Speaker #1Dans ce livre, on fait le tour de France à la rencontre des nombreuses petites bêtes acipates qui batifolent dans nos paysages. Et dans ce livre, je montre que les insectes sont présents dans tous les milieux de l'Hexagone, donc dans des habitats dits naturels qui sont déterminés par les contrastes de sol, par les contrastes de climat, mais qu'ils sont également présents dans des écosystèmes plutôt anthropisés, c'est-à-dire plutôt gérés par la main de l'homme dans un objectif plutôt anthropocentré. et donc partout ces insectes ils sont... adaptés aux conditions de vie dans leurs habitats, aux conditions de température, de luminosité, d'humidité, à la présence de comportements particuliers, ce qu'on appelle les micro-habitats, et ça constitue leur niche écologique de fait, où ils sont également adaptés à la présence d'autres espèces dont ils dépendent pour leur survie dans des réseaux écologiques qui sont souvent complexes. Et donc on va voyager ainsi dans ce livre dans... les sapinières des Vosges, dans le maquis de Corse, dans les garigues de Luberon, dans les torrents des Alpes, dans les marais salants de Lorraine. Et certains de ces milieux naturels sont fragiles, sensibles, et pâtissent de la présence de l'homme par les pollutions, par l'urbanisation, par l'industrialisation. Mais à côté de ces habitats naturels, on parcourt également des milieux où l'empreinte de l'homme est significative, et c'est alors elle. qui conditionnent le milieu de vie des insectes. C'est le cas par exemple des coteaux calcaires du Val-de-Seine qui se refermeraient sans l'action d'ouverture régulière par l'homme, par le débroussaillage, par le pâturage de troupeaux. C'est le cas aussi des plantations de chênes truffiées du Vaucluse ou des sentiers équestres de la forêt de Fontainebleau ou des champs de trèfle de Langeau, du vignoble du Languedoc, des pâtures des causes des Cévennes... à l'extrême c'est le cas aussi des bananeraies de Martinique des champs de betteraves du Pas-de-Calais des couloirs du métro parisien et dans tous ces biotopes extrêmement anthropisés fortement influencés par l'action de l'homme les insectes trouvent une place et assurent des fonctions essentielles. Ces bourdons ce sont des insectes floricoles comme les abeilles sauvages, comme l'abeille domestique, comme certains papillons, comme certaines mouches, comme certains scarabées. Et ces insectes fleuricoles visitent des fleurs pour s'alimenter de nectar et de pollen pour eux-mêmes ou alors pour les déposer en termes de réserve dans des nids où ils vont pondre leurs œufs. Et certains insectes spécialisés, comme les abeilles ou comme les bordons, sont dotés de corbeilles sur leurs pattes arrières. pour fixer les grains de pollen. Mais pour d'autres, qui sont davantage des prospecteurs de nectar, c'est par simple frottement accidentel de leur corps, souvent poilu, avec les organes qui produisent du pollen chez la plante, qu'ils se chargent de pollen. Et comme aucun des systèmes de fixation de pollen, ni l'un ni l'autre de ce qu'on vient de voir, n'est parfait, les insectes en redéposent de fleur en fleur. Donc les insectes fleuricoles, ça devient des insectes... pollinisateurs qui participent à la fécondation des plantes en déposant du pollen mâle sur des ovules femelles d'une fleur. Et pour le trèfle violet qui ne peut pas s'autoféconder, l'apport du pollen d'un autre pied de trèfle c'est indispensable et ça requiert l'intervention d'un insecte pollinisateur entre deux plantes. Et donc c'est un exemple parmi tant d'autres de ces interactions entre les plantes à fleurs et les insectes qui sont issues d'une longue co-évolution de près de 100 millions d'années et qui ont abouti à des espèces hyper spécialisées. Chez le trèfle violet, par exemple, la corolle est allongée, elle limite l'accès au nectar qui est au fond de la corolle. Pour y accéder, il faut des insectes pourvus d'une longue langue, comme certains bourdons seulement. Dans ce cas du trèfle violet, mais comme dans beaucoup d'autres cultures maraîchères ou de cultures fruitières, La qualité de cette fécondation, c'est une condition cruciale pour la production agronomique. Il y a une grande partie de la surface agricole nationale qui dépend directement des insectes pollinisateurs, parce que, vous l'avez compris, sans fécondation de la fleur, on n'a pas de fruits, donc pas de graines. Et vous l'avez compris aussi, certaines plantes ont parfois besoin de... pollinisateurs qui sont hyper spécialisés et pas de n'importe quel insecte. L'isabelle des pinèdes, c'est donc un des plus grands papillons de France, presque 11 cm d'envergure, mais c'est aussi probablement l'un des plus beaux. Il est pourvu d'ailes postérieures qui sont prolongées par une queue, et les ailes sont de couleur vert pâle, avec des veines brunes et puis des ocelles transparents au milieu des ailes. Cette Isabelle a une répartition géographique qui est très morcelée, très localisée. On la trouve en France dans les Alpes du Sud et dans les Pyrénées, ainsi qu'en Espagne. D'ailleurs, en France, elle a été découverte assez tardivement, seulement en 1922. Et comme elle a été assez vite menacée par la convoitise des collectionneurs, Elle a été en fait le premier insecte à bénéficier d'un statut de protection en France dès 1976. Depuis cette date, sa capture, son transport, sa détention sont interdits. Donc c'est une espèce, comme je viens de le dire, qui est de grande dimension, mais c'est aussi une espèce qui est très discrète. Les adultes ne s'alimentent pas, ils ne vivent grossièrement qu'une semaine. Ils sont plutôt crépusculaires, ils sont plutôt actifs que dans les premières heures de la nuit. donc on les détecte assez peu. La chenille c'est pareil, même si c'est une grosse chenille, elle est discrète, elle est arboricole, elle ne mange que les aiguilles de pin sylvestre, elle ne vit qu'à peu près cinq ou six semaines pendant lesquelles elle grignote des aiguilles pour finir par atteindre une taille respectable puisqu'elle peut atteindre jusqu'à 8 cm en fin de croissance. Donc c'est au stade chenille et au stade adulte une espèce qui est relativement discrète. Et donc, aujourd'hui, en plus de la pression des collectionneurs, malgré la régulation qu'on a évoquée tout à l'heure, même si c'est relativement contrôlé, l'Isabelle, elle pâtit d'un certain nombre de pressions, parmi lesquelles les incendies de forêt, le dépérissement de son essence haute, le pin sylvestre dans les Alpes à cause du changement climatique, et puis des plantations qui tendent aujourd'hui à remplacer le pin sylvestre par d'autres essences forestières que sa chenille ne peut consommer. On estime même qu'elle pourrait progressivement souffrir de la compétition croissante avec une autre chenille, qui est la chenille processionnaire du pin, qui partage le même habitat et qui, elle, profite du changement climatique pour remonter en altitude.