- Speaker #0
Bonjour,
- Speaker #1
bienvenue,
- Speaker #0
merci de me recevoir,
- Speaker #1
bienvenue sur Fun Radio, et maintenant,
- Speaker #0
générique,
- Speaker #1
on va passer l'aventurier, je te jure, hello vous, moi c'est Marie, future psy, bienvenue dans Psycho Pop, le podcast, une pause et un podcast, dans Psycho Pop, on va plonger ensemble dans des sujets universels, amour, travail, parentalité, légitimité, On prend une pause, on se donne des tips de vie ou de survie et on sait qu'on est dans le même bateau. On va aussi débunker des grands mythes de la psycho et répondre à des questions bizarres. Tu verras. Intéressé ? Alors viens te poser par ici, ça va commencer. Bon bah bonjour Émilie.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Je suis trop contente de faire ça. Comme d'habitude j'ai le cœur qui va un petit peu plus vite.
- Speaker #0
Moi aussi.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça, c'est toujours un peu émouvant. On va parler plutôt de ton métier. Tu vas nous raconter un petit peu comment t'en es venue à faire ce métier et si aujourd'hui c'est quelque chose qui te parle encore, qui te passionne encore. Moi, ça m'intéressait parce que tu es interprète en langue des signes. C'est toi qui m'as fait découvrir cet univers. On a été dans un théâtre notamment qui s'appelle l'IVT où j'ai découvert qu'on pouvait applaudir sans bruit et j'étais fascinée par cet univers du silence mais où il y a de la communication. et voilà, c'était hyper intéressant, j'ai appris beaucoup de choses à travers toi. Je m'interrogeais en tant que future psy du travail notamment sur l'influence que ça avait sur ton identité à toi, sur ton présent professionnel. C'est ça qui m'intéresse vraiment dans le sujet d'aujourd'hui. Donc merci beaucoup d'être là et je vais te laisser la parole du coup.
- Speaker #0
Je suis ravie d'être ici et pareil, je suis émue parce que c'est... La relation qu'on a depuis des années et des années, donc venir ici pour échanger, ça me fait très très plaisir.
- Speaker #1
C'est vrai que ça fait un bail. On se connaît depuis que moi j'avais 16 ans, c'est ça ?
- Speaker #0
15 ans.
- Speaker #1
15, ouais, voilà. Ça fait très longtemps, on a regardé Dawson ensemble.
- Speaker #0
Tous les dimanches,
- Speaker #1
il y a du dossier. Donc voilà, c'est pour ça qu'on a un peu aimé. Donc au départ, je voulais te demander qu'est-ce qui t'avait conduit vers ce métier d'interprète en langue des signes ?
- Speaker #0
Alors, ce n'est pas vraiment le métier qui m'a guidée vers ce choix. C'est d'abord la langue, parce que moi, je suis interprète actuellement français, langue des signes française. Et la langue des signes française, même si je ne le concevais pas comme ça quand j'étais petite, ma mère me raconte qu'en fait, c'est une langue dont je parle depuis très longtemps, depuis que je suis toute petite. Enfin, toute petite. 10 ans à peu près, et que c'est une langue qui n'existe pas du tout autour de moi. Je n'ai personne de sourd autour de moi. Donc c'est une langue que j'ai pu rencontrer dans la rue, que j'ai pu rencontrer dans d'autres espaces, peut-être à la télévision. Je ne sais absolument pas comment c'est venu, mais ma mère me dit que j'en parle, que c'était quelque chose qu'elle avait envie de me faire découvrir parce qu'elle se disait, moi je ne connais pas, personne ne connaît autour de moi, donc je vais essayer de lui acheter un livre. sur ça et elle avait trouvé que des dictionnaires en langue des signes. Donc, ce n'est pas trop une entrée en matière qui est franchement très adaptée pour un enfant. Moi, les premiers souvenirs que j'ai par rapport à la langue, c'était déjà quand j'étais en terminale, en cours de philo. On avait regardé un film qui s'appelle Miracle en Alabama et c'était sur l'histoire d'Hélène Keller qui est une femme sourde et aveugle, enfin une petite fille qui est sourde et aveugle et qui avait été éduquée comme un animal. Parce qu'il n'y avait pas de communication, que c'était très compliqué de pouvoir interagir. Et sa famille avait fait venir une préceptrice qui lui avait enseigné l'éruditement de la communication. Il y avait quelque chose qui s'était instauré et en fait la communication s'est créée. Elle a grandi, elle a fait des conférences après par la suite. C'est une figure qui est assez importante dans le parcours. des sourds et de la langue des signes, notamment la langue des signes tactile, puisque là, c'est plus une communication avec les mains dans les mains. Et donc ça, je me rappelle, en tout cas, au lycée, d'avoir été frappée par ce film, d'en avoir gardé une trace, mais de ne pas avoir forcément creusé plus. Mais je sais que la question de la communication, le côté, le corps, le côté complètement original de de se dire par quel biais je vais pouvoir communiquer avec une personne qui ne va pas avoir les mêmes modalités de communication que moi, qui ne passe pas par l'audio phonatoire, mais qui passe par le corps, qui passe par l'expressivité. Ça, c'est quelque chose que j'ai gardé en tête. Et après, quand j'ai travaillé en centre de loisirs, j'ai rencontré aussi... Une petite fille sourde qui m'avait un peu fascinée parce que c'était pareil, j'ai essayé de rentrer en interaction avec elle et cette question de la communication, elle vient nous interroger, nous qui sommes entendants, parce que le monde sonore, c'est quelque chose qui fait partie de notre vie. En fait, on ne se pose même pas la question de savoir comment est-ce qu'on peut communiquer autrement. Et donc, quand on est face à une personne sourde, un enfant, un adulte et tout ça, ça vient complètement interroger nos... Notre façon de communiquer à nous est de remettre en question ce qui nous semble naturel. Et donc là, il faut trouver des ressources en nous pour pouvoir puiser quelque chose, pour créer une passerelle. Donc moi, je pense que ce n'est pas le métier en lui-même, c'est le mode de communication, c'est l'interrogation sur comment est-ce qu'on parle avec le corps. Et c'est comme ça qu'après, j'ai appris la langue des signes en association. J'ai fait d'abord une licence de socio et en fait, c'est resté dans un... coin de ma tête, je me suis dit mais c'est pas possible, pourquoi je pense à cette langue, pourquoi j'ai envie de l'apprendre et quand j'ai fini ma licence de sociologie, j'ai dit stop, on arrête, j'ai ma licence, maintenant je vais m'inscrire en association pour apprendre la langue des signes et je me rappelle du basculement que ça a été pour moi parce que c'était la découverte d'un monde complètement différent, ça m'avait créé une émulation d'émotions et de questionnements, j'avais senti toute une... dynamique s'instaurer en moi à ce moment-là quand j'ai appris cette langue-là. Et c'est par ce biais-là, en fait, au fur et à mesure des séances sur les mois d'apprentissage, que je me suis dit, tiens, le métier d'interprète, et j'ai creusé, et j'ai demandé comment est-ce qu'on devenait interprète, et tout ça. Donc c'est plus une entrée par la langue, par le corps, par le questionnement que j'en suis venue après à parler d'être interprète en langue des signes et de faire tout le parcours qui mène à devenir interprète. Je ne sais pas s'il faut que je le détaille.
- Speaker #1
Non, mais justement, c'est ça qui est intéressant. C'est que c'est une entrée en matière qui est parfaite pour ce podcast. Parce qu'on parle aussi d'une espèce de feu intérieur qu'on peut avoir par rapport à des projets. Et là, c'est ce qui s'est passé pour toi. C'est-à-dire que tu étais à la confluence de plein de choses qui t'habitaient déjà. Avec ces jalons-là de rencontres, ça a révélé ce que tu voulais, ce que tu avais envie d'en faire. Donc, c'est intéressant. Oui, si tu veux détailler la suite du parcours, bien sûr.
- Speaker #0
En fait, pour devenir interprète en langue des signes, il faut avoir un master. On peut le faire dans cinq universités en France. Moi, j'ai fait celui de Paris 8. Donc vraiment, c'est une formation comme n'importe quelle autre interprète dans une langue vocale, anglais, espagnol, arabe, où on peut après devenir interprète de conférence. Nous, avec les interprètes en langue des signes, on intervient dans tous les pans de la vie d'une personne sourde. Donc ça peut être de la naissance en salle d'accouchement. Voilà, en salle de travail et tout ça, jusqu'à l'enterrement, où on va traduire des cérémonies. Donc en fait, on n'a pas cette segmentation aussi forte. Mais par contre, on a une formation qui est basée sur des compétences solides, sur une culture linguistique, traductologique. Le titre n'est pas protégé, en fait. Il n'est pas réglementé, ce n'est pas comme une profession d'avant. Pas assermenté. Si, on peut être assermenté en justice, mais on peut être sur des listes des experts. Mais ce n'est pas un titre protégé, c'est n'importe qui peut dire qu'il est interprète. Parce que ce n'est pas comme avocat ou c'est une profession qui est réglementée. Nous, en fait, une personne qui n'a pas de diplôme d'interprète peut dire qu'il est interprète. Mais par contre, je sais que chez les interprètes en langue des signes, la question de la formation, la question des diplômes, la question de la reconnaissance du niveau master, elle est très très importante parce que c'est une langue minoritaire. C'est une construction du métier qui s'est faite sur... par beaucoup de militantisme. Donc en fait, on y tient à cette entrée-là.
- Speaker #1
Je suis très étonnée qu'on puisse s'improviser interprète en langue des signes. Je pensais qu'on allait te demander ton diplôme.
- Speaker #0
Pas toujours. Par exemple, en justice, où j'interviens beaucoup, quand tu regardes les listes des experts judiciaires dans les langues, les interprètes, ils n'ont pas tous des diplômes, y compris des interprètes en langue des signes. qui sont sur des listes des experts judiciaires qui n'ont pas suivi de formation.
- Speaker #1
Ça ne pose pas de problématique justement de professionnalisme et de transmission du message ? Est-ce que ces personnes-là, on sait si le travail est quand même bien fait ? Ça n'a pas d'implication dans les...
- Speaker #0
Ah si, si, ça a de l'implication parce que déjà, pour les interprètes en langue des signes, nous quand on parle d'interprète, on identifie tout de suite quelqu'un qui a été formé, qui a une déontologie, qui a un cadre d'exercice qui est très clair. puisque c'est quelque chose qu'on va intégrer en formation et c'est quelque chose auquel tu concentres quand tu veux faire ce métier. C'est-à-dire que tu sais pourquoi il existe ce cadre, tu sais pourquoi on ne fait pas telle chose et on ne sort pas de cette configuration-là, même si bien sûr on n'est pas rigide. L'interprète, c'est quelqu'un de souple, c'est quelqu'un qui est obligé de s'adapter à toutes les situations. Mais par contre, oui, du coup, on ne parle pas forcément de la même chose, on n'a pas forcément les mêmes réalités. Et des fois, ça pose question sur comment est-ce que c'est traduit ? Est-ce que la question du secret professionnel est bien respectée ? Il y a tout plein d'enjeux qui font que c'est quelque chose que je retrouve dans mon travail à moi, qui m'interroge et qui fait partie aussi des axes que je vais devoir développer autour de mon sujet de thèse, qui va impliquer en fait toutes ces notions-là aussi.
- Speaker #1
Justement ! Nous y venons ! L'année dernière, tu t'es lancée dans une thèse. Est-ce que tu veux nous en parler, du coup ?
- Speaker #0
Oui, alors c'est une thèse en sociologie à l'École des hautes études en sciences sociales. Donc moi, j'ai un parcours un peu particulier parce que j'ai fait de la socio il y a 15 ans. Voilà, j'ai validé une licence de sociologie. J'ai 13 ans d'expérience sur le terrain en tant qu'interprète. Mon sujet thèse, il est né justement de mes expériences de terrain, de mes questionnements. Et vraiment, du coup, il y a à peu près 3 ans, je me suis dit... J'ai vraiment envie de retrouver la question théorique, la question de l'enquête, la question de la collecte des données autour de questionnements que j'ai, qui sont très intuitifs et qui ne sont pas du tout étayés par des informations qui sont vraiment collectées en situation. Donc je me suis dit, je suis interprète depuis plus de dix ans, j'ai une expérience professionnelle, en fait le meilleur moyen de pouvoir... Vraiment formaliser tout ce savoir empirique que j'ai, c'est de reprendre des études et de pouvoir faire un doctorat autour de ça. J'ai demandé à pouvoir reprendre mes études en sociologie, en sachant que j'ai un master de sciences du langage. Donc j'ai eu beaucoup de chance de pouvoir rentrer à l'école des hautes études en sciences sociales parce que c'est une école qui est assez ouverte sur la pluridisciplinarité. Donc c'est vraiment la question transdisciplinaire et tout ça, elle est très importante là-bas. Donc c'est aussi pour ça que j'ai pu être acceptée en n'ayant pas un master de socio et tout ça, mais en ayant d'autres choses qui font que j'apporte un autre éclairage sur un sujet qui n'est pas forcément étudié en France. Donc moi, mon sujet, il porte sur la question de la place des interprètes en langue des signes françaises, enfin français, langue des signes française, au sein de la procédure pénale en France. C'est-à-dire qu'en France, on a un système judiciaire dans lequel n'importe qui a le droit de pouvoir accéder à un procès équitable, à pouvoir accéder à la justice de manière entière. Et donc la question des personnes sourdes qui n'ont pas la même langue mais qui sont quand même des citoyens français, on m'a toujours interrogée parce que quand on rentre dans le parcours de la procédure pénale, on sait que la machine judiciaire, c'est des rouages, c'est des étapes, c'est comme ça. Et donc, pour pouvoir accéder aux droits que les personnes sourdes ont, de fait, dans le contexte français, la question de l'interprète, elle est cruciale, en fait, elle est centrale, parce qu'à toutes les étapes qui vont mener jusqu'à la phase de jugement et du procès, l'interprète, il est là. Et donc, mon questionnement est porté sur, en fait, comment est-ce qu'il arrive à... à gérer toutes ces situations dans lesquelles il a une place fondamentale, mais dans un système qui est aussi normalisé, enfin aussi normatif que la justice, qui est pensée pour une majorité entendante, qui est réfléchie comme ça, qui a des procédures très strictes, très documentées. Et donc, qu'est-ce qui se passe quand on met un interprète en langue des signes dans un système aussi normatif ? Et qu'est-ce que ça fait en termes d'accès aux droits des personnes sourdes ? Est-ce que c'est respecté dans ce cadre ? comment on arrive à concilier toutes les tensions qu'il peut y avoir dans un contexte comme ça. Je m'intéresse à ça depuis un an et demi. Je suis au tout début de ma collecte de données autour de ce sujet-là. J'espère pouvoir poursuivre mon projet dans 3, 4, 5 ans maximum, j'espère.
- Speaker #1
Ça se passe bien pour l'instant ?
- Speaker #0
Oui, ça se passe très bien. J'ai à la fois la chance de connaître très bien mon terrain d'enquête, puisque c'est mon métier. Après, ça implique aussi beaucoup de questionnements sur comment on se positionne, parce que c'est aussi le métier que je connais, donc je peux avoir des biais aussi, parce que je peux arriver avec des présupposés sur une situation donnée, alors que quelqu'un qui ne connaît pas aurait peut-être un regard plus neuf, plus ouvert sur une même situation. Donc en fait, c'est ambivalent. C'est à la fois que j'ai une facilité d'accès au terrain, puisque je connais. Tous les interprètes, majoritairement, qui travaillent en justice, en fait. Donc, je peux facilement y avoir accès. Puis, le fait qu'on me connaisse, ça fait que c'est un point d'entrée non négligeable, puisqu'il y a une identification. Et donc, ils savent très bien que je ne vais pas dénaturer leurs paroles, que je vais comprendre ce qu'ils vont dire, et qu'il y a des choses qu'ils n'ont pas besoin forcément d'expliciter. Mais ça peut être aussi un piège, puisqu'en fait, dans ces cas-là, on peut avoir l'impression d'avoir une espèce de connivence. dans lequel moi, en tant que chercheuse, la casquette de chercheuse dans ce cadre-là, enfin, chercheuse, doctorante-chercheuse, je ne suis pas encore chercheuse, mais du coup, il faut que j'arrive à jongler entre tout ça, tout en gardant aussi une pratique de terrain en tant qu'interprète. Donc, c'est beaucoup de casquettes, c'est beaucoup de souplesse mentale à avoir et en même temps, c'est passionnant.
- Speaker #1
C'est ça, tu as vraiment la légitimité pour y être. Parce que, comme tu dis, 13 ans d'expérience, ça veut dire que tu t'es posé des questionnements de façon empirique. Donc que tu aies envie d'y répondre, c'est complètement légitime et compréhensible. Et en même temps, oui, on peut avoir un biais, mais je pense que c'est bien pour ça aussi que tu as une directrice. J'en ai deux. Tu en as deux, voilà, c'est ça. Donc ils sont là, il et elle sont là pour t'aider justement à corriger ce biais si besoin. et Et je pense quand même que tu as aussi beaucoup réfléchi à ta pratique depuis toutes ces années. Tu as fait évoluer ton rapport à ton métier aussi. Moi, je l'ai vu plusieurs fois à travers nos échanges depuis que tu as commencé. Et je pense que tu peux trouver la juste posture, surtout sur une thèse. Ce serait un mémoire, tu n'aurais que quelques mois. Mais là, comme tu as plusieurs années, c'est tout à fait possible de corriger la posture et d'avoir in fine un résultat de recherche qui soit à la fois... t'es partie prenante, t'es impliquée, mais il y a cette vision quand même un peu plus globale de chercheuse, parce que moi je considère que t'es chercheuse, t'es doctorante, mais voilà, pour moi t'es chercheuse puisque tu fais un travail de recherche.
- Speaker #0
Mais c'est marrant parce que tu parles de la question de la légitimité. Moi je me suis questionnée à tous les niveaux, c'est-à-dire la légitimité de reprendre des études après autant de temps sans avoir d'apport théorique. En ayant 15 ans de trou entre un diplôme de socio et après une reprise dans une formation doctorale de sociologie, d'arriver dans un laboratoire où en fait on a des doctorants aussi qui ont suivi un parcours qui est peut-être plus linéaire en fait. Moi je sais que les premières fois que je suis arrivée dans des réunions de doctorants, il y avait plein de références que je n'avais pas. Donc je me suis dit quand j'ai repris mes études, mais qu'est-ce que je fais en fait ? Je suis en train de... alors certes j'ai... beaucoup d'apports empiriques, d'expérience et tout ça. Mais alors, la question de la théorie, il faut que je reprenne 15 ans de socio. Et en plus, de se dire, j'arrive parmi, dans un contexte que je ne connais pas aussi, que je ne maîtrise pas, avec les codes que je ne maîtrise pas de la recherche, avec quand même un environnement bienveillant, parce que je ne me suis pas du tout sentie complètement ostracisée. Mais par contre, c'est vrai que la question de la légitimité, je me suis dit, la première semaine où je suis arrivée, où j'étais en contact avec des doctorants, je me suis dit, waouh ! Il va falloir quand même que je m'accroche et que je ne perde pas de vue. Même si je n'ai pas forcément toutes les références théoriques qu'ils invoquent ou qu'ils ont légitimement dans leur parcours, moi j'ai d'autres choses à apporter et c'est comme ça, il faut savoir un peu jongler. Mais c'est pareil, par exemple, la légitimité se pose aussi sur la question de sortir du terrain, d'y revenir en tant que chercheuse aussi. C'est-à-dire qu'il faut se positionner face à des collègues. Moi, des fois, dans mes grilles d'entretien, je bascule entre le... Nous, vous, et donc je m'inclus et je m'extrais aussi, alors je dis nous les interprètes, non non pardon, et je reprends, donc il y a cette espèce de truc où c'est pas forcément évident, et puis il y a aussi la question de, je vais parler d'un domaine que j'ai exploré. qui est la justice, mais je ne suis pas juriste. Des fois, je vais parler de quelque chose, je ne vais peut-être pas avoir encore tous les termes. Donc, en fait, c'est une culture aussi qu'il faut acquérir, une culture de vocabulaire, une culture que j'ai explorée par le biais, en fait, de l'interprétation en langue des signes. Mais là, il va falloir aussi avoir tous ces codes à invoquer, même quand je parle, en fait, de mon sujet. Et des fois, je me dis, est-ce que je suis assez juste ? Est-ce que j'utilise le terme ? de manière tout à fait adaptée. La légitimité, elle se pose à tous les niveaux. Et elle s'est posée aussi à un moment où j'ai voulu reprendre aussi une thèse parce que j'avais aussi envie de m'extraire du métier d'interprète. Parce que c'est un métier qui te mobilise beaucoup. Ton corps, ton esprit, c'est aussi un environnement où la question de la lutte, elle est très forte. Parce que c'est une minorité, parce que pendant très longtemps, on les a perçus, les personnes sourdes, comme étant des personnes dévaluées ou avec des droits à conquérir. Donc en fait, il y a quand même cet héritage-là de lutte qui, en fait, moi je trouve qu'il faut s'en emparer parce que tu ne fais pas ce métier par hasard non plus et que tu sais très bien que tu ne peux pas le faire à côté de tes baskets. Il faut vraiment faire partie d'une communauté. et de porter aussi certains sujets, ne serait-ce que pour ton métier, déjà, donc pour la reconnaissance du métier. Et donc, le moment où j'ai voulu faire une thèse, c'est aussi un moment où j'ai voulu m'extraire de tout ça, en me disant, voilà, il y a un moment où ça te prend aussi, qu'il y a aussi des luttes internes, il y a des choses où on n'est pas d'accord, il y a des positionnements aussi avec lesquels je ne suis pas forcément d'accord. Et des fois, il faut faire le compte et donc s'extraire de là. Donc voilà, c'est un mouvement en fait...
- Speaker #1
Perpétuel un peu.
- Speaker #0
Ouais, perpétuel.
- Speaker #1
Ce que je trouve intéressant, c'est que c'est vrai que tu m'avais parlé il y a quelques années de ton envie de faire autre chose par rapport à ce métier-là, qui était effectivement assez prenant et qui en même temps te parle à plein d'égards. Et le fait de faire une thèse, oui, ça te donne une position différente, une posture différente par rapport au métier, mais qui va encore soutenir la cause justement des personnes sourdes. et des interprètes aussi. Donc je trouve que dans cette lignée-là, ça vient servir ton projet professionnel parce que c'est aussi important de se réaliser professionnellement. En tout cas, j'ai l'impression que pour nous deux, on a cette envie de faire des choses qui nous parlent et qui nous portent, mais on a aussi envie de porter les autres d'une certaine manière. Et donc là, je trouve que c'est une très belle manière de continuer à servir cette cause tout en progressant. et en ayant une autre posture par rapport à ce métier. Le but est accompli quelque part, en tout cas sur ce chemin-là, je trouve. Et sur la légitimité, c'est là-dessus que j'ai travaillé pour mon premier épisode de podcast, en creusant, parce que moi, cette question-là, elle est tout le temps devant mes yeux, quoi que je fasse, quasiment. C'est pour être mère, même pour être amie, pour exister. La légitimité, c'est tout le temps. Et alors, quand on commence psycho, ça pète le plafond. Mais... Je me souviens, on a échangé à ta première semaine au labo et c'est vrai que je pense que depuis, ça n'a plus rien à voir, justement.
- Speaker #0
Il faut encore composer avec. Oui,
- Speaker #1
je me demandais où tu en étais. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Il faut quand même encore composer avec parce que l'univers de la recherche, ce n'est pas totalement moi non plus. Moi, je fais de la recherche pour un sujet, pour une entrée qui m'intéresse. Après, la question de savoir, est-ce que je vais continuer à faire de la recherche après ma thèse, je ne sais pas. C'est comme un point d'étape et moi je me dis que dans ma vie professionnelle comme dans ma vie perso, je me dis qu'il faut faire des points d'étape réguliers et se projeter c'est très important aussi, mais disons qu'en fait la réalité de ce que tu seras dans 5 ans, elle est complètement inatteignable pour le moment. Tu ne sais pas dans quel état d'esprit tu seras. Donc je me dis qu'il vaut mieux avoir cette petite fenêtre de perspective pour pouvoir lisser sa force, son énergie. Et pour pouvoir en fait avoir un point de focus, un point de focal sur ce que tu dois délivrer comme travail à ce moment-là. Et donc du coup, quand même la recherche me dit, on verra dans cinq ans quand j'aurai fini ma thèse, parce que c'est quand même aussi un environnement particulier, que je ne maîtrise pas du tout encore non plus. Moi j'ai encore beaucoup de naïveté vis-à-vis de ça. Moi je suis arrivée, je ne savais même pas ce que c'était mettre de conférence. Pour moi, vraiment, je suis arrivée dans ce milieu-là en me disant... Le sujet de ma thèse m'intéresse, me passionne, j'ai envie d'avoir des données factuelles, mais par contre, je ne connais pas l'environnement dans lequel je suis, donc je fais le grand saut. Et voilà, et puis en fait, il faut apprendre à composer avec...
- Speaker #1
Oui, c'est ça, on arrive en fait pour une bonne raison, c'est exactement ça. Je trouve que c'est... C'est vraiment intéressant parce qu'on a envie de se sentir légitime quand on débarque dans un univers, ce qui est quelque chose qui peut nous arriver parce que, pour x raisons, on est curieuse, ouverte et on est passionnée. Donc, quand on veut atteindre un but, parfois, on rentre dans un nouvel univers. Et c'est vrai que moi, les premiers temps, je me dis souvent, je ne vais jamais y arriver. Est-ce que je vais me sentir à ma place ? Et en fait, c'est vrai que quand la place, elle est composite, on grappille un peu de... de chaque univers pour donner du sens à ce projet-là. Mais c'est vrai qu'il faut, en tout cas, ça aide de se raccrocher à son objectif quand on ne se sent pas forcément à l'aise là où on vient d'arriver. Et l'univers de la recherche, c'est intéressant que tu en parles parce que c'est vrai que moi, c'est ce qui m'a fait arrêter la fac au départ. Mon premier master d'ethno, vraiment, je me suis dit, je ne veux pas faire ça. Le Japon m'intéresse, mon sujet de recherche m'intéresse. Mais je n'ai pas envie de parler à des personnes qui ne parlent qu'entre elles, un langage qui est cryptique pour d'autres personnes. Ah non, je ne veux pas d'entre-soi. Je veux vulgariser et s'aimer, je veux que le savoir circule. Évidemment, à l'époque, je n'en ai pas parlé. Mais c'est vrai que c'est un univers... Si j'en avais parlé, je pense que j'aurais pu continuer et en faire ma popote, entre guillemets, à l'époque. Sauf qu'à l'époque, je ne communiquais pas comme aujourd'hui. J'avais 20 ans de moins, donc rien à voir. Et c'est vrai que je comprends que tu ne te sentes pas chez toi, dans l'absolu, dans le monde de la recherche, parce que j'ai ressenti la même chose. Et c'est pour ça que c'est bien de le faire sur des sujets qui nous passionnent, comme si on se servait d'un tremplin. Ce n'est pas méprisant pour la recherche. Je trouve que, moi, pour mon podcast, sans la recherche, je n'ai absolument plus de source. Je n'ai plus rien pour étayer mes propos, donc au contraire. Mais c'est vrai que ne faire que ça, moi, je ne pourrais pas. J'ai besoin de donner accès, de vulgariser, même pour moi. Quand je lis un article de recherche, je dois d'abord le traduire dans ma langue, même s'il est en français. Je dois d'abord me le traduire en me disant, attends, cette méthode d'accord, comment ils ont fonctionné, d'accord, quel est le corpus, d'accord, quel est le takeaway message, quel est le message principal. Sinon, je... Je ne pourrais pas vulgariser comme ça, par exemple. Donc, moi, je trouve ça très courageux d'avoir continué, de t'être accrochée et d'en être là où tu es. Parce que c'est vrai que le HESS, c'est un super contexte. Pour étudier, moi, j'ai fait mon stage, mais du côté RH. Et j'ai vraiment adoré, vraiment, mon stage. J'étais du côté administratif, donc pas du tout dans la recherche. Mais c'est vrai que c'est un établissement que... Je respecte beaucoup et je suis vraiment hyper heureuse que tu fasses ça là-bas.
- Speaker #0
C'est une école qui t'ouvre les possibilités. Pour moi, je n'avais jamais vécu une école comme ça. Même dans la forme de restitution de la thèse, tu n'es pas obligé de faire un manuscrit. Tu peux faire d'autres formes alternatives d'écriture, qui peuvent être documentaires. Il y a des gens qui ont fait des BD. La question de la restitution de mon travail dans une forme qui soit... compréhensible et qui soit aussi intelligible pour les sourds, ça m'interroge vachement, parce que la question de la langue des signes, c'est une langue visuelle, c'est une langue qui a besoin d'un support numérique, qui a besoin d'un support vidéo, et tout ça. Et donc moi je me dis, tiens, mais passer d'un manuscrit où c'est vraiment un truc, un pavé, qui va peut-être être rangé dans une bibliothèque, ou qui va peut-être être lu par 10 personnes dans ma vie, tu vois, je me dis, mais en fait, au final, ça sert à quoi ? quoi en fait ? Et moi c'est ça mon objectif aussi de ma recherche c'est je me dis en fait il faut collecter des informations pour pouvoir ensuite après avoir un socle sur lequel se baser pour pouvoir éventuellement je sais pas oeuvrer pour une amélioration du système oeuvrer pour des revendications qui sont légitimes et je me dis peut-être que cette question de la forme de restitution elle me travaille depuis le début et ça le HESS c'est une école qui Yeah. qui te permet d'ouvrir ces perspectives-là. Enfin, moi, c'est quelque chose qui correspond vraiment bien. Et au final, si mon travail peut servir, en fait, à ouvrir un domaine qui pourrait être obscur, tel que la justice et aussi la question des droits et tout ça, et sans pour autant... Moi, mon objectif, c'est pas d'avoir une... Je cherche pas un poste, je cherche pas à monter dans la hiérarchie de la recherche ou quoi que ce soit. Je me dis juste, en fait... Que des fois, des personnes doivent s'emparer de sujets pour ensuite après le restituer pour que ça puisse un petit peu planter sa graine, en fait, pour pouvoir avancer collectivement. Donc moi, c'est ça mon objectif à court terme, c'est de pouvoir le rendre intelligible. Ça sert en fait du point de vue citoyen, en fait. Surtout ça.
- Speaker #1
Et justement, je veux penser au côté militant de ce métier, en fait. Est-ce que toi, c'est quelque chose qui t'a apporté des choses ou qui a pu te peser par moments, ce côté militant de la culture sourde, etc. ? Comment est-ce que tu l'as vécu quand tu es entrée justement dans ce milieu ? Parce qu'on en a parlé tout à l'heure, mais j'avais envie de revenir dessus.
- Speaker #0
Moi, en fait, j'ai traversé plusieurs états par rapport à la question du militantisme. Au départ, en fait, j'ai été beaucoup dans une position... extérieure mais dans le sens d'observation parce que je trouvais que quand tu rentres dans un milieu, tu connais pas la culture tu connais pas la langue tu connais pas l'histoire et en fait, souvent t'as deux réactions, soit tu embrasses la cause et t'arrives et puis sans connaître toutes les implications, des fois t'en as qui se dédient corps et âme à ça et tout ça, ou alors t'as un espèce de petit mouvement où tu te dis, bon attends peut-être que je connaisse un petit peu Les codes, que je ne fasse pas non plus d'impair. Donc moi, j'étais un petit peu entre les deux, en sachant que j'ai toujours eu un rapport avec le militantisme. Je le trouve essentiel, dans le sens où tu as des domaines où en fait, si jamais c'est le statu quo, ça n'avance pas. Et je pense que la lutte, elle est importante. Maintenant, j'ai aussi beaucoup d'interrogations sur les formes de militantisme et la forme du discours. Quel est l'objectif derrière ? Est-ce que tu as envie d'être compris ? Est-ce que tu as envie d'embrasser les foules ? Est-ce que tu as envie de lutter dans une forme extrême ? Et ça s'entend aussi en fait. Toutes les formes s'entendent, mais par contre, il faut savoir se positionner sur toi, c'est quoi ton but ? Et moi, je sais que mon but, et c'est pour ça qu'il y a aussi cette question de la thèse, c'est que je pense qu'il y a un aspect plus éducatif. C'est vrai qu'il y a des fois où tu as envie de répondre complètement de manière... agressives en disant « Ah quoi, c'est bon, la langue des signes, elle n'est pas internationale. » Enfin, tu vois, c'est des trucs qui te semblent complètement basiques. Et il y a pu avoir un agacement profond sur des choses qui te semblent rudimentaires pour toi. Mais en fait, au final, il faut toujours se mettre un peu un pas de côté parce que ce n'est pas la norme, en fait. Je pense que l'éducation, elle est hyper importante. Elle a sa limite aussi, c'est-à-dire qu'on ne peut pas non plus être dans l'éducatif quand quelqu'un te dit « Ah ben non ! » Enfin, je ne sais pas, moi, ça m'arrive.
- Speaker #1
On dit langue des signes ou langage des signes. Ça, c'est toi qui me l'avais appris. Et c'est vrai que je corrige tout le monde, même sur des forums parfois, des trucs qui n'ont rien à voir ou des offres d'emploi sur LinkedIn où il y avait marqué langage des signes, je leur ai envoyé un message gentiment en disant, on dit langue, en fait, c'est une langue. Ça, par exemple, voilà, ouais, c'est...
- Speaker #0
Bah ouais, et puis ça va aussi au-delà, tu vois. Si tu sens qu'il y a une personne où c'est vraiment... Vous êtes loin dans les considérations, c'est tout. Soit tu passes ton chemin, soit c'est vrai que tu vas être dans la confrontation. Mais sauf qu'en fait, moi je sais que je n'ai plus envie d'être dans cette confrontation-là. Moi je me dis j'avance, j'essaye de transformer la matière à mon niveau qui me paraît essentiel ou en tout cas qui me paraît atteignable pour moi en fait, pour aussi l'énergie que je vais y consacrer, pour aussi mon caractère. il y a des gens qui sont... qui ont un espèce de l'alus comme étant un étendard sur tous les aspects de leur vie. Moi, ce n'est pas mon cas. Peut-être parce que je suis privilégiée sur certains aspects et que je n'ai pas eu à lutter pour gagner ma place dans certains milieux. Ça, je l'entends tout à fait. Et ça peut être quelque chose que, quand on n'a pas vécu d'oppression particulière, on ne peut pas se représenter. Et ça, je l'entends tout à fait. Par contre, moi, à mon niveau, tu vois, j'essaie de détricoter, tu vois, tout ce qui peut être, essayer de déconstruire des choses, des présupposés et tout. C'est un parcours qui est difficile, c'est quelque chose qui prend du temps, on n'a pas tous la même temporalité. Et je pense qu'en fait, voilà, j'essaye en tout cas d'être le moins possible dans la violence que ça peut comporter, en fait, de militer, parce que ça ne correspond pas à mon caractère et que ma réalité, elle est autre. Mais par contre, j'aime le fait de pouvoir, à mon niveau, participer. à édifier justement une nouvelle façon de se représenter quelque chose qui n'est pas forcément admis par tout le monde.
- Speaker #1
C'est ça, c'est l'idée de trouver sa place en fait dans des idées ou des représentations qui nous dépassent mais c'est l'idée de le faire à ta façon en fait.
- Speaker #0
Est-ce que c'est la quarantaine ou le fait d'avoir un enfant ou des choses comme ça mais c'est vrai que...
- Speaker #1
J'ai l'impression qu'il y a peut-être une forme de sagesse, de posture, d'envie aussi de faire les choses de façon équilibrée et sans s'abîmer aussi. Ce qui est plus parlant que de se lancer à corps perdu dans quelque chose qui nous dépasse et où on pourrait s'abîmer ou pas être aligné en fait. Sentir que ça vibre différemment. Moi je me demandais aussi par rapport à tout ce qui est judiciaire, toi tu as fait beaucoup d'interprétariat en judiciaire, dans les judiciaires.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je me posais la question, justement, de la posture que tu as pu adopter, parce que je sais que tu as même été dans des prisons. Tu m'avais parlé d'une mission en prison, notamment. Ça m'avait beaucoup impressionnée. J'avais trouvé ça vraiment admirable. C'est un univers, moi, l'univers carcéral, qui m'a toujours fascinée, tout court. C'est-à-dire en négatif comme en positif. Ça me fait très peur, ça m'attire, enfin voilà. Et je me suis demandé... Comment tu avais ressenti ces missions-là ? Est-ce que tu as une façon, une posture pour le vivre correctement ? Est-ce que ce n'est pas trop dur ? Je me demandais comment tu l'avais vécu.
- Speaker #0
C'est sûr que quand tu acceptes de traduire en justice, notamment dans la procédure pénale, parce que le civil, ce n'est pas pareil. Il y a d'autres enjeux, il y a d'autres tensions, il y a d'autres violences aussi. Quand tu vas pour une tutelle ou quand tu vas aussi pour un divorce, c'est aussi d'autres enjeux. Mais dans la procédure pénale, tu sais très bien qu'il va y avoir peut-être un enchaînement qui va conduire à un procès. qui va conduire aussi à une peine, qui va être peut-être sous la forme d'une incarcération. Donc en fait, quand tu t'embrayes là-dedans, moi je sais que je suis entrée par la garde à vue, le commissariat qui t'appelle, qui te dit « Là, on a une garde à vue en cours, est-ce que vous pouvez venir ? » Et donc du coup, c'est quelque chose où tu rentres par ce biais-là. Moi, c'est par ce biais-là que je suis rentrée. Et ensuite, la prison, en fait, ce qui est marrant, c'est que dans la procédure pénale, les interprètes, elles peuvent intervenir à tous les stades, mais des fois, c'est complètement décousu. Donc en fait, par exemple, pour la prison, je suis intervenue pour des gens que je ne connaissais absolument pas, je ne connaissais pas forcément leurs histoires. J'arrivais parce que c'était pour un moment T, pour soit un entretien avec le service de probation et d'insertion pénitentiaire, soit pour un rendez-vous dans le cadre de je ne sais quoi. Du coup, c'est toujours un peu décousu. Et donc, la question de la prison, c'est juste que tu reçois un mail où on t'appelle et on te dit est-ce que vous pouvez venir dans tel centre ? dans telle prison, à tel endroit. Et donc moi, je me rappelle la première fois où on m'a demandé ça, je me suis dit « Wow ! » Il y a eu un moment, parce que j'ai un intérêt depuis toujours pour... Moi, je sais que mon livre de chevet, quand j'étais petite, alors c'est très bizarre de dire ça, mais c'était les plus grands procès de l'histoire.
- Speaker #1
Je sais. Ça m'a toujours fascinée, ça.
- Speaker #0
C'était un espèce de pavé comme ça, qui remonte. C'était...
- Speaker #1
Faites entrer l'accusé.
- Speaker #0
Non, mais c'était ça. Et donc, en fait, c'était une espèce de pavé où ça remontait jusque chez les Égyptiens, en fait, où il y avait des trucs. Et à travers l'histoire, et je lisais ça le soir dans mon lit superposé chez ma mère et mon père. Et donc, en fait, je pense qu'il y a toujours eu un lien. Il y a eu toujours une fascination pour la justice, pour le milieu judiciaire. Et donc, le milieu carcéral, comme il y a un côté très confidentiel parce que personne de lambda n'y a accès. Il faut y avoir une raison. Il faut avoir un proche qui est incarcéré. Ou alors, il faut être avocat, il faut travailler dans ces structures-là. Donc en fait, il y a un espèce de truc de « waouh, ok, d'accord, je fais du judiciaire aussi pour ça » . Mais donc, il y a une curiosité et en même temps, tu te dis « waouh, je vais rentrer dans un milieu où je ne connais absolument pas » . Donc moi, au tout départ, j'étais arrivée très en avance parce qu'il y a des contrôles, tu dois mettre tous tes papiers. Enfin, tu vois, c'est vraiment plein d'étapes pour arriver après à ce que tu vas traduire, ce que tu vas interpréter plutôt. parce que traduire, interpréter, on fait la différence. C'était à la fois une approche... Je sais que j'étais très mobilisée sur ces moments-là, et en même temps, je sais que ça m'a fait un choc, parce que c'est un environnement... Parfois, il y a du bruit. Moi, ça m'est déjà arrivé où on m'a... Pas enfermée, mais on a fermé la porte dans la pièce où j'étais, parce qu'il y avait un détenu qui hurlait, qui était vraiment dans un état de crise, et qu'il fallait le maintenir, et qu'ils avaient mis... Tout le monde en fait, en sécurité en fait. Et donc c'est un environnement où t'as toujours des bruits de clés, t'as des bruits de portes. Et puis t'as aussi la projection, quand tu vas interpréter en prison, c'est que tu t'es confronté à la personne sourde, qui est dans un environnement auquel en fait la communication est quasiment absente. C'est-à-dire que si la personne est condamnée pour 30 ans, ou moins même, même pour un an et demi, déjà il n'y a pas forcément de langue des signes, enfin personne ne maîtrise la langue. Quand tu es un détenu qui est étranger, qui parle une langue étrangère, il peut avoir la possibilité d'apprendre la langue avec les autres détenus. Donc c'est une langue que tu peux apprendre par l'usage, que tu peux apprendre par interaction avec tes co-détenus. Mais quand tu es sourd et que tu es incarcéré, les seuls liens que tu as avec ta langue naturelle, c'est des fois juste les visites, les visiteurs de prison, ta famille. Donc en fait, c'est parfois une ou deux fois par semaine. T'es dans un environnement où, par exemple, on va t'appeler pour aller à la douche et en fait, les gens, ils vont pas s'adapter. Ils vont te dire, ils vont te dire, ouais, machin, c'est la douche. Si toi, t'entends pas, eh ben, tu vas pas te laver. Tu vas avoir aussi la question, je sais qu'il y avait des détenus sourds qui disaient, je me tourne jamais le dos à la salle parce qu'en fait, il y a la tension aussi de l'agression. que tu n'entends pas. Et donc en fait, quand tu vas en prison, moi c'est plus ça qui m'a chargée émotionnellement, c'est que je me suis dit, waouh, c'est quand même une peine qui est doublée pour une personne qui n'entend pas et avec laquelle l'environnement n'est pas du tout adapté. Et donc, peu importe ce qu'a fait la personne, moi je sais que quand j'interviens en justice, que ce soit pour une victime ou une personne qui est mise en cause, pour moi c'est pareil dans le sens où la charge, elle ne va pas être pareille dans le sens Merci. Ou bien sûr que tu vas peut-être être empathique avec la victime. Mais moi, j'estime que tout le monde a droit à avoir une interprétation. Donc en fait, au moment où je me projette dans cet environnement carcéral, en me disant « waouh » , c'est quelque chose, tu vois, où je me dis « en fait, moi, ma présence à ce moment-là, c'est peut-être la seule interaction dans sa langue qu'il va avoir avant je ne sais pas combien de jours ou je ne sais pas combien de semaines. » Donc il y a tout ça, c'est surtout ça qui m'a mis à... coup et puis après tu ressors tu te dis quel est le sens de la peine aussi parce qu'en fait la peine de prison c'est quand même à viser de se réinsérer donc en fait tu te poses toute cette question là pour les personnes sourdes alors j'estime pas qu'il faudrait qu'ils aient un traitement différent des autres ou quoi que ce soit mais je me dis il y a quand même cette dimension de la communication tout comme des personnes qui sont en situation de handicap physique en prison où il n'y a rien qui est adapté ou c'est très difficile et tout ça Tu te dis, bah ouais, mais en fait, la dignité humaine, ça relève presque de la torture de ne pas pouvoir communiquer avec des gens. Donc tout ça, tu vois, ça m'interroge sur... Ouais, ok, on a un système qui est conçu pour tout le monde, on essaye de traiter tout le monde de la même manière, mais elle est où l'équité là-dedans ? Et est-ce que la personne sourde qui est en prison, elle a accès aux formations ? Non. Enfin, elle a accès aux formations, mais pas dans sa langue, donc en langue des signes. C'est tout ça, c'est en fait rien qui est forcément fait. pour que la question de la réinsertion soit prédominante. Mais c'est peut-être un problème qui est plus général aussi.
- Speaker #1
Oui, parce que l'accessibilité, c'est quelque chose qui, en tout cas dans le monde du numérique dans lequel moi j'ai travaillé, c'était quelque chose dont on parlait beaucoup, qui est devenu important. C'est quelque chose dont on parle aussi pas mal dans les médias. Mais c'est vrai que si on pense au milieu carcéral, qui est considéré différemment puisqu'on traite de personnes qui ont fait des choses illégales et qui sont vraiment accusées. Je me dis que ça parle bien de notre façon de traiter ces personnes-là, de ne pas considérer la question de l'accessibilité en milieu carcéral, par exemple. Comme c'est des personnes qui sont mal considérées, qu'on met au banc de la société, du coup, on ne s'intéresse pas à cette question-là. Et c'est vrai que, exactement comme tu l'as dit, c'est cette espèce de double peine, de se dire « Ah oui, mais t'es doublement enfermée » . C'est vrai que ça s'apparente à de la torture complètement, puisque le contact humain, la sociabilité, c'est ce qui fait de nous des êtres humains. On l'a bien vu dans la recherche en psychologie, les enfants qui ne sont pas au contact, à qui on ne parle pas, ils dépérissent, ils meurent complètement. Donc voilà, le contact humain, c'est quelque chose de fondamental dans la vie. Et donc c'est pareil pour les détenus. donc c'est vrai que Est-ce que c'est quelque chose que tu vas traiter dans ta thèse ou est-ce que tu penses qu'à la marge tu vas...
- Speaker #0
Moi ça s'arrête vraiment à la phase du jugement, mais automatiquement il y a quand même un basculement puisque le jugement il y a la peine qui est prononcée. Donc je pense que je vais devoir faire une ouverture aussi sur ça, parce que c'est aussi un terrain sur lequel on intervient en tant qu'interprète. Mais c'est pas le cœur de mon sujet par contre.
- Speaker #1
Ça se ramifie à tellement de choses qui peuvent être importantes quand on travaille dedans, que tu as envie de le traiter, mais c'est vrai qu'il faut se recentrer aussi. On va arriver à la fin de cette interview, mais justement je me demandais si tu avais des expériences, des anecdotes qui te sont venues avant cette interview, des choses auxquelles tu pensais, ou même pendant, qui parlent de ce métier et que tu aimerais raconter là, quelque chose qui te viendrait. Il me semblait que tu étais interprète sur le meeting de Macron avec C'est votre projet. À chaque fois que quelqu'un fait la blague, moi je pense à toi, voilà.
- Speaker #0
Oui, mais c'est marrant parce que je l'ai évoqué ce matin avec des collègues interprètes par WhatsApp. Je ne sais pas comment on est arrivé à parler de ça. Mais oui, oui, bah oui, moi, ouais, c'était marrant. Enfin, c'était marrant. C'était fou, quoi, ce moment-là. C'est vrai qu'en fait, en tant qu'interprète, tu peux vivre des moments historiques. Et en même temps, il y a plein de choses qui se passent derrière, parce que la question des meetings politiques, quand ils sont interprétés, moi, ça m'est déjà arrivé de me casser la gueule, entre guillemets, sur un meeting, parce que les conditions n'étaient pas du tout réunies. Les conditions techniques, peut-être moi, ma préparation n'était pas bonne, le trinôme ne marchait pas, enfin, le trinôme entre trois interprètes qui travaillent ensemble autour de ça. Mais oui, non, mais c'était marrant pour ça, parce qu'on est arrivés dans l'énorme meeting où, en fait, on n'avait pas de place. À la base, en fait, on est arrivés, on a demandé, on a dit, on est les interprètes en langue des signes, où est-ce qu'il faut qu'on se positionne ? Et il y a une personne qui m'a dit, vous vous mettez là. Et il nous montre là, c'est la fosse, genre, avec tous les militants, tous les gens. Il me dit, oui, vous traduisez ici. Je fais, mais en fait, il n'y a aucune visibilité, ni pour la salle, ni pour je ne sais quelle vidéo, ou quoi que ce soit, on ne va pas se mettre là. Il y a la scène avec le pupitre, et il y avait des petites scènes sur les côtés. Et j'ai dit à mes collègues, j'ai fait, mais en fait, non, venez, on s'en fiche, on va là, en fait, on monte là. Peut-être qu'il n'y a personne dans la salle, mais bon, de toute façon, des fois, c'est un peu ça aussi. C'est que la question des meetings, quand les conditions ne sont pas réunies, tu te dis, est-ce que c'est fait à la dernière minute en disant, bon, on va mettre les plantes vertes là et c'est bon, on a de l'accessibilité ? Ou est-ce que c'est un défaut parce que c'est tellement une énorme machine ? Des fois, tu peux te dire, bon, je ne vois pas... partir du principe que c'est fait exprès, tu vois. Mais des fois, tu te poses des questions, tu te dis, non mais vous avez juste coché une case en disant, c'est de l'accessibilité, quoi. Enfin, il n'y a pas du tout les conditions. Et donc, nous, on est montés sur la petite scène qui était sur le côté. Tu sens, en fait, la ferveur de la foule. Les meetings politiques, c'est un environnement à la fois violent, dans le sens où tu as une espèce de truc où la... C'est comme un match de... Enfin, je ne vais pas dire un match de foot, parce que je n'y connais rien, en fait, mais... Tu sais, c'est la ferveur, tu sais, genre...
- Speaker #1
Tu te dis, s'ils ont des fourches, on est dans la merde.
- Speaker #0
Voilà, et puis tu sais, ils s'engraignent, quoi. Ils se disent... Et je me rappellerai toujours de ce moment où tu sens la vague, et moi, je traduisais Macron à ce moment-là, et tu sens la foule qui commence à hurler et hurler, et lui, il hurlait, et moi, je n'entendais pas ce qu'il disait. Donc en fait, je crois que je suis la seule de France à n'avoir pas compris ce qu'il a dit. J'adore !
- Speaker #1
C'est pour ça que j'adore cette anecdote.
- Speaker #0
Parce que... Ouais, c'est notre projet ! Mais sauf que t'entends rien. Et t'as pas de retour son, t'as rien. Et donc je crois m'être retrouvée comme ça sur scène à pas savoir quoi faire. À dire, bah, c'est pas grave. Et d'avoir compris après ce qui se passait. Donc ouais, c'est marrant. Et en même temps, t'es avec tes collègues.
- Speaker #1
C'est révélateur aussi.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
de la façon dont c'est organisé ou désorganisé et dont vous êtes traité en tant qu'interprète ?
- Speaker #0
Je pense qu'on n'est pas la priorité et que ça vient en fin de liste. Même s'il y a eu beaucoup de progrès, par contre. Moi, c'était en 2017. Il y a certainement des choses, peut-être que dans d'autres régions. Des interprètes avec plus d'expérience aussi ont pu instaurer des conditions. Moi, je sais que 2017, ça a été horrible sur plusieurs meetings. Mais actuellement, là, on le voit avec l'accessibilité, je ne sais pas, même des débats présidentiels. On l'a vu, il y a quand même un dispositif qui est très important, qui a été mis en place avec quatre interprètes, deux qui traduisaient Marine Le Pen, qui traduisaient Macron. Il y a quand même des choses qui ont été... Et je pense que le Covid a... a vachement permis, le confinement a vachement permis ça parce que les interprètes ont été extrêmement visibles. Sur la scène médiatique, je pense que quand tu dis interprète en langue des signes, tout le monde a en tête une image. Alors qu'avant, on disait, c'est quoi ? Ah oui, tu bouges les mains. Enfin, tu vois, c'est des trucs comme ça. Maintenant, je pense que les gens, ils ont une représentation de ça. Et le confinement, comme tout le monde était devant sa télé et que ça passait, ça passait, il y avait des informations, des informations, des bilans qui étaient faits à chaque fois. Sur la situation sanitaire, c'était toujours avec des interprètes. Donc je pense que ça a permis de développer quand même une visibilité, de l'accessibilité en langue des signes, même si ça reste encore quelque chose à conquérir, parce qu'on voit que des fois la taille du médaillon à la télé, elle se réduit, elle se réélargit. Donc tu dis, c'est quand même pas non plus encore acquis, et t'as encore plein de gens qui se moquent des interprètes. Bien sûr, on en voit beaucoup. Quand tu vois sur Twitter qui mettent des singes à côté. Ou qu'ils font des chorégraphies en faisant des petites danses et en mettant de la musique, parce que c'est sûr que c'est marrant, on a l'impression qu'on fait Alexandrie, Alexandra, quand on signe, tu vois, des trucs comme ça.
- Speaker #1
Non mais j'arrive même pas à me marrer. Pourtant je rigole de trucs très très bêtes. Quand t'es un enfant de 18 mois, tu te mets à rire sur des choses un petit peu quand même très bêtes. Mais moi, ça ne me fait même pas sourire parce que c'est vrai que grâce à toi, je sais aussi à quel point le métier est exigeant. Et la taille de ce médaillon vidéo, c'est toi qui m'avais parlé du fait que si on veut une vraie accessibilité, il faut que la personne qui interprète fasse la même taille que la personne qui parle. Dans le lieu. Voilà, dans l'idéal. Dans l'idéal.
- Speaker #0
L'idéal, c'est quand elle est à côté. Parce qu'il faut se représenter que c'est comme si nous, entendant... On suivait, je sais pas, une vidéo sans le son avec des sous-titres taille 8, time new roman 8, et la seule fenêtre de compréhension que t'as de la situation c'est de lire cette espèce de truc. Tu dis, c'est pareil pour les sourds, quand ils sont là en train de dire « mais je ne vois même pas les expressions du visage » . C'est une loupe qu'il faut, parce que les gens s'imaginent que quand on met la petite personne comme ça dans son médaillon, ça suffit. Sauf qu'en fait, il y a une lisibilité qui n'est pas là, et donc du coup, il n'y a pas d'accessibilité dans le sens où c'est ornemental. C'est là, on a notre médaillon, on a coché la case, mais en fait, au final, pourquoi faire, puisqu'on n'arrive pas à comprendre ? C'est comme si nous, on mettait le son à 1, tu vois, ou à 2. et que c'était la seule façon d'accéder à ce que disait Macron à ce moment-là. C'est plein d'enjeux comme ça, mais je me dis qu'il y a de l'avancée. Moi, je suis quand même positive sur l'avancée et je pense que c'est encore à conquérir.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais quelque chose à dire aux personnes qui s'intéressent à ce métier ? Est-ce que tu aurais un conseil, une petite phrase, quelque chose qui te vient par rapport à ce métier en termes de motivation, des petites clés comme ça ?
- Speaker #0
C'est un métier qui est extrêmement riche parce qu'on intervient partout, on va dans tous les milieux, on va de la grande entreprise au petit rendez-vous chez le médecin et en même temps on fait des conférences. Partout en fait, toute la vie sociale, elle est traversée par des interprètes en langue des signes dès l'instant où il y a une personne entendante qui ne maîtrise pas la langue et une personne sourde qui s'exprime en langue des signes. Donc dès qu'il y a un besoin de communication, il y a besoin d'un interprète. Donc tout ça pour dire qu'il y a du boulot, qu'il n'y a pas assez d'interprètes par rapport aux besoins de communication en général et que c'est un métier qui te nourrit cérébralement, qui est exigeant et en même temps, je pense que tu ne peux pas t'ennuyer dans ce métier-là. Tu peux en avoir fait le tour s'il y a plein d'enjeux dans lesquels tu ne te reconnais plus ou tu as besoin de passer à une autre position parce que c'est aussi être en position. de ne pas donner son avis. C'est aussi d'être une passerelle de sens. Et en même temps, t'es aussi un humain qui fait partie de la situation de communication. Donc t'es pas transparent, t'es là, t'existes. Mais par contre, t'es transparent dans la façon dont tu passes tes messages. T'es clair, en fait. T'es limpide pour tout le monde, en fait. On peut en avoir marre au bout d'un moment, mais par contre, c'est hyper stimulant. Et je pense que c'est aussi... Pour moi, un environnement où j'ai trouvé des collègues formidables, des personnes avec lesquelles j'ai toujours envie de bosser, même si j'abandonne le métier, c'est des gens avec qui j'ai envie d'être en contact. Il y a une solidarité aussi que je trouve assez importante avec les personnes qu'on trouve dans le même état d'esprit que soi. Il y a des personnes qui ont des initiatives qui sont porteuses, qui sont positives et qui permettent de se dépasser aussi. Moi, je pense que même si je devais tourner la page de ma carrière dans ce milieu-là, j'en garderais une tonalité positive et colorée et forcément extrêmement diversifiée d'une page de ma vie.
- Speaker #1
C'est trop beau. Je ne rajouterais rien. C'est superbe. Merci beaucoup, Émilie, pour ce tour d'horizon. J'espère que ça parlera aux auditeuristes parce que moi, ça me parle beaucoup. Merci beaucoup.