- Speaker #0
Bonjour vous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Psycho Pop. Je vous invite à prendre une boisson chaude et à venir vous caler dans le canapé avec Laurence. Laurence et moi, c'est une amitié de près de 20 ans. Elle a trois enfants et c'est notamment en devenant la marraine de son aîné que j'ai eu envie de devenir mère à mon tour. Cette interview, elle a plus d'un an et c'était ma toute première, vous allez sûrement vous en rendre compte, mais je tenais à la diffuser tout de même, tout simplement parce qu'elle me tient très à cœur. Un grand merci à Manon. pour son travail d'orfèvre sur cet épisode. Allez, on s'installe ? Hello vous ! Moi c'est Marie, future psy. Bienvenue dans Psycho Pop, le podcast. Une pause et un podcast. Dans Psycho Pop, on va plonger ensemble dans des sujets universels. Amour, travail, parentalité, légitimité. On prend une pause, on se donne des tips de vie ou de survie, et on sait qu'on est dans le même bateau. On va aussi débunker des grands mythes de la psycho. et répondre à des questions bizarres. Tu verras. Intéressé ? Alors viens te poser par ici, ça va commencer. Bon bah bonjour Laurence.
- Speaker #1
Bonjour Marie.
- Speaker #0
C'est rigolo de se parler comme ça parce qu'on se connaît depuis un sacré bail, depuis la vingtaine. On s'est rencontré à la fac en 2003, donc ça fait 21 ans.
- Speaker #1
On peut presque dire quelques décennies.
- Speaker #0
C'est dingue, ouais ça picote un peu. Nous voilà, on a été coloc, ça fait très longtemps qu'on se connaît et je voulais t'interviewer aujourd'hui parce que c'est en grande partie toi qui m'as donné envie d'être mère. Voilà parce que, eh oui, tu as cette grande responsabilité et tu es aussi infirmière. C'est cette double casquette qui m'intéresse aussi aujourd'hui. Donc on va parler de parentalité, de maternité aujourd'hui et... On parlera de ton rôle de soignant dans un autre podcast à venir. Je tease un peu, mais c'est vrai que c'est deux choses qui m'intéressent vraiment dans ton parcours, qui est très dévoué aux autres. Et en même temps, il faut se construire aussi soi là-dedans. Comment on se trouve, comment on retrouve de soi quand on est autant tourné vers l'autre en fait. C'était un peu la grande question.
- Speaker #1
Oui, et je pense qu'effectivement, la parole... mortalité a joué sur ma manière d'être infirmière et le fait d'être infirmière a eu aussi un impact sur la manière d'être parent, d'être mère et peut-être le fait d'être les deux à la fois a aussi eu un impact sur ma vie personnelle, ma charge mentale si on peut utiliser ce terme en par les temps de secours charge mentale charge émotionnelle charge physique Après, pas que du négatif aussi, il y a du positif. Mais je pense qu'effectivement, finalement, est-ce qu'on peut faire l'un sans l'autre ? Détacher la mère de l'infirmière ou l'infirmière de la mère ? Je ne sais pas. En tout cas, ça peut être abordé en deux temps différents.
- Speaker #0
C'est lequel qui serait venu en premier chez toi, tu penses ? L'infirmière ou la mère dans ta vie ?
- Speaker #1
Déjà, il n'y a pas de réponse qui déboule comme ça. je pense que ça demande de matière à réflexion, mais je pense que ce serait le rôle de mère, qui me semblerait le plus prignant dans ma vie aujourd'hui.
- Speaker #0
Tu voulais être mère dès l'enfance, toi, par exemple, comme certaines personnes ou pas du tout ?
- Speaker #1
C'est marrant que tu dis ça, parce que quand tu m'as posé la question entre mère et infirmière, je me suis dit, est-ce que j'ai eu envie d'être infirmière toute ma vie ou d'être mère toute ma vie, et finalement, qu'est-ce qui est le plus prignant aujourd'hui ? Voilà, j'ai répondu la famille, et c'est vrai qu'on a tendance à se dire est-ce que si ça a un rôle aussi important, c'est parce qu'on on a eu envie d'avoir ce rôle toute sa vie. Alors infirmière, non, pour répondre à la question. En termes d'anecdotes, je voulais, quand j'étais petite, faire tous les métiers sauf infirmière. C'est ce que je disais souvent parce que j'étais la dernière au portail. Ma mère étant elle-même infirmière et travaillant à une heure et demie de chez nous, elle finissait tard. J'ai cette symbolique à l'école primaire d'être la dernière à être récupérée, ce qui est peut-être un symbole erroné d'ailleurs, parce que, bon, On peut difficilement être la dernière à être récupérée tous les jours. Mais j'avais en tout cas cette image-là. Et je disais toujours, je veux tout faire sauf infirmière. Donc c'est une vocation, un métier que j'avais envie de faire qui m'est venu plus tard. Finalement, on me rend donc compte que c'était la fibre sociale humaine, le soin à l'autre qui était ce qui m'apportait le plus dans un métier. Et je m'en suis rendue compte. En étant bénévole à la Croix-Rouge, en faisant des remplacements d'ex-soignante au travail de ma mère, en faisant d'autres cursus d'études très divers, je me suis un peu cherchée. Entre l'école de commerce, LEA anglo-espagnol et la fac de sociaux, il y a quand même eu un parcours assez divers avant d'arriver au métier d'infirmière. Au bout du compte, finalement, je suis devenue infirmière parce que je pense que c'était ce qui me convenait le mieux. en termes d'activité professionnelle. Le rôle de mère, je ne me rappelle pas à quel âge je me suis dit « j'ai envie d'être mère » , mais je sais que j'ai toujours eu envie. Peut-être que ça dit quelque chose de moi, c'est que des très jeunes, je disais que si j'avais des enfants, je voudrais en avoir trois. Et je pense que ça dit quelque chose de moi parce que j'ai réalisé ce que j'avais envie.
- Speaker #0
Oui, c'est beau. C'est vrai que c'est la réalité aujourd'hui. Tu sais un peu l'origine de cette envie d'avoir trois enfants.
- Speaker #1
Alors on dit toujours qu'on a envie de ce qu'on n'a pas eu et donc moi je suis fille unique. J'ai eu une enfance tout à fait heureuse avec des parents aimants. J'allais dire, je n'ai pas souffert de solitude et en même temps, j'ai eu une enfance solitaire quand même. Par la force des choses, n'ayant pas de frères et sœurs et mon père étant dernier de sa fratrie, je n'avais que des cousins plus âgés que moi qui n'ont pas grandi en même temps que moi. Donc j'ai quand même eu des moments de vie quotidien. solitaire, étant seule à la maison et étant aussi, je pense, une génération où les parents n'étaient pas dans le même mode éducatif, je pense qu'aujourd'hui, où on était peut-être un peu moins proche de son enfant en termes d'occupation quotidienne. Je ne sais pas comment formuler ça, mais je trouve que maintenant, on cherche toujours à s'occuper de son enfant, à faire des choses avec lui, etc. Donc, Tout en ayant eu une enfance heureuse, j'avais envie d'avoir autre chose plus tard en tant que maman et en tant que dynamique familiale. Et que je pense que j'avais envie d'avoir trois enfants, déjà parce que le chiffre me plaisait bien. Et parce que surtout, pas parce que j'ai une fétichiste du chiffre 3, non, mais parce que je pense que ce chiffre-là incarnait une dynamique familiale qui m'intéressait. Et surtout que ça voudrait dire une famille avec plein de vie, plein de bruit. Alors que moi, je pense que mon souvenir de ma vie d'enfance était plutôt le calme quand même. Quelque chose de calme, du fait que je n'avais pas de frères et sœurs. Même si j'avais des échanges et une communication avec mes parents. Donc je pense que mon envie d'avoir trois enfants, ça vient de là. Ça vient du fait que j'avais envie que mes enfants connaissent l'expérience de la fratrie. qu'ils aient quand même ce que moi, je n'avais pas eu. Un frère, une sœur. Je crois que je me projetais déjà sur leurs relations futures à eux en étant moi-même jeune. Je me projetais là-dessus en me disant j'ai envie que mes enfants connaissent ça, l'expérience de la fratrie. Et une forme de dinaïsme, de chahut ambiant que finalement, j'ai bien trouvé. En ayant trois enfants, on a eu jusqu'au Noël.
- Speaker #0
Parce que oui, je pense que le but est atteint.
- Speaker #1
Il est atteint.
- Speaker #0
effectivement il y a du chahut justement est-ce que en repensant à ta vision d'alors qu'est-ce que tu penses de ce qui se passe aujourd'hui pour toi pour votre famille comment tu te sens par rapport à cette vision que tu avais alors c'est marrant parce qu'il y a une anecdote qui me vient et ça fait un moment que je ne l'ai pas ok
- Speaker #1
je n'ai pas pensé mais c'est vrai qu'en ayant un passé de fille unique j'ai Merci. toujours été surpris en jouant à des jeux de société avec mes enfants, comment ils étaient capables de pourrir l'ambiance en voulant exactement le même pion de la même couleur, alors qu'il y avait cinq pions à disposition, six pions, enfin voilà, ils sont trois enfants, donc concrètement tout le monde peut avoir un pion différent, mais non. L'important c'était d'avoir le pion voiture, le pion vert, et c'est vrai que je disais donc à mon conjoint, le papa des enfants, qui lui a un frère, je ne comprends pas en fait. Pourquoi ? ce qu'ils ont besoin de se friter sur ce pion-là, alors qu'il y en a plein d'autres, alors qu'en fait, c'est quelque chose assez typique, je pense, dans toutes les fratries. Mais moi, en ayant ce passif de fille unique, c'était quelque chose qui était assez incompréhensible, en me disant, mais là, ça va pourrir l'ambiance du jeu, limite, tout le monde va rentrer dans sa chambre, claquer la porte, et au final, on ne va pas jouer, quoi. Et donc, bah oui, j'ai tout à fait eu cette découverte d'élever une fratrie, avec ces petits moments, voilà, qui finalement, bon... sur le moment, ne sont peut-être pas très rigolos parce que toi, tu prends le temps pour faire un jeu et finalement, on n'arrive pas à se décider sur un jeu parce qu'ils veulent tous des jeux différents ou ils veulent tous le même pion.
- Speaker #0
Moi, ce que je trouve intéressant dans ce que tu dis, c'est que quand on est enfant unique, on a un rapport avec ses parents. Je pense que tu as quelque chose de très respectueux, toi, de l'autorité en plus. Donc, je ne t'aurais pas vu rafler le pion rouge à ton père ou à ta mère pendant une partie de Petit Chevaux. donc c'est vrai que le rapport entre les deux Dans la fratrie, entre frères et sœurs, il est différent d'avec les parents. Les parents, on les respecte. En tout cas, nous, on a été élevés pas mal comme ça, je pense, de notre génération. Et entre frères et sœurs, on peut être rivaux. On peut s'en mettre plein la poire, justement. Et heureusement, il faut le faire. Parce qu'après, c'est ça en moins à exprimer à l'âge adulte. On a pu exprimer ces pulsions-là. Mais du coup, je ne suis pas étonnée que ce soit étonnant pour toi et que ça soit décalé de ta propre expérience, de voir ces luttes et puis de se dire, tiens, mais ils ne se rendent pas compte que l'ambiance va être moins bonne si en plus ils font ça. Et nous, on s'en fiche quand on est enfant. C'est ça qui est... Alors que je pense que le rapport entre parents et enfants, on va avoir cette régulation. Tiens, je n'ai pas envie de pourrir. J'ai pas envie de faire rater le jeu. Peut-être que c'est différent aussi.
- Speaker #1
C'est sûr que c'est interpellant quand ça m'arrive d'être face à des situations comme ça de fratrie, d'événements de fratrie. Après, il n'y a pas que des choses négatives. quand c'est... Assez plaisant de voir mes deux filles se soutenir, jouer ensemble, partager des moments de complicité, des moments créatifs dans leur chambre, à faire des cabanes, des parcours, se raconter des histoires. Ça, je trouve ça génial. Je trouve que c'est ce que je n'ai pas eu et elles ont une complicité qui est indéniable.
- Speaker #0
Je vous pose le contexte, tu as deux filles et tu as un garçon et deux filles.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Elliot qui a 13 ans et mes filles qui ont 11 et 6 ans. De par leur âge et leur histoire, ils ont une place dans la famille et puis des interactions, des relations différentes les uns avec les autres. On a souvent tendance à dire la petite et les deux grands parce que c'est vrai que les deux grands sont rapprochés en âge. et ma fille a sauté une classe, donc ils sont en plus rapprochés en termes de niveau scolaire et clairement ils ont grandi ensemble ils sont quasiment lu les mêmes livres, vu les mêmes choses. Avec la plus petite, il y a un rôle vraiment de grand frère et de grande sœur, bien que le rôle soit très différent, puisque la grande sœur a, je pense, ce côté féminin, protectrice avec sa petite sœur. Le grand frère a un lien, une relation très différente avec sa petite sœur. D'une part... parce qu'elle est plus petite, je pense, et parce qu'elle n'a pas grandi avec lui. D'autre part, parce qu'avec sa sœur, avec laquelle il est proche en âge, ils ont grandi ensemble et ça a créé un lien, je pense, inaliénable. Et puis parce que mon fils est né à une personnalité atypique. Quand il était plus jeune, il a été diagnostiqué, je pense que c'est important à dire pour comprendre la dynamique familiale et la dynamique de la fratrie. Quand il est à l'école maternelle, de par ses comportements divers, avait été repérée par l'institutrice de maternelle. Ayant eu une formation sur l'autisme elle-même, avait décelé certaines choses chez lui et nous avait alerté en tant que parents. Et comme c'était notre premier enfant, enfin je me suis souvent dit que comme c'était notre premier enfant, il était l'enfant qu'il était. On n'avait pas de point de comparaison d'enfants, on va dire, qui grandissaient en parallèle de lui à ce moment-là. Voilà, du coup, suite à... Un dépistage qui a été fait dans un centre de ressources autisme, il a été diagnostiqué avec un trouble du spectre autistique, mais de haut niveau, c'est-à-dire sans déficience intellectuelle. Au contraire, des capacités intellectuelles tout à fait normales, voire supérieures, mais par contre assez typiques de l'autisme avec des centres d'intérêt restreints, des stéréotypies et j'en passe. Ça détermine toujours, mais ça a déterminé son enfance et puis ça détermine le lien qu'il a avec le reste de sa fratrie. Notamment, je pense, du coup, avec sa petite sœur. Le lien est différent parce qu'ils n'ont pas grandi ensemble. Il a du mal à appréhender, je pense, et à comprendre ce qui peut se passer dans la tête d'une enfant plus jeune. Donc les liens sont un peu difficiles.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu gères ça ? Est-ce que ça te pèse ? Est-ce que ça t'interroge ? Est-ce que ce n'est pas trop dur de jongler justement entre les différentes personnalités dans la fratrie comme ça ? En plus avec des âges différents, etc.
- Speaker #1
On rentre dans un vaste sujet. La première chose qui me vient, c'est que quand j'avais ce projet d'avoir trois enfants, alors bien sûr, j'ai rencontré mon conjoint, on a eu rapidement envie d'avoir un premier enfant. Puis l'envie d'en avoir un second. Entre guillemets, le projet de vie se passait, on va dire, tranquillement. Et qu'effectivement, à un moment donné de ma vie, quand les deux grands avaient déjà 5 et 7 ans, on s'est posé la question avec mon conjoint d'en avoir un ou une troisième. Comme ça avait été un souhait dès le début, c'est quelque chose que j'ai souhaité réaliser. je pense qu'au début de ma parentalité. C'est souvent l'image qui me vient, c'est que j'ai foncé un peu tête baissée dans mon quotidien. Quand le premier arrive, c'est la révolution. On a 24 heures dans une journée et on a beau avoir que son bébé à s'occuper pendant deux mois et demi, on n'a pas le temps de pisser, on mange à 15 heures, on se douche quand on peut à 17 heures. C'est une vraie révolution. Et on y va, on y plonge tête baissée. Quand la deuxième est arrivée, on a continué. Métier d'infirmière avec un investissement, je pense en tant qu'infirmière, qui a toujours été le mien, c'est-à-dire 100%, sans compromis, vouloir faire mon métier au mieux que je pouvais. Et puis le diagnostic d'Eliott est arrivé et ça a été quatre prises en charge par semaine. Psychomotricien, rendez-vous chez la psychomotricienne, chez l'orthophoniste, chez la psychologue et un groupe d'habileté sociale. Avec le recul, je me dis que c'était quand même un quotidien très prenant. Mais finalement, sur le moment, c'était tête baissée, on y va.
- Speaker #0
C'est ce qui fait les fers.
- Speaker #1
On fonce dans le tas du quotidien, de la parentalité, on avance. Et en même temps, je suis quelqu'un qui aime vivre à 100%, qui aime vivre plein de choses, qui veut que chaque jour compte, que chaque jour soit marqué du saut de l'histoire. C'est vrai que Carpe Diem, ça a toujours été... J'ai toujours eu une exigence envers moi-même et envers mes enfants et mon conjoint et de la famille dans sa globalité d'avoir des journées épanouissantes, remplies d'événements, de faire des choses. Et puis voilà, on en arrive à un moment donné avec tout ça, à tout ce que ça représente finalement dans le quotidien et puis à notre modèle de parentalité. qui était de prendre soin de chaque enfant, parce que chaque enfant a été voulu, de prendre soin de chacun avec ses particularités, mais donc de prendre soin mentalement mais physiquement, en leur apportant une alimentation équilibrée, qui veut dire ça dit cuisiner. Donc mes journées parfois ont ressemblé à je me lève à 5 heures, je vais travailler. Je rentre après une journée parfois assez éreintante à l'hôpital, emmener mon fils en consultation chez l'orthophoniste ou ailleurs et m'endormir à moitié dans la salle de consultation. Je me barre d'avance de ce que je veux dire. Et rentrer et éplucher mes carottes pour faire des légumes sains pour les enfants, pour que toute cette petite troupe mange bien. Et voilà. Et je pense finalement avoir fait des journées continues pendant... 10 ans, 11 ans, 12 ans, ça va faire maintenant 15 ans de parentalité, parce que mon fils aîné va avoir 14 ans, donc si on compte la grossesse, qui est aussi un moment de notre vie de femme, de mère, 15 ans de ressenti, de parentalité, et voilà, ce projet de vie et ses enfants qui aboutissent à une autre configuration.
- Speaker #0
Tu sais, dans le livre de Mona Cholet, sur la culpabilité que tu m'avais conseillée, que tu m'as donné envie de lire. Elle parle d'une sorte de dévouement total, sacrificiel des mères que la société a l'air d'attendre. Est-ce que tu ressens ça, toi ? Tu te sens pétrie de ça ? Est-ce que tu le sens pesé sur toi ou pas ?
- Speaker #1
Complètement. Moi, je me dis, finalement, quand je pense à la mère que j'étais il y a 15 ans, celle qui est tombée enceinte en 2011 et la mère que je suis maintenant, il y a 15 ans d'évolution. Quinze ans d'évolution de mon histoire personnelle, de moi qui évolue aussi physiquement, qui vieillit. Quinze ans de ma façon de me sentir mère. Et je pense que sans m'en rendre compte, quand mon premier enfant est né, je pense que j'étais dans une forme d'exclusivité, de don de moi total pour mon premier enfant, pour le deuxième et puis pour la troisième dans une certaine mesure. Même si pour la troisième, on en parlera peut-être à un autre moment, mais c'est vrai qu'elle a... Elle a clairement une mère différente des deux premiers parce qu'elle est arrivée plus tard et je n'avais plus la même disponibilité physique, émotionnelle, ni même la même envie du don de soi à 100%. Je pense que je n'en étais plus capable et que je n'en avais plus envie non plus. Donc, je crois que... J'avais tellement donné, on va dire, pendant les 10, 11, 12 premières années, de moi, de mon temps, de mon énergie, de ma disponibilité mentale, émotionnelle, enfin tout, mon être. Je crois qu'à un moment donné, je suis arrivée à une forme de saturation. Et souvent, je me dis, il y a eu un moment où je pense que j'avais tout donné et que je n'avais plus rien en stock. Et ce qui est fou finalement, et quand ça m'arrive de discuter avec des copines, des amis, des mères, je me dis, je crois qu'on ne se rend pas compte de tout ce qu'on donne. Ou alors c'est peut-être moi, parce que chaque personne est différente, selon sa culture, son histoire. Chaque personne est différente et il y a peut-être des femmes qui savent s'écouter dès le début. Mais jusqu'à ce qu'un jour, je ressente ce manque de stock maternel en moi, j'ai tout donné. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il n'y a pas eu d'alerte en disant, bon, des alertes peut-être que je n'ai pas su entendre aussi, on a tout pu discuter. On va dire que j'ai eu cette forme d'exigence pendant assez longtemps, en ayant l'impression de bien le vivre, parce qu'à ce moment-là, de mes enfants, j'avais la croyance que c'était ce que je devais donner à mes enfants. Ce que je devais être pour mes enfants, j'en étais persuadée et avec mon côté très cartésien et rigide, je fais des enfants, je les ai voulus. J'ai la chance, au siècle où on vit, de les avoir eus quand je voulais. Grâce à la contraception, on peut quand même décider aujourd'hui en tant que femme quand on veut avoir des enfants. C'est surtout cette pression à se mettre soi-même en se disant, j'ai voulu des enfants, je les ai eus, il faut que je les assume. et il faut que je les assume pleinement. Il faut que je leur donne la meilleure éducation, la meilleure nourriture, le meilleur environnement, pas d'écran, les meilleurs... Mais une pression finalement monumentale sur tout. Alors je pense qu'il y en a une partie qui vient de moi et puis il y en a clairement une partie qui vient aussi de la société. Je ne peux pas être l'unique responsable de tout ça. Sauf que je pense qu'effectivement, si on parle de la société, je pense qu'elle nous met quand même une pression. Alors peut-être sans le vouloir, mais c'est vrai que bon voilà... pas d'écran et c'est très bien en fait jusqu'à un certain âge j'adhère et il faut réguler tout ça mais c'est vrai qu'à un moment donné toutes ces injonctions diverses et variées qui viennent de plein de choses quand est-ce qu'on a du temps pour soi ? à un moment donné quand on a du temps tout simplement exister,
- Speaker #0
être et se laisser un petit peu tranquille et c'est vrai qu'il y a des injonctions qui ont l'air d'arriver de partout je me demandais justement quelle a été ton indication pour savoir que Tu étais arrivée au bout de ce stock de patience, de dévouement en fait, parce que tu disais que tu n'avais pas entendu les signaux. Moi, j'ai l'impression que tu en as quand même perçu certains.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On en avait parlé à l'époque.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a eu un sommeil perturbé. Il y a eu une fatigue qui en découlait, qui était assez monumentale et que j'ai laissé traîner. Et puis parce que je ne me suis pas écoutée. Il a fallu que le corps me dise stop. un jour de manière assez violente. Et c'est vrai que là, j'ai senti que je perdais un petit peu le contrôle de mon corps et c'était vraiment assez terrifiant. Le corps voulait me montrer que ce rythme-là serait pas tenable sur le long terme et qu'il fallait reprendre les choses en main. Et c'est vrai que ça s'est accompagné d'une fatigue physique écrasante. Malgré ces symptômes, j'ai toujours l'impression... que j'ai mené ce train-là avec bonheur jusqu'à ce qu'un jour ça pète. Mais bon, c'est vrai qu'on n'est peut-être pas très objectif. Quand il y a eu cette alerte physique et cette fatigue mentale, il y a eu un moment donné où je me suis dit mais elle est où la femme là-dedans ? Je me suis complètement perdue dans tout ça. Des fois, j'ai l'impression de me dire cette décennie, entre 30 et 40, je n'étais que mère ou infirmière. Bien sûr, ça m'est arrivé. d'avoir du temps avec mes amis, de me faire des restos de temps en temps. Je n'ai pas été incarcérée dans la suite familiale. Je ne sais pas pourquoi c'est la formule qui me vient. Non, j'ai quand même eu des moments conviviaux. Et voilà, auprès de mes enfants, chaque moment passé sans mes enfants était quand même un moment où je culpabilisais en me disant je ne suis pas avec mes enfants à m'occuper d'eux, à leur donner du temps de qualité. Et donc, c'était des temps qui n'étaient pas assumés, sereinement en tout cas. Il y avait toujours une pointe de culpabilité de me dire « je ne suis pas avec eux » , comme si en étant mère, on devait être l'être présent à 100%, la référence, le socle, le mur porteur. Mon fils est suivi par une psychologue dans le cadre de son trouble du spectre de l'autisme. Toutes les semaines, il va l'avoir pour travailler sur les habiletés sociales. Ça va faire maintenant plus de dix ans qu'il est pris en charge pour son trouble. énormément de progrès. Il évolue de manière très positive, ce qui me fait dire que toute cette prise en charge et la fatigue qu'elle a accompagnée pour lui, comme pour moi, a été... porteuse de choses très positives et donc c'est très bien. Mais c'est vrai que lors d'une des séances, la psychologue lui émettait le fait, parce que c'était un moment justement où je ressentais beaucoup de fatigue et que je soumettais l'idée que c'était peut-être compliqué de l'emmener à ses séances, que par moments je pouvais ressentir de la fatigue, à l'emmener à ses séances. Et donc elle lui exposait le fait que j'étais une mère mais que je pouvais être fatiguée et ce à quoi il avait répondu Très spontanément que non, je serais toujours là, que j'étais disponible à tout moment. Ce n'est pas exactement les termes qu'il a utilisés, mais c'était ce que ça voulait dire. Et c'est vrai que ça m'est bizarrement, ou de manière très justifiée, je ne sais pas, ça m'est arrivé un peu comme un boulet de canon. Vraiment, j'étais heurtée par cette phrase en me disant, il pense que je suis une force inépuisable, inaliénable. Le fameux mur porteur, c'est-à-dire maman sera toujours là. quoi qu'il se passe. Elle est là, elle a toujours été là, donc elle sera toujours là dans le futur. Et en fait, comme c'était un moment où je me sentais vulnérable, mais bien sûr, ce n'était pas quelque chose que je partageais avec lui, du coup, c'est vrai que ça m'a heurtée plein fouet en me disant voilà comment me considère mon fils, alors que justement, je n'étais pas sûre de pouvoir endosser ce rôle-là pendant encore si longtemps que ça.
- Speaker #0
Je trouve que c'est une réussite par rapport à son sentiment de sécurité à lui. En fait, c'est intéressant parce qu'on parlait au tout début, tu parlais de la distance qu'il pouvait y avoir entre toi et tes parents quand tu étais petite ou peut-être une sorte de manque de tendresse, enfin de proximité. Et toi, tu as fait l'inverse avec tes enfants, c'est-à-dire que tu es vraiment un pilier pour eux. Et je me souviens effectivement que pendant les premières années d'Eliott, tout. tes jours de congé étaient dédiés à lui puisqu'en plus la crèche était liée à celle de l'hôpital. Elle était liée à tes horaires à l'hôpital. Donc ça tombait comme ça au niveau du planning en plus. Ça m'avait beaucoup impressionnée. Je me souviens à l'époque, je trouvais ça très beau et en même temps je me disais mais quand est-ce qu'elle a du temps pour elle ? Puisque je n'avais pas d'enfant et que je me disais très naïvement comment elle fait si elle veut faire un peu de shopping ou prendre un... On va aller se faire un tité.
- Speaker #1
Les grèches hospitalières, du coup, elles contribuent, entre guillemets, à rendre ce lien mère-enfant très exclusif. Parce que quand je travaillais de 6h30 à 14h30, il était de 6h30 à 14h30, j'allais le chercher en sortant. Je faisais toute l'après-midi avec lui et tous les jours de repos avec lui, comme tu disais. Donc du coup, ça créait une forme d'exclusivité mère-enfant parce qu'il n'était pas sur mes jours de repos. et en fait... tout le temps avec moi, en dehors de mes heures de travail. Et c'est marrant que tu parles de shopping, parce que c'est vrai que, du coup, dès le début de ces troubles, elle était un enfant impossible à amener dans les magasins, parce que je pense trop agressif de par la luminosité qu'il y a dans les magasins et dans les centres commerciaux, trop agressé par le flux de gens impossible à gérer dans la tente. Avec lui, d'ailleurs, j'ai eu tendance à reproduire le même schéma avec ses sœurs, en me disant, c'est pas possible d'emmener des enfants de toute manière. faire les courses et donc à faire la même chose pour ses soeurs, quoique maintenant, du coup, je me rends compte, surtout que la plus grande apprécie finalement du shopping, voire même en réclame et donc, voilà, on évolue avec ses enfants.
- Speaker #0
On a tendance à appliquer les mêmes recettes quand ça fonctionne. On applique la recette, c'est normal, on réplique les choses. C'est une réussite pour nos enfants, ces éducations où on est dévoués Merci. et on est focalisé sur leur bien-être présent et futur. Mais là, calme-t-il. Mais voilà. En fait, c'est ça qui est intéressant, je trouve, c'est ce basculement générationnel entre, si on généralise beaucoup, c'est juste pour schématiser, mais une génération qui a fait comme elle a pu aussi avec les outils que nos grands-parents leur ont donnés parce que c'était des éducations encore plus dures les générations d'avant. Donc, il y a eu... quand même une forme d'assouplissement entre l'éducation que nos parents ont reçue et celle que nous avons reçue. Mais j'ai l'impression qu'avec l'éducation bienveillante, que moi j'applique aussi et à laquelle je tiens beaucoup, Ce sont aussi peut-être les parents qui trinquent pas mal. Et je me dis, il doit y avoir une forme d'équilibre là-dedans. Et je me demandais ce que toi, tu avais peut-être mis en place, si tu peux nous parler un peu de ce que tu avais mis en place depuis que tu as eu ce gros stop, cette espèce de burn-out que tu as fait.
- Speaker #1
Oui, complètement. Après, j'ai eu du mal à mettre le terme adéquat sur mon état émotionnel et physique à ce moment-là. C'est vrai que clairement, je pense qu'on peut... En tout cas, dire que c'était un burn-out parental, à minima, mais voire même un burn-out professionnel également, c'est vrai que cette éducation, je ne la remets pas en question. De toute manière, elle est ce qu'elle a été parce que c'est ce dont j'avais envie pour mes enfants. Alors, à cause aussi de plein d'injonctions personnelles et sociétales. Donc, à un moment donné, effectivement, le prix était trop fort, je pense, physiquement et moralement, et le corps a dit stop. d'une... De ce burn-out, à un moment donné, je me suis dit, il faut vraiment que je m'écoute davantage. Je n'étais pas prête à faire de compromis professionnels parce que j'aurais dû probablement m'arrêter à un moment parce que ça m'aurait permis de récupérer physiquement. C'est vrai que je me dis des fois quand je vois des amis autour de moi et que j'ai l'impression de me voir il y a dix ans, quand elles sont avec des plus petits, je ne veux pas être condescendante en leur disant, mais surtout... prends soin de toi et écoute-toi et tu n'en seras pas moins une moins bonne mère si tu prends du temps pour toi chaque semaine, chaque soir, en le laissant avec le conjoint, les papis, mamie, quand c'est possible, les amis, à la crèche, dans la structure qui le garde. J'aimerais dire maintenant, avec 15 ans de parentalité, aux mamans qui ont peut-être le même ressenti que moi, de s'autoriser d'arrêter de se mettre une pression démentielle et de s'autoriser du... du temps pour soi, du temps de qualité. Alors qu'avant, j'avais du mal à me dire qu'il vaut mieux qu'il y ait moins de temps, mais que ce soit du temps de qualité plutôt que de la quantité, ce que je faisais beaucoup, c'est-à-dire 100% être tout le temps avec mon enfant. Maintenant, je me dis qu'ils sont capables, pour les plus grands, de s'occuper seuls et de l'apprécier. Pour la plus petite, d'être au centre aéré ou avec ses grands-parents et qu'elle bénéficie d'un autre environnement familial avec une autre façon de... de percevoir la vie et que ça ne fera que l'enrichir et de me dire que moi, j'ai besoin de ces temps pour me construire. Je crois que je n'ai même plus besoin de me justifier à moi-même. Je sens que de toute manière, il y a une urgence vitale à s'occuper de moi. C'est-à-dire que, comme je disais tout à l'heure, j'ai tellement donné qu'à un moment donné, je me suis rendue compte que je n'avais plus de stock et qu'il fallait absolument que je prenne du temps pour moi en tant que femme. Sinon, ça n'allait pas. En fait, c'est un moment quand on s'oublie trop, quand on s'oublie complètement. Il y a un moment où il y a quelque chose qui nous revient à la tronche assez violemment en se disant, mais en fait, qui tu es ? Dans tout ça, où es-tu ? Donc maintenant, pendant qu'on fait le podcast, mes deux grands-enfants s'occupent tout seuls avec leurs bouquins et tout ça. Et je le vis très bien.
- Speaker #0
Yeah ! Non, mais c'est vrai, c'est à marquer d'une pierre d'ange. Moi aussi, il est à la crèche. Est-ce que j'ai culpabilisé ce matin ? En se déposant, bien sûr que oui. Et en même temps, il aime vraiment y être. En plus de ça, c'est-à-dire que moi, je me dis, on a tendance à plaquer des choses aussi de notre propre expérience d'enfant, où toi, tu parlais de la solitude que tu as ressentie quand tu étais enfant. Moi aussi, j'aimais beaucoup le contact avec mes parents, avec mes proches. Mais nos enfants, ils apprécient aussi d'être soit entre eux, soit à l'extérieur. En fait, on a aussi tendance, dans cette culpabilité, à mélanger avec des modèles des choses qui nous appartiennent. Tu sais, dans l'avion, on nous dit de mettre notre masque avant d'aider les autres. Et c'est une métaphore que j'ai beaucoup entendue, beaucoup lue, mais je ne la comprenais pas avant d'être mère. Et je me suis rendue compte, comme toi aussi, à un moment où j'ai eu des vertiges, parce que que je n'avais pas assez dormi, que j'avais mon bébé dans les bras et qu'il fallait que je demande de l'aide à un moment. C'était l'année dernière, quand il a été très malade, avec l'hiver, tout simplement, rien de grave. Il faut mettre son masque avant d'aider les autres. Il faut penser à être simplement soi, comme tu disais. Quel que soit ce qui nous fasse du bien, pensez à le faire parce que c'est mieux prendre soin d'eux. que de prendre soin de soi. Mais c'est très difficile à infuser en soi et à vraiment comprendre et saisir parce qu'il y a ce poids de l'injonction, du rôle de mère. De l'image qu'on en a, on voit bien quand on a un souci psy, on se tourne tout de suite vers la mère. Est-ce que ta mère t'a, on ne sait pas, nourri, bercé, allaité ? Comment ça s'est passé la grossesse, etc. ?
- Speaker #1
Je pense que c'est plus facile pour moi, avec effectivement 15 ans de parentalité, de me rendre compte maintenant de ces choses-là et de me dire, il faut prendre du temps pour soi, c'est vital. Il faut être bien soi-même pour effectivement bien prendre soin de ses enfants. Et ça me fait penser aussi à deux choses. Il y a un moment où, effectivement, quand je ne me sentais pas très bien, j'avais dit à mon conjoint, je prends soin de mes enfants, je prends soin de mes patients, j'essaie de prendre soin de ma famille, même plus élargie et tout ça, mais au final, qui est-ce qui prend soin de moi ? Cette phrase, elle m'avait un peu parlé, parce que j'avais l'impression de prendre soin, vraiment dans tous les sens du terme, à tout moment de la journée, au travail et à la maison. et finalement... de ne pas savoir prendre soin de moi. Autre chose aussi dans laquelle je pense, quand on parle justement du rôle de la mère, pour mon fils aîné, quand on avait été dans un CMP, rencontrer une psychiatre, et que la psychiatre m'avait fait un entretien assez hallucinant où elle m'avait demandé quel était le relationnel avec mon fils, qu'est-ce que j'avais fait avec lui, quel était l'historique. En gros, que j'étais là. cause de son autisme. C'était vraiment un entretien qui avait été formé des questions qui étaient tournées vers une cause maternelle à son autisme et à un lien trop exclusif. Alors c'était quelque chose qui m'avait quand même particulièrement heurtée, stupéfiée, d'autant plus que je lisais quand même pas mal de choses sur les troubles du spectre de l'autisme et qu'on sait quand même aujourd'hui que c'est un trouble neurodéveloppemental et que la psychanalyse qui fait incombé à la mère le rôle de l'autisme de son enfant, c'est quand même assez désuet. Mais, finalement, qui arrive encore, puisque c'était il y a quand même moins de dix ans. Ça, c'est aussi une anecdote sur ce qu'on peut faire, encore portée aujourd'hui à une mère, sur la responsabilité d'handicap chez son enfant.
- Speaker #0
Tu as eu la chance d'être outillée. Déjà, la nouvelle t'a remué, si je me souviens bien, beaucoup. Mais heureusement que tu étais dans le milieu médical, que tu t'es informée, que tu t'es penchée sur le sujet. Mais c'est vrai que si on pense à une mère qui n'aurait pas les mêmes outils, Ça peut être extrêmement culpabilisant et de plus, on ne peut rien faire rétroactivement. Donc en plus de ça, c'est un poids, une culpabilité sur laquelle on ne peut pas agir du tout. Donc c'est d'autant plus fort. Qu'est-ce que tu dirais que ça a remué en toi à l'époque ?
- Speaker #1
Je pense qu'on était assez sonnés avec mon conjoint. Je me rappelle prendre l'ascenseur. Je ne sais pas pourquoi, souvent dans ce genre d'événement, on est... de focaliser sur quelque chose et d'être sonnée, pleurer. C'était un choc. Et puis, j'ai beau être infirmière, souvent, les gens peuvent se dire qu'on connaît plein de choses sur tout, mais le domaine, le champ médical est tellement large, les spécialités tellement diverses et variées. Moi, je n'avais absolument aucune expérience dans l'autisme. Je ne l'avais même pas vue en cours, enfin, en école d'infirmière. Et puis, d'une autre manière, quand ça touche son enfant, on est totalement... Enfin, on n'est plus dans l'objectivité, on est dans le sentimental. Et là, c'est vrai que c'était quelque chose qui allait impacter son futur. Passer le premier choc, après, moi, je me suis beaucoup renseignée. J'ai un peu arrêté ces derniers temps parce qu'il y a eu un moment donné, il a fallu que je lâche. Pour nous deux, je pense, pour lui comme pour moi, pour mon fils, je me suis beaucoup investie dans son trou pour essayer de lui donner les meilleures armes. Parce qu'il y avait aussi une certaine forme de pression, parce qu'on dit... La plasticité cérébrale, à ce moment-là, et comme c'est un trouble neurodéveloppemental, la plasticité cérébrale est très importante à cette tâche-là. Si on veut lui donner des compétences sociales qu'il n'a pas eues de manière innée, le plus tôt le mieux. Il y avait une certaine forme aussi de pression à essayer de lui inculquer ses normes sociales le plus rapidement possible. Donc c'est vrai que je me suis pas mal documentée, essayer de mettre des choses en place, des renforcateurs pour qu'il puisse développer les compétences sociales. Dans ce trouble, il faut qu'il y ait un renforçateur, une récompense immédiate. Ma réaction, ça a quand même été de foncer dans la prise en charge. C'est-à-dire, on met tout ce qu'il y a à mettre en place rapidement pour lui donner toutes les chances d'abord d'être heureux dans la vie, parce que c'est ce qu'on souhaite à son enfant, et puis de lui donner toutes les armes sociales pour qu'il ait une vie d'adulte, ensuite une vie de jeune enfant, puis d'adolescent, de jeune adulte et d'adulte, j'espère, la plus heureuse possible. Mais c'est vrai qu'on est dans une société qui est très normée. L'idée, c'était de lui donner toutes les compétences sociales pour pas forcément rentrer dans la norme, mais pour savoir interagir et tous les aspects de la vie d'une personne normotypique, comme on dirait dans le jargon. Je pense que ma façon de faire, ça a été de foncer pour lui donner toutes les armes, tout ce que je pouvais, que j'étais en mesure de lui donner. Ça a été à peu près ça pendant dix ans. Et puis, il y a eu un moment où il allait mieux, où on a pu supprimer certaines prises en charge, orthophoniste et psychomotricienne notamment. Et où il a fallu que je lâche aussi. Mais ça, ce n'est pas si vieux que ça. Ça doit faire deux ans à peu près, où les renforcateurs... C'était à chaque fois l'interpeller pour lui dire de me regarder dans les yeux parce que sinon il n'écoute pas, il n'entend pas. Ça n'atteint pas dans le sens où il est dans son monde intérieur. Donc c'est presque à chaque parole, intercepter son regard, son attention. Je pense qu'il avait besoin d'un break de tout ça et puis moi aussi. Donc il y a eu aussi une évolution dans sa prise en charge qui s'est quand même allégée, tant mieux pour lui. Et puis moi aussi, dans ce que je lui apportais, parce que je crois aussi qu'à un moment donné, j'étais plus capable... de fournir autant qu'auparavant.
- Speaker #0
Et ce qui est beau, c'est que le résultat est là. C'est que là, il est au collège, dans une classe en plus musicale, donc il y a de la passion.
- Speaker #1
Oui, il n'a plus d'AESH, donc il n'a plus de soutien d'une personne au niveau scolaire. Il a trouvé un intérêt dans la musique, qu'il passionne effectivement.
- Speaker #0
En plus, pour le connaître un peu, c'est vrai. C'est quelqu'un d'extrêmement sympathique. Enfin, je veux dire, je peux objective, mais... C'est ce que j'allais dire.
- Speaker #1
Très chère marraine, je pense que tu n'es pas objective.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on n'a pas du tout envie de l'embêter avec son trouble parce qu'il a un côté débonnaire et marrant. Et quand on voit qu'il est très attachant par ailleurs, ça peut aussi l'aider. Je crois que vous avez atteint une sorte de plateau là où... où il peut en plus progresser, même s'il faut être derrière. Bien sûr, il faut être là pour le guider et l'épauler. Mais c'est vrai que tout le travail que tu as fait pendant cette décennie, je pense, a apporté ses fruits. Parce que là, vous êtes sur un progrès qui est constant et qui peut être aussi effectué en milieu scolaire, où il va progresser aussi au contact des autres. en musique, avec les quelques séances qu'il y a encore de son côté. Heureusement, tu as atteint un moment où effectivement, il a l'air d'aller bien et où toi, tu poses les valises, mais en plus de ça, l'urgence est moindre. Même si, bien sûr, comme tu dis, sur la question du spectre de l'autisme, il y a toujours des choses à travailler, comme nous tous et tous d'ailleurs. Mais là, c'est pour son futur et c'est pour l'outiller pour le futur, effectivement.
- Speaker #1
Je pense qu'après, il faut le laisser aussi devenir l'adolescent, le jeune adulte qui voudra bien être et d'évoluer tout en étant accompagné, mais avec un accompagnement peut-être moins soutenu.
- Speaker #0
Oui, comme tu dis.
- Speaker #1
bon pour lui et pour toi aussi.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais une petite pensée de fin ? Parce que tout à l'heure, déjà, c'était, je trouve, très parlant de dire qu'il faut penser à être tout simplement soi, parce qu'on s'oublie. Là où t'en es toi, par exemple, qu'est-ce que tu dirais à des gens qui veulent être parents ou qui le sont depuis récemment et qui ne dorment pas trop ?
- Speaker #1
Je trouve quand même qu'en tant que mère et en tant que femme, on a quand même encore... Beaucoup, beaucoup d'injonctions et qu'il y a quand même beaucoup de choses qui reposent encore sur nos épaules et qu'on est quand même la génération, la mienne et encore les générations, je pense, qui ont des enfants au jour d'aujourd'hui où on cumule beaucoup de choses quand même. Une envie d'épanouissement professionnel, une envie d'être mère et parfois de famille plus ou moins nombreuse et d'avoir les injonctions d'être aussi belle et de faire du sport. sport et d'avoir une vie sexuelle, d'avoir une vie amicale, d'entretenir des bons liens familiaux. Et peut-être si je devais donner un conseil, c'est que de savoir choisir ses batailles et que d'être sur tous les fronts, c'est beaucoup pour la même femme à un temps donné que peut-être de savoir ne pas se mettre trop de pression et de choisir ce pourquoi on peut lâcher à un temps donné de savoir s'écouter. Que la pression d'être une bonne mère ne soit pas systématiquement la priorité sur notre liste, et de savoir s'écouter. Un enfant heureux, c'est certainement un enfant qui voit sa mère heureuse et épanouie, et que finalement, dans 20-30 ans, quand il se rappellera de son enfance, est-ce qu'il se rappellera davantage du fait qu'elle a joué des jeux de société tous les jours, un peu cliché extrême, mais caricatural, mais voilà, qu'elle a joué des jeux de société avec lui ou elle. de 17h à 19h tous les jours de la semaine et le week-end. Ou que c'est une maman peut-être qui a joué à des jeux de société, mais qui n'était pas tout le temps avec lui ou elle, mais qu'elle était heureuse et qu'elle avait aussi sa vie de son côté, ses expériences personnelles, ses histoires personnelles, sa vie amicale et tout ça. Donc effectivement, peut-être choisir ses batailles et savoir s'écouter.
- Speaker #0
C'est parfait pour le mot de la fin. Choisissons nos batailles. Merci beaucoup. Avec grand plaisir. C'était trop bien. Ça fait des belles leçons pour la parentalité. Merci encore.