- Speaker #0
Aujourd'hui, nous partons à la découverte de l'association Dialogue de Femmes, présidée par Florence Taille-Pierre. Comment ça va ?
- Speaker #1
Ça va, merci.
- Speaker #0
Florence, on ne va pas discuter, ce sera une discussion ouverte par rapport à l'association, pour que les auditeurs, ceux qui ne connaissent pas l'association, puissent connaître les fondements et pourquoi l'association a été créée. D'accord, donc sans plus attendre, on va y aller. Quand tu repenses à la femme que tu étais avant d'intégrer l'association, qui est-ce qui a plus changé en toi depuis que tu es devenue présidente ?
- Speaker #1
En fait, je ne savais pas qu'il y avait autant de personnes dans le besoin. Et ça m'a ouvert les yeux. Les personnes, en fait, dans le besoin, elles ont aussi un cœur énorme et ouvert. Elles m'ont accueillie et maintenant, j'essaye de leur rendre l'appareil.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est le dialogue de femmes ?
- Speaker #1
Alors, Dialogue de Femmes, c'est une assistante sociale qui a vu qu'il y avait un besoin d'un public, essentiellement de femmes. C'était en 1989 et elle a décidé d'ouvrir une association, donc Dialogue de Femmes. Après, au fil du temps, du coup, elle est partie, elle a laissé la présidence à d'autres présidentes. Donc moi, je suis la sixième présidente. De fil en aiguille, en fait, ça s'est ouvert. Donc maintenant, ce n'est pas que pour les femmes, c'est pour les familles. Donc il y a des hommes aussi et des enfants.
- Speaker #0
D'accord. Essentiellement, qu'est-ce que vous faites essentiellement dans l'association ?
- Speaker #1
Alors, on fait de l'accès au droit. Donc tout ce qui est administratif, on aide les personnes à faire, par exemple, la CAF. On donne aussi des cours de français. On fait de l'initiation à l'informatique. On accompagne les personnes vers l'emploi, donc on fait les CV, l'aide de motivation. Il y a aussi une permanence d'un avocat une fois par mois, gratuitement pour les adhérents. Et on fait aussi des ateliers de sensibilisation et de prévention à la santé.
- Speaker #0
Dialogue de forme, c'est aussi ce que j'ai entendu, enfin ce que je vois, c'est des personnes qui sont victimes aussi de violences.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
D'accord. Comment, est-ce que c'est naturellement que les gens, enfin que les personnes qui sont victimes viennent vous voir ? ou c'est à vous de déceler. Et si vous devez déceler, comment vous décelez une personne qui est en urgence ?
- Speaker #1
Alors, il y a deux cas de figure. Donc, des fois, ce sont les personnes qui viennent directement ici. Nous, on peut déceler, mais généralement, elles viennent d'elles-mêmes, donc elles nous en parlent. Et sinon, on a des partenaires qui nous adressent ces femmes. Et ces hommes aussi, parce qu'il y a des hommes aussi qui sont victimes de violences.
- Speaker #0
Évidemment, il n'y a pas que les femmes, bien sûr.
- Speaker #1
Et donc, ils nous les adressent et on les reçoit.
- Speaker #0
On peut les nommer comme partenaires, ces personnes qui vous envoient ? Oui. C'est qui vos partenaires ?
- Speaker #1
Alors, on a en partenariat le commissariat de Sarcelles. Il y a aussi la ville, le Villiers-le-Bel. Et il y a aussi le service départemental qui se trouve... entre Avilliers-le-Bel et Arnouville.
- Speaker #0
Est-ce que vous n'êtes qu'à Avilliers-le-Bel ou vous rayonnez au-delà de Avilliers-le-Bel ?
- Speaker #1
On couvre tout le Val d'Oise.
- Speaker #0
Florence, dans un monde où tout va très vite, vraiment, comment on parvient à garder la flamme humaine et la bienveillance au cœur d'une structure associative ?
- Speaker #1
Très bonne question. Je pense que c'est avec la bienveillance. Nous, ici, on propose beaucoup d'ateliers. Donc, on invite les adhérents, on invite aussi... On partage sur les réseaux, donc on... C'est ouvert à tout le public. Même ceux qui ne sont pas du 95 peuvent venir d'ailleurs. Et voilà, donc le vivre ensemble, je pense que c'est ce qui est primordial en fait.
- Speaker #0
Parce qu'il me semble que dans une association, on n'est pas rémunéré. Comment est-ce que tu trouves cette force pour venir aider ces personnes ? Parce que je pense que quand on rentre dans cet univers-là, on est absorbé. Comment ne pas faire aussi pour se faire absorber par le problème des gens ? Que ça reste ici et que ça ne rentre pas aussi dans ta maison. Comment est-ce que tu fais pour gérer ces cas de figure-là ?
- Speaker #1
Alors, c'est très difficile. Mais en fait, il faut se dire que ce qu'on n'a pas pu faire aujourd'hui, par exemple pour une personne, qu'on va essayer de tout faire demain.
- Speaker #0
Ok, je comprends. Quelles sont les plus grandes incompréhensions que la société a encore à propos des femmes aujourd'hui ? Après, on sait que c'est une société, on va dire, patriarcale. donc Qu'est-ce que les hommes n'ont pas encore compris chez les femmes ?
- Speaker #1
Ils n'ont pas encore compris qu'on peut faire beaucoup avec les hommes ou sans les hommes. Ou en partenariat avec les hommes.
- Speaker #0
J'aime ce mot, partenariat. Toi, tu penses qu'il n'y a pas d'opposition à faire, en fait, entre hommes et femmes. C'est vraiment que les hommes peuvent venir aider l'association, les gens, les personnes en situation difficile. Donc, ce n'est pas qu'une histoire de femmes.
- Speaker #1
Ici, on a deux hommes qu'on a aidés et qui sont restés avec nous. Et ce sont des bénévoles et ils sont tout le temps avec nous.
- Speaker #0
D'accord. C'est très bien.
- Speaker #1
Il témoigne aussi des fois.
- Speaker #0
Est-ce que vous pensez que dans la société, les femmes sont victimes de violences, est-ce qu'il y a aussi beaucoup d'hommes ou c'est très peu les violences faites aux hommes ?
- Speaker #1
Alors, on ne peut pas dire que c'est très peu, mais les hommes ne vont pas forcément porter plainte ou venir en parler.
- Speaker #0
D'accord. Et comment vous qualifiez ça ? Pourquoi, d'après vous ?
- Speaker #1
Je pense que c'est... Une réserve ou une honte.
- Speaker #0
D'accord, oui. Donc, c'est plus ta honte qui... Oui,
- Speaker #1
c'est-à-dire que je suis un homme, je ne peux pas dire aux gens que ça m'arrive.
- Speaker #0
Oui, oui. Donc, on a parlé du lien, comment le dialogue de femmes garde le lien avec ses adhérences et en faisant des préventions, tout ça. Mais quel genre de prévention vous proposez ?
- Speaker #1
Alors, nous avons un partenaire qui est la Ligue contre le cancer. Donc, ils viennent généralement une fois par mois ou une fois tous les deux mois pour faire la prévention, soit sur le cancer colorectal, en ce moment, cancer du sein. Oui,
- Speaker #0
parce que là, c'est le mois de octobre.
- Speaker #1
C'est ça. Sinon, on a comme partenaire la Fondation Léonie Chaptal. Donc, eux, ils vont venir faire des préventions sur les IST, l'MST, le SIDA. La prévention aussi sur l'IVG, les protections.
- Speaker #0
D'accord. Quel regard tu portes sur la jeunesse féminine aujourd'hui ? Est-ce qu'elle vous inspire confiance, inquiétude ou espoir ?
- Speaker #1
Moi, j'ai espoir.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que les gens qui me connaissent savent que je m'occupe d'une section féminine de football. Avec elles, j'essaie de faire un travail associatif, on va dire. Elles sont souvent à dialogue de femmes en tant que bénévoles. Elles voient ce que je fais. Elles sont souvent là aussi pour les préventions. Donc, elles savent. Là, j'ai comme projet de les emmener faire de la précarité menstruelle.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est ? En deux, trois mots, la précarité est monstrueuse. C'est-à-dire que quand on dit précarité, c'est qu'il y a une carence, quelque part.
- Speaker #1
En fait, beaucoup de jeunes femmes n'ont pas les fonds pour s'acheter des serviettes hygiéniques ou des tampons. C'est quelque chose qui, pour moi, devrait être gratuit. Parce que, voilà, c'est naturel. C'est tous les mois, toutes les femmes. Sauf que, ben, c'est très cher. Donc, j'oeuvre pour ça avec les jeunes filles.
- Speaker #0
Quel était ton métier avant ?
- Speaker #1
Alors, j'étais fonctionnaire, je suis toujours d'ailleurs, fonctionnaire de la mairie de Paris. Je suis agent spécialisé des écoles maternelles. Donc, en fait, dans ce métier, on fait beaucoup la psychologie de l'enfant, mais aussi du public accueilli parce qu'en fait, une fois par semaine, On est à l'entrée de l'école et on accueille les parents, les partenaires et le public.
- Speaker #0
J'ai cru comprendre qu'ici, même quand je suis rentré, j'ai vu une espèce de... Un parc. Il est plein de loisirs, oui. Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Speaker #1
Alors, en fait, mes adhérentes avaient un souci. En fait, quand elles veulent prendre des cours de français, elles n'ont personne pour garder les petits. Et donc... Comme j'ai les diplômes pour,
- Speaker #0
je me suis dit,
- Speaker #1
mini crèche.
- Speaker #0
C'est magnifique. Quel est un moment fort que tu as eu depuis que tu as intégré la présidence de l'association Dialogue de Femmes ? Quel est ce moment fort qui t'a vraiment touché ? Je sais qu'il y en a plusieurs. Oui, il y en a plusieurs. Je vais choisir un parmi les plusieurs.
- Speaker #1
Quand on m'a présenté. à l'AG, parce que ça fait bientôt un an que je suis présidente. Donc c'était en novembre l'année dernière, donc ça fait bientôt un an. Quand on m'a présentée à l'AG et que tous les adhérents qui étaient là m'ont dit bienvenue. On dit « Bienvenue présidente ! »
- Speaker #0
Ce côté famille, en fait. Famille,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #0
Elle était là avant que vous veniez, en fait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
D'accord. Et vous, vous ne faites que perpétuer cette familiarité.
- Speaker #1
C'est ça. D'accord. Parce qu'en fait, ils m'avaient déjà vu, les adhérents, parce que j'ai essayé de m'imprégner un peu avant de vraiment prendre la présidence, mais ils ne savaient pas que j'allais être présidente, en fait. D'accord. Pour eux, j'étais juste une bénévole.
- Speaker #0
Vous êtes venue en 007 en agent secrète pour observer le comportement de... Voilà. Des rendez-vous aussi de ceux qui travaillent pour vous. Est-ce qu'il y a des personnes qui travaillent dans le dialogue de femmes ?
- Speaker #1
Oui, j'ai deux salariés.
- Speaker #0
D'accord. Et qu'est-ce qu'elles font ? C'est quoi leur métier au sein de l'association ? Qu'est-ce qu'elles font ?
- Speaker #1
Alors, elles sont médiatrices sociales. Et il y en a une qui est médiatrice sociale, mais aussi formatrice. C'est elle qui donne les cours de français, d'informatique.
- Speaker #0
D'accord. Ok. Au-delà de l'association, parce que là, on est vraiment en micro, mais en macro, j'ai cru comprendre et voir aussi que vous faisiez aussi des événements extérieurs à Dialogue de Femmes.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et pouvez-vous nous en parler de ce que vous faites ? Pour faire sortir les adhérentes de leur train-train quotidien.
- Speaker #1
Alors, on peut faire des sorties. Par exemple, je sais que l'année dernière, ils ont fait une sortie cueillette. C'était bien-être.
- Speaker #0
Ok, cueillette, cueillet quoi ?
- Speaker #1
Je crois que c'était des fraises. Ah,
- Speaker #0
les fruits préférés ! D'accord, ok. Donc ça c'est cueillette. Est-ce que sportivement, est-ce qu'il y a des choses sur le sport ? Vu qu'on mangeait, donc manger des fraises, les 5 fruits et légumes et fraises. Exactement. Et bouger, qu'est-ce que vous faites ?
- Speaker #1
Alors, avec une association que je suis sûre que vous connaissez. l'association Sock Girl. Ah,
- Speaker #0
vous connaissez cette association.
- Speaker #1
Voilà. On est en partenariat et du coup, on essaye de faire des événements avec eux. Donc, dernier événement, c'était un tournoi de football féminin.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est des jeunes filles de 15 ans, je crois. Et du coup, on a fait un barbecue géant.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Avec les jeunes et le public qui était là.
- Speaker #0
Ok, donc du coup, vous ne faites pas que de l'accueil du public sur des thématiques assez un peu compliquées. Mais vous faites aussi des événements extérieurs pour pouvoir faire bouger un peu. Oui,
- Speaker #1
des fois, on n'est pas sérieux,
- Speaker #0
on est fun. Bien sûr, c'est la vie. La vie n'est pas toujours morose dans dix ans. Quel héritage t'aimerais que Dialogue laisse à Villiers-le-Bel ?
- Speaker #1
J'aimerais déjà que ce soit toujours perpétuel, encore pendant... Pendant des années et des années. Parce que la présidente avant moi est restée, je crois, 20 ans. Donc j'aimerais bien aussi rester au moins 10-20 ans aussi. Et ensuite, passer le flambeau à une de mes jeunesses, pourquoi pas. Et qu'elle perpétue la bienveillance, le vivre ensemble et l'entraide.
- Speaker #0
Vous avez dit bienveillance, entraide. Donc, en gros... Si j'ai bien compris, entre les lignes, c'est que vous voulez éradiquer cette histoire de violences faites aux femmes. En réalité, dans 10 ans. Ou violences tout court. Violences tout court. Voilà. Donc c'est dit. Vous ne voulez pas le dire, mais j'ai tiré le verre du nez. Donc l'idée, c'est vraiment ça. C'est tout. D'éradiquer. C'est un très bel héritage.
- Speaker #1
Par exemple, là, en novembre, c'est la lutte contre les violences faites aux femmes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et en fait, j'ai invité un collège pour faire un jeu de société qui sera axé sur les violences faites aux femmes, mais aussi au harcèlement.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Pour intégrer aussi cette notion aux jeunes.
- Speaker #0
Oui, aussi.
- Speaker #1
Pas vraiment axé que violence, mais vraiment harcèlement pour englober tout le monde.
- Speaker #0
Florence, comment est-ce qu'on peut vous trouver ? Est-ce que vous avez des... Les réseaux sociaux ? Oui. Une plateforme où on peut vous voir ? Alors,
- Speaker #1
il y a l'Instagram, Association Dialogue de Femmes. Il y a aussi le compte Facebook, donc pareil, Association Dialogue de Femmes. D'accord. Sinon, si vous voulez l'adresse, tapez sur Internet.
- Speaker #0
Donc, est-ce que, pour la fin, est-ce que tu as un mot pour encourager les gens à s'engager dans une association ?
- Speaker #1
Je dirais qu'en fait, le monde associatif, c'est beaucoup pour aider. autrui et s'aider aussi en même temps. Parce que, en fait, quand on aide quelqu'un, ça nous pousse à voir ce qu'on est, nous aussi.
- Speaker #0
Très bien. Donc, en fin de compte, c'est un miroir, en fait. D'aider les gens, si tu aides les gens, c'est que toi-même, entre guillemets, tu es bon en toi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Ok, parfait. Merci à nos auditeurs, à nos auditrices. Merci à ceux qui ont pu rendre ce pot... podcast possible, notamment la préfecture du Val-d'Oise, l'agence nationale de la cohésion des territoires, communément appelée ANCT, très important, et la ville de Villiers-le-Bel. Bonne journée, ou bonsoir, ça dépend à l'heure à laquelle vous l'écoutez.