- Speaker #0
Trop souvent, on parle pour ne rien dire. Discuter de la pluie et du beau temps, faire la conversation, combler les blancs. Beaucoup de mots pour trop peu de communication. Je suis Lucie. J'aide les humains à exprimer et donner vie à leur vérité. Les mots, c'est mon dada. Avec Prise de parole, je voulais que mes invités viennent nous partager cet instant où ils ont réussi à exprimer ce qui vibre très fort à l'intérieur. Qu'il s'agisse d'une prise de parole préparée pendant des mois ou d'une situation où c'est sorti tout seul, que ça ait eu lieu dans l'intimité d'une relation ou sur une scène. Ils nous racontent ce jour où ils ont trouvé les mots. Comment ils ont fait ? Et ce que ça a provoqué ? Prépare-toi à être inspiré, étonné, ému. Et qui sait, peut-être que cette histoire te donnera toi aussi l'envie de prendre la parole. La prise de parole d'Alexandra, c'est celle d'une jeune fille qui décide de dire stop. Encore tremblante aujourd'hui, elle vient nous raconter le courage qu'il lui a fallu pour se lever et se barrer quand les choses étaient allées trop loin. Qu'est-ce qui déclenche ce trop-plein ? Pourquoi ? Après des mois de prépa à recevoir des pics sans rien dire, elle s'est un jour décidée à se défendre. Comment passer d'une élève discrète qui respecte l'autorité et la figure du professeur à une femme qui dit « c'est assez » . C'est avec une grande clarté, à plomb et encore très connectée à ses émotions de l'époque, qu'elle vient nous expliquer comment elle a su faire comprendre à son professeur que ça n'était pas lui qui allait définir sa valeur. Cet épisode te parlera si tu sens que tu es dans une relation qui abîme ton estime de toi. Reprends la main, dis stop, c'est la meilleure chose à faire, la preuve. avec cette prise de parole. Bonjour Alexandra.
- Speaker #1
Bonjour ici.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu vas ?
- Speaker #1
Très bien.
- Speaker #0
Je suis ravie de t'accueillir ici dans Prise de Parole. Alexandra, toi et moi on se connaît déjà, on s'est déjà vus quelques fois, mais je ne connais absolument pas la prise de parole dont tu es venue nous parler. Quoi qu'il en soit, l'idée c'est de toujours te questionner de la manière la plus neutre possible. Bon ben là je ne vais pas avoir besoin de faire semblant de quoi que ce soit, puisque... Je ne connais pas du tout cette histoire. C'est ça. Avant de rentrer dans le vif du sujet, est-ce que tu veux bien te présenter et nous dire à quoi sont occupées tes journées ?
- Speaker #1
Oui, avec plaisir. Donc Alexandra, vous me disiez, 38 ans, je suis maman de deux petites filles de 7 et 4 ans. Et j'occupe mes journées à lancer ma nouvelle activité. Je suis accompagnante en parentalité et que donc... Mes journées sont bien remplies entre la formation et essayer de se faire connaître pour accompagner les parents.
- Speaker #0
Et ça fait combien de temps que tu t'es lancée ?
- Speaker #1
Du coup, j'ai quitté mon précédent emploi il y a à peu près cinq ans, à l'arrivée de ma deuxième fille. Et du coup, ça a pris trois ans de formation. Et là, je dirais que ça fait un an et demi, deux ans que je suis indépendante et essayer de faire que cette activité prenne vie.
- Speaker #0
Bon, c'est ce qu'on te souhaite alors.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Avant de nous raconter vraiment le moment que tu es venue nous partager, est-ce que tu peux m'en dire plus sur ton rapport à la communication ?
- Speaker #1
Alors j'avais cette étiquette quand j'étais petite d'être très timide, donc de vite piquer un phare très rouge, surtout quand il y avait du monde ou en classe, des gens que je ne connaissais pas bien. Mais même des gens que je connaissais bien au final, le fait d'avoir plein de regards sur moi c'était compliqué. Par contre dans l'intimité de ma famille, je n'ai jamais eu de problème. Et puis d'ailleurs, j'ai toujours eu bavarde sur mes bulletins scolaires. Donc bavarde avec ma voisine ou mon voisin, mais pas pour prendre la parole. Et puis après, la communication, c'est vrai que là, j'ai dans. On commence vraiment à prendre conscience de l'importance que ça a dans notre relationnel avec les autres. Et même avec nous-mêmes, notre communication interne, les mots qu'on utilise pour se parler à soi-même aussi sont très importants. C'est vrai ça. Donc ça, c'est une vraie prise de conscience que j'ai eue ces dernières années. à quel point c'est important de soigner aussi comment on communique, et avec soi-même, et avec les autres.
- Speaker #0
Tu avais tendance à ne pas bien te parler ?
- Speaker #1
J'ai toujours tendance, c'est des mécanismes qui sont là, mais au moins j'en ai conscience, et des fois j'arrive à rectifier le tir.
- Speaker #0
Ok, trop chouette. Observez, vous aussi qui nous écoutez, la manière dont vous avez de vous parler, ou même de parler de vous. Typiquement ces petits trucs, des fois on va dire « ah non mais putain je suis trop bête » , et encore pareil, enfin bon bref. parce que finalement ces mots là que vous avez dans votre bouche, vous n'êtes pas à l'abri de les mettre dans la bouche de quelqu'un d'autre à un moment.
- Speaker #1
Oui et puis les mots forment la pensée, donc au final c'est l'image qu'on a de nous-mêmes et qu'on jette aux autres comme tu dis, c'est l'image qu'on a du monde, enfin bref c'est hyper important finalement d'avoir du recul sur les mots qu'on utilise.
- Speaker #0
Donc voilà un premier levier d'action, très interne et très avec vous-même déjà, si vous avez des difficultés à communiquer, déjà regardez comment est-ce que vous vous parlez. A vous-même. Merci Alexandra pour ce petit sujet. Allez suivre Alexandra sur les réseaux. D'ailleurs, on voit ce qu'on te suit Alexandra, tant qu'on y est.
- Speaker #1
Parentalité tout en couleurs sur Insta, c'est très bien. J'essaye de poster. régulièrement pour donner des petits tips aux parents.
- Speaker #0
Super. De toute façon, vous retrouvez à chaque fois tous les contacts des invités dans les postes dédiés sur prisesdeparoles.podcast. Alexandra, pourquoi est-ce que c'est de cette prise de parole-là que tu as eu envie de venir me parler aujourd'hui ?
- Speaker #1
C'est vrai que quand j'ai écouté ton podcast la première fois, forcément, je trouve qu'on en vient à tous un petit peu revoir notre vie et se dire, tiens, à quel moment j'ai eu des prises de parole moi aussi. Et celle-là, je pense que c'est une des... plus marquante parce qu'elle est intervenue assez jeune et donc assez fondatrice au final de comment après ça a été facile ou pas pour moi de prendre la parole. Ça a été une débriefe en tout cas.
- Speaker #0
Est-ce que c'était une prise de parole qui était préparée ou est-ce que c'est venu un peu spontanément ? Est-ce que tu t'en souviens ?
- Speaker #1
C'était préparé dans le sens où j'avais en tête d'aller prendre cette parole. Mais alors dans les mots, je pense, ça fait longtemps, on va venir après le contexte, mais du coup, il faut quand même invoquer la mémoire. Si, je m'étais répétée dans ma tête des choses, c'est clair.
- Speaker #0
Pour rentrer un petit peu plus dans le sujet, moi, ce que j'aime bien faire, c'est proposer aux gens de nous donner le titre que pourrait être cet épisode. Donc, il peut être soit hyper descriptif, soit plutôt descriptif de ce que ça a engendré pour toi. et Là, comme ça, qu'est-ce qui te viendrait comme titre ?
- Speaker #1
Le titre que ça pourrait être, c'est « Le jour où j'ai osé me faire respecter » .
- Speaker #0
Un bien beau sujet.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Se faire respecter. Oser se faire respecter. C'est intéressant parce que peut-être qu'il y a des gens... qui écoutent, qui se disent comment ça, il faut oser se faire respecter. Mais je suis sûre qu'il y a aussi plein de gens qui disent oui, oui, je vois très bien quel est le sujet. Bon, tout un teasing. Pour rentrer plus concrètement dans cette prise de parole, c'est quoi ce moment vraiment dont tu es venue nous parler avant d'ensuite revenir sur le contexte ?
- Speaker #1
C'est le jour où je suis allée confronter, on peut dire ça, confronter mon prof de maths qui me mettait la misère.
- Speaker #0
Hum, les étudiants écoutent très attentivement et tout le monde se dit « mon Dieu, mon Dieu, que s'est-il passé ? » Ok, ben justement, que s'est-il passé ? Qu'est-ce que tu peux nous dire peut-être du contexte avant ça ?
- Speaker #1
Alors du contexte, du coup, c'était il y a quelques temps, c'était il y a quasiment 20 ans, j'avais à peine 19-20 ans moi-même. J'étais donc après le bac, j'étais en classe préparatoire pour les grandes écoles scientifiques, l'école d'ingé.
- Speaker #0
Est-ce que les prépas, c'est aussi dur que ce qu'on dit ?
- Speaker #1
Du coup, ce prof de maths en était la parfaite incarnation, mais tout le reste n'était pas forcément au contraire. Il y avait une équipe d'enseignants hyper cool. Mais lui, pour le coup, oui. En plus, lycée parisien, donc voilà, c'était un petit peu le stéréotype, on va dire. Donc oui, 19 ans, je suis en deuxième année d'école de prépas, ou pour ceux qui ne connaissent pas... Le rythme est assez intense. Beaucoup de fatigue parce que j'avais du transport pour y aller. Énormément d'informations à ingurgiter, des trucs à apprendre. En plus, les mathématiques, c'est quand même des sujets assez compliqués. Moi, je sais que depuis le lycée, même si j'ai toujours été une bonne élève, je commençais à décrocher des maths. J'étais beaucoup plus physique, chimie, parce que plus qu'on crée, les maths, pour moi, c'était hors sol. C'était de la philo. Du coup, il m'avait bien identifiée. Comme étant... Après, en prépa, on a l'habitude d'avoir des mauvaises notes. Mais... C'est vrai,
- Speaker #0
on est vraiment habitués à ça. Tu t'y attends. Déjà, quand il arrive, tu sais, tu connais la règle.
- Speaker #1
Tu sais qu'on te met de la misère, oui.
- Speaker #0
Vraiment sympa. Et qu'est-ce qui fait que tu avais choisi d'y aller ?
- Speaker #1
Non, mais c'est que j'avais 19 ans, en fait. Et que je trouve que l'orientation, en tout cas, si les choses n'ont pas changé en France, ce n'est vraiment pas top. Avec la flemmardise peut-être de l'adolescence, je n'ai jamais vraiment cherché moi-même. Étant donné que l'école, c'était plutôt facile pour moi, j'ai suivi des chemins qui étaient déjà tracés autour de moi. Mon frère avait fait ça, c'était un peu la tradition familiale, on va dire, d'être dans ces domaines-là plus scientifiques. Et en plus, étant dans la région parisienne, c'est quand même vachement accessible, en fait, ces prépas. Et du coup, c'est vrai que c'était le discours de se dire, pendant deux ans, t'en chies, mais après, t'inquiète, ça va t'ouvrir plein de portes. Donc on arrive déjà préparé à en prendre plein la tête.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Alors avec du recul, avec 20 ans de recul, honnêtement, je trouve que ce n'est pas du tout la solution. Et puis d'ailleurs, ça a été pendant longtemps une partie très compliquée de ma vie. Je crois que ça a été la première phase de ma vie où j'étais vraiment malheureuse, quoi. Parce que ce n'était pas du tout pour moi, en fait. La compétition à fond. te dénigrer, l'intensité, la fatigue, enfin bref, il n'y a rien qui allait quoi.
- Speaker #0
Ouais, puis ça, clairement, ça abîme des estimes de soi, je trouve.
- Speaker #1
Ah bah, clairement. Surtout quand t'as pas de base une estime assez forte, là, t'y vas, tu te fais ratatiner quoi.
- Speaker #0
Ok, donc toi t'y vas parce que c'était le chemin, t'avais déjà un projet pour après ou... Que dalle. Ok.
- Speaker #1
J'ai une école d'Angers et je savais qu'il y avait plein de possibilités différentes, parce qu'il y en a tout un tas de différents en France. J'avais toujours été plutôt scientifique, autre chose. Donc, je me disais, je vais forcément trouver mon bonheur. Mais vraiment, c'est aussi de ma faute parce que je ne me suis jamais beaucoup posé de questions sur quelles sont mes passions, qu'est-ce qui m'anime, etc. On ne m'a pas trop appris à se connecter comme ça à vraiment qui on est.
- Speaker #0
Oui, oui. Après, c'est compliqué de dire qu'à 18 ans, c'est ta faute parce que c'est aussi beaucoup. Le cadre pédagogique, l'éducation des parents, de l'entourage, les questionnements qu'on facilite à l'époque. C'est un peu se juger durement que dire que c'est ta faute.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Je suis tout à fait lucide là-dessus aussi. Moi, je n'ai même pas fait de stage de troisième. Je n'avais vraiment pas du tout de connexion de qu'est-ce que c'est la vie après l'école, après le lycée. Donc oui.
- Speaker #0
Et donc tu te retrouves dans cette prépa et tu fais la connaissance.
- Speaker #1
de ce prof de maths, donc deuxième année déjà, donc j'avais déjà fait une année.
- Speaker #0
Avec ce même prof ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ah,
- Speaker #1
un autre prof.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et puis tout le contexte aussi qui compte mes parents se séparer. Contexte émotionnel, pas tip-top non plus, qui vient un peu en rajouter une couche sur le fait que le moral, il est un peu gris.
- Speaker #0
Tu vivais chez tes parents ?
- Speaker #1
Oui, je vivais chez mes parents parce que du coup, je viens de la banlieue parisienne et c'est aussi pour ça que j'étais très fatiguée, je faisais beaucoup de transport. Et du coup, ça arrive à cette période où mes parents se sont séparés. Donc, ce n'était pas foufou émotionnel. L'année commence, je rencontre des nouveaux profs. Je réfléchis, oui, c'était nouveau par rapport à l'année d'avant. Voilà, ça continue sur sa lancée. Et puis, je capte bien, on capte tous que ce prof de maths, il est hyper autoritaire. Il est un peu dans un schéma de je suis au-dessus de vous.
- Speaker #0
Ok, je vais vous apprendre.
- Speaker #1
Je vais vous apprendre, je suis le sachant. Vraiment dans cette caricature de la prépa, vous êtes tous des merdes.
- Speaker #0
Il a quel âge à l'époque à peu près, tu dirais ?
- Speaker #1
Je dirais une bonne cinquantaine peut-être, 40-50 ans.
- Speaker #0
Donc un vieux de la vieille comme on dirait aujourd'hui. Même si les personnes qui ont 50 ans qui nous écoutent sont très jeunes, ce n'est pas ça qu'on veut dire. Mais voilà, effectivement quand on a 20 ans déjà, il y a un gros gap générationnel avec une personne de 50. Et dans des institutions comme ça, avec cette façon de penser que tu es en train de nous décrire qu'il avait, on peut qualifier de vieux de la vieille dans le schéma de pensée. C'est ça,
- Speaker #1
c'est sa manière de penser. Et en plus, on sentait tous qu'il avait... On ne se sentait pas heureux, en fait. On avait l'impression qu'il était hyper frustré d'être là, qu'il aurait aimé une autre vie, une autre carrière pour lui-même. Enfin, il n'était pas heureux d'être là et il nous le faisait bien sentir. Ou un peu peut-être du style, moi j'ai subi ça, il faut que je le fasse aussi subir. On en discutait entre nous tellement il était vraiment à part. par rapport aux autres profs.
- Speaker #0
Donc, il fait galérer tout le monde, mais toi particulièrement, tu disais ?
- Speaker #1
En fait, c'est vrai que les maths, elles ont quand même un statut particulier, même en dehors d'être dans la prépa, dans le parcours scolaire classique, les maths, c'est quand même la matière phare, je dirais. Donc, il y a une certaine pression en plus avec le fait d'être en mathématiques. Et lui, il nous faisait sentir moins que rien et il avait un peu deux têtes, un peu bouc émissaire. donc c'était moi et puis un autre garçon, un autre étudiant avec moi. Et qu'est-ce qui te fait dire qu'ils t'avaient prise en bouc émissaire ? Alors ben, ils pouvaient sortir des choses du style... Donc ils voyaient une notion machin et puis ils pouvaient dire c'est bon tout le monde a compris ? Alexandra vous avez compris ? Bon bah si Alexandra a compris, tout le monde a compris.
- Speaker #0
Ah yes !
- Speaker #1
Voilà, des bonnes petites phrases bien sympathiques lancées comme ça. Oui j'avais des mauvaises notes en maths, j'étais clairement dans la c**. que de la classe en mathématiques mais j'étais pas non plus... Enfin, en même temps, on s'y attend. Après coup, je me dis mais c'est tellement malveillant de faire ça. Donc, il faisait ça à moi et à un autre garçon. Des petites phrases comme ça, la semaine dernière, qui m'est restée, mais je sais qu'il y en a eu plein d'autres.
- Speaker #0
Et vous en parliez entre vous avec ce garçon en particulier ?
- Speaker #1
Non, pas plus que ça. Au quotidien, je me suis pas rendue compte que ça me pesait autant, en fait. Ça faisait partie du jeu. C'est un peu comme si j'avais signé en rentrant en prépa. pour avoir ce genre d'expérience aussi.
- Speaker #0
C'est assez vite que tu sens qu'il te prend en grippe ou il y a un élément déclencheur ?
- Speaker #1
Il n'y a pas d'élément déclencheur. Il y a un élément déclencheur pour la prise de parole, mais pas pour lui qui m'est identifié comme une personne qui peut facilement, comme ça, se moquer, humilier. Enfin, voilà. Ça s'est installé, je pense. au fur et à mesure qu'il me connaisse, qu'il me regarde, qu'il m'observe, qu'il regarde un peu à qui il a affaire en face de lui.
- Speaker #0
Et toi, ça a quel effet sur toi, tout ça ?
- Speaker #1
En fait, j'avais déjà une mauvaise image de mes capacités, parce que je voyais très bien, ça faisait déjà plus d'un an, que j'étais en prépa, que les notes sont mauvaises, etc. Mais comme on est tous dans le même bateau, je ne me sens pas forcément plus nulle que les autres. En fait, je ne l'aime pas, lui, pour qui il est. Et ces petites phrases qui me lancent... Je ne suis même pas certaine que ça m'atteignait vraiment. C'est juste que je notais que c'était vraiment pas cool. Ça ne me donnait pas lieu à ce que d'autres se moquent de moi. C'était vraiment entre lui et moi. Le reste de la classe était hyper bienveillant. Et il n'y avait pas de soucis plus que ça.
- Speaker #0
Néanmoins, tu dis qu'à priori, il y a un élément déclencheur pour cette prise de parole.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe ? On est à quel moment de l'année ?
- Speaker #1
On doit être en janvier, par là. Et en fait, en prépa, pour ceux qui ne connaissent pas, il y a le principe d'école. col, c'est pas se faire coller parce qu'on a fait une bêtise. On est par groupe de trois et toutes les semaines, on doit avoir deux cols. C'est-à-dire qu'on reste après les cours le soir et on est avec un colleur. C'est soit un ancien étudiant soit un prof qui nous met, qui nous divise le tableau en trois et à chacun, on a un exercice à faire pendant une heure. Et en gros, ça nous prépare aux oraux des concours. Donc, c'est un peu de l'aide. Ça devrait être vu comme ça. du soutien, de préparation pour le concours. Et donc, je suis avec mon groupe de call, avec mon prof de maths.
- Speaker #0
C'est lui le caller, du coup ?
- Speaker #1
Sur cette séquence-là, oui. Ce n'était pas toujours lui, mais là, oui. Ils nous donnent chacun un exercice et je galère. Je galère avec ma craie dans mon tableau et je regarde ce qui se passe à côté. Ils n'ont pas du tout le même exercice que moi. Je ne peux pas m'aider du tout de ce qui se passe. Et c'est pas le genre de personne, parce qu'autant avec certains callers, tu peux être dans la discussion, ils vont te donner certaines pistes. Enfin voilà, c'est constructif quoi. Lui, je savais que c'était mort. Donc j'étais comme ça devant mon truc. Et en fait, il commence à me sortir des... Je me souviens même plus des mots, mais en gros, il commence à m'humilier. Il commence à me dire que j'y arriverai jamais, que comment ça se fait que je sache pas ça. Enfin vraiment à me sentir... Là, pour le coup, ces paroles me font vraiment du mal. je commence vraiment à me sentir une merde et en plus l'image c'est vraiment je suis sur l'estrade parce que du coup tous les tableaux et les bureaux étaient sur une estrade et lui il est en contrebas et j'ai l'impression de me recevoir des tomates d'être en mode t'es sur la scène et je t'humilie il n'y avait pas de public,
- Speaker #0
il n'y avait personne à part mes deux les deux autres de mon groupe les deux autres de ton groupe ils sont genre face à toi à côté de moi,
- Speaker #1
face au tableau aussi on a chacun une partie du tableau Merci.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord. Donc vous êtes chacun debout devant une partie du tableau, c'est ça ? Pour qu'on se figure de la scène.
- Speaker #1
Côte à côte. Tableau est coupé en trois parties. Et nous, on fait notre exercice.
- Speaker #0
Vous êtes debout et vous lui parlez à lui qui est en face de vous.
- Speaker #1
C'est ça. On se retourne quand on est un peu en galère. Quand on est un peu en galère. Et moi, il me lance des piques, il me lance des flèches.
- Speaker #0
Et donc là, tu dis que tu te sens...
- Speaker #1
Ah, je me sens... Tu vois, j'en tremble encore. Je ne sais pas si tu le vois. Je me revois sur cette estrade. Je commence à me sentir vraiment nulle. Je ne lui en veux même pas à lui. Je me sens mal. Je me sens hyper mal. Je ne sens pas encore la colère. Je sens vraiment comme un petit être fragile qui doit se recourber sur lui-même parce qu'il se sent vraiment menacé. Je pense qu'à un moment donné, je ne sais pas, mais peut-être un instinct de survie, je prends mes affaires et je me casse.
- Speaker #0
Donc ça monte, ça monte, ça monte et à un moment donné c'est trop ?
- Speaker #1
C'est trop, je me mets à pleurer, je sens l'émotion qui monte, je me prends mes affaires et je me casse.
- Speaker #0
Est-ce que dans ton souvenir lui il agit différemment de voir ton émotion arriver ou vraiment zéro empathie ?
- Speaker #1
Zéro empathie et puis ça se fait dans la foulée vraiment, je pense qu'il n'a même pas eu l'occasion de réagir. Je pars et il y a une de mes collègues de col, donc une de mes camarades qui me rattrape.
- Speaker #0
Oui, qui a assisté à cette scène, non ?
- Speaker #1
Qui me rattrape dans les escaliers et qui me dit, c'est lui, c'est pas toi le problème, c'est lui, il n'a pas à te faire ça, il n'a pas à te dire ça. Enfin bref, elle me soutient vraiment et elle ne me convainc pas de rentrer, elle ne me convainc pas de revenir ou quoi. Elle me dit, franchement, c'est pas toi le problème Alexandra, vraiment, c'est lui. Je suis complètement en larmes, j'ai l'impression de ne plus être dans mon corps. Les bras m'entendent, je ne suis plus dans mon corps. J'ai l'impression que c'est la fin, que de toute façon, je ne mérite pas d'être là. Enfin, tu vois que c'est la fin. À quoi bon, en fait ? Mais toujours à charge contre moi, pas à charge contre lui à ce moment-là.
- Speaker #0
Oui, un gros truc de résignation, de « en fait, j'y arriverai pas, je sais pas ce que je vais faire » .
- Speaker #1
Il a raison. Il n'arrive pas à faire son exercice, je suis nulle.
- Speaker #0
Ok, hyper dur.
- Speaker #1
Donc, j'avais ce lycée de prépa qui était dans Paris. Et moi, j'habite en banlieue. Et je crois que j'ai quasiment traversé la moitié de Paris à pied. Le temps de pleurer tout ce que j'avais à pleurer, j'ai appelé ma mère, qui m'a été d'une grande aide, qui m'a dit, pareil, que ce n'était pas de ma faute, que c'était lui qui n'était pas correct, qu'il n'avait pas à faire ça. Et je me souviens, je me revois sur les jolies quais de Seine, en train de pleurer tout ce que j'avais. Et là, à commencer à changer de perspective, et de me dire, mais en fait, c'est lui qui ne va pas. Ce n'est pas moi le problème. D'abord, je suis d'accord, je suis venue en maths. Mais ce n'est pas moi le problème.
- Speaker #0
Oui, on ne parle pas aux gens comme ça.
- Speaker #1
Exactement. Et ça, c'était un vendredi. Il faut savoir qu'en prépa, on a cours le samedi.
- Speaker #0
Yes, du plaisir de bout en bout finalement.
- Speaker #1
Six jours sur sept. On a cours le samedi. C'est souvent d'ailleurs des DS, des devoirs sur table. Et là, j'avais maths.
- Speaker #0
Oh, wow.
- Speaker #1
Quatre heures de maths.
- Speaker #0
Et c'est lui qui surveille ses propres devoirs ou pas ?
- Speaker #1
Ce n'était pas des devoirs, c'était cours pour le cours. Ah,
- Speaker #0
c'est cours. Ah oui.
- Speaker #1
Quatre heures de cours de maths prévues le lendemain. Alors, rentre chez moi. Et là, toute la soirée, je reparle avec ma mère. Je lui dis, mais je ne peux pas y retourner, en fait. Je n'ai plus envie de le voir. Je ne peux plus m'encadrer. Ce n'est pas possible que j'y retourne. Elle ne me force pas, mais elle me dit, tu sais, battre le fer tant qu'il est chaud, c'est bien aussi. Tu l'as eu hier, c'est frais dans ta tête. Tu peux lui dire ce qui s'est passé pour toi et le confronter, en fait.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu en penses quand elle te propose ça ?
- Speaker #1
J'entends encore, tu as vu ?
- Speaker #0
Je vois. Elle m'a fait une grande inspiration, toute tremblante.
- Speaker #1
J'en tremble encore parce que c'est vrai qu'en fait, je me rends compte que pour moi, ça a été un gros acte de courage que de me lever ce lendemain, d'aller prendre mon petit train de banlieue, puis le métro et de faire tout le trajet que j'avais à faire pour voir ce prof de maths.
- Speaker #0
Mais déjà, la nuit, quand ta mère te dit ça, tu décides tout de suite que tu vas le confronter le lendemain ou est-ce que tu te souviens de ça ?
- Speaker #1
Oui, parce que je mets tout de suite mon réveil. Sinon, si ça avait été grâce à ce mat, je n'aurais pas mis.
- Speaker #0
Ok, mais tu aurais très bien pu aussi décider d'y aller sans le confronter.
- Speaker #1
Ouais, non, en fait, j'avoue qu'à ce moment-là, je pense que je n'avais pas le choix. Je pense que c'était une question de dignité. Il était allé trop loin et j'avais besoin un peu de me défendre, en fait, de défendre qui j'étais. Chose que peut-être je n'avais pas pu faire avant. Et du coup, il avait pris trop de place sur moi. C'est assez métaphorique.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr, bien sûr. OK, donc tu mets ton réveil, tu décides que tu vas le confronter le lendemain.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Il te faut un courage fini. Il te faut un courage fou pour te lever le lendemain. Et donc ?
- Speaker #1
Et donc, pendant tout le trajet, je me repasse. Ce que je vais lui dire, me connaissant, c'est sûr que c'était en bout dans ma tête. J'arrive en cours. Certains qui savaient si c'était passé. Puisque finalement, il n'y avait que trois. On n'était que trois de ma classe. Donc, ce n'était pas un événement qui avait fait plus de bruit que ça. On me demande vite fait comment ça va. Ça va. Je passe les deux heures, les deux premières heures à suivre le cours. Puisque ça enchaîne, en fait, on n'a pas le temps. Il faisait comme si de rien n'était. Pour lui, c'était normal. C'était un jour... Un jour comme les autres.
- Speaker #0
Un jour banal à martyriser des élèves, finalement.
- Speaker #1
J'envoie mes flèches, c'est normal. J'étais au fond de la classe, je me souviens. Donc, j'avais sûrement cherché à me cacher un peu. Et j'écoute rien du tout de ce qu'il raconte parce que j'étais en doute dans qu'est-ce que je vais lui dire. Et arrive la pause. Donc, c'était deux heures quand même. Deux heures d'affilée, pause, deux heures d'affilée.
- Speaker #0
Et... tétanisé.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Comme là, je te vois tremblante, je me dis, mon Dieu, ces deux heures, elles ont dû être d'une longue...
- Speaker #1
Et en même temps, je n'avais pas le choix. Donc, à la pause, je me lève et en prépa, on ne sort pas en récré. Tu n'es pas en mode, tu sors de la salle. Il y avait quasiment, pas tout le monde, mais beaucoup de gens qui étaient restés dans la classe. Lui, il se met à son bureau à trifouiller quelques feuilles. Je vais le voir et je me dis, monsieur, j'aimerais parler de ce qui s'est passé hier. Je pensais qu'il allait faire en sorte qu'on se mette dans un endroit un peu plus isolé pour qu'on puisse discuter calmement, on va dire. Il me fait « oui, je t'écoute » . Sachant que le premier rang était collé à son bureau, il y avait deux, trois personnes qui étaient restées assises. Donc, elle était vraiment aux premières loges pour écouter ce que j'avais à lui dire. Donc, je suis un peu prise au dépourvu là, qu'il me dise « je t'écoute » . Les mots exacts, bien sûr, je ne les aurais pas, mais c'était en gros... Voilà, ce qui s'est passé hier... Ce que vous m'avez dit, ce n'est pas OK. J'ai hyper mal pris et je ne comprends pas pourquoi vous me traitez comme ça. Moi et Nicolas, c'était l'autre garçon qui prenait un peu en grippe, beaucoup en grippe.
- Speaker #0
Qui n'était pas collé en même temps que toi la veille.
- Speaker #1
Mais qui régulièrement prenait des flèches.
- Speaker #0
Trop mignonne, tu y vas pour toi et tant qu'à faire.
- Speaker #1
C'est ça. Je ne comprends pas pourquoi vous nous prenez en grippe comme ça. J'ai l'impression qu'on est vraiment vos têtes et on se prend tout. Et là, il me dit une phrase que je n'oublierai jamais. Et elle, pour le coup, elle est gravée dans ma tête. Il me dit, Alexandra, je sais que vous êtes faible psychologiquement et je suis désolée si parfois je m'amuse. Et là, je crois que je n'ai plus rien dit. J'avais tout donné pour me lever, pour venir le voir et lui dire ce que j'avais à dire. Je n'avais pas de reparti, d'avis de ce qu'il venait de me dire. J'étais juste soulagée. Et j'ai vraiment senti ce poids m'échapper de « Waouh, en fait, je l'ai fait, là. » Et j'ai repris mes affaires et je me suis cassée.
- Speaker #0
Allez, terminé !
- Speaker #1
J'ai pas fait les deux dernières heures. Et je me suis cassée. Et je me suis cassée avec ça. Prends ça toi dans ta tête encore une fois.
- Speaker #0
Mais ça va pas bien. Et attends, attends, parce que il te dit ça, encore une fois, tu l'as dit tout à l'heure, il y a du monde devant. Donc il te dit ça, toi t'es à la fois soulagée parce que t'as dit ce que t'avais à dire et en même temps, quoi, choquée.
- Speaker #1
Je pense que j'étais dans mon stress qui retombait. Donc, je n'ai pas mesuré ces paroles à ce moment-là. Mais tu as vu, elles se sont quand même bien ancrées dans ma mémoire.
- Speaker #0
Oui, tu m'étonnes.
- Speaker #1
Et je crois que là, à partir de là, j'ai surtout retiré beaucoup de fierté d'avoir osé. Parce que c'est vrai que moi, j'ai toujours été une bonne élève. Le prof, c'est quand même une figure très autoritaire, un peu centrale dans nos vies d'élèves. Ça dépend, après, on est tous différents. Mais c'est vrai que pour moi, c'était... Un respect absolu pour les professeurs. Je n'ai jamais été de nature hyper rebelle. Je ne remets pas en question. Et d'autant plus un qui se met en posture d'hyper autorité comme lui, d'aller le confronter. C'est hyper chaud pour moi. A peine 19 ans, 20 ans. Surtout dans tout le contexte psychologique dans lequel j'étais, de fragilité. Il avait raison, j'étais très fragile. Mais bon, de m'amuser, c'est hyper pervers.
- Speaker #0
Mais bien sûr. Déjà bravo.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Non mais franchement, c'est énorme d'avoir eu ce courage-là. Et en même temps, ce qui est hyper intéressant, c'est que dans ton récit, tu le dis à plusieurs reprises, tu ne pouvais pas faire autrement. C'était un tel niveau d'irrespect, de nier ta propre existence et ta propre sensibilité, qu'en fait, ce n'est pas possible. Oui,
- Speaker #1
c'était de la survie un peu.
- Speaker #0
Oui, clairement.
- Speaker #1
Et en fait, je pense que sans m'en rendre compte, la coupe était pleine. Mais je ne m'étais pas rendue compte que la coupe, elle se remplissait tous ces mois-là, derrière moi, de flèches, de remarques, de tout ça. Et là, à cette colle-là, ça a explosé, quoi.
- Speaker #0
Ok, donc tu fais preuve de ce courage-là, tu lui dis ça, il te balance cette horreur. Et est-ce que tu te souviens de l'énergie qui fait que tu pars à ce moment-là ? Est-ce que c'est la même ? qui t'a fait partir la veille ou c'est un peu différent ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Non, ce n'est pas la même. Parce que la première, c'est de la fuite pour se protéger. Celle-là, c'est en fait, je n'ai pas besoin de toi, je vais chercher qui je suis. Je viens de poser une brique de moi, en tout cas, je ne suis pas une personne qui se laisse maltraiter. Donc, c'est plutôt en mode, je claque la porte là. Alors que la fois d'avant, c'était je fuis.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et oui, au final, ça, c'est presque encore plus marquant. Enfin, le message, il est presque encore plus clair. Que tu fasses ça derrière. Enfin, en fait, ça fait partie du message en tant que tel, quoi.
- Speaker #1
C'est clair. Ce départ.
- Speaker #0
Oui. Bon, je n'ai pas claqué la porte pour mon tarif.
- Speaker #1
Ça aurait été vraiment cool. Mais... C'est vrai. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas.
- Speaker #0
Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas.
- Speaker #1
Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais affaires et je suis partie. Et là je me sentis comme je disais une espèce de poids. retomber et comme si je sais pas,
- Speaker #0
c'est ce qu'on doit se sentir quand on défend qu'on arrive à avoir justice en fait et ouais bien sûr et qu'est-ce qui fait que malgré le fait que t'es cette attitude là, c'est-à-dire de partir vraiment dans ce truc de en fait ça n'a plus de prise sur moi je décide que ça n'est plus de prise sur moi ce que tu me dis comment est-ce que tu penses que ça s'explique que tu aies aussi bien retenu cette phrase abjecte
- Speaker #1
Ça me donnait une raison. Parce que finalement, c'est assez arbitraire le fait qu'ils choisissent telle ou telle personne. Alors oui, Nicolas et moi, on n'était pas fort en maths. Mais on n'était pas fort en maths, tu vois. Il n'y avait pas de raison.
- Speaker #0
C'était une jolie collection de 3, de 4.
- Speaker #1
C'est ça, de 0,5, je me souviens. C'était quand même fort. Et du coup, je pense que cette phrase, déjà, un, ça me faisait une preuve que c'est la preuve qu'en effet, c'est mis, c'est réfléchi, en fait. Ça se limite à un plan machiavélique, je ne sais pas, mais c'est que le gars, il est en conscience de ce qu'il fait avec moi au quotidien. Donc, ça me donnait... C'est un peu comme une reconnaissance de ce que je suis en train de vivre depuis des mois. Oui,
- Speaker #0
tu ne t'es pas inventé une histoire.
- Speaker #1
Tu peux te dire, ça va, c'est des petites blagues comme ça, Ausha droite. Mais non, là, il me l'a dit. Je suis désolée si parfois je m'amuse.
- Speaker #0
D'une certaine manière, je pense que c'est tellement inhumain que ça te permet aussi de te dire, OK, je ne vais pas me bagarrer, en fait. Ça ne sert à rien, le mec est taré.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Et donc, d'une certaine manière, ce n'est pas toi.
- Speaker #1
Exactement. En fait, surtout de me dire, tu n'as pas à être au-dessus de moi. On est tous les deux des humains et tu me dois le respect. De l'instant, tu me le... tu ne me le donnes pas, tu ne vaux pas la peine que je te regarde en fait.
- Speaker #0
Après, tu retournes en cours.
- Speaker #1
Parce que ça, c'est intéressant. Très intéressant. Du coup, c'est un samedi. Je termine mon week-end hyper fière de moi, machin. Je fais mes devoirs.
- Speaker #0
Hyper fière de moi, je fais mes devoirs. Super.
- Speaker #1
On continue quand même comme le bon petit mouton à faire ce qu'il a à faire. Et je retourne en classe lundi. Et là, à la fin du premier cours, j'avais cours de chimie. Mon prof que j'aimais beaucoup. À la fin de la première heure, il me dit Alexandra, est-ce que tu peux rester ? Alors là, je me dis, oh purée, ça va me retomber dessus ce truc.
- Speaker #0
Tu penses à ça tout de suite ? Ouais.
- Speaker #1
Je me dis, il y a un truc, soit la colle que j'ai quittée, soit là, il y a eu un truc. Donc j'emmenais pas large et le prof de physique arrive. Donc je suis avec mon prof de physique et mon prof de chimie. Là je me dis quand même c'est bizarre. Et je vois bien dans le regard, il n'est pas du tout méchant, il est plutôt très bienveillant. Et ils me disent on a entendu parler de ce qui s'est passé vendredi à la colle. Comment ça va et qu'est-ce que tu peux nous en dire ? Donc je leur explique.
- Speaker #0
Deuxième occasion de se faire respecter en fait.
- Speaker #1
Je leur explique, je vois qu'ils sont hyper compatissants avec moi, qu'ils disent ok. Et je leur dis ce qui s'est passé le samedi, parce que ça, personne ne savait. À part peut-être les deux, trois, clans, enfin, qui étaient là. Et je ne suis même pas certaine qu'ils aient vraiment fait attention, en fait. Moi, j'étais dans mon stress, focus sur lui. Je n'ai même pas fait attention à ce qu'il y avait autour de moi. Je leur dis les paroles que j'ai reçues. Et là, leur mâchoire leur entombe.
- Speaker #0
Ah, tu m'étonnes.
- Speaker #1
Je sens le prof de chimie hyper agité. Et d'y repenser, il me semble qu'il m'a dit que lui, il avait subi ça. Des humiliations lui-même quand il était étudiant. Et que c'est ordre. c'est pas possible en fait on fait pas subir ça à des étudiants à des gens, à qui que ce soit donc hyper en colère lui, hyper agité hyper en colère que ça puisse arriver dans sa prépa quoi alors que c'était censé être une prépa plutôt très bienveillante tu vois et donc ils me disent écoute en tout cas nous on te soutient c'est à dire que si tu sens qu'il continue, tu prends tes affaires et tu te casses, nous on te soutiendra et là c'est un énorme soulagement c'est vrai,
- Speaker #0
c'est comme ça que tu te sens ?
- Speaker #1
Ah ouais, je me sens hyper soulagée parce que je me dis, j'ai du backup. Parce que c'est vrai que je pense que pendant le week-end, je m'étais dit, ça va être une guerre.
- Speaker #0
Est-ce que j'ai l'énergie ?
- Speaker #1
Est-ce que j'ai l'énergie ? Et puis là, c'est vraiment quelque chose. Et puis moi, je suis allée le voir. Donc c'est un peu comme si une guerre était déclenchée et on est à vue. Et je m'étais dit, est-ce que je fais le poids face à un prof de maths dans son rôle ? Et là, d'avoir le soutien des deux profs de chimie et de physique, ça a été hyper précieux. Et après, j'ai eu le soutien de tous les autres profs. En fait, à chaque fois que je les voyais, ils me faisaient tous un mot en me disant en fait, c'est pas OK. Bref, il y a une ambiance de merde pour eux dans la salle des profs parce que déjà, de base, ils ne les n'aient pas humainement entre eux. Et là, cet événement-là, en tout cas, moi, ça m'a fait révéler à quel point en effet, ils n'étaient pas du tout alignés avec lui.
- Speaker #0
Et donc, ça te légitime encore plus finalement ?
- Speaker #1
Clairement. Clairement, ça me légitime encore plus. Et les cours de maths qui ont suivi. mais le regard d'insolence que je devais avoir, il était à un max excellent ah non mais le gars je le regardais et tu dis mais gars tu vaux pas plus que moi, et en plus je sais que t'es une mauvaise personne, toi t'as dépassé les limites, c'est moi je te respecte oui c'est ça, si le respect est mort de ton côté ça va être pareil de le faire et là je pense qu'à partir de ce moment là il a senti tout glisser, il a même plus fait de remarques d'ailleurs c'était à mon grand désespoir parce que j'avais encore envie de me barrer avec mes affaires Merci. Mais il ne l'a plus jamais refait. Et dis-toi bien que j'ai redoublé. Donc, j'ai fait une deuxième année avec lui. Mais tu vois, elle n'a pas été douloureuse parce que j'avais réussi à aller lui parler, à lui faire con et à dire, en fait, moi, tu me respectes et c'est tout. Même si je suis nulle en maths, en fait.
- Speaker #0
Trop bien.
- Speaker #1
Ça a vraiment changé.
- Speaker #0
Oui, comment passer de timide à un peu d'affront, etc. Tu quittes la salle. t'en parles au prof tu vois ce que je veux dire tu aurais pu juste avoir cet élan là au départ et puis après te dire non non non mais je veux pas faire d'histoire tu vois non ça a été en fait t'es allé trop loin t'as décidé qu'il n'y avait plus de respect il n'y en a plus quoi c'est ça exactement Ouais, ok, hyper intéressant. Et est-ce que ça, il pourrait faire aussi qu'il foute la paix à Nicolas ?
- Speaker #1
Je crois, je me souviens en parler avec Nicolas, pour qui la phrase qu'il m'avait dite l'avait aussi fait réagir. Mais je crois que Nicolas, il était un peu plus d'andéni que moi. C'est-à-dire que lui, il ne se voyait pas trop comme une tête et un bouc émissaire. Mais en tout cas, il a été globalement plus soft avec tout le monde. Enfin, on était venu le voir, clairement. Les autres profs étaient venus me voir. Je ne sais même pas si le directeur ou la directrice de la prépa aussi étaient venus me voir. Ce n'était pas OK, son comportement.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu en ressors comme apprentissage de cet épisode-là et de ce moment où tu as dit non ?
- Speaker #1
Plusieurs choses. Moi, individuellement, ça a été de se dire que je ne vaux pas moins que les autres. Qu'importe mes performances, je dirais. En tant que je suis humaine et tout le monde est humain et je ne mérite pas moins de respect. Donc, un peu ce truc de se dire Merci. Je mérite qu'on me respecte. Et après, c'est l'importance des limites. L'importance des limites, et qui en grandissant, et avec les enfants, je trouve que c'est aussi très parlant, que ce soit des limites pour les enfants, mais aussi nous mettre nos propres limites, ça vient quand même préserver beaucoup qui on est et notre identité. Et ceux qui ont des limites comme ça, un peu floues, ou qui sont trop proches d'eux, ils ont du mal à prendre soin d'eux, ils ont du mal à... Enfin bref, c'est pas bon pour leur santé. Vraiment l'importance de savoir où mettre ses propres limites.
- Speaker #0
Oui, parce qu'en fait, poser ses limites, c'est la même chose que savoir satisfaire ses besoins. En fait, c'est la même corde. Et ce qui est intéressant aussi dans ton histoire, c'est de voir que malgré à quel point il était dur avec toi, et ça depuis un certain nombre de mois, malgré cette réponse absolument abjecte qui te fait quand tu viens le confronter, au final, derrière, il n'y a plus eu un bruit. C'est-à-dire qu'à partir du moment où tu as dit non, Et où vraiment même, t'es parti, etc., que t'es pas rentré dans la bagarre, parce que peut-être que quelque part, la bagarre aurait pu l'exciter, au contraire. Mais là, en fait, c'était terminé, j'ai dit ce que j'avais à te dire et je m'en vais. Effectivement, comme tu le dis, il n'y avait plus de jouer. En fait, il n'y avait plus de jouer, il y avait plus de prise.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et ça, c'est un super apprentissage pour les personnes qui nous écoutent. C'est-à-dire que souvent, on peut avoir l'impression que dire non ou poser ses limites, c'est rentrer dans le conflit. Sauf qu'en fait, à partir du moment où tu rentres dans le conflit, t'as perdu. Parce que alors, ça devient une bagarre, on compte les points et en fait, on n'arrive pas à une conclusion. Et toi, en règle générale, enfin quand je dis toi, c'est la personne qui nous écoute, mais toi aussi Alexandra dans cette histoire, quand tu veux vraiment prendre la parole, c'est qu'à un moment donné, il y a quelque chose qui doit cesser. Et donc, il faut que toi, tu y ailles en disant, je vais dire ce que j'ai à dire et après, ça va cesser. Parce que... tant qu'il y a ce conflit et que tu t'alimentes ce ping-pong, en fait, tu vas continuer de souffrir et voilà. Et c'est pas ça qu'on souhaite. Et donc, bien souvent, il vaut mieux faire le deuil de ce fameux truc d'avoir raison et pour se dire juste, là, terminé. Je me préserve. Et c'est comme ça que je vais gagner finalement. Parce que quand on est face à un profil comme ça, en plus qui adore jouer, ça aurait été un enfer. T'aurais pu... te lancer dans des années et des années de...
- Speaker #1
Il aurait pu avoir une vraie emprise sur moi, en fait, et puis sur comment je me vois, surtout. Alors que là, je ne donnais plus du tout de crédit à ce qu'il disait, quoi. Donc, il n'avait plus de prise sur moi, du tout.
- Speaker #0
Donc, finalement, c'est vraiment cette discussion aussi avec ta mère qui t'a fait sweet-fait, quoi.
- Speaker #1
Ma mère m'a vachement aidée, c'est clair. Ça a commencé avec cette amie qui m'a rattrapée, qui tout de suite m'a dit, c'est pas toi le problème, c'est lui. Ensuite, ma mère qui en a remis une couche, qui m'a bien coachée toute la soirée. Et le fait d'avoir réussi à les confronter les yeux dans les yeux, ça a été comme un processus nécessaire pour passer de l'autre côté et je ne pouvais plus revenir en arrière. Je ne pouvais plus avoir de pression.
- Speaker #0
Hyper intéressant ça aussi pour toutes les personnes qui ont la sensation, la certitude d'être dans une situation un peu d'emprise aussi comme ça. Ça peut être parfois très compliqué parce qu'en fait l'autre nous en a tellement fait baver qu'on aurait envie qu'il en bave aussi. Mais finalement, la seule voie de sortie, c'est vraiment cet endroit de « allez, j'arrête, je lâche en fait, je lâche sur ce truc, je décide d'arrêter d'être en résistance et de vouloir me défendre. » Juste, en fait, c'est comme si ça n'existait plus. Et ça peut être parfois violent parce que quand ça a été des années de souffrance ou quoi, c'est difficile. Mais au final, la seule manière de mettre l'autre dans l'embarras, peut-être de la souffrance, même si on n'est pas là pour souhaiter de la souffrance aux autres, mais la seule manière de vraiment l'atteindre, c'est de justement devenir inatteignable.
- Speaker #1
Exactement. Et ce n'est pas simple, je ne sais pas si simple que ça. Mais ouais, en plus, ça m'a, je pense, appris qu'on n'est pas dans un monde de bisonneuse, quoi. Même si avant, j'ai dû rencontrer des gens pas sympas non plus. Mais là, ça avait un autre niveau. Ou en tout cas, c'était peut-être une période particulièrement compliquée pour moi au niveau de ma vulnérabilité. Du coup, je l'ai vraiment vécu de manière intense. Mais surtout de me dire, ouais, il faut absolument que tu aies des limites. Sinon, tu vas te faire bouffer, quoi.
- Speaker #0
Ouais. Donc il t'a rendu un fier service finalement ?
- Speaker #1
Ah bah c'est clair ! C'est clair, il m'a rendu un fier service et j'espère qu'il n'a plus jamais fait ça après quoi.
- Speaker #0
Ouais, c'est clair. Oui, peut-être que toi aussi tu lui as rendu un fier service.
- Speaker #1
En tout cas aux autres étudiants qui avaient vu derrière, j'espère. Mais en tout cas, ouais. Mais je pense que ce qui a beaucoup fait sur le fait qu'il ait arrêté, c'est aussi que j'avais énormément de soutien des autres profs. J'aurais été toute seule potentiellement, ça aurait continué. Sachant qu'il était beaucoup dans cet esprit de... de domination, j'étais quand même une proie assez facile pour lui.
- Speaker #0
Oui, enfin, il a fait ça tout seul aussi, que tu aies le soutien des autres profs, c'est vraisemblablement parce que c'était un odieux personnage dans tous les plans.
- Speaker #1
C'est clair. Il s'est fait lui-même son truc.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et après coup, je me dis qu'en plus, c'était d'autant plus pervers que le corps enseignant, ça avait été mes parents étaient en séparation, que ça avait été aussi une difficulté pour moi l'année d'avant d'apprendre ça et de devoir gérer un peu tout ça pendant une année de prépa. Merci. Il devait forcément savoir. Donc vraiment, d'avoir cet esprit, d'aller jouer avec l'estime de soi, la vulnérabilité et l'identité d'une personne, je trouve ça tellement, tellement pas beau.
- Speaker #0
Avant de se quitter, est-ce qu'il y a un conseil que tu aimerais donner à nos auditeurs ?
- Speaker #1
En tout cas, moi, je sais que dans ma vie, c'est souvent ça que j'ai eu à faire, c'est-à-dire aller oser, contre une peur, d'aller montrer sa vulnérabilité à quelqu'un. C'est-à-dire que là, en fait, moi, je lui montrais que ça ne m'allait pas, que je n'étais pas bien, etc.
- Speaker #0
Que ça t'avait atteint.
- Speaker #1
Que ça m'avait atteint. Je ne venais pas avec une force à dire non, j'y allais avec ma vulnérabilité. Donc, voilà, j'ai encore ce côté bisounours qui me dit qu'en chacun de nous, il y a une part d'humain. Donc, oser montrer sa vulnérabilité c'est ok et des fois c'est aussi faire preuve de force en fait.
- Speaker #0
C'est clairement faire preuve de force et puis c'est la meilleure des tactiques finalement puisque quand on vient parler comme ça comme tu l'as fait c'est aussi pour essayer de créer de l'empathie enfin que l'autre crée de l'empathie avec toi bon là ça n'a pas donné grand chose mais il n'empêche que toi tu as dit ce que tu avais à dire et ça t'a aidé de d'autres manières comme tu nous l'as raconté. Ouais, donc super conseil. Oser, montrer sa vulnérabilité, c'est pas antinomique avec le fait de vouloir se faire respecter, bien au contraire.
- Speaker #1
Voilà, puis d'avoir de la force et d'avancer en fait.
- Speaker #0
Super. Trop bien Alexandra, et bien écoute, merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
J'espère que t'as passé un bon moment.
- Speaker #1
Oui, enfin tu vois, j'ai un peu tremblé, ça m'a fait revivre des choses. Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Est-ce que ça va mieux ? Oui,
- Speaker #1
ça va mieux, c'est magique.
- Speaker #0
Très bien. Ben oui, parce que t'as reconnecté avec la queen, en fait, en toi.
- Speaker #1
C'était bien aussi.
- Speaker #0
C'est ça. Merci beaucoup, Alexandra.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
À bientôt. Ouais. Merci d'avoir écouté cet épisode. J'espère qu'il t'a plu et que tu repars avec de bonnes raisons de mettre des mots sur les choses. Crise de parole est disponible sur toutes les plateformes de podcast. Abonne-toi. pour ne rater aucun épisode et n'hésite pas à laisser des avis et 5 étoiles. Ça aide beaucoup pour permettre à d'autres personnes de nous découvrir, mes invités, leur histoire et moi. Si tu souhaites nous suivre ou venir toi aussi nous partager une prise de parole qui a marqué un tournant dans ta vie, rendez-vous sur Instagram sur prisesdeparoles.podcast. Je serai ravie de te découvrir. À très bientôt !