- Speaker #0
Je ne voulais pas me restreindre à une couleur de rap, ce combat, le rap d'avant, le rap de... Ça reste de la musique, ça évolue. Aujourd'hui, j'aimerais avoir la force d'un Michael Jackson qui arrive encore à faire danser, tu vois, des petits qui rentrent dans du Michael, qui sont fans du Michael. Ou tu vois, ou Bob Marley, il a ce truc-là aussi. La musique, c'est intemporel, donc oui, j'aimerais bien durer le plus longtemps possible, c'est bien ça.
- Speaker #1
Un matin, on s'est réveillés et bim, 40 piges. Comment ça va les Quadras ? Bienvenue dans votre univers, bienvenue dans Quadra. Ensemble, on va parler des joies et des galères de la quarantaine. Vous savez, cette période où vous vous rendez compte que ce qui prend plus de poids que vous,
- Speaker #0
ce sont vos responsabilités.
- Speaker #1
Donc faites une pause dans le Quadro-Univers, lâchez les biberons, lâchez les applis de rencontre, et bienvenue dans Quadra. Comment ça va les quadras ? Aujourd'hui je reçois une voix incontournable du rap français et je dois même avouer que c'est celui qui m'a fait découvrir le rap à l'adolescence. Avec Ministère Amère, puis en solo, en passant par le Secteur A et Bissot d'Abissot. Il a marqué les années 90 et 2000 avec des textes forts, engagés et une vraie empreinte générationnelle. Pour beaucoup de quadras, ces morceaux font partie de leur playlist. Je suis vraiment, vraiment, vraiment heureux de recevoir Passy. Passy, bonjour, comment vas-tu ?
- Speaker #0
Salut à toi, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Ça va, écoute, moi je suis très heureux de te recevoir.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Ça fait depuis ce matin que j'ai, je crois que j'ai l'instru des flammes du mal qui me tournent dans la tête depuis ce matin. Tu viens de sortir un album, bande originale, un retour un peu au rap d'avant ?
- Speaker #0
Un mélange, c'est très éclectique, il y a des sons qui sonnent un peu rap avant, il y a des sons très très actuels, c'est ce que je veux un peu développer sur cet album, c'est 3-4 décennies de rap, le rap c'était bien avant, c'est bien aujourd'hui, si ça revient demain, ça dépend qui est derrière le micro.
- Speaker #1
C'est un peu ce qui m'a étonné d'ailleurs, en écoutant l'album, c'est qu'il y a des sons hyper actuels.
- Speaker #0
Ouais, parce que je pouvais... tu sais quand t'as tant d'années de rap, de passion de rap tu peux pas dire j'aime que le boom bap ou y'a pas un truc que t'as aimé l'année dernière ou ainsi de suite, c'est pas possible donc moi aussi je voulais pas me restreindre à une couleur de rap ce combat, le rap d'avant, le rap de... ça reste de la musique, ça évolue aujourd'hui, putain j'aimerais avoir la force d'un Michael Jackson qui arrive encore à faire danser tu vois des petits qui rentrent dans du Michael ou tu vois, ou Bob Marley il a ce truc là aussi, la musique c'est intemporel donc oui, j'aimerais bien durer le plus longtemps possible, c'est bien ça Merci.
- Speaker #1
Il y a toutes les générations dans tes concerts ?
- Speaker #0
Dans mes concerts, oui, il commence à y avoir. La dernière tournée, quand on fait l'Âge d'or ou quand on fait Ministère Amère, on se retrouve avec des parents d'une quarantaine d'années, des quadras, qui viennent avec leurs enfants de 20 ans et qui leur font, voilà, c'est ça que j'ai écouté, moi, voilà, là, il y a un... Et ils sont dans une... Ouais, voilà, ton rap, c'est ça, mon rap, c'est ça. Voilà, dans une... Ça a toujours été comme ça. Même nous, quand on est arrivé avec le rap à l'époque, les gens nous parlaient de l'époque du rock, de l'époque des Yéyés. On disait non, nous c'est le rap, ça a toujours été comme ça.
- Speaker #1
Quand tu regardes ton parcours aujourd'hui, est-ce que tu réalises que tu fais quand même partie de la bande-son de beaucoup de quadras ?
- Speaker #0
Ça me fait plaisir, oui. Ça me fait plaisir, mais c'est parce que ça en a commencé aux premières heures du rap. C'est un peu ce qu'il y a dans le début, je commence l'intro de l'album avec ça, dans le morceau Ma Vie. Je jette un couplet d'un rap de Radio Nova à l'époque.
- Speaker #1
En plus, c'est ce qui m'a marqué quand j'ai écouté... écoutez l'album, t'as fait une intro. Et ça, c'est très Rap 90 2000 de faire des intros.
- Speaker #0
Une outro ? J'ai pas fait de prélude. J'aurais pu faire une interlude ou une interlude ou un truc comme ça, j'ai failli. Même l'intro, au début, je me suis dit je vais le placer en interlude. J'ai dit intro, j'hésitais à un moment. Il faut rester aussi, il faut garder aussi notre façon de voir le rap. Il y a la façon des jeunes, on peut s'en inspirer, mais il faut ramener quelque chose. Si je ramène un truc de... On dirait que j'ai 20 piges dedans, même mes gosses ou mes neveux vont me dire « Papa, t'es gênant ! » Donc il faut assumer, il faut venir avec sa vision du hip-hop, sa vision du rap. Voilà, moi je voulais m'amuser, je voulais m'éclater, surtout je voulais pas mettre des barrières, le rap c'est comme ça. Je fais ce que j'ai envie, un son nouveau, je peux y aller avec un tel. Ça reste du rap, ça reste de la musique. En plus moi je suis un peu très connu pour mélanger des cultures, mélanger des trucs, etc.
- Speaker #1
Bisseau et les tentations, c'est deux trucs différents.
- Speaker #0
Ou des dealers d'oeufs. J'ai toujours quelques secrets derrière ces mélanges-là. Donc oui, je ne voulais pas me retrouver bloqué dans un truc.
- Speaker #1
Est-ce que tu te souviens du moment où vous avez compris avec Ministère Amer que vous alliez faire quelque chose de plus grand que vous ?
- Speaker #0
Ministère Amer, ça peut exploser. D'un coup, c'est monté petit à petit. Ce qu'on voyait, c'était que le premier concert, en fait, il n'y a peut-être que 50 personnes. Mais le concert d'après, il va y en avoir 60. Puis d'après, 70. Donc on savait que ça montait. Vu qu'on parlait, on aimait dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Donc on correspondait à énormément de gens. Et donc on savait que ça allait prendre. Plus les gens allaient connaître, plus les gens allaient se rendre compte de notre folie, ou de notre folie créatrice aussi. Des messages qu'il y avait dedans, de l'engagement. C'était provoquant, on posait des questions en vérité, entre 15-18 ans tu dis wow. Et après, un des problèmes quand tu fais ça, c'est qu'on ne voit que le côté provoquant, militant, piquant, au lieu de voir aussi le côté artistique. Donc nos albums solos, quand on y a réfléchi avec Stomy, c'était aussi pour développer le côté artiste solo et artiste aussi. faire autre chose que dans du ministère à mer. Si dans nos solos, on faisait la même chose que le ministère à mer, ça ne servait à rien de faire des solos.
- Speaker #1
Quand tu réécoutes Sacrifice de Poulet aujourd'hui, l'instru derrière, elle est hyper rock. C'est là où, comme tu dis, c'était travaillé.
- Speaker #0
Ce n'était pas que du texte. Les productions de Getsch, c'est vrai qu'on allait piocher dans énormément de trucs différents. On voulait se différencier aussi des prods forcément US. On voulait proposer quelque chose qui nous ressemble. Donc on pouvait sampler du hard, on pouvait sampler du malo du bongo aussi. On commençait déjà à avoir cette notion de les sampler autre chose que de la saut d'américaine, parce qu'on savait que sur ce terrain les américains étaient plus forts que nous. Il fallait qu'on ramène aussi notre touche, c'est l'état d'esprit qui a même poussé à faire bisso nabisso.
- Speaker #1
Et justement à cette époque-là, il n'y avait pas que vous, c'était de manière un peu plus générale, mais il y avait une certaine forme de colère et de contestation dans les textes. Tu vois, quand je réécoute des titres, je prends ton exemple à toi, quand je réécoute Les Flammes du Mal ou Émeute, t'avais un côté très en colère. Émeute, il est quand même très parlant et bizarrement toujours d'actu.
- Speaker #0
Parce que ça vient même, humainement, ça vient d'une incompréhension personnelle. Une incompréhension, comment ça se fait quand il y a des bavures policières, que ça soit pas forcément reconnu en tant que tel, que ça soit masqué, qu'on arrive à des émeutes. Et en même temps, on alertait, on se disait, mais vous vous rendez compte que si les jeunes demain ne croient plus en la justice, ils vont faire n'importe quoi. Et c'est ce qui se passe aujourd'hui. Quand tu vois des jeunes venir brûler un commissariat, ce n'est pas un bon signe.
- Speaker #1
Oui, donc c'était déjà un cri d'alarme à l'époque.
- Speaker #0
C'était un cri d'alarme et on voulait piquer. Et nous, on posait des questions. Pourquoi il y a ces contrôles au faciès ? Pourquoi je me fais contrôler en bas de chez moi alors que je n'ai rien fait ? Pourquoi on me traite comme ça ? Pourquoi on m'appelle ? Pourquoi je n'ai pas le respect ? Pourquoi nos parents baissent la tête ? Pourquoi ? Oui. C'est un cri pour se réveiller. Et quand tu regardes l'histoire, quand tu regardes dans les vies d'histoire, c'est toi qui es attaché à l'arbre. C'est la vérité. Donc, savoir quelle est ta place, qu'il n'y avait pas de Mbappé à la télé, pas d'exemple comme aujourd'hui, etc. En même temps, ceux qui passaient à la télé, ils se faisaient chuter assez rapidement. Non, c'est assez compliqué.
- Speaker #1
De toute façon, il n'y avait qu'à voir comment vous étiez reçus sur les plateaux de télé. J'ai revu des images de chez Ardisson, aussi bien de toi, même la rumeur quand il avait été chez Ardisson. Tu sens que vous n'osez pas, vous êtes limite timide, je ne sais pas comment ça se passait en police.
- Speaker #0
Ce n'était pas un terrain conquis, aujourd'hui les gens sont peut-être plus habitués au téléphone, à l'image, etc. Nous, on rêvait sur des plateaux télé, des plateaux qu'on ne connaissait pas, avec des gens, tu ne sais pas s'ils sont avec toi ou s'ils sont contre toi. Là pour montrer, tiens les phénomènes, tiens, ou tiens voilà la belle musique. Et nous on se défendait, on était à une époque où les gens nous disaient mais arrête avec ton rap, tu ne vas pas faire de disques, ou le rap ce n'est pas de la musique. C'était quand même une époque comme ça.
- Speaker #1
Aujourd'hui, c'est quoi ta mentalité avec l'âge ? Maintenant que tu as pris de l'âge et que tu regardes justement ces textes qui étaient hyper contestataires et tout, comment tu revois ton engagement ?
- Speaker #0
Il y a certains textes que je ne pourrais pas refaire aujourd'hui parce que je n'ai plus la même vie. Mais je me dis heureusement qu'on les a faits, heureusement qu'on a témoigné, qu'on a essayé d'alerter. Ce serait non-assistance si on ne l'avait pas fait en vérité d'une certaine manière. C'était bien. Je le dis tout le temps, rap, poésie de rue, journalisme de rue, on témoigne d'une certaine manière. Et on lance des cris, on lance des alertes. La musique doit aussi, en plus de faire des modes, de faire changer des modes, doit aussi éduquer, lancer des alertes, lancer des idées, ouvrir. La musique, on est utopiste. Je pense que même un booba qui est barbare, quand il voit son public multicouleur, qu'il est kiffé par les métisses, qui fait parler noir, on unit. On est là pour unir les gens, d'une certaine manière. Et tous ceux qui viennent essayer de désunir, ou qui viennent avec des politiques... ou qui poussait aux extrêmes comme ça se fait en ce moment en politique, c'est pas trop notre truc. Nous on est pour bien vivre ensemble et partager des idées, changer les choses, évoluer. En fait ce qu'il y a dans le fond c'est le bien-être pour un maximum. C'est ce qu'on aime nous en tant qu'artistes, on est peut-être un peu utopistes, c'est ce qui nous permet aussi de créer. Tu vois, même l'artiste qui est le plus hardcore, tu regardes bien, il est hardcore, il y a bien une raison pour laquelle il est hardcore.
- Speaker #1
Oui, c'est pas juste pour faire du buzz.
- Speaker #0
Exactement, et tu remarqueras, j'ai toujours cette phrase-là aussi, où ceux qui font les meilleures chansons d'amour, c'est souvent les chanteurs de hard ou les chanteurs hardcore.
- Speaker #1
Regarde Metallica avec Nothing Gets Matter.
- Speaker #0
Même Guns N'Roses, leurs chansons d'amour, elles sont terribles.
- Speaker #1
Évidemment.
- Speaker #0
et donc à force de... Quand tu cries la haine comme ça, c'est parce que t'as besoin d'amour aussi. Moi je le dis, je dis souvent, je dis aux politiques, je dis tout le temps, il faut donner de l'amour aux petits frères, il faut donner de l'amour aux jeunes de quartier, qu'ils soient comme si c'était des jeunes qui sont nés en France, c'est des jeunes qui sont français, ça peut être des jeunes qui vont défendre les couleurs du drapeau de main, il faut leur donner envie, il faut les responsabiliser, il faut leur dire, ouais ouais, c'est à vous, vous êtes là, qu'est-ce que t'apportes ? Peut-être que les choses changeront si on arrive à mettre ça dans l'esprit de nos jeunes. qui sont d'abord de leur quartier, après ils se souviennent de leur pays d'origine, certains n'y sont jamais allés, et après quand l'équipe de France gagne, ils sont français. Mais c'est la vérité, parce qu'on ne les intéresse pas, on les met... Je ne sais pas, c'est important je trouve.
- Speaker #1
Tu vois, tu parles d'amour. Ton amitié avec Stomy, elle a beaucoup compté. Qu'est-ce qui vous lie encore aujourd'hui, au-delà de la musique ?
- Speaker #0
Est-ce qu'il n'y a qu'une seule chose qui nous lie ? Est-ce qu'après tant d'années on peut trouver... je ne peux pas répondre à juste une question. On est liés par notre histoire, par la fraternité, par le fait de se respecter l'un l'autre, par le fait de savoir que dans l'histoire, notre union nous a permis de passer des barrières. On est partis de rien ensemble. On a rêvé, on a créé. On a des grands frères dans Secteur A. Mais par rapport aux artistes de Secteur A, on fait partie des grands frères. Notre groupe Ministère Amers a compté beaucoup pour énormément de gens dans le rap, ou même dans le 9-5, ou même pour notre famille, pour le secteur rap. Parce qu'on a créé le secteur rap avec tout, Kenzie, Boubou, Getsch. On a pu installer le 95 dans l'histoire du rap en France, dans l'histoire de la musique. Non, qu'est-ce qu'il nous lui reste ? Je peux continuer encore pendant des heures. Oui, tant mieux, mais c'est bon. C'est pour ça que je ne peux pas avoir qu'une seule réponse. Ça fait quoi,
- Speaker #1
ça fait 35 ans que vous vous connaissez ?
- Speaker #0
Mes frères et sœurs le connaissent. connaissait frères et sœurs. Sa maman m'accueillait chez lui quand j'avais nulle part où aller. Elle me disait « Tu dors ici ? Si on habitait ensemble au premier appartement, il pouvait venir dormir dans ma chambre pour qu'on s'y tait eu. » Il y a trop d'anecdotes,
- Speaker #1
ça peut être.
- Speaker #0
Oui, encore ça, c'est les plus cools.
- Speaker #1
Parce que oui, j'étais tombé sur une interview où vous racontiez comment vous êtes connu.
- Speaker #0
On s'embête, on se pique, on se chamaille, on se vanne, on dirait des grands gamins quand on est ensemble. Mais tout ça, il y a toujours ce truc-là de se pousser pour se challenger. Tu vois, ce truc-là, on a toujours... S'il y en a un qui merde, l'autre il va venir, t'as merdé !
- Speaker #1
Non mais dans le but de le faire progresser.
- Speaker #0
Et après, tu vas dire, ah non, tu m'as tué sur ça ! Faut que je fasse mieux que toi la prochaine fois ! Tu vois, on est dans un truc comme ça, à rigoler, on rigole, on en joue, et on a cet état d'esprit-là aussi avec le secteur. C'est ce qu'on appelle la douane, où quand on n'est pas... Bon dans notre couplet, au vu des autres, qui ont aussi énormément d'expérience, tu te rends compte, tu te retrouves en studio avec Nagmaron, Arsenie, Extremi, même quand il y a un doc Gineco, c'est plusieurs années de route et plusieurs expériences, plusieurs lignes écrites, plusieurs... Combien de kilomètres de rimes ? Donc ton couplet, il a intérêt d'être bon. Tu vois, que ce soit dans le Bissot ou...
- Speaker #1
C'est ça qui est rigolo, c'est que, autant vous avez tous fait des carrières solo, et autant on ne peut pas vous dissocier du secteur. Tu vois ce que je veux dire ? Vous êtes à la fois vos carrières solo et vous êtes à la fois le secteur rap pour tout le temps en fait.
- Speaker #0
Ouais c'est indéniable, c'est ce côté famille nombreuse, quartier nombreux. Tu peux être tout seul là mais il y a un moment où tu rentres dans ta famille. Mais c'est ce qui permet aussi de durer je trouve. C'est ce qui permet d'avoir cette démocratie là. Tu peux partir faire tes trucs en solo, les autres vont applaudir ou te critiquer. Mais ils seront là derrière toi. Et quand tu dois te réunir avec tout le monde on arrive à... Tout c'est là, encore tant d'années après. Et ça, c'est merveilleux.
- Speaker #1
Du coup, j'ai toutes les images du concert à l'Olympia qui me reviennent.
- Speaker #0
On a des liens de fraternité, d'amitié. On est restés même plusieurs années sans faire des trucs ensemble. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Et après, j'ai dit, merde, les gars, venez, on se refait un petit truc ensemble.
- Speaker #1
Et à propos du secteur A, il y a eu le décès de Calbot il y a quelques mois. Toi, personnellement, comment tu l'as vécu ?
- Speaker #0
Ça me fait énormément de peine, ça fait énormément de peine et en même temps, c'est un manque. Plus directement, je sais que pour mes cousins, Tequila Lino, c'est encore un plus gros manque parce que sur le côté sans famille, n'en parlons pas. Mais plus le côté travail ou passion, ils ont monté tout ça avec Calbo. Calbo, c'est une pièce super importante. Moi, j'ai monté en nous secteurant. Calbo a beaucoup apporté au secteur A. Bissouna Bissou, sa place, sa posture, son intelligence, sa façon de gérer, la force qu'il a apportée. Oui, moi, ça nous manquera toujours, je pense. On a fait un dernier concert tous ensemble il y a un mois en Belgique. On était tous là, plus de trois heures de choses. Il y a toujours des minutes pour Calbo où on pense à lui, où on projette son image. Je pense que ça soit pour tous les membres du secteur A, on le fera vivre à chaque fois comme on peut, à jamais.
- Speaker #1
Quand tu repenses au secteur A, à Bissau, à ta carrière solo, est-ce que tu vois ça ? Une certaine nostalgie ou fierté ? Fierté.
- Speaker #0
Fierté avec ça, j'ai pu faire le tour du monde, on a pu faire le tour du monde. Quand je dis j'ai souvent, c'est bien c'est mon album solo, mais je l'ai fait en solo comme je l'ai fait en groupe. Franchement, tout ce que tous les gens du secteur ont pu vivre, et tous les gens que j'ai pu croiser à travers la route, enfin sur la route, c'est le nom d'un titre d'ailleurs de l'album. que ce soit en Afrique, au Canada, en Europe, aux Etats-Unis. Putain,
- Speaker #1
mais ça devait être fou de vivre ça.
- Speaker #0
Oui, c'est un truc de dingue. Je suis allé à Djiboutsek, on s'est éclatés. En Afrique, j'ai travaillé avec énormément de grands artistes. Manu Dibongo, P.A. Sonam, Djiboutsek Kofi, Djiboutsek Fali, Djiboutsek Papa ou Papa, P.A. Sonam, Yusundur. Les grands artistes des monstres. Ils sont monstrueux, ces artistes-là. Yusundur des... des bosseurs. Jusundur, quand je bossais un peu, je produisais un groupe au Sénégal. Jusundur, c'est quelqu'un qui, dans une année, a fait 300 cancers à l'année. Donc c'est quasi les mecs qui jouent tous les jours. Il va dans le monde. Il n'était pas loin de là. Je ne sais pas si c'est le chiffre exact, mais pas loin de là. Donc il va, il joue, il prend la vue, il rentre, il dort le matin, le soir, il va danser. Il a une boîte. Je ne sais pas s'il a encore une boîte au Sénégal où il jouait souvent. Il va, il joue avec son groupe, etc. Tout le temps. Voilà. Quelquefois, il fait son album traditionnel et de l'autre côté, un album international. Comme ça il joue au pays, il va jouer à... Mais il rigole pas. Après il est devenu ministre, etc. Entre en politique, là il est revenu dans les affaires. Même si c'est un businessman, un homme d'affaires, un homme politique, tout ce que tu veux. Mais le taf derrière. Le taf et la... je sais pas quoi. Le sacrifice pour son art. Déjà on voit pas ça, mais... Même Johnny, tu vois.
- Speaker #1
Oui parce que vous avez fait un titre avec Johnny.
- Speaker #0
Johnny a donné sa vie à la lumière. Mais sa vie c'est du travail derrière.
- Speaker #1
c'est des sacrifices du travail depuis des années des anecdotes de fous mais c'est marrant durant tant d'années c'est marrant parce que malgré la carrière que t'as eu on sent qu'à cette époque là quand tu les rencontrais tu devais les regarder comme un gamin ouais je kiffais je leur disais je leur posais des questions alors t'as rien ils rigolaient
- Speaker #0
après on se mettait au boulot etc il y en a qui au studio sont monstrueux les deux plus fous avec qui j'ai bossé au studio c'est il y a Wyclef et il y a Khaled Khaled c'est un dingue Il joue de la derby, il y a le son, bon qu'est-ce qu'on fait ? Je peux faire ça, après je peux faire ça, après il prend la guitare, après oh les oufs ! Vous voyez que le fossé il est comme ça, à un moment il vient, il rappe, après il chante, après il prend la guitare, après il essaye de faire un truc au piano, des mecs multi-instruments, tu sais, plein de mélodies partout, tu sens les années de taff et d'expérience, non ça tue ! Et en plus je te dis, j'ai pas parlé de tous les rappeurs avec qui j'ai fait des duos, avec qui j'ai bossé, entre ceux de ma famille et les autres. Non, non, non, je suis vraiment, vraiment, vraiment très content d'avoir pu faire tout ça.
- Speaker #1
Pourquoi il n'y a jamais eu de feat avec, par exemple, la team plutôt NTM ?
- Speaker #0
Justement, vers la fin peut-être, regarde là, sur les seniors, il y a Zoxy quand même. Il y a Zoxy, et puis il y a Sofiane. Et non, sur Dealer de Hip-Hop Rock, j'ai eu un titre avec Koolshane et Lancer.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ouais, sur Dealer de Hip-Hop Rock. Ouais, mais maintenant, c'est en vue. en grandissant que...
- Speaker #1
En fait, j'ai l'impression que c'est le public qui crée une espèce de guéguerre.
- Speaker #0
Il n'y a pas que le public qui crée une guéguerre, il y a le public qui compare, il y a Sarset-Saint-Denis et des villes à côté, il y a les histoires aussi des villes à côté, les anciennes histoires d'un tel qui ne connaît pas un tel qui... Il y a plein de trucs qui poussent au fait que, je ne sais pas, on n'a pas réussi à s'entendre. Alors que, tu vois, nos gars se connaissaient. Kenji connaissait DJ, nous on le croise quand même, on aurait pu. Bon maintenant il n'y a plus de problème, on se parle, on s'échange, on s'entend bien avec Stomy, avec moi, il n'y a plus... Je croise, coup de chaîne, je croise au parc. On se supporte comme aux supporters de PSG là, tu peux rien dire. A tout le monde des potes là. A PSG on est tous potes.
- Speaker #1
Bon bah voilà, toi on répond à la question qu'on se posait tous.
- Speaker #0
Non peut-être que c'est moi là, c'est le PSG qui doit réunir tous.
- Speaker #1
Bah voilà, et on leur souhaite une deuxième Ligue. T'as l'impression, au premier moment une impression, est-ce que... Votre génération a ouvert la porte au rap actuel ? Ou alors il s'est fait tout seul ?
- Speaker #0
Non, bien sûr que les anciens... Je ne peux pas dire que je me suis fait sans mes parents, ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Oui, les jeunes disent cette métaphore.
- Speaker #0
Non mais c'est la vérité. Oui, bien sûr. Tu vois, il ne faut pas flamber... Il ne faut pas aussi enlever la créativité des jeunes. Les jeunes viennent, ils recréent, ils le prennent, ils le rebouffent, ils le recrachent à leur sauce. C'est ça aussi qui est intéressant. C'est une culture qu'on a poussée, qui s'est tellement développée. Chacun peut. peut venir, c'est ça le hip-hop, chacun peut venir, il peut montrer sa nouvelle façon de briquer, sa nouvelle façon de rapper. Il y a tellement d'ouvertures en plus avec Internet, aujourd'hui, la fenêtre qu'on a sur le monde dans la poche. Comment tu peux empêcher le rap ? Ça sample les musiques à l'ancienne, ça sample les... Ça écrit sur ce qui se passe dans le monde, tu peux avoir une punchline sur la dernière actualité, ainsi de suite, le rap, ça... Ça bouffe l'actualité, ça bouffe la société. Internet est arrivé, même l'IA est arrivé. Le rap va bouffer ça, va servir de ça, va bouffer ça pour aussi proposer des nouvelles choses. Tu ne pourras pas empêcher ça, c'est comme ça.
- Speaker #1
Tu l'as vu le truc de Jackie, là où ils sont avec Booba, Oxmo, Pete. Et c'est un peu, ça fait un peu les cinq copains au bar qui discutent, mais c'est un peu ce qu'ils disent. Mais c'est ça,
- Speaker #0
mais ce qu'il y a, c'est en fait le truc que ça a parlé un peu dans la... après ce truc que j'ai bien aimé, c'est que c'était ça. Ça avait picolé un petit peu. Donc, ce n'est pas une légende, alors ? Non, un petit peu, mais il faut que les gens comprennent aussi. C'est vraiment cinq copains qui font le même taf et qui se retrouvent. Mais c'est cinq potes qui disent ça. Ça déborde. Moi, au contraire, je pense qu'il n'y a plus ce qui a été enregistré. Ça a été coupé, etc. Mais ce n'est pas une conversation. Ce qui est bien dans cette émission, justement, c'est que c'est ça. Au contraire, il faut couper. Tu ne peux pas tout mettre. Quand tu parles avec tes potes, quand tu dis des trucs avec tes potes, il y a des trucs que tu ne peux pas dire.
- Speaker #1
C'est normal.
- Speaker #0
Tu vois ? Moi, c'est ce que j'ai bien aimé. On a un booba comme on n'en a pas souvent. Souvent, ils se maîtrisent. Il y en a qui ont critiqué. Non, au contraire. Mais en même temps, ce qui soulève en tant que producteur, moi, je suis producteur.
- Speaker #1
Tu ne peux pas le nier.
- Speaker #0
Il y a des choses qu'il dit, il le dit comme ça.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que c'était... Enfin, moi, quand je suis avec mes potes, c'est pareil. Avec tes potes, c'est pareil.
- Speaker #0
On ne peut pas filmer. Oui, on ne peut pas filmer. Donc là, ils ont eu les coronesses de filmer ça. Et je pense que ça fait du bien. Je pense que le hip-hop a besoin de ça, a besoin d'entendre des gens qui ont fait leur preuve aussi s'exprimer, dire ça déchire, dire c'est naze, dire... On n'est pas obligé de l'applaudir et d'être dans une sorte de critique. On peut aussi dire... Nous, on reçoit... Ah non, c'est naze. Ah non, c'est bien. Tu fais ton truc, t'avances. Et donc cette émission Caridas a fait du bien pour ça.
- Speaker #1
J'espère qu'il va refaire un épisode, Jackie, pour que tu seras dedans.
- Speaker #0
On verra.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
parce que ce serait vraiment bon.
- Speaker #1
Est-ce que ce rap d'aujourd'hui, justement, il manque de ce côté contestataire qu'il y avait avant ? Et où est-ce qu'il s'est transformé en autre chose ?
- Speaker #0
C'est sûr qu'il s'est transformé en autre chose. Il y a encore plus de... La pieuvre, encore plus de tentacules, on va dire. Mais oui, c'est toujours bien d'avoir un arbitre. carton rouge, mais qu'est-ce qu'il fout l'arbitre ? C'est toujours bien d'avoir des arbitres comme ça qu'on les aime, des gens qui viennent un peu douaner. Il y a un phare, tu as vu, il y a toujours un phare. Regarde, sur tous les ports du monde, il y a un phare. C'est pas pour rien qu'il y a un phare. La mer est mouvementée, on sait qu'il y a le phare. Il faut des phares aussi. Il faut des phares, je trouve, moi.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Donc, qu'on soit d'accord ou pas avec le phare, il faut des phares.
- Speaker #1
Mais parce qu'il y a beaucoup de choses qui, à mon goût, peut-être, parce que je suis trop attaché à ce que j'aimais avant, et encore aujourd'hui, il y a beaucoup de choses que j'aime. Non, mais tu peux pas, nous,
- Speaker #0
quand on est 20 piges, on s'en foutait de ce que les anciens pensent. Le seul truc qu'il y a, c'est que dans l'évolution, il y en a qui déchirent et il y en a qui sont moins bons, il faut réussir à le dire. Il y en a qui déchirent, il y en a qui arrivent à faire ça, qui développent des publics de dingue, mais qui remplissent Tête de France comme ça. C'est pas pour rien, c'est-à-dire qu'ils ont aussi, toi tu comprends pas, mais ils ont tout un Tête de France qui les comprennent, donc...
- Speaker #1
Donc je suis devenu un vieux con ?
- Speaker #0
Peut-être, non mais peut-être, non. La bise à mon père. Tout n'est pas forcément bien. C'est pas parce que, je sais pas, l'ancienne chanteuse de pop, en plus c'est le stade de France que tu devais l'aimer, non. Non, c'est sûr. C'est pas forcément bien. Mais il y en a quand même qui déchirent et qui arrivent... Il faut accepter, c'est bien. Au contraire, applaudir, essayer de comprendre pourquoi, comment.
- Speaker #1
Oui, après on n'est pas obligé d'aimer, comme tu dis.
- Speaker #0
Ouais, t'es pas obligé.
- Speaker #1
Donc cette fameuse phrase... Tu kiffes pas. Renaud à qui il ne coûte pas. C'est qui qui l'a sorti en premier ? C'est Arsenic ou c'est Boum ? Non,
- Speaker #0
c'est Lunatic.
- Speaker #1
C'est peut-être un sample. Dans l'album d'Arsenic. Oui, ils le reprennent.
- Speaker #0
C'était une punchline de Lunatic.
- Speaker #1
Donc c'est bien Lunatic.
- Speaker #0
On est des kiffeurs de Lunatic.
- Speaker #1
Quel album ! Dans ce nouvel album qui est sorti, bande originale, T'as un morceau qui s'appelle Les Seigneurs du Micro, qui porte bien son nom. Tu réunis quand même des figures historiques du rap. C'était une envie de transmission ? Tu y rappelles ou c'est vraiment un manifeste ?
- Speaker #0
Dans cet album, tu vois, ça fait plusieurs personnes qui me posent cette question, envie de transmission, envie de... Je voulais déjà faire un truc qu'on n'avait pas fait depuis le passé. Tu vois, Zoxy, Mélophilo, c'est l'école du 92. C'est une école qui a beaucoup influencé le rap. Le Kung-Fu du 92, jusqu'à aujourd'hui on le mange. Après, il y a eu tout ce qui vient du 92 derrière. Il y a le Kung-Fu de Marseille. Merci.
- Speaker #1
Quand même, mais moi de vous revoir ensemble, c'était un kiff.
- Speaker #0
Donc il fallait un représentant. Roca aussi, le côté Roca, c'est une légende. Après dans ma famille, bien sûr, j'ai les deux balles avec le côté ménage à trois qui représente un peu ça. Papillon, la clinique et Negmaron, bon, Negmaron, le regard.
- Speaker #1
Tu te sens encore rebelle aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je ne sais même pas si c'est me sentir rebelle ou... je ne sais même pas si.
- Speaker #1
Ou très engagé comme tu l'étais.
- Speaker #0
Moins engagé. Mais dire la vérité, je sais pas, moi je me dis que dire la vérité, est-ce que c'est si engagé que ça ? C'est juste mettre tes points sur les i et les barres sur les t, tu vois ? Engagé, c'est dire des choses qui touchent la société ou dire des choses qui vont pas plaire à certains parce qu'ils le cachent ou ils veulent pas l'entendre. Oui, ça m'arrive. Ouais, ça m'arrive régulièrement.
- Speaker #1
Pas que dans le rap.
- Speaker #0
En interview ou... J'essaie d'être le plus vrai possible. Parce que de parler, de mettre de l'amour dans tout ça, parce que de l'amour, tu vois, de percer les abcès, d'essayer de réduire les fractures en s'expliquant les uns les autres, en essayant de montrer les points de vue des uns des autres. Je pense que c'est bien. Il n'y a personne qui le fait aujourd'hui. Nous, on le fait. Les artistes, nous, ce qui est bien, c'est qu'on le fait quand on réunit des gens dans une salle de concert. Il y en a qui votent à droite, d'autres à gauche, d'autres trucs. On ne sait pas et on s'en fout. Ils viennent kiffer, ils viennent prendre du son.
- Speaker #1
La vie de famille, ça t'a apaisé ou au contraire ça a changé ton regard sur le monde ?
- Speaker #0
Ça fait longtemps que je suis père. Ma plus grande fille a 26 ans. Donc oui bien sûr ça m'a fait chance, ça m'a donné des responsabilités depuis longtemps. Et là maintenant j'ai un gang de quatre. Je suis assez content.
- Speaker #1
Un gang de quatre t'appelles ça ? Oui j'ai quatre.
- Speaker #0
Le gang de quatre. Mais moi je suis d'une famille où on est sept frères et soeurs. Donc j'ai pas fait mieux que mes parents c'est sûr. Mais j'ai mes quatre quand même, qui grandissent et je me bats pour leur donner la meilleure éducation possible. L'éducation scolaire, déjà, on se bat avec ma compagne pour la tenir au mieux. Et puis après, voilà, tout ce qui va autour, les pousser dans le sport, les pousser à faire mieux. Mais toi,
- Speaker #1
ça t'a apaisé, c'est ça que... Moi,
- Speaker #0
ça donne des responsabilités. Aujourd'hui,
- Speaker #1
il y a l'âge que t'as, je veux dire.
- Speaker #0
Oui, ça m'apaise, bien sûr, oui. Ça te pousse à essayer d'être le plus droit possible, ça te donne aussi une vision, est-ce que ça plairait, ce qui arrive là, est-ce que ça plairait que quand il arrive une merde dehors sur un jeune, tu dis merde, est-ce que ça arriverait à mon enfant, comment je réagirais, ça te donne ce point de vue là.
- Speaker #1
Tu seras quel type de grand-père ? Ta fille est déjà grande.
- Speaker #0
Moi je déconne, moi je déconne.
- Speaker #1
Tu seras un peu pire rigolo quoi.
- Speaker #0
Moi je déconne, je mets du son, je fais danser les enfants et tout ça. Je leur fais à bouffer et tout.
- Speaker #1
Tant mieux, c'est ce qu'ils veulent.
- Speaker #0
J'essaie de leur donner de... Bon, je leur prends la tête pour le taf, mais après le taf, le réconfort, donc... J'essaye, moi je fais plus que rien, j'aime bien les bonnes tables, et je cours pas après forcément le resto, au pire j'essaye de le faire tout seul, j'adore ça.
- Speaker #1
Donc j'essaye de leur donner aussi le goût des bonnes choses, mais après ça se retourne contre moi, ils sont chichiteux après. Ouais c'était pas comme l'autre fois. Tu leur fais des pâtes, ils te regardent avec la sauce. Ils sont durs, moi j'en ai pas, donc au moins je vais parner pour ça, mais peut-être un moment. Enfin ça commence à faire tard là. Comment tu concilies aujourd'hui... l'artiste, m'engager, le père.
- Speaker #0
Je pense que c'est un tout. Je ne fais pas exprès. On a une phrase, quand j'étais jeune, on disait que c'était rien que du naturel. Quand tu commences à écrire des textes sur ce qui se passe autour de chez toi, sur ce qui se passe sur ta vie, tu n'as pas besoin de faire trop d'efforts. Tu ne t'en rends pas une vie. Je ne suis pas venu avec un concept de... Je suis un rappeur rouge, donc je dois tout le temps faire rouge. Je fais un effort à tout le temps faire rouge. le rouge dessous. Non, je fais des raps, j'ai réussi à travers ma carrière à développer le passif vénère sur le ministère, mon côté congolais sur Bissau Nabissau, mon côté peut-être français sur d'autres compilations, et ma culture antillaise avec Diller de Zouk, et en faisant avec Calo, Johnny, tout ça, ou même Hip Hop Rock à m'ouvrir comme ça, à faire des choses que j'avais envie, parce que c'est des choses avec lesquelles j'ai grandi. Donc je suis très très content d'avoir aussi quelques classiques là-dedans. Ça me permet... D'avoir tout le temps un public, de pouvoir tout le temps chanter, c'est parfait.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'énerve dans la société actuelle ?
- Speaker #0
L'hypocrisie.
- Speaker #1
Et j'allais dire...
- Speaker #0
Et le fait que personne... Tout le monde pousse à la division. Oui. Ça, ça me fait... Tu en as déjà parlé,
- Speaker #1
j'ai senti que...
- Speaker #0
Ben ouais, tu regardes, tout le monde pousse à la division. En fait, c'est divisé pour mieux régner, on dirait. Oui. On pousse à détester les autres religions, on pousse à détester les autres couleurs, on pousse à... tu vois... Quand tu regardes en résumé, il n'y a personne qui pousse au vivre ensemble ou au changement dans les quartiers.
- Speaker #1
T'as l'impression que c'est plus qu'avant ça ?
- Speaker #0
Encore plus. Les gens se tapent de certaines situations. C'est pas qu'en France, je trouve que c'est dans le monde aussi. Trump vient, débarque au Venezuela, il prend le président, il se sauve qu'il a dit quoi que ce soit. Personne.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qu'a fait ce truc-là qui fait que c'est encore pire ?
- Speaker #0
Je ne sais pas. Je ne sais pas. J'imagine que tu sauverais le monde. Je ne sais pas. Je trouve qu'il y a quand même une situation où on doit sonner l'alerte, nous tous, et un peu pousser à l'acceptation de l'autre.
- Speaker #1
Et à l'inverse, qu'est-ce qui te donne de l'espoir ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui me donne de l'espoir ? C'est toutes les bonnes actions. Quand tu vois qu'il y a des gens qui se battent encore pour serrer les mains, pour unir, pour la paix. Il y a des gens qui ont quand même aussi ces pensées que j'ai, qu'on est encore 50% à voir ces pensées-là. Ça me donne de l'espoir. Je me dis que dans l'autre 50%, il y en a quelques-uns qui sont juste énervés ou qui n'ont pas bien vu ou qui font se nettoyer la tête. Comme d'habitude, on passera au-dessus.
- Speaker #1
Avec le recul, tu penses que dans les années 90, 90 c'est les débuts 2000, on était... Plus libre ou moins exposé ? Parce qu'on n'avait pas des réseaux ou des trucs comme ça.
- Speaker #0
Plus libre. On me dit, il y a un morceau qui s'appelle Le franc ou l'euro. Le refrain, il fait quand on voit l'histoire, on avait un sentiment de liberté dans le temps. Voilà, on se dit toujours que, et plus le temps passe, plus... Tu vois, même, je dis, le bonheur c'est maintenant dans le morceau, parce que même si ça change, je veux quand même... Profiter parce qu'on ne sait pas ce qu'on va avoir demain. On est de plus en plus fliqués dans la société. Il y a des caméras partout. On te parle du franc numérique. On te parle de tout ça. De l'euro numérique plutôt. Le franc et l'euro, je t'ai parlé du titre. On te parle de l'euro numérique. On te parle d'un contrôle sur les finances, etc. Donc oui, je pense que demain, quand la banque décidera si tu profites ou pas de tes thunes, ça se fait déjà. Si tu profites ou pas de tes thunes, si tu payes ou tu ne payes pas.
- Speaker #1
Et comment tu gères ça ? en parlant un peu famille, parce que justement, le numérique, les réseaux, tout ce qui est arrivé, comment tu gères ça avec tes enfants ? Parce que voilà, toi, tu as vu l'arrivée, et c'est un truc...
- Speaker #0
Je me suis trompé sur une question, la dernière fois, on me posait un cas, on m'a dit, les réseaux que tu utilises, etc., ou un truc comme ça, j'ai entendu, donne-moi un nom de réseau, j'ai dit Snapchat, parce que je pensais à mes gosses, alors que je n'utilise pas, je suis nul dedans. On m'a dit, c'est ce que tu dis, Snapchat. J'utilise toi ? J'utilise toi. Non, j'ai pour essayer de surveiller ce qu'ils font quand je peux, ou pour montrer que je suis jeune, c'est que... Non, mais je ne maîtrise pas du tout, je ne suis pas dessus. Mais je me rends compte qu'il y a des petits qui sont sur Snap, ils n'ont même pas le numéro de téléphone de l'autre, ça s'échange sur Snap, c'est fini même. Donne-moi ton numéro, non, donne-moi ton Snap.
- Speaker #1
Du coup, il faut te surveiller ?
- Speaker #0
Oh, il faut leur faire confiance, ils vont faire des conneries comme on a fait. Tu vois, il faut être là pour... Tu vois, il faut surveiller un minimum. Mais même si tu surveilles, on t'a surveillé. Oui, j'en ai fait quand même. Voilà, donc on surveille, mais ils vont faire deux, trois quand même. Et je pense qu'il faut être là pour essayer de recadrer quand tu peux.
- Speaker #1
C'est un boulot, hein ?
- Speaker #0
Et même, je sais pas, leur donner de l'amour, les mettre devant leurs responsabilités. à chaque fois leur dire leur mission et leur dire ma mission pour toi c'est ça toi ta mission si tu n'y arrives pas tu me dis on voit comment on fait enfin il faut essayer d'être derrière eux je ne les pousse pas à suivre ma voix je les pousse à trouver la leur et à y aller à fond si il y en a un qui n'a pas envie de faire de rap je ne les pousse même pas dans le rap ou dans quoi que ce soit j'essaie de trouver ceux qui veulent faire, la scolarité qui va avec, et puis après les pousser au mieux, les suivre au mieux dans ce qu'ils ont envie de faire. Ce sont mes enfants, mais ce ne sont pas moi. Belle phrase celle-là.
- Speaker #1
Non mais c'est bien. Si tu pouvais parler au Passy des années 90, qu'est-ce que tu lui dirais aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je le préviendrais sur deux, trois contrats que j'aurais dû négocier différemment.
- Speaker #1
Tu vas passer sur le grill des quadras, comme tous les invités. C'est cinq questions. rapide sur nos souvenirs d'envance. Ça va me rappeler un peu le premier couplet de 79 à 97. Le goût d'un bonbon de ton enfance qui te manque.
- Speaker #0
J'aimais les caramels. Je mange toujours de temps en temps. Je calme maintenant parce que ça y est, il faut calmer les bonbons. Ou l'harlequin.
- Speaker #1
L'harlequin. Ah, ça me le sort souvent, l'harlequin.
- Speaker #0
Oui, l'harlequin, c'était le bonbon de l'époque.
- Speaker #1
Il y a une passion harlequin.
- Speaker #0
Non, parce que les couleurs de l'harlequin, tu vois, du vert, du jaune, du truc. Tu vois. J'ai du redentendre la bouchon.
- Speaker #1
C'est un signe, je me rappelle. C'est limite mal à l'orgue. L'émission de ton enfance qui a disparu et qui te manque ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si elle me manque, mais l'émission de mon enfance, on va dire, on va big-upper le club Dorothée. Parce qu'ils nous ont menés les premiers mangas, tous les petits buts aux mangas aujourd'hui, mais nous, les premiers mangas. Dorothée, d'ailleurs, j'ai vu qu'elle est remontée sur scène. Ouais,
- Speaker #1
de toute façon, dès qu'elle annonce un concert, elle fait full.
- Speaker #0
C'est génération Quadra.
- Speaker #1
Je qu'est-ce que j'aimerais la recevoir ? Un truc que disaient tes parents, qui te saoulait, mais que tu appliques malgré toi aujourd'hui ?
- Speaker #0
De ranger ma chambre.
- Speaker #1
Elle est propre ?
- Speaker #0
J'étais à l'internat. Et je fais toujours au moins mon lit, un peu comme les militaires.
- Speaker #1
Ah ouais, bien carré, bien comme ils font.
- Speaker #0
J'essaie de l'appliquer avec mes enfants, mais souvent ils sont relous.
- Speaker #1
Un adjectif pour qualifier la génération Z, les 20-30 ans ?
- Speaker #0
Connecté.
- Speaker #1
Connecté, c'est vrai. Tu l'as passé cet âge, mais quand tu étais petit, tu te voyais faire quoi à 40 ans, 50 ?
- Speaker #0
J'ai pas d'idée en tête, je faisais du sport, je commençais de la musique, j'allais à l'école, j'étais un peu baigné entre le sport, les études et la musique. Je savais pas lequel allait prendre le dessus. Je me rappelle, j'ai fait mon premier disque, mon premier maxi de ministère à mer. Quand j'ai eu mon bac à l'époque, j'ai dit à ma mère, tiens c'est le diplôme que tu voulais parce que j'avais été à l'internat. Et j'ai dit, tiens ça c'est ma passion. Donc j'ai mis mon diplôme et mon premier disque en même temps sur la table.
- Speaker #1
Mais ce n'était pas la condition ?
- Speaker #0
Non, la condition c'était le diplôme. Et encore je dis la condition, c'était un pari que j'ai pris. J'avais dit à ma mère, ok j'y vais, t'inquiète.
- Speaker #1
Je l'aurai.
- Speaker #0
Tu connais pour les oeufs de maman ce qu'on est capable de faire. Je partais loin, loin de chez moi, loin de ma banlieue, pour aller dans l'Aisne là-bas pour être à l'internat. Donc je faisais des études en agriculture, en agronomie. Et donc, j'étais à l'internat, en bûcher, en bûcher. Mais c'était bien parce que ça me permettait, à l'époque aussi, je commençais à écrire des textes.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc, j'étais tombé sur un très bon prof de français qui m'a fait passer du 7-8 en français à 12-13 quand même au niveau, qui venait du sud. Il avait la méthode et la technique. Donc, avec lui, c'était passionnant. En même temps, c'est quand je commençais à écrire des mots, etc. Et donc je finissais mes devoirs à l'internat, j'écrivais, je fournissais, je faisais au moins trois textes par semaine.
- Speaker #1
On a tous ça.
- Speaker #0
J'étais tout le temps en train de bûcher ou des devoirs et dès que t'avais cinq minutes, petit bûcher. Donc là t'es productif. Entre les devoirs, un petit texte, les devoirs, un petit texte, t'es très productif. Donc je me suis affiné, j'ai affiné l'exercice comme ça.
- Speaker #1
Et l'agriculture t'a pas voulu continuer ?
- Speaker #0
Au cours de mon BTS, la musique a pris le dessus. J'ai senti que c'était le moment d'y aller, j'ai pas eu tort je pense. Et en même temps, ministère, secteur A, tout ça, ça se montait, etc. Donc il fallait s'y mettre à fond si on voulait avoir une chance d'un jour en faire quelque chose de grand. Et voilà, j'ai misé.
- Speaker #1
Donc à la retraite, on se retrouve avec une ferme dans l'Aisne, avec des tracteurs. Peut-être,
- Speaker #0
pas dans l'Aisne, mais non, il faut que ça soit plus fun. Je pense qu'il faut du soleil. Le soleil a beaucoup voyagé dans cette carrière. Oui, une place au soleil, c'est bien. J'ai chanté face à la mer quand même.
- Speaker #1
Je te le souhaite. Merci beaucoup, Passy. Je rappelle qu'on retrouve ton album Bande Originale, qui est sorti avec des titres comme Les Seigneurs du Micro. Ça va,
- Speaker #0
t'as apprécié ?
- Speaker #1
Oui, j'ai beaucoup aimé. Bravo pour cet album, Bande Originale, avec tous ces morceaux. Je te souhaite plein de belles choses. Une carrière qui dure. Merci beaucoup, Passy. Merci beaucoup les Quadras. Merci encore de suivre, de continuer à liker, à vous abonner.
- Speaker #0
Il faut dire un truc aux Quadras. Pourquoi les jeunes quelquefois peuvent... Il y a un jeune qui peut sortir, il va faire plus de stream. Et de vue qu'un ancien, on va y aller moins, on va attendre le concert. Les Quadras, il faut streamer. Il faut aller écouter au boulot sur l'ordinateur, le faire passer. C'est fini le CD. C'est fini. Si vous voulez que les anciens reviennent, les Quadras reviennent aussi, ou les artistes que vous avez aimés, ce soit là. Il faut aller sur les téléphones, comme vos enfants, dans la voiture, musique de fond, etc. C'est super important.
- Speaker #1
Au moins, le message est passé. Donc, les Quadras, on stream à fond. Nouvel album de Passy, bande originale. On se retrouve très bientôt dans un épisode de Quadras. Ciao les Quadras.