Speaker #1Mon nom est Jean-Pierre, Jean-Pierre Sylvestre, je suis franco-canadien, né à Paris et puis je vis depuis une trentaine d'années au Canada, maintenant au Québec, et ma spécialité ce sont les mammifères marins, plutôt les cétacés et plus particulièrement les orques et le narval, ça fait à peu près maintenant... plus de 40 ans que je travaille sur le terrain sur les citacés dans le monde entier, Arctique, Antarctique, ici au Canada, mais aussi au Japon. Et puis en gros, je continue mes recherches sur les citacés en liberté, notamment sur les orques. Il y a une grosse problématique en ce moment avec les orques, puisque depuis 2020, on a ce qu'on appelle des attaques d'orques, qui ne sont pas des attaques, qui sont des collisions entre les orques et les voiliers. Actuellement on fait cet enregistrement, on est au mois de juin maintenant, début juin, et on a déjà à peu près une vingtaine de collisions depuis le début de l'année. On compte à peu près 150 collisions entre les orques et les voiliers maintenant dans le secteur Gibraltar, Portugal, et un petit peu la mer d'Alboran, mais enfin un peu moins là. Les orques sont des animaux qui sont, à mon avis, qui sont pas mal étudiés maintenant dans le monde entier. Et c'est une espèce qui est assez intéressante parce qu'on voit des différences culturelles maintenant entre différentes sous-populations. Depuis les années 1800 jusqu'à 2020, on a enregistré à peu près six collisions au total dans le monde entre orques et des voiliers. Six collisions, ce n'est pas grand-chose. Et puis depuis 2020, on a maintenant un peu plus de... On a un peu plus de 800-900 collisions d'orques entre les voiliers et les orques. Et c'est vraiment un phénomène très très localisé. Et c'est à peu près la problématique. La problématique c'est qu'on connaît très peu les orques. Et on a ce que j'appelle un phénomène des dents de la mer. Parce que vous vous souvenez, dans les années 70, il y a eu un film qui a fait peur à tout le monde. Ce film était basé sur une attaque de requins dans le New Jersey il y a deux siècles et ils ont fait une histoire d'un grand requin blanc très anthropoformé où il y a un requin qui se venge et qui attaque tous les gens. Et puis là, le requin est protégé, le grand requin blanc, puis on s'est aperçu que le grand requin blanc n'est pas aussi dangereux que ça. Et maintenant, on reporte ça sur des orques. Là, on a un phénomène actuel, factuel, presque à la limite. où vous avez des orques qui font des collisions avec des voiliers, ils s'amusent avec les safrans, et jusqu'à date, on a cinq voiliers de coulées depuis 2020, et là, ça en fait carrément un problème, c'est très problématique, puisque maintenant, les gens ont peur des orques. Et on se pose la question si les orques mangent des humains, et à vrai dire, les orques n'ont jamais mangé des humains, ils ne mangeront jamais des humains. Et d'où ce livre que j'ai fait, les 40 fausses idées des orques, c'est de me présenter l'orque pour un petit peu, comment dire, pour un peu informer les gens sur la réalité des orques. J'ai choisi d'écrire ce livre, d'abord j'avais contacté les éditions Quae pour faire une espèce de monographie sur les orques et c'est là qu'ils m'ont proposé. de faire dans cette collection des 40 fausses idées. Et j'ai trouvé ça pertinent, très pertinent, parce que justement, suite à ces collisions, il fallait faire quelque chose pour informer le public sur les orques, sur la biologie de ces animaux-là, sur la prédation de ces animaux-là, sur les différentes cultures des orques dans le monde entier. Et c'était certainement le meilleur moyen de toucher le public sur les orques. Voilà. Voilà le but de ce livre. Alors les informations marquantes sur les orques, ça revient aux récentes études qui datent de quelques semaines maintenant. C'est que maintenant, ça a été prouvé qu'il y a des différences de culture chez les orques. Chaque année maintenant, on commence à avoir des sous-populations d'orques dans un même secteur. C'est-à-dire que dans un seul secteur, on peut avoir trois ou quatre sous-populations d'orques, où les orques, ces populations d'orques se différencient. non seulement au niveau du langage, des dialectes qui ne se comprennent pas entre elles, mais aussi il y a des différences dans les comportements, dans les prédations, dans l'alimentation et au niveau génétique maintenant. Et maintenant ce qu'on sait, c'est que, ce que je ne discute pas dans le livre malheureusement, parce que c'est tout récent, c'est qu'on sait que toutes ces orques se sont divisées il y a 250 000 ans. C'est très très très récent au niveau de l'évolution. C'est-à-dire que l'évolution des orques est très rapide. Et actuellement, nous sommes en train d'observer la diversification des sous-populations d'orques qui vont certainement donner dans des centaines d'années ou des milliers d'années ou peut-être dans quelques décennies la possibilité à de nouvelles espèces d'orques selon les régions bien déterminées. Et c'est justement ça. que j'ai appuyé, que j'ai souligné dans ce livre. Je vois l'avenir des orques, on est dans la phase préliminaire des études comportementales des orques. On a déjà commencé avec des orques en captivité dans les années 70-80, mais le fait d'étudier des orques en captivité, ça ne nous donne pas du tout des données fiables sur ce qui se passe dans la nature. Actuellement, il y a pas mal de populations d'orques qui sont étudiées dans la nature. Nous sommes en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Colombie-Britannique, dans l'État de Washington, Côte-Pacifique. Les Russes aussi le font dans le Kamchatka. Les Japonais le font à Hokkaido, puis en collaboration avec les Russes en Sibérie. Et puis, il y a aussi les orques qui sont étudiées en Patagonie, enfin un peu partout dans le monde entier. Et on est déjà dans un stade préliminaire d'études comportementales et génétiques sur les orques. Et ça va nous donner des opinions sur ces différences comportementales. Et puis aussi, ça va nous donner une idée sur l'évolution humaine. Parce que ce qui se passe chez les orques, c'est ce qui se passe chez les humains, c'est ce qui s'est passé chez les humains depuis plus d'un million d'années, c'est-à-dire cette évolution des hommes. Et on l'a exactement avec les orques, mais sauf que là, on l'a à l'échelle réelle. et donc pour moi Ce qui se passe avec les orques, on peut le faire avec les loups, on peut le faire avec les humains. Et je pense que cette étude sur les orques est primordiale pour comprendre l'évolution en général et l'évolution humaine.