- Speaker #0
Trop souvent, on parle pour ne rien dire. Discuter de la pluie et du beau temps, faire la conversation, combler les blancs. Beaucoup de mots pour trop peu de communication. Je suis Lucie. J'aide les humains à exprimer et donner vie à leur vérité. Les mots, c'est mon dada. Avec Prise de parole, je voulais que mes invités viennent nous partager cet instant où ils ont réussi à exprimer ce qui vibre très fort à l'intérieur. Qu'il s'agisse d'une prise de parole préparée pendant des mois ou d'une situation où c'est sorti tout seul, que ça ait eu lieu dans l'intimité d'une relation ou sur une scène. Ils nous racontent ce jour où ils ont trouvé les mots. Comment ils ont fait ? Et ce que ça a provoqué ? Prépare-toi à être inspiré, étonné, ému. Et qui sait, peut-être que cette histoire te donnera toi aussi l'envie de prendre la parole. La prise de parole d'Agathe, c'est celle qu'aucune jeune fille n'est préparée à faire. Ingénieure de formation et originaire du Sud-Ouest, elle le dit elle-même, on ne lui a pas appris à faire avec les émotions. Mais alors... comment comprendre ce qu'il se passe en elle quand son père tombe de plus en plus malade, comment gérer quand le ciel s'assombrit, et surtout comment trouver les mots pour rendre hommage à cet homme dont elle est la seule enfant quand la douleur est telle qu'elle coupe le sourire. C'est avec sincérité, pudeur et l'éclairage de la thérapeute qu'elle est devenue aujourd'hui qu'elle vient nous raconter comment elle a pu, à sa façon, dire au revoir à ce papa qu'elle aimait tant. Bonjour Agathe.
- Speaker #1
Bonjour Lucie.
- Speaker #0
Agathe, bienvenue dans Prise de Parole.
- Speaker #1
Merci, merci de m'accueillir. C'est bien.
- Speaker #0
Avec plaisir, je suis ravie de t'avoir et j'ai hâte que tu nous racontes cette prise de parole particulière dont tu es venue nous parler. Agathe, toi et moi on se connaît déjà, mais la tradition, puisqu'on peut parler maintenant de tradition dans prise de parole, c'est que je te questionne comme si on ne se connaissait pas. Et on dira à la fin de l'épisode quel est le lien qui existe entre toi et moi. Est-ce que tu veux bien nous dire qui tu es et ce à quoi sont occupées tes journées ?
- Speaker #1
Ouais, alors comme toi, je m'ennuie beaucoup et je fais beaucoup de choses. Donc, je m'appelle Agathe, j'ai 35 ans, je vis sur Nantes depuis 14 ans. Moi, je suis originaire du Sud-Ouest et il va y avoir un lien avec tout ce que je vais raconter par rapport au Sud-Ouest. J'ai travaillé 14 ans en agence de com', tout comme toi. Et j'ai fait un petit moment de switch et je suis passée dans la partie thérapeutique. Donc, je fais de l'accompagnement en thérapie brève. J'ai créé aussi un centre qui s'appelle Solal depuis 2023 à Nantes. Et j'ai créé une entité qui s'appelle le Phare de Solal et j'accompagne en marketing et communication les thérapeutes et les coachs pour mieux communiquer. Je travaille aussi en freelance pour des marques nationales en consultante marketing et communication. Voilà tout ça, donc mes journées sont plutôt pas mal occupées.
- Speaker #0
Ça veut dire quoi la thérapie brève ?
- Speaker #1
Alors thérapie brève, on va vraiment venir checker le comportement qui embête sur le moment et trouver le pourquoi du comment et utiliser des outils. En général, en deux ou trois séances, on arrive à avoir une vraie amélioration dans le quotidien. J'utilise de l'hypnose, de la PNL, de l'EFT. Là, je me forme en EMDR. Et puis, j'ai aussi la casquette énergétique en Reiki et magnétisme.
- Speaker #0
Donc, effectivement, tu t'ennuies.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Avant de rentrer dans ce contexte et ce moment même plus particulier dont tu es venue nous parler, la question que j'aime bien poser pour poser, commencer à rentrer dans le sujet, c'est de savoir quel est ton rapport à la communication. Comment est-ce que tu le qualifierais, toi ?
- Speaker #1
Alors, je pense que je ne suis pas une très bonne communicante parce que je viens du Sud-Ouest. Et que croisant d'une personne du Sud-Ouest au pays nantais, je me rends compte qu'on a quand même des bases qui sont compliquées. Nous, dans le Sud-Ouest, on est un peu chonchon. On reste dans notre coin et on ne parle pas d'émotions, surtout.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et... Et on fait attention quand on communique, on fait attention à ce qu'on dit. Moi, je viens d'un village sur la côte landaise et on est peu, donc on fait attention à ce qu'on dit. Enfin voilà, il y a vraiment... Et je me rends compte que je suis, malgré mon travail en communication, pas la meilleure des communicantes et que j'apprends tous les jours à mieux communiquer, par exemple avec les locataires de Solal. Autant en cabinet, j'ai mon cadre, donc c'est très facile. En séance, tu veux dire ? En séance, oui. autant dans le monde. Le monde extérieur, parfois, je vois bien qu'il y a des couacs. Je fais des vocaux interminables qui, parfois, n'ont ni queue ni tête. Je regrette des phrases que j'ai dites quand je réécoute, par exemple.
- Speaker #0
Donc, tu essaies de te dépatouiller avec tout ça dans le perso, quand bien même, dans le pro, c'est ton métier.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Quand il y a un cadre, c'est plus simple. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Quand tu sais...
- Speaker #1
parce que ça va puis aussi quand c'est décorrélé de tes propres émotions exactement les émotions c'est un vrai sujet et qui rentre beaucoup dans la façon qu'on comique et souvent elles envahissent et ma communication est toute pourrie du coup c'est un peu le grand
- Speaker #0
Mon truc aussi, ça m'arrive souvent et j'imagine que ça doit aussi t'arriver en séance, du coup les personnes qui disent mais que ferait Lucie, que ferait Agathe dans cette situation ? Et alors, spoiler alert, vraiment on ne ferait pas nécessairement mieux que vous, mais il se trouve que comme la situation dont vous venez nous parler, elle ne nous concerne pas, alors on a ce regard extérieur et alors parce qu'on connaît les techniques etc. et les outils, on peut vous les livrer, mais dans la vie de tous les jours, bon on ne fait pas nécessairement mieux, en tout cas quand les émotions sont là. A posteriori, une fois que les émotions se calment, on est un peu mieux outillé. Mais sur le coup, bref, c'était l'occasion de décomplexer aussi là-dessus. Les cordonniers les plus mal chaussés, ça n'existe pas que chez les cordonniers.
- Speaker #1
C'est ça, clairement.
- Speaker #0
Pourquoi est-ce que c'est de cette prise de parole-là que tu as décidé de venir me parler aujourd'hui ?
- Speaker #1
En fait, j'ai écouté, c'était après les deux premiers qui sont passés, potes, qu'est-ce que tu as fait ? Et je me suis dit, ok, c'est quand moi, la fois où j'ai dû prendre la parole, et vraiment un moment fort de prise de parole. Et du coup, je me suis rappelée du moment dont je vais venir vous parler aujourd'hui.
- Speaker #0
Est-ce que c'était une prise de parole qui était préparée ?
- Speaker #1
Bah du coup, oui, j'avais une date. Et on va dire que je n'ai pas pris la parole comme tout le monde aurait pris la parole à ce moment-là. Et que j'ai trouvé un petit chemin de traverse pour me dépatouiller de mes émotions.
- Speaker #0
Pour t'exprimer. Bon, ça commence à nous teaser gentiment cette histoire. J'aime bien proposer aux invités de donner quel pourrait être le titre de cet épisode. En règle générale, ça commence par le jour où, ce jour où. Et alors, qu'est-ce que ça pourrait être le titre de ton épisode, Agathe ?
- Speaker #1
Je pense que ça peut être le jour où j'ai dit au revoir à papa.
- Speaker #0
On est dans le sujet de l'émotion. J'ai moi-même été cueillie par ton titre. Donc il va y avoir des émotions pendant ce podcast. C'est aussi d'ailleurs l'occasion de faire un petit disclaimer. Si jamais c'est un sujet qui est trop présent pour toi qui écoutes cet épisode, garde-le pour plus tard, peut-être. Si au contraire, c'est un sujet qui toi aussi t'a mis en émotion, mais que c'est une histoire que tu as envie d'écouter, reste avec nous. quoi qu'il en soit, on va faire en sorte Agathe et moi, de te la raconter de la façon la plus authentique possible, et encore une fois, chaque histoire est personnelle et différente, donc c'est l'histoire d'Agathe qu'on va raconter aujourd'hui, et ce moment de prise de parole là, qui me met moi-même en émotion puisque ce sont des moments que j'ai pu connaître sur d'autres contextes, qui vont sans doute te mettre en émotion, mais c'est aussi ça, le principe de prise de parole, c'est pas que de t'inspirer, ça va être aussi sans doute inspirant, mais il s'agit aussi de parler de ses émotions ici, donc là on est... dans le vif du sujet. Et merci Agathe de venir nous apporter ça. Donc un titre particulièrement évocateur. C'est quoi le moment particulièrement dont tu es venue nous parler, juste pour savoir à quelle temporalité on est, puis ensuite on ira explorer le contexte.
- Speaker #1
J'ai perdu mon papa en 2015 et je suis fille unique de parents divorcés. Et en fait, il y a eu la cérémonie de crémation. Je savais que j'avais un rôle clé. Je me suis occupée de tout, de A à Z. Ce moment que je ne voulais surtout pas rater, qui était le dernier moment où il était encore là, très thérapeutique finalement.
- Speaker #0
Donc c'est ce moment-là de l'oraison funèbre, on va dire, dont tu es venue nous parler. On sait où est-ce qu'on va. On va prendre un petit peu de contexte néanmoins. Qu'est-ce que tu as envie de nous raconter du contexte avant cette prise de parole ? Tu commences là où tu veux, tu nous partages ce dont tu as envie.
- Speaker #1
Je vais commencer peut-être quand on a compris que mon père était atteint d'un cancer, d'une façon extrêmement étrange parce que je suis descendue dans le sud-ouest pour l'enterrement de son frère qui avait une crise cardiaque.
- Speaker #0
Ah d'accord.
- Speaker #1
Donc mon père m'a ramenée chez ma mère, passé chez ma mère que je dors quand je vais dans le sud-ouest. Ils ont partagé beaucoup de temps de leur vie. Ma mère connaissait par cœur mon père. Et quand elle l'a vu me ramener au portail, elle a tiqué sur son teint, sur son visage. Il y avait quelque chose qui n'allait pas.
- Speaker #0
Donc, ils sont séparés, tes parents ?
- Speaker #1
Oui, ils sont séparés depuis que j'ai 12 ans. Et ma mère a refait sa vie depuis que j'ai 15 ans. Mon père, il est rock'n'roll. C'était une fiesta. J'ai un peu arrêté de ça. Et en fait, finalement, moi, je remontais à Nantes. Ma mère s'occupe de faire des analyses à mon père.
- Speaker #0
D'accord, parce que donc, elle l'a vue au portail et elle s'est inquiétée.
- Speaker #1
Exactement. Très rapidement, ça parle de tâches dans le foie. Là, moi, je me renseigne auprès d'une copine qui est médecin, qui me parle potentiellement de cancer opérable. Et finalement, tout va très vite, parce qu'en l'espace d'une semaine, on parle de métastases beaucoup partout.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc, dans le cerveau, sur la colonne vertébrale, pas mal d'organes de toucher. Donc là, il part rapidement à l'hôpital à Bordeaux.
- Speaker #0
Juste pour la petite précision, quand on parle de métastase, ça veut dire que le cancer s'est développé. En fait, il y a un foyer principal et puis les métastases, c'est quand il y a eu d'autres, pas d'autres cancers, mais bon bref, les cellules cancéreuses se sont développées à d'autres endroits et donc à ce moment-là, c'est beaucoup plus difficile à traiter, effectivement.
- Speaker #1
Je me rappellerai toujours de l'appel de ma maman qui me dit « Écoute Agathe, je pense qu'il faut que tu te prépares, ça va être grave. » Donc moi, j'ai 25 ans à ce moment-là. Donc je descends dans le sud-ouest, il est à l'hôpital, il ne va pas si mal finalement. En fait, on est encore dans le moment où on se dit que quelques chimios et c'est parti.
- Speaker #0
Mais comment tu reçois, toi, toutes ces informations-là entre la tâche ? Enfin, je veux dire, c'est quoi, c'est l'inquiétude ? T'es comment là ?
- Speaker #1
Inquiétude et je me dis, bah non, c'est trop tôt. Évidemment que c'est trop tôt, il a 58 ans, j'en ai 25. Son rêve est d'être grand-père. Il faut savoir qu'à ce moment-là... c'était un peu complexe avec papa parce que j'étais en relation avec une femme et c'était pas dans le schéma qu'il avait en tête pour toi voilà et ses dernières paroles on parlait d'être grand-père c'était vraiment un sujet qui était important pour lui et dans son schéma être avec une femme ne pouvait pas me permettre d'en prendre en tête et donc d'être grand-père et donc lui d'être grand-père ok ouais je pense qu'il est inquiet de voir sa fille qui ne prend pas forcément le chemin qui était prévu. Donc on continue de se voir, mais c'est vrai que moi, ma vie d'anthèse me plaît, donc je descends peut-être deux fois par an.
- Speaker #0
Ma question, c'était effectivement comment est-ce que tu as vécu toute cette période ? Donc tu disais de l'inquiétude. Oui,
- Speaker #1
beaucoup d'inquiétude, beaucoup d'espoir quand même. Franchement, moi je me dis des cancers, ça arrive à plein de gens et il va juste falloir se battre et je serai là pour lui.
- Speaker #0
Et quand ta mère te dit, Agathe, ça va être grave ?
- Speaker #1
Franchement, le sol, il s'est dérobé sous mes pieds. Il y avait vraiment une atmosphère qui a commencé à se mettre. comme si le ciel descendait en fait sur moi. Assez bizarre, assez étouffant et je ne m'attendais pas à ce que j'allais vivre. Donc je suis descendue. On nous a parlé de faire une chimio. La chimio a été catastrophique. Là, j'ai compris que c'était compliqué parce qu'il a été transféré en soins palliatifs.
- Speaker #0
Tu descends dans le sud-ouest ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu descends pour le voir ou tu descends déjà en te disant bon ben là, il va falloir que j'accompagne la fin ? C'est quoi le... Je vais le voir. Ok.
- Speaker #1
On passe du temps avec lui. Ma mère se brouille avec mon père.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Mon père étant sorti de chimio, toutes les odeurs sont extrêmement violentes. Et ma mère mange un bonbon et mon père lui demande de reculer parce que ça sent trop fort. Et en vient une engueulade. Ma mère claque la porte de la chambre d'hôpital et elle ne le reverra plus jamais. Très compliqué à gérer.
- Speaker #0
Donc toi t'es entre les deux ?
- Speaker #1
Ouais, énormément de colère pour ma mère. Je peux pas te fâcher avec quelqu'un, même s'ils sont séparés. Voilà, c'était pas le moment. Plus tard... J'ai compris que quand je parle de communication et de gestion des émotions, ma maman est basque, elle est très froide. Très dans le contrôle des émotions. Et je pense que là, c'était contrôle plus plus et elle a tout fermé les portes.
- Speaker #0
Et là, c'était trop, elle a explosé.
- Speaker #1
Plus tard, j'ai appris qu'elle s'est préservée en fait aussi.
- Speaker #0
Tu descends, tu vas voir ton père, il y a cette histoire de chimio, il y a cette prise de tête avec ta mère. Donc en fait là ce que tu es en train de nous dire c'est qu'entre ce moment où tu descends, la fin, tu ne remontes pas ? Tu te restes tout le temps là-bas ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
En fait il y a un moment où il va vraiment bien. C'est-à-dire que les soins palliatifs, il y a une SO qui est passée pour nous expliquer un peu l'accompagnement psychologique. Très étrange. Je ne sais pas si ça a été mal fait ou si je n'étais pas apte à recevoir mais moi je n'avais pas compris en fait.
- Speaker #0
Ah ouais, tu n'avais pas compris qu'on ne sortait pas des soins palliatifs ?
- Speaker #1
Ouais, parce que moi je me souviens de sur mon téléphone chercher une maison de repos. Et en fait, il a eu le regain. C'est-à-dire qu'il allait extrêmement bien passer sa journée sur le téléphone, alors que trois jours avant, il avait du sang dans la bouche, il n'avait plus à parler. Et en fait, il me dit, tu as un mariage ce week-end en Bretagne, va au mariage.
- Speaker #0
Là, il est en soins palliatifs à ce moment-là.
- Speaker #1
En soins palliatifs.
- Speaker #0
Ok, il est en soins palliatifs, il a ce regain, il te dit, ok.
- Speaker #1
Et on avait cherché des maisons de repos. Il y avait une espèce de truc qui était mis en place, qui le ciel qui s'était abattu sur moi, des éclaircies arrivaient vraiment.
- Speaker #0
Donc toi, là, tu n'es pas en mode, c'est la fin.
- Speaker #1
Je me dis, c'est chaud, mais franchement, il y a moyen que ça passe. Ok,
- Speaker #0
donc vraiment, soins palliatifs, tu n'as pas capté ? Non,
- Speaker #1
je n'ai pas capté.
- Speaker #0
Parce que ça dure plusieurs jours, enfin. Tu vois, qu'il y ait un déni, que tu ne comprennes pas quand on te l'annonce, c'est une chose. Mais en fait, tu y vas. Pour le coup, j'ai aussi passé un petit peu de temps dans les soins palliatifs. Et ça rend les choses très concrètes. Et non, ça n'imprime pas.
- Speaker #1
En fait, au début, je n'ai pas compris quand on était dans les soins palliatifs.
- Speaker #0
D'accord, ok.
- Speaker #1
Parce que moi, je montais à l'étage, je faisais un tout droit, j'allais dans la chambre, je ne regardais pas ce qu'il y avait sur les écrits. Je pense que j'étais déjà en grosse dissociation. Maintenant que je sais le mot et que je vois ce que c'est, je pense que j'étais vraiment là sans être là.
- Speaker #0
Donc tu vas à ton mariage ?
- Speaker #1
Je vais à ce mariage. Il y a plein de voitures anciennes de moto. J'envoie plein de photos à mon père en me disant qu'il kiffe. Je n'ai aucune réponse. C'est étrange. Parce que la veille, il était à France sur son téléphone. Je l'avais vu. Il était bien.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Mariage très compliqué, mariage d'un couple de copines dans un château magnifique. Moi, je fais que chialer à la fois parce qu'il y a tellement d'amour et c'est trop beau, mais à la fois, c'est un peu une excuse pour que l'émotion, elle déborde, quoi. Le truc qui m'a vraiment le plus choquée, c'est qu'on avait loué un hôtel et les draps sentent l'hôpital où il est. Même odeur de lessive. Bleu, fend. Donc là, nuit, très compliqué. Le lendemain, on va marcher, on tombe sur un truc en Bretagne que j'ai jamais retrouvé. C'est... En fait, on met les cendres au pied d'un arbre. il y a l'eau et c'est sur une colline. Il y a des gens, ils mettent les arbres, ils sont décorés en fonction de la personne qui a les cendres en dessous et tout. C'est un cimetière un peu alternatif.
- Speaker #0
Un cimetière forestier, quoi. Ouais.
- Speaker #1
OK. Je me dis, mais c'est pas possible. On m'envoie les cim. C'est le signe, quoi. Et donc là, on est le dimanche et je reçois un appel et je vois que c'est un 05. 05, c'est le sud-ouest. Et là, c'est le médecin qui m'appelle et qui me dit, il faut descendre, il reste trois jours. Max. On descend le dimanche soir même, je crois. Et je me dis, putain meuf, c'est maintenant en fait.
- Speaker #0
Là, ça devient concret.
- Speaker #1
Là, c'est bien concret. Là,
- Speaker #0
tu comprends les soins palliatifs, les trucs.
- Speaker #1
Et là, où ça devient le plus concret, c'est que je descends le dimanche, ou je ne sais pas, peut-être le lundi. Et le lundi matin, je rentre dans sa chambre et je ne reconnais pas l'homme qui est sur le lit. C'est-à-dire qu'il a une couche. Il a une énorme couche comme un gros bébé.
- Speaker #0
Il est nu sans eau. Juste avec la couche. C'est dur.
- Speaker #1
Et il est amaigri. Mais je pense qu'il était déjà maigre. Mais là, de le voir nu, avec juste une couche très maigre, très blanc, il ne communique plus. C'est-à-dire qu'il est tellement blindé de morphine. Il n'est pas là, il regarde dans le vide. Des fois, il dit des trucs que je ne comprends pas trop. Il parle d'un chat qui vient sur le lit. Il est déjà en train de partir à moitié. il n'arrête pas de demander d'aller aux toilettes donc moi je sors pour que les aides-soignantes l'amènent et je craque à chaque fois dans le couloir et vraiment là mon corps lâche c'est-à-dire que je me retrouve assise au milieu du couloir à presque hurler je ne sais pas si c'est de la douleur, de la tristesse un truc... je ressens beaucoup d'injustice je ne sais pas quoi faire, je n'ose pas le toucher je me souviens ma mère me disait quand je rentrais le soir tout le monde Et en fait, j'y arrive pas. C'est-à-dire que prendre la main, c'est compliqué. Il y a un vrai... Ça, on n'a pas trop appris aussi. Côté tactile, on n'est pas très tactiles chez moi.
- Speaker #0
Ah, t'as une barrière du toucher.
- Speaker #1
Ouais. C'est mon père. Clairement, c'est ses derniers jours. Donc là, c'est vraiment les... Je pense qu'on est sur les trois plus... Les trois jours les pires de ma vie.
- Speaker #0
Mais t'es toute seule pendant ces trois jours ?
- Speaker #1
Je suis toute seule parce que... Tout le monde a quitté le navire. C'est-à-dire que mes frères et sœurs... Quand je leur dis, là c'est grave, c'est fini, en réponse, on ne préfère pas venir, on préfère garder une bonne image de lui. Ma mère, elle bosse comme une acharnée.
- Speaker #0
Ça lui donne des bonnes raisons de ne pas venir peut-être aussi, non ?
- Speaker #1
Ça lui donne des bonnes raisons de ne pas venir. Et moi, en fait, arrive un moment de culpabilité très fort, parce que le soir je suis seule dans mon lit et que je veux que ça s'arrête. C'est-à-dire que je veux et je supplie. En fait, moi qui ne suis pas croyante, je parle à quelque chose là-haut et je supplie de soit pencher la balance d'un côté, c'est-à-dire qu'il y ait un miracle, soit que ça se finisse bien. Enfin, genre, et tout le monde est soulagé, lui, il est soulagé. Il arrête de souffrir et nous, on peut commencer à faire du deuil, quoi.
- Speaker #0
Et donc, ça arrive ?
- Speaker #1
Ça arrive, en fait, le mardi soir, le deuxième jour d'enfer que je vis, parce que je passe ma journée, mais il n'y a pas de communication. Je suis toute seule avec lui dans la chambre, il n'y a pas de communication.
- Speaker #0
C'est dur.
- Speaker #1
Mais il faut que je sois là. Parce que si je ne suis pas là, il n'y a personne et on ne va pas le laisser tout seul dans cette chambre.
- Speaker #0
Oui, en tout cas, tu te dis qu'il faut que tu sois là.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais quand même, il n'y a zéro lien, même des regards, des trucs.
- Speaker #1
Il y a des regards. Et en fait, je capte un regard le mardi, je crois qu'on peut partir vers 16-17h. Et je vois un regard, je lui dis au revoir et je lis, il faut que ça s'arrête au secours. Donc je lui dis au revoir, j'arrive comme une furie dans le bureau des infirmières et je demande à parler au médecin. Et je suis tremblante et je leur dis, je sais où vous pouvez l'aider, il faut que ça s'arrête. Il me dit qu'il a un temps, qu'il fera au mieux pour l'accompagner sans douleur. Et à 1h30 du matin, j'ai été appelée pour me dire que papa était parti. Je me suis rendormie. C'est pas flou ça ? j'ai été soulagée je me suis un peu dit,
- Speaker #0
ma demande a été entendue il faut bien faire ça pour lui oui on ne saura jamais vraiment si vraiment il s'est passé quelque chose mais en tout cas on ne saura jamais,
- Speaker #1
ils avaient dit 3 jours et en effet ça fait 3 jours au final peut-être qu'inconsciemment j'ai eu besoin de demander alors qu'en fait il s'était déjà joué on ne sait pas mais en tout cas je pense que pour le coup le corps médical a vraiment accompagné je ne suis pas sûre qu'il se soit vraiment vu partir il était vraiment à l'ouest c'était plus lui à la fin les trois derniers jours pour moi c'était la mort était déjà en train de prendre ce qu'elle avait à prendre et dans ces moments là on est tellement impuissant
- Speaker #0
En fait, on est tellement... Enfin, c'est tellement pas dans nos mains que c'est... Quand bien même on n'en saura rien de si effectivement il s'est passé quelque chose ou pas, mais cette demande que t'as faite, ça donne aussi des petites impressions de contrôle qui rassurent. En tout cas, t'essayes d'aider là où tu penses que tu peux aider.
- Speaker #1
Carrément. Et puis c'est vrai que ces deux, trois derniers jours-là, le soir quand j'étais dans mon lit, j'avais de la culpabilité, mais j'ai aussi senti des choses que j'avais jamais senties dans mon corps. C'était ce trou béant dans la poitrine. Ce truc de j'ai mal au cœur. Je n'avais pas compris, moi, le mal au cœur.
- Speaker #0
Tu ne comprenais pas l'expression ?
- Speaker #1
Non. J'avais déjà eu des peines de cœur. Mais là, c'était tellement loin. Ça me traversait. Il y avait un puits béant au milieu de ma poitrine. Et je me suis dit que ça n'allait jamais se reboucher.
- Speaker #0
Ok, donc tu as l'annonce, tu te rendors.
- Speaker #1
Je me rendors. À 7h30 du matin, je me réveille. Ma mère se prépare à aller au travail. Je lui dis, ça y est, papa est mort. Et elle me dit, ok, elle prend son panier pour aller au travail. Et elle part au travail.
- Speaker #0
Wow.
- Speaker #1
Très compliqué. On en a parlé il n'y a pas tant d'années que ça. Je pense qu'il y a deux ou trois ans où elle s'est excusée de sa non-présence. Surtout qu'elle a fait comme elle pouvait et qu'elle ne pouvait pas gérer ça. Je me vois là à l'hôpital. J'ai sa sœur à mon père qui était là.
- Speaker #0
Ah, quelqu'un quand même.
- Speaker #1
Elle était là mais elle est arrivée plus tard. Moi je suis arrivée dans la chambre et il est là allongé. Et il a les yeux tournés sur ma photo que ma mère avait ramenée. qui était sur une petite tablette à sa gauche et il avait la tête tournée et les yeux à moitié ouverts. J'ai franchement, avec le recul, je me dis, fermez les yeux, quoi. Vous auriez pu en faire ça. Donc, du coup, je lui ferme les yeux. J'ai sa chaîne autour du cou et je pleure. Et en fait, là, il y a une espèce de décharge qui se met en place. Je le touche. Et première fois que je touche un mort. Il est glacé et tout dur. C'est très étrange. Ma tante arrive. Je sors et je lui dis je ne suis pas capable de prendre ces affaires. Et il faut savoir qu'en parallèle, je dis que ma mère n'était pas trop là pour moi, mais elle a eu le côté logistique. C'est-à-dire qu'on savait qui partait. Elle, je pense qu'elle l'a su avant moi.
- Speaker #0
Oui, tu veux dire qu'elle n'a pas fait de déni, c'est ça ? Oui.
- Speaker #1
Elle, à côté de ça, elle a soldé les comptes de mon père pour me l'envoyer sur mon compte. Elle a vendu la voiture. Elle a vendu la moto de mon père. Elle a placé son chien de chasse. Elle a rendu l'appartement. elle a vidé l'appartement de mon père, elle a rendu l'appartement En fait, il y avait un deal entre eux que je voyais plus ou moins. Tant qu'il en vit, il faut gérer les choses. Ce sera plus simple. Et elle a géré de ouf ce côté-là.
- Speaker #0
Ouais, en ça, elle a été un vrai soutien.
- Speaker #1
Je ne me suis pas rendue compte, en fait.
- Speaker #0
Oui, parce que ce n'est pas là tout de suite que tu avais besoin d'elle. Tu avais plutôt besoin du soutien émotionnel. Et en fait...
- Speaker #1
Sud-ouest.
- Speaker #0
Oui, et en même temps, elle a soutenu autrement.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Finalement. Ok, donc les jours avancent et avec ça se prépare donc la... Cérémonie, crémation, comment vous décidez ?
- Speaker #1
Parce que ma mère encore avait fait venir... En fait, c'est pour ça, elle était absente, mais elle était en coulisses. Elle a prévu, le jour où je suis allée à l'hôpital, je fermais les yeux, tout ça. Il y avait quelqu'un des pompes funéraires ?
- Speaker #0
Oui, funéraires. Un conseiller funéraire.
- Speaker #1
Un conseiller funéraire qui était là. Et là, il est venu des questions improbables. Cérémonie, alors déjà, crémation, enterrement, je savais que c'était une crémation. qui voulait.
- Speaker #0
Vous aviez eu le temps d'en parler ?
- Speaker #1
J'ai toujours su. C'était des questions que j'ai posées quand j'étais petite à mes parents. Je ne sais pas si c'est normal. Je ne sais pas si les gens pensent ça.
- Speaker #0
Est-ce que vous faites ça ?
- Speaker #1
Il y a un mois, genre, si jamais, c'est quoi que tu veux. Je ne sais pas, ça me paraît très important. Alors qu'au final...
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Je savais que c'était une crémation. Et après, on m'a demandé, oui, est-ce qu'il faut le côté religieux ? Ça va, j'étais bien accompagnée parce qu'ils ont fait un truc religieux sans lettre. J'avais de l'eau bénite, si les gens voulaient. Le cercueil en quoi ? Ma réponse, je crois que ça a été le moins cher. Et finalement, il y avait du bois de pain. Et on est dans le sud-ouest, le plus gros massif de pain en Europe. Donc évidemment qu'il avait un cercueil en pain. Et après, on m'a demandé si je voulais prendre la parole. Bah oui. Si moi je ne prends pas la parole, qui prend la parole ?
- Speaker #0
Tu t'étais projetée sur ce truc-là, que tu allais devoir prendre la parole ? avant qu'on te pose la question, où en fait, là, ils te la posent et tu dis, ah ouais, tiens, c'est vrai que...
- Speaker #1
Non, je ne m'étais pas du tout projetée. Je ne me souviens pas trop de crémation que j'ai faite avant mes 25 ans, là. Je n'ai pas de référence. Et surprise du chef, on m'annonce qu'il y a une grève des crématoriums.
- Speaker #0
Chouette !
- Speaker #1
Ouais, c'est génial. Et je me dis, mais bonjour, mais c'est vraiment assez chouette. Et que du coup, il faut attendre au moins 10 jours et que la prochaine date, c'est un mercredi. Mercredi 3 juin 2015, à 8h du matin, à Bordeaux-Centre. C'est vraiment un créneau parfait. Petite déception, il ne faut pas choisir. Parce que je me dis qu'il n'y aura personne. Et lui, il aime les gens.
- Speaker #0
Après ce rendez-vous avec le conseiller funéraire, tu sais que tu vas prendre la parole. Comment ça se passe la prépa ? Comment tu te sens ? Comment est-ce qu'on se prépare à dire au revoir à papa ?
- Speaker #1
Du coup, je me souviens, prendre mon ordi et commencer à vouloir taper quelque chose.
- Speaker #0
C'est là où le chat GPT a été utilisé. Pour donner des petites idées. Alors, tu peux dire un petit peu ça, ou ça, ou ça ?
- Speaker #1
La sémantique, c'est pas forcément... Je ne suis pas très forte. Et encore plus quand c'est des sujets durs comme ça. Donc j'ai commencé à rédiger un petit texte. Et je me suis dit que je ne me voyais pas être debout devant tout le monde. Il y aurait des personnes de sa famille. Je ne suis pas très proche de la famille du côté de mon père. Il y aurait tous ses copains de moto, tous ses copains de chasse. Et des gens que je ne connaissais pas. Et je me suis dit, non mais je n'ai pas envie de fondre en larmes. Je ne me voyais pas gérer ça en fait. Je me dis aussi, ce n'est pas moi de venir tremblante avec un papier. Ce n'est pas ce que je veux renvoyer comme image. Et je pense que j'avais envie d'un truc un peu différent peut-être aussi. Moi, je m'étais replongée depuis quelques jours dans les albums photos. Ma mère adorait prendre des photos. Et elle avait une caméra, un caméscope. Elle prenait beaucoup de vidéos. On a des heures de vidéos. Et là, je me dis, je vais faire un clip vidéo. c'est vachement de temps tout ça ouais bah j'ai passé clairement au moins 5 journées 5 journées à faire que ça à éplucher, à scanner à filmer avec mon téléphone la télé parce que oui, qu'est-ce qui peut utiliser une cassette de caméscope c'est les vieilles télés cathodiques ah oui donc me voilà à filmer ma vieille télé cathodique et je sais pas si tu sais mais quand tu filmes avec ton téléphone une télé cathodique Merci. Ah oui, ça fait des... Avec des bandes, me voilà à chercher sur Internet des solutions et tout. En vrai, je me suis transformée en agence de com' là. Il fallait que je produise. J'avais une deadline, il fallait que je produise. Et en fait, c'était mon boulot. J'étais chef de projet à l'agence de com' à ce moment-là. Prends les photos où je suis avec papa, autant dire qu'il y en avait énormément. Et j'essaye de faire un petit timeline de... Mon père, avec moi, peau à peau, quand je suis née, à la dernière photo qu'on avait prise avec mon iPad qu'il m'avait offert six mois avant. Je pense que la vidéo, si je me souviens bien, elle fait un bon 15-17 minutes.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Et donc je parle pendant 15 minutes.
- Speaker #0
Oh, wow !
- Speaker #1
Je suis très déçue de ne pas avoir retrouvé la vidéo. Je me souviens qu'en fait, je l'ai montée, je l'ai taffée de ouf, elle est passée à la cérémonie et je crois qu'elle a été mise à un dossier et perdue à jamais.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
C'est one shot.
- Speaker #0
C'était que des photos de ton père et toi ? Oui,
- Speaker #1
des photos, des vidéos. Souvent, mon discours parlait du moment qui était montré en vidéo. Avec mon papa, on avait une super complicité. J'étais sa petite puce. Donc voilà, je disais les mots qu'il utilisait. Je parlais du crabe pour parler du cancer. C'est comme ça qu'il l'appelait. D'ailleurs, j'ai une pince de crabe tatouée sur ma jambe. On parlait de la chasse. Je parlais de Oriane, qui était sa chienne de chasse, qui l'adorait. En fait, je prenais tous les petits faits marquants. de mes 0 à 25 ans avec lui.
- Speaker #0
T'as raconté votre histoire. C'est ça que t'as choisi de faire. Tu le termines juste à temps ? Tu es en avance ? Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Je le termine la veille. Je mets sur une clé USB. Je crois même que je mets sur 3 clés USB. En me disant, imagine, celle-là ne passe pas. Et donc j'arrive à la cérémonie.
- Speaker #0
Tu te sens comment vis-à-vis de ce que t'as fait avant la cérémonie ?
- Speaker #1
Je suis stressée de le montrer. C'est me mettre toute nue là. Mais c'était maintenant. Je vais le faire maintenant.
- Speaker #0
Tu sais pourquoi tu le fais ? Parce que tu aurais pu choisir de ne pas prendre la parole finalement. Quand tu as commencé à écrire et tu t'es dit en fait je ne me le sens pas. Pourquoi tu le fais ? Pourquoi tu le fais comme ça ?
- Speaker #1
Je pense qu'il fallait que je m'occupe. Il y avait quand même plusieurs jours à attendre. Il fallait que je m'occupe et je pense qu'avec le recul, j'étais encore dissociée je pense. Mais je commençais mon travail thérapeutique.
- Speaker #0
De deuil.
- Speaker #1
Qui a duré longtemps. Le jour où ma mère et son toque des horaires, nous devions faire la mise en bière. À ce moment, je ne sais pas pourquoi il existe.
- Speaker #0
Donc la mise en bière, c'est concrètement le moment où on ferme le cercle, c'est ça ? Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Donc c'est que les proches qui sont là. Je suis avec ma mère et mon beau-père. On a rendez-vous, je crois, à 7h, un truc comme ça. À 4h, nous sommes devant. À 4h du matin, on est dans le camping-car de maman et Didier. Et nous sommes devant, plantés comme un piqué. J'avais peur d'être en retard avec la circulation à Bordeaux. Ouais, à 4h du mat, un mercredi, ça se passe bien. Donc on attend. J'en mémoire ce souvenir d'être dans ce camion-là. et d'attendre fermer le cercueil de mon père. En fait, quand j'y pense, c'est un peu surréaliste.
- Speaker #0
Ça avait été le voir au funerarium ou pas ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Donc là, c'est la première fois que tu vas au funerarium, que tu vas dans la chambre funéraire pour qu'ils ferment le cercueil.
- Speaker #1
Donc là, je retrouve le petit monsieur qui était dans le bureau et qui m'avait posé toutes les questions pour la cérémonie. Très sympa. Et donc, je vois mon père qui sourit. Il est plein de sourire.
- Speaker #0
Et oui.
- Speaker #1
C'est étrange. Ma mère me dit, il a l'air apaisé, et en fait, ma mère craque.
- Speaker #0
Ah !
- Speaker #1
Vénère.
- Speaker #0
Donc c'est la première fois que ta mère va craquer là-dessus ? Ah oui, ouais.
- Speaker #1
Je pense qu'elle aussi a été dissociée. Elle, elle était en pilote auto plus plus.
- Speaker #0
Bah oui, parce qu'elle en a géré des montagnes derrière au final.
- Speaker #1
Ouais. Et là, elle craque, et on ferme le cercueil, et les gens arrivent.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a du monde ?
- Speaker #1
Il y a du monde.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Il y a des motos.
- Speaker #0
Trop bien.
- Speaker #1
Papa s'était timarlé, il y avait des motos qui ronronnaient devant le crématorium. Donc il y avait ses copains de moto, il y avait ses copains de chasse. Pas mal de gens ont posé des choses sur le cercueil avant qu'ils partent. Il y a du monde, les gens sont tristes. Mais il y a un côté où on ne peut pas... En fait, mon père, Damien, il était vachement festif. Donc il y a quand même ce côté festif qui est un peu en arrière-plan. C'est un peu étrange.
- Speaker #0
Ça rigole quand même. Il y a le truc un peu bonhomie. Je vois bien.
- Speaker #1
Totalement. Donc la cérémonie commence. Moi, je suis au premier rang. Donc il y a... sa photo, il y a Benoît qui parle donc son frère, et là vient le moment de ma vidéo donc moi je suis spectatrice, les gens savent pas que la vidéo va se lancer
- Speaker #0
C'est la toute première fois que quelqu'un l'écoute ou tu l'as fait écouter à d'autres personnes avant ?
- Speaker #1
Première fois Même ta mère là, ok,
- Speaker #0
t'as tout gardé pour toi
- Speaker #1
Et très étonnamment le souvenir que j'ai c'est, c'est pas Agathe 25 ans qui parle, Agathe qui parle dans la vidéo, je pense qu'elle a 8 ans, 10 ans Je ne reconnais pas ma voix C'est une petite fille qui parle à son papa C'est pas du tout une fille de 25 ans C'est très étrange Je me rappelle que ça m'avait surprise. Je n'ai jamais aimé ma voix en audio. Mais alors là, c'était vraiment percutant.
- Speaker #0
C'est fou parce que tu l'avais déjà écoutée plusieurs fois, j'imagine, pour vérifier et tout. Et cette réflexion-là, elle te frappe au crématorium. Oui,
- Speaker #1
et puis en plus, j'ai l'image de moi qui fait des glissades dans la neige avec mon père en même temps que j'entends la voix. Et j'ai 8 ans. Enfin voilà, il y a un vrai truc qui me frappe. Et en fait, je sens les regards sur moi. C'est-à-dire que je vois les gens qui se tournent et qui pleurent.
- Speaker #0
Et toi, tu te sens comment ?
- Speaker #1
Moi, je broie la main de ma mère. Je pleure. J'ai ma copine qui est à mes côtés aussi. Et je suis vraiment très mal. Et en fait, tout s'arrête. Le cercueil part. Tout le monde sort. Et j'ai que des éloges de ma vidéo.
- Speaker #0
Juste deux secondes sur le moment de cette prise de parole, même si elle est déportée. Donc, tu dis que tu te sens... Que tu broies la main de ta mère, que tu pleures. Tu pleures pendant... Parce que c'est 15 minutes. 15-17 minutes ? Tu te souviens de pleurer pendant tout le long ? Est-ce que tu te souviens qu'il y ait des rires ? Est-ce qu'il y a une partie où tu pleures plus particulièrement ? Et tu te souviens de mots qui t'ont déclenché, qui t'ont chopé ? Tu vois ce truc où tout à coup, parfois, quand on se réécoute, on se surprend soi-même à se déclencher des émotions ?
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai que j'ai eu du rire, et les gens ont rigolé, par rapport à des moments, par rapport à... à des tocs qu'avait mon père, à son côté festif. Là, il y a eu des petits moments de rire. Mais ouais, c'était vraiment bizarre. J'étais là, et en même temps, j'ai l'impression que j'étais dans un autre endroit de la pièce. Et je voyais tout ce qui se passait. C'était flottant encore une fois. C'était très flottant, tout ça. Je me souviens que je me suis dit... Oh là là, j'ai l'accent du sud-ouest. Passaient des mots qui chantaient beaucoup. J'ai fini par un « je t'aime » . C'est compliqué de dire le thème à son papa.
- Speaker #0
Tu lui as déjà dit ?
- Speaker #1
Ouais, à la fin. J'ai attendu la fin.
- Speaker #0
Il l'a entendu ?
- Speaker #1
Ouais, par message, on se le disait. D'ailleurs, à partir de ce moment-là, j'ai écrit des « je t'aime » à ma mère, alors que je ne disais jamais « je t'aime » à ma mère. J'ai pris conscience de l'importance des mots.
- Speaker #0
Et donc là, tu finis par un « je t'aime » que tu dis à ton père, mais devant tout le monde.
- Speaker #1
Ouais. Incapable de dire ça si c'était en vrai devant un pupitre avec une feuille.
- Speaker #0
Ouais. Et quand tu t'entends le dire au crématorium, tu te souviens ?
- Speaker #1
C'était un enfer. À la fin de la vidéo, il y a eu un moment de craquage. intense. J'ai attendu que tout le monde se lève et aille dans le hall avant d'arriver. Je voulais être la dernière à partir. Je sais pas pourquoi.
- Speaker #0
Alors que le cercueil était déjà parti. Après, tu disais les réactions. Parce que là,
- Speaker #1
beaucoup de réactions ultra-positives et on se met dehors par le crématorium parce qu'on traîne, nous. Nous, en fait, on débriefe, quoi. C'est convivial qui se met en place. On nous dit, vous pouvez aller, mais derrière le parking, quoi. Donc, ma mère ouvre son camion en mode bar et avait prévu des bières pour tout le monde. Mon père est un très bon vivant. à 8h30 du matin je pense que clairement là il est 8h30-9h et en fait on prend toutes des bières je sais pas pour moi c'était cette image de mon tank à son départ j'ai trouvé ça génial que ma mère fasse ça je bois une bière, je crois qu'il y a mon cousin en face de moi et je lève les yeux et je vois la fumée noire à la cheminée et ça on nous prévient pas qu'on verra la fumée personne nous dit et là je me dis c'est papa qui part en fumée il est là-bas Merci.
- Speaker #0
on attend et quoi tu frises tu pleures tu sais vraiment juste un moment un peu suspendu comme ça et après tu repars avec papa ok j'entends bien tout et comment tu Tu te sens, toi, du coup, après ça, juste au sortir, là, où t'as les retours, etc.
- Speaker #1
Genre, c'est passé, il est parti, il est en paix, c'est mon ressenti, en tout cas. Et là, je me dis, meuf, c'est à toi de te gérer, maintenant. Donc là, on est appelés avec ma mère, on va récupérer l'urne. Et donc, je ressors avec une petite urne dans les mains. Et il y a le meilleur ami de mon père qui était venu en moto, qui me tend un sac à dos. On met l'urne dans le sac à dos, il me met le sac à dos, il me donne un casque. Et on part rouler en moto. Donc je sais pas, on va être 5-6 motos, on était à Bordeaux et on va jusqu'à Mimisan, une heure et demie de balade, où on va allonger des super paysages que j'ai faits beaucoup de fois en moto avec mon père. J'étais tout le temps derrière lui en moto.
- Speaker #0
Donc selon toi, ça a été préparé, finalement, ce truc-là ? Non,
- Speaker #1
je pense que c'était... Ah, c'est vrai ? Enfin, je sais pas. Je sais pas. C'était... Il était très proche. Mais vraiment, je chiale dans mon casque. Il y a de la buée, hein. j'imagine il y a beaucoup de buée et finalement on arrive à Mimisan super moment ça super moment et ma mère a repréparé l'apéro on parle d'une maman qui ne boit pas mais qui exprime à sa façon et les gens sont partis et là c'est le côté un peu chiant parce qu'on se retrouve seule tour descend rendez-vous notaire voilà là après c'est le côté administratif c'est le côté oui il y a l'héritage mais il y a aussi les deads il faut tout gérer et puis finalement ça se passe bien quoi
- Speaker #0
Tu dis que t'as eu des retours, qu'on t'a dit que c'était super, tu te rappelles de choses particulièrement qui t'ont touchée ? Est-ce qu'on t'a dit des choses qui t'ont touchée ? Ouais,
- Speaker #1
on m'a dit que c'était tout le temps réaliste, émouvant. On m'a aussi dit qu'il m'aimait beaucoup, qu'il parlait tout le temps de moi. C'est vrai. On m'a un peu dit que j'étais sa seule unique. Jusqu'au bout, je sais que j'étais la personne qui l'aimait le plus au monde.
- Speaker #0
Et alors, qu'est-ce que t'en retires, non pas de... ? Bien sûr, il y a toute cette étape où perdre son papa, c'est quelque chose. Mais puisqu'on essaye d'encapsuler un petit peu tout ça dans ce moment et dans la façon dont tu as choisi de dire au revoir à ton papa et de ce que ça a peut-être permis, de ce que ça t'a appris derrière, qu'est-ce que t'en retires ? Quel apprentissage, en fait, t'en retires de tout ça et de ce moment-là ?
- Speaker #1
Communiquer, dire je t'aime, gérer ses émotions. Moi, j'étais totalement déconnectée de mes émotions. Je pense comme ma maman. et comme beaucoup de gens du sud-ouest je mets les pieds dans le plat et ailleurs vraiment moi j'avais pas compris que les émotions ça travaillait encore ça impactait nos décisions ça impactait plein de choses dans notre vie moi j'étais pas du tout là-dedans j'ai toujours été bonne élève j'ai fait une école d'ingé, j'ai toujours filé droit j'ai jamais fait de vagues, j'étais un robot quoi et là je me suis dit il y a un truc que je connais pas et qui est ultra fort et faut que je bosse dessus De toute façon, j'ai eu le temps de bosser dessus parce que je suis passée par toutes les phases de deuil, bien sûr. Donc, j'ai découvert la colère, l'injustice, la tristesse, la culpabilité.
- Speaker #0
Et donc, comment tu as fait pour gérer ça ?
- Speaker #1
J'ai fait plein de techniques différentes. J'ai commencé par me faire tatouer beaucoup. J'étais déjà très tatouée. Et bon, quatre mois après, j'ai aussi fait tatouer la cuisse. Six mois après, le pied. Enfin, voilà, ça a été une vague de tatouage forte. L'hypnose m'a beaucoup servi. Je pense que ça a fait 80% du taf. Et les 20% restants, c'est une pratique de... Modifications corporelles pas très connues, pas très légales. Je me suis fait encapsuler les cendres de mon père et je les ai mis sous ma peau, dans ma main.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Je pense que je n'avais pas la force de le laisser partir. Et de le mettre dans ma peau était très... Le tatouage était de le mettre dans ma peau, mais là, c'était encore plus invasif. Et je crois qu'il y a eu un vrai déclencheur. Et j'ai vraiment coupé tout à ce moment-là. Donc j'ai...
- Speaker #0
Mais ça te permet quoi, ça ? C'est quoi l'idée qui va avec ça ?
- Speaker #1
Je pense que c'est le fait qu'il soit toujours là. qu'il soit avec moi. Peut-être la peur de l'oublier. Par exemple, cette année, il est né le 16 janvier. Et l'année dernière, j'ai loupé son anniversaire.
- Speaker #0
Tu veux dire que tu n'y as pas pensé ? Oui.
- Speaker #1
Culpabilité. Et puis après, je me dis, ben non, ça fait dix ans, c'est normal que tu commences un petit peu à lâcher le truc, quoi.
- Speaker #0
Oui, et aussi, c'est bien, quelque part. C'est-à-dire que ça veut dire que la vie a continué. Et puis, bon, tu sais aussi, dix ans après, que ce n'est pas ça qui t'empêche de penser à ton père,
- Speaker #1
en fait. Parce qu'il y a aussi un aimant à l'intérieur. Et du coup, je ne peux pas faire d'IRM. Mais pour l'instant, tant qu'il n'y a pas d'urgence vitale, je le garde avec moi.
- Speaker #0
Donc, tu te projettes sur le fait de potentiellement un jour l'enlever ?
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il faudra. Il faudra parce qu'un jour, j'aurai besoin d'IRM.
- Speaker #0
Symboliquement, ce sera intéressant aussi. Ce sera encore une autre phase du deuil. Oui,
- Speaker #1
mais par exemple, là aussi, on achète une maison. il y aura un jardin et j'ai demandé à mon copain si je pouvais planter un arbre avec les cendres de mon papa au pied je lui avais promis je crois même que je l'avais dit dans la vidéo tu vois je suis en train de penser parce que les cendres tu les as pas dispersées ?
- Speaker #0
d'accord Ah,
- Speaker #1
j'ai pas l'air d'acheter.
- Speaker #0
Ok, next.
- Speaker #1
C'est encore la chambre d'amis collée à ma chambre chez ma maman. Ma maman qui a joué le jeu. Quand je l'ai appelée un jour et je lui ai dit écoute maman, ne me pose pas de questions. Tu vas ouvrir l'urne, tu vas prendre un sachet, tu mets des cendres et tu me l'envoies à Nantes.
- Speaker #0
Sacré soutien quand même.
- Speaker #1
Sacré soutien. Je peux être dure parce que ça m'a manqué le côté émotionnel. Mais j'ai une maman sans faille qui est tout le temps là, tous les jours.
- Speaker #0
Donc ça t'a appris ça ? que les émotions, il fallait en prendre soin, que les mots, il fallait les dire, que dire je t'aime, c'était important. Et depuis, qu'en est-il de ton parcours ? Qu'est-ce que ça a changé, toute cette étape ?
- Speaker #1
Maintenant, je fais la libération émotionnelle et l'énergie. J'accompagne très souvent le deuil chez mes clients, mes clientes. Les émotions, c'est le cœur de mon métier. En fait, tout tourne autour de ça dans mon boulot de thérapeute. Et pareil dans la communication. Dans la communication, je fais de l'émotionnel. En fait, l'émotionnel est vraiment la base sur tout. Plus le temps avance, plus c'est un sujet que tout le monde parle. Ça m'arrange bien parce que j'apprends des trucs tous les jours et surtout je me sens alignée là-dessus.
- Speaker #0
À l'endroit de mettre des mots, pour ceux qui ne sont pas trop familiers de ces techniques, mais que ce soit dans l'hypnose, où en fait on vient quand même aussi raconter une histoire, suggérer des choses, en fait tous les mots et le rythme sont très importants, ou l'EFT, où en fait c'est une technique de tapotement et où on vient ancrer aussi des mots. À cet endroit-là, il faut qu'il soit bien choisi, pesé, enfin... C'est intéressant quand même de voir que tu es passée d'un rock qui parle peu à utiliser des mots pour soigner.
- Speaker #1
La puissance des mots, je me rends compte, encore une fois, dans le sud-ouest, on n'a pas trop ce truc-là. Et il y a des mots tranchants qu'il faut peser. Mais encore une fois, des fois, je ne suis encore pas parfaite là-dessus. Et en thérapie, ce qui est sûr, c'est que les mots utilisés ne seront jamais... Autre que les mots qui sont dits dans la bouche de mes consultants et consultantes.
- Speaker #0
Tu ne suggères rien ?
- Speaker #1
Jamais.
- Speaker #0
Bien sûr. Oui, parce que...
- Speaker #1
C'est vraiment la base. Parce que chaque mot a une charge émotionnelle chez chaque personne. Quand on comprend ça, c'est très PNL aussi ça.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est que chacun a sa charge selon les mots. L'écosystème, il change la vue des réactions des autres, des comportements des autres, et totalement indifférent, une fois qu'on a bien ça en tête.
- Speaker #0
PNL, programmation neurolinguistique, pour ceux qui ne l'ont pas, qui est aussi toute une étude, une utilisation des mots et des sens qu'on met derrière, et on a chacun notre propre prisme. Et c'est tout un travail qui est nécessaire en tant qu'accompagnant que de ne pas venir biaiser le sens que les gens mettent derrière les mots qui sont les leurs. puisqu'à cet endroit-là, on arrive assez rapidement à de la manipulation. Donc c'est aussi pour ça que ce sont des techniques qui sont souvent aussi remises en cause, questionnées. C'est normal parce que ça nécessite un soin particulier et ça nécessite d'être fait avec beaucoup de discernement. Merci pour cette histoire, Agathe. On s'en est bien tiré au niveau des émotions.
- Speaker #1
Ouais, ma voix a un petit peu trembloté. Comme quoi, quasiment 11 ans après, il y a des petits restants comme ça.
- Speaker #0
Oui, mais c'est tout à fait différent d'en parler comme ça dans la vie de tous les jours que de là prendre un moment vraiment où c'est aussi des moments où je te fais revivre la situation.
- Speaker #1
C'est des émotions d'il y a dix ans. C'est intéressant parce qu'il y a dix ans, je ne me suis pas posé la question. Et là, tu me poses la question.
- Speaker #0
La question de quoi ?
- Speaker #1
Quelle émotion j'ai vécue ? À quel moment ? Comment j'ai vécu ? En pilote auto, de toute façon, il fallait gérer.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Tu as tenu et tu as fait ce que tu pouvais.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Avant qu'on se quitte, j'aime bien offrir l'opportunité à la personne qui vient porter ce message de partager un conseil peut-être à nos auditeurs. Est-ce que toute cette histoire ou peut-être ton actualité du moment te donne l'envie de partager quelque chose en particulier, un conseil qui te semble aidant ?
- Speaker #1
De ne pas attendre que les gens soient en train de partir pour dire les choses qu'on pense et de ne pas laisser les problèmes relationnels gâcher des moments et avoir des regrets. Ça s'apprend, les émotions et la communication. On ne part pas tous avec le même jeu de cartes. Nos parents, ils ont fait comme ils pouvaient, dans les générations qui sont aussi, qui a bien évolué. Tout est changeable et les thérapeutes, on est là, les coachs, les thérapeutes, on est là aussi pour aider. Il y a à dispo plein de choses pour apprendre, comprendre et s'améliorer si on a besoin et on sent que c'est des freins qu'on a dans les pattes.
- Speaker #0
C'est vrai, il y a énormément de techniques, d'approches différentes qui existent. Si vous sentez que les émotions, ça reste un peu un grand mystère pour vous, qu'au contraire, vous avez souvent l'impression de vous sentir submergé, c'est qu'il y a peut-être quelque chose à venir détricoter. Et vous choisirez bien la pelote et les aiguilles qui vous semblent les plus à propos. Explorez, cherchez, vous finirez bien par trouver la personne. parce que c'est beaucoup une histoire de personne dans l'accompagnement. Au-delà de la technique, la personne avec qui vous vous sentez suffisamment en confiance pour le faire. Faites-vous confiance à cet endroit-là. C'est le meilleur indicateur. Si vous le sentez, ça vaut peut-être le coup d'explorer. Agathe, nous n'avons pas encore dit comment est-ce qu'on s'est rencontrés. Toi et moi.
- Speaker #1
Ça fait une transition.
- Speaker #0
C'est vrai, oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Mais tu sais que la première fois... Ah si, c'est bon, je me souviens la première fois qu'on s'est connus. On s'est connus via les réseaux, parce qu'on a un peu le même passif d'agence de com. Moi, j'étais en poste. Toi, tu avais pris l'envol du coaching. Que moi, je regardais au loin en me disant, ah, j'aimerais bien. Moi, c'est un moment où je travaillais encore sur les deux côtés, le côté thérapie et le côté encore salarié en agence de com. Et il y a eu une offre d'emploi.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vrai, dans mon ancienne agence. C'est vrai que c'est comme ça que ça s'est passé. Oui, carrément.
- Speaker #1
Dire conseil business d'elle, je crois que c'était un truc un peu hybride comme ça. Je me souviens exactement, parce que je me suis permis de t'écrire sur les réseaux, sur Insta. Tu m'as appelée, rien n'est resté que 45 minutes au téléphone. Et clairement, tu m'as dit, tu peux y aller. Mais par contre, si tu as besoin de temps pour développer ton activité, ce n'est pas là que tu vas le trouver. C'est ça,
- Speaker #0
ce n'est pas ça qui va se passer. Oui, effectivement.
- Speaker #1
Et j'avais commencé le... le recrutement et en fait le process ça s'est pas fait et finalement on s'est beaucoup vus en coaching après ouais on s'est fait des échanges pas mal pour que tu m'aides justement en pro et en perso aussi tu m'as aidé là-dessus et je te remercie avec plaisir sur sur bah oser tu m'as aussi grondé des fois quand j'hésitais à me lancer
- Speaker #0
Ça n'est pas vrai, je ne gronde pas. En fait, quand Agathe parle d'échange, c'est des choses qui se passent souvent quand on est entrepreneur. L'argent n'est pas la seule manière de se rémunérer. Et Agathe et moi, on faisait des échanges, c'est-à-dire que je l'accompagnais en coaching et puis elle me faisait un soin. Je l'appelais un peu ma mécanicienne de l'énergie. Parce qu'effectivement, elle a cette approche très... très terre à terre de l'énergie, ce qui est intéressant à dire. Et voilà, et quand elle dit que je la grondais, ça c'est un peu les trucs qui déclenchent l'écho, c'est quand en face de toi, tu as une personne qui sait tout à fait ce qu'elle souhaite, qui clairement a toutes les ressources qui sont à disposition, mais qui continue à faire ce que j'appelle des refus d'obstacles. Bon, il se trouve que comme avec Agathe, on a aussi commencé à avoir une relation un peu extra-séance, je m'autorisais un petit peu plus de... à être un petit peu plus pushy qu'avec les personnes qui viennent en séance d'habitude.
- Speaker #1
Et finalement, aujourd'hui, nous partageons nos vendredis ensemble.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Parce que Lucie a une salle chez Solal et moi, je suis aussi présente le vendredi. Donc, on se croise dans les couloirs, on déjeune ensemble. On s'envoie des consultants et consultantes.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Parce qu'on a une approche très complémentaire. Moi, je suis très dans le passé, passé-présent. Et Lucie est plutôt... Dans le coaching, donc plutôt présent-futur. Exactement. En action. Assez complémentaire à niveau pratique.
- Speaker #0
Ce sera une bonne façon de terminer. Est-ce que tu veux bien nous raconter la petite et grande histoire derrière Solal ?
- Speaker #1
Oui. Quelques semaines après le décès de mon père, j'ouvre mon compte en banque. Et me voilà avec plein de zéros sur le compte en banque. Surprise, papa avait une assurance vie. Je suis la seule héritière. J'ai de l'argent de côté. Je peux me payer un appartement. Enfin, je peux débloquer un crédit pour m'acheter un appartement. Et je me dis, non mais je veux investir autrement. Je décide de créer un lieu pour faire de la thérapie, un cabinet paramédical on va dire, autour de la santé mentale. Et je visite un lieu, j'ai un coup de cœur. Le propriétaire me garde le lieu alors qu'il y a plein de monde qui veut l'acheter. Je l'achète et au moment où je remplis l'acte d'achat, je me rends compte que c'est au 58 boulevard Meunier de Quernon. 58, l'année de naissance de mon père. Tout s'est fait de façon très fluide Il est toujours dit qu'il y avait une bonne étoile Qui me suivait depuis le début Et que mon papa était très présent chez Solal Et j'ai remarqué il n'y a pas tant de temps que ça Qu'il y avait C'est une graphiste qui m'a fait C'est Pauline qui m'écoute Qui m'a fait le logo de Solal et il y a une étoile dans le haut Donc c'est la bonne étoile Il faut savoir que j'ai visité ce lieu le 16 janvier C'est l'anniversaire de papa Et que 9 mois après J'ai ouvert le lieu Merci. c'était le 16 septembre, c'était l'anniversaire de ma mère oh,
- Speaker #0
c'est bien c'est beau bravo pour tout ça, Agathe merci beaucoup pour l'histoire que t'es venue raconter j'espère que t'as passé un bon moment ouais, c'était chouette de se replonger un peu j'espère que ce récit vous aura à la fois ému, fait sourire le sujet du deuil, c'est un sujet moi aussi qui me touche particulièrement Et je trouve qu'une des façons de profiter pleinement de la vie, c'est aussi d'avoir trouvé une forme de, non pas d'aise, mais aussi presque avec cette idée, en fait. Parce que c'est comme ça. S'il y a bien quelque chose sur laquelle on n'a pas la main, c'est qu'il y aura une fin à un moment pour nous, pour les gens qu'on aime. Et que ça peut être un endroit d'où on tire beaucoup de force après le chagrin.
- Speaker #1
Totalement. Merci de m'avoir reçue, c'était trop cool.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode. J'espère qu'il t'a plu et que tu repars avec de bonnes raisons de mettre des mots sur les choses. Prise de parole est disponible sur toutes les plateformes de podcast. Abonne-toi pour ne rater aucun épisode et n'hésite pas à laisser des avis et 5 étoiles. Ça aide beaucoup pour permettre à d'autres personnes de nous découvrir, mes invités, leur histoire et moi. Si tu souhaites nous suivre ou venir toi aussi nous partager une prise de parole qui a marqué un tournant dans ta vie, rendez-vous sur Instagram sur prisedeparole.podcast. Je serai ravie de te découvrir. A très bientôt !