a changé l'histoire du monde à Hiroshima. Sans le Katanga, le gouvernement de Lumumba n'est qu'un corps sans sang, une administration sans budget. La Belgique joue un double jeu criminel. Elle reconnaît l'indépendance à Léopoldville, mais arme et protège les actes de sécession. Face à cette agression, Lou Mumba et le président Kassavubu font un geste de confiance envers la communauté internationale. Le 12 juillet, ils sollicitent officiellement l'aide de l'ONU. Les casques bleus arrivent en nombre. On pense que la légalité internationale va protéger le peuple congolais. Mais le piège est plus profond. Le secrétaire général de l'ONU se retrange derrière une neutralité de façade. Sous la pression de Bruxelles et de Washington, l'ONU refuse d'intervenir militairement pour mettre fin à la sécession du Katanga. Les casques bleus sont là, mais ils regardent le Katanga échapper aux Congolais sans lever le petit doigt. Pour Lumumba, c'est une trahison insupportable. Il comprend que l'ONU n'est pas là pour sauver le Congo, mais pour geler la situation au profit d'une ancienne puissance. Désespéré, acculé, il va alors faire le choix qui va sceller son destin. Puisque l'Occident l'abandonne, puisque l'ONU le trahit, il se tourne vers le seul bloc capable de lui fournir une aide immédiate, l'Union soviétique. Il demande des camions. des avions pour transporter ses troupes et reprendre le Katanga. Mais rappelez-vous, nous sommes en 1960. La guerre froide ne pardonne aucune nuance. À Washington, le président Eisenhower voit rouge. Pour lui, Lumumba n'est plus un leader nationaliste cherchant à sauver l'intégralité de son pays. Il est devenu un pion de Moscou, un fidèle castro africain qu'il faut éliminer avant qu'il livre l'uranium du Katanga aux soviétiques. L'ordre est donné en secret à la CIA. Lumumba est l'homme à abattre. La souveraineté a un prix, et pour Patrice, ce prix est en train de devenir son propre sang. C'est dans ce silence lourd de menaces, là où la grande histoire rejoint le sacrifice d'un homme, que nous devons nous arrêter un instant. Car on ne ressort pas indemne d'un tel récit. Si vous sentez que cette mémoire doit vivre, ne la laissez pas s'éteindre ici. Abonnez-vous à Portrait des Bennes et notez cet épisode. C'est votre manière de faire connaître cette histoire au plus grand nombre. et que la mémoire de Patrice rayonne partout dans le monde. Maintenant reprenons, là où le piège se referme sur Patrice. Le 5 septembre 1960, le ciel de Léopoldville semble s'assombrir d'une manière nouvelle. Ce n'est pas l'orage habituel du fleuve, c'est l'orage des institutions. Dans la résidence présidentielle, sur la rive du Congo, le président Joseph Kassavubu prend une décision qui va déchirer le pays. Poussé par des conseillers belges et sous la pression constante des chancelleries occidentales, Il s'approche du micro de la radio nationale. D'une voix monocorde, il annonce la révocation de Patrice Lumumba en tant que Premier ministre. Il invoque la loi fondamentale, disant que Patrice a plongé le pays dans le chaos et la guerre civile. Mais Patrice Mumba n'est pas homme à se laisser abattre par un message radio. Quelques minutes plus tard, il se précipite lui-même à la station de radio et récuse cette décision qu'il juge illégale et annonce à son tour la révocation du président Kassavubu. Le Congo n'a plus de tête. L'impasse est totale. C'est dans ce vide de pouvoir, dans cette incertitude qui paralyse les ministères et les casernes, qu'émerge une silhouette que Patrice croyait être son plus fidèle allié, Joseph Désiré Mobutu. Il faut que nous regardions Mobutu avec les yeux de Lumumba à cet instant. Pour lui, Mobutu n'est pas encore le dictateur à la toque de Léopard. C'est son frère, son ancien secrétaire, un ex-journaliste et sergent de la force publique que Lumumba a lui-même tiré de l'anonymat pour le nommer colonel et chef d'état-major. Patrice Lumumba lui fait une confiance absolue. Mais dans l'ombre, Mobutu a déjà entamé notre danse. Les documents déclassifiés nous montrent aujourd'hui qu'il était en contact étroit avec Larry Delvin, le chef de la station de la CIA, et avec les services de renseignement belges. On lui murmure qu'il est l'homme de la situation, le seul capable de sauver le pays de l'influence communiste. Le 14 septembre, le coup près tombe. Mobutu réalise son premier coup d'État. Il annonce qu'il neutralise les deux dirigeants, Kassavubu et Lumumba, jusqu'à la fin de l'année. Officiellement, il veut apaiser les tensions. Il vient de livrer le pouvoir aux mains des militaires et de ses commanditaires de l'ombre. Patrice Lumumba se retrouve prisonnier dans sa propre résidence. C'est une situation surréaliste. A l'intérieur de sa maison, il est protégé par un cordon de casque bleu de l'ONU qui empêche qu'on l'assassine. Mais juste derrière, un second cordon est mis en place, celui des soldats de Mobutu qui ont ordre de l'arrêter s'il tente de franchir le portail. L'homme qui portait tous les espoirs d'un peuple est désormais un lion en cage. A l'extérieur, la machine de destruction s'emballe. On ne veut plus seulement l'écarter du pouvoir. A Washington et à Bruxelles, on a décidé que Lumumba est trop dangereux, même enfermé. Sa popularité reste immense. On craint qu'un simple discours, qu'un simple appel à la radio ne suffise à soulever la cité de Léopoldville contre les nouveaux maîtres. C'est dans cette atmosphère de paranoïa et de trahison que le destin de Patrice Lumumba va basculer de la chute politique vers le calvaire finique. Le baiser de Judas a été donné. Le 27 novembre 1960, une pluie diluvienne s'abat sur Léopoldville. C'est sous ce rideau d'eau que Patrice Mumba décide de jouer sa dernière carte. Il s'échappe de sa résidence surveillée, caché au fond d'une voiture pour entamer une course folle vers Stanleyville. Il veut rejoindre ses partisans, là où son autorité est encore intacte. Mais le destin, ou peut-être sa propre passion pour son peuple, va le trahir. Tout au long de la route... Patrice s'arrête. Il s'arrête dans chaque village pour parler au peuple, expliquer son combat le rassurer. Ses arrêts fréquents permettent aux troupes de Mobutu guidés par les renseignements de la CIA de le rattraper. Le 1er décembre au bord de la rivière Sankourou à Lodi, le piège se referme Patrice est capturé. C'est ici que commence le chemin de croix. Imaginez cet homme qui fut premier ministre quelques mois plus tôt, qui tenait tête au roi désormais traîné dans la boue Les soldats de Mobutu se déchaînent On lui retire ses lunettes Lui qui est si dépendant de sa vue. Pour le désorienter, le déshumaniser, on le ligote brutalement à l'arrière d'un pick-up. A son arrivée à l'aéroport de Léopoldville, devant les caméras du monde entier et l'indifférence des casques bleus de l'ONU, l'humiliation atteint un sommet de cruauté. Les soldats le jettent comme un sac de marchandises à l'arrière d'un camion militaire. On le force, sous les coups de crosse, à avaler les feuilles de son propre discours du 30 juin. Ils veulent littéralement lui faire manger ses mots de liberté. On lui arrache des touffes de barbe. ont eu crache au visage. Patrice reste droit, le regard perdu, mais fixe une dignité de pierre face à la barbarie. Le 17 janvier 1961, Mobutu et Kasabubu décident de se débarrasser définitivement de ce prisonnier trop encombrant. Ils l'envoient au Katanga, là où règne son ennemi, Moistumbe. Ils savent qu'en l'envoyant là-bas, ils signent son arrêt noir sans porter le coup de grâce. Dans l'avion qui l'emmène à Elisabethville, le calvaire est indescriptible. Pendant les heures de vol, Patrice et ses deux fidèles compagnons, Maurice Mpolo et Joseph Okito, sont massacrés par leurs gardes. À leur arrivée au sol, ils ne sont plus que des ombres sanglantes. Toumbé et ses ministres, accompagnés d'officiers belges, viennent les voir pour les insulter et les frapper une dernière fois dans une villa servant de prison de transit. À la nuit tombée, on les conduit dans une clarière reculée, près de Chilatembo. L'air est frais, le ciel est immense. Sous la lueur brutale des phares du Jeep, trois trous sont creusés. Trois arbres servent de poteau. Lumumba demande une dernière cigarette. Il regarde ses bourreaux droit dans les yeux, sans un tremblement. À 21h43, une salve de fusil déchire le silence de la savane catanguèse. Patrice Lumumba s'effondre. Il n'a que 35 ans. Mais pour cet assassin, sa mort ne suffit pas. Ils ont peur de son ombre, peur que sa tombe ne devienne un sanctuaire pour la révolution. Le lendemain, sous la direction du commissaire de police belge Gérard Sowet, une équipe de l'ombre déterre les corps. Avec une scie et des fûts d'acide sulfurique, Ils entreprennent l'innommable, dissoudre les corps jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Sowet racontera plus tard qu'ils ont dû boire du whisky pour supporter l'odeur et l'horreur de la tâche. À l'aube de Patrice Lumumba, il ne reste que du néant. Et une dent en or que Sowet glisse dans sa poche comme un trophée macabre. Il pensait avoir effacé l'homme. Il ne savait pas qu'il venait de graver son nom dans l'éternité du sol congolais. En dissolvant le corps de Patrice Lumumba dans l'acide, ses bourreaux pensaient effacer sa trace de la surface de la terre. Ils ont fait tout le contraire. Ils l'ont rendu immortel. Son héritage n'est pas un moment pulquéreux. C'est une force qui continue de battre au cœur de la nation congolaise. Son premier héritage, et peut-être le plus précieux, c'est l'unité. Dans un pays que la Belgique voulait fragmenter par la politique du « diviser pour mieux régner » , Patrice a été le ciment de l'identité congolaise. Il a transcendé les ethnies pour offrir une patrie une et indivisible. Mais son nombre dépasse les frontières congolaises. Le Mumbai est devenu l'éclaireur du panafricanisme, montrant au monde qu'un leader noir pouvait regarder les anciens colonisateurs dans les yeux sans fourciller. Sa mort a déclenché une onde de choc planétaire. De Harlem à Belgrade, des places portent son nom. À Moscou, l'université des amitiés des peuples fut baptisée en son honneur. Il fut le martyr universel de la dignité, l'homme qui a rappelé que la liberté ne se négocie pas. Son absence a coûté cher. Sa disparition a ouvert la voie à 32 ans d'un règne sans partage de Joseph-Désiré Mobutu, qui d'ailleurs a cyniquement récupéré Lumumba, le proclamant héros national, pour légitimer son pouvoir. Il aura fallu attendre 2001 pour que la Belgique reconnaisse enfin sa responsabilité morale dans ce crime. Et c'est en juin 2022 qu'un dernier chapitre s'est écrit. Le retour de sa soldat au pays. Ce minuscule fragment de Patrice rendu... à sa terre de naissance. Et le symbole que même l'acide ne peut dissoudre la vérité. Nous arrivons au terme de ce portrait. Patrice Lumumba n'a été au pouvoir que 67 jours, mais il a laissé un testament qui est aujourd'hui notre boussole. Souvenez-vous de ce qu'il a proclamé face à l'histoire.