- Speaker #0
En fait pédago, on en apprend tous les jours.
- Speaker #1
Bonjour collègues, bonjour profs, bonjour CPE, chefs d'établissement, formateurs, formatrices, bonjour à toi qui, certains matins, te demandent si ton métier consiste encore à enseigner, ou si tu n'es pas devenu, sans t'en rendre compte, modérateur de débats d'actualité à 8h. 8h17, un mardi, avec un feutre qui ne marche plus.
- Speaker #0
Je vais vous dire ce que je pense. Je trouve que c'est insupportable, en fait, comme discours.
- Speaker #1
Aujourd'hui, je voudrais te parler d'un rapport. Oui, je sais. Dit comme ça, ça donne envie de se lever, d'aller se faire un café et de disparaître derrière la machine. Parce que des rapports, on en lit. Beaucoup. Souvent. Parfois en diagonale, parfois en soupirant, parfois en se disant, bon, encore un truc intéressant, mais un peu loin de la salle 214, un jeudi à 16h. Sauf que là, non. Je voudrais vous parler du rapport du Haut Conseil à l'égalité sur l'état du sexisme en France en 2026. Je ne l'ai pas lu comme un document institutionnel, je l'ai lu comme un prof. Entre deux corrections avec un café qui refroidissait, et à un moment j'ai arrêté de lire, pas par ennui, mais parce que ça tapait trop juste. Alors pourquoi ce rapport percute autant quand on est enseignant ? Parce qu'il met des chiffres précis sur ce que nous percevons tous souvent de manière diffuse. parfois confuses dans nos classes. Pas des impressions, pas des ressentis vagues, pas des « moi je trouve que » , non, des données. Un sexisme hostile, visible, assumé. Un sexisme paternaliste, plus discret, souvent présenté comme de la bienveillance. Et surtout, une fracture générationnelle inquiétante. Des jeunes femmes très conscientes des inégalités qu'elles subissent. Et en face, des jeunes hommes de plus en plus nombreux à se percevoir comme des victimes d'une société qui irait trop loin. Et si, à cet instant précis,
- Speaker #0
tu te dis « Mais j'ai déjà eu exactement cette discussion en classe. »
- Speaker #1
Oui, voilà. Mais c'est pas un hasard. On commence par le sexisme hostile. Quand ce n'est plus un sous-entendu. 17% de la population adhère à des formes de sexisme hostile. Pas gêné, pas caché, assumé. Dans les classes, ça donne quoi ? Des remarques sur les filles trop sensibles, des certitudes sur les garçons qui sont faits pour diriger, et des blagues. Toujours des blagues. Oh maman ! Celle qui arrive avec le sourire faussement innocent.
- Speaker #0
Mais monsieur, c'est pour rire.
- Speaker #1
Et là tu hésites, tu sens que ça coince, mais tu te demandes si intervenir ce n'est pas en faire un peu trop, si tu ne vas pas casser l'ambiance, si tu ne vas pas passer pour celui ou celle qui n'a plus le sens de l'humour. Petit rappel professionnel, intervenir ce n'est pas faire la morale, c'est poser un cadre cognitif. Et poser un cadre cognitif ce n'est pas un luxe, c'est littéralement notre métier. Ensuite, le sexisme paternaliste, celui qui sourit pendant qu'il verrouille. Celui-là, il est plus insidieux, plus confortable, plus difficile à attraper. Il commence souvent par de bonnes intentions. Les filles sont plus fragiles, il faut les protéger. Les garçons, eux, peuvent encaisser. Et sans même s'en rendre compte, on naturalise, on assigne, on distribue les rôles. Un sexisme qui ne crie pas, qui rassure, qui se croit gentil.
- Speaker #2
Qu'il faudrait t'insultaler.
- Speaker #0
Là.
- Speaker #2
Et voilà le travail !
- Speaker #1
Didactiquement, c'est passionnant, parce que ça permet de travailler sur les implicites, les non-dits, les représentations sociales. Et non, ce n'est pas réservé à l'EMC. Ça fonctionne partout, en français, en histoire-géo, en maths, en EPS. Et même en techno, ouais. Alors le vrai tournant, c'est la fracture générationnelle. Et là, on arrive au cœur du sujet. Le rapport dit que 75% des jeunes femmes se sentent désavantagées. 42% des jeunes hommes estiment eux être discriminés. Entre les deux, un dialogue qui se tend, une incompréhension qui s'installe, parfois une colère qui déborde. Et c'est précisément là que les réseaux sociaux entrent en scène. Des formats courts, des messages simples, des récits émotionnels très efficaces Merci. Pas de nuances, pas de complexité, juste des explications rapides, rassurantes, souvent manichéennes. Et quand on est adolescent, en pleine construction identitaire, ces discours trouvent parfois un écho très puissant. Parce qu'ils expliquent vite, parce qu'ils soulagent, parce qu'ils évitent de douter et parce qu'il y a les algorithmes. Alors à l'école, on fait quoi avec ça ? Déjà, on ne détourne pas le regard. pas pour faire la morale, pas pour rééduquer, mais pour outiller la pensée. Former à l'égalité, à l'esprit critique, au respect, ce n'est pas un supplément d'âme. C'est un enjeu démocratique majeur. Alors bon, comme dans prof et pédago, on est un petit peu comme chez Casto, il y a tout ce qu'il faut, outils et matériaux. Eh bien, pas de notice illisie, pas de vis manquante, pas de débrouille-toi avec ça. Voici des idées concrètes, testées, adaptables, utilisables dès demain en classe, sans transformer ta séance en colloque universitaire. ni ton cours en champ de bataille idéologique. Tip numéro 1, nommer les mécanismes sans viser les personnes. Principe fondamental, on analyse des discours, pas des individus. Exemple concret, tu proposes une phrase tirée d'un média ou formulée volontairement.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on ne peut plus rien dire, surtout quand on est un homme.
- Speaker #1
Tu poses trois questions très cadrées. Quel type de discours est-ce ? Est-ce une opinion ? Est-ce une généralisation ? Est-ce une émotion ? À quelle émotion cela fait-il appel ? Qu'est-ce qui est présenté comme évident sans être démontré ? Tu rappelles ? Explicitement, on analyse une idée, pas la personne qui pourrait la penser. Résultat, la classe réfléchit, la tension baisse, la pensée se met en mouvement. Outil numéro 2. Rendre visibles les implicites. Le sexisme paternaliste se cache souvent dans des phrases gentilles. Exemple concret. Au tableau, les filles sont naturellement plus soigneuses. Les garçons aiment plus la compétition. Consigne. Qu'est-ce que cette phrase suppose sur les filles ? Qu'est-ce qu'elle suppose sur les garçons ? Est-ce une description ou une norme déguisée ? Les élèves comprennent que les mots façonnent les attentes et que les attentes façonnent les trajectoires. Troisième outil, travailler le conflit socio-cognitif sans clash. Désaccord ne veut pas dire affrontement. Exemple concret, le débat réglé. L'affirmation proposée, c'est celle-ci.
- Speaker #0
Les inégalités femmes-hommes sont aujourd'hui exagérées.
- Speaker #1
Les règles sont claires. On argumente, on n'attaque pas. Chaque idée doit être justifiée. Changer d'avis est autorisé. Certains argumentent, d'autres observent la qualité des arguments. Le débriefing porte sur comment on a argumenté, pas sur qui a gagné. Quatrième outil, déconstruire sans humilier. Humilier ferme la pensée, la précision l'ouvre. Je vous donne un exemple concret. Vous avez un élève qui dit De toute façon,
- Speaker #0
les filles exagèrent toujours.
- Speaker #1
La réponse possible, quand tu dis toujours, tu parles de quelle situation précise ? Est-ce que tu penses que c'est vrai pour toutes les filles ? Sans exception. Tu obliges la généralisation à se fissurer. Sans attaque, sans ironie, sans mise à l'écart. Enfin, cinquième outil, travailler explicitement les réseaux sociaux. Les élèves y sont, autant y travailler. Je te donne un exemple concret. À partir d'une vidéo virale ou de sa description, quel message est mis en avant ? Quelle émotion cherche-t-on à provoquer ? Qu'est-ce qui est simplifié ? Qu'est-ce qui est passé sous silence ? On apprend à lire un contenu pas à le subir. Et surtout, on n'oublie pas Evars. Evars, ce n'est pas une heure sur le respect et on coche la case. C'est un travail progressif, structuré, continu, à ne pas oublier les émotions, les stéréotypes, le consentement, les rapports de pouvoir, l'influence des médias et des réseaux sociaux. Tu proposes une situation fictive, dans un groupe de discussion de classe, certaines blagues mettent mal à l'aise. Que peut-on faire ? Qui peut agir ? Comment ? Et là, on travaille les ressentis, les responsabilités, les marges d'action. Pour terminer, ce que l'école ne doit pas faire, nier les ressentis, opposer les élèves entre eux, répondre par des slogans, espérer que ça va passer entre guillemets. Quand un phénomène revient sans cesse, ce n'est pas une mode, c'est un signal éducatif. Alors en conclusion, ce rapport ne nous demande pas d'être... parfaits, il nous demande d'être lucides. Lucides sur ce qui traverse nos classes, lucides sur ce que les élèves consomment comme discours, lucides sur notre rôle. Former des citoyens capables de penser la complexité, de résister aux simplifications dangereuses, de dialoguer sans se déconstruire. C'est ça le cœur de notre métier. Alors si tu as aimé cet épisode, eh bien partage-le. Et puis on n'oublie pas, prof un jour, pédago toujours !
- Speaker #3
Oh ces pédagogues, on en apprend tous les jours.